CHUM : fera-t-on fi de la planification urbaine ?
Luc-Normand Tellier
Directeur du département d'études urbaines et touristiques de l'UQAM et vice-président de l'APERAU internationale (Association pour la promotion de l'enseignement et de la recherche en aménagement et en urbanisme)
Le Devoir vendredi 3 décembre 2004
Trop souvent, les actes de planification dans la grande région de Montréal ont été et sont encore des actes manqués
La saga du CHUM se poursuit. Après s'être fait annoncer la construction de l'hôpital universitaire francophone au 6000 Saint-Denis, dans le quartier Rosemont-Petite-Patrie, puis après avoir entendu le rapport d'un comité particulièrement prestigieux qui concluait que la localisation optimale du CHUM se trouvait dans la zone de l'hôpital Saint-Luc, voilà que les Montréalais apprennent que certains des personnages les plus influents de notre ville tirent les ficelles en coulisse pour amener le gouvernement du Québec à localiser le CHUM à Outremont, dans une cour de triage du Canadien Pacifique.
Tout cela se déroule en très haut lieu, le plus souvent derrière des portes closes, totalement en dehors du processus en cours de l'adoption du plan d'urbanisme de la nouvelle Ville de Montréal.
Ce plan a donné lieu à un concours d'idées qui s'est déroulé de novembre 2002 à juin 2003, puis à une vaste consultation publique, du 17 mai au 22 juin 2004. Ceux qui croyaient que, dans notre ville, l'adoption de plans d'urbanisme allait changer les façons de procéder peuvent aller se rasseoir.
L'idée même de planification urbaine semble aussi mal en point aujourd'hui qu'elle pouvait l'être lorsque tant d'erreurs passées ont été faites : par exemple, lorsqu'on a décidé de localiser le Stade olympique trop loin du centre, lorsqu'on a décidé de localiser Mirabel si loin de Dorval et de mal relier les deux aéroports, lorsqu'on a décidé de raser le quartier Sainte-Marie pour y construire Radio-Canada, lorsqu'on a décidé de faire de l'autoroute Ville-Marie une autoroute qui débouche sur rien et de l'autoroute 25 une autoroute qui commence nulle part, lorsqu'on a décidé de ne pas faire le lien entre l'autoroute 30 de l'acier aboutissant à Sorel et l'autoroute 40 passant tout près, à Berthierville.
La liste des exemples de ce type peut s'allonger encore et encore. Beaucoup trop souvent, les actes de planification dans la grande région de Montréal ont été et sont encore des actes manqués. La recherche d'un «plan», d'un projet cohérent s'étendant sur des décennies, se bute chaque fois aux brillantes idées spontanées des puissants de notre ville, de notre État provincial ou de l'État fédéral.
Une cité qui existe déjà
Aujourd'hui, c'est le recteur de l'Université de Montréal qui rêve de faire naître une «cité du savoir et de la santé». Or cette cité existe déjà, et il suffirait de fort peu de choses peu coûteuses pour la mettre en valeur au bénéfice de tous. Dès 1986, il m'a été donné de mettre en évidence l'existence d'un axe linéaire providentiel reliant la tour de l'île Sainte-Hélène et la croix du Mont-Royal, axe le long duquel les principales institutions de haut savoir de notre ville se sont inconsciemment localisées.
Ainsi, dans le domaine de la santé, on trouve le long de ce corridor les facultés de médecine de McGill et de l'Université de Montréal ainsi que les hôpitaux Saint-Luc, Thoracique, Royal Victoria, Hôtel-Dieu et Sainte-Justine. La distance à vol d'oiseau qui sépare la faculté de médecine de l'Université de Montréal et l'hôpital Saint-Luc n'est que de cinq kilomètres (comparativement à 2,5 kilomètres pour le site envisagé par le recteur Lacroix).
Bien plus, dans le domaine du savoir, l'axe en question traverse les Archives du Québec (sur l'ancien campus des HEC, rue Viger), le campus de l'UQAM (qui est en bonne partie l'ancien campus de l'Université de Montréal), l'ancienne École d'architecture, le campus de McGill, le campus de l'École polytechnique, le campus de l'Université de Montréal ainsi que celui du collège Jean-de-Brébeuf. Tout à fait à proximité de cet axe, soit à quelques minutes et même à quelques secondes à pied, on retrouve Radio-Canada, la Nouvelle Bibliothèque, la Place des Arts et le cégep du Vieux-Montréal. Encore plus à l'ouest, l'axe conduit directement au parc de haute technologie de l'arrondissement Saint-Laurent, où il coïncide avec l'avenue Albert-Einstein.
Il suffirait de favoriser les déplacements, surtout piétonniers, le long de cet axe pour que Montréal se retrouve, au coeur même de la cité, avec un grand campus unique au monde réunissant trois grandes universités parlant deux des principales langues internationales. Cela n'exigerait aucun déplacement de voies ferrées, aucune opération de décontamination, aucune perturbation du réseau des trains de banlieue et aucun déclassement d'hôpitaux universitaires existants.
Cet axe qui relie l'ancien campus de l'Université de Montréal au nouveau s'inscrit dans la logique historique de cette institution de haut savoir. Puissent ses dirigeants actuels s'en rendre compte.
Les universités montréalaises ont trop longtemps envisagé leur avenir en termes de concurrence acharnée. Et si l'heure était venue de chercher à les unir grâce à l'urbanisme ?
CHUM site needs a debate
Josée Legault
The Montréal Gazette December 3, 2004 Friday
Though it's Quebec's most expensive project in years, Premier Jean Charest's government refuses to hold a full public debate on the choice of the site of the French-language superhospital in Montreal.
Instead, the secrecy continues. In 2003, the site approved by the previous government in Rosemont at 6000 St. Denis St., was discarded without debate. A committee headed by Brian Mulroney and Daniel Johnson then advised it be moved to Hopital St. Luc.
This summer, a powerful lobby sidelined the board of the Centre hospitalier de l'Universite de Montreal and pressured Jean Charest to move the site to Outremont, near the U de M in a former CP rail yard.
This lobby is headed by U de M rector Robert Lacroix. It includes federal Outremont MP Jean Lapierre and such influential businessmen as drugstore giant Jean Coutu and Power Corp. president Andre Desmarais.
Their project is to build a health-care ''technopolis'' that would lead to a major expansion of the U de M and would be surrounded by an array of ritzy private clinics and private research and pharmaceutical facilities.
These backroom manoeuvres were recently unveiled in Le Devoir. As details unfolded, opposition mounted. Marc Laviolette, former CSN president and CHUM board member representing citizens, denounced the ''Mirabelesque'' Lacroix plan, his ''occult'' business lobby and the private interests near the Outremont site that would profit from the presence of the superhospital.
In an interview, Laviolette described them as ''vultures circling around this project.'' He also questioned why the hospital should be built in an area that's already well served by the Jewish General, St. Mary's, Ste. Justine and the Montreal Children's.
''What's really insulting,'' he said, ''is that neither the CHUM board nor the government ever mandated Desmarais to negotiate with CP to move their rail yard. Where's the transparency?'' Lacroix can promote his project, Laviolette said, ''the problem is that he created a lobby that doesn't respect the responsibilities of the CHUM board.''
He concludes this project ''answers the U de M's vision of grandeur more than it does the needs of the patients or the capability we have to pay for it.''
Architect Jean Claude Marsan and the Partenariat du quartier des spectacles, made up of such prominent Montrealers as Lise Bisonnette, also came out against it. The government's own Montreal Health Agency pointed out the CHUM's current francophone clientele would be penalized by a move to an area that must serve a highly anglophone population.
A study ordered by the city of Montreal's executive committee concluded Outremont would be too expensive and inefficient. Stephane Arbour, Outremont borough mayor and Montreal executive-committee member, said it would contravene the city's development plan, which favours St. Luc.
The Montreal Transport Agency deemed unacceptable the required axing of the Blainville-Montreal train used daily by 10,000 passengers. Jean-Marie Dumesnil, president of the CHUM patient and users' committee, summarized it this way: ''We feel like David against Goliath battling the financial establishment.''
Lacroix's grandiose project could cost over $1.5 billion, whereas the government demands its cost be kept under $1 billion - the same as for the MUHC. Hence, the question Laviolette asks: ''Does this mean that the MUHC would also get more money, and how would Quebecers pay for it all?''
In their vision of health care as an industry and lucrative research hotbed, the Lacroix-Desmarais project leaves care of an aging population in an actual hospital setting far behind. Equally troubling are their backroom tactics that are a throwback to pre-Quiet Revolution days when governance was mostly done by nonelected elites.
Fortunately, this is 2004 when opposition can be voiced. There's so much of it that La Presse publishes multiple editorials and columns to defend both the Lacroix plan and the involvement of Desmarais, whose family controls the paper. Surely, a coincidence.
Editorialist Andre Pratte qualified these criticisms as ''gossip.''
But it was columnist Lysiane Gagnon who took the cake. Opinions that favour the St. Luc or Rosemont site, she wrote, ''reek of the old French-Canadian atavism. It's all there: withdrawal to the east, the traditional distrust of old Catholics toward money and private enterprise and, finally, the tendency to be satisfied with little.''
Lise Bisonnette and other prominent citizens, some of whom are neither ''French-Canadian'' or ''Catholic,'' surely won't revel at being portrayed as atavistic. Would Gagnon say that of the medical faculty of the U de M who supported both the Rosemont and St. Luc sites because they're accessible and efficient, with 700 beds and all medical specialties united in one site?
It can be expected strong opposition to the Lacroix plan will also be voiced at a CHUM board public meeting Monday at 6 p.m. at Hotel-Dieu hospital.
Still, as the saga of the CHUM continues nine years after its first announcement, the saddest, most dramatic and expensive part, as many experts and doctors would agree, is that the first Rosemont site was perhaps the best one to begin with.
L'implantation du CHUM - Gâchis autour d'un hôpital
Robert Laplante
Le Devoir mardi 23 novembre 2004
Le dossier du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) n'en finit plus de s'embrouiller. C'est un spectacle désolant, un véritable gâchis. Près de 30 millions ont été à ce jour dépensés en études de tous genres pour alimenter l'indécision, soutenir les luttes de factions et attiser des affrontements de toutes natures. Et ce n'est pas fini. L'arrivée aussi inopinée que tardive du projet du recteur Robert Lacroix d'implanter le CHUM à Outremont vient de relancer la ronde des consultants. Il en coûtera encore des sommes considérables au trésor public.
Les limites sont pourtant franchies. Il est clair que l'indécision actuelle sert mal l'intérêt public. Bien malin serait le simple contribuable qui pourrait prétendre comprendre réellement ce qui se passe. Il en va pourtant d'un important choix de développement, en raison même du caractère hautement stratégique d'un tel équipement pour la recherche médicale, pour les industries de la santé, sans parler de son rôle pour le façonnement des normes et modèles d'organisation des soins. Une décision aussi cruciale, aussi lourde d'impact ne peut pas être prise dans une telle opacité. Il y a là un déficit démocratique inacceptable. [...]
Du départ de Claude Béland à l'abandon du site Saint-Denis-Bellechasse, de l'activisme des Jean Coutu et Paul Desmarais venus en renfort du recteur Lacroix en passant par le rapport Mulroney-Johnson et les déclarations sibyllines du conseil d'administration du CHUM, l'évolution de ce dossier révèle non seulement une lutte féroce, mais encore et surtout une incapacité terrible de la part de l'élite du monde médical et universitaire à faire sa cohésion autour d'un choix de développement servant au mieux le développement de la médecine et notre intérêt national. Cela aura eu pour effet de fournir des prises encore plus nombreuses et plus solides aux manoeuvres politiciennes.
Ottawa dans le décor
À cet égard, les révélations du journal Le Devoir (20 novembre 2004) concernant la possible intervention d'Ottawa en faveur du site d'Outremont viennent nourrir les appréhensions les plus sombres. L'argent et les préférences d'Ottawa risquent, encore une fois, de créer des distorsions.
Tout laisse à penser, en effet, que le projet du CHUM ne fera pas l'objet d'une décision prise dans l'intérêt supérieur du Québec, mais qu'il sera plutôt encore une «patente canadian», un compromis bancal où les intérêts locaux et sectoriels, sinon même particuliers, primeront. L'argent fédéral va encore une fois faire danser les décideurs québécois sur une plaque chauffante.
Le rapport Mulroney-Johnson avait, à cet égard, bien préparé le terrain et les esprits en faisant les ouvertures à l'intervention d'Ottawa et en rouvrant la concurrence entre groupes d'intérêt pour le choix de localisation. Le hasard faisant bien les choses, sitôt le choix du site Saint-Luc formulé et accueilli avec grand intérêt par le ministre de la Santé Philippe Couillard qui avait tranché en sa faveur, les jeux de coulisse reprenaient de plus belle. Avec le résultat que des fonds publics devront encore une fois servir à financer des études pour couvrir la conduite erratique des autorités de l'Université de Montréal dont on ne comprend plus ni la démarche ni les objectifs.
D'un site à l'autre, l'accueil varie et le raisonnement -- du moins celui qui est livré sur la place public -- semble changer si souvent de point d'appui que l'on ne sait plus très bien si les critères qui priment sont ceux des promoteurs fonciers ou des visionnaires du développement de la médecine et des services publics. Quant à l'attitude du ministre, on ne sait plus très bien à quoi la comparer pour bien la décoder : aux réflexes d'encanteurs ou à la pensée molle des affairistes.
Injustice fondamentale
Toutes ces tergiversations ne font pas que retarder les échéances et embrouiller les concepts qui définiront la mission et l'organisation du CHUM. Elles procèdent (tout autant qu'elles la prolongent) d'une censure malsaine sur une décision politique fondamentale.
Le débat sur le CHUM se mène en effet comme si les affrontements ne se faisaient qu'autour de propositions divergentes quant à l'optimisation de son budget et des contraintes qu'il impose quant au choix de localisation, au type d'équipement et à la façon de décliner sa mission. Tout ce branle-bas repose pourtant sur l'acceptation d'une injustice fondamentale.
