L'anglais gagne du terrain au Québec

Mario Cloutier
La Presse mardi 23 novembre 2004

Selon l'Office, près du quart des banlieusards qui travaillent à Montréal utilisent davantage l'anglais au travail que ceux qui travaillent en banlieue.

Québec - La langue anglaise continue d'attirer davantage les allophones au Québec, que ce soit au travail ou à la maison.

L'Office québécois de la langue française (OQLF) constate qu'en 10 ans au Québec, l'anglais comme langue d'usage a fait des gains de 2%, alors que les gains du français ne sont que de 1,7% pour la même période. La situation du français au travail serait également «précaire», peut-on lire dans le rapport annuel de l'organisme de francisation.

«Il y a quand même des progrès», souligne toutefois Isabelle Melançon, attachée de presse de la ministre Line Beauchamp qui est responsable de la Charte de la langue française au gouvernement Charest.

«En 30 ans, le français a fait un bond de 20% chez les allophones», explique-t-elle.

La langue française était utilisée par 26% des personnes de langue maternelle tierce avant l'adoption de la loi 101. En 2001, la force d'attraction du français rejoignait près de 46 % des allophones qui en ont fait leur langue d'usage, contre 54% qui préfèrent toujours l'anglais.

Depuis 1991, le français demeure la langue le plus souvent parlée à la maison dans le cas de 83% des Québécois. L'anglais, qui a connu une légère baisse de 11,2 à 10,5% pour la même période, continue cependant d'attirer plus de personnes dont la langue maternelle n'est ni le français ni l'anglais.

Pendant ce temps, en effet, la population allophone a grimpé de 22%. Et même si le nombre d'allophones qui connaissent le français a augmenté à Montréal de 1991 à 2001, pour atteindre 73%, il y a toujours 20% d'entre eux qui ne connaissent que l'anglais.

«Malgré cette amélioration de la connaissance du français, dit l'OQLF, force est de constater que l'attrait de l'anglais demeure encore très présent au sein de la population de langue maternelle tierce.»

L'Office se dit aussi «préoccupé» par le fait qu'en 2001, l'anglais est utilisé seul ou avec d'autres langues dans au moins un foyer sur trois dans l'île de Montréal (35,7%), le français étant la langue d'usage dans deux foyers sur trois, soit 66%.

«Cette pression de l'anglais n'est pas sans effet sur la langue de travail, continue l'OQLF, et ce particulièrement dans l'île de Montréal. Il en résulte une pression sur les travailleurs de langue maternelle française.»

Selon l'Office, par exemple, près du quart des banlieusards qui travaillent à Montréal utilisent davantage l'anglais au travail que ceux qui travaillent en banlieue. Chez les travailleurs allophones, l'usage de l'anglais au travail dépend de la date d'arrivée au Québec. Les travailleurs ayant immigré avant 1961 utilisent plus l'anglais que le français; la tendance s'inverse entre 1961 et 1990; mais depuis 1991, l'anglais est en croissance.

«Il semble que l'utilisation du français au travail, malgré les gains faits au cours des dernières années, est précaire, surtout si on considère les périodes d'immigration récentes où on observe un accroissement du pourcentage de travailleurs utilisant l'anglais au détriment du français», conclut l'OQLF.

«Malheureusement, ce n'est pas unique au Québec, rappelle Mme Melançon. C'est un phénomène qui existe même en France, mais nous continuons d'y travailler activement.»

L'analyse que fait l'OQLF des progrès de l'anglais comme langue d'usage confirme un rapport de la commissaire canadienne aux langues officielles, Dyane Adam, qui révélait il y a deux semaines que presque le quart des anglophones sont toujours unilingues au Québec.

Le rapport fédéral expliquait que «certains de ces anglophones unilingues ont suivi des cours de français mais ont tout oublié après l'âge de 30 ans» avant d'ajouter qu'une «majorité importante des anglophones estiment pouvoir vivre en anglais» au Québec.

