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Il est clair que le paysage politique, tant au Canada qu'au Québec, serait bien différent. Il n'y aurait sans doute pas eu de référendum sur la souveraineté en 1995 et il n'est même pas certain que l'option souverainiste serait toujours la clé de voute du programme du Parti québécois. Nous aurions sans doute un autre premier ministre du Canada, puisqu'on oublie trop facilement que la grande raison pour laquelle Jean Chrétien fut élu chef du Parti libéral il y a dix ans est parce qu'il était à la fois un Québécois francophone et contre Meech. Mais toutes ces spéculations sont un peu futiles puisqu'on ne sait jamais ce qui aurait pu se passer. Par contre, on ne peut que constater combien les principaux acteurs politiques auront obstinément refusé de mettre en pratique les leçons de l'échec de Meech. Au Canada, on semble désormais se complaire dans une culture de refus du changement. Cela nous donne un premier ministre qui répète jusqu'à plus soif que nous sommes le meilleur pays au monde. Et comme on ne change pas une formule gagnante... D'ailleurs, pourquoi le Premier ministre serait-il motivé de changer le système quand il jouit de tous ces pouvoirs hérités des temps coloniaux? Un pays où il peut nommer tous les juges, tous les hauts fonctionnaires et même tous les membres de la seconde chambre du Parlement fédéral. Sauf qu'en dix ans, tout le monde a pu constater que c'est un pays qui marche de moins en moins bien. En plus de ce déficit démocratique, on constate un déséquilibre des ressources entre le gouvernement fédéral et les provinces qui fait peser une menace constante sur l'avenir de santé - qui faisait autrefois la gloire du Canada et qui n'est plus que le 30e au monde, selon l'Organisation mondiale de la santé - autant que sur les universités et l'ensemble de l'éducation supérieure et la recherche de pointe. CHANGEMENTSTout cela appelle des changements au fonctionnement même du régime fédéral, des changements qui sont nécessairement de nature constitutionnelle. Malheureusement, Meech aura fait en sorte que le Canada y est désormais allergique. Au Québec aussi, il y a des leçons qui se sont perdues et surtout des constats qui ne se sont pas faits. Depuis la mort de Meech, le Parti libéral du Québec n'a pas encore réussi à se donner une plate-forme constitutionnelle cohérente. Et quand bien même le comité Pelletier accoucherait d'une proposition intéressante, rien n'indique qu'il y aura des preneurs au Canada anglais. Chez les souverainistes, on a trop vite oublié comment l'échec de Meech avait donné une sorte de second souffle à leur option. Les péquistes étaient dans l'opposition depuis deux mandats, enlisés autour de leur plancher historique de 40 pour cent des voix. Le PQ a passé trois ans à dénoncer L'Accord du lac Meech comme étant insuffisant, voire insignifiant. Mais, pendant ce temps, les sondages indiquaient qu'environ les trois quarts des Québécois étaient favorables à l'accord - et donc aux antipodes des positions du PQ. Aujourd'hui, le PQ se rend compte que le sentiment - bien légitime, au demeurant - de rejet qui a suivi la mort de Meech ne mobilise plus pour la souveraineté. Imaginez où en serait l'option souverainiste si L'Accord avait été accepté plutôt que rejeté? Au PQ, bien sûr, on préfère ne pas se poser la question.
Dix ans plus tard, dix ans de perdus, alors qu'on se retrouve avec le
Canada qui fait de l'immobilisme constitutionnel une vertu quand ce
n'est pas un dogme. Et un Québec incapable de sortir d'une paralysante
polarisation.
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