Personne en effet ne remet en cause le choix du gouvernement Charest de répartir le budget disponible à parts égales entre l'Université McGill et l'Université de Montréal. C'est là pourtant un choix indéfendable qui défavorise l'institution francophone et consacre des privilèges indus. Comme l'ont souligné Frédéric Lacroix et Patrick Sabourin, dans un article de L'Action nationale (octobre 2004), «l'Université de Montréal reçoit le même montant que McGill bien qu'elle forme quatre fois plus de médecins pratiquant au Québec que McGill, soit 40 % du total comparativement à 10 %». En outre, les hôpitaux anglophones desservent une fraction beaucoup moins grande de la population.
Il est loin d'être démontré qu'il y a de la place pour deux centres de cette nature au Québec et que nous avons les moyens de nous les payer. [...] L'intérêt national aussi bien que le bon sens se rejoignent pour établir l'évidence : le leadership doit revenir aux institutions de la majorité. L'allocation des fonds publics doit le refléter. Il ne doit y avoir qu'un seul navire amiral et ce doit être le CHUM. [...] On s'étonne que le monde médical n'ait pas le courage de l'affirmer haut et fort.
L'actuel partage des budgets consacre une discrimination qui a des relents de parti pris pour le développement séparé. Dans les faits, il constitue une véritable démission, un refus de tirer les conclusions qui s'imposent sur la place des institutions de la minorité dans l'octroi des fonds publics et la configuration des institutions nationales. Il confère à McGill une prime au développement qui lui donnera un avantage concurrentiel qui ne fera qu'accroître les pressions à la bilinguisation du système de santé. [...]
En laissant aux promoteurs du site d'Outremont le temps dont ils ont besoin pour terminer leurs études et organiser leur lobby, le ministre Couillard a figé la mise en chantier du Centre universitaire de santé McGill. Le ministre a fait dire par son attachée de presse que cela se justifiait parce qu'il «y a des aspects de complémentarité sur lesquels il faut réfléchir, et certains dépendent du choix du site» (Le Devoir, 18 novembre 2004). [...]
Puisque le ministre tient à ce que cet examen se fasse, il faudrait au moins s'assurer qu'il soit fait de manière exhaustive et rigoureuse, en accord avec la réalité démographique, sociale et culturelle de ce pays. Il faut revoir la répartition du budget. Attribuer 50 % des sommes à l'Université McGill revient à conforter un privilège exorbitant qui, dans les faits, contribuera à succursaliser le CHUM et la médecine francophone en plus de placer l'offre de services du centre-ville de la plus grande ville française d'Amérique sous la coupe d'une institution anglaise. Cela contribuera à inscrire le développement de la métropole dans une logique de minorisation. [...] Il devrait en être en cette matière comme pour l'ensemble du financement universitaire : les institutions anglophones devraient être subventionnées en proportion du poids démographique de la population anglophone et pas davantage.
On aimerait que ceux qui s'agitent autour du projet d'une institution francophone d'envergure aillent jusqu'au bout du raisonnement et des implications que soulève leur activisme. Le choix du site ne doit pas être un prix de consolation pour ceux qui se contenteront d'une succursale pour n'avoir pas eu le courage de faire les gestes nécessaires pour faire prévaloir l'intérêt national et assurer le rayonnement en français de la médecine québécoise.
CHUM plans could throw wrench in the works
Henry Aubin
The Montréal Gazette November 27, 2004 Saturday
The dispute over the Centre hospitalier de l'universite de Montreal should be of concern to all Montrealers, not only the users of that hospital network. The burning question - where to locate the CHUM's new teaching hospital complex - presents potential problems for the McGill University Health Centre's project at the Glen Yard.
The two projects are really twins. The Quebec government approved them jointly in June. It gave them identical funding, $800 million each. And, most significantly, it insisted that they work in tandem. To avoid duplication, the two would divide up highly specialized forms of care and research, and students, residents, teachers and patients would travel between the sites. Not only would this keep costs to taxpayers down but it would make it easier for Montreal to attain health-care excellence. Better to have one well-funded lung-transplant centre, say, than two needy ones.
The wrangle over the CHUM project's site jeopardizes such a close relationship. Health Minister Philippe Couillard decided in June that the new complex should be built by expanding Hopital St. Luc. Now, U de M chief Robert Lacroix's high-powered lobby is trying to get Couillard to switch the scheme to Outremont's CP rail yard.
Couillard based his decision on the Mulroney-Johnson report which, among other things, stressed the ease of shuttling between the Glen and St. Luc. The Ville Marie Expressway and the metro's orange line connect them. Each axis, the report sensibly noted, could "facilitate movement of people between the two sites and greatly encourage complementarity."
Even at the best of times, getting two proud institutions to work as a team would be hard. The Outremont plan would make it even more so. Motorists would have no decent highway connection and metro riders would have to transfer. Travel time could triple. What under the St. Luc scenario would be a slight inconvenience would become a hassle. So much for synergy.
A switch to Outremont could also delay completion of the CHUM complex beyond 2010, the ribbon-cutting date that Couillard gave the twins. Lacroix says he can make that deadline, but that could mean planning would be on the fly - dangerous for a project of such complexity.
It would be politically awkward for any Quebec government to have the anglophone project finished before the francophone one. (McGill first pitched a new complex to Quebec in 1992, years ahead of the U de M, and one reason the government held up its approval was to give the latter time to bring plans for an equivalent project up to speed.) A prospect of more delay at the Glen could be the final nail in the Shriners Hospital coffin.
The closed-door nature of the wrangle is leaving key issues in the shadows. Some questions:
Lacroix defends his idea by saying U de M is cramped and needs much more land anyway: the medical, nursing, dental and optometry faculties would go to the CP site. But U de M's urban-planning eminence, Jean-Claude Marsan, says 19 hectares can be developed on the school's nearby campus. That's 20 times the size of the Big O's baseball field. Isn't that more enough space for expansion?
For that matter, does U de M really need to grow so much? Demographers foresee a shrinking number of student-age Quebecers.
Unlike the St. Luc site, the CP yard is close to residential neighbourhoods. What could be done to soften the impact on them?
The Outremont hospital would need more than $800 million from Quebec; new digs for the faculties would add to the bill. How could Quebec justify spending so much on bricks and mortar when the crying need in health care is money for doctors and nurses - to keep them here - and for patient care.
Lacroix wants this cluster of medicine-related facilities to serve as a springboard for francophone Quebec's entry into the big leagues of biomedical know-how. All Montrealers would gain from that. But is glamourous real estate a realistic means?
Couillard has scaled back the original superhospital fantasies to realistic dimensions. The Lacroix lobby imperils two key elements that made compromise acceptable: complementarity and speed. Montrealers don't need a new pipe dream to stymie health-care progress.
CHUM: le choix d'Outremont se ferait au détriment des citoyens de l'Est
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 27 et dimanche 28 novembre 2004
Québec -- L'Agence de développement des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal, dirigée par David Levine, rejette avec force le projet du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) sur le site de la cour de triage d'Outremont. Implanté sur un territoire où 51 % des résidants sont d'expression anglaise, le projet outremontais se ferait au détriment de la population de l'est de Montréal.
C'est ce qui ressort de la lettre que le p.-d.g. de l'agence, David Levine, a fait parvenir le 3 septembre dernier au sous-ministre de la Santé et des Services sociaux, Juan Roberto Iglesias. À la fin de juillet, le sous-ministre avait demandé à l'agence d'analyser le projet d'Outremont soumis par le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix. Le conseil d'administration de l'agence a approuvé à l'unanimité la position de M. Levine lors de sa réunion du 28 septembre. La porte-parole de l'opposition officielle pour la santé, Louise Harel, a déposé hier à l'Assemblée nationale un extrait du procès-verbal de la réunion ainsi que la lettre de M. Levine.
Comme le révélait Le Devoir dans son édition de samedi dernier, l'implantation du CHUM à Outremont déséquilibrerait la distribution des services de santé à Montréal. «Le scénario alternatif proposé par l'Université de Montréal viendrait perturber l'accessibilité aux services hospitaliers généraux et spécialisés de la population des territoires du centre-est et de l'est de Montréal qui est actuellement desservie par le CHUM», précise David Levine dans sa lettre.
En plus d'avoir des conséquences négatives sur l'accès aux services pour la population de l'est de Montréal, l'implantation du CHUM à Outremont, selon le devis de M. Lacroix qui prévoit l'exploitation d'un hôpital complémentaire de 300 lits, créerait un déficit de 125 lits dans cette partie de la ville. Ce déficit engendrerait une pression sur les hôpitaux Maisonneuve-Rosemont, Santa-Cabrini et Jean-Talon, qui auraient à assumer 4560 hospitalisations de plus par année.
Les services d'urgence dans l'est de la ville en pâtiraient également, prédit M. Levine. En plus des transports ambulanciers, 80 000 personnes se rendent aux urgences du CHUM par leurs propres moyens tandis que l'hôpital de 300 lits ne pourra accueillir à son urgence que 41 300 personnes.
À l'heure actuelle, le CHUM dessert peu de clientèle dans le territoire sur lequel le futur CHUM outremontais serait érigé. Cinquante et un pour cent de la population est d'expression anglaise et elle est identifiée au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et à son réseau, note M. Levine. Le CHUM «n'est pas un établissement désigné pour offrir ses services en langue anglaise», rappelle-t-il. Pour les soins de première et de deuxième ligne, la population de Côte-des-Neiges et de Parc Extension est desservie à 78 % par le CUSM, l'Hôpital général juif et le Centre hospitalier St. Mary, deux établissements du réseau du CUSM. Or le CHUM ne dessert que 5,8 % de la clientèle de ce territoire. Pour les soins plus avancés, le futur CHUM outremontais est situé en plein dans les talles du Réseau universitaire intégré de santé (RUIS) de l'université McGill. Cette implantation «n'est pas cohérente» et la proposition de M. Lacroix «s'ajuste mal à la réalité montréalaise», estime M. Levine.
Enfin, le choix du projet outremontais implique qu'un autre hôpital du CHUM actuel soit fermé, ce qui entraînerait des coûts entre 5,2 millions et 10 millions par année pour le garder vacant mais en état, selon l'hôpital désigné.
À l'Assemblée nationale, Mme Harel a demandé au ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, s'il allait continuer à faire fi des conclusions de l'agence. M. Couillard a répliqué qu'au contraire, l'opinion de l'agence sur l'organisation des services «devient une pièce essentielle de la décision que nous sommes en train de prendre». En revanche, le ministre a souligné que le projet de l'Université de Montréal prévoit «une valeur ajoutée», un campus des sciences de la santé annexé au centre hospitalier. «Il s'agit avant tout d'un projet hospitalier auquel nous désirons greffer un aspect universitaire et non l'inverse», a cependant ajouté M. Couillard.
Les ragots
André Pratte
La Presse 30 novembre 2004
Le choix de l'emplacement du nouveau CHUM est l'une des décisions les plus importantes qu'aura à prendre le gouvernement Charest. Il est donc sain, essentiel même, que cette décision fasse l'objet d'un débat public. Cependant, ce débat doit reposer sur des faits. Malheureusement, depuis quelques jours, le projet conçu par l'Université de Montréal est la cible d'une campagne faite de procès d'intention et de ragots.
Le principal reproche que font certains observateurs au projet en question est l'implication de M. Paul Desmarais, président du comité exécutif de Power Corporation. On insinue que M. Desmarais aurait avantage à voir le CHUM construit sur le site de la gare de triage d'Outremont. Un commentateur a même soutenu à la radio que ces terrains appartenaient à M. Desmarais.
Power Corporation étant propriétaire de La Presse, on dira que l'éditorialiste prend ici la défense de la compagnie mère. Laissons plutôt parler les faits. Ceux-ci sont incontestables: ni Power Corporation ni M. Desmarais n'ont d'intérêt financier direct ou indirect dans le projet en question. M. Desmarais n'est pas propriétaire, des terrains, qui comme chacun sait appartieninent au Canadien Pacifique. Le fondateur de Power a accepté d'aider l'Université dans ses négociations avec la société ferroviaire dans le même esprit que celui qui l'a amené à contribuer d'imposantes sommes au développement de cette institution au fil des années. Tout le reste n'est que racontars.
On reproche aux promoteurs du projet de ne pas en avoir fait état publiquement avant la conférence de presse tenue la semaine dernière par le recteur, Robert Lacroix. Nous pensons, nous aussi, que M. Lacroix aurait eu avantage à présenter ses plans un peu plus tôt. Mais ce retard ne justifie pas qu'on imagine des complots de « l'establishment ». Faut-il rappeler qu'avant la publication du rapport de la commission Mulroney-Johnson, personne n'avait entendu parler du site 1000 Saint-Denis ? Le gouvernement précédent n'avait pas davantage tenu de consultation publique avant d'annoncer la construction du CHUM dans la Petite-Patrie.
Les opposants de la gare de triage déplorent que ce site soit situé « dans l'Ouest », alors qu'une partie de la clientèle réside « dans l'Est ». Voilà une vision bien étriquée de Montréal. Le site Outremont est sis à moins de 500 mètres à l'ouest du boulevard Saint-Laurent; le site St-Luc se trouve à 500 mètres à l'est du même boulevard. Par ailleurs, sur l'axe nord-sud, la gare de triage est beaucoup plus centrale. De sorte que pour une forte proportion de la clientèle du CHUM, l'accès au site Outremont serait aussi facile, sinon plus facile que celui au site Saint-Luc.
Une fois écartés les ragots, on peut discuter sereinement des deux emplacements suggérés. Le projet Lacroix sera certes plus coûteux. Mais, il est également plus ambitieux, comprenant le déménagement dés facultés de santé à côté du nouveau CHUM. En outre, le terrain du CP est neuf fois plus vaste que celui de l'hôpital Saint-Luc. Les possibilités de synergie y sont donc considérables. Les possibilités d'expansion aussi. Ce n'est pas l'« establishment » qui le dit, mais la critique du Parti québécois en matière de santé, Louise Harel, qui jusqu'à récemment s'opposait au 1000 St-Denis. Selon ce que soutenait Mme Harel il y a cinq mois, le CHUM s'y trouverait «entravé dans son développement» en raison du manque d'espace; elle y voyait une «injustice» par rapport au nouveau campus hospitalier de l'Université McGill.
Même les adversaires de la «technopole» imaginée par le recteur Lacroix concèdent qu'il s'agit d'un projet séduisant. Si, comme société, nous venons à le rejeter, assurons-nous au moins que nous le faisons en toute connaissance de cause.
