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Pour que le Québec... reste libre !Nous devons aider les Québécois à résister à un projet de loi qui leur ferait perdre toute identité
Le Nouvel Observateur Depuis 1995 et léchec du référendum sur la souveraineté, le Québec navait plus guère fait parler de lui sur la scène internationale. De Paris, on savait seulement que Philippe Séguin y va chaque mois faire un cours et que Céline Dion sinterroge sur la suite de sa carrière musicale. Les partisans de la souveraineté navaient perdu, en 1995, que de quelques dizaines de milliers de voix. Par rapport au précédent référendum sur la même question, organisé en 1980, ils étaient passés de 40% à 49,5% des suffrages exprimés, venant mourir aux portes de la liberté. Si le gouvernement fédéral avait été intelligent, il aurait mis à profit le répit dont il disposait pour régler définitivement la question : en faisant du Canada une fédération binationale où les francophones se seraient sentis aussi à laise que les anglophones, qui parlent et agissent en propriétaires légitimes du pays. Or non seulement Ottawa na rien fait pour calmer le jeu, mais il vient au contraire de mettre le feu aux poudres. Depuis décembre 1999, un projet de loi, appelé C-20, qui vise à la « clarification » et qui vient cette semaine en deuxième lecture à la Chambre des Communes fédérale, dispose en substance :
1) que tout projet de référendum émanant du gouvernement dune province sera préalablement examiné par cette même Chambre des Communes ; Lintransigeance de Jean Chrétien, le Premier ministre canadien, et sa volonté dapporter une solution finale au problème québécois sont dautant plus surprenantes que rien ne presse. Comme la France, lensemble du pays est emporté par une vague de prospérité. Quant aux souverainistes du PQ (Parti québécois), ils nont pas actuellement le vent en poupe. Premier ministre du Québec, leur leader, Lucien Bouchard, est aux prises avec la difficulté - que lon connaît bien en France - de moderniser le régime de protection sociale, et la nécessité dimposer des mesures impopulaires comme la suppression dun certain nombre dhôpitaux. Son parti est à la traîne dans les sondages et il nest pas question dorganiser dans les années à venir un nouveau référendum. Alors, pourquoi maintenir la perspective souverainiste ? Tout simplement parce que cest, pour la communauté francophone du Québec et, au-delà, pour le Québec lui-même, une question de vie ou de mort. Comme le rappelait récemment Louise Beaudoin, ministre des Relations internationales, dans une tribune du « Monde » (10 février 2000), le Québec rentre exactement dans la catégorie de ces « petites nations » que Milan Kundera définit comme des nations « dont lexistence peut être à nimporte quel moment remise en cause, qui peuvent disparaître et qui le savent ». Or il y a dans le rouleau compresseur anglo-saxon quelque chose dinexorable. Il ne se contente pas de lhégémonie ; ce quil veut, du moins inconsciemment, cest la disparition de lautre. Le souverainisme nest rien dautre, de la part de nos frères québécois, que le refus de perdre toute identité. Renoncer à leur souveraineté, cest renoncer à eux-mêmes au profit dun statut de colonisés ou de marranes linguistiques. La mondialisation accélère encore le phénomène. A la différence du souverainisme français ou de lindépendantisme corse, qui sont des solutions de repli, sans perspectives davenir, le souverainisme québécois est inséparable, dans lesprit de ses promoteurs, de lidée dassociation : avec le Canada dabord, notamment dans le domaine économique ; avec lensemble du continent américain, dans le cadre de lAlena. Il nest pas le repli identitaire ; il est au contraire ladieu définitif à Maria Chapdelaine, lentrée dans un ensemble plurinational comparable, de lavis même de Lucien Bouchard, à la construction européenne. A moins dabandonner sa propre opposition à lhégémonisme anglo-saxon, la France ne peut rester insensible à ce qui se joue actuellement au Canada. Certes il ne sagit pas pour elle dempiéter sur lindépendance de notre allié mais daider nos parents à la résistance. Ce nest pas seulement sur les plateaux de variétés quil faut se proclamer les amis des Québécois : il faut leur proposer des échanges, des projets communs. Nos hommes politiques doivent faire savoir publiquement que ladoption du projet de loi C-20 serait un geste inamical à légard de la communauté francophone. J. J.
Nouvel Observateur - N°1843
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