HYDRO-QUÉBEC : Vers une autre hausse de tarif
Hélène Baril
La Presse lundi 6 décembre 2004
Forte de l'appui de plusieurs spécialistes qui estiment que l'électricité ne coûte pas assez cher au Québec, Hydro-Québec se présente ce matin devant la Régie de l'énergie pour justifier une autre augmentation de ses tarifs.
Hydro réclame une hausse de 2,7 % à compter du 1er avril 2005. Si la société d'État obtient gain de cause, il s'agira de la troisième augmentation du prix de l'électricité en un peu plus d'un an, pour un bond total de 7,1 %. Pendant cette période, le niveau de l'inflation n'a augmenté que d'environ 2 %.
Pour l'économiste Pierre Fortin, Hydro est sur la bonne voie. La société d'État doit absolument augmenter ses tarifs plus rapidement que l'inflation pour réduire la surconsommation et se donner au plus vite une marge de manoeuvre qui lui permettra d'accroître ses exportations, estime-t-il.
Une augmentation de 7,1 % en 15 mois, c'est beaucoup en peu de temps, croient par contre les organismes qui s'opposent à cette nouvelle requête d'Hydro-Québec. " Il s'agit d'une hausse injustifiée ", explique Isabelle Therrien, membre du comité sur l'énergie de l'Union des consommateurs.
Après les neuf premiers mois de l'année, le profit engrangé par Hydro atteint déjà 1,8 milliard de dollars, souligne-t-elle. " Si le gouvernement veut renflouer ses coffres, qu'il passe par la fiscalité. "
Selon l'Union des consommateurs, la facture d'électricité accapare déjà 15 % des revenus de plusieurs ménages au Québec. L'électricité coûte moins cher ici qu'ailleurs en Amérique, reconnaît Isabelle Therrien, mais les contribuables québécois ont payé pour le développement d'Hydro-Québec et doivent bénéficier de cet investissement collectif. " Il s'agit d'un bien essentiel dans un climat extrêmement froid. "
L'Union des consommateurs, qui regroupe neuf Associations coopératives d'économie familiale (ACEF), a invité la population à manifester son opposition à une nouvelle hausse des tarifs d'électricité ce matin devant les bureaux de la Régie de l'énergie, au Square Victoria à Montréal.
30 $ par année
Dans sa requête à la Régie de l'énergie, Hydro-Québec ne peut pas justifier sa hausse de tarifs par la nécessité de se doter d'une marge de manoeuvre pour faire plus d'argent en exportant davantage, comme le souhaite le premier ministre Jean Charest.
Devant la Régie, Hydro-Québec est scindée en trois entités distinctes, soit Production, Distribution et Transport, dont seules les deux dernières sont obligées par la loi à rendre des comptes publiquement.
La division Production engrange les revenus d'exportation et c'est la division Distribution qui doit justifier la hausse de tarifs. Jusqu'à maintenant, Hydro avait plaidé la nécessité de rentabiliser chacune de ses divisions, la Distribution étant la plus déficitaire, selon la nouvelle comptabilité de la société d'État.
Cet argument ne peut plus être utilisé, puisque la division Distribution est devenue rentable cette année. Hydro veut toutefois atteindre le rendement autorisé par la Régie pour la division Distribution, et une partie de la hausse de tarif demandée vise à obtenir ce rendement de 9,4 %.
La société d'État explique aussi que le coût des approvisionnements nécessaires pour satisfaire la demande au Québec est en hausse.
Hydro-Québec Distribution peut compter sur un bloc d'énergie de 165 térawattheures de la division Production à un coût de 2,79 cents le kilowattheure. Au-delà de cette quantité, la division Distribution doit s'approvisionner sur le marché en lançant des appels d'offres.
Le seuil de 165 Twh n'a pas encore été dépassé, à cause surtout de la grève à l'Aluminerie de Bécancour, qui est un des plus gros clients d'Hydro. Hydro prévoit toutefois que la consommation devrait dépasser les 165 Twh en 2005, l'année visée par la demande tarifaire. Hydro-Québec Distribution a lancé des appels d'offres pour compléter ses approvisionnements de 2005 et le coût moyen de cette énergie tourne autour de 7 cents le Kwh. Le coût est deux fois plus élevé que le tarif patrimonial, mais une bonne partie de cet argent reste dans les coffres d'Hydro puisqu'il est versé à la division Production.
La division Distribution plaide aussi que l'augmentation prévue des taux d'intérêt alourdira ses paiements d'intérêt. Depuis deux ans, Hydro a beaucoup profité de la baisse des taux d'intérêt pour améliorer son bilan. Ses frais financiers ont baissé de 10 % en 2003 et la baisse est de 19,3 % depuis le début de 2004.
Hydro estime que la hausse qu'elle réclame fera augmenter la facture moyenne d'électricité de 30 $ par année. La société d'État suggère à ses clients de changer leurs comportements pour mieux absorber la hausse des tarifs. Par exemple, une baisse de la température ambiante de 24 à 20 degrés Celsius pendant la nuit permettait d'économiser 45 $ par année.