Le vieil atavisme
Lysiane Gagnon
La Presse 2 décembre 2004
Certains propos des détracteurs du projet de technopole de l'Université de Montréal sentent à plein nez le vieil atavisme canadien-français. Tout y est: le repli vers l'Est; la méfiance traditionnelle des catholiques d'antan envers l'argent et l'entreprise privée ; et enfin, la tendance à se satisfaire de peu.
***
Voici un beau projet: utiliser la gare de triage du CP, à Outremont - cet énorme cancer au coeur de l'île - pour aménager une «cité du savoir et de la santé» dans laquelle le CHUM s'insérerait tout naturellement.
Le projet est différent et plus intéressant que celui du 6000 Saint-Denis favorisé par l'ancien gouvernement, car le complexe, établi sur un terrain trois fois plus grand, abriterait les facultés de la santé de l'Université de Montréal. Ses retombées seraient bien plus productives que le dernier grand projet à avoir vu le jour à Montréal (Expo 67), et confirmerait de façon éclatante la vocation de la métropole comme centre universitaire et médical.
Hélas! les réflexes ancestraux ne sont pas morts.
Exemple: On accuse les promoteurs du site de vouloir, ô horreur, transporter le CHUM « dans l'Ouest»... alors que ce site n'est qu'à 500 mètres de la rue Saint-Laurent! Mais les francophones de l'Est ont-ils déjà hésité à se rendre à Sainte-Justine ? Ou à l'Université de Montréal ? Un hôpital, à plus forte raison un hôpital où le quart des lits seront dévolus aux soins tertiaires, n'est pas un dépanneur, on n'y va pas à pied! Qu'est-ce que la «frontière» de la rue Saint-Laurent quand on est en auto, en ambulance ou en métro ?
Cela rappelle l'ancien maire Jean Drapeau, qui voulait développer un second centre-ville dans l'Est, laissant le centre-ville commercial, le Golden Square Mile et le mont Royal aux Anglais. La même mentalité étriquée allait présider au choix du site du Palais des congrès, coincé entre le Quartier chinois et l'autoroute, alors qu'il y avait à l'époque de beaux terrains disponibles au centre-ville, là où sont les hôtels, les magasins et des restaurants.
Dans ce Montréal post-loi 101, c'est la ville entière que les francophones doivent revendiquer. Or, le site du CP, au centre géographique de l'île et au coeur de la grande région francophone qui comprend Laval, la Rive Sud et le nord-est de l'île, est au moins aussi accessible que le site Saint-Luc.
Pour mieux démolir le projet, quelques journalistes ont inventé un sombre complot de l'Establishment libéral autour de l'implication du ministre Lapierre et de Paul Desmarais père. Ce dernier n'a fait que rendre service à L'Université de Montréal (et à la collectivité) en participant, à la demande du recteur, aux négociations sur le prix des terrains avec le patron du CP, qu'il connaît bien. Jean Coutu a lui aussi été l'objet d'accusations aussi ridicules qu'injustes parce que l'une de ses 2000 pharmacies vient d'ouvrir dans le secteur !
Les familles Desmarais et Coutu sont parmi les plus gros donateurs de l'Université - c'est à coup de millions qu'ils ont collaboré à ses levées de fonds. Va-t-on maintenant leur reprocher d'avoir fait du mécénat dans la communauté francophone ?
Les plus influents hommes d'affaires anglophones - David Culver, Arnold Steinberg et d'autres - ont participé activement à la mise sur pied du Centre de santé de McGill, et personne n'y a trouvé à redire parce que les anglophones ont une longue tradition de mécênat et ne voient pas tous les gens riches comme des suppôts de Satan.
Quant à Jean Lapierre, il s'intéresse au projet qui serait dans son comté, tout comme l'ancien député André Boisclair s'intéressait au projet du 6000 Saint-Denis. La différence, c'est que M. Lapierre est ministre fédéral des Transports et pourrait subventionner la conversion des voies du CP si le projet est accepté par Québec. Où est le scandale ?
Curieusement, les fonctionnaires de l'Agence (ancienne régie régionale) qui, l'an dernier, ne soulevaient aucune objection au site Saint-Denis, sont aujourd'hui en guerre contre le site du CP - lequel, avec une entrée avenue du Parc, ne serait qu'à quelques pâtés de maison, et à la même hauteur, que le site favorisé par l'ancien gouvernement péquiste ! Le comble, c'est de voir les mêmes gens qui ne cessent de réclamer plus d'argent au gouvernement se demander gravement si « le Québec a les moyens » de se payer une pareille technopole. Eh bien ! Rabattons-nous donc sur le site Saint-Luc, un petit projet pas cher et pas ambitieux dont personne ne voulait il y a six mois, ni au PQ, ni au CHUM. Un petit projet qui consistera en partie à rafistoler un vieil hôpital, dans un périmètre dix fois plus petit que celui du site CP, sans aucune possibilité d'expansion.
Bof. Quand on est né pour un p'tit pain...
Une Baie-James de la santé
André Pratte
La Presse 27 novembre 2004
L'Université de Montréal a enfin dévoilé cette semaine les grandes lignes de son projet de « technopole du savoir et de la santé », où seraient regroupés le CHUM et les facultés de sciences de la santé de l'Université. Le projet est aussi séduisant qu'imposant. Il doterait Montréal d'un complexe de soins, d'enseignement et de recherche de classe mondiale. Pour l'avenir scientifique du Québec, ce serait une étape déterminante ; une sorte de Baie-James de la santé.
Ce projet mérite donc toute l'attention que lui accordent maintenant les décideurs, après s'être fait tirer l'oreille par le recteur Robert Lacroix. Cette prudence est compréhensible: le gouvernement ne peut évidemment pas lancer une entreprise d'une telle envergure sans être absolument convaincu qu'elle est réalisable.
Rappelons où nous en sommes dans ce dossier épique. En 2000, le gouvernement du Parti québécois avait annoncé que le nouveau CHUM serait construit dans la Petite-Patrie, angle Saint-Denis et Rosemont (6000 Saint-Denis). En 2003, le gouvernement libéral a confié l'examen du dossier aux anciens premiers ministres Brian Mulroney et Daniel Johnson. Ceux-ci ont recommandé un autre site, là où se trouve aujourd'hui l'hôpital Saint-Luc (1000 Saint-Denis), recommandation que le gouvernement Charest a entérinée en juin dernier. L'Université de Montréal n'a jamais accepté ce site, estimant qu'il était beaucoup trop petit. D'où le nouveau projet conçu par M. Lacroix et son équipe.
En réalité, il s'agit de deux projets en un, rendus possibles par le fait que le Canadien Pacifique est désormais disposé à
abandonner sa gare de triage à Outremont. L'espace ainsi libéré serait immense, neuf fois plus que les terrains disponibles au 1000 Saint-Denis, 400 000 pieds carrés de plus que le site choisi par l'Université McGill.
Le CHUM y serait donc construit, de même que son centre de recherche. S'y joindraient les facultés de médecine, de sciences infirmières, de médecine dentaire et l'École d'optométrie, que l'Université devra éventuellement déménager de toute façon, son campus du mont-Royal étant saturé. La juxtaposition de ces installations permettrait l'établissement de liens qui, de l'avis des promoteurs du projet, profiteraient autant aux patients qu'à la recherche et à l'enseignement. A l'instar des grands établissements médicaux américains, le CHUM côtoierait désormais son université mère, facilitant d'autant l'atteinte de sa triple fonction.
Comme le souligne une étude réalisée pour la commission Mulroney-Johnson, en médecine universitaire, « l'atteinte de l'excellence et de l'innovation est fondée sur une synergie forte entre les trois missions de formation, de recherche et de clinique ». De plus, le voisinage du centre hospitalier et de la Faculté de médecine devrait faciliter la formation continue des médecins, aujourd'hui plus essentielle que jamais.
Même l'administration actuelle du CHUM, qui n'a pas prisé l'initiative de dernière minute du recteur Lacroix, a dû convenir que son projet était « conceptuellement séduisant ».
***
Les dirigeants du CHUM craignent que le projet de technopole n'entraîne de nouveaux délais dans une saga qui a trop duré. C'est possible. Mais le Québec a à sa portée un projet d'une valeur scientifique inestimable ; faudrait-il l'écarter pour la seule raison qu'on gagnerait ainsi quelques mois ? Le CHUM a également peur que pour limiter l'investissement nécessité par un projet aussi colossal, le gouvernement n'impose une réduction du nombre de lits du nouvel hôpital. C'est un scénario qu'il faudrait éviter, en effet.
Dans l'ensemble, cependant, les arguments mis de l'avant par les adversaires du projet Lacroix ne sont pas convaincants. Ils soutiennent, par exemple, que le « site Outremont » (a-t-on oublié qu'Outremont fait maintenant partie de la ville de Montréal ?) est mal situé par rapport à la clientèle que doit desservir le CHUM. Mais la clientèle du CHUM, un centre de soins spécialisés, vient de tous les secteurs de la région de Montréal (40 % hors de l'île) ; dans cette perspective, le site Outremont est tout aussi central que l'hôpital Saint-Luc. Situé non loin de l'autoroute Métropolitaine et voisin du métro L'Acadie, il paraît à peine moins accessible que le 1000 Saint-Denis. De toute façon, l'emplacement de l'hôpital Sainte-Justine a-t-il déjà empêché des parents d'y emmener leur enfant malade ?
Outre son extraordinaire potentiel scientifique, le projet Lacroix comporte d'autres avantages marqués sur Saint-Luc. Le terrain choisi est tellement vaste qu'il permettra d'entourer les édifices d'un environnement de qualité, fait d'espaces verts et de grandes places. Un tel milieu sera certainement plus propice à la réflexion et à la guérison que l'angle René-Lévesque/Saint-Denis ! De plus, la construction du CHUM sur le site de la gare de triage Outremont fournira l'occasion de revitaliser un coin de Montréal que l'industrie ferrovière a littéralement dévasté.
***
Restent deux points d'interrogation. Le premier a trait à la sécurité des lieux. Même si la gare de triage est abandonnée, le CP conservera la voie ferrée qui permet à ses trains de se rendre au Port de Montréal. C'est cette même voie qui passait à côté du 6000 Saint-Denis. Bien que les convois y roulent très lentement, la commission Mulroney-Johnson avait vu là « un élément de risque non négligeable ». Robert Lacroix jure que des mesures de mitigation pourront réduire le risque à presque zéro. Il faut dire que ces trains traversent l'île de part en part depuis le siècle dernier, non loin de quartiers résidentiels, sans que personne ne s'en soit jamais ému...
Le plus gros point d'interrogation porte sur le coût. L'Université est avare de précisions à ce sujet, évidemment crucial. Des diverses informations disponibles, on peut conclure que le projet dans son entier, y compris la décontamination du terrain, le déménagement des facultés et les aménagements urbains, coûtera au moins 1,5 milliard. La somme est considérable.
A cet égard, l'exemple du prolongement du métro à Laval peut servir à la fois de repère et de leçon. Repère : si l'on est prêt à payer 800 millions de dollars pour trois stations de métro, devrait-on hésiter à dépenser 1,5 milliard pour un complexe de santé et de recherche de premier ordre? Leçon: si un projet de métro qui devait coûter 380 millions a fini par coûter 800 millions, n'y a-t-il pas un grand risque de dépassements de coûts à la « technopole » également ?
C'est pourquoi, avant d'aller de l'avant - et il n'y a pas de doute dans notre esprit que, sauf obstacle incontournable, il faut aller de l'avant - le gouvernement doit prendre le temps d'analyser le projet sous toutes ses coutures et mettre en place une structure de gestion de projet qui permettra d'éviter les dérapages.
« Tant qu'à mettre tant d'argent, pourquoi ne pas faire du mieux qu'on peut », répète le recteur Lacroix. En effet : ayant l'occasion de se doter du « plus beau complexe hospitalo-universitaire au Canada », le Québec ne doit manquer ni d'audace... ni de rigueur.
Le CHUM à Outremont - Où passerait le train Blainville-Montréal?
L’AMT a été tenue à l’écart des discussions
Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 1er décembre 2004
L'Agence métropolitaine de transport, responsable des trains de banlieue à Montréal, a été écartée jusqu'à maintenant des discussions entourant l'avenir de la cour de triage d'Outremont, où pourrait s'implanter le futur CHUM. Or la voie ferrée qu'emprunte le train Blainville-Montréal, qui transporte 9000 passagers par jour, passe par cette cour de triage et pourrait disparaître en raison de la construction de l'hôpital.
Le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, et son négociateur dans le projet du futur CHUM à Outremont, Paul Desmarais, de Power Corporation, n'ont pas informé l'Agence métropolitaine de transport (AMT) de l'impact de leur «projet de société» sur les voies du train Blainville-Montréal.
«On n'a pas été impliqués. Mais nous sommes convaincus qu'il s'agit peut-être d'une omission; l'AMT est client du CP», a commenté poliment la responsable des communications à l'AMT, Manon Goudreault. Celle-ci a rappelé que cette ligne est la troisième en importance dans la région. L'AMT projette d'ailleurs de la prolonger jusqu'à Saint-Jérôme et même de faire un développement vers Mascouche.
À l'Université de Montréal, on a précisé hier que l'absence de l'AMT dans le dossier était justifiée compte tenu qu'il fallait «d'abord vérifier la faisabilité du projet». Du côté du CP, on a expliqué que l'élimination des rails pour le train de banlieue est l'un des points à conclure dans la négociation avec l'Université de Montréal. «Il fallait d'abord savoir dans quel sens tout ça s'en allait. De toute façon, les changements ne se feront pas rapidement», a affirmé Michel Spénard, porte-parole du CP.
Mais il semble que l'appel du Devoir ait précipité le rapprochement des parties. «L'AMT est informée maintenant», a ajouté M. Spénard, qui a confirmé que des dirigeants de CP et de l'AMT se sont rencontrés hier matin. Rien n'a toutefois filtré de cette discussion concernant, entre autres, les solutions qui pourraient être mises en avant pour maintenir le service de train de banlieue.