Pour ce qui est de la langue de travail, selon Mme Adam, un cinquième des Québécois anglophones parlent le français la plupart du temps dans leur lieu de travail. Mais à Montréal, «les trois quarts des anglophones parlent surtout l'anglais au travail» et seulement 10% parlent les deux langues également.




Deux mesures pour améliorer le sort du français

Norman Delisle
La Presse mercredi 24 novembre 2004

PC Québec - Le gouvernement Charest songe à deux mesures pour améliorer le sort de la langue française au Québec.

Le premier ministre, Jean Charest, a évoqué hier la possibilité d'augmenter les sommes destinées à l'intégration des immigrants, tandis que la ministre responsable du dossier linguistique, Line Beauchamp, veut dynamiser les comités de francisation à l'oeuvre au sein des entreprises.

Ces suggestions ont été la réponse du gouvernement au rapport de l'Office de la langue française qui signalait, la semaine dernière, que la situation du français au Québec demeure " précaire ".

" Il faudra être très vigilant pour la langue française. C'est l'identité même du Québec qui en dépend ", a dit M. Charest à des journalistes.

Selon le rapport de l'Office, le français continue à être déficitaire au Québec car l'anglais est choisi comme langue d'usage par quelque 55 % des allophones.

Quant à la ministre Beauchamp, elle s'est réjouie que la proportion d'allophones choisissant le français comme langue d'usage frise maintenant les 50 %, alors qu'elle n'était que de 29 % en 1971.

" Cela confirme que les mécanismes qui sont mis en place pour la promotion du français fonctionnent ", a dit la ministre Beauchamp.

Elle estime que les comités de francisation, qui doivent être créés dans les entreprises comptant 50 employés ou plus, devront être plus actifs pour faire du français la véritable langue de travail.

Même si 83 % des Québécois ont le français comme langue d'usage et que seulement 10 % des Québécois sont anglophones, l'anglais a fait des gains de deux pour cent comme langue d'usage, alors que les gains du français se sont limités à 1,7 %, selon le rapport de l'Office.

Bizarrement, le Parti québécois, qui a fait adopter la Charte de la langue française (la loi 101) en 1977, n'a pas jugé bon de soulever le rapport de l'Office devant l'Assemblée nationale.

Mais des péquistes de Montréal-Centre ont, eux, diffusé un communiqué pour rappeler que l'anglais progresse aussi dans l'enseignement au Québec.

Le PQ du comté de Montréal-Centre rappelle que 46 % des allophones choisissent maintenant de poursuivre leur cours collégial dans un cégep anglophone. Cette proportion n'était que de 18 % en 1987.




News for French has never been better

The Gazette Wednesday, November 24, 2004

Here is the state of the French language in Quebec, according to the Office Quebecoise de la langue francaise: More than 94 per cent of Quebecers speak French, a figure that includes 68 per cent of anglophones and 73.5 per cent of allophones. More Quebecers of all linguistic backgrounds speak French than did in 1991.

How is it possible that the Office can look at those figures and see bad news? How much more French can Quebec get? The realistic answer is that the figure of 94.6 per cent is so high that Quebec likely is hitting an upper limit in French-language mastery. Short of turning away all non-French immigrants and ushering older anglophones to the border, the prevalence of French-speakers is most unlikely to climb any higher.

For nearly 100 per cent of Quebecers to be able to speak French is - or should be - a cause for celebration. Whatever a few franco-zealots might suspect, no one who lives in this province denies the need for French.

French is necessary to get hired, to get promoted, to be part of Quebec society. English-language school boards know they must turn out fluently bilingual grads or face the wrath of students and parents - to say nothing of the eventual demise of the English community. Graduates without serviceable French will have to move away to work, and their children will go to school in Toronto or Calgary.

Yet somehow the Office, guardian of the French Language Charter, remains worried, citing this week the "precariousness" of French in Quebec. The Office viewed as a problem the fact that 55 per cent of allophones chose English rather than French, according to 2001 figures.

