Poésie, politique
et idées recueillies

Louis Cornellier

LeDevoir 1.7.00



GÉRALD GODIN,
UN POETE EN POLITIQUE

Collectif sous la direction de
Lucille Beaudry, Robert Comeau
et Guy Lachapelle
L'Hexagone
Montréal, 2000, 156 pages

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Cinq ans après sa mort, survenue prématurément en 1995, Gérald Godin est à l'honneur dans ce livre-hommage que lui consacrent les Editions de l'Hexagone pour faire suite à un colloque tenu à l'UQTR en 1997. Amis, anciens collègues et spécialistes de son oeuvre s'y trouvent réunis pour saluer son héritage et tenter «de favoriser une meilleure compréhension de ce personnage exceptionnel». Pour les critiques et les points de vue dissidents, il faudra donc aller voir ailleurs: ici, on donne des coups d'encensoir.

Le poète, cela dit, affectueusement présenté par son frère Guy dans le beau texte d'ouverture, le mérite bien; et Clément Marchand, son premier éditeur, lui réserve ensuite un coup de chapeau aux accents plutôt douloureux dans lequel il évoque une parole «descendue dans la rue, une place où se serrer les coudes avec le peuple».

«La langue de ma mère, écrivait Godin dans une très simple mais puissante formule, a des mots pour tout. » Lecteur attentif et généreux de l'oeuvre de son ami, Jean Royer se fait critique admiratif d'un projet poétique habité, selon lui, par «la voix tourmentée et chaleureuse, mais aussi personnelle et familière, d'un homme qui a lié sa parole à celle de son peuple et à celles de tous les humains».

Plutôt confuse, la contribution d'André Gervais cherche à établir des passerelles entre les travaux poétiques et journalistiques de Godin, alors que André Marquis, pour sa part, s'intéresse à la dialectique poésie-politique qui confère à Godin son caractère de personnage paradoxal.

Journaliste au Nouveau Journal de Jean-Louis Gagnon, au Nouvelliste, à la télévision de Radio-Canada, au magazine Maclean, à Parti pris et à Québec-Presse (1969-74), l'auteur des Cantouques, écrit André Béliveau, privilégie aussi, en ce domaine, «le style populaire» et un ton polémique, deux nécessités, au Québec, pour celui qui entend traiter avec honnêteté et efficacité de culture et de politique. Ses ex-confrères Emile Boudreau, Louis Fournier et Gaëtan Dostie rappellent l'humanisme de l'homme et son dévouement total au journalisme de combat.

Plus techniques et plus lourdes, les contributions de Lucille Beaudry (Art et politique: une antinomie réconciliée) et de Micheline Labelle et Daniel Salée (sur les actions politiques de Godin à titre de ministre des Communautés culturelles et de l'Immigration) manquent de rythme et ennuient un peu, mais la seconde a au moins le mérite de souligner avec force la particularité, qui reste à penser, du souverainisme mis de l'avant par le député-poète: «Gérald Godin, [ ... ], ne s'effrayait pas de ce qu'un Québec, où les minorités ethnoculturelles seraient des participants de plein droit, pût ne pas ressembler au projet de certains souverainistes de la première heure. C'est dans cette sérénité à l'égard de possibles que l'on n'avait peut-être pas entrevus, ni même souhaités, que se trouve l'héritage de Gérald Godin.»

Marvin Hershorn et Arlindo Viera viennent enfin rappeler les efforts intenses, parfois fructueux, déployés par Godin dans le but de rapprocher les minorités culturelles du Québec de la majorité francophone.

Huit textes de chansons écrits par Godin complètent ce document. Parmi ceux-ci, deux seulement présentent une valeur certaine: La Chanson des hypothéqués et Poulapaix. Les autres, datés ou faciles, font bien sourire un peu, mais sans plus.

Gérald Godin, un poète en politique est donc un ouvrage inégal, mais les réflexions qu'il contient au sujet des rapports entre la poésie, le journalisme et la politique, appréhendés à travers la figure de Godin, fournissent un apport intéressant à la réflexion globale sur la culture québécoise.

Je profite enfin de l'occasion pour souligner la parution du Petit glossaire des "Cantouques" de Gérald Godin (éditions Nota bene, 2000), préparé par André Gervais, qui propose des définitions et le repérage dans l'oeuvre des termes populaires et des noms propres utilisés par le poète. Un ouvrage très spécialisé à l'intention des passionnés de la langue vernaculaire et inventive.

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