L'hydroélectricité demeure le fer de lance

Gilles Normand
La Presse lundi 22 novembre 2004

Le Québec va tout mettre en oeuvre pour développer son potentiel énergétique et redevenir, en 2009, un exportateur net d'électricité.

" Au Québec, le développement énergétique et le développement durable sont indissociables ", a déclaré hier Jean Charest dans son discours de clôture du 29e congrès du Parti libéral, allocution au cours de laquelle il a exprimé sa volonté d'accroître au maximum la prospérité du Québec.

" Ça veut dire que l'hydroélectricité demeure la filière privilégiée ", a-t-il indiqué, en expliquant que l'énergie éolienne était " un complément à l'hydroélectricité ".

Mais il n'est pas question de relancer le projet hydroélectrique de Grande-Baleine, abandonné au milieu des années 90 par le premier ministre d'alors, Jacques Parizeau, parce que les communautés autochtones de cette contrée nordique y faisaient obstacle.

" Pour l'avenir, sans évoquer de projets, nous allons respecter le rythme de développement que nous avons. On n'abordera pas Grande-Baleine tant qu'on ne sera pas prêt à l'aborder, ni tant que les communautés ne seront pas prêtes à l'aborder ", a-t-il précisé ensuite, en conférence de presse.

Le premier ministre a d'ailleurs déduit de sa rencontre avec le grand chef des Cris du Nord du Québec, Ted Moses, lors de sa récente visite au chantier de LG-2, à la Baie-James, que les Cris " n'étaient pas rendus là ".

Expliquant qu'il fallait continuer à investir dans le développement énergétique, il a rappelé qu'Hydro-Québec allait investir entre 3,5 et 4 milliards de dollars en moyenne par année au cours des deux prochaines décennies. Ce qui permet le développement de projets hydroélectriques comme celui de la rivière Péribonka, mis en chantier au printemps. Il a parlé de projets à l'étude ou sur les planches à dessin (Chute Allard, Eastman 1-A, Ruppert, La Romaine). " Il y en a pour 11 milliards sur les tables à dessin ", dit-il. Sans parler de ces autres projets actuellement en chantier, comme Grand-Mère, Mercier et autres, pour une valeur de 5,4 milliards.

M. Charest a aussi indiqué que l'énergie éolienne, qu'il voit comme le plus bel exemple de développement durable, allait compléter le potentiel énergétique du Québec de sorte que l'on cesse d'être un importateur d'énergie.

" Ce n'est pas vrai que le Québec va rester un importateur net d'énergie. Ce n'est pas vrai qu'on va continuer à dépendre des centrales au charbon des États-Unis pendant les grands froids d'hiver ", a-t-il lancé, assurant qu'on allait d'abord assurer la sécurité énergétique des Québécois, alimenter le territoire du Québec avant de faire de l'exportation. Une échéance qu'il prévoit pour 2009.

" Je vois une porte, une fenêtre vers le Sud, un potentiel énorme pour exporter notre énergie ", a-t-il ajouté.

" L'Alberta s'est enrichie en vendant du pétrole. Pourquoi est-ce qu'on devrait avoir des scrupules à s'enrichir collectivement en vendant à nos voisins une électricité propre, fiable, renouvelable? " s'est-il demandé. Il a exprimé sa volonté de faire du développement énergétique l'un des principaux leviers de la croissance économique du Québec.

Pour Jean Charest, le potentiel énergétique du Québec est le moyen le plus sûr de générer la richesse qui permettra " de mieux soigner notre monde, de mieux éduquer nos enfants et de mieux développer nos régions ".

Développement durable

Confirmant son obsession pour le développement durable, il a annoncé que dans quelques jours, le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, présenterait un avant-projet de loi sur le développement durable et la biodiversité. " Ce sera une pièce maîtresse de notre mandat ", a-t-il assuré.

L'avant-projet de loi énoncera ceci:

faire du développement durable, c'est changer nos habitudes de vie pour améliorer notre mode de vie;

investir dans l'éolien, c'est du développement durable, qui réconcilie le niveau de vie et le milieu de vie;

donner des dents au principe du pollueur-payeur, c'est du développement durable, c'est se responsabiliser par rapport au milieu de vie.

SAQ

Par ailleurs, M. Charest et le ministre du Travail, Jean Després, se sont dits très heureux de la reprise des négociations à la Société des alcools.

" Tout le gouvernement veut une solution négociée ", assure-t-il.

Les congressistes ont adopté, sous l'impulsion de la commission jeunesse, une résolution pour rassembler autour d'une même table des partenaires du marché du travail québécois pour " étudier la pertinence du statu quo et/ou de la modernisation du système de relations de travail en vigueur au Québec, notamment le concept de l'adhésion et/ou du financement obligatoire des syndicats, au sein des entreprises, par les jeunes travailleurs ".

C'est ni plus ni moins que la remise en question de la formule Rand qui oblige les travailleurs d'une entreprise où il y a un syndicat de payer une cotisation au syndicat. Ce n'est pas la première fois que les jeunes libéraux veulent s'attaquer à cette formule dont l'application remonte à 1946.

Le premier ministre a tranché le débat: " Le gouvernement n'a pas dans ses cartons la révision de la formule Rand. "




Charest plugs in to power: A return to economic nationalism;
Premier touts sale of clean, renewable electricity as Quebec's key to prosperity

PHILIP AUTHIER
The Montréal Gazette November 22, 2004 Monday

If Alberta can make itself rich off its oil reserves, Quebec should be able to cash in on its renewable energy potential, Premier Jean Charest said yesterday, announcing a fresh push in power development in Quebec.

This time, Quebec will not focus exclusively on damming rivers. Charest said he wants his government's new hallmark to go beyond and focus on sustainable development and biodiversity, too.

Hydro development will remain at the heart of Quebec's energy development strategy, but wind power, recycling, power conservation and making polluters pay for damage to the environment will be part of the new approach, as well.

Quebec should become a North American leader in sustainable development at the same time it ensures it has enough power to keep residents safe from the cold and to make money from exports.

"Alberta enriched itself selling petroleum," Charest said in a speech closing a three-day Liberal policy convention at the Palais des congres. "Why should we have any reservations about improving ourselves collectively by selling clean, reliable and renewable energy?

"Quebecers are ready for us to again make energy development one of the principal levers of our economic growth. It belongs to us, it's ours, it's part of what we are."

Charest announced he wants the province to be in a power surplus position by 2009. Now,

Hydro-Quebec must import power at various times of the year because in-house supplies can't meet demand.

Stealing a page from the late premier Robert Bourassa's personal philosophy of linking power development with economic prosperity to score nationalist political capital, Charest poured it on thick, saying the days of importing expensive power from dirty U.S. coal- and gas-burning plants in winter must come to an end.

"Paying more to pollute ourselves more is not the choice of Quebecers, it's not the choice of the Quebec Liberal Party," Charest told the 2,500 delegates.

"Robert Bourassa was right. Doesn't Quebec, with its geographic location and know-how, have a responsibility to offer its neighbours renewable energy?"

At a news conference, Charest said that despite the new push, the government has no plans to relaunch the shelved Great Whale hydro project, because the northern Cree don't want it and he won't force it on them.

But there are other works afoot.

There are five hydroelectric projects totalling $5.4 billion currently underway, and investment of another $11 billion on the drawing board.

A previously announced wind power station in Gaspe will produce 1,000 megawatts, and there are plans to build another 1,000-megawatt wind station in the near future.

Coming at the end of an otherwise lacklustre policy convention that was supposed to plan for the Quebec of 2005, Charest used the green theme to patch over the public relations disaster that the Suroit gas-burning plant became for the Liberals.