Comme l'indiquait la semaine dernière Robert Lacroix, la construction du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et d'un campus des sciences de la santé dans la cour de triage d'Outremont nécessitera l'élimination des rails qui longent la partie nord du terrain, dont l'une sert exclusivement au train de banlieue Blainville-Montréal. Les voies ferrées qui se trouvent au sud et qui font le lien entre le port de Montréal et la cour de triage de Côte-Saint-Luc seront maintenues. Le projet prévoit l'érection d'un stationnement étagé aux abords de ces voies ferrées servant de paravent pour la future «cité du savoir et de la santé».
Dans les négociations entre l'Université de Montréal et le Canadien Pacifique, le propriétaire du terrain de 3,2 millions de pieds carrés, le Port de Montréal, a été pris en compte. Chaque semaine, ce sont 45 trains dédiés au transport de conteneurs du port de Montréal qui passent à travers la cour de triage d'Outremont. Pour le CP, il s'agit d'un client de première importance.
De même, le député d'Outremont et ministre des Transports, Jean Lapierre, a été mis à contribution. Ce dernier a rencontré le président du CP, Robert Ritchie, en septembre dernier. Et il a indiqué son intérêt à soutenir financièrement le réaménagement des rails, peu importe qu'il s'agisse du projet du CHUM ou d'un développement résidentiel.
Mais dans ces pourparlers qui devraient être conclus dans les prochains jours, l'avis de l'AMT a été mis de côté. Pourtant, dans le dossier du futur Centre universitaire de santé McGill (CUSM) qui sera construit dans l'ancienne cour de triage Glen, l'AMT a été un des joueurs pris en considération puisqu'on y faisait de l'entretien des trains.
D'ailleurs, dans le rapport de la commission Mulroney-Johnson, on souligne l'apport positif que représente la proximité du train de banlieue. Or, dans la proposition Lacroix, on écarte la présence du train de banlieue. Pourtant, dans la présentation du projet que le recteur de l'Université de Montréal a faite devant la presse la semaine dernière, il est indiqué que 15 % de la clientèle du futur CHUM provient de la Rive-Nord et 5 % de la deuxième couronne nord, soit des personnes susceptibles d'utiliser le train de banlieue.
En vérifiant dans les documents de l'Université de Montréal, on constate qu'il est clair que le train de banlieue n'est pas un argument pour vanter l'accessibilité du site; les transports en commun se limitent aux stations de métro L'Acadie et Outremont ainsi qu'à l'idée d'un train léger sur l'avenue du Parc prévue dans le plan d'aménagement de Montréal.
Devant la possibilité du démantèlement d'un corridor ferroviaire, des organismes de promotion des transports en commun ont sursauté. «Ça n'a aucun bon sens», s'est borné à dire, manifestement interloqué, André Blais, président d'Accès Nord. Normand Parisien, directeur général de Transport 2000, a abondé dans ce sens. «C'est inadmissible d'éliminer une voie ferrée qui peut accueillir des trains de passagers. Il y aura une opposition très vive», a prévenu M. Parisien.
Depuis deux semaines, une certaine résistance au projet du recteur Lacroix s'est manifestée; une coalition d'élus et d'organismes communautaires et syndicaux a été mise en place. La coalition dénonce les jeux de coulisses derrière le projet Outremont et prône le site de l'hôpital Saint-Luc. Le conseil d'administration de l'actuel CHUM a tenté également de montrer les avantages de construire le superhôpital au centre-ville.
Jeudi dernier, le directeur général du CHUM, le Dr Denis Roy, a d'ailleurs pris la parole devant des gens d'affaires intéressés par le partenariat public-privé dans le projet du futur CHUM. Le Dr Roy a expliqué que le projet au centre-ville est d'abord et avant tout la construction d'un hôpital auquel seraient greffées des fonctions universitaires, alors qu'avec la proposition Lacroix, c'est la démarche inverse. C'est l'Institut du partenariat public-privé (IPP) qui organisait cette rencontre au Club Saint-James. «Le récent développement des CHU autorise à repenser les collaborations possibles entre secteurs privé et public, encourageant les synergies entre hôpital et industrie», peut-on lire sur l'invitation de l'IPP.
Malgré les critiques et une certaine contestation, de nouveaux appuis au choix du site d'Outremont affluent. Dans le quartier Rosemont-Petite-Patrie, où le gouvernement du Parti québécois avait prévu l'implantation du CHUM (6000 Saint-Denis), on dénote une ouverture certaine face au projet de l'Université de Montréal. «C'est dommage que l'on ait rejeté le site du 6000 Saint-Denis, mais le projet à Outremont est de bien plus grande envergure; c'est plus qu'un hôpital. Avec le désenclavement de la rue Saint-Zotique, ça signifierait des retombées économiques intéressantes pour la Petite-Patrie. C'est un atout aussi pour la Petite Italie, sans parler du désenclavement du quartier Marconi-Alexandra», a fait valoir Jean-François Lalonde, directeur de la Corporation de développement économique et communautaire (CDEC) de Rosemont-Petite-Patrie.
Futur CHUM - Le milieu culturel veut l'hôpital au centre-ville
Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 2 décembre 2004
Préoccupées par le développement harmonieux du centre-ville, des personnalités du monde culturel ont décidé de se prononcer en faveur de l'implantation du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) sur le site de l'hôpital Saint-Luc.
Lise Bissonnette, de la Grande Bibliothèque, Michèle Bazin, du Festival Juste pour rire, André Ménard, de Spectra, Lorraine Pintal, du Théâtre du Nouveau Monde, Marie Lavigne, de la Société de la Place des Arts, et Rémi Caron, du Théâtre Saint-Denis, sont parmi les membres de l'organisme Partenariat du quartier des spectacles, qui se porte à la défense du projet du CHUM au centre-ville.
Avec l'étude de la proposition du recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, de construire le CHUM dans la cour de triage d'Outremont, où s'élèverait également un nouveau campus des sciences de la santé, le site du 1000 Saint-Denis n'est plus assuré. C'est donc pour contrer l'élan dont semble bénéficier le projet Lacroix que le Partenariat du quartier des spectacles a réuni mardi dernier son conseil d'administration. Les seuls membres absents étaient les représentants du gouvernement du Québec et de la Ville de Montréal, dont Francine Senécal, responsable politique de la culture au comité exécutif.
«Notre mandat est de nous assurer d'un développement économique harmonieux pour la portion est du centre-ville. Le CHUM, c'est une opportunité d'investissements publics importante», a expliqué au Devoir le président de l'organisme, Charles Lapointe.
D'autres voix se sont également élevées hier contre le projet de l'Université de Montréal. C'est notamment le cas de Marc Laviolette, ancien président de la CSN et représentant de la population au sein du conseil d'administration du CHUM. «C'est un projet qui ressemble à un Mirabel de la santé, soit un concept qui fait rêver les grands décideurs alors qu'on n'a pas les moyens de le mener à terme», a fait valoir M. Laviolette.
Ce dernier a également dénoncé le processus décisionnel, qu'il juge «complètement biaisé». Le président du Comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil, qui siège aussi au conseil d'administration du CHUM, abonde dans ce sens. «Dès la présentation qui nous a été faite par le recteur Lacroix en juin, les dés étaient pipés. [...] On se sent comme David contre Goliath. On a peut-être une fronde, mais on n'a pas de roche. On se bat contre l'establishment financier, qui n'est pas facile à atteindre», a-t-il affirmé.
M. Dumesnil a dit espérer que le gouvernement Charest ne fasse pas un choix politique. «Il doit plutôt prendre une décision qui prenne en compte le bien-être de la population», a souligné Jean-Marie Dumesnil.
Le dossier a rebondi hier à l'Assemblée nationale, notamment en ce qui a trait aux révélations du Devoir de la veille. Le projet Lacroix écarte la présence du train de banlieue, qui transporte pourtant quotidiennement 9000 personnes entre Blainville et Montréal. De plus, l'Agence métropolitaine de transport (AMT), l'organisme qui gère les trains de banlieue, n'avait pas été informée jusqu'à maintenant des intentions de l'Université de Montréal.
Talonné sur cette question par l'opposition officielle, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a affirmé que «tous les aspects relatifs au transport, incluant les transports en commun et l'accessibilité routière, sont discutés à l'intérieur du comité [interministériel] et feront partie de la mécanique qui mènera à la décision».
Du côté du Canadien Pacifique (CP), qui est le propriétaire de la cour de triage d'Outremont et qui négocie avec l'Université de Montréal, on insistait hier pour dire que des scénarios étaient à l'étude pour maintenir le service de train de banlieue. «Jamais dans notre esprit il a été question de ne pas trouver une solution pour les trains de banlieue. On travaille à trouver une nouvelle configuration des voies ferrées», a soutenu Denise Nepveu, porte-parole du CP.
Quant à savoir qui, de CP, de l'Université de Montréal ou de l'AMT, va payer la note d'un déplacement des voies ferrées, la réponse a été sibylline : «On va travaillé ensemble.»
Le député fédéral d'Outremont et ministre des Transports, Jean Lapierre, a toutefois déjà fait savoir qu'il était prêt à soutenir financièrement un tel changement.
CHUM: attention particulière pour le site d'Outremont
Paul Desmarais négocie avec le CP l'achat de la cour de triage
Kathleen Lévesque
Le devoir 25 novembre 2004
La proposition de l'Université de Montréal de construire le futur CHUM et un nouveau campus universitaire des sciences de la santé à Outremont bénéficie d'une attention particulière de la part du gouvernement de Jean Charest. Un comité interministériel chargé d'analyser la pertinence de ce projet et la capacité financière du Québec de le réaliser a été mis sur pied il y a plus d'un mois alors qu'aucun effort semblable n'a été déployé pour le site du centre-ville.
Il s'agit d'un comité administratif créé par décision du conseil des ministres. On y retrouve les ministères de la Santé, de l'Éducation, des Affaires municipales, du Développement économique et régional et de la Recherche ainsi que le Conseil du trésor. De plus, le ministère des Transports et celui de la Sécurité publique y apportent un appui technique.
Au cabinet du ministre de la Santé, Philippe Couillard, on affirmait hier en fin d'après-midi qu'un tel comité n'existe pas parce que «ça impliquerait que la décision est déjà prise». Or, 30 minutes plus tard, on rappelait Le Devoir pour confirmer que ce comité avait bel et bien reçu un mandat et qu'il devait faire des recommandations au ministre Couillard au cours des prochaines semaines. Il a également été précisé qu'aucune démarche comparable n'a été entreprise en ce qui concerne la proposition d'implanter le CHUM sur le site de l'hôpital Saint-Luc.
Pour trancher la question du site, le ministre Couillard attend donc ce rapport ainsi que ceux de la commission Mulroney-Johnson et de l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal. Comme le révélait Le Devoir samedi dernier, les premières analyses de cette agence sont défavorables au projet de l'Université de Montréal compte tenu du déséquilibre que subirait ainsi la distribution des services dans l'île.
Si le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, a semblé irrité hier en conférence de presse par cette «opinion rapide et préliminaire», il montre un bel enthousiasme pour la décision politique à venir. «C'est devenu un projet gouvernemental», a fait valoir M. Lacroix en se réjouissant de l'existence du comité interministériel.
Un des éléments sur lesquels table le recteur Lacroix pour donner un dernier argument au gouvernement est l'achat de la cour de triage d'Outremont. Les choses s'accélèrent du côté des négociations entre l'université et le Canadien Pacifique (CP), propriétaire de la cour de triage d'Outremont. Tout devrait être terminé d'ici deux semaines, soit avant le dépôt des trois rapports au gouvernement.
C'est Paul Desmarais, de Power Corporation, qui mène les pourparlers au côté du recteur Lacroix. Un lien de «grande confiance et d'amitié» lie M. Desmarais et le président du CP, Robert Ritchie, a souligné M. Lacroix. «M. Desmarais n'est intervenu dans ce dossier que pour m'aider et aider l'Université de Montréal, qui avait le mandat de voir les possibilités d'acquisition du site Outremont. On va finaliser cette négociation dans les jours qui viennent, et si ça se réalise comme je le crois, on devra dire un grand grand merci à Paul Desmarais», a-t-il expliqué.
M. Lacroix s'est dit désolé que des critiques aient été formulées depuis une semaine -- le forçant même à corriger «toute cette désinformation» -- à propos de la discrétion de l'Université de Montréal dans ce dossier. Le «caractère secret» allégué était en fait «une attitude éminemment responsable de la part de l'Université de Montréal de ne pas se lancer publiquement avec un projet» dont on ignorait la faisabilité, a justifié M. Lacroix.
Le recteur a également expliqué que l'implication du pharmacien Jean Coutu s'était limitée à tenter de réanimer le site de l'Hôtel-Dieu; le sérieux du projet de l'Université de Montréal a convaincu M. Coutu d'abandonner sa démarche.
«Je suis toujours un peu surpris de voir que l'on fasse deux poids, deux mesures. Quand McGill a fait l'acquisition du site Glen, c'est un lobby d'hommes d'affaires à la tête duquel est l'ancien président d'Alcan avec une série de gens influents du monde anglophone qui ont tout fait ça. Et, à cette époque-là, les gens, les médias ne faisaient que vanter la force de McGill et de son réseau. Si l'Université de Montréal utilise son réseau pour l'aider, c'est comme si ce n'est plus correct», a affirmé Robert Lacroix.
L'Université de Montréal avait invité les journalistes à une brève présentation du projet, tableaux et cartes à l'appui. «La cour de triage d'Outremont, c'est dans la cour de l'université», a soutenu M. Lacroix, pour qui le site offre tous les avantages : accessibilité, sécurité, économie. «Ce sera un espace de vie et de soins. [...] C'est un projet de société plutôt qu'un projet disparate», a-t-il ajouté.
Sous son regard, même les voies ferrées qui traversent la cour de triage ne sont plus un problème. Les rails qui sont essentiels au port de Montréal seraient maintenus. «Tout le reste serait enlevé», a dit M. Lacroix.
Rappelons que le gouvernement fédéral est prêt à financer le déplacement des voies ferrées. Selon les sources du Devoir, le ministre des Transports et député d'Outremont, Jean Lapierre, disposerait d'une enveloppe de 25 millions.
Et pour ceux qui croient possible, comme le conseil d'administration de l'actuel CHUM (dont le président et le directeur général étaient relégués hier à un rôle d'observateurs), qu'il est envisageable de créer une cité de la santé et du savoir au centre-ville, Robert Lacroix a une réponse tranchante. Après un grand éclat de rire, M. Lacroix a laissé tomber que «les facultés de la santé n'ont pas considéré et ne considéreraient pas leur déménagement au centre-ville».