But surely the more relevant figures concern bilingualism - if the government's goal is to have Quebecers able to work and conduct their affairs in French.

And here, the news is excellent. Between 1991 and 2001, anglophones' rate of bilingualism climbed from 59.4 per cent to 67.2 per cent. In the same 10-year period, allophones' rate of bilingualism rose from 46.6 per cent to 50.5 per cent. Among francophones, French-English bilingualism rose from 35.4 per cent to 40.8 per cent.

Naturally, Quebec governments of any party will want to be vigilant about maintaining the place of French. But it seems mean-spirited of the Office to begrudge the bilingual the advantages of that status. Knowing both of Canada's official languages naturally opens more doors, leads to higher-paying jobs and allows for greater professional mobility. It would be a cause for alarm if it were otherwise.

The Office's bias was showing when in its discussion of sociolinguistic data it stated that the increase among mother-tongue francophones was "only" 3.9 per cent. It noted that the English-language minority lost 5.6 per cent of its members before sounding the alarm that the number of allophones had increased by 22 per cent.

This is a deceptive presentation. There are fewer than three-quarters of a million allophones in the province, so it doesn't take much, in absolute numbers, to register an increase.

Quebec's language situation has never been better - for us all. It's time the Office realized this. Everyone else does.




Charest knows better


National Post November 26, 2004 Friday

One of the dangers of Quebec's provincial Liberals holding power is that, in an effort to broaden their support, they will go out of their way to paint themselves as soft nationalists. For a brief time after he took over the Premier's office in 2003, Jean Charest seemed to have avoided this trap, focusing most of his efforts on the economic reforms that he had campaigned on. But lately, Mr. Charest has been harkening back to the Bourassa era in truly frightening ways.

Over the past couple of months, Mr. Charest has simultaneously called for more federal cash and less federal involvement in his province, while aspiring for Quebec to assume roles on the international stage typically reserved only for national governments. Now, he's heading on to even more dangerous turf: A push to crackdown on violations of Quebec's language laws.

On Monday, Quebec's language watchdog released a report proclaiming the French language to be in a "precarious" state in Quebec. Considering the report's finding that French usage has gone up 1.7% over the past decade -- only slightly lower than the 2.0% rate at which English usage has grown -- that rhetoric seems rather alarmist. But fuelled by concern over as many immigrant workers speaking English as French, Mr. Charest seems inclined to take action. "We will ask l'Office [quebecois de la langue francaise] and do whatever we have to do to tighten things up," he said this week. "We must be very vigilant about the French language. The very identity of Quebec depends on it."

If that vigilance merely involves more funding for French immersion programs, an area Mr. Charest has suggested he may target, the only downside would be the use of scarce dollars that could be better directed elsewhere. But the real danger is that Mr. Charest will take this as an opportunity to appease his soft nationalist supporters by beefing up enforcement of Bill 101 -- the odious law that attempts to govern language use in the workplace, restricts the use of English on outdoor signs and limits freedom of choice in education.

For Quebec to renew efforts to enforce Bill 101 would not only be a slap in the face to anglophones and immigrants; it would also be disastrous for Mr. Charest's attempts to strengthen the province's economy. Through the 1980s and 1990s, Quebec suffered considerably as businesses fled rather than try to adhere to the oppressive laws under which they were expected to operate. To now encourage a similar exodus -- while simultaneously discouraging skilled immigrants from taking up residence in the province if they would prefer to learn English -- would ensure Quebec's have-not status for decades to come.

Whether anglophone or francophone, anyone who has an interest in Quebec's long-term stability and prosperity can only hope that the Premier was only speaking off the cuff this week, not outlining a serious course of action. Surely Mr. Charest -- a seasoned politician who once seemed poised to usher Quebec into the 21st century -- knows better than to play with nationalist fire.




À soir, on fait peur au monde

Alain Dubuc
Le Soleil samedi 27 novembre 2004

Éditorial - L'Office québécois de la langue française, notre chien de garde linguistique, a remis cette semaine au gouvernement son rapport sur la situation de la langue française. C'est un bien drôle de rapport, hargneux, alarmiste et, surtout, déconnecté, qui plaque les obsessions des années 70 à un Québec qui s'est profondément transformé.