Hydro propose un changement d'habitudes mais elle ne va pas jusqu'à proposer une augmentation de tarif qui varierait selon la consommation. La société d'État l'a fait une fois, et le gouvernement du Québec l'a déjà obligée à faire marche arrière devant le tollé que ça avait suscité. Les opposants soutenaient qu'une telle mesure aurait pour effet de pénaliser les plus démunis, qui consomment souvent beaucoup d'électricité parce qu'ils vivent dans des logements mal isolés.
En rabrouant Hydro, le gouvernement Charest avait promis de mettre lui-même de l'avant un programme pour atténuer les effets des hausses du prix de l'électricité pour les plus pauvres. On l'attend toujours.
Gel des dépenses?
Pour mieux faire passer ses hausses de tarifs, Hydro s'est engagée à geler ses coûts d'exploitation pendant cinq ans, soit entre 2003 et 2008. Le porte-parole de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Richard Fahey, doute qu'Hydro puisse respecter sa promesse. Stables entre 2001 et 2003, les dépenses de la société d'État sont reparties à la hausse cette année, a-t-il constaté.
La FCEI, un regroupement de PME, s'inquiète particulièrement de la hausse des salaires et des coûts d'entretien du réseau dont Hydro fait état dans les documents déposés devant la Régie. Ces hausses varient entre 3,6 et 5,2 %, ce qui est " un peu exagéré ", soutient Richard Fahey.
La FCEI s'oppose par ailleurs à une augmentation des tarifs d'électricité supérieure au taux d'inflation, ce qui est contraire à ce que les dirigeants d'Hydro avaient promis lorsque le gel des tarifs a été levé en 2003.
Depuis un an, le coût de l'électricité a bondi de 4,4 %, a-t-il rappelé, ce qui est difficile à absorber dans les entreprises. Résultat, " 85 % des PME du Québec s'inquiètent au sujet de leur rentabilité ", note Richard Fahey.
Hydro-Québec Une facture plus élevée pourrait financer la santé et l'éducation
Hélène Baril
La Presse jeudi 9 décembre 2004
Le président d'Hydro-Québec, André Caillé, croit qu'il faut éliminer le bloc d'électricité réservé pour tous les clients du Québec à 2,79 cents le kilowattheure et obliger tout le monde à payer le prix du marché, soit autour de 7 cents le kilowattheure.
Une telle décision ferait passer les profits d'Hydro de 2 milliards à 5 milliards par année et donnerait au Québec la marge de manoeuvre qui lui fait cruellement défaut pour financer les services de santé et d'éducation, a-t-il expliqué hier, en marge d'une allocution devant l'Association des MBA du Québec.
C'est la première fois que le président d'Hydro remet en question publiquement le fondement de la loi qui a obligé la société d'État à réserver un bloc d'énergie de 165 térawattheures pour tous ses clients du Québec, incluant les commerces et les industries, à un prix fixe de 2,79 cents le kilowattheure (sur la facture résidentielle, le kilowatt revient à 6,30 cents avec les coûts du transport et de la distribution) et à leur faire payer le prix du marché pour la consommation globale qui dépasse ce seuil, ce qui se produira en 2005 alors que La consommation dépassera les 165 terawattheures.
L'objet de cette loi du gouvernement du Parti québécois était de s'assurer que les Québécois, qui avaient payé pour le développement d'Hydro-Québec, continuent de bénéficier de tarifs d'électricité avantageux.
Ce rabais s'avère plutôt un désavantage pour le Québec, estime aujourd'hui André Caillé, parce qu'il rend les économies d'énergie moins intéressantes et favorise le gaspillage. " On gaspille la ressource, ce qui est inacceptable tant du point de vue économique que du point de vue environnemental ", soutient-il.
Si les Québécois payaient le tarif du marché, qu'Hydro estime entre 6,5 et 7 cents le kilowattheure, leur facture serait de 2 à 3 fois plus élevée qu'elle est actuellement. Les profits d'Hydro grimperaient dans la même proportion, à 5 milliards par année, ce qui serait à l'avantage de tous les Québécois, puisqu'ils sont les actionnaires de l'entreprise, selon son président.
" Il y a quelque chose qui doit changer. Tout se passe comme si le gouvernement, ce n'est pas nous autres ", s'est-il étonné. Quand Hydro contribue au fonds consolidé de la province, l'argent ressort en services pour tous les citoyens, a-t-il plaidé.
Le Québec n'a plus les moyens de financer ces services et de faire des choix. Un des moyens de se doter d'une marge de manoeuvre, c'est de mettre " la vraie étiquette de prix " sur l'électricité.
André Caillé souligne que cette décision revient au gouvernement et pas au président d'Hydro-Québec. " Moi je suis aux cuisines et je prépare la tarte. Je travaille pour que la tarte soit la plus grande possible. Mais ce sont les élus qui doivent décider comment partager cette tarte. "
Les propos de M. Caillé seront probablement bien reçus par le gouvernement de Jean Charest, qui voudrait que le Québec exporte plus d'électricité aux États-Unis, là où les prix en vigueur sont beaucoup plus élevés qu'au Québec. La capacité d'exportation d'Hydro est limitée par l'obligation de fournir 165 térawattheures aux consommateurs québécois.