The premier said any kind of development has an impact on the environment. The idea is to choose the one that hurts the least.

Charest, a former federal Conservative environment minister, said sustainable development is not an abstract theory for him, and this week, Quebec Environment Minister Thomas Mulcair will make public a new plan for Quebec in that area.

A legislature committee will also examine other energy strategies.

Charest said an overall plan is more important than ever with oil prices at more than $40 a barrel and the United States desperate for more energy.

"I want us to be in a position where we are a net exporter," Charest said.

"What I see is a window of opportunity for us to go ahead with a development that is not only solid environmentally but very good economically."

pauthier@ thegazette.canwest.com




Charest banking on hydro projects

RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Monday, November 22, 2004

Montreal PQ - Premier Jean Charest has a dream that Quebec can emulate oil-rich Alberta, its coffers overflowing with cash from the export of hydroelectric energy.

He told more than 2,400 Liberal Party delegates yesterday that Quebec has the potential to become as rich as Alberta by becoming a major exporter of clean, reliable energy.

"Alberta got rich selling oil. Why should we have any scruples about getting rich in selling clean, reliable and renewable electricity to our neighbours?" Mr. Charest said in his closing remarks at the party's convention yesterday.

He said economic conditions have never been better for Quebec to boost energy exports and take advantage of global-energy needs.

"With greenhouse gases, with the Kyoto Protocol, with oil at $40 a barrel in the foreseeable future . . . and with the energy need, what I see is a window of opportunity for us to go ahead with a development that is not only solid environmentally but good economically."

But the Premier failed to outline how he intends to generate the huge amounts of electricity needed to massively boost exports. According to provincial energy board estimates, Quebec will remain a net importer of electricity until the end of the decade. In 2009, the province expects to return to a surplus position as five hydroelectric projects costing $5.4-billion gradually come on stream. Mr. Charest said another $11-billion in projects are on the drawing board.

But there are no definite plans to begin construction of the two most important hydroelectric projects: Churchill Falls near the Quebec-Labrador border, and Great Whale in northern Quebec, which would greatly enhance the province's supply of electricity.

Talks with the Newfoundland and Labrador government to expand the hydro project at Churchill Falls have failed to result in an agreement. And Quebec needs support from the Cree of northern Quebec to move on the Great Whale project.

Quebeckers may get a better idea this week about where the Liberal government plans to move on energy development projects as Environment Minister Thomas Mulcair tables a draft bill on sustainable development and biodiversity.

"It will be the hallmark of our mandate," the Premier said.

By focusing on Quebec's energy development, Mr. Charest succeeded in diverting attention from his government's controversial policies on major social issues.

Hospital waiting lists and the underfunding of health-care services still remain a major public concern more than 18 months after the Liberals took power with the promise to solve the problems rapidly.

Students, labour organizations and anti-poverty groups held demonstrations on the weekend to protest against the government's policies.

Despite a huge protest on Saturday against what were called Mr. Charest's right-wing policies, Liberal party delegates voted to stay the course. They steered clear of more provocative proposals aimed at eventually abolishing the Rand formula, which requires mandatory payment of union dues by all workers in a bargaining unit.

"Our objective was to abolish the Rand formula immediately. But we believe . . . it would be better to proceed more cautiously," a Liberal youth wing representative told the delegates.

Mr. Charest quickly distanced himself from the thorny anti-labour proposal. "The government has no intention of changing the Rand formula," he said bluntly during a news conference yesterday. However, he left the door open to increasing university tuition fees in the event his government is re-elected, supporting a controversial proposal adopted yesterday that calls for a 10-year freeze on university tuition fees to be lifted.




Le PQ et l'ADQ raillent "la conversion" de Jean Charest à l'hydroélectricité

MARTIN OUELLET
PC 22.11.2004

QUEBEC (PC) - Les partis d'opposition ont raillé lundi la "soudaine conversion" du premier ministre Jean Charest aux vertus du développement hydroélectrique.

"Ça sent la diversion à plein nez", a lancé la leader parlementaire de l'opposition officielle, Diane Lemieux, au cours d'un entretien téléphonique accordé à La presse Canadienne.

Impopulaire dans les sondages, embourbé dans des projets laborieux et plutôt mal reçus comme la modernisation de l'Etat et les partenariats public-privé (PPP), le premier ministre sentait le besoin, à mi-mandat, de "s'accrocher à quelque chose de nouveau", pense la députée de Bourget.

À la clôture du 29e congrès du Parti libéral du Québec, en fin de semaine dernière à Montréal, M. Charest a dit vouloir mettre tout en oeuvre pour relancer la production d'énergie et l'exportation d'électricité à grande échelle vers les Etats-Unis.

Mais selon la députée péquiste, il s'agit là d'une annonce complètement improvisée, sortie d'un chapeau.

"Il nous lance quelque chose sans en connaître les implications concrètes. Il ne nous dit pas sur quel territoire il entend faire du développement, ni les effets que ça aura", souligne Mme Lemieux.

M. Charest s'est en effet contenté de citer les projets déjà en cours de réalisation, s'empressant même de fermer la porte à une éventuelle relance du mégaprojet Grande-Baleine, abandonné au milieu des années 1990 par l'administration péquiste en raison de l'opposition des Cris de la Baie James.

"Il n'a pas mentionné un seul nouveau projet et lorsqu'on lui a parlé de Grande-Baleine, il a aussitôt reculé. Les convertis de dernière minute ne sont pas toujours les plus solides", a commenté, de son côté, le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont.

Encore une fois, le premier ministre a puisé dans les idées de l'ADQ pour se sortir du pétrin, a poursuivi le leader adéquiste.

"A la dernière élection, lors du débat des chefs, j'étais le seul à défendre la thèse du développement hydroélectrique. M. Charest était complètement en dehors du débat", a-t-il fait remarquer.

Par ailleurs, le recul de la commissiom jeunesse sur le dossier des prêts et bourses a surpris autant les péquistes que les adéquistes.

Les jeunes libéraux ont en effet renoncé à exiger, par voie de résolution, que le gouvernement annule dès maintenant les compressions de 103 millions $ dans le régime de prêts et bourses.

Ils ont plutôt accepté un amendement présenté par le ministre de l'Education, Pierre Reid, qui se limite à prévoir "un réinvestissement massif" dès le prochain budget.

"Ils (les jeunes) ont ravalé bien vite. C'est un peu humiliant pour eux", a dit Mme Lemieux.

Les jeunes auraient du monter "au front", soutient de son côté Mario Dumont.

"La résolution est devenue complètement vide et pleine de bonnes intentions, mais il reste que la décision de couper 100 millions $ dans le régime demeure", a-t-il déploré.








Énergie: Charest a-t-il tout faux?

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir mardi 23 novembre 2004

Oui, répond le milieu environnemental. Le premier ministre improvise, ajoute l'opposition

Les milieux environnementaux, qui ont fait échec au projet du Suroît, ont accueilli hier avec une volée de bois vert l'intention du premier ministre Jean Charest de lancer le Québec à fond dans l'exportation d'électricité comme pilier de son imminente «Politique de développement durable».

L'opposition, de son côté, voyait dans la sortie du premier ministre une politique énergétique «improvisée», principalement dictée par les besoins d'un changement d'image et de slogans nouveaux au début de la deuxième partie du mandat gouvernemental.