Invité à commenter le projet du recteur Lacroix, le ministre Philippe Couillard a affirmé qu'il présente «certainement des attraits stratégiques pour les francophones du Québec».
Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy
CHUM: le recteur présente le site d'Outremont
Mathieu-Robert Sauvé
FORUM UdeM 29 novembre 2004 / volume 39, numéro 13
«Nous pouvons construire à cet endroit l'un des plus beaux complexes hospitalo-universitaires du Canada et de l'Amérique du Nord», selon M. Lacroix
L'Université souhaite un CHUM intégré, qui serait construit là où l'on trouve actuellement la gare de triage du Canadien Pacifique, à Outremont.
Le Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) s'élèvera à Outremont, là où l'on trouve actuellement une gare de triage désaffectée du Canadien Pacifique, dans le triangle formé par l'avenue du Parc (à l'est) et la rue Saint-Zotique (au nord) et par la voie ferrée (au sud). Plus qu'un simple hôpital, le nouveau CHUM deviendra la Technopole du savoir et de la santé, rassemblant d'immenses espaces de recherche ainsi que l'École d'optométrie et les facultés des sciences de la santé de l'Université: médecine, sciences infirmières et médecine dentaire.
C'est du moins le souhait du recteur Robert Lacroix et d'un groupe de personnes influentes qui travaillent activement à ce dossier depuis trois mois. «Nous pouvons construire à cet endroit l'un des plus beaux complexes hospitalo-universitaires du Canada et de l'Amérique du Nord», a déclaré M. Lacroix devant la cinquantaine de journalistes présents à une conférence de presse attendue, le 24 novembre dernier.
Pressé par les médias qui, depuis deux semaines, ont multiplié les spéculations sur le site d'Outremont, le recteur a défendu son prétendu «silence» en disant qu'il avait fallu obtenir certaines assurances quant à la faisabilité du projet avant de l'annoncer sur la place publique. L'achat du terrain fait actuellement l'objet de négociations et l'on attend les résultats des études en cours avant la présentation officielle au gouvernement du Québec. Tout cela devrait se faire «d'ici les deux prochaines semaines», a assuré M. Lacroix, qui a dit avoir «confiance» que son projet aura la faveur des décideurs.
D'une pierre deux coups
L'Université de Montréal, a-t-il rappelé mercredi dernier, connaît une poussée de croissance qui ne ralentira pas d'ici la prochaine décennie. Or, tout l'espace disponible autour du campus actuel est classé «patrimoine municipal» et ne peut être utilisé pour de nouvelles constructions.
L'immense terrain dont le Canadien Pacifique est le propriétaire, situé à «un jet de pierre» des principaux pavillons de l'UdeM, apparaît comme un prolongement naturel du campus. Deux stations de métro (Outremont et Acadie) sont à proximité de l'emplacement. «Cinq minutes en métro et vous serez au CEPSUM, a signalé le recteur. C'est moins de temps qu'il n'en faut pour parcourir, à pied, la distance entre le pavillon 3200 Jean-Brillant et le centre sportif.»
En plus de présenter des avantages au chapitre des coûts et de l'espace disponible pour le développement à proximité (on peut penser à des entreprises de biotechnologie, par exemple, qui viendraient s'installer dans ce quartier «du savoir et de la santé»), un CHUM à Outremont serait au centre de la grande région de Montréal. Quant aux clientèles du centre-ville et de l'est de Montréal, elles pourraient toujours compter sur un hôpital de 300 lits. «En appuyant notre idée, le gouvernement financera un véritable projet de société», a résumé le recteur.
Plusieurs commentateurs déplorent qu'avec ce nouveau projet le processus «recommence à zéro». L'animateur du Téléjournal, Bernard Derome, mentionnait lui-même, le 17 novembre, les «23 M$ qui ont
été dépensés pour mener des études» jusqu'à maintenant. Et l'on ignorait encore où serait le fameux hôpital.
«Fausse impression», défend M. Lacroix. D'abord parce que les plans du bâtiment conçus pour le 6000, rue Saint-Denis sont en grande partie récupérables pour le bâtiment d'Outremont (ce ne serait pas le cas si le gouvernement choisissait le site exigu du 1000, rue Saint-Denis). Ensuite parce que ce projet permettra de résoudre un autre problème coûteux: l'agrandissement du campus de l'Université. «Le campus est actuellement saturé, a indiqué le recteur. Les besoins en locaux d'ici 2010 sont estimés minimalement à 110 000 m2 selon les normes du ministère de l'Éducation du Québec.»
Le doyen de la Faculté de médecine, Jean Rouleau, appuie le choix d'Outremont en mentionnant que les sept meilleurs hôpitaux universitaires américains intègrent leur faculté de médecine à l'hôpital plutôt que d'en faire deux entités séparées. C'est le cas du Johns Hopkins Hospital, au Maryland, de la clinique Mayo, au Minnesota, du Massachusetts General Hospital, au Massachusetts, de la Cleveland Clinic, en Ohio, etc.
Il est intéressant de noter que, dès les années 20, l'architecte Ernest Cormier avait eu pour mandat d'intégrer un hôpital à la Faculté de médecine quand il a dessiné les plans de l'UdeM. Un projet qui n'a jamais vu le jour...
Pour plus d'informations:
http://www.umontreal.ca/divers/technopole-sante/technopole-sante.pdf
CHUM, la dimension cachée
Gérard Beaudet
Directeur, Institut d'urbanisme, Université de Montréal
Le Devoir samedi 4 décembre 2004
D'aucuns croyaient que le dépôt du rapport Bouchard-Johnson avait scellé le choix du site du nouveau CHUM; il aura plutôt relancé le débat en ouvrant la voie à une nouvelle proposition.
Se pourrait-il qu'en privilégiant le site de Saint-Luc sur la seule foi de critères fonctionnalistes (capacité d'accueil, accessibilité, centralité, etc.), on ait occulté une dimension cachée de cet épineux dossier ? En d'autres termes, se pourrait-il que l'imposition de ce site ait ouvert la voie à une solution de repli pour l'Université de Montréal ? C'est l'hypothèse que je tenterai de faire valoir. Non pas pour avaliser le choix de l'Université de Montréal, mais pour montrer que le site de Saint-Luc est difficilement acceptable dans la perspective de la construction identitaire montréalaise.
Revenons en arrière, en 1792. Un plan commandé par les autorités coloniales délimite le périmètre de la ville de Montréal et constitue le boulevard Saint-Laurent en ligne de partage médiane. La portée de cette décision sera lourde de conséquences. Elle suggérera en quelque sorte la transposition dans l'enclave montréalaise de la séparation établie entre le Haut et le Bas-Canada, anticipant de ce fait la construction de l'identité montréalaise en l'articulant à un Est, catholique et francophone, et un Ouest, protestant et anglophone. Mais, sur le terrain, cette différenciation fondatrice se traduira d'emblée par une symétrie morphogénétique.
La poussée d'urbanisation du milieu du XIXe siècle présidera en effet au déploiement, de part et d'autre de l'aire de concentration faubourienne du boulevard Saint-Laurent, de quartiers inspirés de l'urbanisme géorgien. Bastion de la bourgeoisie anglo-protestante, la New Town sera polarisée par les squares Victoria, du Beaver Hall et Phillips, ainsi que par le campus de l'université McGill.
Son pendant du côté franco-catholique accompagnera l'enfilade des squares Viger, Pasteur et Saint-Louis et se prolongera jusqu'au parc Lafontaine. Résidences confortables et bâtiments institutionnels, puis commerciaux, y affirmeront avec panache les aspirations et la réussite des deux bourgeoisies.
Bien qu'en apparence contradictoire, cette symétrie aura permis à la différence de se réaliser, notamment en maintenant une aire séparative -- en l'occurrence celle du faubourg Saint-Laurent -- entre les deux bourgeoisies. Dépouillée de sa dimension religieuse, la portée manipulatoire de cette séparation entre l'Est francophone et l'Ouest anglophone retrouvera par ailleurs une vigueur manifeste en deuxième moitié du XXe siècle en sous-tendant la volonté de constituer dans l'Est (francophone) le pendant de la partie ouest (anglophone) du centre-ville. La mobilisation entourant l'implantation de la Grande Bibliothèque et celle visant l'installation du CHUM sur le site de l'hôpital Saint-Luc en constituent incidemment les avatars les plus récents.
Axe transgressé
Cette persistance occulte toutefois deux phénomènes dont la signification est inversement proportionnelle à l'attention qu'on leur a accordée. Le premier réside dans la transgression de l'axe séparateur par certaines institutions phares de la société franco-catholique montréalaise. Rappelons en effet que Mgr Ignace Bourget prit prétexte de l'incendie de la cathédrale Saint-Jacques en 1852 pour en imposer le déplacement de la rue Saint-Denis au square Dorchester, au grand dam des résidants du faubourg Saint-Louis et de nombreux membres du clergé.
Par ailleurs, la construction du grand Séminaire de la rue Sherbrooke (1854-57), de l'Hôtel-Dieu (1859-61), de la maison mère des Soeurs grises (1869-71) et de la maison mère des Dames de la Congrégation de Notre-Dame (1905-08) contribuera à consolider cette «infiltration» du bastion anglo-protestant, révélant par anticipation le caractère réducteur d'une conception néanmoins persistante.
Mais le caractère réducteur de cette perception est encore davantage invalidé par le deuxième phénomène. Peu de temps après que la bourgeoisie anglo-protestante eut délaissé le territoire de ce qui deviendra le centre-ville en amorçant un déplacement en direction du piémont du mont Royal, pour y construire la municipalité autonome de Westmount, la bourgeoisie franco-catholique entreprit un repositionnement qui la conduira, dans les premières décennies du XXe siècle, sur le flanc opposé de la montagne.
Le développement d'Outremont
Non seulement la municipalité d'Outremont deviendra-t-elle ainsi le pendant de Westmount, mais ce repositionnement s'accompagnera d'une reconfiguration en profondeur de la géographie institutionnelle montréalaise. Le déplacement de l'Université de Montréal projeté dès les années 1920, la relocalisation de l'École polytechnique (1958), de l'École des hautes études commerciales (1969) et de l'hôpital Sainte-Justine (1957), ainsi que la construction du collège Jean-de-Brébeuf (1927), du collège Notre-Dame (1881), de la maison mère des Soeurs des Saints-Noms-de-Jésus-et-de-Marie (1923) et de l'oratoire Saint-Joseph (1924), participeront en effet d'un mouvement d'encerclement du mont Royal au gré du déploiement de formes bâties associées au savoir, à la santé, au sacré et au standing.
Ce repositionnement du côté d'Outremont, contemporain d'une affirmation nationale canadienne-française incarnée entre autres par Édouard Montpetit, Esdras Minville, Lionel Groulx et Marie-Victorin, consacrera en quelque sorte un abandon du quartier latin, qui ne s'en est toujours pas complètement remis.
Il révélera par ailleurs une translation de l'axe de symétrie, qui passera désormais par les espaces sommitaux du mont Royal, au demeurant réservés à la faveur de l'aménagement des cimetières catholique (à l'ouest) et protestant (à l'est) au milieu du XIXe siècle et par la création du parc à compter de 1870. Réservoir de valeurs romantiques auxquelles les bourgeoisies montréalaises adhéraient en ce tournant du XIXe au XXe siècle, le mont Royal aura en quelque sorte constitué un vacuum qui, en les séparant géographiquement, aura permis la poursuite de la construction identitaire de ces deux bourgeoisies, tout en constituant un substrat fédérateur d'une formidable efficacité.
L'implantation du CHUM sur le site de l'hôpital Saint-Luc matérialiserait en la circonstance un retour dans un quartier auquel il serait d'autant plus difficile de consentir que la régénération de ce dernier aura entre-temps reposé en partie sur l'implantation d'une université concurrente. Certes, on se gardera bien d'affirmer de telles réserves sur la place publique, si tant est qu'elles soient conscientes. Mais en faire fi équivaut à nier la force du mimétisme symétrique à l'oeuvre depuis presque deux siècles, un mimétisme qui sous-tend par ailleurs également la proposition actuelle de l'Université de Montréal, quelle que soit la conscience qu'en aient les acteurs.
Symétrie toujours à l'oeuvre
L'implantation du CHUM sur le site de la gare de triage du CP participe en effet d'une reconquête du bas Outremont qui reproduit, dans une symétrie parfaite, celle du bas Westmount à la faveur de l'implantation de l'hôpital universitaire de McGill sur le site de la gare de triage Glen.
Cette interprétation géographique n'avalise pas d'emblée le choix de la gare de triage d'Outremont. Les contraintes environnementales, aussi bien que celles liées à la desserte infrastructurelle, à l'accessibilité et à la sécurité, ne peuvent être négligées. Sans compter que le projet contrevient aux orientations du plan d'urbanisme, qui vient à peine d'être adopté.
Il n'en reste pas moins que l'imposition du site de l'hôpital Saint-Luc constitue moins une solution qu'une partie du problème. Se pourrait-il, en la circonstance, que les Hospitalières de Saint-Joseph, en déménageant l'Hôtel-Dieu sur son site actuel, aient fait preuve d'une sagesse prémonitoire ? L'emplacement ne se situe-t-il pas en rebord du centre-ville, tout en n'étant pas tout à fait dans l'Est mais pas trop dans l'Ouest, et en participant de surcroît de la configuration institutionnelle polarisée par le «bon» côté du mont Royal ?
L'enjeu
André Pratte
La Presse jeudi 9 décembre 2004
La bataille de chiffres qui a cours entre les partisans des emplacements potentiels du futur CHUM a l'effet malheureux d'obscurcir le véritable enjeu du débat. Il ne s'agit pas de décider sur lequel des sites la construction de l'hôpital et le déménagement des facultés de santé de l'Université coûteront le moins cher; il s'agit de choisir entre deux projets complètement différents.
Oubliez le projet de " Quartier Santé-Savoir " élaboré en catastrophe par la direction actuelle du CHUM. Si le gouvernement choisit le site Saint-Luc, l'Université de Montréal n'y déménagera jamais ses facultés. Pas parce que l'UQAM se situe à côté, comme certains le soutiennent, mais tout simplement parce qu'un tel déménagement n'aurait aucun sens. Il séparerait du campus principal une pièce centrale de l'institution, pour l'envoyer à deux kilomètres (12 stations de métro), au centre-ville. Aucune université n'accepterait une telle décapitation. Ce n'est pas pour rien que l'UQAM travaille depuis des années à se doter d'un véritable campus.