En gros, ce rapport montre, à partir de données du recensement déjà connues, que le français est en réel progrès, tant en ce qui a trait à la force d'attraction du français qu'à la connaissance du français par les immigrants ou à la francisation des entreprises. Mais il montre aussi que l'influence et l'attrait de l'anglais demeurent très forts, qu'il reste beaucoup de chemin à faire et donc qu'il faut continuer à prendre des moyens pour assurer le progrès du français.

Il serait possible de dire cela sans faire peur au monde. Mais l'OQLF, par atavisme ou par conviction morale, semble estimer qu'il est son devoir d'être alarmiste. Le résultat, c'est un document bizarre, pas toujours très honnête, qui pousse au ridicule le jeu du verre à moitié vide et du verre à moitié plein.

Un exemple ? L'Office note que le nombre de personnes de langue maternelle tierce qui connaissent le français a augmenté de 1991 à 2001, passant de 68,3 % à 73 %. Mais l'organisme, pisse-vinaigre, s'empresse d'ajouter qu'"il y en avait toujours quelque 20 % qui ne connaissent que l'anglais". Eh oui.

Mais derrière l'interprétation des chiffres, on retrouve de vieilles bibittes des croisés de la langue, notamment cette tendance à concentrer l'attention sur ce qui se passe sur l'île de Montréal, au mépris des réalités sociologiques. On le sait, les Montréalais francophones ont tendance à s'établir en banlieue, tandis que les anglophones et les allophones restent sur l'île. En concentrant les projecteurs sur la situation linguistique de l'île, on obtient évidemment un portrait qui alimente l'alarmisme. Mais on le fait en niant que la Rive-Sud, Laval, la ceinture nord font partie de la métropole et en oubliant les mouvements de centaines de milliers de banlieusards tous les jours.

C'est cette obsession qui mène au passage suivant. "Cependant, l'anglais comme langue d'usage continue à faire des gains de l'ordre de 2 %, alors que ceux du français ne dépassent pas 1,7 %. Ces gains sont d'autant plus préoccupants qu'en 2001, l'anglais est utilisé, seul ou avec d'autres langues, dans au moins un foyer sur trois dans l'île de Montréal (35,7 %), le français étant pour sa part utilisé dans deux foyers sur trois (66,8 %)."

Oublions les passe-passe statistiques : un progrès de 1,7 % du français comme langue d'usage donne six fois plus de locuteurs que le progrès de 2 % de l'anglais. Ce qui est choquant, c'est plutôt cette idée que le tiers des foyers de l'île parlant l'anglais est "préoccupant". Pourquoi ? Est-ce une mauvaise chose qu'il y ait à Montréal des gens parlant anglais ?

Ces vieilles bibittes, on les retrouve dans la façon d'analyser la question, fort importante, de la langue de travail. Le monde à changé. En 1976, la lutte pour la francisation des lieux de travail se faisait contre une forme de domination culturelle anglo-canadienne teintée de francophobie, et visait autant à assurer les droits des francophones qu'à favoriser l'intégration des allophones. Maintenant, les problèmes tiennent bien davantage à l'affirmation dans le monde de l'anglais comme lingua franca et à la mondialisation de notre économie.

Le rapport de l'OQLF confond les deux phénomènes de façon honteuse.

"Cette pression de l'anglais n'est pas sans effet sur la langue de travail, et ce, plus particulièrement dans l'île de Montréal, où sont concentrées les personnes de langue maternelle anglaise et de langue maternelle tierce, qui ne connaissent pas le français. Il en résulte donc sur l'île de Montréal une plus grande utilisation de l'anglais comme langue de travail et, partant, une pression sur les travailleurs de langue maternelle française. C'est d'ailleurs ce que le recensement de 2001 nous permet de constater : les banlieusards travaillant sur l'île de Montréal, par exemple, ont répondu qu'ils utilisent davantage l'anglais (seul ou avec le français) que ceux qui travaillent en banlieue, soit dans une proportion de 23,3 % par rapport à 10,3 %."

