Charest takes a page from PQ convention handbook

Don MacPherson
The Montréal Gazette November 22, 2004 Monday

The Quebec Liberal Party spent its weekend convention doing a poor imitation of the Parti Quebecois. Its current leader spent it doing a better imitation of one of his predecessors.

The convention opened with a show featuring monologues by characters representing periods in the party's past and the performance of a theme song composed for the occasion.

The performers were four unknown singer-actors who were apparently under-rehearsed as well as desperate for work, since they had not had time to agree on a tune for the instantly forgettable theme song.

It was the kind of show the PQ sometimes puts on at its own meetings, except that the PQ has friends who are better songwriters and singers.

Also, policy resolutions adopted at PQ meetings mean something. When PQ members argue at length over the wording of a policy resolution, it's because they disagree about what it should say. When Liberals do it, it's because they can't agree on what it does say, because the resolution has been so poorly drafted.

Not that it really matters. The party apparently held this policy convention only because it had been four years since the previous one, and to kill time until its next one in two years, which will be the one that counts because it will adopt the Liberal platform for the next election. So the resolutions adopted at this one can be safely ignored.

That should console the youth delegates. The formerly powerful youth wing, which has one-third of the votes at party meetings and gave Quebec Mario Dumont, got clipped on Saturday. The youth caved in to pressure from the government to water down a resolution for the restoration of cuts to student bursaries to allow Education Minister Pierre Reid to save face at the expense of their own.

Anyway, they got over it quickly. By yesterday's closing plenary, the young Liberals, some of them as old as 25, were keeping themselves amused during speeches by gleefully whacking together plastic ThunderStix noisemakers like preschoolers. That's something you don't see - or hear - at PQ meetings.

Something you do hear at PQ meetings is the party leader making sure to say the word "sovereignty" at least once in every speech, which is also what Premier Charest did in his opening speech.

As a matter of fact, Charest even appropriated both aspects of the PQ's original position by managing to work the words "sovereign" and "association" into the same sentence describing federalism. "A federation," he said, "is an association of two levels of government, each sovereign in its fields of jurisdiction."

It was reminiscent of the late Robert Bourassa's trying to fend off the PQ in the 1970s by advocating something he called "cultural sovereignty." And in his closing speech yesterday, Charest both referred to Bourassa and sounded like him in calling for a new dam-building spree to make Quebec as rich from hydro exports as Alberta is from gas and oil.

Just as Bourassa did in the 1980s, Charest wrapped his economic goals in environmental concerns, presenting hydroelectric development as part of a "sustainable development" plan and hydroelectricity as a renewable and relatively clean form of energy.

He made concessions to modern sensibilities by mentioning wind power, energy conservation, recycling and "making polluters pay." But he became most excited during his speech, and sounded most like Bourassa, when he talked of economic benefits. "If Alberta could get rich from oil," he asked, "why can't Quebec do it with hydroelectricity?"

The delegates, many of them not even contractors, cheered and went home happy. Some of them clutched a boxed set of 10 CDs containing a Radio-Canada radio documentary on the life of Bourassa, which had been on sale at the convention (10 hours on Bourassa - makes the perfect gift for the Liberal who has absolutely everything).

They were not bothered by the protesters who had besieged the monstrous Palais des congres the previous two days but who were gone yesterday. And the police in bulletproof vests had nothing to do to earn their overtime but to double-team the occasional panhandling infiltrator from the nearby Old Brewery Mission and escort him from the building.



La recette libérale

Bernard Descôteaux
Le Devoir lundi 22 novembre 2004

Les militants libéraux du Québec se sont donné, durant leur congrès du week-end, une vision de l'avenir qui aidera leur chef, Jean Charest, à sortir de l'impasse électorale dans laquelle il se trouve. Tout doucement, ils ont ramené le Parti libéral du Québec au centre et ont pris avec le premier ministre, un virage environnemental.

La direction du Parti libéral a de toute évidence bien compris les leçons des dix-huit premiers mois au gouvernement. Pas un mot au cours de ce congrès sur la réingénierie de l'État québécois et à peine sur les partenariats public-privé. Avec une rare constance, tous les sondages ont montré que ces concepts n'étaient en rien rassembleurs. Il fallait donc plutôt parler de compassion, de justice sociale, de défense de l'identité du Québec, d'innovation, de prospérité et de développement durable, ce que l'on a fait.

