La Révolution tranquille: 40 ans plus tard....

Parizeau défend la place du Québec à l'heure de la mondialisation

Dans le monde nouveau qui se profile, chaque nation veut avoir son mot à dire à l'échelle mondiale, et le Québec veut aussi y être.

SILVIA GALIPEAU

LeDevoir 1.4.00




Pour la première fois de son histoire, le Québec n'est plus en retard. Au contraire, il est en avance. Dans le monde nouveau qui se profile, chaque nation veut avoir son mot à dire à l'échelle mondiale, et le Québec veut aussi y être. Le Québec doit y être. Voilà, 40 ans après la Révolution tranquille, où en est le projet souverainiste.

«Le Québec n'est pas un attardé comme on nous l'a répété pendant 20 ans. Le Québec est devenu un précurseur!», a lancé hier Jacques Parizeau à l'UQAM . La salle est comble, les applaudissement fusent, c'est l'ovation. L'ancien premier ministre est en terrain conquis.

La mondialisation est la nouvelle réalité de l'heure, a-t-il rappelé dans un discours traitant de l'état du projet souverainiste prononcé hier dans le cadre du colloque La Révolution tranquille: 40 ans plus tard.... C'est une réalité palpable qui engage de véritables débats de société. La culture, l'environnement, les questions sociales, la propriété intellectuelle, toutes ces questions se discutent désormais à l'échelle internationale. Ainsi, chaque nation, que l'on peut définir comme un «contexte culturel au sens large et de langue», doit avoir sa place à l'échelle mondiale pour y défendre ses intérêts. «Dans la mesure où un système de droit s'établit [à l'échelle internationale], chacun doit être en mesure de défendre ses intérêts. Il faut que le Québec soit là», a déclaré Jacques Parizeau.

Poursuivant son raisonnement M. Parizeau a rappelé que d'importantes questions se posent aujourd'hui. Est-ce que le monde va être mené par quelques grandes entreprises? L'informatique est-elle le nouveau langage universel? Est-ce que la culture peut être protégée par un organisme commercial?

Un cul-de-sac

Face à ces grandes questions, «pour les Québécois, le Canada est un cul-de-sac». Pourquoi? «On ne pourra rien faire sur la scène internationale en passant par le Canada parce que le Canada ne le veut pas, et nous, on en a besoin». Pire, selon Jacques Parizeau, par rapport aux grands débats sociaux qui se dessinent à l'échelle mondiale, les questions politiques nationales prennent un air dérisoire. «Le Canada cesse d'être au centre de la scène pour les Québécois. Il devient difficile d'intéresser les Québécois aux initiatives politiques du Canada.» A un public complice, il a lancé: «Le projet C-20 [sur la clarté de la question référendaire], ça vous excite?» «C'est ridicule», a-t-il poursuivi, répondant lui-même à la question.

Bref, dans un monde «mondialisé» où les grandes décisions se prennent désormais à l'échelle internationale, chaque nation doit être représentée afin de pouvoir défendre ses visions. La lutte des souverainistes québécois est même un modèle pour nombre d'autres pays aux prises avec une ou plusieurs nations, a-t-il rappelé, notamment en Ecosse, en Slovénie, en Slovaquie, en Belgique, où «il faut voir le nombre de références au Québec dans ces pays».

Est-ce à dire qu'il faille laisser l'économie se mondialiser les yeux fermés? «Non, pas du tout. Nous commençons à comprendre que dans ce monde sans barrières [ ... ], il n'est pas indifférent de savoir où sont les centres de décision. » Citant l'exemple de Vidéotron, il a révélé sans grande surprise qu'il favorisait bien davantage la proposition d'acquisition de la Caisse de dépôt et placement du Québec à celle de Rogers Communications, *Pour des raisons d'identité culturelle et [ ... ] de sens commun». Loin de laisser l'économie libre à tout prix, il a insisté sur le fait qu'«il y a des leviers, dans une économie, à surveiller. Il faut appliquer le sens commun». Or, pour appliquer ce «sens commun», le rôle de l'Etat demeure indispensable. «Parler de la mort de lÉtat est quelque chose de prématuré. Il y a une chose que les économistes n'ont jamais réussi à analyser, c'est la redistribution des richesses et l'égalité des chances. [ ... ] C'est quand une société arrive à assurer l'égalité des chances qu'une société mérite une place dans le monde d'aujourd'hui»

Les acquis

Cette vision d'une société garantissant l'égalité des chances est un produit de la Révolution tranquille. Selon Jacques Parizeau, les années 60 ont justement incarné l'«éveil d'un peuple» sur deux thèmes: la vie personnelle et la vie collective. «Et on a vu apparaître chez tous les fédéralistes que nous étions le besoin de traduire ce peuple qui s'éveille en quelque chose.» En effet, comme l'a précisé Jacques Parizeau à de nombreuses reprises, «la Révolution tranquille a été faite exclusivement par des fédéralistes, y compris René Lévesque et moi-même. Nous l'étions tous».

Mais devant l'échec de la création d'un «statut particulier» ou d'un «Etat associé» pour ce Québec en «éveil», René Lévesque a démissionné du gouvernement libéral en 1967. C'est alors qu'est née en lui l'idée de la "souveraineté-association, avec un trait d'union».

Le projet a été pris à son propre piège. «Nous avons été si bons vendeurs de notre idée de souveraineté-association que dans l'esprit de bien des gens, sans association, il n'y avait pas de souveraineté», d'où l'échec du référendum de 1980 et le rapatriement deux ans plus tard, de la Constitution, a souligné Jacques Parizeau.

Quelques années plus tard, un accord économique est venu donner un deuxième élan au mouvement souverainiste: le projet de libre-échange avec les Etats-Unis en 1989, élargi au Mexique en 1994. A l'époque, «c'est inespéré le pour le Québec; plus jamais il ne va se retrouver seul devant le Canada».

C'est à ce moment que la mondialisation a pris tout son sens dans le projet souverainiste québécois. «La mondialisation a pris une dimension évidente. Un petit pays peut s'épanouir à condition de faire partie d'un grand marché. » Depuis quelques années, la mondialisation s'affirmant davantage, ce sens n'en est devenu que plus flagrant, a conclu Jacques Parizeau.