Octobrimé17.4.01Publié dans la revue Nuit Blanche, numéro 84, livraison d'automne 2001.
POUR EN FINIR AVEC OCTOBRE Quelques passages tirés de louvrage.
« Les amours impossibles sont les seules possibles.» Coton de traiter dun livre douloureux avec détachement. Indécent même. Plus encore sil nous le faut faire en quelques centaines de mots. À peine. Ce qui dailleurs explique (?) que le soussigné nait enfin donné naissance à sa progéniture que six mois, huit mois, neuf mois... après tout le monde. Mais jaurais bien mauvaise grâce de me plaindre : Francis Simard et ses compagnons, eux, ne se sont pas contentés de rédiger, bien au chaud, des ptits feuillets pour des périodiques littéraires quon lit bien confortablement écrasés dans le plus douillet fauteuil du loft désemmuré. Eux, ils ont fait lHistoire. Tantôt claustrés lun sur lautre plus de 24 heures dans la garde-robe trafiquée dun appartement de Montréal, tantôt tout aussi recroquevillés sous la neige à Saint-Bonaventure en Mauricie. Tantôt surtout écrasés par langoisse dans cette maison du 5630 de la rue Armstrong, à Saint-Hubert PQ, et dont ils se sont plus dune fois convaincus, chacun à part soi, quelle constituerait leur propre tombeau. Tissée de rudes «anecdotes», parfois. LHistoire. Octobre. Il y a les Québécois qui nen connaissent presque rien, et qui sen accommodent fort bien. Il y a ceux qui nen veulent rien savoir, et dont la minceur de la conscience politique résiduelle ne leur permet même plus den éprouver à loccasion quelque mauvaise. Il y a ceux qui croient savoir parce quils se souviennent dun vague commentaire - tel un tumeur agglutiné au tissu cérébral de la mémoire (ou de lintelligence, on ne sait plus) - entendu autrefois de la bouche dun Jérôme Choquette, dun Jean Drapeau ou dun Pierre Elliott... Enfin, il y a ceux qui ont oublié. Les plus insolents. Car le désintéressé, qui se dit volontiers le plus ouvert de tous (et au revers de sa propre veste de temps en temps), ne sait toujours pas quil manie une arme plus cruelle que le plus intéressé par soi des intéressés deux-mêmes. Il ne se contente pas en effet de nier, de détourner, de falsifier ou de contrefaire - gestes en soi positifs, tangibles, qui balisent la lumière vers lobjet par volonté dobscurité même. Nenni. Le désintéressé, cest lodieux thaumaturge qui crée linexistence même. Dans loeuf, dès le germe, il terrasse lévolution et tout progrès. Il assassine par abstention, voire tout bêtement par snobisme, lembellie possible de tous les mondes - quil enjambe telles de nauséeuses flaques dhuile usée. Par le temps. Qui nexiste pas. Non plus. Bien sûr. Lhistoire du Front de Libération du Québec (FLQ), donc, et en particulier celle de la «Cellule Chénier» telle que vécue et saisie de lintérieur par lun de ses acteurs les plus hardis. «Cet homme-là ne regrette rien. Il ne sexcuse pas. Il refuse de demander pardon. Mais il ne fait pas le fier non plus. Il assume tout. Tout. Le meilleur comme le pire. Et il porte tout sur ses épaules, sans jamais se plaindre à personne.» Ainsi sexprime Pierre Falardeau, avec vérité, en préface à la réédition (à la faveur du trentième anniversaire desdits Événements) de ce volume dabord paru en 1982, année où à 34 ans Francis Simard recouvrait la liberté après avoir pourri plus de onze ans de sa jeune vie derrière les barreaux. Débarrasse-toi sur lheure de mes encres électronisées et verbeuses, vigiliste. Et va illico au texte. Au vrai*. Et je te défie, toi, citoyen digne de ce nom, de ne pas entendre dans ces pages, tout en un comme fiat a cappella, les trémolos de tes aïeux, de tes enfants pas encore et de ta conscience un rien caponne. Un dernier mot, auparavant. Je ne crois pas, avec Simard, quil faille clore ce dossier. Pour en finir avec Octobre, il faudra dabord en finir avec tous les janvier sous zéro qui ont conduit à lui. En finir avec toutes ces MTS, ces maladies transmises socialement qui perdurent et sincrustent opiniâtrement depuis lors. Comme si de presque rien navait été.
Jean-Luc Gouin * En guise de préliminaires, avant de prendre ou reprendre charnellement le livre en main, je convie le lecteur aux extraits suivants, ici accessibles en parallèle à la présente. Note - . En complément, incontournable, on sengouffrera aussi dans: Louis Fournier, F.L.Q. Histoire d'un mouvement clandestin, Montréal, Lanctôt éditeur, Nouvelle édition grand format revue, mise à jour et augmentée, 1998, 533 p. (à prix fort populaire et quasi ridicule de 19.95$).
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