Ottawa confirme: la taxe sur le tabac sera salée

«Il va falloir procéder par étapes»




Le ministre des Finances, Paul Martin, haussera les taxes sur le tabac à leur niveau de 1993, soit d'environ 15 dollars la cartouche de cigarettes, mais il le fera par étapes. Le ministre a en effet confirmé hier qu'Ottawa et les provinces avaient mis sur pied un groupe de travail pour discuter de cette question et pour voir dans quelle mesure ces hausses risquaient de relancer la contrebande. Le ministre a de plus affirmé que la Gendarmerie royale du Canada allait avoir son mot à dire dans le niveau des hausses prochaines. "Je pense que c'est assez clair, a dit Paul Martin, qu'il va falloir procéder par étapes. Et ce sera certainement, j'en suis convaincu, ce que va nous recommander la GRC."

Ottawa avait été contraint en 1994 de baisser considérablement ses taxes sur le tabac afin d'enrayer le fléau de la contrebande en provenance des États-Unis. Les compagnies de tabac ont d'ailleurs été accusées depuis d'avoir eu un rôle à jouer dans ces réseaux de contrebande. Hier, le ministre Martin a assuré qu'Ottawa et les provinces allaient suivre les recommandations de la GRC sur les niveaux des baisses de taxes. Mais il a souligné que la situation aujourd'hui n'était plus la même qu'en 1994 en raison principalement des hausses des prix du tabac enregistrées aux États-Unis. Certains États frontaliers vendent en effet leurs cigarettes à un prix plus élevé qu'au Canada.

"À l'époque où les taxes ont été réduites, a rappelé M. Martin, nous avions clairement dit que nous voulions rétablir ces taxes aussi vite que possible. L'obstacle majeur demeurait celui de la contrebande." Le ministre des Finances est de l'avis des groupes antitabac et de son collègue à la Santé, Allan Rock, que la baisse des taxes sur les cigarettes en 1994 a contribué à l'augmentation du nombre de fumeurs chez les adolescents. Le ministre des Finances du Québec, Bernard Landry, a déclaré de son côté que "la hausse des taxes sur le tabac est d'habitude la seule qui soit approuvée dans l'enthousiasme". "On vise la lutte contre le tabagisme et la contrebande", a confirmé M. Landry.

Paul Martin croit que la formule idéale pour l'ensemble du Canada serait une taxe uniforme sur le tabac, question d'éviter que des réseaux de contrebande interprovinciaux ne voient le jour. Le niveau de taxation du tabac varie en effet selon les provinces. En raison de la gravité de la contrebande au Québec et en Ontario, présumément alimentée par les compagnies de tabac qui envoyaient du Canada d'imposants stocks de cigarettes aux fournisseurs américains de l'Est, c'est dans ces provinces que les plus fortes baisses de taxes ont eu lieu. Au Québec et en Ontario, par exemple, où les contrebandiers auraient agi à partir des réserves des Mohawks, les réductions de taxes avaient atteint en 1994 un record de 20 dollars la cartouche. "C'est une question de santé, a conclu Paul Martin. Ce qui nous motive à hausser ces taxes, c'est le lien existant entre l'augmentation des usagers du tabac chez les jeunes et le prix des cigarettes."

Gilles Toupin - "La Presse" 12.5.00