Plusieurs, dont Greenpeace et le Regroupement national des Conseils régionaux de l'environnement du Québec (RNCREQ), un groupe de concertation, ont flairé un vilain piège dans cette sortie du premier ministre Charest, qui lance sur la place publique les priorités de son gouvernement en énergie alors que, la semaine dernière, son ministre des Ressources naturelles annonçait une commission parlementaire dont l'indépendance par rapport au gouvernement a immédiatement été décriée, de même qu'a été contestée la valeur de certains experts retenus.

Pour Steven Guilbeault, de Greenpeace, «les groupes environnementaux vont devoir discuter rapidement de la pertinence de participer à une commission parlementaire alors que les orientations déclarées du premier ministre tracent déjà la marche à suivre du gouvernement. Il appartient désormais à M. Charest de faire la preuve que sa commission parlementaire a encore assez de crédibilité pour que ça vaille la peine d'y aller.»

On ne sentait donc nulle part hier que le vent d'un nouveau «projet du siècle» soufflait sur le Québec, loin de là!

Au RNCREQ, on évoquait plutôt le risque d'un gouffre économique majeur pour le Québec et on était soufflé de voir un premier ministre évoquer pour la première fois dans l'histoire du Québec la possibilité de sacrifier une partie du patrimoine naturel dans un strict but d'exportation. Jusqu'ici, et même encore l'an dernier pour le Suroît, les besoins des Québécois ont toujours constitué la justification de base des grands projets.

Pour le porte-parole du RNCREQ, Jean Lacroix, les récentes audiences du Suroît ainsi que le résultat de l'appel d'offres pour la première tranche de 1000 MW en éolien ont indiqué que cette filière rivalisait en ce qui a trait au prix avec les projets hydroélectriques en préparation, comme Rapide-des-Coeurs ou le détournement de la Rupert, et que cette filière battait même plusieurs des plus importants projets hydroélectriques comme la Romaine ou Grande-Baleine, dont les coûts pourraient dépasser 10 cents du kWh.

Or, l'éolien pourrait être encore plus rentable, ajoute Jean Lacroix, si son prix n'avait pas été gonflé par des conditions particulières. Et si Hydro-Québec n'avait pas à payer aux promoteurs le profit qu'ils vont empocher parce qu'elle lancerait ses propres projets et transférerait cette rente à la population du Québec.

«Dans les faits, ajoute le porte-parole du RNCREQ, il faut qu'on cesse d'avoir à se prononcer sur un projet à la fois, comme le Suroît. Il faut pouvoir évaluer l'ensemble des filières d'abord et des projets ensuite pour en déterminer la rentabilité sociale et environnementale, question de déterminer s'ils sont compatibles avec une vraie logique de développement durable. Et cela suppose qu'on se demande préalablement s'il y a des solutions plus intéressantes au plan social et environnemental. C'est ça qu'un véritable exercice parlementaire devrait permettre de dégager avec rigueur et non de faire dire n'importe quoi au concept de développement durable.»

Pour André Bélisle, président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA) et porte-parole de la Coalition-vert-Kyoto qui a opposé des milliers de manifestants au Suroît en plein hiver, «le premier ministre Charest devrait savoir que s'il veut faire du développement durable sérieusement, il doit dans un premier temps stopper tout ce qu'on s'apprête à lancer comme projets d'énergie thermique au Québec, à commencer par la centrale de Bécancour autorisée par son gouvernement ainsi que le programme de cogénération qui va produire autant de gaz à effet de serre que les émissions du défunt Suroît.

«Deuxièmement, dit-il, s'il poursuit dans une logique de développement durable, le gouvernement doit d'abord mettre fin au gaspillage d'énergie en doublant, voire en triplant les objectifs de l'actuelle politique d'efficacité énergétique d'Hydro-Québec et d'amorcer au Québec une véritable politique de gestion de la demande en énergie et en électricité. Troisièmement, Québec doit maximiser la production d'énergies renouvelables nouvelles, soit l'éolien, le solaire et surtout la géothermie dont le potentiel est le plus systématiquement négligé, alors que c'est probablement de ce côté qu'on peut réaliser les gains les plus substantiels à court terme pour réduire les gaz à effet de serre et la nécessité de nouveaux projets hydroélectriques. Selon une grille de développement durable, l'hydroélectricité, en raison de ses séquelles sur les espèces vivantes, les écosystèmes et les émissions de gaz à effet de serre, vient en quatrième lieu, après les autres filières. Pas en première place, comme le propose le premier ministre en prétendant faire du développement durable tout en priorisant une filière qui a plus d'impact que toutes les autres, sauf le thermique.»

Selon Steven Guilbeault - désagréablement surpris des propos du premier ministre «alors qu'on l'imaginait sur la bonne voie avec l'abandon du Suroît et ses intentions en matière d'éolien» - il n'a jamais été démontré que les ventes d'électricité du Québec aux États-Unis y remplaçaient de l'électricité polluante, d'origine thermique. Il semble au contraire, dit-il, que tous les producteurs de thermique continuent de vendre à plein régime et que les ventes québécoises ne font qu'ajouter à la terrible consommation des Américains, les champions énergivores de la planète. À son avis, nos ventes déplaceraient plutôt de bons projets, comme de l'éolien, parce que c'est plus cher. «Comme le thermique est moins cher, c'est la filière qui reste en place malgré tout.»

Steven Guilbeault, qui a piloté le dossier du Suroît pour le Regroupement des organismes environnementaux en énergie, qualifie la sortie du premier ministre «de proposition à l'emporte-pièce, qui manque visiblement de réflexion et de sérieux».

Il rejoint ainsi les propos de la députée Diane Lemieux du Parti québécois, qui évoquait, selon la Presse canadienne, la «soudaine conversion» du premier ministre à la grande hydroélectricité, une conversion qui «sent la diversion à plein nez» de la part d'un gouvernement impopulaire dans les sondages et embourbé dans des projets laborieux et controversés comme l'amaigrissement de l'État et les PPP.

Pour la députée Diane Lemieux, le premier ministre a voulu plutôt lancer un ballon politique. À preuve, dit-elle, il n'a pas osé nommer un seul nouveau projet hydroélectrique à part ceux déjà inscrits sur les listes d'Hydro-Québec: «Lorsqu'on lui a parlé de Grande-Baleine, il a aussitôt reculé.»

Quant à Mario Dumont, il déplorait un nouvel emprunt des libéraux au programme de son parti, lequel préconisait la relance des grands projets hydroélectriques au cours de la dernière élection.




EXPORTATION D'ÉLECTRICITÉ : Hydro est mal placée pour exaucer le voeu de Charest

Hélène Baril
La Presse mardi 23 novembre 2004

Le Québec a déjà exploité la quasi-totalité de son potentiel hydroélectrique et les projets rentables qui restent sont trop peu nombreux pour assurer sa prospérité à long terme. Il ne faut donc pas penser que les exportations d'électricité peuvent enrichir le Québec comme le pétrole l'Alberta.

C'est ce qui ressort d'une analyse des projets qu'Hydro a dans ses cartons, au lendemain des propos tenus par le premier ministre Jean Charest au congrès de son parti. Il a déclaré qu'il veut faire des exportations d'électricité un des principaux leviers de l'économie du Québec.

L'électricité peut-elle devenir pour le Québec ce que le pétrole est à l'Alberta? " Ça n'a aucune commune mesure ", a commenté hier le professeur Jean-Thomas Bernard, spécialiste en énergie de l'Université Laval.

L'idée en soi est bonne, estime le professeur, mais les ressources hydroélectriques qui restent à développer sont bien insuffisantes pour penser qu'elles peuvent jouer ce rôle. " On n'est plus comme au début des années 80, lorsque la mise en service des installations de la Baie-James a augmenté la production d'Hydro-Québec de 40 à 45 %, soit presque le double de ce qu'elle était avant ", explique-t-il.