Le gouvernement devra donc choisir entre deux projets. Projet un: le CHUM sur le site Saint-Luc, sans les facultés de santé de l'Université. Le projet consiste en l'érection, derrière l'hôpital actuel, d'un édifice d'une douzaine d'étages pour les soins spécialisés et les services thérapeutiques et diagnostiques. L'édifice existant serait rénové et consacré à 270 chambres individuelles et aux soins ambulatoires. L'édifice de Vidétron, sur Viger, serait rénové et occupé par les soins ambulatoires et l'enseignement. Le complexe comprendrait aussi un centre de recherche.
Principaux avantages: proximité de la clientèle du centre-ville et de l'est de Montréal; accès facile par le métro et les grands axes routiers.
Coût approximatif: 1,1 milliard.
Projet deux: le CHUM, les facultés de santé et le centre de recherche sur le site Outremont. L'hôpital serait situé à l'angle des prolongements de l'Acadie et Saint-Zotique. Les facultés de médecine, de médecine dentaire, de sciences infirmières et d'optométrie seraient construites tout à côté. L'université prévoit aussi des résidences pour étudiants.
Principaux avantages: la proximité des facultés et de l'hôpital permettrait une nouvelle synergie entre les fonctions enseignement, recherche et clinique, au bénéfice de chacune; édifices complètement neufs; site vaste.
Coût approximatif: 1,6 milliard.
Une fois la bataille de chiffres terminée, on retranchera peut-être 100 millions d'un côté, ou on ajoutera 100 millions de l'autre. Ce n'est pas ce qui dictera la décision du gouvernement. Ce que Québec doit décider, c'est si la synergie entre l'enseignement, la recherche et les soins vaut les 500 millions de plus que coûtera le projet Outremont. Plusieurs médecins et chercheurs affirment que oui. Mais tous ne sont pas d'accord.
Un facteur sera déterminant dans cette évaluation: est-il certain que, comme le prétend le recteur Lacroix, ces 500 millions devront être dépensés de toute façon, à court terme, pour permettre l'expansion de l'Université? Si la réponse à cette dernière question est oui, la décision du gouvernement Charest devrait couler de source. Autrement dit, si en bout de piste le montant dépensé par l'État est le même, il faut l'investir dans le projet de l'Université, qui promet d'offrir une meilleure formation et qui aura un effet stimulant sur la recherche.
POUR UN CENTRE UNIVERSITAIRE DE LA SANTÉ A L’HÔTEL-DIEU
Collectif
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
Après les interventions du Dr Denis Lazure, du Dr Jacques Genest et du chroniqueur Henry Aubin de The Gazette, les articles percutant de Robert Laplante (Le Devoir, 23 novembre 2004, A7) et celui de Jean-Claude Marsan (La Presse, 26 novembre 2004, A17) viennent à point nommé dénoncer le gâchis des projets de développement de deux mégahôpitaux à Montréal, situés chacun dans leur arrière-cour ferroviaire, à des kilomètres de distances géographique et culturelle.
Avec Robert Laplante, nous croyons qu'«il est loin d’être démontré qu’il y a place pour deux centres de cette nature au Québec et que nous avons les moyens de nous les payer».
Pour une troisième fois en quarante ans, après les gouffres financiers de Mirabel et du Stade olympique, nos élites semblent prises d'une frénésie de dépenses gargantuesques de l'ordre de deux ou trois milliards de dollars. Il est urgent de mobiliser les Montréalais et les Québécois pour éviter cette catastrophe annoncée et déjà largement planifiée.
Les conséquences de telles dépenses sur tout le réseau de santé seraient énormes. De tels investissements voulant répondre aux besoins de formation des superspécialistes et aux besoins en santé tertiaire de la population rendraient très difficile, probablement impossible, la rénovation nécessaire des hôpitaux universitaires actuels, maillon essentiel du réseau, où se forment les étudiants en médecine et les médecins de première ligne, tout en répondant aux besoins en santé primaire et secondaire de la population.
Rien ne semble plus complexe que le monde médical universitaire francophone, composé d’une constellation d’établissements les plus divers et traversé d’éternelles chicanes de clochers qui paralysent cet univers depuis plus de quarante ans. Déjà, en 1965, des professeurs de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal (les docteurs Aurèle Beaulnes, Michel Bérard, Pierre Bois, Jean-Pierre Cordeau, Jean-Louis Léger, Gilles Tremblay) publiaient aux Éditions du Jour, Le centre médical universitaire – un passé, une nécessité, dont le Dr Jacques Genest avait rédigé la préface.
Le manque de moyens financiers, l’aveuglement des politiciens ou leurs intérêts partisans et les divisions au sein des professionnels de la santé ont eu raison, jusqu’ici , de tous les projets mis de l’avant pour l’établissement d’un centre médical universitaire montréalais, d’abord sur la montagne, puis au pied de l’Université, ensuite à l’Hôtel-dieu, puis à Notre-Dame ou à Saint-Luc, ou encore au 6000 rue Saint-Denis (Rosemont) et enfin dans la cour de triage Outremont.
Ce dernier projet est celui du recteur magnificent, appuyé par Paul Demarais, qui voudrait transporter toutes les facultés de la santé sur ce nouveau site pour y aménager « une cité du savoir et de la santé », comprenant, outre la Faculté de médecine et le CHUM, les facultés ou instituts d’art dentaire, de pharmacie, de diététique, de nursing; on ne sait pas ce que deviendraient les pavillons de l’Institut de recherche en immunologie et cancer (de construction récente) et de pharmacie (en construction), ni quel serait le coût du super déménagement.
Pendant ce temps, la communauté anglophone va de l’avant avec son projet, déjà en voie de réalisation, d’implanter son Centre universitaire de santé McGill (CUSM) à Notre-Dame-de-Grâce, dans la cour de triage Glen, et le Royal Vic serait abandonné aux promoteurs pour en faire de jolis condos.
Il n’en demeure pas moins que le Québec et la métropole ont besoin d'un grand Centre universitaire de la santé à la fine pointe de la science et des technologies médicales.
Ce centre devrait desservir les divers établissements hospitaliers universitaires du Québec, particulièrement les facultés et les centres hospitaliers de l'Université de Montréal et de l'Université McGill, mais aussi les facultés et les centres hospitaliers de l'Université Laval et de l'Université de Sherbrooke. Ces quatre campus pourraient être reliés au campus central par hélicoptères, comme c'est déjà le cas pour Sainte-Justine qui possède son héliport. Il est grand temps que ces institutions coordonnent leur développement et organisent organiquement leur coopération. Si l'Université du Québec a pu le faire, les quatre facultés de médecine pourraient y arriver, avec un peu de bonne volonté et beaucoup de lucidité.
Il ne s’agit évidemment pas de fusionner les quatre facultés en une seule, mais de les réunir dans un organisme de coordination, semblable à l’Université du Québec qui regroupe les établissements autonomes de Montréal, Québec, Rimouski, Saguenay, Trois-Rivières, Gatineau et Rouyn.
Le concept d’un Centre universitaire de la santé du Québec (CUSQ), que nous venons d’esquisser paraîtra sans doute utopique dans les circonstances actuelles. Mais il faudrait au moins retenir la nécessité scientifique et économique d’établir le plus de complémentarité possible entre les deux projets du CHUM et du CUSM. Et il semblerait souhaitable que les bâtiments désertés du Royal Vic puissent continuer d’être utilisés à des fins publiques dans le domaine de la santé.
Que ce soit sous la forme d’un centre universitaire québécois ou sous celle, moins ambitieuse, d’un centre montréalais jumelé McGill-Université-de-Montréal, nous croyons que le nouveau centre devrait être implanté le plus près possible du centre-ville et des deux facultés de médecine de Montréal. Or, justement, les établissements universitaires de santé sont, pour la plupart, situés autour du Mont-Royal, avec une concentration dans l'avenue des Pins, entre Saint-Urbain et Peel, où l'on trouve le vénérable Hôtel-Dieu, le non moins vénérable Hôpital Victoria et la faculté de médecine de McGill (sans oublier l'Hôpital général de Montréal, à proximité). Dans le même quartier, on vient d’ailleurs de transformer l’ancien hôpital Ste-Jeanne-d’Arc en un établissement moderne de soins de santé de longue durée, le Centre Saint-Georges.
En raison de son site idéal (au carrefour des avenues du Parc et des Pins, que l'on doit de toute façon réaménager), de sa valeur patrimoniale historique, de son rayonnement culturel francophone au centre de Montréal et de sa grande superficie, le campus de l'Hôtel-Dieu semble tout indiqué pour recevoir ce nouvel établissement ultramoderne.
S'il appert, comme le prétend le recteur de l'Université de Montréal, que la faculté de médecine de l'Université de Montréal doive quitter son perchoir, elle pourrait fort bien s'installer sur ce site.
Il serait évidemment utile que le campus Hôtel-Dieu soit relié par un service de navette (en surface ou souterrain) à la station de métro Place-des-Arts.
Grâce au Complexe Desjardins et à la Place des Arts, le caractère français de la métropole a pu pénétrer son centre. L'implantation du CHUM au carrefour des Pins-du Parc consoliderait cette présence. Après la défusion des arrondissements majoritairement anglophones de Montréal, les Anglo-Montréalais doivent montrer leur attachement à une ville principalement française en collaborant à ce projet, tout en assurant la préservation de deux patrimoines d'exceptionnelle qualité architecturale et d'une valeur historique incontestable.
Nous demandons donc au ministre de la Santé et au Conseil de la Ville de Montréal de faire le nécessaire pour que toute cette question puisse être reconsidérée en profondeur et dans les meilleurs délais, notamment par une consultation de l’Office de la consultation publique de Montréal.
Nous implorons le gouvernement Charest de prolonger le moratoire le temps qu'il faudra – le plus bref possible – pour consulter la population et considérer sérieusement cette option avant d'engager une telle dépense de fonds publics dans un programme aussi vital de réorganisation et de revitalisation des services de santé du Québec.
Nous invitons donc nos concitoyens à se joindre à nous, intellectuellement et financièrement, en nous manifestant leur appui et leur soutien au Comité des citoyens pour l’établissement d’un Centre universitaire de la santé sur le campus de l’Hôtel-Dieu de Montréal, aux soins de MARC BRIÈRE, C.P. 255, Succ. NDG, Montréal, H4A 3P6, (514) 488-6846, courriel: d_letourneux@hotmail.com
Marc Brière, essayiste; Jean-Pierre Bonhomme, journaliste; Corinne Côté Lévesque;
Pierre de Bellefeuille, journaliste et ancien député; Dr Yvon Gauthier, ex-doyen de la Faculté de médecine de l’Université de Montréal; Pierre Joncas, essayiste, Phylis Lambert, architecte; Robert Laplante, directeur de L’Action nationale; Dr Denis Lazure, psychiatre et ancien ministre; Dr Robert Michaud; Louise Paquet, consultante.
Pour créer un véritable centre hospitalier universitaire
Pierre Duquette Neurologue au CHUM
Marc Girard Neurologue au CHUM
Alexandre Prat Neurologue au CHUM
Patrick Cossette Neurologue au CHUM
Le Devoir vendredi 10 décembre 2004
Montréal n'est toujours pas doté d'un véritable centre hospitalier universitaire francophone, c'est-à-dire un lieu où convergeraient les sciences de la santé. Il est bon de rappeler qu'à l'origine, l'édifice qui est devenu l'hôpital Sainte-Justine devait abriter l'hôpital universitaire. Le lieu était judicieusement choisi, faisant partie du campus principal de l'Université de Montréal. Bien qu'il semble acquis que les gouvernements donneront suite au projet de construire un hôpital universitaire, le site et la composition de ce futur hôpital universitaire font l'objet de nombreux débats depuis plus de dix ans maintenant.
Il serait réducteur de se contenter d'envisager la construction d'un hôpital universitaire qui résulterait uniquement de la fusion, actuellement accomplie sur le plan organisationnel, de l'Hôtel-Dieu, de Notre-Dame et de Saint-Luc. Bien que méritoire et rendue nécessaire pour éviter l'éparpillement de leurs ressources, cette fusion ne corrige pas une situation qui prévaut depuis aussi longtemps qu'on se rappelle, à savoir la séparation de la recherche fondamentale en santé et en physiologie de la recherche clinique.
Les divers scénarios qui ont été envisagés, à savoir chacun des trois sites, ensuite le 6000 de la rue Saint-Denis, puis le 1000 de la rue Saint-Denis, ont chacun leurs avantages et leurs inconvénients. Aucun de ces sites n'est toutefois en mesure d'accueillir ce qui serait une véritable cité de la santé, un lieu qui réunirait l'ensemble des acteurs des milieux qui explorent la physiologie de l'humain et les correctifs qu'on tente, le cas échéant, d'y apporter.
En ce sens, le projet présenté par le recteur Robert Lacroix a le mérite de résoudre plusieurs problèmes auxquels nous sommes confrontés en offrant les locaux recherchés pour l'expansion de l'université et en autorisant le regroupement des facultés des sciences de la santé.
Le mont Royal à préserver
On doit dire que l'emplacement lui-même, à savoir la cour de triage d'Outremont, peut paraître surprenant. Il s'agit là en effet d'une espèce de no man's land. Cependant, aucun citoyen ne souhaite l'addition d'autres immeubles sur le mont Royal, un site qu'il faut préserver à tout prix, pendant qu'il en est encore temps. La cour de triage d'Outremont, peu utilisée, offre de grandes possibilités d'expansion. Ce quartier, anonyme à l'heure actuelle, connaîtrait du coup une formidable expansion.
C'est également un quartier multiethnique qui reflète bien l'image de Montréal. Le site de l'Hôtel-Dieu, également à proximité de la montagne, n'offre pas les mêmes espaces, d'autant plus qu'il faut sauvegarder la valeur patrimoniale de cet extraordinaire complexe architectural. Les sites Notre-Dame et Saint-Luc, pour leur part, sont trop éloignés de l'université.