Les banlieusards qui travaillent sur l'île utilisent-ils plus l'anglais au travail en raison des pressions dues à la concentration d'anglophones ou parce que la nature de leurs activités l'exigent ? C'est au coeur du centre urbain que se concentrent les activités de finances, de commerce international, de communications, de recherche.

Bref, il y a certainement une réflexion à poursuivre sur la langue. Mais il faudrait aussi une réflexion sur l'Office québécois de la langue française, ses valeurs, ses priorités et ses méthodes.

ADubuc@lesoleil.com




Travailler en français

Josée Boileau
Le Devoir lundi 29 novembre 2004

À chaque rapport annuel de l'Office de la langue française (OLF), le refrain est immuable: il suffit que l'organisme rappelle que non, tout n'est pas encore gagné, pour qu'aussitôt des médias anglophones montent au créneau.

Vendredi, c'était au tour du National Post de prendre prétexte de ce rapport pour dénoncer en éditorial l'«odieuse» et «oppressive» loi 101. Hey guys, give us a break ! La paix sociale au Québec, grâce en soit rendue à une loi 101 bien comprise, n'est plus menacée depuis déjà quelque temps par des fractures linguistiques. Et les querelles de chapelle agacent tout le monde.

Ainsi, on reconnaîtra sans peine que les préoccupations de l'OLF quant à la langue parlée à la maison sont déplacées. Rien de plus normal que les Anglo-Québécois, plus bilingues que jamais, s'en indignent, à l'image d'un chroniqueur de la Gazette la semaine dernière. La Charte de la langue française ne doit couvrir que l'espace public et l'État, pour reprendre l'expression célèbre, n'a pas plus à faire dans la cuisine ou le salon que dans la chambre à coucher.

Par contre, il est tout à fait pertinent de s'interroger sur la place du français au travail, notamment quand cela concerne les immigrants. Or l'OLF constate que, chez les immigrants récents, l'anglais est davantage utilisé au travail que chez les vagues précédentes d'immigration.

Cela s'explique : depuis quelque temps, le Québec reçoit moins d'immigrants d'origine latine, plus francophiles. Dans les années 70, ils représentaient 71 % des immigrants montréalais; depuis 1996, ils ne sont plus que 52 %, fait voir une étude de Paul Béland, du Conseil supérieur de la langue française, qui sera publiée cette semaine dans L'Annuaire du Québec 2005.

Ce visage changeant de l'immigration nous oblige à nous interroger sur nos outils d'intégration. L'école, depuis la loi 101, est un outil puissant, non seulement pour les enfants qui la fréquentent, mais aussi pour leurs parents. Pour les immigrants sans enfants, c'est plutôt le travail qui fait la différence : le premier emploi aura même une influence marquante pour l'utilisation, par la suite, du français comme langue d'usage public, selon une autre enquête du Conseil aussi rapportée dans L'Annuaire.

Le monde du travail est-il à la hauteur de cette tâche ? Rien n'est moins sûr, notamment dans les PME et là où on fait des affaires hors Québec. De plus, la langue du propriétaire fait une énorme différence, démontre une étude de l'OLF citée dans leur rapport annuel.

Devant ce constat, la ministre Line Beauchamp, responsable du dossier linguistique, a exactement la même réponse que l'an passé : il faut dynamiser les comités de francisation des entreprises et, de toute façon, la France fait face aux mêmes enjeux. Entre ces deux déclarations identiques, rien n'a évidemment bougé.

