TRIBUNE LIBRE
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Langue et intégration
Charles-Philippe Courtois, Montréal
TRIBUNE LIBRE 6 décembre 2004
La récente publication par l’OLF d’une étude sur l’usage du français au Québec aurait pu susciter des réflexions sur les défis de l’intégration de l’immigration au Québec. Le souci d’inscrire dans la durée la culture québécoise, une permanente de notre histoire depuis la Conquête, passe désormais par l’intégration de l’immigration. Même les partis souverainistes, dont l’option simplifierait le message de la société d’accueil, ne se sont pas arrêtés sur une question aussi importante. L’intégration de l’immigration est un défi partagé par plusieurs sociétés occidentales, et son succès se mesure à l’aune de l’emploi, de l’absence de tensions interethniques et de racisme, mais aussi de l’intégration culturelle.
Or, lorsque seulement 45% des néo-Québécois allophones choisissent le français plutôt que l’anglais, notre politique d’immigration est un demi-échec. Oui, la Charte de la langue française a permis de sauver les meubles et oui, le français a fait d’importants progrès. Mais si l’intégration des enfants est encourageante, celle des adultes laisse encore à désirer. Le Québec passe à côté de trop de ses immigrants qui passent à côté de lui pour intégrer la société anglo-américaine.
Lorsque Mme Boileau, dans son éditorial sur la question, affirme que l’OLF ne doit pas s’immiscer dans le salon des citoyens, elle a raison, comme le gouvernement Charest avait raison de signaler que le défi de l’anglais au travail est très international.
Mais là n’est pas la question : il ne s’agit pas de harceler qui que ce soit, mais bien de s’assurer que la croissance démographique du Québec par l’immigration fonctionne. L’usage de l’anglais au travail n’empêche pas les immigrants de toute provenance d’apprendre la langue nationale en France, aux Pays-Bas, en Suède.
Le récent scandale des effeuilleuses est là pour nous rappeler que nos politiques d’immigration méritent amélioration – on laisse entrer des danseuses mais on ne permet pas à un médecin francophone de s’établir pour pratiquer.
Pour mieux réussir une intégration bénéfique à la société d’accueil comme au migrant, le Québec devrait augmenter ses efforts et les ressources allouées. Le Québec peut-il, veut-il se permettre d’être négligeant ?
La difficulté est particulière au Québec parce que d’une part, Montréal concentre l’immigration ce qui l’intègre souvent dans des réseaux anglophones, d’autre part parce qu’Ottawa contrôle la naturalisation et embrouille le message de la société d’accueil, qui devient autant la société Canadian que la québécoise, défis qui n’effleurent pas le ROC.
Voici trois suggestions pour pallier à ces difficultés :
Primo, encourager l’apprentissage du français : au point de départ, renforcé parmi les facteurs de sélection, à charge du candidat ; à l’arrivée, augmenter les cours de français.
Secundo, la régionalisation : elle passe par les chambres de commerce et les entrepreneurs, mais aussi par l’immigration des étudiants, merveilleux moyen d’intégration.
Tertio, l’initiation : Pourquoi ne pas proposer un certificat volontaire de citoyenneté, pour une brève initiation aux institutions, à l’histoire et à la culture du Québec. Mesure qui risque d’être populaire, car la connaissance brise la barrière de l’isolement. Elle pourrait se faire à côté des cours de français, recourir à des ressources comme les CEGEPs et des volontaires (profs retraités ou motivés, etc.).
TRIBUNE LIBRE
Petite histoire d’une colonisée
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 6 décembre 2004
Il était une fois, dans un pays qui n’est pas encore totalement un pays, une petite fille nommée Brigitte. Un beau jour, ne trouvant sans doute pas l’âme sœur chez les petits Québécois de son entourage, Brigitte tomba éperdument amoureuse d’un beau Canadian qui lui fit littéralement chavirer le cœur. La petite Brigitte décida qu’il était l’homme de ses rêves et l’épousa. Parce qu’il faut gagner sa croûte, la petite Brigitte, à l’instar de « notre Céline nationale », jugea que son pays natal était trop petit pour ses ambitions et déménagea dans le pays de son beau Canadian, s’installa dans la capitale unilingue anglaise de ce pays où il y a, dit-on, deux langues officielles et, à force de lichages, de suçages et de tétages, trouva un emploi dans un journal unilingue anglais de sa ville d’adoption, toujours unilingue anglaise, capitale de son plusse-meilleur-pays toujours aussi bilingue. La belle vie !
Et pour se faire aimer encore plus de ses nouveaux lecteurs, qui n’ont pas tous appris la deuxième langue « officielle » de ce pays bilinguophone, la petite Brigitte se mit à écrire des articles venimeux contre son pays natal et ses compatriotes. Ses chers lecteurs, déjà passablement échaudés dans le passé à cause des méchants « séparatisses » qui veulent casser ce beau pays des deux langues officielles et aussi à cause d’un anglophone « séparatisse » nommé à la tête de l’hôpital de la ville adoptive de la petite Brigitte, se réjouirent de voir une de ces Québécoises se rallier à eux dans le grand combat pour la sauvegarde de ce chef-d’œuvre du genre humain qu’est le Canada. Ravie de cet accueil chaleureux, la petite Brigitte continue son œuvre de dénonciation de l’esprit fermé des gens de son pays natal et, bien entendu, de leur tentation de repli sur eux-mêmes en faisant l’indépendance, rejoignant en cela la confrérie de l’empire Desmarais. Et l’aventure de la petite Brigitte en territoire canadian se poursuit avec son beau Canadian et, probablement, sa progéniture, à qui elle ne transmettra pas sa langue maternelle. Le français n’est pas nécessaire dans le plusse-meilleur-pays des tizamis de Brigitte.
Cette petite histoire est racontée à la manière d’une fable mais ce n’en est pas une. Il y a bel et bien une personne née au Québec et répondant au nom de Brigitte Pellerin qui étale sa hargne contre son pays d’origine dans un canard d’Ottawa. En matière de Quebec bashing, on n’avait pas assez de lire les immondices de Pitre-Bill Johnson, de Galganov ou d’entendre les commentaires racistes du vieux schnoque de CBC, nous devons maintenant endurer les crises d’hystérie d’une des nôtres ! Que lui a-t-on fait à cette petite bonne femme pour qu’elle se joigne ainsi à cette poignée de trous du cul dans leurs délires québécophobes ?
On ne peut expliquer autrement les chiures de mouche de la frog de service du Ottawa Citizen sinon par le fait que cette petite madame souffre du syndrome de Stockholm, lequel désigne la propension des otages partageant longtemps la vie de leurs geôliers à adopter peu ou prou le point de vue de ceux-ci. Elle n’est pas la seule ; bien des colonisés de son espèce ont subi un lavage de cerveau similaire au contact quotidien d’une nation qui les domine et au service de laquelle ils travaillent. On les voit à l’œuvre tous les jours dans les journaux de Power Corporation ou à Radio-Cadenas. Et comme il faut payer la nourriture, le char, la maison, ils savent ce qu’ils doivent faire s’ils veulent garder leur emploi. Ils le savent à partir du moment de leur embauche à La Presse ou à Radio-Cadenas. Et si l’un d’eux s’avise de défier la ligne de pensée officielle de la maison, c’est le chômage qui les attend. Et le grand boss de Power Corp. ou de Radio-Cadenas n’a pas besoin de le rappeler à ses esclaves ; ceux-ci ont parfaitement bien compris ce qu’on attend d’eux. Et ils obéissent au doigt et à l’œil, comme des chiens savants.
Que des journalistes canadians salissent le Québec n’a rien d’étonnant. Ils regardent le Québec et les Québécois avec leurs yeux de colonialistes et se font une opinion de colonialistes. Mais le cas Pellerin est spécial : une Québécoise qui écrit des articles anti-québécois dans un journal canadian. Évidemment, quand on s’amourache d’un étranger, on finit par adopter ses habitudes, son mode de vie, sa mentalité. Et dans le cas de la petite madame, elle est entrée dans le moule parfaitement. On en voit le triste résultat aujourd’hui : une vraie colonisée jusqu’à la moelle. Comme Pratte ou Dubuc, comme John Charest, comme tous les francophones de service à Ottawa. Le résultat de deux siècles et demi d’annexion à l’empire britannique puis canadien.
Mon sentiment envers ces bâtards qui crachent sur leur propre peuple est un immense mépris et une haine féroce ! Mais la collaboration a un prix. Et chacun devra rendre des comptes un jour.
TRIBUNE LIBRE
ENFIN DE L’AIR FRAIS DANS NOTRE DÉSERT IDÉOLOGIQUE !
Raymond Savard
TRIBUNE LIBRE 6 décembre 2004
La Ligue pour l’indépendance du Québec est née il y a un peu plus d’un an, à Gatineau, d’un besoin de regrouper les indépendantistes authentiques en un mouvement articulé. Selon son président, Hugo Saint-Hilaire, beaucoup d’entre eux ne se retrouvent que difficilement au sein des deux formations politiques institutionnelles : le Parti québécois et son émanation à Ottawa, le Bloc québécois. Inutile de parler de l’ADQ, c’est du bois mort, du temps perdu !
Pour les ligueurs, comme on les appelle, un véritable indépendantiste, c’est celui qui reconnaît que les Québécois de langue française forment l’immense majorité du peuple québécois. Selon monsieur Saint-Hilaire, contrairement à d’autres groupes et à une certaine élite politique constipée, la Ligue ne renie pas la notion d’ethnicité chez le peuple Québécois-Français qui est un fait sociologique incontournable. Pour les membres de la Ligue, un véritable indépendantiste combat pour que notre peuple acquière la totale maîtrise de son destin dans sa politique intérieure comme dans ses affaires étrangères, sans qu’un autre État ne s’interpose entre lui et le monde extérieur de manière à devenir une entrave sérieuse à l’épanouissement de la nation. En somme, toutes les questions sont envisagées dans l’optique indépendantiste uniquement et à la lumière de l’Histoire qui donne son sens à l’avenir.
Mais, objecte-t-on à Hugo Saint-Hilaire, n’est-ce pas ce que veulent les deux partis qui s’en font les défenseurs ? S’ils veulent l’ indépendance, affirme-t-il, ils n’agissent pas en conséquence. La preuve en est qu’ils n’ont aucun plan d’action. Les péquistes sont, ajoute-t-il, des nationaleux qui ont perdu le sens de l’indépendance. Peu d’entre eux, depuis le référendum perdu de 1995, ont réussi à combattre l’omniprésente machine de propagande canadian en proclamant la nécessité vitale de l’indépendance de notre peuple. Au contraire, ils ont mis de l’avant nombre d’astuces, toutes plus illusoires les unes que les autres, afin de se masquer l’essentiel : l’annexion et la domination plus que centenaires dont notre peuple fait les frais.
Puisque l’indépendance est un bien en soi, la Ligue estime qu’elle se doit de mettre l’accent non pas sur le pourquoi ou le comment , mais sur le sens même de l’idée d’indépendance, ce en quoi elle consiste, sans qu’intervienne aucune autre notion qui en pervertisse le sens, comme le trop tristement célèbre étapisme. Avec le rejet de toutes les défigurations et de toutes les restrictions dogmatiques, l’idée d’indépendance doit revenir à la pédagogie la plus systématique centrée sur l’action. Aucune place pour la faiblesse, l’indulgence ou la complaisance.
La Ligue soutient aussi que l’indépendance serait un fait accompli depuis longtemps, si les indépendantistes avaient su expliquer clairement en quoi elle consiste, les moyens à prendre pour la défendre et les conséquences désastreuses qu’entraîne sa privation chez un peuple conquis et annexé. Autrement dit, la LIQ doit s’occuper de pédagogie : celle de l’indépendance. C’est à cette seule condition qu’elle peut justifier son existence, contrairement aux partis électoralistes qui n’ont d’autre objectif que la conquête du pouvoir à des fins parfois inavouables comme on l’a vu depuis 25 ans. Pensons au beau risque de René Lévesque, à l’affirmation culturelle de Pierre-Marc Johnson, au partenariat de Lucien Bouchard et à la reconfédération ( sic ! ) de Bernard Landry. Chacun de ces premiers ministres a eu sa lubie pour mélanger davantage les Québécoises et les Québécois. En suivant la voie visiblement fausse de la souveraineté à la sauce péquiste, il est impossible actuellement d’obtenir le plus petit résultat qui puisse bénéficier aux Québécois-Français et à tous les Québécois en général.
La seule possibilité qui peut vraiment faire évoluer la nation, c’est l’indépendance populaire et ce qui s’ensuit : la souveraineté de l’État québécois. Les égarés de la souveraineté à la péquiste, pour ne nommer que ceux-là, laissent croire à notre peuple qu’il progresse au plan politique alors que les faits montrent plutôt une stagnation politique persistante. Selon eux, ils occupent le terrain du réalisme politique ! Or, leur prétendu réalisme est extrêmement borné puisqu’il est obnubilé par une perception de l’univers québécois tout à fait dénué d’intuition et dominé par l’esprit de parti, ce qui les coupe des forces vives de la nation qui ne demandent qu’à se libérer des entraves du régime actuel.
Un seul homme se dresse fièrement, celui qui a le mieux incarné, depuis Honoré Mercier le destin de notre peuple et qui souffre de son état de dépendance , cet homme qui a refusé de gouverner une province. Il s’agit, bien sûr, de Jacques Parizeau. L’histoire rendra justice à ce grand homme, qui a su comprendre l’essence même de l’indépendance et en expliquer inlassablement les tenants et les aboutissants.