Au bureau du ministre des Ressources naturelles, Sam Hamad, son porte-parole, André Ménard, affirme que la possibilité d'annuler le décret qui fixe le prix d'un bloc d'électricité de 165 térawattheures " n'est pas envisagée par le gouvernement à l'heure où on se parle ".
Devant les MBA, André Caillé a soutenu qu'Hydro a la possibilité de créer plus de richesse, comme le pétrole a enrichi l'Alberta, à condition que son produit se vende " au vrai prix ". " On est aussi riches d'eau qu'ils sont riches de pétrole ", a-t-il affirmé.
Jusqu'à cette année, c'est au Manitoba que les tarifs d'électricité étaient les plus bas au Canada. En 2005, Hydro-Québec pourra se vanter d'avoir les tarifs les plus bas, en raison de deux hausses successives de 5 % et de 4,5 % au Manitoba.
Selon le président d'Hydro, les prix de l'électricité augmentent partout au Canada et c'est au Québec qu'ils augmentent le moins vite.
La Régie de l'énergie étudie actuellement une hausse de tarifs de 2,7 % réclamée par Hydro pour le 1er avril 2005. En 2004, Hydro a obtenu deux augmentations, une de 3 % en vigueur depuis le 1er janvier et une autre de 1,4 % qui s'applique depuis le 1er avril.
Le thème du discours de M. Caillé était: " Un milliard de dollars de bénéfices pour Hydro-Québec, est-ce trop ou pas assez? " Sans surprise, sa réponse a été que ce n'était pas assez. Dès cette année, les profits d'Hydro atteindront le double, soit 2 milliards.
Favoriser l'économie d'électricité par des tarifs plus réalistes
Jean-Marc Carpentier
Les Affaires samedi 11 décembre 2004
Opinion - Extrait de la présentation de cet expert, invité par le ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs lors de la consultation publique sur la sécurité et l'avenir énergétiques du Québec
L'énergie est un produit de plus en plus cher et qu'il est rentable d'utiliser efficacement.
Avec une facture énergétique totale d'environ 25 milliards de dollars (G$) à l'échelle du Québec, on comprend qu'un gain d'efficacité de 5 % représente une économie de plus de 1 G$ pour notre société. Pour les entreprises et les industries, tout gain d'efficacité énergétique amène une réduction des coûts de production et donc une profitabilité et une compétitivité accrue. À une échelle plus personnelle, un même gain d'efficacité de 5 % représente une économie par ménage de plus de 150 $ par année.
Une lampe qui reste allumée dans une pièce vide, une fuite d'air qui laisse échapper la chaleur d'un bâtiment, un moteur mal réglé qui consomme plus de carburant que nécessaire, un véhicule stationné dont le moteur roule inutilement sont autant d'exemples de dépenses inutiles d'énergie. Ceux qui ont une famille connaissent l'ampleur des efforts nécessaires pour convaincre un adolescent d'éteindre la lumière ou le téléviseur lorsqu'il quitte une pièce ou encore de passer moins de temps sous la douche. Il en est malheureusement de même à l'échelle de la société, où il en coûte souvent très cher de changer les mentalités et les habitudes et de maintenir ces changements au fil des ans. L'installation d'équipements plus efficaces, la modification de meilleurs procédés industriels ou l'amélioration de la performance énergétiques de nos véhicules et de nos habitations impliquent aussi des déboursés importants dont la rentabilité doit être bien évaluée avant de choisir d'investir en efficacité énergétique [...]
Il faut également se rappeler que les résultats réels des efforts en efficacité énergétique seront largement déterminés par l'évolution du prix de l'énergie et plus particulièrement des tarifs d'électricité. Rappelons qu'Hydro-Québec Distribution doit consentir un effort supplémentaire compte tenu du fait qu'elle vend son électricité selon son coût moyen de fourniture, qui est environ la moitié de son coût marginal. Ainsi, l'intérêt de ses clients à économiser l'électricité est moins grand que celui du distributeur, ce qui oblige ce dernier à consentir des efforts plus importants pour obtenir les mêmes résultats. Cette situation n'existe évidemment pas dans le secteur du gaz naturel ou des produits pétroliers, où le seul prix de fourniture pratiqué est celui qui est décrété quotidiennement par les marchés financiers sur la base de l'offre et de la demande.
Le fait pour Hydro-Québec Distribution de vendre son énergie au prix moyen masque donc l'impact du coût des nouvelles tranches de fourniture et isole le consommateur d'un véritable signal de prix.
La première étape de toute stratégie d'efficacité énergétique devrait donc consister à ajuster les prix de l'énergie de façon à donner un bon signal de prix aux utilisateurs. Dans le cas de l'électricité, cela veut dire d'augmenter le prix de fourniture du bloc patrimonial de 165 TWh dont le prix a été fixé à 2,79 ¢ le kWh par la loi 116. À court terme, il serait essentiel que ce prix suive au moins une croissance égale à celle de l'inflation. À plus long terme, il faudrait même viser à ce que ce prix se rapproche le plus possible du coût marginal de fourniture d'électricité.