Le site Outremont comporte, il est vrai, certains inconvénients d'accès, mais il est desservi par deux stations de métro, et l'ouverture de la rue Saint-Zotique vers l'ouest le rendrait ouvert à la circulation en provenance de l'est de la ville. On ne doute pas que puisse être résolu le problème du passage des voies ferrées encore en fonction ou à l'étape de la planification (train de banlieue de Blainville). Il pourrait même y avoir desserte du site par les trains de banlieue !
Des convergences
Le projet Outremont vaut surtout par les convergences qu'il crée. Avec le temps, nous avons fini par nous résigner à vivre dans un milieu où les acteurs du domaine de la santé sont éparpillés. Ce schisme idéologique, qui éloigne des chercheurs qui devraient travailler en synergie, doit être corrigé.
Nous avons un système d'éducation qui nous a fourni des femmes et des hommes de science remarquables. Leurs accomplissements dépassent en proportion notre poids démographique. Nous devons maintenant rassembler ces personnes en un lieu qui nous permettra de tirer profit de tous leurs talents. Ce lieu réunirait donc les chercheurs des sciences de la santé, présentement éparpillés entre l'actuelle faculté de médecine et les centres de recherche des trois hôpitaux. Il réunirait également les chercheurs des sciences connexes, soit la pharmacie, de même que ceux des autres disciplines médicales.
Il pourrait même accueillir des chercheurs des laboratoires des compagnies pharmaceutiques, dont la contribution n'est certes pas négligeable. On verrait ainsi une synergie entre les chercheurs de carrière et les chercheurs-cliniciens, d'une part, et les chercheurs dans les disciplines connexes et les chercheurs non universitaires, d'autre part. Cette synergie rehausserait le contenu théorique de la recherche pharmaceutique.
Pour toutes ces raisons, nous apportons notre appui au projet du recteur Lacroix. Nous comptons sur lui pour mobiliser les ressources de l'université, de même que pour susciter l'apport des milieux financiers, ce dernier étant inévitable face à un projet aussi ambitieux. Le projet Lacroix récupère, en l'amplifiant, le projet du CHUM, qui devient un projet de l'université, un projet mobilisateur et porteur de grandes espérances dont pourra bénéficier toute la grande communauté montréalaise. Ce lieu deviendrait un milieu d'ébullition intellectuelle, un milieu de formation incomparable. [...]
Projet à la gare de triage d'Outremont
CHUM: Québec dirait non
Denis Lessard
La Presse dimanche 12 décembre 2004
Le projet de Centre hospitalier universitaire à Outremont se heurte à d'énormes obstacles à Québec. Au ministère de l'Éducation comme au Conseil du Trésor, on estime que le projet du recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, est trop coûteux. Même le ministre de la Santé, Philippe Couillard, est passablement réticent, dit-on, au projet de l'Université de Montréal sur le terrain de la gare de triage du Canadien Pacifique à Outremont.
Selon ce qu'a appris La Presse, la cause du CHUM Outremont est déjà jugée au ministère de Pierre Reid.
À l'Éducation, on estime que les prévisions de l'Université de Montréal quant à la fréquentation de nouvelles facultés de médecine « sont exagérément optimistes ».
Même lecture au Conseil du Trésor: au ministère de Monique Jérôme-Forget, on observe que le projet d'hôpital universitaire à Outremont « coûterait beaucoup plus cher ». Au surplus, le site de l'hôpital Saint-Luc proposé en juin dernier par le tandem Brian Mulroney et Daniel Johnson offrirait les mêmes possibilités d'expansion à long terme, évalue-t-on.
150 millions de plus à Saint-Luc, selon Pomerleau
Mais, en fin de semaine, la contre-attaque se préparait déjà dans le camp des pro-Outremont. Pour l'entrepreneur Pomerleau, intéressé dans le projet du recteur Lacroix, construire le CHUM sur l'emplacement de l'hôpital Saint-Luc coûterait au bas mot 150 millions de dollars de plus que sur le terrain de la gare de triage du Canadien Pacifique.
Par ailleurs, La Presse a appris qu'une entente avait été conclue entre l'Université de Montréal et le Canadien Pacifique, qui accepte de vendre sa gare de triage. Le transporteur a assuré que la construction du CHUM à cet endroit n'entraînerait aucune conséquence sur le train de banlieue vers Blainville. Au surplus, la proximité de la voie où circulent des produits chimiques en direction du Midwest américain ne pose guère de problème: cette voie, qui avait disqualifié le site du 6000, rue Saint-Denis il y a un an, peut être déplacée, ont confirmé à La Presse des sources sûres à Transport Canada. Il y a près de 30 ans qu'Outremont veut se débarrasser de cette source de pollution par le bruit.
Certaines sources indiquent que l'ancien premier ministre Daniel Johnson, qui avait cosigné en juin dernier un rapport avec Brian Mulroney proposant Saint-Luc comme emplacement du futur CHUM, se serait ravisé. Mais ces indications restent à confirmer.
« Au moment de la rédaction du rapport Mulroney-Johnson, le projet d'Outremont n'existait pas », explique-t-on pour justifier la volte-face.
Sentant aussi la soupe chaude, l'Université de Montréal multiplie les démarches. Doyen de la faculté de médecine, Jean-Lucien Rouleau a incité tous les médecins de l'établissement à transmettre une lettre circulaire au premier ministre Charest en faveur du projet d'Outremont.
Vendredi, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, s'est contenté de confirmer que le nouvel « avis » de Daniel Johnson avait été communiqué au Ministère. « J'espère qu'on pourra l'annoncer avant les Fêtes, mais on a devant nous un projet de plus d'un milliard de dollars. Alors s'il faut prendre quelques jours de plus pour l'analyser correctement, on le fera », a dit M. Couillard. Il n'a pas nié les rumeurs voulant qu'il privilégie toujours le choix de l'hôpital Saint-Luc comme emplacement du nouveau CHUM, « mais les préférences ou les idées préalables passent au second plan » quand on doit décider d'un « projet aussi important pour le Québec », a dit M. Couillard.
150 millions de moins à Saint-Luc, selon le CHUM
Les évaluations faites par l'entrepreneur Pomerleau avaient été transmises directement l'été dernier au ministère de la Santé, a-t-on appris. Lors d'une rencontre avec Juan Roberto Iglesias, sous-ministre de la Santé, la firme qui avait été retenue par la commission Mulroney-Johnson pour son rapport de juin dernier avait très durement critiqué le projet de construction au 1000, rue Saint-Denis, où se trouve l'hôpital Saint-Luc.
Selon nos sources, Pierre Pomerleau, qui avait fait la présentation, avait tiré à boulets rouges sur le projet de rénovation de Saint-Luc. Pour lui, un hôpital de 700 lits coûtera à cet endroit pas moins de 150 millions de dollars de plus que sur un terrain plus grand où l'entrepreneur n'est pas forcé de construire en hauteur.
Cette lecture est diamétralement opposée à celle de la direction du CHUM, qui évalue à 662 millions de dollars le coût à Saint-Luc, contre 812 millions à Outremont.
De son côté, Axor, l'entrepreneur intéressé par le projet de Saint-Luc, soutient que de construire l'hôpital à Saint-Luc coûterait beaucoup moins cher qu'à Outremont - quelque 300 millions de moins, selon des sources chez cet entrepreneur.
Pour Pomerleau, le choix d'Outremont aurait pour premier avantage de permettre la récupération des plans techniques préparés pour le site du 6000, rue Saint-Denis, ce qui représente une économie de plus d'un an et de plusieurs millions de dollars.
Mais surtout, on éviterait d'investir dans un projet qui risquerait de se transformer en gouffre financier.
Le projet de Saint-Luc, qui suppose une construction verticale (six étages en sous-sol et 17 en hauteur), est bien plus coûteux qu'une série de pavillons moins élevés. En outre, on devra composer avec d'importantes contraintes à cause des rues Sanguinet et de La Gauchetière.
Pour Pomerleau, il fallait prévoir une « prolongation substantielle de l'échéancier, de 24 à 36 mois », avec le projet Saint-Luc, sans compter une année supplémentaire pour adapter les plans fonctionnels et techniques du projet d'origine à l'emplacement du 1000, rue Saint-Denis.
Autre obstacle, Saint-Luc nécessite une construction par étapes: on devra d'abord bâtir la nouvelle section, puis y déménager tout l'équipement de l'actuel hôpital Saint-Luc avant de procéder aux rénovations. Selon Pomerleau, il faut prévoir une période de désorganisation qui durera plus de six ans si on opte pour Saint-Luc.
Projet à la gare de triage d'Outremont
La cohabitation souhaitable du CHUM et de l'UdeM
Collectif
Le Devoir mardi 14 décembre 2004
Lettre à Philippe Couillard, ministre de la Santé et des Services sociaux
Monsieur le Ministre. [...] Il nous paraît important de réaffirmer que la cohabitation du CHUM et des facultés des sciences de la santé représenterait sans aucun doute un atout pour le système de santé du Québec et pour l'ensemble de la société québécoise. Cette cohabitation ouvrirait également de formidables perspectives de développement pour l'Université de Montréal, qui est la seule université du Canada à couvrir tout le spectre des programmes en sciences de la santé.
Aussi souhaitable soit-il, le jumelage des facultés de l'Université et du CHUM ne saurait toutefois se faire au détriment de nos programmes et de la formation de nos étudiants. Or, le déménagement des facultés au centre-ville, tel qu'il est envisagé dans le projet d'implantation du CHUM à l'hôpital Saint-Luc, constitue une grave entorse à la logique du développement académique et scientifique qui a présidé à la création des programmes en santé de l'Université de Montréal. Un tel scénario ne nous paraît pas viable à court ni même à long terme, et ce pour deux raisons.
La première, c'est que le vaste domaine des sciences de la vie ne peut se passer des infrastructures de recherche de disciplines connexes comme le génie, la chimie, la physique, l'informatique, voire la sociologie et le droit. Seul le campus principal de l'Université de Montréal réunit des installations aussi diversifiées en un même conglomérat multidisciplinaire. Il offre à nos étudiants et à nos professeurs des ressources qu'ils ne pourraient pas trouver ailleurs -- pour ne rien dire des services auxquels ils ont droit.
Éloigner les facultés des sciences de la santé du campus de la montagne, ce serait les priver d'un voisinage scientifique essentiel à la réalisation de leur mission et les couper des plateformes technologiques indispensables à leurs activités de recherche. Ce serait, du même coup, compromettre durablement la qualité de la recherche et de l'enseignement dans un secteur névralgique qui est au coeur des préoccupations des gouvernements et de la population du Québec.
Réseau au nord du mont Royal
La deuxième raison concerne plus directement le CHUM. Le CHUM, il faut le rappeler, est une composante essentielle de la mission de recherche et d'enseignement en sciences de la santé de l'Université de Montréal. Mais il n'est pas la seule. Au fil des ans, les facultés de médecine, de sciences infirmières, de pharmacie, de médecine dentaire et d'optométrie ont développé un vaste réseau d'établissements affiliés qui jouent un rôle tout à fait crucial dans la formation des professionnels de la santé au Québec.
Cet ensemble regroupe des établissements comme le Centre hospitalier universitaire mère-enfant (Sainte-Justine), l'Institut de cardiologie de Montréal, l'Institut universitaire de gériatrie, l'Institut de réadaptation, l'hôpital Maisonneuve-Rosemont et une dizaine d'autres organismes. Il cumule 75 % des fonds de recherche de l'Université dans le domaine médical et biomédical, accueille 65 % de nos étudiants des sciences de la santé et sert de lieu de travail à plus de 60 % des professeurs de la faculté de médecine en milieu hospitalier.
Sur le plan géographique, ce réseau présente la particularité d'être concentré au nord du mont Royal, dans la zone d'influence du campus principal de l'Université. Une telle concentration est le fruit d'une longue histoire de développement de la recherche médicale et biomédicale, qui se confond avec l'histoire des soins de santé à Montréal. Elle est un gage de synergie et constitue un atout indéniable dans un monde où la tendance est à la concentration et à la mise en commun des ressources.
Déménager les facultés des sciences de la santé au centre-ville aurait pour effet de fragiliser le réseau qu'elles ont patiemment tissé avec les hôpitaux et les instituts de recherche du centre et du nord de la ville. Inversement, aménager le CHUM sur le nouveau campus de l'Université permettrait de consolider ce réseau et d'en faire un ensemble hospitalo-universitaire tout à fait unique au pays.
En termes imagés, nous dirions que c'est l'arbre qui devrait se joindre à la forêt, non la forêt à l'arbre. Il n'est pas inutile de rappeler que le pavillon principal de l'Université de Montréal a été conçu, à l'origine, pour accueillir un hôpital universitaire qui aurait fait partie intégrante de la faculté de médecine. La démographie en a décidé autrement et Montréal a raté son premier rendez-vous avec un centre hospitalier intégré au campus universitaire.
Aujourd'hui, une nouvelle occasion nous est offerte de réaliser un rêve qui remonte au début du siècle dernier. D'une superficie de 227 000 m2, le terrain de la gare de triage du CP à Outremont permettra à l'Université de Montréal de compenser le déficit d'espace dont elle souffre depuis des années pour son développement et de la désenclaver de la montagne. Il pourrait très bien accueillir le Centre hospitalier de l'Université de Montréal et parachever une intégration qui serait dans l'intérêt de tous. [...]
Monsieur le ministre de la Santé et des Services sociaux, au cours des prochaines semaines, vous aurez à faire un choix d'une importance cruciale pour l'avenir des soins de santé au Québec. [...] Nous croyons que ce sont les intérêts supérieurs de notre société qui devront guider votre choix, et non un cumul d'intérêts individuels. [...]
Jean Rouleau - Doyen, Faculté de médecine
Céline Goulet - Doyenne, Faculté des sciences infirmières
Jacques Turgeon - Faculté de pharmacie
Claude Lamarche - Doyen, Faculté de médecine dentaire
Jacques Gresset - Directeur, École d'optométrie
Louis Maheu - Doyen, Faculté des études supérieures
Joseph Hubert - Doyen, Faculté des arts et des sciences
LE NOUVEAU CHUM
Un comité interministériel recommande le 1000, Saint-Denis :
Un fossé de 700 à 800 millions de dollars sépare les deux projets
Denis Lessard
La Presse mercredi 15 décembre 2004
Québec - Que la décision sur le site du nouveau CHUM tombe aujourd'hui ou plus tard, le verdict sera le même: le gouvernement Charest devrait opter pour le 1000, Saint-Denis, où se trouve l'hôpital Saint-Luc, en dépit des pressions de l'Université de Montréal en faveur d'Outremont.
