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Octobre 70
Je me souviens
Jean-Marc Rioux
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J'étais étudiant en Histoire à l'université Laval à l'époque. Notre
seul crime fut de diffuser le manifeste du FLQ et de demander
courageusement le retrait immédiat de la Loi des Mesures de Guerre.
Cela a valu à une demi-douzaine de jeunes patriotes d'être enfermés
sans procès dans les geôles infectes de la PP sur le boul St-Cyrille à
Québec. Nous avons été battus, on nous a coupé les cheveux de force,
on nous privait de nourriture, on nous arrosait avec des lances à
incendie, etc. L'horreur, nous l'avons connue un certain soir de
novembre: si on ne signait pas une déclaration incriminante, et que
nous ne dénoncions pas d'autres militants, on nous a dit qu'on avait
ordre de nous supprimer. Nous étions sans communication avec
l'extérieur et nos geôliers nous disaient qu'une révolution se passait
à l'extérieur et que la loi des mesures de guerre leur donnait même la
permission de nous exécuter. Cinq d'entre nous furent menés dans un
réduit du sous-sol et ils ont dégainé leurs armes et nous ont tirés à
blanc (simulacre d'exécution). Plusieurs de mes amis se sont
effondrés. Par la suite, quelques-uns ne s'en ont pas remis et même se
sont suicidés.
Nous avons fait des approches pour demander réparation, mais peine
perdue. Oui, il y a un tabou sur la Crise d'Octobre. Mais JE ME
SOUVIENS ! Jamais, je n'oublierai et cela me fait rigoler lorsque l'on
me parle de la démocratie au Canada.
Jean-Marc Rioux AGQ le 12-8-99



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