À l'heure actuelle, le prix de fourniture du bloc patrimonial est inférieur d'au moins 3 ¢ le kWh au prix du marché. Cet écart totalise donc un montant de 5 G$ par année qui vient directement subventionner la consommation d'électricité et limiter ainsi très sérieusement la performance des efforts d'efficacité énergétique dans le domaine de l'électricité. Cette situation pose également un problème d'équité puisque c'est l'ensemble des citoyens contribuables qui assume le coût de cet avantage, qui est réservé à ceux qui utilisent davantage l'électricité.
lesaffaires.redaction@transcontinental.ca
Un individu «débranché»...
Dany Lafontaine Gatineau
La Presse 10 décembre 2004
Les cheveux me dressent sur la tête lorsque André Caillé soutient que nous ne payons pas assez cher notre électricité ! Selon le PDG d'Hydro, les Québécois devraient payer trois fois plus cher leur électricité, qu'ils financent à même leurs taxes et impôts...
Il faut vraiment être débranché (choix de terme volontaire...) de la réalité pour proposer cela. Il existe un consensus pour dire que les résidants du Québec sont les plus taxés/imposés en Amérique du Nord. Les libéraux ont été portés au pouvoir en promettant des baisses d'impôts, mais ils viennent nous rechercher cet argent en fouillant dans nos poches via leur vache à lait qu'est Hydro !
Deux milliards de bénéfices pour une société d'État ce n'est pas assez ? Une seule chose intelligente qu'a proposée monsieur Caillé serait de diminuer notre consommation afin de ne pas gaspiller autant d'énergie.
Une insulte à l'intelligence
Dany Lafontaine Gatineau
La Presse 10 décembre 2004
La déclaration formulée hier par le président d'Hydro-Québec sur une hausse des taux de l'électricité fournie aux Québécois est non seulement surprenante, mais constitue une insulte à l'intelligence.
Tout indique que cette déclaration du président d'Hydro-Québec ne provient pas d'une impulsion du moment. Le commentaire émis par le porte-parole du ministre Sam Hammad est très indicatif d'un ballon de sonde commandé au niveau politique.
Le grand comique
Jacques R. Lapierre Saint-Hubert
La Presse 10 décembre 2004
Le président d'Hydro Québec, André Caillé, magnanime et sérieux, désire enrichir les Québécois en leur faisant payer plus cher pour l'électricité. Drôle de paradoxe, il est devenu un grand comique et il devrait être mis en nomination comme humoriste de l'année.
Sa préparation de tarte à la farce a un drôle de goût. Comme le cannibale qui avait bouffé un clown disait qu'il avait un drôle de goût.. On dit que le ridicule ne tue pas et nous sommes habitués aux politiciens ridicules mais là, le ridicule fait mourir de rire.
Comment fait-il pour contenir son fou rire, quel acteur de grand talent. En plus, son discours comprend une menace voilée. Si vous ne payez pas, les services de santé et d'éducation vont en souffrir et vous allez donc payer quand même... Un maître chanteur ne ferait pas mieux.
Jean Charest rabroue André Caillé
Pierre Couture
Le Soleil vendredi 10 décembre 2004
Il n'est pas question de toucher au bloc patrimonial d'électricité, dit le premier ministre
Jean Charest est formel, il n'est pas question que son gouvernement modifie d'une façon ou d'une autre la loi garantissant aux Québécois un bloc d'électricité dit "patrimonial" à 2,79 ¢ le kilowattheure (KWh) et oblige tout le monde à payer le prix du marché.
"On n'a pas de projet en ce sens-là", a soutenu hier le premier ministre à l'Assemblée nationale. Il a ainsi contredit les propos tenus la veille par le pdg d'Hydro-Québec, André Caillé.
Ce dernier avait remis pour la première fois publiquement en question le fondement de la loi qui oblige la société d'État à réserver un bloc de 165 térawattheures (TWh) - 1 TWh peut alimenter environ 50 000 maisons - pour ses clients québécois à un prix fixe de 2,79 ¢ le KWh - en ajoutant les coûts du transport et de la distribution, le kilowatt est toutefois facturé à 6,3 ¢.
Au-delà de cette tranche de 165 TWh qui sera bientôt dépassée, Hydro-Québec Distribution devra s'approvisionner au prix du marché, qui varie entre 6,5 et 7 ¢ le KWh.
Selon André Caillé, le bloc actuel patrimonial constitue un obstacle aux profits d'Hydro. Une telle décision ferait ainsi bondir les profits de la société d'État à 6 milliards $ par année - ils sont actuellement de 2 milliards $ - tout en offrant au Québec la marge de manoeuvre pour financer les services de santé et d'éducation.
