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Les Québécois sont divisés sur la question de leur avenir national. Cette division tient largement aux contours ethniques, aux votes anti-souverainistes "quasi-unanimes" des anglos et à la forte propension des immigrants récents à se ranger du côté de l'ordre canadian, pour les raisons que l'on sait. On les comprend. Cette opposition ne doit pas nous surprendre. Elle est la suite de l'histoire et le défi du présent. Ce qui, par contre, devrait nous surprendre et soulever notre saine colère, c'est le principe, auquel s'est soumis le Déserteur, voulant que la Nation devrait s'immobiliser TOTALEMENT parce que certains groupes, rassemblés par le sang, la langue ou les intérêts, refusent d'appuyer un projet de souveraineté nationale. Consentir au blocage du projet souverainiste pour éviter les accusations d'ethnicisme! Courber sous le joug d'«opposants vertueux» dont l'argument principal consiste, précisément, dans une stratégie «d'ethnicisation» du projet souverainiste, stratégie rendue possible du simple fait de leur refus d'y apporter leur appui. Il y a tout de même quelque chose de surréaliste dans cette conjoncture !!! Les Québécois ont fait leur lit. Ils sont décidés à quitter le Canada.... si on leur montre le chemin ! Voyez le nombre de députés souverainistes à Québec et à Ottawa. Faites le compte. Voyez les sondages qui montrent mois après mois le solide appui au projet. S'ils n'accordent pas encore, dans ces sondages, la «majorité magique», c'est que quelque chose les retient. Qu'est-ce donc qui retient les Québécois d'accorder une majorité forte au OUI? Vous croyez qu'ils ont peur? Pas moi. Vous croyez qu'ils n'y comprennent rien? Pas moi. La fatigue ? La peur de perdre ? La peur de gagner ? Allons donc. Ce qui les retient, c'est évident, et chaque jour davantage: c'est la mollesse de leurs chefs. Leur jeu trouble. Leur irrésolution. Leurs messages non-suivis par des actes. Ces chefs qui, s'ils persistent dans cette voie qui ne mène nulle part, finiront par dilapider l'héritage souverainiste. Vous avez cru dur comme fer que le chef charismatique allait faire la souveraineté parce que vous entendiez ce qu'il disait, ici et à l'étranger. Vous croyiez à la sincérité de ses propos quand il annonçait l'imminence de la "jonction sacrée", en plein Assemblée nationale, et sur un ton passionné encore: «La jonction sacrée va se faire. Nous voulons faire la souveraineté et nous la ferons» (29.11.00, moins de 15 jours avant l'affaire Michaud qui a servi de prétexte à toutes les bavures bouchardiennes qui ont suivi et qui ont maquillé sa démission)! Qu'a-t-il fait au juste pour mériter une telle confiance aveugle de la part des militants souverainistes ???!!! Le 4 février 1999, l'Union sociale nous a été imposée. Déchirage de chemise sur la place publique. Puis, on s'enferme dans la gouvernance. C'est facile. Le C-20 est voté par la Chambre des communes. Déchirage de chemise. À Ottawa, le Bloc s'insurge, fait en Chambre la démonstration que ce gouvernement canadian poursuit une tâche historique, celle d'assimiler le peuple québécois et de le confiner à l'insignifiance politique. Ce qui n'empêche pas le Bloc, dans d'autres dossiers, de collaborer avec ce gouvernement si anti-démocratique et tellement anti-québécois. Vous y comprenez quelque chose vous ? Moi, pas ! Puis, à Québec, le C-20 propulse une réplique maladroite avec le 99... qui explose sur sa lancée, comme une fusée mal construite. À réviser. Nouvelle version du 99. Puis, plus rien. On s'enferme dans la gouvernance. C'est facile. Les Québécois seront bientôt les citoyens de la seule démocratie en Occident à être informés par un seul propriétaire - fédéraliste tordu avec ça - : pas de déchirage de chemise, mais leçon de morale surréaliste: faites confiance aux capitalistes qui veulent vous informer... Pendant ce temps, Radio-Canada nous inonde de propagande aussi bête qu'imbécile et Télé-Québec continue de nous ennuyer. Le broyeur du pacte fédératif, l'emprisonneur de souverainistes, le négateur de nos droits vient-il à mourir ? On hésite, on ne met pas le drapeau en berne tout de suite. Puis, on se ravise, et on plie: les Québécois vont honorer celui-là qui a construit le Canada moderne sur leur dos. Le pouvoir à Québec souffre d'une maladie qui porte un nom: «la dépendance au consensus». Pourtant, on ne dirige pas le gouvernement d'une société divisée comme le Québec comme on dirige une délégation, à coup d'intérêts convergents, à coup de consensus. Dans ces cas, il est facile de trouver des équilibres, des processus de négociations. Mais, dans la société divisée, sur des enjeux fondamentaux, je me répète, ces