La Ligue n’a rien d’une chapelle ou d’une secte d’illuminés. Elle est formée d’ indépendantistes qui n’ont rien des dangereux purs et durs, comme on aime à les appeler d’une manière péjorative pour mieux les isoler et les stigmatiser ; ce sont plutôt des militants convaincus, déterminée, sincères et persévérants qui désirent simplement répandre l’idée de l’indépendance du Québec par tous les moyens légaux possibles en parlant des vrais problèmes. À moyen et à long terme, seule la vérité est libératrice. Voilà, pour la Ligue, la vraie façon de servir et d’être responsable ! Par conséquent, elle n’a que faire des mous, des pleutres, des assis. Que le coût de la cotisation ( 80$ ) suffise à les décourager !
Pour conclure, la Ligue a une vocation nationale et elle compte actuellement des membres à Maniwaki, à Matane, à Québec et à Gatineau. Pour Hugo Saint-Hilaire, il faut absolument et de toute urgence, que se forment dans toutes les régions du Québec, des Ligues pour l’indépendance qui, une fois réunies, formeront dans l’adversité et avant qu’il ne soit trop tard, la colonne vertébrale de notre affirmation nationale, rien de moins ! La Ligue n’est pas en quête de membres, ce sont les indépendantistes qui doivent se regrouper. Ne jouons pas à l’autruche : le temps joue contre nous et nos ennemis le savent fort bien. Les vrais de vrais, ceux qui désirent militer au sein de la Ligue pour l’indépendance du Québec, doivent cliquer sur l’adresse suivante pour entrer en contact avec l’un de ses représentants : liq@videotron.ca . Ils ont aussi la possibilité de consulter le site de la LIQ en cliquant sur : www.independance-quebec.org
Vive le Québec indépendant !
TRIBUNE LIBRE
Le Canada et le Québec : des démocraties en sursis
Louis La Bonté, traducteur et futur étudiant en études internationales
http://antescriptum.heydo.com
TRIBUNE LIBRE 6 décembre 2004
Au Canada comme au Québec, le pays peut changer au gré des premiers ministres et des gouvernements, et le peuple n'a pas grand chose à y dire. Pas avec le système de vote actuel.
La démocratie est permise depuis un peu moins de deux siècles, mais avec modération. Pas plus d'une fois aux quatre ou cinq ans, à moins d'un référendum, avec des enjeux habituellement mal expliqués de part et d'autre.
On ne peut pas en effet s'attendre à beaucoup mieux avec un « mode de scrutin majoritaire à un tour » : ce n'est alors souvent que le moins faible, le moins détesté ou encore le plus travesti qui gagne. Et ce peu importe si seulement une minorité de la population l'appuie vraiment.
Mais existe-t-il seulement mieux? La question mérite d'être posée, et la réponse a le mérite d'être simple : oui.
En fait, l'essentiel consiste à s'assurer que le gouvernement est représentatif de la population. Il s'agit à mon sens d'une évidence, mais comme les gouvernements ne semblent pas encore l'avoir compris, je juge important de continuer.
D'entrée de jeu, une chose va de soi : même le citoyen qui a contribué à l'élection du gouvernement ne peut retirer son vote si après coup l'élu ne l'écoute pas, ne respecte pas ses promesses électorales ou s'invente de nouvelles promesses indésirables. Après ses mauvais coups impopulaires, le gouvernement aura ensuite quelques années pour distribuer des cadeaux et fuir vers l'avant en récoltant les votes jusqu'à l'élection. Soit il réussit et tout continue… pour le mieux ou pour le pire, soit l'insatisfaction l'emporte et le parti opposé gouverne, puis tout change... pour le mieux ou pour le pire. Pas étonnant que la planification à long terme ne fasse pas partie du paysage politique.
Or, ce genre de guerre du yo-yo (ou de la patate chaude) risque moins de faire rage dans un système exigeant que les députés de chaque circonscription remportent au moins 50 % des votes plus un, l'exigence la plus primaire en démocratie. Je connais deux manières d'y arriver : par un système à plusieurs tours, ou par le système de « vote unique transférable ». Il s'agit du système utilisé pour les élections présidentielles de l'Irlande, ce pays dont nous tirons un si grand nombre de nos traditions. Pourquoi pas une de plus?
Je tiens bien sûr à préciser que la présidente de l'Irlande n'est en fait qu'une monarque élue, sans réel pouvoir, mais rien n'empêche le système d'être très judicieux et démocratiquement efficace. Il mérite certainement d'être adapté à notre contexte. D'abord, il importe toutefois de favoriser la création du plus grand nombre de partis possibles afin que globalement ils représentent l'ensemble des opinions répandues dans la population, car ce système favorise la répartition des sièges entre plusieurs partis. Logique, car la population n'est pas constituée de deux ou trois blocs homogènes, mais bien de nombreuses opinions hétéroclites. Il serait donc probable, avec ce système, qu'aucun parti ne remporte à lui seul la majorité absolue des sièges à l'échelle nationale. Le gagnant serait alors celui qui en aurait remporté le plus, et il devrait négocier avec les autres partis pour former le gouvernement. Les pessimistes diront que ce système paralyserait l'État, mais je dirais simplement qu'il enrayerait les décisions profitables uniquement à des groupes d'intérêt restreints, tout en favorisant les décisions faisant l'objet d'un consensus plus représentatif de l'opinion publique.
Brièvement, le fonctionnement du système de vote unique transférable est simple : sur le bulletin de vote, l'électeur classe en ordre préférence, de 1 à 3, les trois candidats de son choix. De cette façon, si son candidat privilégié n'obtient pas la majorité des voix, le vote est transféré à son deuxième choix, puis à son troisième choix s'il y a lieu. Ainsi, le candidat élu est certainement celui qui représente le plus l'opinion générale de la circonscription. Les électeurs en arrivent à un juste compromis, plutôt que d'être représentés pendant quatre ou cinq ans par un candidat n'ayant l'appui que de 40 % des gens, soit deux personnes sur cinq (cela s'est déjà vu, notamment dans la circonscription de Mercier). Et à l'échelle nationale, pareille barrière au monopole du pouvoir servirait de rempart contre les décisions prises de mauvaise foi ou contraires au bien commun.
En outre, en guise d'adaptation au contexte parlementaire qui est le nôtre, il me semblerait judicieux d'ajouter à ce système une certaine forme de représentation proportionnelle à l'échelle nationale, qui tiendrait compte uniquement du premier choix des électeurs. Ainsi, un parti qui n'aurait obtenu que 5 à 10 % des voix dans l'ensemble des circonscriptions obtiendrait néanmoins sa juste part des sièges, même si à l'échelle locale il n'aurait pu faire élire aucun député. Bien entendu, par souci de démocratie, il y aurait lieu auparavant de faire passer la reconnaissance officielle des partis à une proportion de votes bien inférieure aux 20 % actuels.
Par ailleurs, étant donné qu'avec ce système il faudrait idéalement installer des urnes lisant les bulletins de vote de manière électronique, il serait aussi facile et souhaitable d'organiser des référendums sur des questions diverses à chaque élection. Tout parti reconnu aurait le droit de proposer une question de son choix, et l'électeur serait ainsi appelé à se prononcer directement sur les questions qui le touchent. Ce système de référendums, répandu notamment aux États-Unis, permet d'établir une véritable démocratie.
En somme, avec ces trois systèmes combinés, le Québec et le Canada cesseraient de changer radicalement au même rythme que les gouvernements : ils changeraient graduellement à un rythme comparable à celui de la population.
TRIBUNE LIBRE
Boucliers antimissiles - La politique américaine ne mène nulle part
René Marcel Sauvé, géographe, spécialisé en géopolitique et auteur de Géopolitique et avenir du Québec
TRIBUNE LIBRE 6 décembre 2004
Dans la probabilité d'une guerre à missiles entre les États Unis, la Chine et la Russie, le plus vulnéable des trois, ce sont les États Unis.
Tout comme en stratégie militaire générale et en tactique, une guerre se développe autour des communications, maritimes, terrestres et aériennes. Politique ou économique, le pouvoir est complètement dans ses communications, d'abord dans le face à face qui fait agir, puis, à partir des relations établies par le commerce maritime, le commerce terrestre et maintenant le commerce aérien, auquel il faut ajouter les communications électroniques, celui du nouveau pouvoir de l'Internet, pouvoir horizontal, dont les possibilités d'avenir demeurent inconnues.
Comme de tous temps, conflits, confrontations et guerres surgissent en fonction des communications qui font le pouvoir d'un État et dont dépendent les oligarchies pour conserver ou augmenter leurs fortunes.
Dans la géographie d'un pays donné, les zones les plus développées et par conséquent les plus vulnérables sont complètement situées dans les régions les plus oékoumènes, soit, les plus habitées parce que les plus habitables. Leurs caractéristiques sont simples: basses, plates, sols arables, de l'eau en quantité, climats aux saisons végétatives longues, accessibilité des matières premières et sources d'énergie, communications aisées avec le monde extérieur et une certaine défendabilité naturelle.
Or, la géographie des États Unis offre naturellement des régions oékoumènes concentrées, au potentiel le plus considérable de toutes les régions géographiques de la terre. Ces régions se regroupent en trois grands ensembles:
La plaine côtière de l'Atlantique, appelée Eastern Seaboard par les Américains. Elle s'étend comme une mince et longue bande de terre depuis le Maine jusqu'au golfe du Mexique. Ses avatages sautent aux yeux et il n'est pas nécessaire d'être géographe pour s'en rendre compte. Cette plaine a été le lieu de départ de l'indépendance des États Unis et de la formation de la puissance économique rapide du nouveau pays. Habitée par près de 100 millions de personnes, son économie approche en valeur de production celle de toute l'Europe.
La plaine centrale, qu'on peut voir sur les cartes, en suivant la ligne générale Chicago au sud du lac Michigan, jusqu'au golfe du Mexique, le long des grandes plaines du Mississipi et du Missouri. Habitée également par une centaine de millions de persones, son économie est gigantesque.
La troisième est la grande vallée de la San Fernando en Californie, parallèle à l'océan Pacifique et habitée par
35 millions de personnes, soit davantage que tout le Canada.
Ni le Canada ni le Québec ne possèdent des régions naturelles qui offrent de tels avantages économiques.
L'ensemble du Canada est constitué de gigantesques masses rocheuses formant autant d'obstacles majeurs aux communications intercontinentales et bloquant l'accès en provenance des trois océans qui l'entourent, exception faite de deux voies de pénétration restreintes: le Saint Laurent à l'est et le delta du Fraser à l'ouest.
La masse continentale canadienne ne dispose que de trois régions oékoumènes seulement: les basses terres du Saint Laurent dans le Québec; les basses terres des Grands Lacs, centre de gravité de l'Ontario et du pouvoir centralisateur unitaire d'Ottawa; le delta du Fraser, dans la région de Vancouver, centre de gravité de la Colombie Britannique.
Les plaines de l'Ouest, qu'on peut comparer à l'Asie Centrale, sont trop élevées et trop éloignées des océans. Les autres régions habitées n'ont pas de poids économiques comparables aux régions les plus oékoumènes. En somme, le Canada est un continent à part qui se prête à la balkanisation du territoire.
Les États Unis sont donc les plus exposés aux attaques de missiles intercontinentaux, porteurs ou non d'ogives nucléaires. En stratégie d'attaque, la forme longitudinale des espaces oékouèmes se prête bien aux enfilades expédiées en suivant des lignes orthodromiques prévues.
Cette méthode est courante en stratégie et en tactique de surface. L'enfilade est redoutable en ce sens que les projectiles se suivent les uns après les autres et le fait d'abattre ceux de tête ne fait qu'ouvrir davantage la voie aux autres. De plus, l'arme à trajectoire enfilée est assurée d'attraper une cible. Les mathématiques quantiques permettent d'ajuster davantage le tir de ces missiles de manière à en assurer l'efficacité peu importe les moyens employés par la défense.
La Russie est également vulnérable à de telles attaques, d'autant plus que les deux tiers de sa population vivent à proximité de la mer Noire. Les Russes n'aiment pas davantage le froid que la majorité des habitants de la terre et par conséquent, concentrent la majorité de leurs effectifs dans la région la plus méridionale de leur territoire immense.
Par contre, pour atteindre cette population avec des missiles, les États Unis devront obtenir que leurs engins soient autorisés de voler dans les zones orthodromiques des pays qu'ils devront traverser avant de frapper la Russie.
Ceci comprend le Canada en passant par le nord. En passant par l'hémisphère sud, il leur faudra survoler les Indes, le Moyen Orient et l'Australie. Une attaque contre la Russie en provenance de l'ouest exige le consentement pays de l'Europe continentale et aussi de l'Afrique du nord.
Aucun de ces passages n'est acquis à l'heure actuelle et rien ne garantit qu'il sera acquis dans l'avenir.
La Chine est naturellement protégée contre de telles attaques en provenance de ses frontières au nord-ouest, à l'ouest et au sud-ouest, y compris les routes orthodromiques de l'Océanie et l'Australie. Elle pourra donc concentrer davantage ses défenses à l'est, vers le Pacifique au dessus duquel une guerre de grande envergure peut surgir, sauf qu'une telle guerre est davantage un jeu de probabilités dans les conditions actuelles qu'une certitude.
Il est évident que ni la Russie ni la Chine n'ont intérêt à attaquer les États Unis à coups de missiles. Certes, avec sa population qui dépasse un milliard deux cents millions d'individus, la Chine pourrait survivre à de telles attaques, même si elle perdait entre 300 et 400 millions de personnes. Elle est plus vulnérable sur le terrain de parcours des missiles que la Russie mais elle dispose par contre de moyens gigantesques pour résister aux coups et se relever.