Les surplus générés par la Baie James ont permis au Québec de se servir de l'électricité comme d'un levier économique important, notamment en attirant des industries énergivores telles que les alumineries.

Aujourd'hui, en additionnant tous les projets qu'Hydro a dans ses cartons, on arrive à une augmentation bien plus modeste de la production. La société produit environ 170 térawattheures d'électricité par année. Avec les projets en construction (8 térawattheures) et ceux qui sont encore à l'étude (17,5 térawattheures), l'augmentation possible de la production est inférieure à 15 % d'ici 2014.

Pour Rita Dionne-Marsolais, porte-parole du Parti québécois en matière d'énergie, la nouvelle stratégie économique du premier ministre est " précipitée et irréfléchie ". Les projets hydroélectriques qu'il reste à développer coûtent de plus en plus cher et ce sont les consommateurs québécois qui devront assumer le coût de ces nouvelles infrastructures, prévient-elle.

Ces projets n'ont pas tous le même potentiel de rentabilité, souligne pour sa part Jean-Thomas Bernard. Certains d'entre eux, comme le développement de la rivière Romaine, sur la Côte-Nord, produiraient même de l'électricité à un coût plus élevé que le gaz naturel.

Or, pour vendre de l'électricité aux Etats-Unis, il faut qu'elle soit moins chère que celle qu'ils peuvent produire eux-mêmes avec du gaz naturel ou du charbon.

" Le gaz, c'est la compétition qu'on a à battre. Et Hydro-Québec n'a pas de projet hydro-électrique important aussi économiques que le gaz ", estime le spécialiste.

Si le prix du gaz naturel devait augmenter énormément, les choses pourraient être différentes, précise le professeur. Mais dans un avenir prévisible, le prix du gaz naturel risque de baisser à mesure que le gaz naturel importé par méthanier accroîtra sa part du marché nord-américain.

Des projets hypothétiques

Hydro-Québec a examiné la faisabilité d'autres projets dans un horizon de plus long terme, soit après 2014. Il s'agit de développer les rivières Nastapoka, Caniaspiscau, George, et rivière à la Baleine, au Nunavik. Il serait aussi possible de ressusciter le projet Gull Island, au Labrador, avec une entente avec le gouvernement de Terre-Neuve. Mais la société d'État estime que ces projets sont encore trop coûteux à envisager.

" Le potentiel est important mais il s'agit de projets très coûteux, qui présentent des défis environnementaux et des contraintes de transport ", a expliqué la porte-parole d'Hydro-Québec, Christine Martin.

Ainsi, Hydro estime que l'aménagement de la rivière à la Baleine (à ne pas confondre avec Grande-Baleine) permettrait de produit de l'électricité à 15 cents le kilowattheure, soit deux fois plus cher que l'électricité produite avec du gaz naturel.

Le coût de revient de l'énergie éolienne, soit 8,7 cents le kilowattheure, est aussi trop élevé pour penser à en exporter. " On ne peut pas exporter de façon rentable avec ça ", estime Jean-Thomas Bernard.

Reste les économies d'énergie, qui peuvent permettre à Hydro-Québec d'accroître ses exportations aux États-Unis. La société d'État estime qu'il est possible d'économiser 3,1 térawattheures par année. Les écologistes, comme Steven Guilbault de Greenpeace, croient que le potentiel est deux fois plus élevé, soit 6,7 térawattheures.

Si Hydro-Québec veut augmenter significativement ses exportations aux États-Unis, il faudrait réduire davantage la consommation au Québec, ce qui est impossible sans augmenter significativement les tarifs. Il s'agit d'une avenue difficile à maintenir pour les dirigeants politiques, note Jean-Thomas Bernard.

L'autre possibilité consiste à abandonner l'électricité pour le chauffage, ce qui libérerait plus de kilowattheures pour l'exportation. La moitié de l'électricité consommée au Québec sert au chauffage, précise le professeur, qui ajoute qu'une telle décision comporterait un coût très élevé, puisqu'il faudrait investir beaucoup d'argent dans l'achat d'un système de chauffage central au gaz naturel.

L'objectif que s'est fixé Hydro-Québec en matière d'exportations est plus modeste que celui du premier ministre. La société d'État voudrait pouvoir vendre 15 térawattheures par année sur les marchés externes, une fois sa marge de manoeuvre restaurée, ce qui devrait être chose faite en 2010.




Au pays de l'or bleu

Alain Dubuc
La Presse mercredi 24 novembre 2004

Jean Charest, dans son discours de clôture au Congrès du Parti libéral du Québec ce week-end, a fait du développement énergétique un pôle majeur de la stratégie de croissance économique du Québec. D'une certaine façon, le premier ministre renoue ainsi avec la tradition de ses prédécesseurs René Lévesque et Robert Bourassa.

Pour le Québec, l'hydroélectricité constitue une double richesse: une ressource naturelle exceptionnelle, mais aussi un savoir-faire que cet avantage nous a permis de développer. Une société qui dispose d'une telle richesse collective doit tenter d'en profiter. C'est même son devoir. Et à l'inverse, le fait que le Québec manque d'électricité et soit forcé d'en importer cette année est plus qu'un non sens, c'est une honte nationale.

Mais bien de l'eau a coulé sous les barrages depuis le temps des grands rêves de la Manicouagan et de la Baie-James. Ces projets avaient imposé d'énormes défis au Québec, en raison de leur gigantisme, de l'incertitude des prix, de l'endettement. Jean Charest devra maintenant affronter des obstacles d'une tout autre nature, où l'ennemi sera intérieur: un débat environnemental sur ce qui est acceptable dans un contexte de développement durable, et l'existence de tabous qui paralysent Hydro-Québec, victime de la sacralisation que l'on a réservée aux fleurons de la Révolution tranquille.

Les milieux environnementaux n'accepteront pas que le premier ministre associe la construction de barrages au développement durable. Il est vrai que ce concept, améliorer le mieux-être des générations présentes sans compromettre les générations futures, est assez flou pour avoir permis de multiples interprétations. Pour les écologistes, il faut limiter au maximum les interventions qui affectent l'environnement, et repenser la culture de la croissance et de la consommation, une sorte de simplicité volontaire collective à mille lieues de la logique des mégaprojets de M. Charest.

Mais le premier ministre, en abandonnant le Suroît, en investissant dans les économies d'énergie, en ouvrant la porte aux éoliennes, en misant sur le développement hydroélectrique, exprime une autre vision du développement durable, parfaitement légitime, celle de favoriser la croissance tout en minimisant ses séquelles. Il est vrai que la construction de barrages comporte des impacts environnementaux négatifs. Mais il est également vrai, si on cesse de se regarder le nombril, que cette énergie, renouvelable, aux effets environnementaux quand même limités, est infiniment plus propre que celle qu'elle remplacera, produite à partir de gaz et surtout de charbon. Le choix de l'hydroélectricité comporte des avantages environnementaux considérables.

L'opposition viendra aussi de tous ceux qui n'accepteront pas l'idée de produire davantage d'électricité pour l'exporter et faire des profits. Les exportations, auxquelles on applaudit dans presque toutes nos activités économiques, deviennent louches lorsqu'il s'agit d'électricité. Pourquoi? C'est un peu mystérieux. À cause du caractère sacré de l'eau, pour certains. Au nom d'une vision autarcique voulant que cette électricité nous soit réservée. Au nom aussi d'une vision du développement selon laquelle exporter de l'énergie, c'est exporter nos jobs, qui a mené à une stratégie coûteuse de rabais heureusement devenue impossible.

