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L'irresponsable appel aux armes
LaTribune 27.5.00
Les vieilles rengaines felquistes des années 60 qui ont mené aux actes violents de l'automne 1970 et à la mort d'un homme, le ministre Pierre Laporte, auraient dû être enterrées avec les arrestations et l'exil de plusieurs membres du Front de libération du Québec. Que des fanfarons utilisent des slogans similaires, trente ans plus tard, n'est pas plus intelligent - si seulement ce ne sont que des plaisanteries déplacées. Utiliser un événement comme celui qui a frappé l'Université Bishop's en fin de semaine dernière pour exacerber les passions et faire un nouvel appel aux armes est aussi irresponsable que la prise d'otages de ces années noires de la démocratie québécoise. Malgré son radicalisme, et considérant ses connaissances et ses expériences en la matière, l'encouragement du militant indépendantiste Raymond Villeneuve pour le recours à la lutte armée est totalement inacceptable. Le Québec a énormément évolué depuis cette période trouble. Il l'a fait sur le plan politique, social, économique et législatif. Pour certains ce n'est pas encore suffisant, ce ne le sera jamais si le Québec n'atteint pas un statut de pays totalement indépendant. Les militants du Parti québécois le pensent aussi ; mais ils le font selon des fondements démocratiques, sans appel à la violence pure malgré la virulence des propos parfois. C'est de bonne guerre. Mais ce n'est pas la guerre. Le PQ, comme tous les autres partis politiques, les milieux d'affaires autant que les cercles syndicalistes doivent dénoncer de telles actions et surtout des propos aussi incendiaires. L'analyse de Raymond Villeneuve est fondée sur ses propres convictions. Si elles s'avéraient pertinentes en fonction de ses informations privilégiées, alors elles devraient d'ores et déjà provoquer les levées de boucliers mais plus encore les enquêtes les plus sérieuses et des actions concertées pour que jamais plus le Québec ne vive de pareilles exactions et un climat aussi trouble que celui de 1970. Le PQ et Lucien Bouchard sont coincés présentement par le contexte. Le dernier référendum est encore trop proche dans le temps pour que les citoyens québécois aient le goût de s'embarquer à nouveau dans ce processus à court terme. Ce n'est pas parce que les conditions ne permettent pas au chef du PQ de faire l'indépendance inscrite à l'article UN de son programme qu'il faille lancer le spectre de la lutte armée comme le fait le militant felquiste de longue date. Nous ne pouvons non plus accepter le recours aux actions délictueuses, aux cocktails molotov ou à toute forme d'agression, ne seraient-ils reliés qu'à des plaisanteries de mauvais goût, de fort mauvais goût. Il s'agit ici d'actes criminels qui doivent être réprimés, peu importe les motifs et les circonstances dans lesquelles ils ont été commis. Passer l'éponge c'est se fermer les yeux, faire preuve de laxisme et d'irresponsabilité. C'est ouvrir la porte à tous les abus, de nature politique ou même d'étourderie juvénile.
Peu importe la cible visée, cela demeure intolérable dans une société aux assises démocratiques solides et aux institutions judiciaires bien établies pour assurer autant la justice que la sécurité d'une population loin de rechercher ces " luttes armées " quand déjà elle ne démontre pas beaucoup de détermination à provoquer ou même à poursuivre ce débat.
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