Mobiliser les Québécois, c'est ce dont avait besoin le gouvernement Charest qui a retrouvé la recette qui avait fait le succès des gouvernements libéraux précédents. Le nouveau discours libéral ressemble en fait à celui que tenait le premier ministre Robert Bourassa: créons la richesse pour pouvoir mieux la partager, disait-il tout en se faisant le champion de la sécurité culturelle des Québécois. La ressemblance est à ce point que M. Charest entend se faire à son tour constructeur de grands ouvrages hydro-électriques pour assurer la sécurité énergétique du Québec et engendrer des revenus d'exportation. Afin d'être de son époque, le premier ministre y apporte une touche de son cru, le développement durable.

Les résolutions adoptées par les militants ce week-end sont émaillées de références nombreuses à ce concept de développement durable que, déjà, Jean Charest qualifie de modèle. Modèle comme dans l'expression «modèle québécois»? Cela reste à voir, car, pour l'instant, il s'agit d'intentions. Le virage vert du gouvernement est on ne peut plus récent. Après tout, ce n'est que ces derniers jours que l'on a définitivement mis au rancart le projet de centrale thermique au gaz du Suroît.

La sincérité du gouvernement libéral pourra être testée rapidement. Ces prochaines semaines, le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, déposera un projet de loi sur le développement durable qui devrait permettre d'engager un vaste processus de consultation publique. Quelle ampleur aura la politique gouvernementale? Le premier ministre Charest reste vague, disant simplement que les ministères, les entreprises et les citoyens seront les acteurs d'un «développement harmonieux et responsable» du Québec. Mais encore?

L'idée d'inscrire dans une loi la politique de développement durable peut être vue comme une indication du sérieux du gouvernement. Il faudra toutefois que cette loi ait des dents. Il faudra que ce soit une sorte de charte de l'environnement qui ait préséance sur les autres lois. L'approche devra être globale. La loi devra faire un lien entre les diverses politiques du gouvernement, qu'il s'agisse de fiscalité, d'énergie, de ressources naturelles, d'économie, d'urbanisme et ainsi de suite.

D'emblée, Jean Charest souligne qu'on ne peut, au Québec, parler de développement durable sans parler d'énergie, ce qui l'amène à mettre aussitôt l'accent sur le mot développement. Son appétit pour créer de la richesse est grand, et il note qu'on ne doit surtout pas avoir de scrupules à s'enrichir en exportant une énergie renouvelable. Tout de suite, on voit poindre l'opposition qu'il peut y avoir entre les mots «développement» et «durable». Scindée, l'expression perd tout son sens. Ce n'est que lorsqu'il exposera ses projets de développement que l'on pourra juger de la valeur de son engagement.

bdescoteaux@ledevoir.ca



Les contradictions de Jean Charest

Michel Venne
Le Devoir lundi 22 novembre 2004

Le premier ministre Jean Charest est un néoconservateur accompli. Il ne le dirait peut-être pas comme ça, mais ses interventions publiques le trahissent. Dans son discours inaugural de juin 2003, il affirmait d'emblée, par exemple, que «c'est [la] réussite individuelle qui permettra une meilleure répartition de la richesse et une plus grande justice sociale».

Jean Charest n'aime pas le «modèle québécois». Il est un émule du «modèle américain», sauf pour le système de santé qui, en termes d'équité, est, aux États-Unis, une catastrophe. Ce modèle américain, que des experts appellent le modèle anglo-saxon, est construit de manière à maximiser les profits de l'entreprise privée afin que celle-ci augmente ses investissements.

Le système anglo-saxon invite à abaisser le fardeau fiscal individuel et à réduire les impôts sur le capital des entreprises. Il préconise une certaine austérité salariale, la flexibilité de la main-d'oeuvre, la productivité des entreprises au service de la création de valeur pour les actionnaires et l'allégement des contraintes réglementaires.

Depuis qu'il a pris la direction du Parti libéral du Québec, en 1998, M. Charest est l'apôtre de politiques tout à fait assorties à ce credo. C'est son choix et, jusqu'à présent, il l'assume. Ce n'est pas le dénoncer que le rappeler.