Cela étant dit, il faut remettre le débat en perspective. Le développement hydroélectrique, même accéléré, ne transformera pas le Québec en Arabie Saoudite, ni même en Alberta. Les exportations sont intéressantes en autant que nous disposions d'électricité moins chère que celle que nos voisins fabriquent avec du gaz ou du charbon. Notre potentiel d'électricité à coût modéré est limité et ne permet donc pas d'espérer un pactole.

Plus encore, pour que ce potentiel puisse être utilisé, il faudra faire des choix. D'abord, activer le projet de Grande-Baleine, actuellement sur la glace en raison des réticences des Cris. Ensuite, dégager des surplus grâce à l'efficacité énergétique, en partant du principe qu'il est plus rentable d'exporter de l'électricité que de la gaspiller.

Il faudra aussi permettre une augmentation des tarifs qui porteront le prix de l'électricité à un niveau raisonnable, pour encourager les économies d'énergie, impossible tant que les consommateurs profitent de rabais, pour payer les sources d'énergie plus coûteuses, comme les éoliennes, et pour financer une partie des projets. Cela suscitera d'énormes résistances. Mais rappelons-nous qu'en Alberta, paradis canadien de l'or noir, il n'y a pas de rabais sur l'essence. Car les rabais aux consommateurs constituent une bien mauvaise façon d'utiliser une richesse collective.

Pour faire accepter ce virage, il faudra redonner une légitimité aux profits d'Hydro-Québec, pour qu'il soit clair que les succès financiers de la société d'État contribuent à cette richesse collective. Pour y parvenir, il serait souhaitable que les fruits d'une stratégie de développement de l'hydroélectricité ne se retrouvent pas dans le fonds consolidé de la province et qu'ils soient plutôt versés à une caisse à part, comme le Heritage Fund albertain, identifiable, motivant, et dont l'utilisation est consensuelle.




Hydro pourra réaliser les rêves d'exportation de Charest

Fortin, Karine; Richer, Jocelyne
Le Soleil mercredi 24 novembre 2004

PC Montréal - Hydro-Québec assure qu'elle sera en mesure d'exporter de l'hydroélectricité aux Américains "de manière très rentable pour le Québec", comme le souhaite le premier ministre, Jean Charest.

L'opposition officielle et les experts continuent cependant à douter de la faisabilité de ce projet qualifié d'"improvisé" et d'"exagéré" par plusieurs observateurs.

Le président de la division production d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, a rappelé hier dans un communiqué que cinq projets de centrales d'une puissance totale de 1500 mégawatts étaient déjà en cours de construction.

La première, au Rocher-de-Grand-Mère, sera mise en service "incessamment", d'après la porte-parole de la société d'État, Christine Martin. Le démarrage des trois autres s'échelonnera entre la fin de 2005 et celle de 2008.

"Le coût des projets est inférieur à 6 ¢ le kilowattheure et la rentabilité sera au rendez-vous", a insisté M. Vandal.

Trois autres centrales pourraient en outre voir le jour d'ici 2012, si elles obtiennent les autorisations nécessaires. Il s'agit des projets d'Eastmain 1-A, de Sarcelle et de Chute-Allard/Rapide-des-Coeurs.

Si tout se déroule comme prévu, ces installations devraient permettre à Hydro-Québec Production de se constituer une marge de manoeuvre de quelque 20 TWh qu'elle pourra vraisemblablement vendre au gros prix à l'étranger.

C'est que son principal client, la division distribution d'Hydro-Québec, ne prévoit pas faire appel à elle pour ses nouveaux approvisionnements.

Selon ses plus récentes prévisions, la demande intérieure d'électricité ne devrait croître que de 1,2 % par année, ce qui est nettement moins qu'anticipé.

Comme elle l'indiquait dans son plan déposé à la Régie de l'énergie le mois dernier, Hydro-Québec Distribution se tournera d'abord vers l'éolien, puis vers la biomasse et la cogénération pour répondre à cette demande.

"Le producteur pourrait donc se retrouver avec de l'électricité à vendre", a reconnu Marc-Brian Chamberland, du service des communications de Hydro-Québec Distribution.

Hier, en Chambre, le chef du Parti québécois, Bernard Landry, a reproché au premier ministre d'avoir fait preuve "d'improvisation" en parlant d'exportation massive de l'électricité du Québec vers les États-Unis, alors que la Régie de l'énergie concluait dans un avis, l'été dernier, que la situation énergétique du Québec était fragile.

M. Charest a convenu que ce serait serré "sur le plan de l'alimentation de notre propre marché" pour les prochaines années.

Il a toutefois affirmé que son gouvernement avait "la volonté politique" d'accorder tous les permis nécessaires à la réalisation des nouveaux projets.

La critique de l'opposition en matière d'énergie, la députée Rita Dionne-Marsolais, a tenté de miner la crédibilité de Thierry Vandal, en affirmant qu'il avait été dans le passé "président des jeunes libéraux". En fait, il a plutôt oeuvré à la commission politique du Parti libéral.

Exagéré

Même s'il ne met pas en doute la validité des données fournies par Hydro hier, le coordonnateur de Greenpeace, Steven Guilbault, ne croit pas que le Québec puisse générer les milliards de dollars qu'espère le gouvernement libéral.

"La sortie de Jean Charest n'a aucune commune mesure avec la réalité. On parle d'ajouter 1500 MW de puissance d'ici 2008 avec les projets en cours. On ne fait pas exactement du Québec l'Alberta de l'hydroélectricité", a-t-il insisté.

"Et à part les projets en chantier ou en attente d'approbation, il n'y en a plus tant que ça dans les cartons d'Hydro. Les autres possibilités sont super chères", a-t-il fait valoir.




Le PQ propose d'abolir une loi péquiste

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir jeudi 25 novembre 2004

L'opposition péquiste a amorcé hier un virage majeur par rapport à ses positions historiques en réclamant publiquement l'abolition de la loi 116 que ce parti politique avait fait adopter lorsqu'il était au pouvoir pour émasculer la Régie de l'énergie en lui enlevant la possibilité de révéler et d'évaluer les coûts de production d'Hydro-Québec.

Les libéraux qui avaient alors déchiré leur chemise pour dénoncer l'adoption de la loi 116 risquent fort de ne pas suivre cette proposition, que réclament avec constance tous les groupes écologistes et de consommateurs. Un tel changement risquerait fort de se traduire par un gel, voire des baisses des tarifs d'électricité, ce qui réduirait d'autant les dividendes versés au gouvernement.

Pour la critique en matière d'énergie de l'opposition péquiste, Rita Dionne-Marsolais, «le projet de loi 116 avait été adopté dans l'objectif de maintenir de bas tarifs pour les consommateurs québécois alors que le marché s'ouvrait à l'intégration en matière d'énergie. Force est de constater que, depuis un an et demi, ces bas tarifs ne sont pas au rendez-vous.» Mme Dionne-Marsolais a d'ailleurs réclamé du gouvernement Charest qu'il «mette un frein à l'escalade des hausses de tarifs d'électricité que subissent les clients d'Hydro-Québec depuis l'arrivée des libéraux au pouvoir».

