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Godbout en veut notamment pour preuve l'incapacité de certains historiens consultés pour les fins de son documentaire à identifier Adélard Godbout sur une photo. Le dévoilement d'un monument à la mémoire d'Adélard Godbout, le 1er octobre 1960 à Frelighsburg, est la dernière fois où le cinéaste se rappelle avoir entendu publiquement parler de lui. Depuis, note-t-il, il s'est écoulé «40 hivers de silence et d'oubli». Le Québec a «la mémoire honteuse» en ce qui concerne cette période de son histoire, conclut donc Jacques Godbout avec sévérité. Cette accusation portée par Godbout est particulièrement grave, est-il besoin de le souligner. Elle nous paraît d'autant plus grave qu'elle ne tient pas la route: non seulement Adélard Godbout n'a pas été effacé de l'histoire ni même relégué à une note de bas de page dans les livres d'histoire, il appert qu'il a été, au contraire et par comparaison avec d'autres premiers ministres québécois, l'objet d'une grande attention de la part des historiens. Ainsi, en 1977, l'historien Jean-Guy Genest consacrait sa thèse de doctorat, qui totalise 671 pages, à la vie et à l'oeuvre d'Adélard Godbout. Presque vingt ans plus tard, en 1996, les Editions du Septentrion publieront cette thèse sous le titre Godbout. Un ouvrage encore disponible dans les meilleures librairies! De plus, une simple compilation à partir des index de 14 livres d'histoire du Québec et d'histoire du Canada, publiés et réédités entre 1976 et 2000, montre que non seulement à n'a pas été effacé de l'histoire mais qu'on lui accorde même une plus grande importance qu'à Lomer Gouin, par exemple, qui fut premier ministre du Québec entre 1905 et 1920, soit pendant plus de 15 ans. En effet, le nom d'Adélard Godbout, qui a dirigé les destinées du Québec pendant moins de cinq ans, revient à 78 reprises tandis que celui de Gouin n'est mentionné que 71 fois. En comparaison, le nom de Louis-Alexandre Taschereau, premier ministre du Québec pendant 15 ans, est indiqué 99 fois tandis que les noms de jean Lesage et René Lévesque totalisent respectivement 99 et 113 mentions. Plus encore, dans un de ces livres d'histoire, publié en 1996, on retrouve la photo de seulement trois premiers ministres du Québec: Honoré Mercier, Adélard Godbout et Robert Bourassa, ce dernier en compagnie de Pierre Trudeau et de Louis Robichaud, premier ministre du Nouveau-Brunswick. Tous des libéraux. Où sont les autres premiers ministres du Québec? Jacques Godbout verra-t-il là un complot pour effacer la mémoire des autres premiers ministres du Québec? Outre les livres d'histoire, de nombreux contemporains et une panoplie d'ouvrages rappellent les réalisations du gouvernement de Godbout. A commencer par André Laurendeau, chef du Bloc populaire lors des élections de 1944 et à ce titre, l'un des principaux responsables de la défaite de Godbout qui, à l'occasion du décès du quinzième premier ministre du Québec, lui rendait hommage en ces termes dans les pages du Devoir. «Nous garderons le souvenir d'un homme probe et charmant, dont la carrière influença la vie politique du Québec. [ ... ] Son oeuvre reste impressionnante, et ceux qui ont combattu plusieurs de ses idées doivent lui rendre hommage. Plus que la plupart des chefs dÉtat québécois, il eut le sens de la liberté et crut en la démocratie. » Le 14 juin 1984, à l'occasion du quarantième anniversaire de la création d'Hydro-Québec, le premier ministre René Lévesque, constatant que le nom de Godbout n'était pas mentionné, se chargea lui-même de le rappeler en soulignant que zla postérité, jusqu'à nouvel ordre, a été vraiment inéquitable à l'égard de Godbout. [ ... ] C'est assez injuste qu'on ait oublié que ces quelques années du gouvernement Godbout ont été ponctuées également par trois décisions cruciales qui constituent quasiment l'acte de naissance du Québec contemporain». Et de rappeler la création d'Hydro-Québec, l'instruction obligatoire et le vote des femmes. Dans ses mémoires publiés en 1995, Robert Bourassa fait lui aussi allusion à Adélard Godbout. «Pour ma part, je trouve que le précurseur de la Révolution tranquille, et ce n'est pas toujours reconnu, c'est Adélard Godbout, qui a établi Hydro-Québec, instauré la gratuité dans l'éducation et accordé le droit de vote aux femmes. Dieu sait comment il a été lapidé par la suite, à cause d'une signature pour un accord de nature fiscale.» Enfin, parmi les nombreux mémorialistes qui parlent abondamment de ce premier ministre et de ses réalisations, on note, entre autres, Jean-Marie Nadeau (1966), René Chaloult (1969), Lionel Bertrand (1976), Georges-Emile Lapalme (1970) et Hector Laferté (1998). Sans compter que plusieurs auteurs d'ouvrages spécialisés font référence également aux réformes progressistes adoptées sous l'administration d'Adélard Godbout. Si, donc, le nom d'Adélard Godbout revient si souvent, s'il est si fréquemment cité, c'est sans doute une preuve de la reconnaissance de sa contribution à l'évolution de la société québécoise. Contrairement à ce qu'affirment Jacques Godbout et l'Office national du film, si, depuis longtemps, un complot a été ourdi pour effacer le souvenir d'Adélard Godbout de l'histoire, il faut dire, à la lumière de ce qui précède, que ce complot a échoué depuis belle lurette. En fait, s'il y a un premier ministre qui a été négligé par l'histoire jusqu'à ce jour, ce n'est pas, n'en déplaise à son petit-neveu, Adélard Godbout mais plutôt Lomer Gouin. Il n'existe ni biographie ni statue commémorant sa mémoire. Ni d'ailleurs de documentaire dénonçant avec véhémence cet oubli...
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