Selon lui, il fallait une deuxième Révolution tranquille qui, au lieu de construire un État agissant, contribuera plutôt à le rendre «mince et agile», comme le dit la présidente du Conseil du trésor, Mme Monique Jérôme-Forget. Il ne cesse de ruminer des données statistiques, souvent colligées par l'Institut Fraser, un think tank conservateur dont l'une des dernières études sur le Québec (qui ne comporte aucune référence à un auteur québécois!) indique que les choix politiques faits par le Québec l'ont conduit à une situation déplorable sur le plan économique. Cette étude est abondamment citée dans les documents budgétaires du ministère des Finances.

***

Le gouvernement prône donc ce modèle au lieu du nôtre pour orienter la gouverne, l'organisation de la société et le développement du Québec. Quelques obsessions reviennent sans cesse dans les discours de M. Charest portant sur l'initiative individuelle, l'apport du secteur privé pour livrer les services publics et la réduction du fardeau fiscal.

Les consultations des derniers mois n'ont rien changé à cet égard. Les appels nombreux d'économistes réputés à renoncer aux baisses d'impôt n'ont pas infléchi sa position. M. Charest reste convaincu du bien fondé de cette doctrine et il continue de chercher à la mettre en oeuvre. Tout ce qui l'en empêche pour l'instant est la situation budgétaire du gouvernement. Québec n'a tout simplement pas les moyens, comme les avait Mike Harris en Ontario il y a quelques années, de baisser les taxes. À moins, bien sûr, d'imiter George Bush et de renouer avec les déficits budgétaires.

Voilà certainement une première contradiction de Jean Charest: continuer à prôner une politique inapplicable en matière de fiscalité. Il y en a d'autres.

M. Charest préconise une deuxième Révolution tranquille. Il n'a que le mot changement à la bouche. Ce doit être parce que les choses vont mal. Or il y avait quelque chose d'étonnant à l'entendre dire ceci à la clôture du Forum des générations: «Nous vivons dans une société remarquable. L'Histoire du Québec est une Histoire de réussites: un peuple qui a su préserver sa langue et sa culture, et tirer son épingle du jeu sur le plan économique.» Si le Québec est une société remarquable qui a réussi, est-il nécessaire de tout chambarder?

Le PLQ a publié, pour son congrès de fin de semaine, un document encore plus étonnant intitulé Mieux vivre au Québec et qui trace des perspectives pour la société québécoise dans vingt ans. Les marottes libérales y apparaissent: réduction du fardeau fiscal comme objectif suprême de la société, partenariats public-privé, flexibilité de la main-d'oeuvre, accroissement des libertés individuelles... Je note qu'à aucun endroit dans ce document on ne propose comme objectif principal la réduction des inégalités au Québec alors que tous les experts font la démonstration que les inégalités sont justement en hausse chez nous.

Le plus étonnant n'est évidemment pas là. Il se trouve dans les passages où l'on recycle les notions de partenariat avec la société civile, de concertation, de participation civique et de bien commun pour présider au développement futur du Québec.

Étonnant parce qu'au cours de la première année de son mandat, le gouvernement a fait tout ce qu'il a pu pour casser les mécanismes de concertation en vigueur au Québec notamment dans le développement régional; il a affaibli les organisations de la société civile dont il gèle le financement présentement; il a condamné les syndicats et les partenaires communautaires en les accusant d'être des organismes «corporatistes» aptes uniquement à défendre leurs intérêts et le statu quo; il a déçu les citoyens avec ses référendums sur les défusions et en retardant encore le dépôt de son projet de réforme du mode de scrutin.

Ceux avec qui le gouvernement libéral souhaite collaborer, échanger des points de vue, se concerter, sont en majorité dans la rue et le dénoncent. Ils ne croient pas en la doctrine à laquelle il ne renoncera jamais. Cette contradiction-là va devenir irréductible.

michel.venne@inm.qc.ca



Les lèvres de M. Séguin

Alain Dubuc
La Presse vendredi 19 novembre 2004

La rumeur veut que les rapports soient particulièrement difficiles entre Jean Charest et le plus important membre de son cabinet, M. Yves Séguin. Les tensions sont d'ailleurs assez évidentes pour que l'agacement du premier ministre envers son ministre des Finances transparaisse même en public.

