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La vision «siamoise» de John Saul - 1Un regard critique sur le dernier livre de l'intellectuel canadien-anglaisGérard BouchardProfesseur à l'Université du Québec à Chicoutimi
16.1.00
Que les pères fondateurs de la Confédération aient été inspirés par une vision généreuse, humaniste et socratique d'un grand pays à bâtir pour la poursuite du bien public: peut-être, mais cela reste à démontrer. Premier de deux textes - Pensée siamoise: qui a la propriété d'affirmer simultanément et en toute logique une vérité et son contraire, selon que le sujet se réfère à lui-même ou à son double (G. B.). Le dernier livre de John Saul (Réflexions d'un frère siamois - Le Canada à l'aube du XXIe siècle, Boréal, 1998) a reçu au Québec un accueil très élogieux et quasi unanime de la part des médias. On peut s'en étonner. Certes, l'auteur avait tout pour plaire à de nombreux Québécois. Voici un intellectuel canadien-anglais très réputé qui manifeste beaucoup d'intérêt et de curiosité pour le fait francophone, qui voudrait briser les «deux solitudes» en toute équité et dans la bonne entente, et qui entend récuser les «simplifications» qui ont jusqu'ici tenu lieu de justes perceptions de nos réalités mutuelles. A ces dispositions éminemment favorables et bienvenues, l'auteur ajoute une sensibilité social-démocrate et une adhésion à la plus noble tradition humaniste. Ces qualités, je m'empresse de le dire, sont reflétées dans le traitement de plusieurs questions qu'il aborde. L'ouvrage se signale aussi par la place très importante, prédominante même, qu'il accorde aux rappels historiques. Dans une large mesure, ces derniers fondent la démarche du livre, ce qui n'est pas si fréquent dans ce genre d'essai. C'est à cette dimension précisément que nous nous sommes attaché. Or nous avons été surpris d'y découvrir une rare accumulation d'erreurs, de distorsions, de contre-vérités et de... simplifications. Qu'on en juge.
À l'origine du Canada: Selon l'auteur, la création du Canada au XIXe siècle a été inspirée essentiellement par un grand idéal humanitaire: démocratie, liberté, inclusion de l'altérité, respect de la différence, esprit de dialogue et par-dessus tout, esprit de réformisme libéral. La Confédération de 1867 incarne les valeurs libérales «canadiennes», elle est née dans le berceau de la démocratie et de la tolérance grâce à l'initiative éclairée d'esprits réformistes, et malgré l'opposition des conservateurs et ultramontains. En outre, ce pays aurait été fondé sur un principe triangulaire (anglophones, francophones, autochtones). On apprend en effet que «[ ... ] s'il existe une caractéristique propre au Canada, c'est bien de ne pas avoir cherché à éliminer les différences» (page 420). Plus que toute autre, l'oeuvre de la Gendarmerie royale dans l'Ouest du pays représenterait «l'application des valeurs bien canadiennes que sont la coopération et la prudence qui s'étaient développées depuis au moins le XVIIIe siècle» (page 114). Quant à l'esprit qui a présidé à la gestion des rapports interethniques (le «triangle»), John Saul y voit «une illustration de l'approche socratique, et «humaniste» typique de la manière canadienne, alors que la plupart des pays d'Occident ont davantage favorisé l'approche «p1atonicienne», c'est-à-dire la raison pure, l'ordre, l'autorité (pages 115 et 116). Le système socratique, lui, s'intéresse au doute et ne se sent pas écrasé par le besoin désespéré «d'assujettir les choses». Il «fait place à la complexité et à l'oralité», il rejette la domination de l'écrit. Pour cette raison, selon l'auteur, le Canada offre l'exemple très rare d'un pays où une grande sensibilité démocratique a conduit la majorité à accepter «de plein gré de se laisser diriger par une minorité»: on le voit à «la facilité avec laquelle les anglophones ont laissé le pouvoir aux francophones» (pages 315 et 329). Par ailleurs, «le Canada est, par-dessus tout, un lieu où règne la nuance» (page 309), et «le thème fondamental» de