Avec la récente demande d'Hydro-Québec, la facture d'électricité aura grimpé de 7,1 % en 15 mois, soit plus de 115 $ par année en moyenne, si elle est entérinée par la Régie, notait Mme Dionne-Marsolais. Celle-ci estime que la Régie doit d'autant plus impérativement être autorisée à divulguer les vrais coûts de l'électricité au Québec que le gouvernement Charest se propose de harnacher les rivières d'ici à la seule fin de faire de l'argent en profitant de l'appétit énergétique insatiable des Américains. Québec a jusqu'à maintenant toujours invoqué les besoins du Québec en énergie pour sacrifier de nouveaux cours d'eau.




Le vieux lapin

Michel David
Le Devoir jeudi 25 novembre 2004

Quand il lance une idée, il est assez difficile de déterminer si le premier ministre Charest est sérieux ou s'il s'agit simplement d'un coup de marketing inspiré par la nécessité politique du moment.

À l'issue d'un conseil général du PLQ, en février dernier, il avait surpris tout le monde en annonçant une série de sommets auxquels il n'avait manifestement pas réfléchi très longtemps. Sur le plan de l'image, le Forum des générations s'est finalement bien passé, mais les résultats concrets ont été pratiquement nuls.

En fin de semaine dernière, sa proposition de relancer les grands projets hydroélectriques pour assurer le financement des services sociaux avait ce même air de lapin sorti d'un chapeau. Pendant des mois, on a seriné aux Québécois que la centrale thermique du Suroît était indispensable à leur sécurité énergétique. Moins d'une semaine après l'annonce officielle de son abandon, voilà que M. Charest découvre un nouveau Klondike.

En réalité, il s'agit d'un vieux lapin qui avait déjà surgi en mai 2001, à l'occasion d'un autre conseil général. L'actuel ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard, alors porte-parole de l'opposition en matière d'énergie, avait parrainé une résolution prévoyant qu'un gouvernement libéral relancerait la construction des barrages dans le respect de l'environnement.

À l'époque, le départ d'une personnalité aussi forte que Lucien Bouchard avait créé un vide, et M. Charest, qui n'en finissait plus de décevoir, était à la recherche d'un projet quelconque auquel la population pourrait l'identifier.

Déjà, il avait lancé un S.O.S. aux anciens collaborateurs de Robert Bourassa pour sauver son leadership chancelant. Quoi de plus naturel que de renouer également avec le thème qui avait fait la bonne fortune de son prédécesseur ?

À peine cinq mois plus tard, il s'était littéralement fait raser l'herbe sous le pied par Bernard Landry. La conclusion de la «paix des Braves» avec les Cris ouvrait des perspectives que même M. Bourassa n'avait pas pu envisager.

Aussitôt, M. Charest avait semblé se désintéresser complètement du dossier. Durant la campagne électorale du printemps 2003, c'était plutôt Mario Dumont qui promettait de faire en sorte que l'hydroélectricité devienne au Québec ce que le pétrole est à l'Alberta.

***

À vrai dire, M. Charest n'a pas évoqué un seul projet qui ne soit déjà en marche. Le président d'Hydro-Québec Production, Thierry Vandal, a d'emblée reconnu que la société d'État n'avait pas attendu le feu vert du gouvernement pour agir, les cinq centrales actuellement en construction totalisant 1500 mégawatts.

Selon lui, le Québec pourrait disposer d'un bloc de 20 térawatts à des fins d'exportation à la fin de 2011, ce qui équivaudrait à environ 12 % de sa production actuelle. Il n'a cependant pas dit combien d'autres augmentations des tarifs d'électricité les Québécois se verront imposer pour financer les infrastructures requises. Au bout du compte, le vieux lapin pourrait bien se révéler être un sapin.

Contrairement à ce qu'a soutenu la porte-parole péquiste en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais, le passé libéral de M. Vandal n'a sans doute rien à voir avec l'accueil enthousiaste qu'il a réservé aux déclarations du premier ministre. Par définition, un président d'Hydro-Québec Production ne demande pas mieux que de produire.

En réalité, on peut interpréter les propos de M. Vandal de trois façons : 1- le gouvernement se fait encore une fois dicter ses choix par Hydro-Québec; 2- le premier ministre nous prend pour des imbéciles; 3- les deux énoncés qui précèdent sont également vrais.

À partir du moment où les jeux sont faits, on peut se demander à quoi va servir la commission parlementaire qui doit se pencher sur les choix énergétiques à venir, sinon à enlever au ministre des Ressources, Sam Hamad, le peu de crédibilité qu'il lui reste.

***

Remarquez, si le passé est garant de l'avenir, il est toujours possible que ce nouvel engouement de M. Charest pour les barrages soit passager. Entre-temps, il permettra néanmoins une heureuse diversion.

Mal présentée dès le départ, la «réingénierie» de l'État ne deviendra jamais un thème porteur pour les libéraux. Pas plus que son corollaire, les partenariats public-privé. Au moment où le gouvernement arrive à mi-mandat, il est temps d'orienter l'opinion publique dans une autre direction.

À l'heure où le financement des services de santé et d'éducation devient une véritable obsession, la perspective d'en faire assumer le coût par nos voisins énergivores du Sud est évidemment séduisante.

Depuis des années, les libéraux répètent que la solution réside en grande partie dans la correction du déséquilibre fiscal au sein de la fédération canadienne, mais il apparaît de plus en plus clair que l'arrivée de Paul Martin n'entraînera pas de changement significatif à cet égard.

Le caractère «historique» de l'entente sur la santé tenait dans sa reconnaissance du principe de l'asymétrie. Elle était nettement moins spectaculaire en ce qui concerne les sommes transférées aux provinces. La «saignée» dont le Québec a été victime à l'occasion de la récente conférence sur la péréquation a plutôt renforcé l'impression que la solution à ses problèmes financiers ne viendra pas d'Ottawa.

Certes, le gouvernement entend poursuivre la lutte, mais que faire si les résultats espérés ne sont pas au rendez-vous ? Se tourner vers la souveraineté ? M. Charest propose déjà une autre solution : «Notre potentiel énergique, c'est notre moyen le plus sûr de générer la richesse qui va nous permettre de mieux soigner notre monde, de mieux éduquer nos enfants, de mieux développer nos régions.» Lapin ou sapin, la recette a fait ses preuves.

mdavid@ledevoir




Les enjeux énergétiques du Québec
- Les conditions de la transparence

Jean-François Blain
Analyste en énergie
Le Devoir jeudi 25 novembre 2004

Il convient assurément de saluer les annonces récentes du gouvernement du Québec en ce qui concerne le lancement d'un programme substantiel d'efficacité énergétique et le développement de l'énergie éolienne, les premiers 1000 MW à être développés étant tout de même attribuables à une décision du précédent gouvernement.

Mais ces bonnes nouvelles, qui représentent des économies d'énergie de trois TWh et la production de 2,5 TWh d'électricité de source éolienne par an à compter de 2010, ne doivent pas occulter les principaux enjeux énergétiques qui devront bientôt être débattus devant la commission parlementaire de l'Économie et du Travail.

Bien qu'ils constituent des objectifs louables, ces 5,5 TWh par an ne représenteront qu'une toute petite partie des approvisionnements d'Hydro-Québec, qui s'élèveront en 2011 à environ 210 TWh par an, pertes de transport et distribution comprises. En comparaison, mentionnons qu'Hydro-Québec dispose déjà d'une capacité de production annuelle d'environ 195 TWh, dont 95 % est d'origine hydraulique. D'où l'importance primordiale que prend la gestion des réservoirs quand les variations importantes de l'hydraulicité peuvent chambarder la situation en l'espace de quelques mois, comme cela s'est produit tout récemment.

