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Clarkson-SaulPierre DeBellefeuille
LeCouac février 2000
Il y a depuis peu dans le paysage politique canadien deux nouveaux prédicateurs fédéralistes qui sont grassement payés et ne sont responsables à personne sauf, en théorie, à la Reine d'Angleterre. Les éléments d'une crise constitutionnelle se trouvent ainsi réunis, mais personne ne bouge. Le Canada anglais n'est que trop content d'entendre les châtelains de Rideau Hall soutenir l'ordre nouveau qui nie l'identité québécoise. Quant aux Québécois, ils se fichent du gouverneur général et de son conjoint comme de l'an quarante. Ils ont raison, tant que ceux-ci se contentent de leur rôle de potiche et respectent leur devoir de réserve. Mais ils ont tort lorsque le couple vice-royal viole la consigne et sème ses opinions à tout vent. Mme Clarkson prétend que «le gouverneur général a le droit d'encourager, d'aviser et d'être consulté». (Le Devoir, 28 décembre 1999) Cela est faux. À l'instar de la Reine qu'elle représente, la vice-reine n'a le droit de dire que des banalités. Autrement, nous ne sommes plus en monarchie constitutionnelle. L'ex-vedette de la CBC dit aussi qu'elle n'abordera que des sujets ne prêtant pas à la controverse. Pourtant, elle vante l'unité nationale. N'y a-t-il pas controverse à ce propos? À moins que l'opinion québécoise ou canadienne-française ne compte pas... Quant à l'ineffable John Ralston Saul, qui est partout à l'affiche, il se permet de juger le Canada et les Canadiens dans L'actualité de janvier 2000. Il y a là un manquement scandaleux au devoir de réserve. La tradition britannique n'est pas seule en cause. Le potichage du gouverneur général est aussi de tradition canadienne. Roméo LeBlanc, ancien journaliste, aurait eu beaucoup à dire. Il s'est contenté de banalités, tout comme Jeanne Benoît-Sauvé et son mari Maurice, tous deux anciens politiciens volubiles. Remontons un peu plus loin dans l'histoire. En 1925, l'astucieux Mackenzie King a gagné l'élection générale sur le dos du vice-roi, lord Byng de Vimy, qui s'était permis de refuser de dissoudre le Parlement.
Bref, les potiches n'ont pas d'opinions. Faudra-t-il s'adresser aux tribunaux pour faire taire nos deux zélés?
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