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Il y a 30 ans, octobre 1970 :
le FLQ, pourquoi ?
LOUIS FOURNIER
journaliste à CKAC au moment de la Crise d'octobre 1970, l'auteur a écrit FLQ Histoire d'un mouvement clandestin, publié aux Éditions Québec-Amérique en 1982 et réédité récemment chez Lanctôt Editeur
5.10.00

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Le Front de libération du Québec (FLQ) fait désormais partie de notre histoire, mais on ne peut guère oublier qu'il a déjà fait partie de nos vies, de façon souvent tragique. Trente ans après les événements d'octobre 1970, on se demande encore comment nous avons pu vivre ici ces dix années de violence politique dont le paroxysme fut le double enlèvement et la mort d'un des otages du FLQ durant la Crise d'octobre, dix années qui ont fait du Québec un des points chauds de l'Amérique du Nord.
Neuf morts, dont trois militants du FLQ, près de 200 attentats à la bombe, de multiples vols d'armes, d'argent et d'équipement, des actions et des écrits de toutes sortes et, surtout, deux enlèvements politiques - les premiers au Canada - qui ont entraîné la proclamation de la Loi sur les mesures de guerre et la suspension des droits et libertés, pourquoi tout cela est-il arrivé ici? Pourquoi quelques centaines de militants, jeunes et moins jeunes, venant surtout des milieux ouvriers et populaires, ont-ils participé à un tel mouvement terroriste, beaucoup d'entre eux se retrouvant en prison, parfois pour bien des années?
Pourquoi est-ce donc arrivé ici, au Québec, dans une petite nation qui compte aujourd'hui près de sept millions et demi d'habitants, dont plus de 80 % de langue française, et qui ne veut pas mourir? Poser cette question, c'est déjà un peu y répondre.
Désespérance et espoir
Le FLQ est né en 1963 de la désespérance et de l'espoir entremêlés d'une poignée de jeunes gens voués à la réalisation d'un idéal, l'indépendance du Québec.
Cette violence politique était l'expression d'un sentiment d'urgence et d'impatience, d'une forte dose de volontarisme et de romantisme révolutionnaire. C'était une fuite en avant, sinon un saut dans le vide, voire un saut de la mort.
En outre, le FLQ est né et a grandi dans un contexte socioéconomique et politique bien particulier, celui des années soixante au Québec et dans le monde, des années de feu. La violence politique ici n'était guère différente de celle qui avait cours dans plusieurs pays, entre autres aux Etats-Unis avec les Black Panthers, en Amérique latine avec les guérillas de toutes sortes, en Irlande avec l'IRA, au Pays basque avec l'ETA, etc.
On peut être en désaccord avec l'action terroriste du FLQ, tout en sachant que ce fut un phénomène social qui s'analyse et s'explique. Comme le disait à l'époque l'ancien premier ministre et leader du Parti québécois, René Lévesque - qui a toujours condamné la violence -, «le terrorisme est le symptôme vivant d'une maladie, il n'en est pas la cause».
Il disait aussi: «Si nous conservons le même genre de société, nous aurons le même genre de choses. Nous devons faire des réformes profondes pour qu'il n'y ait plus de FLQ. »
Un long et patient travail
Grâce, entre autres, à la montée rapide du Parti québécois et à son élection en 1976, grâce aux réformes et aux changements survenus dans la société depuis les années soixante, des progrès énormes ont été accomplis et des étapes majeures ont été franchies. Mais le combat n'est pas encore terminé. Le sera-t-il jamais un jour pour ce petit peuple francophone en Amérique du Nord?
Lors du référendum du 30 octobre 1995, l'option du OUI à la souveraineté proposée par le PQ a recueilli 49,4 % des voix, plus de 60 % chez les francophones. Près de deux millions et demi de Québécois ont voté en faveur de la souveraineté, alors qu'il n'y avait qu'une poignée de «séparatistes» en 1960 lorsque fut fondé le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN). En 1995, le Québec est passé bien près de devenir un pays, un vrai pays. La prochaine fois sera-t-elle la bonne?
Tout compte fait, si la violence peut parfois provoquer une prise de conscience, «ouvrir les yeux et faire découvrir le poids de la dépendance», selon les mots du grand Félix Leclerc, elle n'est pas un raccourci sur le chemin de la liberté. Elle ne remplace jamais le long et patient travail de persuasion démocratique, d'organisation et de mobilisation en vue de convaincre les Québécois de la nécessité du changement.
C'est à ce prix que nous pourrons enfin nous donner un pays. Un pays souverain, moderne, pluraliste et ouvert sur le monde.
Libre opinion, publiée dans LeDevoir du 5.10.00



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