toute son histoire, «c'est la réconciliation» (page 313). Quelques données récalcitrantes Comme on le devine, il n'est pas possible dans le cadre de ce trop bref commentaire de rectifier avec toute la rigueur requise les énoncés que nous avons retenus en échantillon (il y en a bien d'autres que les lecteurs pourront eux-mêmes découvrir). Nous nous en tiendrons à quelques aperçus factuels appuyés sur les données les mieux établies, ce qui devrait suffire à faire naître le doute sur les reconstitutions historiques de John Saul. Au sujet de la Confédération qui aurait été le fait des libéraux réformistes, il s'agit là d'une étonnante contre-vérité que chacun sera en mesure de constater en ouvrant n'importe quel manuel d'histoire du Québec ou du Canada. Au Québec, ce sont précisément les ultramontains et les membres du clergé qui furent les principaux alliés politiques de Cartier, le leader conservateur, et de la grande bourgeoisie d'affaires de Montréal. Les libéraux (ou les «rouges»), y compris un jeune politicien nommé Wilfrid Laurier, s'opposaient vivement au projet. Chez les anglophones, John Macdonald lui-même était un conservateur, partisan d'un régime constitutionnel très centralisé qui faisait peu de cas de la diversité des colonies. George Brown, le leader des libéraux du Canada-Ouest (Ontario), fit volte-face et rompit avec plusieurs de ses alliés politiques pour se joindre à Macdonald et aux conservateurs dans le dossier de la Confédération (ce qui lui valut d'être accusé de trahison par ses amis). Que, par ailleurs, ces pères fondateurs aient été inspirés par une vision généreuse, humaniste et socratique d'un grand pays à bâtir dans la poursuite du bien public (page 129): peut-être, mais cela reste à démontrer. Par contre, qu'ils y aient trouvé leur intérêt matériel en s'associant étroitement à de grands financiers qui virent dans la Confédération d'immenses possibilités de développement ferroviaire et de spéculation foncière: assurément, et cette preuve-là a été faite. Non, les visionnaires de M. Saul n'étaient pas des réactionnaires; c'étaient des actionnaires. La Confédération, fruit de la démocratie? Les libéraux s'y opposaient, eux qui militaient pour le suffrage universel, le scrutin secret et l'élection des sénateurs, juges, hauts fonctionnaires et conseillers législatifs, en accord avec la pensée républicaine. Car le régime politique de 1867 a été conçu avec le souci de restreindre le pouvoir du peuple et ainsi d'éviter les excès (?) démocratiques de la Constitution états-unienne. C'est dans cet esprit que l'exécutif fédéral se vit octroyer des prérogatives très importantes l'autorisant à choisir le gouverneur général, les sénateurs, les juges des cours fédérales et de certaine cours provinciales, de même que les lieutenants-gouverneurs, eux-mêmes dotés du pouvoir de désavouer les lois adoptées par les Parlements provinciaux. La façon dont les négociations préalables ont été conduites est éloquente elle aussi sous ce rapport. Lors de la fameuse conférence préparatoire de Québec en 1864 (tenue à huis clos), le parti libéral d'Antoine-Aimé Dorion fut le seul de tous les partis politiques à ne pas être admis aux débats. Il fut également le seul parti exclu du grand gouvernement de coalition formé la même année. Quant au plébiscite (ou référendum) promis à quelques reprises à la population du Québec et réclamé avec insistance par les libéraux de Dorion, il n'a jamais été tenu. C'est seulement aux élections générales de 1867 que le peuple eut enfin l'occasion de s'exprimer. Mais il se trouvait alors devant le fait accompli: la Confédération était déjà entrée en vigueur (en vertu d'une loi britannique) et elle ne constituait pas l'enjeu officiel de l'élection. Enfin, s'il est vrai, comme le prétend John Saul, que cette entente constitutionnelle est un symbole de démocratie, quels sont les grands textes fondateurs qui en témoigneraient? Où sont les archives des grands débats fondamentaux sur la démocratie, la liberté et la citoyenneté dont