Les tensions sont normales au sein d'un cabinet. Encore faut-il qu'elles soient gérables et qu'elles n'empêchent pas un gouvernement de fonctionner efficacement. Très souvent, ce sont les propos de M. Séguin qui ont mis le gouvernement dans l'embarras et créé ces tensions avec Jean Charest. Mais sommes-nous seulement en présence d'un ministre trop bavard, ou y a-t-il des germes de discorde plus profonds?

En soi, les désaccords dans un cabinet sont inévitables, d'autant plus que nos partis, formés autour de doctrines constitutionnelles, sont en fait des coalitions qui réunissent des hommes et des femmes politiques aux points de vue souvent opposés. Des tensions renforcées par les ego puissants de plusieurs politiciens, par le pouvoir qu'ils peuvent détenir dans l'appareil du parti ou par la force de leurs appuis dans la société.

Le plus souvent, ces tensions sont gérables. On l'a vu à Ottawa où le premier ministre Jean Chrétien et son ministre des Finances, Paul Martin, ont réussi à surmonter pendant presque dix ans leurs conflits politiques et leur animosité personnelle et ont pu travailler ensemble de façon très fructueuse.

Jean Charest et Yves Séguin, qui ne se sont pourtant pas affrontés dans une course au leadership, ne sont toutefois manifestement pas parvenus à une telle harmonie. Cela s'explique sans doute par deux facteurs. D'abord, la personnalité politique de M. Séguin, que l'on peut très certainement qualifier de populiste, avec ce que cela comporte de bon et de mauvais. Ensuite l'absence de valeurs et de convictions communes assez fortes pour permettre aux deux hommes d'avoir une bonne base de travail.

Ce n'est pas insulter M. Séguin que de le décrire comme populiste. Depuis le début de sa vie publique, M. Séguin, comme fiscaliste, ensuite comme ministre du Revenu dans le gouvernement Bourassa, maintenant comme ministre des Finances, a toujours voulu être du côté des citoyens, a toujours eu un côté Robin des bois. Grâce à cette sensibilité particulière, Yves Séguin a de bonnes antennes et de bons réflexes, comme on l'a vu lors de ses interventions, il y a un an, pour désamorcer le mouvement de mécontentement quand le gouvernement était à son plus bas.

L'envers de la médaille, c'est que ce populisme amène M. Séguin à une démarche très individualiste, où il est manifestement soucieux de sa popularité personnelle, où il exprime un désir de briller, d'où ses propos qui le mettent souvent dans l'eau chaude. Cela fait de M. Séguin un franc-tireur, peu à l'aise avec les exigences de la solidarité ministérielle. Et ce n'est pas nouveau: le ministre avait quitté avec fracas le gouvernement Bourassa pour marquer son désaccord avec l'introduction de la TVQ.

Certains politiciens populistes peuvent jouer un rôle utile dans un gouvernement. Ce fut le cas de Sheila Copps, mais celle-ci mettait sa fougue au service de son parti et manifestait une loyauté sans faille à l'égard de son chef.

Le franc-tireur qu'est M. Séguin est d'autant plus difficile à intégrer que, sur certains dossiers centraux, sa vision n'est pas celle qu'a développée son parti. C'est le cas de son premier budget, qui a clairement été construit pour répondre au mouvement de mécontentement et qui ne reflétait ni les promesses ni les priorités que les libéraux avaient exprimées en campagne. Ce budget qui a oublié les classes moyennes qui avaient appuyé les libéraux a certainement été une grave erreur politique. M. Charest doit toutefois en partager la responsabilité, puisqu'il n'a pas imposé sa vision au ministre des Finances.

Mais on sent le même désaccord sous-jacent sur la question nationale, où M. Séguin est plus nationaliste que son parti, comme l'a montré le fait qu'il ait accepté de présider une commission sur le déséquilibre fiscal mise sur pied par un gouvernement péquiste dans son combat contre le régime fédéral.

C'est cette vision différente et ce ton différent qui l'ont amené, au terme des négociations difficiles sur la péréquation, à décrire Ottawa comme un " dracula qui veut notre sang ", une image qui s'explique peut-être par la déception, mais dont le simplisme risquait de faire dérailler les efforts de son propre gouvernement.

Mais où cela peut-il mener? Comment concilier cette personnalité, avec sa richesse, avec les besoins et la mission d'un gouvernement? L'avenir de M. Séguin, au sein du gouvernement Charest, dépendra largement de sa capacité de découvrir les vertus de la solidarité.