Bien qu'il reconnaisse que le grand patron d'Hydro soulève à titre personnel des "questions importantes pour le débat public", Jean Charest a rappelé que le sujet n'était pas à l'ordre du jour de l'actuelle commission parlementaire portant sur l'avenir énergétique du Québec. "Cette question de bloc patrimonial, ce n'est pas un sujet sur lequel on a voulu demander à la commission de se pencher", a-t-il indiqué.
Créé en 2000 par la loi 116 du gouvernement péquiste, le bloc dit patrimonial vise à protéger les consommateurs québécois contre des fluctuations importantes de prix tout en leur faisant profiter des retombées de la construction de barrages hydroélectriques.
Pour André Caillé, l'obligation de fournir les 165 térawattheures aux clients québécois vient limiter la capacité d'exportation de la société d'État.
Opposition
Évidemment, les réactions à la sortie du pdg d'Hydro ont continué d'être nombreuses hier.
"Ce genre de déclaration, c'est très dangereux", a avancé Luc Boulanger, directeur de l'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité (AQCIE).
Tout en déplorant que le dégel des tarifs a fait mal à plusieurs de ses membres, M. Boulanger argue qu'Hydro fait déjà amplement d'argent avec son tarif patrimonial à 2,79 ¢. "Et comme les tarifs québécois sont de moins en moins attrayants, on s'en va vers un exode des industriels", a-t-il prévenu.
"C'est carrément irresponsable d'avancer une telle idée, a de son côté souligné Jean-Marc Pelletier, le président du Syndicat professionnel des scientifiques de l'IREQ. Du jour au lendemain, les prix doubleraient. Ça n'a tout simplement pas de bons sens."
Selon ce dernier, il serait grand temps que quelqu'un indique la porte de sortie à André Caillé chez Hydro. "Son temps est révolu", a-t-il ajouté.
Pour l'Union des consommateurs (UC), le grand patron d'Hydro se comporte comme s'il était à la tête d'une entreprise privée. "Or, il dirige une société d'État qui jouit d'un monopole, a rappelé Charles Tanguay. Il semble prendre les Québécois pour des tartes."
M. Tanguay faisait allusion aux propos d'André Caillé à l'effet qu'il était aux cuisines et qu'il préparait la tarte. "Je travaille pour que la tarte soit la plus grande possible. Mais ce sont les élus qui doivent décider comment partager cette tarte."
Du côté de l'Association de l'industrie électrique du Québec (AIEQ), bien que l'on trouve l'idée bonne, on invite toutefois la société d'État à la prudence. "Appliquer une telle mesure du jour au lendemain créerait un choc important chez les consommateurs. Cela mérite une analyse plus poussée", a convenu le président de l'Association, Jacques Marquis.
La Fédération canadienne de l'entreprise indépendante (FCEI) a trouvé toutefois rafraîchissant le discours du pdg d'Hydro. "Les défis de la tarification sont bien identifiés", a souligné Richard Fahey, le vice-président de la section Québec. Avec les tarifs actuels en vigueur, la FCEI affirme que les clients commerciaux et institutionnels d'Hydro paient 18 % trop cher leur électricité et les clients domestiques 20 % en moins.
Quant à la porte-parole de l'opposition officielle en matière d'énergie et députée péquiste de Rosemont, Rita Dionne-Marsolais, elle invite le pdg d'Hydro à venir s'expliquer en commission parlementaire en janvier. "Ce sera là une bonne occasion d'avoir l'heure juste des visées de M. Caillé", a-t-elle fait valoir.
PCouture@lesoleil.com
L'excellente idée de M. Caillé
André Pratte
La Presse lundi 13 décembre 2004
Éditorial - Le président d'Hydro-Québec, André Caillé, a exprimé le souhait que les tarifs d'électricité payés par les Québécois grimpent graduellement pour rejoindre les prix du marché. L'idée a été tuée dans l'oeuf par le premier ministre, Jean Charest. On comprend pourquoi: une augmentation d'une telle ampleur, même graduelle, soulèverait la population. Pourtant, la proposition de M. Caillé promettait de grands avantages pour le Québec.
Rappelons comment les tarifs d'électricité sont établis au Québec: le prix de l'énergie produite par les installations existantes, dite " patrimoniale ", est fixé par la loi à 2,79 cents le kilowattheure. À ce montant s'ajoutent les coûts de transport et de distribution.
Si l'augmentation suggérée par M. Caillé était mise en vigueur aujourd'hui, le tarif payé par le consommateur résidentiel passerait de 6,40 cents à 10,20 cents le kilowattheure. Pour un bungalow typique, la facture mensuelle moyenne grimperait de 128 $ à 204 $. Un bond impressionnant. C'est pourquoi le président d'Hydro-Québec parlait d'une hausse graduelle.
Pourquoi augmenter les tarifs à ce point? Une hausse du prix de l'hydroélectricité au niveau du prix du marché aurait deux effets bénéfiques. Un: ce serait le moyen le plus efficace pour convaincre les Québécois de diminuer leur consommation d'énergie. Deux: une telle augmentation générerait des revenus considérables pour Hydro, et donc pour le gouvernement. On parle d'un montant de quatre milliards par année!