Du pire au meilleur

Le 6 mai 2004, en cours d'audience devant la Régie de l'énergie, le président de la division Production d'Hydro-Québec, Thierry Vandal, a pris un engagement relatif à la divulgation du niveau réel des réserves énergétiques au 1er mai 2004. À ma connaissance, cet engagement n'a toujours pas été satisfait.

Rappelons-nous qu'Hydro-Québec n'avait divulgué le niveau de ses réserves énergétiques en février 2004 qu'à titre exceptionnel, considérant que sa politique de confidentialité à l'égard de ces informations demeurait justifiée et devait être maintenue.

Il y a lieu de se demander si la divulgation du niveau des réservoirs, à un moment où la situation était critique, ne constituait pas tout simplement pour Hydro-Québec l'argument ultime auprès de l'opinion publique afin de justifier son projet de centrale thermique. Devant la Régie de l'énergie, au mois de mai dernier, Hydro-Québec a établi ses prévisions de croissance de l'offre en projetant la production restreinte d'une année (2003) de très faible hydraulicité. L'évaluation de la croissance de la demande, en contrepartie, m'apparaissait légèrement surestimée (la Régie a retenu le scénario fort de la prévision d'Hydro-Québec Distribution).

En conséquence de cette approche méthodologiquement biaisée, son bilan prévisionnel du rapport offre-demande était indûment pessimiste, ce que la Régie a avalé avec une désinvolture inquiétante. Tout récemment, Hydro-Québec Distribution a d'ailleurs révisé à la baisse ses prévisions de la demande, comme l'indique son plan d'approvisionnement 2005-14 déposé le 1er novembre 2004 devant la Régie.

De plus, Hydro-Québec Distribution constate un ralentissement du rythme de croissance de ses ventes, ce qui lui permet déjà d'anticiper des ventes totales en 2004 plus faibles que ses prévisions du printemps dernier.

Ce ralentissement était pourtant prévisible à l'examen de l'évolution des ventes des 15 dernières années, qui permettait de constater que la très forte croissance des années 2002 et 2003 n'était pas représentative des tendances moyennes à long terme mais plutôt le résultat d'une conjugaison ponctuelle de multiples facteurs haussiers dont plusieurs ne pouvaient qu'être temporaires.

La culture du secret

Pour en revenir à notre sujet, soit la divulgation du niveau des réservoirs, rappelons-nous que depuis 1998 (jusqu'en février 2004), Hydro-Québec refusait de rendre publiques ces informations.

Lors de la crise d'hydraulicité précédente (1998-99), alors que la Régie (sous sa loi 50 d'origine) avait encore pleine compétence sur Hydro-Québec, des groupes avaient introduit une requête afin que la Régie exerce son pouvoir de surveillance des réserves énergétiques d'Hydro-Québec.

Hydro-Québec s'est opposée à la recevabilité de la requête. La Régie, quant à elle, «statue qu'elle ne peut recevoir la requête des requérants tant que la nature et l'étendue de l'exercice de sa compétence relative à la production et aux exportations d'électricité ne seront pas définies par les autorités compétentes puisque ces dernières affectent l'examen recherché de la sécurité des approvisionnements».

En quelque sorte, la Régie refusait d'exercer des compétences exclusives qu'elle détenait parce qu'elle anticipait (déjà) que, pour satisfaire la proposition d'Hydro-Québec visant à déréglementer la production et toutes ses activités commerciales, le gouvernement adopterait des amendements législatifs qui lui retireraient toute compétence en cette matière (plutôt que de retenir ses propres recommandations et de rejeter la proposition d'Hydro-Québec). Ces amendements arriveront finalement en juin 2000 par l'adoption sous le bâillon de la funeste loi 116.

Face à ce refus, en 1999, les groupes se sont alors adressés à la Cour supérieure pour forcer la Régie à exercer sa compétence et ont obtenu, le 22 novembre 1999, un jugement favorable du juge Alphonse Barbeau. À l'été 1999, faut-il le rappeler, des pluies abondantes avaient permis à Hydro-Québec de redresser providentiellement et in extremis l'état alarmant de ses réservoirs.

À compter de l'hiver 1999-2000 jusqu'en 2003-04, la Régie a donc dû exercer ce pouvoir de surveillance, mais elle y a procédé sur une base administrative et confidentielle, se contentant de ne recevoir d'Hydro-Québec que deux rapports très sommaires par année sur l'état des réservoirs.

Manifestement, la Régie n'a disposé pendant tout ce temps que d'informations incomplètes, voire insuffisantes, ou n'a pas exercé son pouvoir de surveillance de façon appropriée puisque cela n'a pas permis de prévoir, et encore moins de prévenir, la seconde crise d'hydraulicité, survenue en l'espace de cinq ans à l'hiver 2003-04, encore plus grave que la précédente.

Il est d'ailleurs inconcevable que le ministre responsable n'ait même pas exigé de la Régie tout autant que d'Hydro-Québec qu'ils expliquent ce lamentable échec lorsqu'a été révélé, en février 2004, l'état catastrophique de nos réserves énergétiques.

La Régie fait amende honorable

À ce chapitre cependant, la Régie a fait amende honorable en reconnaissant la gravité de la situation et en tirant les conclusions qui s'imposaient. Aux pages 84 et suivantes de son Avis sur la sécurité énergétique à l'égard des approvisionnements électriques et la contribution du projet du Suroît, en juin 2004, il est en effet indiqué ceci :

- «La Régie constate que le critère de gestion des réservoirs ne permet pas de faire face à [des] situations de faible hydraulicité prolongées.»

- «L'examen de l'état de ces réserves est d'intérêt public et la divulgation des renseignements concernant le niveau des réservoirs d'Hydro-Québec est requise.»

- «La Régie considère que l'intérêt public milite en faveur du dévoilement de ces informations. Elle n'a pas été convaincue du préjudice commercial allégué par le producteur [Hydro-Québec Production].»

Et la Régie conclut sur ce sujet par une recommandation formelle au ministre : «La Régie recommande que les critères de fiabilité retenus et l'état des réserves pour assurer la sécurité des approvisionnements en électricité des Québécois soient soumis à un examen public sur une base régulière. Cet examen peut se faire à l'occasion de l'approbation des plans d'approvisionnement du distributeur.»

À l'été 2004, faut-il le rappeler, des pluies très abondantes ont encore une fois permis à Hydro-Québec de redresser providentiellement et in extremis l'état catastrophique de ses réserves. Cela ne doit cependant pas nous faire oublier que, compte tenu de l'état critique de ses réserves au printemps 2004, Hydro-Québec aurait pu être confrontée à une rupture de stock à brève échéance si deux autres étés secs s'étaient succédé en 2004-05 ou si un seul été très sec en 2004 avait été suivi d'un hiver 2004-05 rigoureux.

Les conditions de la transparence

À ce jour, le ministre des Ressources naturelles n'a donné aucune suite à cette importante recommandation de la Régie. Cela a notamment permis à Hydro-Québec Distribution de déposer devant la Régie, le 1er novembre dernier, un plan d'approvisionnement 2005-14 qui ne fait aucune mention des questions relatives aux critères de fiabilité et à l'état des réserves énergétiques.

La divulgation du niveau des réservoirs d'Hydro-Québec constitue pourtant l'une des deux conditions essentielles à la transparence, l'autre étant la divulgation de l'ensemble des coûts d'Hydro-Québec, y compris ceux de sa division Production. Cela implique la restitution de la compétence complète de la Régie de l'énergie à l'égard de l'ensemble des activités de la société d'État.