Adubuc@lapresse.ca



La grande porte

Michel David
Le Devoir samedi 20 novembre 2004

Jeudi, le ministre des Finances du Québec, Yves Séguin, a utilisé un langage moins excessif qu'à la veille de l'Halloween pour qualifier le comportement du gouvernement fédéral lors de la dernière conférence des premiers ministres sur la péréquation.

Sur le fond, il n'a cependant rien retiré de ses récriminations contre Ottawa. Il a simplement été plus technique dans sa description de la «saignée» dont le Québec aurait été victime. Jamais une province canadienne n'a été traitée aussi durement depuis la Deuxième Guerre mondiale, a-t-il dit.

Il est toujours un peu déroutant d'entendre les explications de M. Séguin, qui peut facilement dire une chose et son contraire dans une même phrase. En conférence de presse, il a vivement dénoncé le «silence inflexible» qu'Ottawa a opposé aux revendications du Québec tout en se disant «pleinement confiant que le gouvernement fédéral va nous entendre».

À cet égard, la réplique vulgaire que lui a servie Jean Lapierre devrait dissiper toute équivoque. Dans la capitale fédérale, on en a manifestement ras le bol des jérémiades de M. Séguin. M. Lapierre a d'ailleurs raison sur un point: malgré les surplus qui s'accumulent à Ottawa, l'entêtement du gouvernement Charest à promettre des baisses d'impôt affaiblit beaucoup son discours sur le déséquilibre fiscal.

Encore jeudi, le ministre des Finances a déclaré qu'il serait exagéré de dire que le cadre financier établi par son gouvernement, y compris les baisses d'impôt, est compromis par le «traitement inéquitable» réservé au Québec. Un malicieux hasard a même voulu que l'augmentation des transferts fédéraux lui permette de compenser la baisse de ses revenus autonomes. Comment voulez-vous que la population s'y retrouve?

M. Séguin a beau dire qu'il y a encore de l'espoir, il voit très bien que l'étouffement financier qu'il décrivait si bien dans son rapport se poursuit inexorablement. La question est de savoir pendant combien de temps encore il va accepter de faire semblant de croire qu'il est possible de rétablir un certain équilibre.

***

Encore faut-il qu'on lui en accorde le loisir. Les rumeurs de remaniement ministériel ont repris à Québec. Ce serait maintenant pour le début de 2005. En avril prochain, le gouvernement arrivera à mi-mandat. Le premier ministre peut donc procéder aux ajustements qui s'imposent sans donner l'impression d'agir sous la pression des événements. À la mi-mars, un nouveau discours inaugural devrait normalement compléter l'opération.

Les candidats à un remaniement sont nombreux, qu'il s'agisse de ceux qui déçoivent, comme Sam Hamad, Pierre Reid et Jacques Chagnon, ou de ceux qui souhaitent changer de poste, comme Jean-Marc Fournier, ou simplement voir leur tâche allégée, comme Jacques Dupuis.

M. Séguin pourrait cependant être la grande victime de ce remaniement. Il a beau être le ministre le plus populaire du gouvernement, le bureau de M. Charest en a plus qu'assez de ses déclarations intempestives. Depuis le printemps dernier, on évoque ouvertement la possibilité de s'en débarrasser.

Au cours des mois qui ont précédé les élections du 14 avril 2003, les conseillers de M. Charest étaient divisés sur l'opportunité de sa candidature. Ceux qui l'avaient connu à l'époque où il faisait partie du cabinet Bourassa prévoyaient déjà qu'il serait un embarras permanent. Ceux qui le connaissaient moins voyaient surtout les avantages de sa notoriété et se faisaient fort de l'encadrer suffisamment pour limiter les dégâts. Ils sont aujourd'hui ses plus grands détracteurs.

M. Séguin sait parfaitement à quoi s'en tenir, mais il ne pourrait pas changer, même s'il le voulait. Il fait partie de ces cow-boys solitaires qui deviennent rapidement un problème dans tout gouvernement, les Claude Wagner, Jérôme Choquette, Rodrigue Tremblay, Jean-Pierre Charbonneau...

Celui qui serait appelé à lui succéder est l'actuel ministre d'État au développement économique et régional, Michel Audet. En acceptant d'être candidat dans Laporte, le président de la Fédération des chambres de commerce du Québec se croyait d'ailleurs destiné aux Finances, et il a été très mécontent quand il s'est rendu compte que le poste était déjà promis à M. Séguin.