Une telle somme, partagée entre Hydro-Québec et le gouvernement, augmenterait sensiblement les capacités d'investissement de la société d'État. Que ferait le gouvernement avec les autres deux milliards par an? Certains voudraient les voir dépensés en santé et dans d'autres priorités gouvernementales. L'augmentation des tarifs ne serait alors rien d'autre qu'une hausse d'impôts déguisée.
Un comité d'experts formé l'an dernier par La Presse avait aussi proposé que le prix de l'électricité vendue au Québec soit substantiellement augmenté. Ce comité estimait cependant que les milliards ainsi recueillis devraient être versés dans un nouveau " Fonds d'infrastructures du Québec (...) consacré à des immobilisations prioritaires pour le développement économique du Québec. "
L'économiste réputé Pierre Fortin suggérait pour sa part ces jours derniers que les sommes amassées grâce à de telles hausses de tarifs soient consacrées au remboursement de la dette. Dans un scénario comme dans l'autre, les Québécois mettraient à profit leur plus grande ressource naturelle par des investissements à long terme, plutôt que pour leur bien-être à court terme. Il ne fait pas de doute que, du point de vue de la prospérité du Québec, de tels investissements seraient de loin préférables.
Malheureusement, les citoyens sont peu portés sur le long terme. Par conséquent, les politiciens ont tendance à ne pas voir plus loin que les prochaines élections. D'où l'enterrement de première classe réservé à l'idée mise de l'avant par le président d'Hydro-Québec. Une excellente idée.
Non à Hydro-Québec
Pierre Jury
Le Droit samedi 11 décembre 2004
Véritable coup de force qu'a tenté le grand manitou d'Hydro-Québec, cette semaine. Fin renard, André Caillé a d'abord remis en question le "bloc patrimonial", expression alambiquée qui désigne le tarif "préférentiel" dont profitent les consommateurs québécois d'électricité.
À 2,79 cents du kilowatt-heure, ce taux est de toute évidence le plus modeste en Amérique du nord. Et il est bien en deçà des coûts de production de l'hydroélectricité au Québec.
M. Caillé a suggéré que le tarif résidentiel devrait grimper aux alentours de 6,5 à 7 cents le kilowattheure, une hausse de 230 à 250 %. Pour dorer la pilule, il a avancé que le Québec aurait ainsi 3 milliards $ de plus pour investir selon ses priorités, comme la santé et l'éducation.
Hydro-Québec a dégagé des profits de 1,9 milliard $, en 2003, qu'il a aussitôt versé au Trésor québécois sous forme de dividende. M. Caillé fait donc miroiter des profits de 5 milliards $.
Habile communicateur et encore plus fin stratège, André Caillé a ainsi mis de la pression sur le conseil des ministres qui risque d'être divisé devant un tel miroir aux alouettes.
Par chance, le premier ministre Jean Charest a vite mis fin aux rêves du patron d'Hydro-Québec. Ce geste décidé est un vibrant rappel à l'ordre. Ce dernier n'a pas à se mêler des finances publiques et des priorités de l'État avec le dividende d'Hydro-Québec qu'il a su faire croître au fil des ans. Et il ne dupera personne en soutenant qu'il s'exprimait "en son nom personnel et non à titre de président d'Hydro" : quand André Caillé parle d'électricité, il parle toujours à titre de président d'Hydro.
Quant au "bloc patrimonial", reconnu ainsi par une loi en 2000, s'il doit faire l'objet de discussions, c'est au cabinet que cela doit se faire, ou au forçail, par M. Caillé devant une commission parlementaire. C'est pourquoi son témoignage a eu l'air d'un coup de force pour contraindre l'état québécois à revoir sa stratégie énergétique.
Par ailleurs, la semaine dernière, l'économiste Pierre Fortin reprenait le refrain d'une hausse des tarifs d'électricité car il croit que cela s'avérera un moyen efficace de réduire la consommation d'électricité des Québécois. À ce chapitre, il a raison : toute hausse de coûts faire baisser la consommation. C'est vrai pour l'électricité, c'est vrai pour le tabac, c'est vrai pour l'essence, etc.
Des mesures incitatives sont préférables
Mais lorsque le Québec était divisé sur la pertinence de la centrale au gaz naturel au Suroît, nous avons clairement énoncé qu'un moyen plus respectueux de faire réduire la consommation des Québécois était de lancer une grande campagne d'économie d'énergie, accompagnée d'un train de mesures incitatives. Ce travail reste à faire. Il pourra non seulement ralentir la croissance de la demande, mais abaisser la consommation.
Tout ce branle-bas de combat, ne l'oublions pas, sert bien André Caillé, car il détourne l'attention du public des vrais débats qui se déroulent devant la Régie de l'énergie du Québec. Hydro-Québec y défend, ces semaines-ci, sa demande d'une troisième hausse de tarifs en 15 mois, de l'ordre de 7,1 %. En retour d'une approbation de la Régie de l'énergie, Hydro-Québec accepterait de geler certains frais pour plusieurs années.