***
Alors quel intérêt les États Unis peuvent-ils avoir de poursuivre une telle politique, qui coûtera une fortune colossale au trésor américain et dont les résultats demeurent incertains? Quelle est la nécessité de cette politique?
Contrairement à une croyance répandue pendant l'époque au cours de laquelle le positivisme dominait la pensée scientifique, on sait aujourd'hui qu'on ne peut se fier sur les certitudes mathématiques et scientifiques pour lancer et guider de tels engins, fussent-elles absolues ou presque.
Alors pourquoi poursuivre cette politique alors qu'il est évident qu'elle ne pourra servir qu'à enrichir une oligarchie déjà trop gavée?
Cette politique agressive à l'extrême ne peut avoir pour objet que de dissuader la Russie et la Chine de trop réagir contre les visées expansionnistes des États Unis dans le monde actuel. C'est le seul véritable motif auquel on peut en arriver à une conclusion valable dans les circonstances.
L'agressivité américaine pour s'emparer du pétrole disponible dans le monde est un fait connu. Ce qui l'est moins, c'est l'accès aux matériaux stratégiques nécessaires pour la construction de machineries et d'appareils de technologie de plus en plus avancés et dont dépendront les entreprises de l'avenir. Avec l'Internet, les communications s'horizontalisent et les grandes puissances perdent leur capacité de servir l'intérêt exclusif des oligarchies. La fortune est appelée à changer de mains.
La guerre économique et technologique est un phénomène de notre temps. Compte tenu des progrès rapides des entreprises moyennes en matière de technologie avancée, il n'est pas sûr que cette économie de l'avenir se fonde sur une seule puissance, comme ce fut le cas au cours de la révolution industrielle, fondée sur l'invention de la machine à vapeur, du charbon et du chemin de fer.
Le gouvernement américain a peut-être raison de craindre une guerre aux missiles intercontinentaux, mais pas de la manière dont l'expose le président Bush, qui demeure avare d'informations précises sur le sujet. Ni le Québec ni le Canada n'ont intérêt à s'y impliquer, ni maintenant ni dans l'avenir, surtout le Québec, dont la position géographique périphérique le place en dehors des lignes orthodromiques qu'emprunteraient les missiles intercontinentaux.
Comme la Chine et la Russie ont intérêt à lancer leurs missiles en passant par le pôle sud, il en résulte que le nord des Amériques est moins exposé en partant. Ceci n'est pas le cas de grandes régions oékoumènes des États Unis, toutes situées au sud du 45e parallèle nord.
Mais ce qui rend encore plus probable la possibilité d'une telle guerre, c'est l'agressivité de la politique étrangère américaine, qui a exploité la "guerre froide" pour le profit de ses entreprises.
La guerre contre le "communisme" n'était qu'un prétexte. Le véritable enjeu, comme dans toutes les guerres du monde, c'était les marchés des matières premières et du commerce international. C'est donc une guerre oligarchique et non une guerre idéologique comme on l'a prétendu.
On voit comment les troupes américaines ont effrontément pénétré en Europe de l'Est et au Caucase dès que la situation diplomatique a été à l'avantage des États Unis. Cette exploitation tactique de la situation du moment peut avoir des conséquences funestes à long terme mais les stratèges américains n'y pensent pas, tournés comme ils le sont vers les profits immédiats et les politiques à court terme, appelées aussi politiques à la petite semaine.
Inversement, ce qui pourra réduire la possibilité et aussi la probabilité d'une telle guerre est l'avènement de nouveaux pouvoirs partout dans le monde, des pouvoirs régionaux et internationaux qui n'existaient pas avant la guerre froide, notamment aux Indes, en Amérique Latine et en Europe.
La politique est encore affaire d'intérêts et de rapports de forces. Plus il y aura un équilibre stable entre les rapports de forces dans le monde, plus la paix deviendra possible. Ce travail est dévolu aux puissances moyennes, celles qui existent depuis longtemps, et les nouvelles, dont le Québec.
TRIBUNE LIBRE
NOUVELLE FRANCE : NOUVELLE COMMANDITE
René Marcel Sauvé, géographe, spécialisé en géopolitique et auteur de Géopolitique et avenir du Québec
TRIBUNE LIBRE 8 décembre 2004
À trois reprises, je suis allé voir Nouvelle France, le film de Jean Beaudoin. Je n’y suis pas allé seul. Le film avait déjà mauvaise presse et j’ai décidé de recueillir d’autres impressions que les miennes, tenter de préserver une certaine objectivité si possible. Je suis maintenant convaincu que ce film fait partie du programme des commandites du gouvernement d’Ottawa et ses supporteurs intéressés dans le Québec.
Par le biais de la force de l’image et d’un roman chargé d’émotions violentes qui suspend le jugement critique, prétextant ne pas faire d’histoire pour mieux endormir les méfiances, le film nous dit à nous, Québécois et Québécoises, que nous ne sommes qu’un peuple vaincu, qui doit accepter son destin et se soumettre. Par une grâce providentielle, nous sommes devenus sujets de Sa Majesté britannique et nous devons le demeurer, en 2004 comme en 1759. Notre destin : nous soumettre à des « maîtres » qui nous sont supérieurs, parce que d’abord, ils nous ont militairement battus. Ensuite, avec la capture de Québec, ils ont établi la loi, l’ordre et la paix (law, order and peace). Suivant une perspective messianique très anglo-saxonne et protestante, ils nous ont fait l’insigne faveur d’un bon gouvernement juste et nous faisons mieux de le croire.
Nous aurions été incapables d’en faire autant par nous-mêmes, gouvernés comme nous l’avions été par une France corrompue, légère et frivole. En 1759, au moment de la « défaite », nous n’étions qu’une population hybride de colons, d’amérindiens, d’esclaves affranchis, tous arriérés, superstitieux, émotifs, chicaniers, ivrognes, ignorants obsédés sexuels et soumis à une église encore plus arriérée mais capable d’aider le pouvoir à établir la loi, l’ordre et la paix. Ces préjugés ont la vie dure. La propagande officielle n’a cessé de les entretenir au cours des 245 années que nous avons vécu sous occupation anglaise.
Nous sommes constamment accusés de manquer de gratitude envers nos si « bons maîtres ». L’arrivée des Anglais à Québec aurait été pour nous une véritable bénédiction. Fin de l’histoire. Fermez le rideau. La Nouvelle France n’est plus. N’en parlons plus. Tel est le message d’une nouvelle commandite dont la production aurait coûté plus de trente millions de dollars canadiens.
Comme tout message publicitaire, le film montre des scènes hors contexte, dans une langue étriquée, ambivalente, avec phrases stéréotypées, suggestives et manipulatrices, comme dans une annonce et comme dans les romances des films hollywoodiens des années quarante, doublées en un français approximatif pour les audiences du Québec. Ses réalisateurs affirment qu’il ne s’agit pas de faire de l’histoire, seulement de raconter une romance, sur fond de fresque historique bien sûr, mais sans faire d’histoire, comprenez bien. Ce procédé manipulatoire est connu. Comme les commandites, leurs auteurs sont convaincus que le peuple actuel du Québec ne se rendra jamais compte de la duperie qu’on lui inflige. C’est une preuve supplémentaire du mépris que nous subissons depuis les débuts de l’occupation anglaise.
Dans Géopolitique et avenir du Québec, j’explique que ce sont la géographie et les circonstances historiques, dont la guerre de l’indépendance américaine en plus d’une volonté tenace de notre part de construire notre foyer national et les assises de notre État au Québec, qui ont été les principaux facteurs de notre survivance et nos progressions paradoxales.
La première scène de ce film commence vingt ans après 1759.
Une jeune femme rend visite à un curé mourant. Tous deux ont vécu 1759, avec les bombardements répétés de la ville de Québec, la destruction et l’incendie des campagnes par les Anglais, les privations en nourriture et chauffage, puis, l’arrivée des Anglais dans la ville, qui chassent les officiers français restés sur place et imposent leur ordre de choses. Les uniformes rouges sont visibles partout, comme l’unifolié dans le Québec et le Canada d’aujourd’hui.
Comme première démonstration de la justice anglaise, une femme accusée du meurtre de son mari est traduite devant un tribunal militaire. L’incarnation froide du law and order manque le coche puisque la femme est trouvée coupable sans preuve suffisante et pendue en public sous le regard horrifié de sa fille de onze ans, qui voit la scène de la fenêtre d’un couvent de bonnes sœurs où elle est enfermée.
Vingt ans plus tard, c’est elle qui rend visite au prêtre mourant, le rôle étant joué par Gérard Depardieu. La jeune femme avoue que c’est elle qui a commis le meurtre. Saoûl et dangereux, le mari de sa mère a tenté de lui sauter dessus, a trébuché et est tombé par terre. La fillette, qui s’était emparée de la hache du hangar, l’a alors frappé à la tête, comme on fait avec les poules et les dindons qu’on tue pour le temps des fêtes.
Sa visite au curé mourant en 1779 se déroule dans une atmosphère lugubre et un climat de défaite. On sent le défaitisme, pire que la défaite. Rien n’a changé au cours des vingt années qui ont suivi la capture de Québec en 1759. Notre destin à nous, Québécois, est scellé à jamais. Il n’y a pas à en sortir. Aucun retour n’est possible.
Cette perspective est fausse. Dès 1760, le cours de l’histoire s’est renversé en notre faveur. Non seulement nous étions appelés à survivre; nous étions destinés à constituer un peuple, une Nation et un État nouveau dans l’échiquier du monde qui s’en venait, envers et contre la volonté expresse des Anglais et de leurs suivants : les Orangistes venus d’Irlande et les United Empire Loyalists, bâtisseurs de l’Empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais.
Ce contexte, radical et déterminant, non pas radicaliste mais radical comme la réalité, non pas déterministe mais déterminant comme le réel qui nous appelle à composer et agir, nous indiquait une nouvelle voie à suivre. Ce n’était plus la Nouvelle France. C’était nous, Québécois et Québécoises. Tous les éléments étaient en place dès l’hiver 1759 et au cours des vingt années suivantes, déterminantes pour les deux siècles à venir. Le film escamote tout ce contexte. Il ne le suggère même pas, au moment de la rencontre de la jeune femme et du curé mourant.
Les Anglais avaient été bien décidés d’en finir avec la prise de Québec avant que l’hiver prenne. Ils savaient ce qu’ils faisaient. Ils nous avaient tous refoulés de partout en Nouvelle France, pour nous concentrer dans la vallée du Saint Laurent, afin de nous jeter dehors comme ils ont fait avec les Acadiens et avant eux les Irlandais et les Écossais celtiques, tous destinés à disparaître, semblait-il. Sauf que la vallée du Saint Laurent n’est pas la vallée de l’Annapolis, où vivaient les Acadiens, encore moins celle du Mississipi, ou même de la Monongahéla, régions situées au sud du 45e parallèle et dont les hivers sont beaucoup plus cléments qu’au Québec, sans oublier le fait que l’Irlande, l’Écosse et l’Acadie bénéficient des vents tièdes du Gulf Stream. Cela, les Anglais le savaient, mais personne n’en parle dans le film, qui ne veut peut-être pas faire de géographie pas plus que d’histoire, n’est-ce pas?
Parce qu’ils savaient que l’hiver à Québec est long et terrible, ils savaient également qu’il leur fallait limiter les destructions des habitations et des sources de nourriture, autrement ils n’auront aucun endroit où loger ni rien pour se nourrir pendant les huit mois au cours desquels il n’y a plus de communications avec le monde extérieur à Québec. On est en 1759, non à l’ère des technologies.
Appréhender l’hiver, les Anglais devaient l’avoir fait. La preuve : ils ont payé comptant et souvent en bonne monnaie d’or leurs achats chez l’Habitant. S’ils l’ont fait, ce n’est pas par humanité mais par intérêt. Ils avaient besoin des Habitants pour s’occuper à entretenir et chauffer les maisons, préparer la nourriture, laver leurs vêtements, fournir du transport en traîneau sur la neige épaisse et qui durait jusqu’au printemps, de même que pourvoir à bien d’autres nécessités. Or, la nécessité n’a pas de loi : elle n’a que des principes. Certes, la bande à Bigot ne payait pas mais les Anglais ne pouvaient se permettre d’en faire autant. Ils n’avaient surtout pas intérêt à se mettre à dos une population qu’ils redoutaient, parce qu’elle était bien adaptée à son milieu. Avec son gros bon sens de gens du pays plus proches de la réalité que les « élites », le peuple devait s’en rendre compte et a sans doute su en profiter, sans dire un mot. IL y a des perceptions qu’on garde pour soi. Aucune remarque dans le film qui pourrait au moins le suggérer.
Le film montre le curé faisant au peuple le discours de la fatalité et de la soumission servile, après que le marquis de Vaudreuil eût signé l’acte de reddition à Montréal.
C’était en 1759 après la bataille des plaines d’Abraham? Faux. La reddition a eu lieu un an plus tard, après la bataille de Sainte Foy, au mois d’avril, gagnée par une armée de miliciens territoriaux et quelques soldats français commandés par Lévis.
La résistance s’est maintenue pendant des mois dans la région de Montréal et du Richelieu, mais à la fin, personne ne pouvant accomplir l’impossible, Vaudreuil a opté pour la reddition, afin de ne pas épuiser davantage les forces restantes de la Nouvelle France. Cette reddition n’était pas un honneur pour les Anglais, qui avaient perdu la dernière bataille, contrairement à ce que racontent l’histoire et la propagande officielles, qui omettent toujours ou presque toujours de raconter la bataille de Sainte Foy. Si les Anglais ont accordé certaines concessions aux Habitants restés sur place, c’est parce qu’ils n’étaient plus en position de déporter ni d’exterminer ce qui allait devenir l’embryon d’un nouveau peuple, le nôtre. De plus, ils étaient épuisés eux aussi.
