Pierre Shedleur à la tête de la SGF
Francis Vailles
La Presse jeudi 25 novembre 2004
Le gouvernement du Québec vient de nommer un battant à la tête de la Société générale de financement (SGF), respecté par ses pairs, en la personne de Pierre Shedleur. Sa nomination a été entérinée par le Conseil des ministres, hier matin.
Ce gestionnaire de carrière, âgé de 56 ans, entrera en poste le 6 décembre et il remplacera Henri A. Roy, qui assurait l'intérim depuis le printemps 2003. M. Roy demeurera conseiller durant quelques semaines pour la SGF, lui qui a fait réapparaître les profits en réduisant les dépenses et en cédant des éléments d'actif.
Pierre Shedleur est actuellement premier vice-président aux ventes, aux grandes entreprises et au secteur public de Bell Canada pour le Québec. Il s'est récemment fait remarquer à titre de coprésident du Forum des générations, un organisme de consultation formé par le gouvernement de Jean Charest qui a fait le tour des régions du Québec.
La SGF, faut-il le rappeler, a encaissé des pertes colossales ces dernières années. Elles se sont élevées à 511 millions de dollars en 2003, 172 millions en 2002 et 88 millions en 2001, durant la présidence de Claude Blanchet.
L'homme se concentrait alors sur le développement et les grands projets, mais sa gestion été critiquée par la vérificatrice générale du Québec, Doris Paradis. Cette année, Henri Roy a présenté un profit de 9,4 millions au cours du premier semestre, notamment grâce à la vente d'une partie de la participation de la SGF dans Saputo.
L'arrivée de Pierre Shedleur à la SGF sera appréciée, croit des observateurs de la scène économique. " C'est un gars qui s'organise pour que les choses débloquent, un gars de résultats. Il est un très bon gestionnaire ", dit Gilles Taillon, président du Conseil du patronat du Québec (CPQ).
M. Taillon a notamment travaillé avec Pierre Shedleur à la Commission de la santé et de la sécurité du Québec (CSST), à la fin des années 80. M. Taillon était vice-président de l'exploitation tandis que Pierre Shedleur était vice-président, finances.
Ce diplômé de HEC Montréal s'est particulièrement fait remarquer comme président de la CSST, entre 1993 et 1997, période où il a su résorber un énorme déficit annuel de 700 millions de dollars. La tâche est d'autant méritoire que la CSST est un organisme dont le conseil d'administration est divisé également entre des membres des milieux syndical et patronal.
" Il a vraiment redressé la situation à la CSST, en naviguant entre les deux groupes. C'est un gars de relations humaines, un bon communicateur, un rassembleur ", a commenté Ghislain Dufour, qui était président du CPQ à l'époque et membre du conseil de la CSST.
M. Dufour salue la nomination de Pierre Shedleur, bien qu'il ne s'explique pas pourquoi le président actuel, Henri Roy, quitte l'institution, après un an et demi d'intérim. À la SGF, nos appels répétés n'ont pas trouvé écho.
Son de cloche également élogieux de Michel Nadeau, l'ex-directeur général adjoint de la Caisse de dépôt et placement, qui le connaît très bien. " Il met le focus sur les choses importantes, il agit où ça compte ", dit M. Nadeau.
Paradoxalement, ce " gars de relations humaines " est comptable de formation et membre de l'Ordre des comptables agréés depuis 1972. En 1996, Pierre Shedleur a même été reçu Fellow de l'Ordre. " C'est un génie des chiffres ", dit M. Taillon, un ami de M. Shedleur.
Politiquement, on le croit d'allégeance libérale, bien qu'il ait toujours eu de bonnes relations avec les deux principaux partis. Chez Bell, par exemple, il a eu à négocier avec le gouvernement péquiste pour la prestation de services de télécommunications. Et son mandat à la présidence de la CSST s'est déroulé alors que le gouvernement était dirigé par Jacques Parizeau.
A-t-il une vision pour le Québec? " Pierre Shedleur a toujours été sensible au développement du Québec et à l'idée d'attirer ici des entreprises étrangères ", dit M. Nadeau.
Sa tournée des régions du Québec à titre de coprésident du Forum des générations ne pourra lui nuire, fait-on également valoir. À la FTQ, toutefois, le président du syndicat, Henri Massé, n'a pas voulu commenter. MM. Massé et Shedleur n'ont pas siégé ensemble au conseil d'administration de la CSST et certains croient que les deux hommes ont pu avoir des différends au Forum des générations.
Pierre Shedleur prend la direction d'une SGF en meilleure posture et forte d'un nouveau mandat. L'organisme se concentre maintenant sur les grands investissements stratégiques, surtout en région, et sur la prospection d'investissements étrangers. Les PME à Montréal ne sont plus dans sa mire.
Le 6 décembre, il deviendra PDG de la Société générale de financement et sa nomination à titre de président du conseil devra être entériné par les membres du conseil d'administration de la société.


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