Nous ne croyons pas que ce soit là la plus prudente des stratégies. Nos budgets, publics comme personnels, sont mieux servis lorsqu'on inclut une provision pour une hausse de coûts équivalente à l'inflation, qui tourne autour d'un raisonnable 2 % ces années-ci. Les prix grimpent marginalement, ça suit les hausses du coût de la vie, personne ne pousse les hauts cris. C'est lorsque les pourcentages de hausses triplent ou quadruplent le taux d'inflation que la population rue. Avec raison.
C'est un phénomène que nous constatons un peu partout. Maintenir un gel des prix sur quelques années provoque, par la suite, une douloureuse course au rattrapage budgétaire. Même devant la Régie de l'énergie, il vaudrait mieux qu'Hydro-Québec prévoie une stratégie pour des hausses graduelles des coûts, pour tous ses usagers, résidentiels, commerciaux et industriels. Ce serait une sage voie à emprunter.
pjury@ledroit.com
Les experts sont unanimes: l'électricité doit augmenter
Hélène Baril
La Presse mercredi 15 décembre 2004
Tous les experts à qui le gouvernement Charest a demandé des avis pour la commission parlementaire sur l'énergie sont d'accord avec le président d'Hydro-Québec et pensent que les tarifs d'électricité doivent augmenter au Québec.
Le premier ministre Jean Charest, qui s'est empressé d'écarter la proposition d'André Caillé d'éliminer le décret qui fixe le prix de base de l'électricité à 2,79 cents le kilowattheure, ce qui représente un rabais important, devra donc faire fi de l'opinion de ces six experts. Ils s'entendent pour dire que le prix actuel encourage le gaspillage de la ressource et nuit au développement des sources d'énergie alternatives comme le solaire et l'éolien.
Certains, comme Pierre-André Bourque, professeur au département de géologie de l'Université Laval, sont tout à fait d'accord avec André Caillé et pensent qu'il faut utiliser Hydro-Québec pour augmenter les revenus du gouvernement et assurer le maintien des services publics. " Il faut trouver une source de revenus quelque part ", a-t-il expliqué dans un entretien avec La Presse Affaires.
Selon lui, l'électricité à un prix aussi bas entraîne " un gaspillage qui n'a pas de bon sens dans une optique de développement durable ".
Les tarifs actuels constituent également une subvention pour les industries. " Aucune autre province au Canada ne fait ça ", dit-il.
M. Bourque va encore plus loin que le président d'Hydro et suggère de convertir le chauffage à l'électricité au gaz naturel, afin d'utiliser l'électricité à meilleur escient. " À prix égal, il vaut mieux chauffer au gaz et vendre l'électricité ", dit-il.
Si on arrive ainsi à remplacer de l'électricité produite par des sources d'énergie plus polluantes comme le mazout et le charbon, tout le monde y gagne, estime le géologue.
Alain Webster, un autre des experts consultés par le gouvernement, est d'accord avec M. Bourque pour encourager la conversion du chauffage au gaz naturel, " à condition que ça permette une réduction réelle des gaz à effet de serre ".
Chargé de cours à l'Université du Québec à Montréal et à l'Université de Sherbrooke, M. Webster croit lui aussi que l'augmentation des tarifs d'électricité serait à l'avantage de la société québécoise. " Si on consomme autant d'électricité, c'est parce qu'on a accès à une ressource bon marché ", constate-t-il.
Avec ces revenus supplémentaires provenant de tarifs plus élevés, le gouvernement pourrait réduire les impôts, suggère-t-il.
Toute augmentation des tarifs d'électricité devrait être assortie de mesures pour en atténuer l'impact sur les plus pauvres, souligne toutefois Alain Webster. " Ce n'est peut-être pas le rôle d'Hydro-Québec de réduire les iniquités mais ce n'est pas non son rôle de les augmenter ", dit-il.
Une place pour le gaz naturel
Joseph A. Doucet, professeur à l'Université de l'Alberta, est du même avis que M. Bourque, comme quoi le gaz naturel devrait occuper une plus grande place dans le bilan énergétique du Québec, notamment pour le chauffage. " Cette filière pourrait contribuer positivement à augmenter la valeur du parc de production hydroélectrique et améliorer la fiabilité du réseau québécois à un coût moins élevé que des investissements hydroélectriques ", explique-t-il dans son avis au gouvernement.
Il faudrait toutefois que le prix de l'électricité augmente, selon lui, parce qu'avec les tarifs actuels réglementés, il est pratiquement impossible pour le chauffage thermique de concurrencer le chauffage électrique au Québec, même si ce dernier peut être moins efficace.
La position de Pierre Fortin, professeur à l'Université du Québec à Montréal, est déjà connue et elle est similaire à celle exposée la semaine dernière par le président d'Hydro. Hydro peut augmenter considérablement les revenus du gouvernement, croit-il. Le professeur estime que le Québec peut très bien augmenter les tarifs d'électricité en se gardant un léger avantage concurrentiel avec ses voisins immédiats, afin continuer d'attirer des entreprises. Pour des raisons environnementales et économiques, deux autres spécialistes consultés par le gouvernement Charest, Gaëtan Lafrance, professeur à l'Institut national de recherche scientifique, et Jean-Marc Carpentier, consultant en énergie, sont également d'avis que le prix de l'électricité au Québec doit augmenter.