Les Anglais savent que le Saint Laurent n’est ni l’Acadie, l’Irlande ou l’Écosse.
Ils savent qu’à Boston, à New York et en Virginie, la colère des Yankees va finir par se traduire en acte et que les Treize Colonies sont capables de la gagner cette guerre. Ils savent que les forces françaises sont en train de se regrouper dans les Antilles. Leurs espions les ont informés des démarches entreprises sur le continent européen par Benjamin Franklin, en faveur d’une nouvelle puissance continentale en Amérique du nord. Au moins, on voit quelqu’un jouer le rôle de Benjamin Franklin dans le film, à Londres, alors que précisément, il est question d’une puissance continentale en Amérique du nord, mais personne ne semble réaliser de quoi il s’agit. Après 1760, les Anglais comprennent assez rapidement qu’advenant une guerre de l’indépendance américaine, de plus en plus imminente, ils auront besoin de nous dans le Saint Laurent pour leur prêter main forte, comme nous l’avions fait sous l’Ancien régime. Le hiatus de vingt ans dans la trame du film se garde bien de montrer au moins l’existence d’une telle situation favorable aux Québécois.
Effectivement, avec l’Acte de Québec en 1774, la nouvelle donne se confirme. Les Anglais nous font de nouvelles « concessions », qu’ils refusent à la Virginie. Or, il n’y a pas de concession en politique, seulement des intérêts, des rapports de forces et des nécessités qui demandent d’agir sur la base des principes qui gouvernent toute stratégie d’État. Avec l’Acte de Québec, c’est le Québec qui commence à venir au monde. Il n’y a plus de « canadiens de souche » comme le film fait dire à Vaudreuil. L’Acte de Québec ne reconnaît pas le Canada. L’Acte du Canada, le Canada Act, ce sera pour 1982, pour inféoder le Québec et le diluer en appliquant la loi de la pesanteur, avec ses deux principales résultantes que sont l’inertie et l’entropie. Cela se voit maintenant. En 1774, alors que les Anglais sont mal pris et que nous sommes tous regroupés et concentrés dans la vallée du Saint Laurent, nous acquérons une reconnaissance, de facto et de jure, qui nous met au monde envers et contre la volonté de nos adversaires.
La guerre de l’indépendance américaine montre que les Anglais ont bien calculé leur affaire. L’attaque américaine de 1775, dirigée contre le Richelieu et Québec, est battue en brèche, par des défenseurs constitués en majorité de milices territoriales québécoises, comme celles qui avaient servi sous l’Ancien régime.
Or, 1774-75 étant bel et bien situé entre 1759 et 1779, comment se fait-il qu’au cours de sa conversation sur son lit de mort, le curé n’ait pas mentionné à la jeune femme que beaucoup de choses avaient changé. Loin d’être un peuple vaincu, nous étions en train de gagner sur toute la ligne, avec l’aide de nos ennemis par-dessus le marché. Est-il possible d’être plus machiavélique?
En 1778, une armée britannique, sous le commandement du général John Burgoyne, se regroupe dans le Richelieu et se lance à l’attaque contre les Treize colonies, dans le but de « fendre les Américains en deux », en passant par le lac Champlain et l’Hudson jusqu’à New York. L’armée de Burgoyne est capturée au complet par les Yankees, presque sans tirer un seul coup de fusil. Au sud, une armée française commandée par le général La Fayette gagne les dernières batailles qui chasseront les Britanniques des Treize colonies. Tous ces événements majeurs se produisent pendant les vingt ans qui suivent l’année fatidique de 1759. Pourquoi ne pas l’avoir au moins suggéré pour expliquer que le Québec est le foyer national d’un peuple et l’assise de son État?
Nous, Québécois et Québécoises, ne sommes pas des perdants, loin de là. Nous sommes des conquérants et des vainqueurs qui s’ignorent. Nos ennemis, y compris ceux de l’intérieur, font tout ce qu’ils peuvent pour nous donner l’impression du contraire et tenter d’entretenir chez nous un sentiment d’infériorité qui nous rend plus soumis, alors que nous avons le devoir de lever la tête, réagir et nous défendre.
Nouvelle France est un film manipulateur et malhonnête. Il fait bel et bien partie du programme des commandites. Espérons qu’une majorité de Québécois et de Québécoises auront suffisamment de jugement critique pour ne pas s’y laisser piéger. Un roman neutre ne s’inscrit pas dans une trame historique, sinon, il fait partie de l’histoire qu’il interprète à sa façon. Le niveau général beaucoup plus élevé d’instruction au Québec devrait nous prémunir contre ce genre de manipulation.
Commentaire
Un film sur la conquête. Faut le faire!
Excellent texte, commandant.
Ce film est d'un fatalisme achevé. Je relève deux faussetés. 1 de dire que nous étions battus d'avance. 2 que la France, cette mauvaise mère, nous a abandonnés, d'où la reconnaissance envers la belle-mère britannique, si compréhensive!
Votre texte mentionne très bien les continuités. Si nous étions battus d'avance, pourquoi ce même territoire a-t-il pu être défendu victorieusement à deux reprises par la suite? Pour aller dans un autre sens que votre analyse, je vous invite à faire un lecture du personnage masculin incarné par David Lahaye. Ce supposé héros, qui devrait être un officier, vu sa condition sociale, ne participe aucunement à la guerre. Il se sauve en France avant la bataille de Québec et ne revient que lorsque tout est fini. Sa bien-aimée devant subir elle, la guerre. Pas un seul coup de feu n'a été tiré par lui contre les Anglais, il ne devient un héros que lorsqu'il se bat contre son meilleur ami.
C'est le refus de construire un héros québécois même dans les circonstances qui s'y prêteraient le mieux, un film sur la conquête. Faut le faire!
En tout cas, merci pour votre analyse! Elle rejoint la mienne, à tous points de vue!
à la prochaine!
René Boulanger, 9.12.2004
TRIBUNE LIBRE
LE COURAGE UKRAINIEN
Patrice Boileau, Carignan
TRIBUNE LIBRE 8 décembre 2004
Depuis l’élection frauduleuse du 21 novembre dernier, le climat politique en Ukraine ne peut empêcher les souverainistes québécois d’imaginer que leur patrie serait en proie à une situation semblable s’il devait y avoir une autre victoire frauduleuse du camp du NON.
Certes, un second verdict victime de malversations comme en 1995 est peu probable. Reste que des régions majoritairement non-francophones, excitées dorénavant par un discours agitateur et revanchard d’Ottawa, menaceront de représailles les Québécois si ces dernier devaient décider pacifiquement de former un État. C’est ce qu’ont fait des territoires russophones situés à l’Est de l’Ukraine, encouragés par les autorités russes. Heureusement; le président sortant Léonid Koutchma a déclaré que les frontières de l’Ukraine étaient immuables : elles sont inhérentes à l’histoire du peuple qui l’occupe.
Grâce à l’opposition citoyenne qui a occupé les rues de la capitale Kiev sans relâche depuis plus d’une semaine, la Cour suprême du pays a invalidé le second tour de scrutin, imposant ainsi la tenue d’une nouvelle élection le 26 décembre prochain. Les pays de la communauté internationale ont immédiatement salué le verdict du plus haut tribunal de l’Ukraine qui a fait fi des réticences du Président sortant Léonid Koutchma, ainsi que de celles de Vladimir Poutine.
Il est à espérer que le gouvernement canadien prendra acte de ce qui se passe là-bas et cesse d’agiter son épouvantail partitionniste ici. Également, Ottawa ne peut exiger ouvertement le respect de la démocratie en Ukraine pendant que ses actions envers la nation québécoise témoignent du contraire. Le projet souverainiste des Québécois subit une formidable pression du gouvernement fédéral. L’idée de créer un nouvel État de langue française, État qui contrôlera la voie maritime du Saint-Laurent au cœur d’un territoire capable de relever les défis environnementaux, dérange au point qu’on pourrait se livrer encore à des actions qui priveraient un peuple de sa liberté de s’autodéterminer.
L’Union européenne devrait être saisie de ce dossier afin d’exiger que cesse sur-le-champ l’offensive canadienne en territoire québécois. Aux souverainistes de solliciter l’aide de cette entité politique afin que les Québécois puissent rétablir démocratiquement le consensus confisqué en 1995. Pourquoi ne pas profiter de cette requête pour annoncer simultanément que la voie élective à majorité absolue sera employée, comme c’est le cas en Ukraine? L’État canadien qui reconnaît ce processus démocratique puisqu’il enverra là-bas sous peu des observateurs qui surveilleront la reprise du scrutin décisionnel, ne peut s’y opposer. À moins qu’il ne s’abaisse à la règle du « deux poids deux mesures ». Ce ne sera pas la première fois! Aux Québécois, malgré tout, d’aller de l’avant et de permettre ainsi à la communauté internationale de mesurer la crédibilité démocratique dont Ottawa ose s’affubler. Souhaitons aux Ukrainiens, en terminant, que leur désir autonomiste se réalise pacifiquement, comme cela aurait dû se passer, n’eut été de ce contre-temps disgracieux.
TRIBUNE LIBRE
L’Assemblée nationale blâme injustement Yves Michaud
Quatrième anniversaire de la motion
scélérate du 14 décembre 2000
TRIBUNE LIBRE 8 décembre 2004
Il y a quatre ans l’Assemblée nationale du Québec s’attaquait odieusement à Yves Michaud, en le calomniant.
En s’attaquant ainsi à un citoyen qui avait exercé son droit élémentaire de parole pour présenter une position des plus honorables à la Commission des États Généraux sur la situation de la langue française, l’Assemblée nationale fait peser une menace sur le droit de parole de tous les citoyens du Québec.
Outre l’entorse au droit à la liberté d’expression garantie par les chartes des droits et libertés, l’incurie à réparer le tort suggère que de nombreux députés se considèrent au dessus des lois et sont indifférents à une éthique élémentaire.
Pour rappeler à tous que cette injustice n’a été ni réparée ni oubliée, Solidarité Yves Michaud tiendra une assemblée publique avec plusieurs conférenciers : Yves Michaud, Jean-Claude Saint-André (député), François Gauthier, et plusieurs autres.
LE LIEU : 82 ouest, rue Sherbrooke (SSJB de Montréal)
LA DATE : le dimanche 12 décembre 2004
L’HEURE : de 13 h 30 à 16 h 30 – Entrée gratuite
Solidarité Yves Michaud
365 Pineault, app.921, Mont-Saint-Hilaire, J3H 3X5
Des dons sont acceptés pour financer les recours judiciaires contre l’Assemblée nationale.
TRIBUNE LIBRE
Si l’avenir du français vous tient à coeur
TRIBUNE LIBRE 9 décembre 2004
Vous êtes invités aux
Jeudis de la langue
Des « 6 à 8 » où il y aura une courte conférence
suivie d’une période d’échange
dans une ambiance festive.
à la Maison Ludger-Duvernay
au 82, rue Sherbrooke Ouest à Montréal
L’entrée est gratuite
Une activité du comité Jean-Martucci
de la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal.
Renseignements: (514) 843-8851
Au programme :
Conférence du jeudi 9 décembre 2004
Sur le financement des universités anglophones et francophones
Frédéric Lacroix
Ph.d en génie électrique, chercheur à l'université Louis-Pasteur, Strasbourg.
Voici un extrait de son récent article choc paru dans l'aut'journal (novembre 2004) : «Les investissements en santé à McGill : des subventions à l’exportation?»
« Le gouvernement du Québec a autorisé la construction du McGill University Health Center (MUHC) et du Centre hospitalier universitaire de Montréal (CHUM) au coût estimé de 800 millions de dollars chacun. De facto, le Québec accorde ainsi à McGill University la moitié des nouveaux investissements en santé à Montréal alors que les anglophones ne forment que 25% de la population de Montréal (et 8% de la population du Québec). […] une étude de l'Association des facultés de médecine canadiennes (AFMC) indique que les gradués de McGill représentent 57% des départs de médecins du Québec. Environ 60% des médecins formés à McGill quittent le Québec, cet exode affectant également les natifs du Québec. À l'inverse, les facultés de langue française ont un taux de rétention qui oscille autour de 88%.
[…] Pourtant, on ne constate nulle part le début d’une remise en cause de l’ampleur des sommes investies en santé à McGill, sommes qui dépassent de loin celles requises par le poids démographique des anglophones au Québec. Il faudrait assigner environ 10% des places en médecine à McGill et 25% des sommes à Montréal pour atteindre un niveau correspondant à l’équité entre les groupes linguistiques.
Curieuse gestion que celle qui consiste à faire des économies de bout de chandelle sur le dos des assistés sociaux pendant que l’on continue à investir des centaines de millions de dollars pour des programmes de formation de médecins et de physiciens médicaux qui profitent…à l’Ontario et les États-Unis!
Voici un extrait d'un de ses articles parus récemment dans L'Action nationale: «Le financement des universités :le non-dit.» (Frédéric Lacroix et Patrick Sabourin, Septembre, 2004).