M. Audet n'est pas un bon politicien. À l'Assemblée nationale, il est très mal à l'aise, et on l'imagine aussi mal dans un bain de foule. En revanche, il possède une qualité que la comparaison avec M. Séguin pourrait rendre inestimable: la mesure et la discrétion en tout. On pourrait même dire: avec excès.

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Que ferait Yves Séguin si on lui offrait un autre ministère? En 1991, il avait démissionné du cabinet Bourassa au prétexte qu'il s'opposait à l'harmonisation de la TVQ à la TPS fédérale. En réalité, il enrageait de voir que Gérard D. Levesque était inamovible aux Finances. Il voulait au moins participer à l'élaboration du budget, mais M. Levesque ne voulait rien entendre.

S'il a claqué la porte parce qu'il ne pouvait pas obtenir les Finances, on imagine mal qu'il reste si on les lui enlève. Là encore, Jean Lapierre a raison: «Ça fait tellement de temps qu'il rêve d'être ministre des Finances.»

Démissionner par dépit ne fait jamais bonne impression. Il vaut infiniment mieux sortir par la grande porte, en invoquant une question de principe. En 1991, la porte était malheureusement un peu étroite: personne n'a vraiment compris en quoi l'harmonisation de la TVQ justifiait un geste aussi extrême qu'une démission. En revanche, quoi de plus noble que de sacrifier sa carrière au nom des intérêts supérieurs de la nation?

Jeudi, le ministre des Finances a utilisé une expression qui traduit parfaitement sa conception du fédéralisme. «Nous sommes les deuxièmes plus gros actionnaires de la fédération canadienne», a-t-il dit. Et il estime que le rendement n'est pas suffisant. C'est toute la différence avec son chef, qui adhère profondément aux valeurs canadiennes.

Il serait tout de même un peu gênant pour M. Charest de congédier M. Séguin parce qu'il dénonce trop bruyamment l'injustice dont le Québec est victime. Finalement, la meilleure façon pour le ministre des Finances de conserver son poste est peut-être de continuer à crier au vampire.

mdavid@ledevoir.com




Le Charest nouveau est arrivé

Michel Vastel
Le Soleil mardi 23 novembre 2004

Faute de pouvoir s'envoyer une lampée de Beaujolais nouveau derrière la cravate, les Québécois peuvent jouir du " Charest nouveau ". Il est là. " Enfin là ! " penseront certains.

Après six ans d'apprivoisement, l'ancien ministre fédéral et chef du Parti progressiste conservateur du Canada semble bien dans sa peau de chef d'un Parti libéral provincial. Il est fier, sans faux enthousiasme de sa part, de se réclamer de ses prédécesseurs Adélard Godbout, Jean Lesage et surtout Robert Bourassa. Après l'avoir écouté pendant trois jours, tant dans ses discours que dans ses points de presse, je dirais qu'il en a fait davantage, en une fin de semaine, pour réhabiliter la mémoire de Robert Bourassa que ses prédécesseurs Daniel Johnson et Claude Ryan.

Il faut dire qu'avec le temps, il commence à ressembler à Bourassa, la subtilité en moins ! Dans ses discours, le chef du PLQ est carrément ennuyeux ou trop passionné. Il n'a pas encore trouvé ce ton finement caustique qu'adoptait Robert Bourassa lorsqu'il parlait de ses adversaires, Jacques Parizeau en particulier.

Débarrassé de ses regrets de n'avoir pu devenir premier ministre du Canada, Charest s'investit désormais à fond dans sa carrière de chef d'un gouvernement provincial. Et il a lancé le PLQ vers de nouveaux horizons, un peu comme en 2000 il avait lancé un slogan - " Réinventer le Québec " - qui fit peut-être rire à l'époque, mais qui lui valut une solide victoire électorale et le fauteuil du premier ministre.

Le lancement du congrès libéral, vendredi soir à Montréal, donnait l'image de l'état du parti aujourd'hui : des députés et des ministres qui s'avancent sur la scène du Palais des congrès pour y accueillir le chef. Cela ressemblait à un véritable geste de soumission. Mais si Jean Charest a l'attrait d'un Beaujolais nouveau, son équipe ministérielle a souvent le goût d'une piquette qu'on n'oserait servir à ses hôtes dans les grandes occasions... Passons !