la postérité pourrait s'inspirer de temps à autre (aujourd'hui, par exemple)? Dans le contexte actuel, il n'est pas sans intérêt non plus de signaler que, parmi les facteurs principaux ayant conduit à l'Acte de 1867, il y avait la volonté des libéraux ontariens de rompre avec le régime de l'Union et de se séparer du Québec (à l'époque: le Canada de l'Est). La Confédération, fruit d'un mouvement séparatiste? A propos de la Gendarmerie royale, et ce, indépendamment des vertus qu'on peut lui prêter par ailleurs, il faut bien rappeler que l'une des premières grandes missions à lui être confiée fut de déporter les Indiens qui occupaient les territoires concédés à la Compagnie du Canadien Pacifique pour lui permettre de construire son chemin de fer - ceci, en vertu de l'engagement pris en 1881 par le gouvernement fédéral envers la compagnie. Application des valeurs canadiennes? Parmi toutes les nations d'Occident, le Canada se serait signalé par le soin qu'il a mis à préserver les différences? Cet énoncé fait bon marché de toute l'histoire des rapports avec les autochtones jusqu'au milieu du XXe siècle (pensons à la Loi des Indiens de 1871, véritable assaut contre cette minorité ethnique). Il ignore les menées racistes des orangistes, les diverses tentatives ou volontés d'assimilation des Canadiens français et les déboires qu'ils ont subis hors du Québec sur le plan des droits linguistiques et scolaires, en particulier entre 1871 et 1912. Dès la fin de la conférence de Québec en 1864, où les participants étaient parvenus à un accord sur le projet confédératif, c'est encore le libéral George Brown (réputé pour ses sentiments antifrancophones) qui déclarait: «Is it not wonderful? French canadianism entirely extinguished!» La crise de la conscription de 1917 et le rapatriement de la Constitution en 1982 ne sont pas non plus l'expression d'une grande sensibilité à la différence et à la démocratie. Dans la même veine, il faudrait encore mentionner l'exclusion dont ont été victimes les femmes, les juifs, les Noirs et les Asiatiques, la discrimination longtemps pratiquée à l'endroit de diverses catégories d'immigrants, les lois eugénistes adoptées par quelques provinces anglophones au cours de la première moitié du XXe siècle, etc. Tous ces faits ont été soigneusement consignés par de nombreux historiens du pays.
La vision «siamoise» de John Saul - 2Un nationalisme «positif» et un nationalisme «négatif» ?Dernier de deux textes Selon John Saul, deux types de nationalisme ont dominé au Canada depuis le XIXe siècle. Il y a d'un côté le nationalisme canadien ou fédéral. Il est positif, ouvert et progressiste; il oeuvre à la promotion des «valeurs canadiennes», du grand idéal humanitaire. Il y a ensuite le nationalisme québécois, qualifié tour à tour d'idéologique (l'autre ne le serait donc pas?), négatif, colonial, étroit, sectaire, passéiste, etc. Ce nationalisme-là est resté enfermé dans l'esprit du XIXe siècle. Il perpétue l'héritage de Mgr Bourget, du chanoine Groulx et de Duplessis (pages 301-302, 427, passim). Il a été dominé par l'ultramontanisme (idéologie ultraconservatrice qui, dans la seconde moitié du XXe siècle au Québec, affirmait la préséance de l'Eglise (catholique) sur l'Etat dans plusieurs affaires «temporelles») jusqu'à la Révolution tranquille. Selon l'auteur, ce sont justement les porte-parole de ce nationalisme «idéologique» qui ont diffusé des interprétations complètement déformées du passé québécois et canadien. Ce fut le cas en particulier de l'«Ecole de Montréal» (G. Frégault, M. Seguin, M. Brunet). Ces historiens ont pratiqué une méthode historique qui «a été inventée et perfectionnée à Moscou» (page 328). Dans sa version extrême, telle qu'elle a été utilisée en Union soviétique, cette méthode consiste dans «le découpage et le montage de photos de groupes et de documents afin d'éliminer des personnalités en disgrâce» (page 328). John Saul explique aussi que l'École de Montréal prolongeait la pensée du fasciste Paul Bouchard et elle avait «partie liée avec l'ancien nationalisme clérical» (page 32), étant héritière de la pensée ultramontaine et de son rêve agricole (page 191). Elle a mis en forrne la fameuse «psychose de la victime» et elle a donné au mouvement souverainiste actuel son «fondement intellectuel» (page 32). A l'encontre de tous ces «nationalistes masochistes» qui se sont adonnés à une «épuration idéologique de la mémoire collective» (sur le modèle soviétique), l'auteur rappelle quelques vérités. L'idée qu'il ait pu y avoir une «conquête» en 1760 est une «illusion» (pages 33 à 35). L'Union de 1840, avec son projet d'assimilation des Canadiens français inspiré du rapport Durham, était une initiative de Londres que les Canadiens anglais désapprouvaient (pages 324 et 325). Pour diverses raisons, les nationalistes (négatifs) canadiens-français ont boudé la grande entreprise socratique qu'était le Canada et pour justifier leurs échecs, ils ont eu recours à une fiction qui consiste à se dépeindre dans le rôle de la victime (pages 37 et 38, passim): c'est la stratégie bien connue qu'utilisent souvent les faibles pour susciter un sentiment de culpabilité chez leurs vis-à-vis. Le dossier de la conquête, d'abord. Depuis des générations, malgré de nombreux travaux très savants, ce sujet a continué à diviser les historiens, et ce, aussi bien au Canada anglophone qu'au Québec. M. Saul, lui, a tout de suite vu la vérité: il n'y a pas eu de conquête et les conséquences néfastes souvent imputées à la Cession de 1763 sont le fait de nationalistes «sectaires». Pourtant, la thèse de la conquête comme facteur déstructurant a été affirmée aussi par des spécialistes anglophones (par exemple, les historiens A. R. M. Lower et S. Trofimenkoff, ou le politologue John Meisel, un esprit libéral dont les opinions font autorité au Canada). Un mot sur le rapport Durham qui a préparé l'Acte d'Union de 1840, prétendument désapprouvé par les Canadians. John Saul semble ignorer l'existence au Canada anglophone d'une vigoureuse tradition historiographique (dominée par William Kingsford) qui a célébré le rapport Durham comme le texte fondateur de l'histoire canadienne. Autres données contradictoires: les Canadiens anglais n'ont pas invité la Chambre d'Assemblée du Bas-Canada à se prononcer sur le projet d'Union et ils se sont parfaitement accommodés des avantages iniques qu'elle leur a conférés (transfert sur le Bas-Canada d'une grosse partie de la dette haut-canadienne, fixation du nombre de circonscriptions électorales sans égard aux effectifs démographiques). L'Ecole historique de Montréal dans les années 1950 aurait eu partie liée avec l'ancien nationalisme clérical et sa thèse ruraliste? Mais presque tous les chercheurs qui ont publié sur ce sujet y ont vu une rupture importante et la naissance du néonationalisme. Le Parti québécois héritier de l'ultramontanisme et de Lionel Groulx? De l'avis des historiens de la religion, l'ultramontanisme était devenu un courant marginal dès le début du XXe siècle. Quant à Groulx, il s'est dissocié du néonationalisme et il a pris position contre les mouvements indépendantistes qui ont donné naissance au Parti québécois. Enfin, on conviendra que l'accusation d'épuration idéologique suivant la méthode moscovite va au delà du raisonnable et en deçà des bienséances. En définitive, elle ternit non l'objet qu'elle dénonce mais le sujet qui l'énonce. Il y aurait bien d'autres passages du même ordre que, faute d'espace, nous ne pouvons relever. Par exemple: les référendums comme ceux qui sont tenus au Québec seraient des exercices antidémocratiques; le courant naturel de la vie économique au Canada irait dans le sens est-ouest et non pas nord-sud; une particularité de ce pays serait d'avoir bien réparti la richesse nationale, ce qui aurait donné naissance à une imposante classe moyenne, caractéristique du Canada; les Québécois n'auraient pas encore rompu avec leur habitude de reproduire servilement les modèles français... Signalons enfin une contradiction qui siège au coeur de