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John Saul - L'historien et l'histrionDans sa psychose de l'homme libre, dans sa démonisation du monolithique (à l'exception de l'asphyxiante mondialisation), dans son panégyrique de l'individu avec son exemple à l'appui, dans sa célébration de la légèreté, de l'ironie et de l'espièglerie, dans son épistémologie cavalière, dans son optimisme révisionniste, dans son idéologie de clins d'oeil et de tapes sur l'épaule, bref dans son comportement d'histrion* du Canada et de frère siamois de Jacques Godbout, dont le modèle remonte à Trudeau descendant la rampe de l'escalier de Buckingham Palace sur le derrière, ce boute-en-train de John Saul ne voit pas sa prétention et ses contradictions. Relevons une marque de son style coloré, l'usage qu'il fait des pronoms personnels. Le style étant l'homme, Saul est un prédateur débonnaire. Coloré comme un ara. «À mon avis», répète-t-il, dans sa réplique aux arguments pondérés et documentés de Gérard Bouchard; et ailleurs: «Moi, je dirais que»; «Mon argument»; «Tous les chimistes et biologistes que je connais»; «Ce que moi, j'appelle»; «Mon argument»; «J'ai l'impression que»; «En général, je suis content»; «On n'a qu'à me lire»; «Quant à moi, il m'est impossible»; «Ce qui me déçoit» «Moi, je l'ai lu»; «Ce que j'entends par là»; «Qui m'accompagne?»; etc. Or ce n'est qu'une ruse pour asséner le coup suivant à Bouchard: «Son livre est écrit à la première personne du pluriel. Nous ceci et nous cela. Moi, je n'oserais pas. » Pourtant, sous la plume du même ara, ne lit-on pas: «Nous ne sommes [pas] qu'une société neuve»; «Nous ne sommes pas encore entièrement libérés»; «Les fondements de notre société»; les grandes trajectoires historiques «nous parlent»; «Ce qui marche pour nous», etc. C'est un «nous» de majesté, peut-être? Il y a fort à parier que cet ara amusera, dans les salons du gouverneur général, où l'on est payé pour se prendre au sérieux et prononcer des discours fades, bénins. Il y brillera, jonglera, sautillera, marchera sur des oeufs, sur vous, sur une lame de rasoir et peut-être même sur un seul doigt. C'est quand même une jolie pirouette que d'affirmer qu'il n'y a pas eu «conquête» en 1759, mais seulement «cession», une simple affaire de lobbys, sous prétexte que des empires ont négocié, que l'un a pris les fourrures et l'autre, le sucre. Il semble oublier que la négociation a eu lieu après la guerre, en 1763. Et il n'y aurait pas eu d'épuration ethnique en Acadie? Nooon! Mais seulement, dirait-il sans doute, quelque chose comme une rationalisation des effectifs, une redistribution du capital humain, une harmonisation des relations vues autrement». Peut-être un petit peu dérangeant le grand dérangement mais ramenons-le à de nouvelles proportions. Une «trajectoire» parmi d'autres, dans sa lorgnette, dans sa balistique qui tient plus du feu d'artifice et de la poudre aux yeux que de la lecture, même amusée, des faits. Donc le Canada, ce serait les fourrures; et les Antilles, le sucre. Mais nous, les descendants des disparus dans le troc? Nous, les enfirouapés, on nous a laissé la soupe aux pois. Thank you, guys. Pastichons Saul: «Est-ce que j'ai raison? Le questionnement n'est pas là.» Où, alors? Fuddle-duddle!
François Hébert (Lettre publiée dans LeDevoir du 1er février 2000) *histrion = "comédiens, avec un sens de mépris - acteur, bouffon, comique, clown"
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