Du discours d'ouverture, bilan des 18 mois passés au pouvoir, je retiens deux passages. Le premier porte sur sa vision de la gouvernance du Québec qui se résume en cette phrase : " Si je crois que l'asymétrie c'est bon pour le Québec dans le Canada, je crois avec une conviction égale que l'asymétrie c'est bon pour la Gaspésie ou l'Estrie dans le Québec. " Je comparerais cette approche pragmatique à la vision du Parti québécois dans les années 90. Jacques Parizeau disait en effet que les pouvoirs d'un Québec indépendant seraient tellement concentrés à Québec qu'il n'aurait d'autre choix que de déléguer une partie de ces pouvoirs aux régions et aux municipalités. Cela revenait à dire que la décentralisation viendrait après la séparation du Québec. Charest annonce qu'on peut la réaliser maintenant, à l'intérieur du cadre fédéral.

L'autre passage important du discours de vendredi est celui qui annonce un autre pas dans la direction de la " souveraineté culturelle ", si chère à Robert Bourassa : " J'irai là où il faudra pour faire la promotion des intérêts du Québec et je le ferai dans le respect de la politique étrangère canadienne selon cette idée toute simple (que) ce qui est de compétence québécoise chez nous est de compétence québécoise partout... " J'ai hâte de voir ce que cela va donner vendredi prochain au Sommet de la Francophonie à Ouagadougou !

On ne s'attendait pas à grand-chose de spectaculaire de ce congrès qui prétendait projeter le Québec, " résolument ", vers l'année 2025 : un Québec " en meilleure santé ", " mieux éduqué ", " plus prospère ", et jouissant d'une " meilleure qualité de vie "... Qui oserait être contre cela ?

Entre deux ronronnements sur des résolutions parfois insipides, les libéraux ont pris, avec leur gouvernement, des virages importants, tellement importants qu'on ne m'enlèvera pas de l'idée que tout cela était planifié en haut lieu.

On pouvait s'attendre par exemple à ce que le ministre de l'Éducation désamorce la bombe que constituait la transformation de 103 millions $ de bourses en prêts aux étudiants en refilant la patate chaude à son collègue des Finances. Il y aura effectivement correction dans le prochain budget. Mais le gouvernement a été plus loin, ouvrant cette fois le débat sur les frais de scolarité. Après avoir, avec quelque démagogie, promis de maintenir le gel des frais de scolarité pendant la campagne électorale de 2003, voilà que Jean Charest annonce que cette promesse ne tiendra plus pour son deuxième mandat.

Cela faisait longtemps que les recteurs des universités attendaient cela. Et, subtilement, Charest parle comme s'il était déjà assuré d'obtenir un deuxième mandat. Voilà qui est de nature à démoraliser les troupes péquistes !

L'autre " virage " marque une orientation plus résolue de la politique énergétique. Jean Charest revient au discours de Robert Bourassa au début des années 70 : les Québécois ne doivent pas avoir honte de s'enrichir en vendant de l'énergie propre. C'est toujours mieux que de faire fortune, comme l'Alberta, en exportant du pétrole et du gaz naturel.

Après avoir annoncé que le Québec serait " un leader mondial en énergie éolienne ", voilà que le PLQ retourne à ses racines hydroélectriques si on peut dire. Certes, on n'en est pas aux grands projets " à-la-Bourassa ", mais à raison de 3,5 à 4 milliards $ par année, Hydro-Québec ne s'est pas vraiment mise en veilleuse.

Le gouvernement de Jean Charest n'a cependant pas encore convaincu les Québécois que le gaz naturel, lui aussi, est une source d'énergie " propre ". L'Amérique du Nord, après avoir épuisé ses ressources de pétrole, se tourne vers le gaz qui sera importé de Russie ou d'Afrique du Nord. Il y a une quarantaine de projets de ports méthaniers sur le continent mais " seulement " deux au Québec. Dans la logique des discours de la fin de semaine dernière, le gouvernement devrait mettre toute son énergie derrière la réalisation des deux projets.

" Capables comme l'Alberta avec son pétrole ! " dit Jean Charest. En fait, le Québec peut être plus riche que l'Alberta, parce qu'il le sera plus longtemps...

Mvastel@lesoleil.Com