La huitième édition de «Cinéma du Québec» a connu un succès sans précédent

Michel Dolbec
PC Le Devoir mardi 30 novembre 2004

pc Paris - La huitième édition de «Cinéma du Québec», qui prend fin ce soir à Paris, a connu un succès sans précédent, selon les organisateurs et les habitués de la manifestation.

Solidement installée au Cinéma des cinéastes, place Clichy, «Cinéma du Québec» apparaît désormais comme un rendez-vous annuel incontournable pour les cinéphiles et les professionnels gravitant dans les milieux franco-québécois du cinéma.

Huit films, inédits en France, figuraient au programme de cette semaine québécoise, parrainée par Carole Laure et le réalisateur français Claude Miller. On retrouvait notamment sur cette liste Nez rouge, Elles étaient cinq et Littoral, de Wajdi Mouawad.

Le metteur en scène Robert Lepage aura été, avec une rétrospective de ses films, une des vedettes de l'événement. Présenté en séance inaugurale, son dernier long-métrage, La Face cachée de la lune, a été projeté devant une salle archi-comble, des invités ayant dû se résoudre à s'asseoir dans les marches pour voir le film. Le film a jusqu'ici été vendu dans sept pays, selon le producteur Roger Frappier, qui se charge de sa distribution internationale.

Le volet professionnel de «Cinéma du Québec» (avec ses ateliers sur la corporation ou les nouvelles technologies) a également été un succès complet.

«Nous récoltons les retombées de cette opération sur toute l'année», souligne Christian Verbert, le directeur du bureau parisien de la Sodec.

Cette approche traduit une volonté de consolider, au-delà des succès des Invasions barbares et de La Grande Séduction, l'industrie québécoise du cinéma.

«On ne peut pas s'asseoir sur nos lauriers et penser que, maintenant, on sortira trois ou quatre films par année en France, explique Christian Verbert. Ce qui est important maintenant, c'est que les professionnels français sachent que derrière les triomphes, il y a des équipes, des scénaristes, des opérateurs, bref tout un savoir-faire. C'est ça qui assure, entre les succès, la pérennité de l'industrie.»

Le cinéma québécois n'a pas oublié l'époque de ses premiers pas à Paris. Dans cet esprit, un coup de chapeau a été donné au cinéaste Gilles Carle, en présence de sa compagne, la chanteuse Chloé Sainte-Marie.

Ouvrant la soirée, Carole Laure a rendu un hommage touchant au réalisateur de La Mort d'un bûcheron.

«Gilles Carle a été mon Truffaut à moi, a-t-elle dit. J'ai eu la chance de rencontrer à 20 ans cet homme qui m'a mise dans la lumière et m'a fait découvrir ce métier. Je me sentais bien sous son regard. Il a été un grand professeur de désir.»

Pour la première fois cette année, «Cinéma du Québec» a dû faire face à la concurrence d'un Festival de cinéma canadien, organisé par le cinéma Mac-Mahon, une salle d'art et d'essais située à deux pas de l'Arc de Triomphe.

L'ambassade du Canada, par l'entremise du programme Canada 2004, a accordé une subvention d'environ 25 000 $CAN à cette opération, sans savoir qu'elle aurait lieu au même moment, a-t-on certifié.




Un concurrent canadien pour la semaine du cinéma québécois de Paris

Michel Dolbec
Presse Canadienne (PC) mardi 23 novembre 2004

La Semaine du cinéma du Québec à Paris, dont la huitième édition s'ouvre mercredi soir, doit faire face pour la première fois à une manifestation concurrente soutenue par l'ambassade du Canada.

Le cinéma Mac-Mahon, une célèbre et très belle salle d'«art et essai» située à deux pas de l'Arc de Triomphe, a en effet choisi d'opposer cette année un «Festival du film canadien» au rendez-vous organisé par le Québec au Cinéma des cinéastes.

L'ambassade canadienne en France a subventionné cette rétrospective dans le cadre du programme Canada 2004 mis en place pour célébrer le 400ème anniversaire de l'arrivée de Champlain en Acadie. Il a été impossible mardi de connaître le montant de cette aide financière.

«Les Français ont la fâcheuse habitude de croire que le cinéma canadien, c'est le cinéma québécois, explique le président du Mac-Mahon, Pascal Brucker. Nous voulons leur montrer que ça ne se limite pas à ça et qu'il existe aussi un cinéma canadien à l'ombre du cinéma américain.»

Malgré le ton de cette déclaration, les responsables du cinéma refusent de se poser en concurrents de la semaine québécoise. Selon eux d'ailleurs, la tenue simultanée des deux manifestations relève surtout des hasards de la programmation. Pascal Brucker assure même qu'il ignorait jusqu'à tout récemment l'existence de «Cinéma du Québec».

Le service des Affaires publiques de l'ambassade, qui gère ce dossier, la connaissait sans doute en revanche, mais on y assure que la direction du Mac-Mahon a choisi seule la date de son festival. L'exploitant de la salle précise pourtant que les dates ont été arrêtées «avec l'ambassade».

Dans le milieu, la décision du Canada de soutenir l'initiative du Mac-Mahon (propriété du groupe Bolloré : 35 000 employés dans le monde, 5 milliards d'euros de chiffre d'affaires) fait un peu grincer les dents.

«Cela me semble maladroit, indélicat et pas très utile», juge un responsable, en faisant remarquer que Téléfilm Canada, l'ONF et Radio-Canada sont partenaires pour leur part de «Cinéma du Québec» .

Côté québécois, on s'étonne aussi de la soudaine apparition de ce «festival», mais on n'en fait pas tout un plat. Le patron du bureau parisien de la Sodec, Christian Verbert, refuse de prêter des arrières-pensées à quiconque et assure qu'il n'a «aucun problème avec ça».

«Je dis toujours qu'il faut enfoncer le clou et donner aux Français l'occasion de voir des films québécois le plus souvent possible», répète-t-il, tout en souhaitant que le Mac-Mahon, la prochaine fois, programme sa «semaine» canadienne à un autre moment de l'année.

Deux manifestations canadiennes en même temps, cela paraît beaucoup en effet. Cette concurrence pourrait brouiller le message que tente de faire passer «Cinéma du Québec « dans les médias et créer une certaine confusion chez les cinéphiles.

Pour l'essentiel cependant, le festival du Mac-Mahon ne risque guère d'incommoder la «semaine québécoise», solidement installée à Place de Clichy, dans le 18e arrondissement.

Parrainée par Carole Laure et Claude Miller, elle propose à compter de mercredi une sélection de huit longs métrages inédits, une rétrospective Robert Lepage et une série de rencontres professionnelles.

Le Festival du film canadien, qui s'est ouvert vendredi dernier, se présente plutôt de son côté comme une revue non-exhaustive de la production des dernières années, sur le thème «Le Canada d'aujourd'hui à travers son cinéma».

La programmation comprend 14 films (anglophones pour la moitié), dont trois ou quatre inédits. Neuf d'entre eux (dont deux en anglais) sont québécois et ont déjà été projetés à «Cinéma du Québec» ou sur les grands écrans français. On retrouve parmi eux les deux plus grands succès québécois des dernières années : Les Invasions barbares et La Grande séduction.