Pour refléter la vraie valeur de l'électricité, les tarifs devraient être augmentés de 60 %, croit ainsi M. Carpentier. Une telle hausse est énorme et devrait être étalée dans le temps, estime-t-il.
L'économiste Luc Savard, de l'Université de Sherbrooke, n'a pas participé aux travaux préparatoires à la commission parlementaire sur l'énergie, qui commence ses travaux le 25 janvier prochain. Le gouvernement devra prendre des décisions difficiles, estime-il. " Les Québécois ne veulent pas des exportations aux États-Unis, ils ne veulent pas d'augmentation de tarifs, ni de hausse des impôts. On veut maintenir les programmes sociaux et protéger l'environnement. On a un problème ", résume-t-il.
Coût de l'électricité: les consommateurs se sentent floués
Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir jeudi 23 décembre 2004
Les Québécois paient leur électricité plus cher qu'il n'en coûte à la produire et Hydro-Québec doit venir justifier en commission parlementaire, et pas seulement devant la Régie de l'énergie, ses intentions de relever les tarifs.
C'est ce qu'a affirmé hier la porte-parole de l'opposition en matière d'énergie, Rita Dionne-Marsolais, qui a aussi été ministre responsable du portefeuille énergétique dans le gouvernement Landry. Mme Dionne-Marsolais réagissait au dévoilement des coûts de production de l'hydroélectricité de la Baie-James, soit le tiers de la production québécoise, dans le cadre de l'étude d'impacts sur la dérivation des eaux de la Rupert.
L'étude d'impacts révèle - ce qu'Hydro-Québec n'a jamais voulu divulguer devant la Régie de l'énergie - que l'électricité de la Baie-James lui coûte en moyenne 1,58 ¢ du kilowatt-heure (kWh). Elle vend à sa filiale Distribution cette électricité, qui fait partie pour l'essentiel de ce qu'on appelle le bloc «patrimonial» de 165 TWh, au prix de 2,79 ¢ le kWh. Et sa filiale Distribution la vend au propriétaires du secteur résidentiel à 6,3 ¢ du kWh, incluant le transport et la distribution. Le bloc d'électricité patrimoniale, soit la base de la consommation au Québec, a été gelé au prix de 2,79 ¢ parce que la Régie de l'énergie n'a plus mandat de contrôler les coûts de la production d'électricité, ce qui exigeait un autre moyen pour éviter que le monopole public n'abuse de sa position dominante dans le marché québécois.
Il y a quelques semaines, le p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, lançait un ballon qui a fait frémir les associations de consommateurs, petits et grands. Il affirmait qu'il serait très avantageux pour le Trésor public qu'Hydro-Québec hausse le prix de l'électricité patrimoniale de 2,79 ¢ du kWh à 7 ou 8 ¢ du kWh, soit le prix de l'électricité acheté dans les blocs d'énergie achetés récemment par appel d'offres avec le secteur privé.
Ces faits, estime Mme Dionne-Marsolais, «contredisent l'affirmation selon laquelle l'électricité patrimoniale ne reflète pas le vrai coût de l'électricité. Au contraire, les Québécois paient même un peu plus cher que ce qu'il en coûte vraiment. [...] L'hydroélectricité est une variable stratégique du développement économique, social et régional du Québec depuis plus de 40 ans et dans un contexte de mondialisation, elle doit le demeurer.»
Quant aux groupes de consommateurs, ils ont eux aussi bondi, d'autant plus qu'Hydro réclame une nouvelle hausse de 2,5 %.
«Ce sont des données qui étaient restées secrètes», a noté Charles Tanguay, porte-parole de l'Union des consommateurs, qui ajoute cependant qu'elles ne peuvent être invoquées devant la Régie de l'énergie, à qui Québec a enlevé le mandat de valider les coûts de production d'Hydro-Québec avec la loi 116.
«On trouve ça incroyable», a dit Geneviève Reid, responsable de la recherche à Option consommateurs. «Ça n'a aucun sens qu'on demande des hausses de tarif. Il faut revoir le cadre réglementaire de la production d'Hydro-Québec.»
«Quand on nous dit qu'il s'agit là d'une subvention [pour le bloc patrimonial d'électricité vendu à rabais aux Québécois], on nous ment. Les chiffres dévoilés aujourd'hui le démontrent. On se fait bourrer!», ajoute de son côté Charles Tanguay.
De son côté, Hydro-Québec a tenté de se justifier.
«Le 1,58 ¢ par kilowattheure est pour trois centrales de la Baie-James, et non pour les 18 (au Québec), a dit Christine Martin, porte-parole d'Hydro-Québec. [...] Le coût de production de l'ensemble du parc d'Hydro-Québec est de 2 ¢.»