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Le résultat des dernières élections n'est sans doute pas brillant, mais peut-être pas non plus catastrophique. Ce n'est pas le moment de jeter le manche après la cognée. Il faut analyser finement les résultats, et surtout regarder de près les listes électorales pour la prochaine fois. Mais je voudrais aujourd'hui aborder la question démographique. C'est un révélateur de l'état d'une société, des problèmes qui s'y posent, mais aussi de la confiance qu'elle a en elle-même. Il faut des enquêtes serrées pour savoir s'il existe beaucoup de personnes qui souhaitent avoir des enfants, mais ne peuvent en avoir, et pour quelles raisons. Car si cette volonté existe, on trouvera bien les moyens pour résoudre le problème. Les tensions de la vie moderne jouent leur rôle, mais c'est aussi vrai ailleurs. L'avantage est que le Québec n'est pas si peuplé qu'il ne puisse réagir rapidement, et de façon ciblée. S'est-on par exemple demandé si le travail à domicile, avec l'ordinateur et l'Internet, ne pouvait pas favoriser un renouveau de la vie familiale, en supprimant par exemple les temps morts que sont les trajets pour aller au travail ? Ne peut-on organiser alors des gardes d'enfants tournantes par micro-secteurs, afin de suppléer à l'éventuel défaut de crèches publiques ? Les entreprises pensent-elles à cette question, comme le font certaines aux Etats-Unis ? Où en sont les congés parentaux ? Les femmes souffrent-elles dans leur carrière parce qu'elles ont des enfants ? Quid de leurs droits sociaux, de leurs points de retraite ? Il faut des réponses précises à tout cela. Car ce problème démographique n'est pas une donnée immuable sur laquelle on ne pourrait agir. L'exemple de la France est ici éclairant. La Révolution française a eu un effet pervers, en abolissant tout droit d'aînesse. Pour éviter le morcellement de leurs terres, les paysans français ont donc limité le nombre de leurs enfants, affaiblissant le pays face à l'Angleterre et à l'Allemagne : ainsi s'explique une grande partie de l'Histoire des XIXe et XXe siècles. Mais il ne faut jamais commettre l'erreur de croire que ce genre de tendance peut se prolonger indéfiniment. Il y a une sorte de thermodynamique sociale qui fait revenir l'aiguille de la balance à son point d'équilibre. En l'occurrence, le redressement date de 1942, de la plus noire période de la guerre ! Il faut lire le très beau livre écrit peu après la Libération par le Dr Robert Debré et par Alfred Sauvy, intitulé "Des Français pour la France" (qui doit encore se trouver en bibliothèque). A l'époque, une prise de conscience s'était faite dans la société française, et (miracle !) chez les hommes politiques. Une impressionnante série de mesures fut prise par le gouvernement du général de Gaulle : mesures sociales, avec des allocations familiales au pouvoir d'achat élevé, fiscales, avec le "quotient familial", médico-sociales, avec les congés de maternité, sans compter les bonifications de points de retraite, l'interdiction du travail de nuit des femmes, etc. (On se gardera d'oublier la qualité des écoles maternelles, qui sont gratuites, et de plus en plus ouvertes à partir de l'âge de deux ans). Le résultat a suivi : même si les rapatriés d'Algérie et les immigrés ont apporté leur contribution, la pyramide des âges s'est transformée, et la France (sans même compter la Wallonie, qui pourrait peut-être bientôt demander à la rejoindre, et qui est en plein renouveau, même si cela ne se sait pas encore beaucoup) compte 60 millions d'habitants, avec un taux de natalité supérieur à celui de l'Allemagne, qui en est à 80 millions. Jamais le rapport n'a été aussi favorable. Pourtant, depuis un quart de siècle, des gouvernements médiocres ont abandonné cette politique (par manque d'intérêt, ou de vision à long terme) : perte de pouvoir d'achat des allocations familiales, atteintes démagogiques au quotient familial, application de directives européennes monstrueuses sur le travail de nuit des femmes... La démonstration vaut dans les deux sens. "Là où il y a une volonté, il y a un chemin" (C. de Gaulle). On pourrait également prendre l'intéressant exemple de la Suède. La leçon est claire. Il faut donc cesser de dire de chaque occasion d'arriver à l'indépendance que c'est la dernière, et agir. Mais on peut aussi se demander si les mauvais chiffres actuels ne pourraient pas avoir une vertu pédagogique. Ne pourrait-on jouer sur le risque pour le transformer en force, à la manière d'un judoka ? La rédaction d'un petit livret clair (on trouvera tous les éléments pédagogiques dans Alfred Sauvy), ou même d'un simple dépliant, pourrait sonner l'alarme, et mettre la question sur la place publique, comme dans la France de la Deuxième Guerre mondiale. Etant donné que toute société, comme tout individu, tend à persévérer dans l'être, on peut se dire que la perspective d'une disparition des Québécois en tant que peuple susciterait une vigoureuse réaction. C'est tout ce que souhaitent les souverainistes des deux rives de l'Atlantique. Vive la République du Québec !
Denis Griesmar AGQ#12100, 7.12.00
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