l'ouvrage. Dans l'ensemble, nous dit-on, ce que le Canada a fait comme pays est bon, très bon même, à commencer par son émancipation par rapport à la Grande-Bretagne et son émergence comme Etat souverain, libre de promouvoir ses valeurs. Néanmoins, lorsque c'est le Québec qui nourrit les mêmes aspirations, celles-ci sont aussitôt vidées du contenu positif qui, ailleurs, en fonde la légitimité. Une (autre) occasion manquée L'exemple de John Saul est important. Il vaut de s'y arrêter parce que son livre permet de mesurer l'ampleur et la profondeur de l'incompréhension entre les deux principales communautés ethniques au Canada. Car cet écrivain anglophone n'est pas le dernier venu: voici au contraire un intellectuel distingué, éclairé, animé par des valeurs humanistes, bien disposé envers le Québec et qui s'est donné du mal pour connaître son histoire, sa situation politique et sa culture. En d'autres mots, on n'a pas affaire ici à un tribun. Mais à tout prendre, et pour cette raison même, le résultat est encore plus décevant et il y a là quelque chose de pathétique. Comme Québécois, il m'est impossible de me reconnaître dans les portraits et reconstitutions proposés. En fait, je ne me reconnais ni dans le Québec, ni dans le Canada de M. Saul. Comment ne pas s'étonner de cette double vision du monde - de cette pensée siamoise, en vérité - qui prête au nationalisme canadien de si éminentes vertus et au nationalisme québécois les vices les plus détestables? Nationalisme positif en effet que cet état d'esprit qui vous fait voir votre pays sous de si beaux atours! On imagine aisément comment serait qualifié un souverainiste qui appliquerait au Québec les qualificatifs utilisés par John Saul pour dépeindre le Canada: on le traiterait sans doute de chauvin, d'ethnocentriste, de provincialiste, et le reste. Aurait-on complètement tort? Cela étant dit, évitons un malentendu. Les critiques qui viennent d'être formulées ne font pas du Canada un pays foncièrement injuste, raciste, despotique et pervers. Cette représentation serait tout aussi caricaturale que l'autre. Nos commentaires ne visent pas à inverser les énoncés de John Saul; ils sont simplement une invitation à la nuance, à la rigueur et à l'équité. Comme toutes les démocraties d'Occident, le Canada a eu une histoire complexe, souvent ambiguë, ponctuée d'avances et de reculs, d'ombres et de lumières («Canadian annals have been littered with instances of corruption», écrit A. R. M. Lower), au sein desquels une tradition humanitaire a néanmoins pris racines et prospéré. Au milieu de ces tensions, conflits et injustices, et malgré tous les égoïsmes qui ont animé cette vie collective, une société de droit, décente, s'est constituée. Malgré bien des échecs, elle parvient à se reproduire au gré d'une dynamique compliquée où entrent plusieurs facteurs, le principal étant l'aspiration d'une majorité de citoyens à une vie équitable, respectueuse d'autrui. Mais on peut en dire autant du Québec. Aux yeux de tout historien, sociologue ou politologue, ce dernier commentaire pourrait paraître des plus convenus. Il n'évite la banalité que lorsque rapporté aux extravagances et aux simplifications de M. Saul. Cet intellectuel se présente pourtant comme un avocat de la complexité oeuvrant à dénoncer les idéologues qui déforment la réalité (parmi d'autres: page 375) et à restaurer la bonne méthode historique. Mais comment expliquer qu'un tel livre, venant d'un intellectuel aussi célébré, n'ait pas davantage agité les milieux intellectuels québécois et en particulier celui des historiens?
A sa façon, l'ouvrage illustre d'une manière saisissante la profondeur du désaccord Québec-Canada. En effet, à cause des qualités personnelles qu'il réunit et de la sympathie qu'il affiche à l'endroit du Québec, John Saul représentait le genre d'interlocuteurs qui aurait pu contribuer à ouvrir une perspective de rapprochement Les résultats de son essai montrent à quel point on en est loin.
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