Via Rail - Des wagons qui coûtent cher...
Presse Canadienne samedi 20 novembre 2004
Montréal - Après la controverse entourant l'achat de quatre sous-marins britanniques, voilà qu'une autre histoire éclate sur l'acquisition de wagons par Via-Rail, fabriqués aussi au Royaume-Uni.
Une enquête du Journal de Montréal révèle que 139 wagons fabriqués dans les années 90 par une firme britannique et achetés par Via ont subi de multiples problèmes techniques, qui ont coûté et qui coûtent encore des millions à la société d'État canadienne.
Via affirme que les 139 wagons, concus pour le climat européen et dont le quart sont toujours en ateliers, sont sur la bonne voie après une période de rodage mais les problèmes ont été nombreux.
L'isolation et le système de chauffage entier sont inadéquats pour l'hiver canadien. La neige pénètre à l'intérieur par certaines portes. Les marche-pieds gèlent en hiver. Les toilettes aussi ont gelé, et elles sont trop étroites pour les fauteuils roulants.
Des portes se sont même ouvertes à des vitesses dépassant les 100 km/h.

Pauvre Sheila Fraser !
Michel Vastel
Le Soleil mercredi 24 novembre 2004
Année après année, le Bureau du vérificateur général du Canada relève les faiblesses de l'administration fédérale. Ce qu'elle ne peut pas dire malheureusement, parce que cela ne fait pas partie de son mandat, c'est que les fonctionnaires fédéraux sont particulièrement incompétents lorsqu'ils se mêlent d'affaires qui ne les regardent pas...
Qu'il s'agisse de matériels médicaux, ou de médicaments, on ne peut pas dire que le gouvernement fédéral ait une expertise particulière en la matière. Il est le quatrième acheteur de services de santé, après l'Ontario, le Québec et la Colombie-Britannique. Ses institutions de santé sont réservées à des anciens combattants, des militaires, des autochtones, ou des détenus dans les institutions pénitentiaires fédérales.
Malgré tout, il y a des gens à Ottawa qui se piquent de mettre sur pied une assurance-médicaments pour l'ensemble des provinces. Et ce sont eux qui approuvent l'homologation de nouveau matériel médical, même lorsque celui-ci est déjà utilisé dans des pays beaucoup plus avancés comme la Suisse.
La pauvre vérificatrice générale n'a pas le mandat d'approuver le bien-fondé des interventions fédérales dans le domaine de la santé. Dès lors que le Parlement a voté des fonds pour un nouveau programme, sa seule responsabilité est de vérifier s'ils ont été bien dépensés. Se contentant de déplorer quelques carences dans la gestion de ces programmes fédéraux, elle ne peut aller aussi loin que de recommander que le gouvernement fédéral arrête de se mêler de ce qui ne le regarde pas au risque de gaspiller des fonds publics.
Lorsque la vérificatrice écrit par exemple que "la plupart des organisations fédérales n'ont établi ni objectifs ni mesures du rendement visant de façon précise leurs programmes de prestations pharmaceutiques (...), et ne sont pas en mesure d'évaluer si leurs activités atteignent les résultats escomptés, sous le signe de l'efficience...", elle n'ose pas ajouter que cela disqualifie les fonctionnaires de Santé Canada pour imposer des normes d'efficacité à leurs collègues des provinces. C'est pourtant ce qu'ils prétendent faire !
Dans le domaine du matériel médical, la vérificatrice générale constate que les fonctionnaires fédéraux, plutôt que de collaborer avec d'autres pays pour l'homologation de nouveaux matériels, ont une fâcheuse tendance à vouloir réinventer la roue, retardant d'autant la disponibilité de ces nouveautés technologiques. Pourtant, cela n'a pas empêché le gouvernement fédéral de créer un nouveau fonds "dédié", soumis à des normes nationales sévères, pour l'acquisition de nouvelles technologies médicales.
Quelquefois, la commissaire aux langues officielles, qui est elle aussi au service du Parlement, s'aventure dans l'évaluation des politiques et des programmes des provinces à l'égard de leurs minorités. On aimerait que la vérificatrice générale se prévale de la même prérogative. Après avoir constaté qu'un programme fédéral est mal administré, ne pourrait-elle pas se poser la question - comme en passant : "Au fait, la responsabilité de ce programme, qu'administrent si mal les fonctionnaires fédéraux, ne pourrait-elle être dévolue aux administrations provinciales ?"
Ce ne serait pas affaiblir le Canada que de faire de telles recommandations. Au contraire, ce serait veiller à l'intérêt des contribuables qui, jusqu'à preuve du contraire, sont les mêmes à Ottawa et à Québec.
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La timidité de la vérificatrice générale ne peut être mieux illustrée qu'à la lecture du chapitre 7 de son rapport de 2004. Il porte sur la façon choquante dont le Conseil privé et les ministères concernés ont répondu à une question de l'opposition officielle sur les rapports qu'entretenaient les agences du gouvernement fédéral avec les entreprises sous propriété de Canada Steamship Lines, de Paul Martin donc.
On se rappellera qu'une question écrite au gouvernement - il y en a des centaines par année qui, écrites et publiées au journal officiel de la Chambre des communes, exigent une réponse complète et précise - , visait à savoir quels sont, de 1993 à 2003, "les subventions, contributions, contrats, et garanties d'emprunt qui ont été accordés aux avoirs financiers de la fiducie sans droit de regard de l'ancien ministre des Finances..." La question a été posée, et la réponse préparée, alors que Jean Chrétien était encore premier ministre et Paul Martin relégué aux banquettes des simples députés.
La première réponse, déposée le 14 février 2003, faisait état de 136 250 $ de bénéfices obtenus par les compagnies de Paul Martin. La somme était tellement invraisemblable que les députés conservateurs, à l'origine de la question exigèrent une deuxième vérification. La réponse suivante faisait état de bénéfices de 161,8 millions $. On avait donc commis une erreur de 161,7 millions $ : une bagatelle !
Ce qui nous aurait intéressé, dans ce cas, c'est que la vérificatrice générale s'interroge sur la façon dont le Conseil privé et les ministères fédéraux ont préparé leur première réponse. Elle était tellement ridicule que Paul Martin, tout en ne sachant pas ce qui se passait dans ses anciennes entreprises puisqu'elles avaient été placées sous l'administration d'une fiducie sans droit de regard, puis vendues à ses fils, avait chargé son cabinet de regarder cela de plus près.
L'affaire n'était pas passée inaperçue. La deuxième réponse, tombée le 3 février, avait complètement occulté la réponse du nouveau premier ministre au discours du Trône. Les propos outrés des partis d'opposition - "quand on se trompe de 161,7 millions $, on peut bien se tromper de quelques millions $ de plus !" - avaient fait déraper la rentrée parlementaire de Paul Martin. Ce "scandale" préparait en quelque sorte la tempête qu'allait soulever le rapport de la vérificatrice générale sur le Programme des commandites, exactement une semaine plus tard.
Mme Sheila Fraser consacre le premier chapitre de son rapport d'hier à l'obligation des ministres et des hauts fonctionnaires de rendre des comptes au Parlement. Dans le cas des contrats accordés pendant 10 ans à la Canada Steamship Lines, la vérificatrice a failli à sa responsabilité de montrer du doigt les responsables de ce gâchis qui a entamé la crédibilité du chef du gouvernement.
Comme quoi la fonction de vérificateur général a ses limites. Ce n'est pas tous les jours qu'on a des escrocs à se mettre sous la dent...
Mvastel@lesoleil.Com