À la FTQ, qui a fait du français au travail une devise, on souligne à quel point, devant tant d'inertie, les militants de cette cause sont des missionnaires. Donner des cours de français aux immigrants sur les lieux de travail reste un véritable défi. Or ce devrait être au gouvernement de s'en préoccuper. Ce n'est pas une question de nationalisme, simplement d'un espace commun à gérer.

jboileau@ledevoir.ca




Le français au travail en perte de vitesse? :
Écoles de langue française, réseaux de langue anglaise

Paul Béland : Conseil supérieur de la langue française
Le Devoir mardi 30 novembre 2004

IDÉES - Extrait de l'article «Dis-moi d'où tu viens, je te dirai quelle est ta langue de travail».

Les allophones arrivés au Québec récemment utilisent moins le français au travail que ne le font les migrants des années 1970. Cependant, le phénomène n'indique pas une détérioration du processus d'intégration linguistique, ce qui apparaît clairement lorsque les immigrants sont distingués selon l'âge qu'ils avaient à l'arrivée au Québec et leur origine.

Ainsi, parmi les gens arrivés au Québec alors qu'ils avaient 13 ans ou plus, l'usage plus faible du français par les nouveaux venus s'explique presque entièrement par une proportion moins élevée d'immigrants de langue maternelle latine ou provenant de la francophonie internationale.

La composition de l'immigration aurait changé, rendant la francisation plus difficile, mais le processus de francisation des immigrants n'aurait pas évolué au même rythme. Il faut d'ailleurs se demander si cela aurait pu être possible.

La situation est tout autre chez les allophones qui ont migré alors qu'ils avaient 12 ans ou moins, qui ont donc fréquenté une école québécoise pendant plusieurs années: l'usage du français au travail est plus élevé parmi les immigrants récents que parmi les plus anciens. Les articles de la loi 101 concernant la fréquentation scolaire auraient actuellement un effet sur la langue du travail.

Le Québec semble donc posséder un instrument de francisation des jeunes immigrants, la fréquentation obligatoire d'une école de langue française. À l'inverse, aucune mesure ne semble atteindre les immigrants arrivés alors qu'ils avaient 13 ans ou plus s'ils ne sont ni de langue maternelle latine ni originaires de la francophonie internationale: environ 15 % de ces gens travaillent en français, peu importe la durée du séjour au Québec. Le processus de francisation des immigrants et celui des milieux de travail n'ont donc jamais réussi à les atteindre, du moins pas suffisamment pour qu'ils approchent le pourcentage observé parmi l'ensemble des travailleurs de l'île, soit 63 %. Ils représentent 31 % de l'ensemble des immigrants allophones.

La présence de réseaux linguistiques sur le marché du travail pourrait expliquer cette constance. Le fait que la majorité des francophones et des anglophones travaillent dans leur langue met en évidence l'existence de réseaux de langue française et de réseaux de langue anglaise. Les allophones d'influence non latine participeraient davantage aux derniers et utiliseraient évidemment la langue du réseau.

La présence d'une communauté de langue anglaise bien installée au Québec, possédant de nombreuses institutions publiques et privées, et le statut international de la langue entraînent, d'une part, qu'une partie de la main-d'oeuvre travaille surtout en anglais et, d'autre part, que les objectifs globaux d'usage du français au travail doivent être fixés en conséquence. D'ailleurs, la Charte ne vise pas à empêcher les personnes qui le souhaitent de travailler en anglais entre elles.

Par contre, si elles le font, leur maîtrise du français doit être suffisante pour qu'il soit la langue des communications interlinguistiques lorsque le contexte s'y prête, d'où la nécessité de favoriser son apprentissage. De plus, cette maîtrise est nécessaire à la pénétration des réseaux.

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L'Annuaire du Québec, auquel Le Devoir s'est associé depuis ses débuts, a maintenant 10 ans, et son édition 2005 offre toujours une analyse des grands événements de l'année qui vient de s'écouler tout en posant un regard plus approfondi sur différents enjeux de société. Les trois extraits que nous publions aujourd'hui témoignent de cet éclectisme. L'Annuaire du Québec 2005, préparé cette année par l'Institut du Nouveau Monde et publié aux éditions Fides, sera en librairie à compter du 2 décembre.