C'est à ces seules conditions que le Québec pourra déterminer de façon rigoureuse les filières énergétiques dont il faut privilégier le développement et décider s'il est préférable de rétablir l'obligation d'Hydro-Québec de fournir l'ensemble des besoins québécois, actuels et futurs, en production d'électricité plutôt que d'encourager la réintroduction de producteurs privés dans le secteur électrique québécois par le biais d'un processus d'appel d'offres dont personne n'a jamais demandé l'avènement.

C'est à ces deux seules conditions de transparence que les orientations d'Hydro-Québec en matière de développement énergétique, d'une part, et les tarifs d'électricité facturés aux Québécois, d'autre part, retrouveront leur légitimité, portée par un consensus démocratique qui fait défaut depuis trop longtemps.

C'est à ces seules conditions enfin qu'Hydro-Québec, la Régie de l'énergie et le gouvernement pourront retrouver leur crédibilité en regard de l'utilisation qui est faite des ressources appartenant à la collectivité et récupérer éventuellement la confiance du public.




EXPORTATIONS D'ÉLECTRICITÉ : Ni mirage ni Klondike

Hélène Baril
La Presse samedi 27 novembre 2004

Le premier ministre Jean Charest vient de remettre les exportations d'électricité au goût du jour. Selon lui, le Québec est assis sur une mine d'or hydroélectrique, qu'il suffit d'exploiter pour s'enrichir comme l'Alberta l'a fait avec le pétrole.

Les propos tenus par M. Charest lors du congrès de son parti arrivent à un drôle de moment pour Hydro-Québec. Pour la première fois de son existence, la société d'État n'a pas de surplus à vendre sur le marché américain et pourrait même être un importateur net d'énergie cette année.

Il faudra attendre six ans encore, soit jusqu'en 2011, pour que la marge de manoeuvre d'Hydro-Québec retrouve un niveau qui permettrait d'exporter des quantités appréciables d'énergie, soit 20 térawattheures (ou milliards de kilowattheures) par année, une marge de manoeuvre qui équivaudra alors à entre 10 et 15 % de la production totale d'électricité d'Hydro. Un tel niveau d'exportations sera très rentable pour le Québec, a assuré cette semaine le président de la division Production d'Hydro-Québec, Thierry Vandal.

S'il n'en tenait qu'à lui d'ailleurs, le Québec n'aurait pas été obligé d'attendre six ans avant de bénéficier de revenus d'exportations plus importants. La centrale au gaz naturel du Suroît, dont il a été l'ardent promoteur, aurait contribué à maintenir les ventes à l'exportation en attendant l'entrée en service des nouvelles installations de production hydroélectrique.

Après avoir dit oui au Suroît, le gouvernement Charest a dû retirer son autorisation en raison de l'opposition généralisée dans la population. La manne attendue des exportations devra donc attendre quelques années de plus, le temps que les ouvrages actuellement en construction soient mis en service.

Même si les pluies abondantes de l'été dernier ont sorti Hydro-Québec du pétrin, l'équilibre entre l'offre et la demande restera fragile pendant quelques années encore. Entre 2005 et 2008, la capacité de production d'Hydro augmentera de 10 térawattheures. Dix autre térawattheures s'ajouteront entre 2008 et 2011.

Cette nouvelle production coûtera 5 ou 6 cents le kilowattheure à Hydro-Québec, soit un prix suffisamment bas pour intéresser le marché américain parce qu'il se compare à celui de l'énergie produite avec des centrales au gaz naturel.

Les autres projets qu'Hydro a dans ses cartons seront plus difficiles à réaliser. Ils exigent la résolution de problèmes politiques, comme en arriver à une entente avec le gouvernement de Terre-Neuve pour développer Gull Island au Labrador, et aussi de problèmes techniques, parce que le sol est gelé en permanence à la latitude où se trouvent les rivières qu'il reste à aménager.

Ils posent aussi ce qu'Hydro-Québec appelle pudiquement " des défis environnementaux ".

Ces projets sont surtout très coûteux à construire. Leur prix de revient varie entre 11 cents et plus de 15 cents le kilowattheure, selon les estimations d'Hydro, ce qui rend leur développement impossible à court terme et improbable dans un avenir prévisible.

Certains spécialistes, comme Jean-Thomas Bernard, professeur à l'Université Laval, croient que ces projets ne se réaliseront probablement jamais. Si le prix du gaz naturel augmente suffisamment, les importations par navire méthanier s'accroîtront et contribueront à freiner la hausse des prix de l'énergie, estime-t-il, et les projets hydroélectriques les plus éloignés resteront trop chers.

Beaucoup et pas assez

Si on écarte ces projets les plus coûteux, on revient à une marge de manoeuvre maximale de 20 térawattheures, soit à peu près celle dont Hydro disposait entre 1998 et 2002. Ce n'est pas énorme, mais ça peut être très payant, estime l'économiste Yves Rabeau, de l'Université du Québec à Montréal.

Yves Rabeau a déjà souhaité le devancement de projets hydroélectriques afin de pouvoir exporter davantage mais il estime maintenant qu'il faut être plus prudent. " Le marché de l'énergie a changé. C'est le triomphe du commerce électronique et du marché spot. Plus personne ne veut signer des contrats (d'achat) à long terme ", explique-t-il. À la Bourse électronique, les prix fluctuent constamment.

C'est plus risqué. Si Hydro ne veut pas se retrouver dans la même situation qu'au début des années 80, alors qu'elle a dû faire des ventes de feu pour écouler ses surplus, il ne faut pas précipiter les choses, estime l'économiste. " Ça ne doit pas être fait en catastrophe ", dit-il.

Selon lui, Hydro-Québec a l'avantage de pouvoir stocker de l'énergie dans les réservoirs de ses barrages et choisir les périodes les plus payantes pour vendre son électricité. La quantité d'énergie qui peut être exportée est toutefois limitée par la capacité de ces réservoirs et aussi par la capacité des interconnexions existantes avec les États-Unis, notamment.

En outre, Hydro-Québec devra toujours réserver la plus grande partie de sa production au marché québécois (165 térawattheures par année).

Même s'ils ont du pétrole en abondance, les Albertains ne jouissent pas d'un rabais sur le prix de l'essence. Les Québécois, eux, profitent d'une quantité fixe d'électricité à 2,79 cents le kilowattheure, soit trois fois moins que le prix du marché, ce qui limite la capacité d'Hydro-Québec à tirer profit de ses ressources.

C'est vrai, reconnaît l'économiste Pierre Fortin. Mais la question n'est pas de savoir si la quantité d'énergie qu'Hydro peut exporter est grosse ou petite. L'important, c'est qu'il y en ait. " On a des ressources, développons-les ", dit-il.

Avec des exportations de 20 térawattheures (soit la marge de manoeuvre disponible en 2011), Hydro peut encaisser des profits de plus de 1 milliard de dollars par année, seulement avec ses ventes sur les marchés externes, estime-t-il. Ce n'est peut-être pas le Pérou, mais pour le gouvernement du Québec, c'est énorme, croit Pierre Fortin, un des membres du comité d'experts qui participent à la commission parlementaire sur l'énergie.

Avec l'argent du pétrole, l'Alberta a réduit les impôts et éliminé sa dette. Le Québec ne peut pas espérer en faire autant. Mais avec l'argent de l'électricité, le gouvernement pourrait créer un fonds pour rembourser la dette accumulée, estime M. Fortin.

Cette idée a d'ailleurs été soumise récemment par le président du Mouvement Desjardins, Alban D'Amours. C'est une bonne idée, selon Pierre Fortin. Mais que l'argent serve à rembourser la dette ou à payer pour le système de santé importe peu. Cet argent enlèvera un peu de pression sur les finances publiques.