La Presse a obtenu hier les détails des recommandations du comité interministériel constitué cet automne pour statuer sur les deux projets.
Le rapport du groupe formé par les hauts fonctionnaires de la Santé, de l'Éducation, du Conseil du Trésor, du Développement économique ainsi que des Transports et de la Sécurité publique sera déposé aujourd'hui à la réunion du Conseil des ministres. Le " jury " est unanime: le projet d'un hôpital universitaire sur les terrains de la gare de triage du CP à Outremont serait beaucoup plus coûteux que celui de Saint-Luc; un fossé de 700 à 800 millions de dollars sépare les deux projets.
Les hauts fonctionnaires étaient conscients de marcher sur une corde raide, conscients que le cabinet du premier ministre Charest avait demandé un réexamen du dossier parce qu'il jugeait digne d'intérêt le projet du recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix.
Comme le sous-ministre à la Santé, Juan Roberto Iglesias, a approuvé jeudi dernier ce rapport interministériel, il est acquis que le mémoire que déposera le ministre de la Santé, Philippe Couillard, aujourd'hui au Conseil des ministres ira dans le même sens. Jouant les mystérieux, M. Couillard a refusé de mettre un projet de mémoire dans la machine administrative. Il compte déposer ses recommandations séance tenante aujourd'hui, avec " l'avis " produit par l'ancien premier ministre Daniel Johnson. La semaine dernière, son cabinet prédisait une décision dès aujourd'hui, mais on était plus évasif hier. Selon nos sources, M. Couillard a toujours préféré le projet du 1000, Saint-Denis. Lors de la dernière rencontre du comité, jeudi dernier, tous les mandarins présents ont mis un point final à leur rapport, disqualifiant le projet d'Outremont.
L'UdeM s'entend avec le CP
Soit dit en passant, l'Université de Montréal a annoncé hier qu'elle avait conclu une entente de principe avec le Canadien Pacifique sur l'acquisition des terrains de la gare de triage, entente conditionnelle toutefois à la décision de Québec, selon l'attachée de presse Sophie Langlois.
Pour le comité des mandarins, un écart de 300 à 400 millions subsisterait entre les deux projets si on faisait de Saint-Luc une technopole comparable à celle projetée par le recteur Lacroix à Outremont. À cet avantage pour l'emplacement du centre-ville s'ajoute la facture, du même ordre, autour de 400 millions, selon les chiffres évoqués par le sous-ministre des Transports Florent Gagné, souligne-t-on. Ces factures sont liées aux nécessaires travaux de réaménagement routiers et ferroviaires pour rendre acceptable le choix de l'ancienne gare de triage.
La possibilité d'extension au 1000, Saint-Denis a été un élément important, car le sous-ministre au Développement économique, Jean Pronovost, a fait valoir que le site d'Outremont pourrait, par sa puissance symbolique, présenter l'avantage de dynamiser le milieu de la recherche. Or un regroupement identique est possible à Saint-Luc. " Il y a moyen d'avoir aussi un projet à long terme à Saint-Luc ", résume-t-on. Le Trésor, représenté par Luc Meunier, approuvait cette analyse.
L'emplacement d'Outremont présente des problèmes majeurs: l'absence d'un lien autoroutier, une faille soulignée aussi dans un rapport de la firme d'urbanistes Gauthier Biancamano Bolduc préparé pour la Ville de Montréal, et que La Presse a obtenu. Montréal Ce document de 16 pages, produit en novembre, relève une longue liste d'inconvénients à l'emplacement Outremont, projet évalué à 1,46 milliard de dollars par rapport à celui du 1000, Saint-Denis (estimé à 1,2 milliard). Décrivant les " enjeux " en matière d'accessibilité, l'urbaniste relève qu'Outremont n'a pas d'accès au réseau autoroutier, ne peut compter que sur une station de métro " à faible capacité de desserte ". Il faut aussi prévoir " des délais de transport pour les services ambulanciers et la clientèle en raison des contraintes ", les ambulances devraient traverser des secteurs résidentiels. En revanche, l'accès pour les citoyens de la couronne nord serait plus facile. Sous d'autres aspects, le projet à Outremont se retrouverait isolé, il aurait à desservir un territoire anglophone à 51 % sans être désigné pour offrir des services en anglais. La liaison avec l'hôpital universitaire anglophone prendrait, en dehors des heures de pointe, moins de 10 minutes pour le 1000, Saint-Denis et moins de 30 minutes pour le CHUM Outremont.
On souligne longuement les avantages à la " redynamisation " du centre-ville, que promet le projet Saint-Luc, et la perte d'un potentiel de 2000 logements si la gare de triage est choisie pour le nouvel hôpital.
Produits toxiques
De plus, a conclu le comité interministériel, un hôpital construit à la gare de triage du CP serait à proximité de la ligne de chemin de fer desservant le port de Montréal, ce qui avait déjà disqualifié le projet du 6000, Saint-Denis le printemps dernier.
Pour le Canadien Pacifique, Denyse Nepveu, directrice des communications, a indiqué hier qu'une entente était intervenue entre CP et l'Université de Montréal pour l'acquisition du terrain de la gare de triage, mais il n'est pas question de déplacer la voie où circulent les produits chimiques, qui ne constituent toutefois que moins de 5 % du trafic. " Cette ligne va demeurer telle qu'elle est, au même endroit ", a souligné Mme Nepveu. La facture de 20 millions, évoquée par le recteur Lacroix, représente " un bon ordre de grandeur ". Selon Sophie Langlois, de l'Université de Montréal, si Québec disait non au projet de technopole à Outremont, l'UdeM ne serait pas forcée d'acheter le terrain du CP.
Au comité interministériel, le sous-ministre Luc Crépeault a fait valoir, a-t-on appris, qu'un hôpital ne peut se construire en " zone trois ", soit un secteur qui présente un risque aussi élevé. En cas de séisme, l'institution pourrait difficilement être évacuée.
À l'Éducation, le sous-ministre Pierre Lucier était absent, mais un collègue a soulevé les objections du Ministère quant aux prévisions de clientèles " optimistes " de l'UdM présentées par le recteur Lacroix.
FUTUR CHUM
Bouchard appuie le projet Outremont
Denis Lessard
La Presse jeudi 16 décembre 2004
Québec - Intervention rarissime hier de Lucien Bouchard dans un débat public. L'ancien premier ministre recommande au gouvernement Charest de s'imposer une plus longue réflexion avant de choisir l'emplacement du futur CHUM à Montréal.
Pour lui, il est clair que le projet de l'Université de Montréal dans la gare de triage du CP à Outremont serait préférable au " CHUM de compromis " du 1000, rue Saint-Denis.
" J'avoue éprouver un malaise devant la marche forcée que semblent vouloir imposer au gouvernement les protagonistes de l'emplacement du 1000, Saint-Denis ", écrit M. Bouchard dans une lettre publique publiée aujourd'hui dans les pages Forum de La Presse.
Selon lui, les pressions évidentes en faveur du centre-ville comme lieu du futur superhôpital " n'augurent rien de bon ".
Comme s'il avait pris acte de cette opinion, le cabinet du ministre de la Santé, Philippe Couillard, a souligné hier qu'aucune décision n'avait été prise au Conseil des ministres hier sur l'emplacement du futur hôpital. La dernière réunion de l'année du Conseil est prévue pour mardi, mais encore là, il n'est pas sûr qu'on y prenne une décision, a-t-on fait savoir.
En fait, a appris La Presse, le ministre Couillard n'a pas soulevé ce dossier controversé hier.
Les interventions publiques de M. Bouchard- en dehors de ses fonctions d'avocat pour le projet de la Cité du Havre, l'OSM ou la négociation de la Société des alcools- sont restées rarissimes depuis sa démission en janvier 2001. Il était seulement intervenu à un congrès de l'UPA, et a fait une intervention au téléthon du CHUM où il avait ouvert la porte à une plus grande place pour le privé en santé.
Son gouvernement avait opté pour la circonscription d'André Boisclair, et choisi le 6000, Saint-Denis pour construire l'hôpital universitaire. " Je peux bien le dire, je regrette que la localisation de la gare de triage d'Outremont n'ait pas été du nombre des options considérées par l'étude de l'an 2000. Je suppose que personne n'imaginait alors que le CP puisse être persuadé de s'en départir ", dit M. Bouchard, saluant au passage " l'engagement personnel de M. Paul Desmarais dans la négociation avec le CP ", avec lequel l'Université vient de signer " une option d'achat sur ce joyau immobilier ".
Pour M. Bouchard, le gouvernement Charest doit engager une réflexion " substantielle, sereine et objective " avant d'opter pour l'un ou l'autre des endroits. Un choix plus objectif pourrait être obtenu si on sollicitait l'avis d'entités impartiales et spécialisées dans le domaine, suggère M. Bouchard. Il souligne aussi que le dossier " aurait tout à gagner d'un climat moins bousculé, moins émotif et davantage nourri des données factuelles ".
Dans une série d'une douzaine de questions, M. Bouchard relève, comme la députée péquiste Louise Harel à l'Assemblée nationale hier, que l'emplacement du 1000, Saint-Denis, évalué en l'an 2000, avait été alors été " jugé inapte ".
Selon M. Bouchard, quiconque a fait réaliser des travaux chez lui, qui " a eu la malencontreuse idée de tenter de faire du neuf avec du vieux ", sait qu'une rénovation coûte plus cher qu'une construction neuve. L'emplacement du centre-ville suppose une réfection majeure de l'hôpital Saint-Luc où vient par ailleurs d'être hospitalisé M. Bouchard.
L'ancien premier ministre rappelle surtout que l'hôpital universitaire anglophone a, lui, opté pour un terrain similaire à celui d'Outremont et sera construit en " pavillons ".
" Sommes-nous vraiment résignés à subir pendant des générations la comparaison d'un CHUM de compromis avec le complexe médical McGill, déployé lui sur une superficie vaste et dégagée, totalement construit en neuf, conçu selon les normes? " souligne M. Bouchard.
" Nous n'avons pas le droit de nous tromper ", conclut-il, appelant plus de rigueur et d'ouverture d'esprit dans l'évaluation des deux options.
Bouchard has nerve to comment on health matters
Josée Legault
The Montréal Gazette December 17, 2004 Friday
Given their horrendous record, there are two men who should refrain from commenting, let alone giving advice on any issue that relates to Quebec's health-care system: Jean Rochon and Lucien Bouchard.
Yet, in yesterday's La Presse, Bouchard penned a long, verbose opinion piece on the controversial choice of location for the future French-language superhospital.
Many could be forgiven for thinking a more appropriate topic for the former premier would have been an apology for the motion of blame he voted on Dec. 14, 2000, against what he alleged were Yves Michaud's "unacceptable remarks" about cultural communities. But health care it was.
Bouchard joined the lobby headed by Universite de Montreal rector Robert Lacroix, and aided by some powerful business men such as Power Corp. founder Paul Desmarais, that supports the Outremont-CP Rail yard location over St. Luc hospital in downtown Montreal.
Lacroix wants a health and science "technopolis" that would merge the U de M's medical faculties with a new hospital. The price tag is heavy: an estimated $1.7 billion before inflation and minus the predictable cost overruns in such megaprojects.
The less gargantuan and onerous St. Luc location should be excluded, Bouchard contends, because it wouldn't be prestigious enough and would have too many floors and not enough trees around it.
Since he abhors the subject, he failed to mention the underlying language issue. This part of Outremont is majority nonfranco-phone and it is already served by two anglophone hospitals, while St. Luc would be in a larger area than could serve a majority of French-speaking patients.
Bouchard also denounced the "malevolent allusions to clandestine lobbying" and defended the "selfless efforts" of Desmarais, who negotiated the sale of the CP rail yard to the U de M.
But the facts are the facts. It was thanks to a series of investigative pieces in Le Devoir that Lacroix's backroom lobbying was finally exposed. It was so clandestine even the CHUM board hadn't been informed of it when Lacroix started lobbying the Charest government.
Fearing the government will opt for the St. Luc site, Bouchard ironically is now asking for more "transparency and information" regarding the CHUM. When he was premier, he never did practise these two virtues whether on the CHUM or a host of other issues.
As for Desmarais's role, it remains troubling on two counts. First, he negotiated with CP the sale of its rail yard without any mandate from the government or the CHUM board. Last time Quebecers looked, Desmarais, though he might be powerful, was neither health minister nor premier.
Second, it's impossible to escape the impression that La Presse, a paper he owns, has been commandeered in the lobby campaign for the Outremont site through a number of favourable articles, editorials and columns. Bouchard's op-ed piece - also reported on the front page - is the latest attempt to try to sway the government's choice.
La Presse has the freedom to defend what it wants, but Bouchard or anyone else shouldn't take offence such relentless campaigning in a paper owned by a man who belongs to Lacroix's lobby raises more than a few eyebrows. Especially considering the opposition to the Outremont site keeps mounting among the public as well as community and health-care groups.
If the cruel truth be told, Quebecers might have been able to afford Lacroix's grandiose project if Bouchard's own zero-deficit follies hadn't crippled our health-care system. Bouchard failed to invest to meet two crying needs: more doctors and nurses and better equipment. Those should be the priority.
If the Quebec media could get over the strange fascination they have for Bouchard, they would remember his policies created what's bringing our public system down: a dramatic shortage of doctors and nurses as well as depleted hospitals that were kept from getting the latest technology to provide better care.
To get his zero-deficit budget, Bouchard ousted close to 20,000 health-care workers of all stripes with hefty premature retirement packages. To save more, he limited admissions to medical schools. He slashed across the system, closed 2,800 hospital beds and created a monster called "virage ambulatoire." All this, he said with a straight face, was to "save" our system.
The medical staff left is dangerously overworked. Cuts in cleaning budgets in hospitals facilitated the spread of C. difficile. This fall, on CKAC, Health Minister Philippe Couillard admitted such cuts had cost lives. Given our situation, a glitzy technopolis is not what the doctor ordered.
If Couillard announces the CHUM location before Christmas, chances are it will be