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Une figure d'intellectuel
LIONEL GROULX, L'HOMME QUE J'AI CONNU
LeDevoir 22.1.00 Petit ouvrage simple et sans prétention qui emprunte aux formes du témoignage et du portrait ce Lionel Groulx, l'homme que j'ai connu est l'oeuvre de celle qui fut la nièce du grand homme (pourtant petit de taille) avant de devenir sa secrétaire et même son chauffeur. Introduits avec la sobriété qui convient dans l'intimité du tenace historien, nous nous retrouvons en présence d'un homme qui a tout misé sur l'acharnement au travail intellectuel et sur le dévouement à la cause de son peuple fragile. Ecrivain compulsif («Il écrit à sa table de travail, sur ses genoux, en voiture. Il ne cesse jamais d'écrire»), nationaliste missionnaire, Groulx fut une sorte d'intellectuel total que la postérité, peu familière de ce type d'engagement quasi absolu, aura un certain malaise à reconnaître à sa juste valeur, pour toutes sortes de mauvaises raisons. Il ne se faisait d'ailleurs pas d'illusions à ce sujet: «La popularité, la réputation des hommes ou des prétendus chefs tient à peu de chose. Elle dure ce que dure la mode des chapeaux de ces dames: l'espace d'un printemps.» De son oncle et patron «tant aimé», Juliette Lalonde-Rémillard retrace la riche carrière et salue ses multiples réalisations, mais elle nous apprend aussi qu'il aimait causer pendant des heures, bien manger, cultiver les fleurs, faire du sport (chasse, pêche, scier du bois), pousser à l'occasion la note à la musique à bouche et lire, c'était sacré, Le Devoir. Passionné par le hockey qu'il aime bien regarder à la télé, il sera présent au Forum le soir de la fameuse émeute causée par l'affaire Maurice Richard et même quelques semaines avant sa mort, en 1967, pour assister aux éliminatoires. Son joueur préféré? «Le petit Cournoyer qui, dans le temps, réchauffait trop le banc à son gré... » Blessée par la campagne de salissage menée contre la mémoire de Groulx depuis quelques années, Juliette Lalonde-Rémillard consacre la conclusion de sa conférence à une réfutation de ces propos malveillants. Pour ce faire, et afin d'éviter l'accusation de partialité, elle reproduit les témoignages de trois hommes qui ont fréquenté l'homme ou l'oeuvre: le docteur Jacques Genest, médecin de Groulx, l'historien Pierre Trépanier et l'écrivain Jean Ethier-Blais, dont la position résume bien l'opinion commune aux trois: «Qui peut affirmer que l'abbé Groulx était antisémite? Ceux qui ne l'ont pas connu, sans doute, qui n'ont pas été ses élèves, qui n'ont pas lu ses livres... » Ce petit livre sympathique, on l'aura compris, ne révolutionne rien et ne relève pas, à proprement parler, du genre essayistique. On le lira plutôt comme un petit tombeau tendre et reconnaissant composé en l'honneur d'un grand survivant Louis Cornellier |