procédures sont impossibles à réaliser. La quête entêtée et imprudente de consensus conduit à la paralysie. Seule l'initiative fondée sur le sens des intérêts supérieurs de la Nation peut produire des effets qui font progresser les choses. Et il ne sert à rien de maquiller la paralysie par des appels répétés et lassants à un appui populaire, lequel, sur la seule foi de ces tristes appels, ne se produira pas. Ce serait agir comme ce général qui, malgré l'inflitration (champs de compétence) de la ville par l'ennemi et malgré le travail avancé de sape de ses propres murs (C-20), continuerait d'attendre le bulletin d'une "sonde météo" ... cachant son irrésolution dans la fausse nécessité de se battre par beau temps seulement... Les Québécois sont prêts à prendre la décision d'appuyer le projet de souveraineté. Ça fait 30 ans que c'est dans le paysage. Ils l'ont montré à plusieurs occasions, comme il a été dit. Ils n'attendent qu'une seule chose pour manifester avec la force décisive cet appui. Qu'on leur fasse la preuve, par des actions, et non plus par des paroles mille fois entendues, comprises et retenues, que nos chefs ont «clairement» choisi la voie de la souveraineté et qu'ils nous proposent cette voie, avec la résolution indéfectible d'y parvenir. PAR DES ACTIONS, vous dis-je. Et si jamais... Je vois où vous voulez en venir. Si jamais les Québécois tentaient le sort-des-urnes et y perdaient la bataille ? Eh bien, soyons lucides. Il appartiendra à la génération suivante de tirer ses propres conclusions. Elle fera, à ses frais, le dur apprentissage du fédéralisme canadian. En ce qui nous concerne, l'attente a assez duré. Si les généraux ont besoin d'une météo clémente et ensoleillée pour tenter le sort, qu'ils cèdent la place à des chefs plus aguerris et plus courageux. C'est clair, ça ! Nous n'avons pas besoin de conditions gagnantes. Nous avons besoin de chefs gagnants pour que la vérité historique des relations Québec-Canada produise ses effets !!! Vive la liberté. Vive la République. Vive le Québec ! Bernard Frappier (Texte du 1.10.00 remanié) Pour vos commentaires : bfrappier@videotron.ca
Commentaires:Bernard Landry, un "vrai souverainiste"?...Bonjour Monsieur Frappier, J'apprécie énormément vos éditoriaux toujours très vigoureux. Votre texte d'aujourd'hui fait état d'un ras-le-bol ressenti par plusieurs à l'égard d'un parti qui se dit souverainiste, mais n'a rien fait pour le démontrer depuis le départ de Jacques Parizeau. Vous semblez toutefois entretenir quelque espoir de le voir tenir à nouveau le flambeau. Je viens ici vous exprimer mon scepticisme à cet égard. En effet, Bernard Landry, vraisemblablement le prochain chef du PQ et Premier Ministre du Québec, capitalise beaucoup sur sa réputation de "vrai souverainiste". Pourtant, tout récemment, il a évoqué un concept plus que brumeux de modèle confédéral européen, dont personne ne sait s'il s'agit davantage de souveraineté que d'un réaménagement des pouvoirs à l'intérieur du Canada. Trop de gens prennent pour acquis qu'il s'agit de l'indépendance; à mon avis, rien n'est moins sûr. En effet, Bernard Landry lui-même a, au cours des dernières années, sur les ondes de Radio-Canada (et peut-être dans d'autres médias), déclaré que l'indépendance était un concept dépassé. Il est un chaud partisan du partenariat, qu'il n'a jamais vraiment défini. Il me semble impératif que Bernard Landry définisse immédiatement ce qu'il entend proposer aux Québécois, et que l'authenticité prenne le dessus sur toute considération stratégique. Si c'est vers l'indépendance qu'il veut nous mener, qu'il le dise clairement. Si c'est vers un réaménagement des pouvoirs à l'intérieur du Canada, qu'il ait l'honnêteté de le dire, et cesse de faire croire aux souverainistes que la souveraineté est son objectif. Ce parti n'a eu de cesse de brouiller les pistes durant les dernières années, afin de se conserver la faveur populaire. On sait maintenant clairement que certains de ses élus ne croient plus à la souveraineté; n'ont-ils pas récemment évoqué des scénarios autonomistes? Ces évocations ont été faites publiquement, et je remercie de leur sincérité ceux qui ont enfin avoué ce qu'on soupçonnait tout de même depuis plusieurs années: ils ont baissé les bras et ne croient plus à LA CAUSE. Plusieurs péquistes ont été choqués par ces propos: je ne l'ai pas été, croyant que le PQ n'est plus depuis belle lurette ce qu'il prétend être, et qu'il n'ose avouer, de peur de soulever une vraie révolte de la part de ses commettants. J'attends maintenant bien fermement que M. Landry éclaircisse ses intentions, pour le bien du peuple qu'il gouvernera bientôt.
Suzanne Lachance Membre du RAP ![]() |