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Le courant souverainiste est un élément intégrant, sinon dominant, de la vie politique québécoise. Pour un grand nombre de souverainistes, l'appui au Bloc constitue la seule façon de s'exprimer dans un scrutin fédéral et de ne pas être totalement exclus d'une vie politique canadienne qui les affecte. D'autres électeurs nationalistes se tournent vers le Bloc, faute d'alternative, estimant que cette formation est celle qui défend le mieux les intérêts du Québec. Un sondage Léger Marketing détaillé portant sur le Québec, publié hier par le Globe and Mail et le Journal de Montréal, confirme d'ailleurs le fait que le Bloc et le PLC sont nez à nez, avec chacun 43 p. cent des appuis, ce qui permet de croire que la formation souverainiste conservera ou augmentera légèrement le nombre de sièges québécois qu'elle détient. Ce résultat représente bien moins une victoire du Bloc lui-même qu'une défaite des libéraux fédéraux. Le sondage Léger et Léger indique que, chez les francophones, les libéraux ne recueillen que 35 % des voix, contre 50% pour le Bloc. Le fait que le PLC, dirigé par un Québécois francophone, ne recueille que le tiers des voix francophones, constitue un échec évident. Ce refus de voter pour Jean Chrétien est certainement porteur d'un message. Il exprime un désaccord avec sa vision du fédéralisme, mais aussi avec sa recherche de la confrontation. Plus que la loi C-20 sur la clarté référendaire, qui n'a pas suscité une réelle levée de boucliers, la façon qu'a M. Chrétien de réduire la question nationale à un affrontement entre son gouvernement et les séparatistes mène à une polarisation du débat dont les Québécois aimeraient se désengager. N'oublions pas que 22 % des Québécois avaient appuyé les conservateurs de Jean Charest, lors de la dernière campagne électorale, ou que plusieurs d'entre eux auraient rallié les libéraux s'ils avaient été dirigés par Paul Martin. Privés de ces options, bien des Québécois n'ont d'autre choix que d'appuyer le BQ. C'est d'ailleurs pour cette raison qu'il est difficile d'établir un lien entre les succès ou les déboires du Bloc et l'appui à l'option souverainiste. Les appuis dont jouit le Bloc ne le libèrent toutefois pas des contradictions qui le hantent depuis sa naissance, éternel parti d'opposition, régionaliste, qui prône la souveraineté à Ottawa dans une période où il n'y a pas de référendum à l'horizon. Une situation inconfortable qui le rend très vulnérable aux incohérences. On a souvent souligné les coûts de la présence du Bloc québécois, qui contribue à la marginalisation du Québec au sein du Canada. Mais on observe, à mesure qu'il s'incruste à Ottawa, un autre effet pervers, plus étonnant et plus désolant. Le Bloc, happé par sa dynamique, se coupe de plus en plus du Québec qu'il est censé défendre et représenter. Un triple phénomène est ici en jeu. Le fait que le Bloc veuille mener à Ottawa une bataille québécoise le met en marge du monde réel. Le fait d'être perpétuellement dans l'opposition le déresponsabilise. Cette tendance, observable dans d'autres partis d'opposition permanente, comme le NPD, est amplifiée dans le cas du Bloc par un troisième facteur, le fait que sa réélection repose largement sur l'existence d'un électorat captif, ce qui limite son besoin de s'adapter aux réalités du terrain. Non seulement le Bloc peut-il dire n'importe quoi, mais il n'a même pas à s'assurer que ce n'importe quoi corresponde aux voeux et aux sensibilités des Québécois. Ce qui explique le peu d'enthousiasme d'un grand nombre de ceux qui seront dans les faits forcés de voter pour ce parti. Des exemples ? Commençons par sa stratégie de jouer la carte référendaire, sans doute pour réveiller le vote souverainiste, mais qui constitue un non-sens quand on sait à quel point les Québécois ne veulent pas s'engager dans cette aventure. Ou encore sa bataille pour une loi antigang dont le simplisme dépasse sur la droite la croisade allianciste pour la loi et l'ordre. Mais ce qui étonne davantage, c'est le glissement à gauche qui rapproche le Bloc du NPD. Cela a amené M. Duceppe a dénoncer en termes très durs le budget Martin, accusé de voler les pauvres pour donner aux riches, quand les classes moyennes qui appuient le Bloc ont certainement été ravies de l'initiative fédérale. Mais le clou, c'est sans doute la bataille pour exiger que le gouvernement Chrétien accède aux demandes de la marche des femmes, ce qui coûterait 55 milliards. Non seulement peut-on être étonné que le Bloc reprenne telles quelles toutes les demandes de ce groupe, mais il est difficile de ne pas pouffer de rire quand on sait que le gouvernement Bouchard a dit non à ces mêmes demandes. Cela met M. Duceppe dans la position absurde où il refuse stoïquement de demander au gouvernement du Québec ce qu'il exige du gouvernement fédéral. Le Bloc, parce qu'il compte sur un électorat captif, reste, par défaut, une force dans ces élections. Mais n'oublions jamais que si Gilles Duceppe, avec son image, son équipe et son programme, militait sur la scène politique québécoise, il se ferait vraisemblablement laver à des élections provinciales.
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