« Selon une étude conjointe de la Conférence des recteurs et des principaux des universités du Québec (CREPUQ) et du ministère de l’Éducation du Québec (MEQ), les universités québécoises seraient sous-financées si on compare les ressources dont elles disposent par étudiant avec la moyenne des universités canadiennes. Pour l’année 2002-2003, le sous-financement serait de l’ordre de 375 millions de dollars par année, dont 261 millions en frais de fonctionnement généraux et 114 millions en fonds de fiducies. S’appuyant sur ces conclusions, plusieurs personnes ont appelé de leurs vœux une augmentation majeure des frais de scolarité, […] Pourtant, examinés de plus près, ces arguments se révèlent soit beaucoup plus faibles que l’on veut bien nous le faire croire, soit carrément faux. […] Enfin, il ne paraît pas justifiable d’augmenter les frais de scolarité pour l’ensemble des étudiants québécois avant d’ouvrir le débat plus fondamental, que constitue le niveau de financement accordé aux institutions universitaires anglophones du Québec. Ce niveau dépasse de loin celui justifié par la proportion d’anglophones au Québec et, de plus, est complètement hors-normes comparativement aux pratiques en vigueur dans les autres provinces canadiennes. »
TRIBUNE LIBRE
"La gauche politique au Québec"
TRIBUNE LIBRE 9 décembre 2004
INVITATION
Vous êtes invitéEs à assister à un panel de discussion qui aura lieu à
Beloeil lundi soir le 13 décembre. Y participeront Jean-Pierre
Charbonneau, député péquiste de Borduas; Françoise David, porte-parole
d'Option citoyenne et Amir Khadir, porte-parole de l'Union des forces
progressistes (UFP). La discussion aura pour thème "La gauche politique
au Québec".
Organisé par l'UFP-Borduas, cet événement débutera à 19h30 lundi à la
cafétéria de l'école Saint-Mathieu, 225 rue Hubert à Beloeil. Dans un
premier temps les panelistes définiront leur vision de ce que devrait
être la gauche politique au Québec et le projet que leurs partis
proposent en ce sens. Par la suite, les personnes présentes seront
conviées à partager leur réflexion et pourront poser des questions aux
panelistes.
Comme les trois panelistes font partie de la mouvance progressiste, on
s'attend à d'intéressants échanges de points de vue qui préfigureront un
débat politique qui retiendra de plus en plus l'attention des Québécois
et Québécoises d'ici les prochaines élections générales.
C'est donc un rendez-vous. On vous attend nombreux et nombreuses à
Beloeil lundi soir. Pour savoir comment vous rendre à l'école
Saint-Mathieu, prenez connaissance du fichier attaché.
Merci de votre attention
Paul Cliche
Pour plus d'information: Jean-François Lessard, coordonnateur de
l'UFP-Borduas : Borduas@UFP.qc.ca
TRIBUNE LIBRE
Grand mérite de Nouvelle-France
Maurice Cabana-Proulx, Gatineau
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
Avec toutes ces attaques contre le film Nouvelle-France, il ne faudrait
pas perdre de vue ce qu’il y a de proprement réjouissant. Certes, c’est
un film de propagande. On ne peut pas se contenter de dire que le jupon
dépasse, ça manque tellement de finesse. “In-your-face!” dit-on dans la
langue de ces “libérateurs”.
Ce qui a de réjouissant pour la défense et l’évolution de l’identité
québécoise c’est de constater combien la position canadian n’a jamais pu
se détacher de sa mentalité colonialiste qui doit entretenir chez les
Québécois celle du colonisé. On sait depuis l’époque de “Nègres Blancs
d’Amérique” et Parti Pris combien les “penseurs” du “clan trudesque et
citélibriste” ne sont que les porte-parole d’un White-Man’s-Burden
prétentieux qui sert à masquer le mépris (séculaire), francophobe et
anti-québécois, des Canadians. Et rien de neuf.
Il y a à peine quelques
années qu’un dinosaure de l’époque Trudeau publiait une “biographie” de
Duplessis pour pourfendre le nationalisme québécois. Puisqu’ils savent
(probablement ?) que Duplessis est mort on doit conclure qu’ils
radotent. Et à présent, on a dépoussiéré la position des historiens de
“l’école de Québec” pour nous raconter combien l’arrivée de l’empire
colonial britannique nous a été bénéfique. Alors ce film il est cher, il
est beau mais il manque d’imagination. Faut croire que les grosses
“commandites” ne font pas grand-chose pour stimuler l’innovation.
Bien malgré eux, les propagandistes nous révèlent au moins un aspect
positif de l’identité québécoise à travers les bonnes relations des
personnages principaux avec les autochtones.
À l’époque de la
Nouvelle-France il s’était créé une symbiose entre les habitants de la
colonie française et la plupart des premières nations, une relation qui
ne trouve pas son égal chez les autres empires coloniaux d’Amérique. La
révolte de Pontiac nous démontre que les autochtones de l’époque avaient
compris, ce que Baudin et cie n’ont pas encore compris, que la Conquête
britannique n’avait rien d’une libération.
TRIBUNE LIBRE
Le délire pluraliste du dévot Marc Brière
Dave Anctil
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
Ou comment meubler systématiquement la politique avec de vieux meubles usés…
Il existe une race de militants au Québec qui n’a de cesse de se manifester au sein du mouvement souverainiste sans que personne ne comprenne trop leur objet. Ces étranges mobilisés s’appellent tous Marc Brière. Et j’aimerais montrer ici que le citoyen médiatique original de manque pas de cohérence dans ses positions.
C’est le citoyen Marc Brière qui publiait un essai en 2002 proposant de provoquer une espèce de reconversion générale de l’orientation politique québécoise. (Pour sortir de l’impasse : un Québec républicain !, Éditions Varia «Sur le vif», 2002.) En effet, il y exposait l’urgente nécessité pour le Québec de se doter d’une «constitution républicaine» en périphérie de notre division nationale entre indépendantistes et fédéralistes. L’auteur allait même plus loin en sommant les Québécois à devenir, en quelque sorte, «républicains» : «Il faut que les Québécois retrouvent une ardeur républicaine, un dévouement pour la chose publique et le bien commun, les rassemblant dans un projet de société juste, accueillante, ouverte, plurielle, fraternelle et laïque.» (p.19)
Stratégie pour le Québec de demain ? Orientation pour le Québec d’aujourd’hui ? Pas précisément puisque Brière y analysait plutôt ce qu’il considérait comme notre «impasse» et proposait une voie alternative : une millième «Third Way» à la québécoise…
Il s’agit en fait d’un livre énigmatique. Bric-à-brac et collage d’idées dans lequel l’auteur règle ses comptes personnels avec plusieurs intellectuels, le lecteur se laissera parfois surprendre par une pensée qui se tortille toujours subitement autour d’un objet mal défini.
C’est pourtant le fondement de sa proposition qui m’apparaît être le plus déficient et je pense faire œuvre utile en l’examinant attentivement pour en dévoiler la logique profonde : celle du renoncement au sujet de la question nationale qui se perpétue dans toutes les interventions des Brière du Québec.
***
L’illumination peu originale de Brière (l’original) – les solutions du genre se multiplient depuis 1995 tant l’imagination juridique au Québec se porte bien – part d’un constat qu’il suppose d’emblée très lucide. Certes, il y a crise constitutionnelle depuis 40 ans, «trahison» de la part du gouvernement fédéral et refus général de reconnaître la «spécificité québécoise» dans le ROC. Ce sont des faits. Et pourtant notre division politique interne, selon Brière, ne saurait nous «sortir de l’impasse». Mais une constitution pourrait dessiner l’horizon d’une vaste réconciliation future des «trois solitudes» au Québec (entre francophones, anglophones et autochtones).
En somme, si on résume la logique de l’auteur : faisons comme si Ottawa n’était plus réellement là en générant une sorte d’ordre juridique inféodé qu’il pourra toujours invalider par la suite… En effet, disons-le d’emblée, que vaut une constitution aussi «civique» soit-elle si un autre tribunal constitutionnel peut en invalider les termes ?
L’idée d’une constitution qui ne soit pas constituante donnera des frissons à tous les républicains et juristes conséquents. Il est aussi raisonnable de croire, à la lumière de l’histoire politique canado-québécoise des dernières décennies, que toute innovation susceptible de renforcer politiquement et juridiquement le Québec, si elle n’est accompagnée d’une solide unité nationale, sera systématiquement réprimée. Il faudra bien un jour arrêter de parler comme s’il n’y avait aucune centralisation et aucune construction nationale au Canada et accepter franchement les termes du conflit !
La proposition de Brière nous apparaît donc surannée pour plusieurs raisons. D’abord, l’orage historique de la dernière élection a éteint tout espoir pour une nouvelle et authentique politique québécoise. Si les péquistes nous avaient habitués à une (trop) «bienveillante gouvernance» (certes embellie de «fierté nationale»), les libéraux nous condamnent pour leur part à la triste administration petite-politicienne au quotidien, à la gestion, sereine et cynique, de notre belle province en Canada.
En bon libéral consciencieux qu’il est – et qu’il a toujours été finalement malgré son entichement pour la «belle jeunesse souverainiste» –, Brière espère depuis toujours réconcilier notre division politique historique en conviant les fédéralistes québécois à une table commune avec les souverainistes – où les termes seraient à leur portée puisqu’il ne s’agit surtout pas de modifier l’ordre politique canadien. Proposons un «deal», finalement, qui donnerait l’illusion aux uns que nous sommes autonomes et aux autres que nous innovons toujours entre les mêmes quatre murs du statu quo...
Brière aura beau jeu avec sa proposition maintenant que nos sprinteurs du sur-place sont au pouvoir, eux qui ne demandent en effet qu’à faire oublier leur total manque de cohérence politique envers l’histoire québécoise en faisant innover le Québec par l’immobilisme politique le plus stagnant.
***
Marc Brière nous engage en somme dans une voie empreinte de naïveté tartinée d’une sainte horreur du conflit. C’est un goût bien à lui qui impliquerait cependant un net recul historique, théorique et politique pour les souverainistes. En effet, l’essayiste, qui n’a pas peur des contradictions, affirmait sans ambages en 2002 que sans «renier son engagement à l’égard de la souveraineté du Québec», le Parti québécois devrait «s’employer dès maintenant à faire grandir cette souveraineté à l’intérieur du cadre fédéral par des arrangements ponctuels et, le moment venu, en proposant par voie référendaire une transformation en profondeur du fédéralisme canadien» (p.39). Rien que ça.
À l’aube de 2005, que dit-il ? La même chose : «Je préfère encore la solution réaliste d'un étapisme vigoureusement engagé vers toujours plus de souveraineté pour le peuple québécois. Étapisme ne signifie pas attentisme mais réalisme, sans lequel tout projet politique devient pure chimère.» (C’est dans un texte du 8 décembre 2004 édité sur Vigile («Le tout ou rien des souverainistes radicaux») que le citoyen Brière nous refait le coup de sa dévote politique du pire…)
Soyons donc souverains… un peu plus! Une souveraineté non pas «qualitative» (en déterminant le dedans du dehors, le citoyen de l’étranger, le Souverain d’un autre Souverain), mais «quantitative»! Au change, en matière quantitative, on y gagne pourtant peu lorsqu’un des deux côtés détient le cordon de la bourse… Il faudrait voir dans tous les cas ce que pense le Premier Jean Charest du projet de «faire grandir» la souveraineté du Québec dans le Canada… Il est vrai qu’il s’agit d’une belle manière d’y rester attaché : lorsque nous mettrons comme par le passé toutes nos énergies à réformer le Canada, Stéphane Dion et Jean Chrétien pourront effectivement dormir tranquilles.
Brière aurait dû néanmoins comprendre depuis longtemps que, s’agissant en particulier du Parti québécois, la réforme du fédéralisme canadien n’est pas du tout son affaire. Un parti censé mettre toutes ses énergies à sortir de la tutelle fédérale, à rompre, comme nous l’enjoignait récemment Robert Laplante, avec ce régime et les conditions qu’il impose à nos aspirations, n’a pas à chercher le genre de coopération dont rêve notre citoyen.
Mais, répondra Brière, toujours aussi débonnaire, une démarche plus accommodante aurait non seulement l’avantage de respecter le Clarity Bill (qu’il a ouvertement défendu), elle risquerait en outre, possibilité grandiose s’il en est une !, de placer la démarche «souverainiste» dans les hautes sphères de la légitimité démocratique. Ne nous laissons pas séduire par les convictions démocratiques apparentes. Car derrière cette belle affirmation, on doit déceler la vraie logique : celle de la compromission, de la résignation typiquement libérale (du double point de vue québécois et idéologique).
Rappelons-le, du point de vue de l’auteur, «ni la souveraineté du Québec ni le fédéralisme ne sont des absolus» (Ibid.). Cela équivaut, en corollaire, à accepter le cadre fédéral canadien comme s’il allait de soi pour un Québécois : comme si les prérogatives de l’État central ne pouvaient être remises en question dans leurs principes (et ce même si ces principes sont intenables du double point de vue québécois et républicain), mais uniquement dans leurs conséquences. Il s’agit alors de se donner les moyens (en attendant) de contenir les excès d’Ottawa, et non pas d’engager la rupture définitive avec un ordre que l’on jugerait illégitime.
Il ne s’agit donc pas d’une posture politique républicaine, mais chrétienne : celle d’un dévot qui préfère souffrir l’injustice que la causer, en prêchant sa maxime pour qu’elle devienne un devoir public universel. Ainsi, j’affirme sans ambages que le pseudo-républicanisme de Brière est non seulement fleuri, mais totalement incohérent.
Pour les républicains – qui se passeraient bien d’un tel «humour anglais» – Brière offre en effet une bien piètre image de la république – qui doit s’appuyer, faut-il vraiment le rappeler ?, sur la volonté générale du peuple qui s’exprime dans sa capacité de se donner ses propres lois souveraines.
La justice et la liberté ne sont pas des abstractions apparaissant au détour d’un tribunal quelconque, ou émanant par exemple d’une instance législative toute aussi floue qu’indéterminée. Ces idéaux républicains répondent bien plutôt aux exigences politiques de l’auto-gouvernement, à la capacité de mener la destinée de la collectivité nationale vers un horizon qu’elle aura déterminé elle-même par l’entremise des mécanismes consultatifs et participatifs de la démocratie. A contrario de l’imaginaire politique libéral, le républicanisme, c’est la limpidité sans compromis en ce qui concerne ces questions fondamentales.
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Marc Brière est donc un drôle d’allier pour les souverainistes et spécialement pour les républicains parmi eux. Il affirme d’abord, à la lumière d’une lecture ridiculement simpliste du droit international – sans considérer l’histoire des débats entourant la reconnaissance des nouveaux États et sans comprendre la transformation de la dynamique internationale contemporaine qui favorise la démarche des petites nations non souveraines vers l’indépendance en diminuant les obstacles traditionnels (Voir Stéphane Paquin, La revanche des petites nations – Le Québec, l’Écosse et la Catalogne face à la mondialisation, VLB Éditeur, 2001, ainsi que son article du même nom dans l’Action nationale (janvier 2002).) –, que le Québec n’a pas tout à fait le droit à la sécession parce que le droit international ne reconnaît qu’un droit à l’autodétermination des peuples (p.37). Pour Brière, rappelons-le, la «province de Québec» n’est pas, en effet, une nation ! Elle n’est pas, en conséquence, sujet au droit international concernant l’autodétermination qui s’applique aux «nations colonisées», comme les Mohawks, les Inuits et les Cris bien entendu…
Voilà une authentique reductio ad absurdum du fonctionnement du droit international et de sa logique pragmatique – méprise qui repose, nous y reviendrons, sur les catégories ridiculement dépassées de l’«ethnique» et du «civique» si chères à Brière.
Exprimons pour l’instant notre désaccord fondamental sur le statut à accorder au Québec. Il nous suffira de rappeler ici à notre auteur que le droit international ne s’applique pas comme le droit domestique : il résulte d’une logique politique complexe dans laquelle diplomatie, stabilité des frontières et réciprocité entre droit et politique sont centrales pour la recherche de règlements pacifiques. (Au niveau international, on applique généralement en effet la règle de l’uti possidetis juris, qui respecte, pour des raisons fondamentales de stabilité, les entités politiques et frontalières. Les exceptions à cette règle existent, mais leurs conséquences furent historiquement désastreuses. Pour une étude du droit à l’autonomie reconnu au niveau international, voir : «The International Institutional Dimension of Secession», in P. B. Lehning, Theories of Secession, Routledge, 1998, pp. 236-239.)
L’interprétation du cas du Québec par Brière est donc surprenante, puisqu’elle accorde moins de droit d’autonomie que ce que les experts internationaux, même les plus conservateurs, reconnaissent habituellement ! Il est vrai que ce dernier donne une importance toute capitale au jugement de la Cour suprême au sujet de la sécession du Québec, un jugement pourtant prononcé à la suite d’une commande du parti au pouvoir, un pouvoir qui a largement composé le cabinet de ces juges mobilisés par une décision dans l’intérêt de l’unité canadienne…
Brière prétend ensuite, mystification suprême s’il en est une !, que les anglophones du Québec ne forment pas une minorité nationale comme on pourrait le penser (puisqu’ils jouissent déjà de droits en tant que minorité), mais constituent plutôt «une nation ou un peuple, à la fois distinct du peuple franco-québécois et du peuple anglo-canadien» (p.40).
Brière devra bien nous présenter un tel anglophone vivant au Québec et se réclamant d’une identité nationale distincte de la citoyenneté canadienne ou québécoise… Il devra aussi nous expliquer à quoi peut bien lui servir une telle affirmation gratuite et sans fondement historique, juridique ou sociologique. Il y a bien des limites à ne pas franchir avec le vocabulaire, mais notre citoyen ne se gêne jamais pour sauter la clôture du sens commun…
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Mais ne nous scandalisons pas avant de connaître toute l’ampleur de la proposition du citoyen Brière, qui va même jusqu’à défendre la position dogmatiquement fédéraliste de Stéphane Dion contre la critique intelligente et lucide que lui a déjà adressée Michel Venne. Ce dernier affirmait en effet la vérité de tout nationalisme conséquent : un peuple veut former une communauté politique souveraine parce que sa majorité veut s’exercer pleinement sur un territoire donné et maîtriser son destin collectif (pp.44-48).
Toutes les nations du monde obéissent à cette logique élémentaire. Le Canada aussi. Hormis quelques beaux discours, la majorité anglaise n’a pas trop de scrupules à imposer ses intérêts et sa vision unitaire du Canada au Québec. Embrouillé par la mystifiante et inique distinction entre le «nationalisme ethnique» et le «nationalisme civique», il est évident que la vertu sera d’emblée, dans l’esprit de Brière, du côté de l’État souverain, c’est-à-dire du côté de sa majorité dominante et donc contre nous. Dans un schéma binaire aussi limité, si nous ne sommes pas X, il nous reste Y. Ainsi, semble nous dire notre petit Zola national : nationalistes ethniques que nous sommes, assumons-nous en jouant le jeu des fédéraux, c’est-à-dire en refusant la division bi-nationale et en vidant notre rivière dans le grand fleuve canadien…
À ce titre, sur la question de la justification du nationalisme québécois, sa «critique» de Michel Seymour manque particulièrement la cible. Brière reproche en effet au philosophe de l’Université de Montréal de parler un jargon qu’il serait le seul à comprendre et, en guise de preuve, il nous cite le dictionnaire (!) avec l’assurance d’une autorité intellectuelle qu’il n’a pas, négligeant complètement de resituer la proposition de la nation socio-politique de Seymour (cf. La Nation en question) dans le cadre d’une discussion politique normative, et construite dans les termes précis de l’histoire du conflit Québec-Canada (pp.49-55). Dans une attitude méprisante envers ce spécialiste des questions de droits collectifs – il le traite de «poète» ; affirme de lui, un philosophe analytique du langage !, qu’il ne prend pas les mots au sérieux ; qu’il «rêve en couleurs» ; etc. – Marc Brière réduit toute la stratégie proposée par Seymour (pour une loi 150 bis) à un jeu de confusions, alors que chez Seymour la proposition prenait la forme d’une tentative honorable, de la part des Québécois, d’entreprendre une prochaine démarche référendaire sous la couverture de la légitimité démocratique et de l’éthique collective.
Brière devrait certainement lire les ouvrages remarquables de Michel Seymour, et particulièrement son Pari de la démesure (primé par l’Action nationale), qui fonde sa proposition dans une démarche admirable de clarté.
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S’il en restait à ces diverses méprises, nous pourrions pardonner à Marc Brière de développer une telle position qui fait fi, semble-t-il, de décennies de débats mais qui demeure dévotement animée par un sincère souci de faire le bien.
Cependant, à la suite de toute cette «analyse du débat», notre honorable citoyen persiste à affirmer qu’il n’existe pas de nation québécoise, mais bien une collection d’ethnies sur un territoire nommé le Québec (p.59) – bref la vision canadienne du Québec que plusieurs penseurs canadiens comme W. Kymlicka, K. McRoberts, C. Blattberg, C. Taylor ou K. Nielsen essaient pourtant de réformer. Pas de nation québécoise donc, mais trois nationalismes qui, toujours selon notre essayiste, s’affrontent en vain…
Encore une fois, on l’aura déjà deviné, la raison en est que notre «nous ethnique» franco-québécois n’aurait pas encore pris, dans le cadre de ses prérogatives actuelles, la direction de la «constitution civique». Voilà aussi pourquoi ce «groupement humain sur un territoire appelé Québec» ne forme toujours pas une véritable nation au sens de maître Ernest Renan.
La vérité est plutôt que Brière crée de toute pièce les termes de son impasse qu’il a loisir ensuite de «dépasser» par une proposition inique sur la démarche souverainiste à suivre.
Quiconque a fréquenté ces épuisants débats intellectuels saura pourtant que la lecture et la démarche politique de Brière nous font retourner 25 ans en arrière. De plus, les philosophes, les sociologues et les historiens ont depuis longtemps démontré que cette opposition réductrice (civique-ethnique) ne tenait plus la route, que les identités et les formes institutionnelles étaient des produits de l’histoire : de consensus, de fractures, de coups de force, de constructions symboliques, de conflits ouverts ou larvés. Les catégories «ethnique» et «civique» sont donc complètement dépassées aujourd’hui pour discuter des questions nationales. Il s’agit d’idéaux-types imparfaits qui masquent à la fois les éléments nécessairement ethniques des États territoriaux constitués (comme le Canada) ainsi que l’aspect fondamentalement civique du nationalisme moderne des petites nations sans État souverain (comme le Québec).
Si jamais un des livres de Marc Brière était pris au sérieux, il risquerait de nous confondre à nouveau par son manque total de sérieux théorique et surtout politique.
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J’en arrive à la «proposition républicaine» proprement dite… Puisque le Québec semble avoir «déjà un esprit républicain» selon Brière (n’était-il pas à faire ?!), qu’il possède, en vertu de l’Acte constitutionnel de 1867, les pouvoirs de modifier sa constitution interne dans certaines limites, il ne nous reste plus alors qu’à «passer à l’action» en commençant à «construire» un «système politique républicain». Car, finalement, le seul obstacle véritable sur notre voie, toujours selon l’essayiste, est bien entendu nous-mêmes : «Pour s’engager dans cette voie, il suffit de vouloir cheminer ensemble, sans unanimisme intolérant, dans le respect de chacun et de ses convictions fédéralistes ou souverainistes.» (p. 84)
Tout comme l’enfer, cette supposée «voie du réalisme» nous apparaît pavée de bonnes intentions. Non seulement la thématique du républicanisme est-elle mal explicitée dans ce livre, mais la synthèse de Brière paraît presque totalement dépourvue de considérations politiquement réalistes. (À ce titre, Brière n’est pas à sa première réalisation. Parmi ses publications antérieures - que nous ne commenterons pas afin d’épargner notre lecteur - signalons que sa démarche trouve un précédent dans un ouvrage intitulé Le Québec, quel Québec ? (Stanké 2001). L’auteur y défendait essentiellement les mêmes thèses en citant ad nauseam ses dernières lectures et en démontrant un attachement plus prononcé à la pensée multiculturaliste et post-moderniste de Jocelyn Maclure qu’aux pensées politiques qui intéressent la question dont il traite, soit la question nationale au Québec (voir en particulier son insupportable «jam session» avec la pensée, pp. 173-177)…)
Nous ignorons en fait comment l’auteur en arrive à s’imaginer, dans le contexte post-référendaire, que les «francophones», les «anglophones» et les «autochtones» puissent un jour se réunir en harmonie pour une espèce de constitution non constituante, un machin juridique sans queue ni tête et certainement sans intérêt pour la majorité des Québécois qui ne verront pas là d’enjeu fondamental. Après tout, les droits individuels sont assez bien garantis dans la province ; la civilisation a même atteint depuis un bon moment notre petite patrie francophone…
Il m’apparaît évident qu’une telle option omet toutes les données élémentaires des rapports de force en jeu. Car le conflit historique structurant, à l’origine de l’impasse, n’est pas essentiellement interne. Il suppose ce que Brière dénonce lui-même : une attitude intransigeante de la part du fédéral. Pourquoi diable ne pas poursuivre le raisonnement et justifier une démarche indépendantiste co-extensive à une démarche constitutionnelle comme l’a proposé Robert Laplante dans son renouvellement du cadre stratégique souverainiste ?
Il est souvent pénible de constater que le projet souverainiste se retrouve constamment instrumentalisé par une large part des intellectuels québécois. «Pas assez de projet de société», dira l’un. «Pas assez civique», dira l’autre. Sans parler de la féministe radicale, de l’anarchiste saboteur et du cosmopolite rêveur qui lèveront tous trois le sourcil une fois confrontés à l’enjeu véritable de la question nationale...
Comme disait l’autre, ils ont toujours les mains tellement propres, ces intellectuels, qu’ils n’ont plus de mains du tout.
Avons-nous à ce point oublié la valeur intrinsèque de la liberté politique ? Sommes-nous devenus étrangers à notre longue marche en vue de cette liberté au point de réduire une telle question centrale à des préférences idiosyncrasiques ou à des arrangements administratifs et juridiques mineurs ? Osons espérer que ces dérives sur la question nationale n’empêcheront pas ceux qui les théorisent de choisir, au bon moment, la voie québécoise de la loyauté et de la solidarité.
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Pour sa part, Marc Brière a fondé, en 2002, le Mouvement pour une nouvelle constitution québécoise (MONOCOQ), organisme qui plaide en faveur d’un projet civique redéfinissant nos institutions démocratiques. À titre de président de ce mouvement, il aura voulu valorisé l’importance d’une discussion sur le cadre constitutionnel des peuplades du Québec. On y cherche cependant la cohérence d’un projet politique national engageant pour l’avenir. On y cherche surtout une lecture lucide de la situation du Québec d’aujourd’hui qui nous permettrait de penser stratégiquement comme nos adversaires politiques le font si efficacement à Ottawa.
Avec raison, toute cette entreprise paraîtra bien vulnérable aux yeux des nationalistes conséquents qui savent très bien que la fracture de l’unité des forces souverainistes, au profit de quelque réformisme institutionnel et juridique, pourrait remettre le projet politique ultime – c’est-à-dire fondateur et républicain – aux calendes grecques. Oserons-nous un jour penser politiquement notre condition et notre situation en nous donnant une politique gagnante pour le Québec ? Cesserons-nous de préférer les voies de contournement à la marche assurée d’un peuple libre et indépendant ?
Malgré l’honorable participation civique du citoyen Brière, la thématique de nos institutions démocratiques et du républicanisme nous semblent en conclusion trop importante pour les laisser au niveau de telles généralités déstructurées. En effet, le républicanisme québécois, du moins comme ethos collectif, reste dans une large mesure à inventer, même s’il est impliqué secrètement dans sa démarche nationaliste et démocratique. Le respect de la différence et des droits des individus n'est pas menacé au Québec. Dire le contraire ce n’est rien dire du tout.
Il y a donc fort à parier que c’est à partir d’une réflexion soigneuse sur notre histoire politique, doublée de propositions conséquentes avec le nationalisme québécois historique, que nous pourrons espérer un jour fonder la république du Québec. Car les propositions sur notre avenir politique ne peuvent mettre en veille la situation minoritaire de notre peuple dans le cadre canadien, puisque les outils que l’État central possède pour bafouer toutes nos initiatives demeurent, eux, des faits incontournables de notre situation politique.
Il faudra bien savoir un jour choisir en effet entre une constitution républicaine, qui consacrerait la souveraineté de la nation québécoise sur son territoire, et une autre espèce de formule juridique ne consacrant que notre sujétion collective à un État tutélaire.
Le répétera-t-on jamais assez ? C’est justement l’étapisme dont se réclame le citoyen Brière qui nous a fait échouer! Jamais le PQ n’a pratiqué une véritable politique indépendantiste. Comment Brière peut-il oser prévoir «les désastreuses conséquences d'une démobilisation» suivant une «radicalisation» hypothétique de la stratégie politique?
Il ne suffit pas de paraître en homme libre pour l’être vraiment. Il faut aussi se battre avec ses compatriotes dans un engagement solidaire d’un sens historique commun. Ainsi, malgré les obstacles récents et les hésitations incessantes, l’indépendance du Québec demeure cette idée incontournable et centrale à notre vie collective. N’en déplaise à la sensibilité du pluralisme juridique de dévôt Brière, la souveraineté représente aussi un projet rassembleur qui permettra à notre nation de se réconcilier avec sa propre démarche historique et, il est permis de l’escompter, de le faire à travers les idéaux républicains de liberté, d’égalité et de fraternité.
TRIBUNE LIBRE
Un Yushchenko québécois pour une révolution bleue?
Nestor Turcotte
(L’auteur est indépendantiste. Il a été candidat du Parti québécois dans Matane en 1970 et 1973)
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
«Est-ce que tout serait à recommencer à cause de quelques magasiniers qui échangent, trafiquent, vendent trois siècles d'histoire pour quelques heures de pouvoir ?»
Félix Leclerc, Île d'Orléans, 1986.
Les derniers sondages politiques faits au Québec sont significatifs. Aucun chef en place n’a la côte populaire des électeurs et des électrices du Québec. Landry, Charest, Dumont ne font plus le poids. Qui plus est, les nostalgiques réclament le retour de Lucien. A cause de son charisme sans doute, son talent naturel de chef paternaliste. Pas pour ses idées.
Les politiciens péquistes chevronnés, ratoureux, parfois empiffrés d’orgueil, pleins de suffisance, cultivant «ad nauseam» leur ego, pleurant à chaudes larmes suite à la perte du pouvoir, piaffant d’impatience à l’arrivée d’un nouveau scrutin en espérant reprendre les rennes de celui-ci et tous ses avantages connus ou dissimulés, ont à peu près tout dit sur la souveraineté du Québec. Sauf l’essentiel : les exigences à poser pour conquérir collectivement la liberté nationale dont ils parlent si peu dans leurs discours officiels et officieux. Surtout lorsqu’ils sont au pouvoir.
L’indépendance - j’aime mieux ce mot que celui de «souveraineté» qui est devenu un fourre-tout dans lequel même Mario Dumont peut se glisser - a souvent été présentée par l’intelligentsia péquiste comme l’entrée dans un état paradisiaque, la conquête d’une terre où tous les obstacles auraient été levés, où aucun embûche ne viendrait perturber les citoyens du nouveau pays créé. Bref, l’indépendance est devenue, au fils des années, pour ces chantres improvisés de la libération nationale, habituellement très déconnectés du va-et-vient du quotidien du peuple et des mouvances mondiales, un bouquet de roses où les épines auraient été habilement arrachées, les irritants à tout jamais éclipsés. Mépris de l’histoire!
Les péquistes cultivent le rêve à pleines poches. Selon eux, l’indépendance réalisée, l’harmonie parfaite sera restaurée dans la société québécoise dès que le rapatriement des impôts payés à Ottawa sera effectué. Dans la nouvelle structure politique, où jamais l’erreur n’arrivera à s’implanter, où jamais l’injustice ne sera cultivée, où chaque citoyen sera devenu un honnête homme et où il travaillera de tout son saoul à augmenter la richesse collective à partager, tout baignera dans l’huile. On sera presque dans un Éden retrouvé.
Il faut chercher loin dans l’histoire pour voir un pays naître sans que s’accumulent des difficultés plus ou moins lourdes à porter. Il n’y a jamais eu de liberté facile à se donner. Il n’y a qu’un chemin pour y arriver : la générosité dans l’effort, le combat dans la diversité, le partage d’une nouvelle richesse à créer, la joie de participer au bien commun en vue de mieux le partager.
Qui osent, parmi les péquistes, de toutes les sauces apprêtées, tenir ce genre de discours qui ferait fuir les plus frileux, à la première bordée des difficultés annoncées? Il faut le pouvoir, selon eux, mais, selon l’expérience des dernières années, seulement pour s’amuser et élever, de temps en temps, le petit drapeau bleu du nationalisme mou, si bien caché, le temps d’un mandat ou deux et d’une pension grassement augmentée.
Leurs adversaires, de l’autre côté, les fédéralistes traditionnels, les mous occasionnels ou dénichés, ont épuisé jusqu’ici leurs arguments fleuves, leurs peurs multipliées, leurs étonnantes capacités de renouveler un message flou, en présentant toujours aux électeurs, faciles à apeurer, les mêmes craintes, fondées sur le risque de vivre totalement isolés sur une terre devenu village global, chacun l’aura remarqué.
Sur la table fédéraliste, joliment apprêtée, les citoyens aveuglés par les émotions, les risques multipliés et volontairement bien présentés, retrouvent toujours les mêmes mets, maintes et maintes fois réchauffés. Les mêmes cuisiniers, grassement payés indirectement par un régime qui les font vivre sans trop peiner, utilisent toujours les mêmes recettes, celles qui, jadis, ont permis d’amener tant de convives à manger à l’assiette qui sans cesse les condamne à ne jamais goûter les plats du vivre en liberté.
D’un côté comme de l’autre, les arguments ne sont plus ceux qui devraient l’emporter. Les indépendantistes, s’ils veulent continuer la lutte pour le pays à créer doivent inventer ou retrouver dans l’histoire quelque chose à dépasser, quelque chose à imiter.
L’Ukraine actuelle, dans la tourmente d’un scrutin volé à tours de bras, fautif et falsifié, pourrait donner au peuple du Québec la leçon d’histoire dont il continue toujours de se priver. Depuis plus de quinze jours, ce peuple divisé, dans la froid et la neige d’un hiver prématuré, tient haut et fort la barre d’un bateau qu’ils ne veulent pas vouloir couler. Le nouveau pays porte un nom. Il se nomme Yushchenko. Brisé par un mystérieux mal que d’aucuns nomment un empoisonnement qui devait servir à l’éliminer, il rassemble, debout, courageusement, ce peuple dont l’histoire est faite de ruptures, d’annexions, et de retrouvailles sur les nouvelles barricades de la liberté.
Le Québec a besoin d’un tel homme. Un homme qui parle simplement, courageusement, librement, avec des accents qui renouent avec l’histoire et son passé, avec des notes qui chantent les lendemains d’une liberté bien assumée.
Je rêve de mon pays dans la clarté d’un matin de printemps ensoleillé, où des centaines de milliers de mes concitoyens, après avoir de tous les coins du Québec fait la marche de la liberté, se retrouvent dans les rues de la Capitale nationale de ce nouveau pays au fond de chacun retrouvé, fièrement, mais drôlement décidés à ne plus reculer, à faire fleurir par la volonté, le travail de ceux qui ont labouré ce champ de liberté.
Je rêve de centaines de milliers de personnes, debout, fleurdelisés en mains, foulards bleus endimanchant leur voix à l’unisson retrouvé, le cœur chaud de retrouvailles longtemps oubliées, réclamer à l’unanimité ce dont ils furent si longtemps privés : la liberté.
Je cherche ce leader, au visage tuméfié, à l’allure décidée, au cran et au sérieux démesuré. Je cherche ce leader qui, même de sa vie, est prêt à payer pour bâtir ce pays tant de fois rêvé. Il ne nous reste qu’à le nommer et le conduire devant le symbole de notre pouvoir si longtemps méprisé.
Pourquoi pas un printemps de liberté, à l’approche du 400e anniversaire de notre conquête mille fois répétées? Tout cela est possible, si les péquistes cessent de s’entredéchirer et font passer «le leader» avant leurs petites carrières à leur hauteur mesurées !
Pierre Bourgault, en nous laissant, a écrit ceci : «Si nous brûlons aujourd’hui ce que nous avons adoré il y a peu, c’est que nous adorions sans raison et que nous brûlons sans discernement. Le discours politique québécois a tout simplement capoté. On s’aperçoit aujourd’hui qu’il portait en lui le germe de sa propre destruction parce qu’il était superficiel et désincarné.»
Le temps retrouvé, le peuple rassemblé, le leader soutenu et accompagné, peuvent faire mentir les propos défaitistes des dernières heures de l’indépendantiste le plus adulé du Québec à libérer. Allons-nous oser nous rassembler devant notre Assemblée nationale, venant et marchant de tous les horizons, pour réclamer ce qu’un peuple a de plus cher : sa liberté ? Il y a eu la révolution de velours. Il y a maintenant la révolution orange. Les Québécois auront-ils le courage de faire la révolution bleue ?
TRIBUNE LIBRE
Un hommage à la ville de Québec ou au colonialisme britannique ?
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
Drôle de projet que celui de l’urbaniste François Marchand et de la Société des fêtes du 400e anniversaire de la ville de Québec : ces gens pleins d’imagination veulent restaurer une statue d’une reine anglaise du 19e siècle ! Une statue que des militants du Front de libération du Québec avaient détruite en 1963 alors que le peuple québécois cherchait à se libérer de l’emprise du colonialisme britannique. Et voilà qu’on veut remettre à sa place ce symbole de l’impérialisme, comme pour nous rappeler que nous sommes toujours un peuple conquis et qu’on devrait être reconnaissants envers la Grande-Bretagne pour nous avoir laissés la langue française et la religion catholique.
À mon avis, nous ne devons rien aux Anglais ; si nous ne sommes pas un peuple assimilé, c’est grâce à notre refus de disparaître, à notre résistance qui se poursuit toujours malgré la volonté ferme du Canada anglais de briser cette résistance. Le français recule de plus en plus dans ce pays « bilingue », l’anglais s’incruste discrètement mais sournoisement chez nous et il faudrait rendre hommage à un souverain britannique ? Pas pour moi, merci !
La ville de Québec a été fondée par des Français et non par des Anglais alors on devrait plutôt honorer les fondateurs de la plus vieille ville française des Amériques et de la Nouvelle-France au lieu de restaurer un symbole de l’oppression des peuples. La reine Victoria représente peut-être quelque chose pour les Britanniques et ils ont raison de l’honorer mais pour moi, Québécois de souche, elle ne signifie rien du tout. À part donner son nom à un pont à Montréal, qu’a-t-elle fait pour le Québec qui mériterait une statue ?
Pourquoi cette volonté de revaloriser, au 21e siècle, des symboles d’un passé douloureux pour notre peuple ? C’est le propre des peuples colonisés et qui refusent de se prendre en mains que de glorifier leurs oppresseurs. Il y a sûrement bien des personnages québécois qui mériteraient d’être honorés à la place d’un anachronisme étranger alors ça suffit, cette célébration de notre subordination politique !
TRIBUNE LIBRE
« Y a rien de politique là-dedans, voyons ! »
Simon Girard
TRIBUNE LIBRE 15 décembre 2004
(montage: Philippe Blanche, Montréal) - Je prends la plume pour la 2e fois dans cette histoire de restauration de statue à la gloire de la reine Victoria car le mot semble s’être donné pour nous prendre pour des imbéciles.
Non seulement ce monsieur François Marchand veut polluer le paysage de Québec avec une statue d’une reine étrangère, il a aussi l’arrogance et le cynisme de déclarer que son geste n’est pas politique puisqu’il n’est ni felquiste, ni monarchiste. Comme pour le Canada Day, on nous fait le coup du « y a rien de politique là-dedans » pour justifier une nouvelle fourberie envers le peuple québécois.
Enlever ou nier toute signification politique à un geste comme celui de notre urbaniste en herbe, c’est non seulement nous prendre pour des idiots mais c’est aussi faire preuve d’ignorance crasse de l’histoire de son propre pays. Monsieur Marchand n’est pas le seul à souffrir de telles carences historiques et je vais lui rappeler quelques faits pour tenter de démontrer le ridicule de son projet.
La reine Victoria monte sur le trône en juin 1837 alors que le Québec est plongé dans une agitation politique qui culminera quelques mois plus tard avec le soulèvement des Patriotes, réprimé brutalement, comme celui de l’année suivante, par l’armée de Sa Majesté. Le grand responsable de cette opération de « pacification », le général John Colborne, sera fait lord par Victoria. Lord Seaton pour les loyalistes, lord Satan pour les Québécois. Mais tout ça, de même que l’exécution de douze Patriotes et l’exil de 58 autres en Australie, n’a rien de politique, si on suit la logique de monsieur Marchand. Ce n’était qu’une opération de maintien de la paix et de l’ordre anglais…
Voyons si la politique a quelque chose à voir dans la suite des événements. Pour régler une bonne fois pour toutes le problème de cette nation française qui refuse de s’intégrer à l’Empire, Victoria envoie lord Durham avec mission de trouver les causes du problème et des solutions. Dans son fameux rapport, le bon lord, qui se prend sans doute pour Jules César, proclame : « veni, vidi, vici ! » et recommande la fusion du Bas et du Haut-Canada comme « solution finale » au problème canadien. La reine Victoria sanctionnera l’Acte d’Union en 1840. Mais pour l’urbaniste-restaurateur de statues, il n’y a sans doute rien de politique dans tout ça, ni dans l’imposition de la « confédération » en 1867. Récompenser un général pour crimes de guerre, le rapport Durham, l’union forcée d’un peuple à un autre, il n’y a rien de politique dans ça ! Au contraire, il faudrait peut-être édifier des statues à la mémoire du Vieux Brûlot ou de lord Durham, ces grandes figures de notre histoire…
Si les Québécois s’intéressaient un peu plus à la chose politique, un gars comme Marchand passerait pour un beau tarla. Mais voilà, notre peuple ne s’intéresse pas assez à la politique et ses jeux de coulisse, préférant magasiner pour Noël ou acheter son vin à l’étranger, en Ontario. Ce qui permet à des François Marchand ou des Serge Savard de nous passer leurs petites crosses entre les jambes et de nous dire que ça n’a rien de politique. Et ça va continuer tant et aussi longtemps qu’on ne changera pas notre façon de voir la politique.
Marchand dit ne pas être monarchiste. Qu’on m’explique alors la raison de son engouement pour une statue d’une reine anglaise ! Sait-il seulement ce que représentent Victoria et la monarchie britannique en général, que c’est sous son règne que l’empire britannique a connu son apogée ? Les peuples qui ont connu la férule de l’Union Jack pourraient en raconter de bonnes à notre petit monsieur ! Sait-il aussi que cette monarchie s’incarne ici en la personne du gouverneur général et celle du lieutenant-gouverneur ? Perpétuer l’image d’un système millénaire devenu archaïque en ce nouveau siècle, faut le faire ! Mais encore là, rien de politique là-dedans. Une statue en l’honneur d’Elizabeth II ou d’Adrienne Ière peut-être ?
Quand on connaît l’histoire du colonialisme anglais, ici et ailleurs, on s’explique mal cette idée absurde d’honorer une reine anglaise pour le 400e anniversaire de notre capitale nationale. Notre urbaniste va-t-il honorer aussi la mémoire des frères Kirke, de l’amiral Phips ou du général Wolfe, autres grands noms dans l’histoire de Québec? Y a-t-il des urbanistes irlandais, africains, indiens, maoris qui songeraient à faire de même et rendre hommage à leurs « bienfaiteurs » britanniques ? On pourrait leur envoyer nos experts en la matière qui s’apprêtent à peupler le Québec de monuments à la gloire de l’occupant.
TRIBUNE LIBRE
Les observateurs boiteux
Manon Berthelet
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
Je suis sidérée d'apprendre que le Canada va envoyer des observateurs pour superviser la reprise du scrutin en Ukraine. Avec ce que nous avons connu lors du référendum de 1995, les tricheries, le viol de la loi sur le financement, plus de 200,000 voteurs inscrits alors qu'ils n'étaient même pas sur la liste de la régie de l'assurance-maladie du Québec, et donc... non résidents... Qu'est-ce qu'il ne faut pas entendre! Le Canada n'a pas de leçon à donner à personne, surtout en ce domaine...
Avant d'aller se mêler des élections des autres, la fédération devrait faire un grand ménage chez elle! Est-ce que Paul Martin espère se faire une virginité électorale? Est-ce que le Canada va aussi superviser les élections en Iraq? Et quand le Québec va demander des observateurs lors d'un prochain référendum, pour ne pas qu'on se fasse voler notre pays ENCORE UNE FOIS... que va répondre le reste du monde? Qu'un pays si noble comme le Canada, qui supervise les autres, n'a sûrement pas besoin de supervision lui-même? Je n'en reviens tout simplement pas!
TRIBUNE LIBRE
Mr. William Cosgrove devient pape du BAPE
Gilles Néron, Un catéchumène sur le chemin de la conversion...
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
Monsieur Jean Charest
Premier ministre du Québec
Monsieur,
Encore un acte méritoire pour un gouvernement néophyte dans la foi nouvelle du développement économique. Faisant fi de la séparation des missions, l’État accueille les plus grands propagateurs de la doctrine du profit tous azimuts dans les arcanes de la politique.
Cette fois, c’est l’entrée magistrale du Grand-Prêtre de l’Eau embouteillée dans le Temple de l’écologie et de la conservation de la source même de la vie, soit l’eau pure. Mr. William Cosgrove devient pape du BAPE en même temps qu’il est le patriarche du Conseil international de l’eau (regroupement des multinationales qui exploitent l’eau bénite pour la consommation humaine), membre du sacré collège SECOR qui se consacre à la conservation de la foi dans l’entreprise contre rémunération en espèces sonnantes, bien entendu, supérieur d’un couvent de conseillers en distribution de l’eau et ardents militants des Chevaliers de Desmarais, communauté consacrée à la défense de la nouvelle doctrine. Il coiffera ainsi la tiare du pouvoir suprême en matière d’eau potable au Québec afin de distribuer ses indulgences aux fidèles de la foi dans le profit personnel et ses grâces à ceux qui payent régulièrement la dîme à la hiérarchie de l’Église de l’économie nouvelle. En un mot comme en plusieurs il sera directement branché sur les fontaines miraculeuses. Que Dieu soit satisfait de lui !
Cette élévation d’un fidèle serviteur des Seigneurs de la mondialisation aux plus hautes fonctions de la gestion de l’eau dans la chapelle du bien commun québécois est en grande partie due à la dévotion de la thuriféraire de la secte des illuminés et prédicatrice de la croisade de la PPP, soit de la voie à la Parfaite Participation aux Profits, la Révérende Mère Jérôme-Forget. Sa récompense sera sûrement exceptionnelle à cause de sa grande générosité envers les entrepreneurs et les actionnaires. Gloire à sa vertu !
L’avènement d’un nouveau pape de l’environnement est un signe de temps meilleur, mais aussi un pas vers une plus grande perfection économique. Celui-ci saura faire la réforme nécessaire des institutions sacrées. Qui a dit que l’eau est un don du Ciel qui n’a pas de prix et qu’elle peut être le symbole de la charité la plus simple ? Qui a dit que le fait de donner un verre d’eau était un geste méritoire que Dieu récompensera ? Pas ceux qui ont compris le sens du mystère économique. Car, les missionnaires de l’Église néo-libérale savent que le bien supérieur consiste à amasser les mérites des bonnes « actions » et à avancer sur le chemin de la PPP. Il leur répugne de donner, fut-ce un verre d’eau. Comme ils disent, il n’y a pas de petit profit. La foi doit évoluer comme le reste des choses de ce monde. Les principes d’hier ne sont plus à la page. Les vieilles outres ne peuvent plus contenir la nouvelle eau. La distribution des revenus par l’État doit faire place à la distribution de l’eau par le secteur privé. La béatitude viendra pour et par les entreprises, quelles que soient leur nature, leur activité et leur origine. Hors des entreprises, il n’y a plus de salut. Ainsi soit-il !
Les membres du Gouvernement s’étaient déjà convertis à la nouvelle foi avant de prendre le pouvoir. Maintenant qu’ils sont place, ils font preuve d’un zèle sans égal pour renverser les dogmes d’hier sur le bien commun et pour glorifier la hiérarchie économique de l’heure, qu’elle soit nationale ou internationale, peu importe. La foi déplace les frontières comme les montages. Urbi et orbi quoi ! En retour, il leur sera beaucoup accordé au moment du prochain appel des élus.
Que la nouvelle Église conserve notre gouvernement dans sa sainte garde !
TRIBUNE LIBRE
«Nouvelle-France» : Un ratage annoncé
Sylvio Le Blanc, Montréal (Québec)
TRIBUNE LIBRE 10 décembre 2004
On ne pouvait rien attendre de bon du film «Nouvelle-France» (sans trait d’union dans les publicités, marché anglo-saxon oblige), profilé d’abord par Pierre Billon, celui-là même derrière le mélo «Séraphin», usiné ensuite au coût faramineux de 35 millions $ (ou 33 selon certaines sources), par Richard Goudreau, le mauvais génie derrière les trois «Boys» et «Les Dangereux», et lissé finalement par Jean Beaudin, en panne d’inspiration depuis des lunes.
Voilà une coproduction anecdotique, racoleuse, sirupeuse et gorgée de poncifs, dans laquelle des acteurs de renom (Gérard Depardieu, Vincent Perez, Irène Jacob, Tim Roth) font leur peinture par numéros. Elle est à l’image de la chanson thème écrite par Luc Plamondon et chantée par notre Celine internationale. La langue parlée par les comédiens québécois en est une bâtarde, qui fait le plus «français international» possible.
Pourrait-on se réveiller une fois pour toutes à la SODEC et à Téléfilm Canada? Penser d’abord qualité et pas seulement bénéfices (si le film réussit à en faire, c’est que nous n’aimons pas le bon cinéma)? Imaginez les «Gaz Bar Blues» (Louis Bélanger) et les «Roger Toupin, épicier variété» (Benoît Pilon) qui auraient pu éclore d’une utilisation judicieuse des crédits gouvernementaux.
Cette bluette en scope va en outre nuire à la réputation de notre cinéma en France, qui déjà n’y est pas fameuse. Et la stupide prise de position antifrançaise développée dans le film ne va sûrement pas contribuer à renverser la vapeur (en revanche, elle devrait plaire en territoires anglo-saxons, où, depuis la guerre en Irak…). Denys Arcand aurait contribué au scénario que je ne serais pas surpris.
On sait que les francophones européens raffolent des grands espaces de chez nous. Si on veut les embarquer dans des coproductions vraisemblables, pleines d’aventures, pourquoi ne pas faire des films du type de «Robe noire» (Bruce Beresford), ou sur des figures ayant laissé des empreintes du temps où l'Amérique ne l’était qu’à peine, et qui n’ont à peu près pas été montrées au cinéma, comme Cavelier de La Salle (qui a mené sa barque jusqu’au golfe du Mexique, en 1682), ou de moins connues, comme Denoyon (qui, à l’âge de vingt ans, s’est rendu jusqu’à l’actuel Manitoba, en 1688)? Des films qui gagneraient à ce qu’on réinvente les langues de l’époque (quitte à faire usage de sous-titres pour les saisir pleinement).
J’enrage de voir de coûteuses niaiseries subventionnées sur grand et petit écrans alors que les films honnêtes sur Jacques Cartier, Samuel de Champlain, Marguerite Bourgeoys et les Filles du roi n’ont pas encore été faits. Nous ne semblons pas chérir notre histoire. Comment interpréter autrement ces trous béants dans notre cinématographie, en ce qui a trait à nos grandes figures historiques?
TRIBUNE LIBRE
Un instant M. Anctil !
François Perrier
TRIBUNE LIBRE 15 décembre 2004
- pour ce déluge d'informations tantôt savantes, tantôt toutes croches et/ou redondantes. Se réfère au texte "Délire pluraliste du dévot Marc Brière" de Dave Anctil, dans la TRIBUNE LIBRE de Vigile du 10 décembre 2004.
Quelle mouche vous a piqué M Anctil, de vous attaquer aussi sauvagement à un marginal comme (le juriste) Marc Brière, pourtant de foi républicaine comme vous (et moi). Vous êtes d'ailleurs en eaux bien troubles en vous réclamant, à la fois, du loup 'fédéraste' MICHAEL Seymour, des intellectuels pour la pseudo souveraineté (IPSO), pour qui, dans son "Pari de la démesure", la nation culturelle française du Québec serait réduite de française, à "francophone", et simple majorité nationale parmi une multi-nation polyglotte … et éventuellement anglaise seulement.
Quant à Michel Venne du Devoir-de-toutes-les-réserves, pluraliste indécrottable de la nation civique, et proche de l'Anglo-québécois haineux Charles Taylor, là, vous radotez. Il suffit de lire l'éditorial 'àplatventriste' de Venne, intitulé "Langue et mobilisation", dans Le Devoir du 1 mai 2000, accusant les militants du PQ "de se braquer, obsédés par l'affichage français, dans leurs débats stériles" (sic !). Ceci, au plus fort du laisser-aller linguistique bouchar, alors que l'anglais dominait (ET DOMINE TOUJOURS) "dans la rue, à l'usine, dans les laboratoires, les universités, les médias" -- c'est-à-dire partout. Cris du cœur de Venne, pour (sic !) "une société" (provinciale sans doute, plutôt qu'étatique) "moderne et pluraliste, mais résolument de langue française". Mais surtout et inexplicablement, privée des moyens juridiques pour ce faire, Bouchard étant en pleine crise de déni de notre existence nationale et étatique. Seymour et Venne sont deux francos fédérastes qui s'ignorent M. Anctil, en ce qu'ils nient l'existence d'une nation française au Québec, autrement que émasculée par l'absence d'un État français politiquement libre.
Tout ceci pour vous dire que je suis en désaccord total avec vos affirmations (a) que Brière est "embrouillé par la mystifiante et inique distinction entre le «nationalisme ethnique» et le «nationalisme civique»", ou (b), que "les philosophes, les sociologues et les historiens ont depuis longtemps démontré que cette opposition réductrice (civique-ethnique) ne tenait plus la route, que les identités et les formes institutionnelles étaient des produits de l’histoire : de consensus, de fractures, de coups de force, de constructions symboliques, de conflits ouverts ou larvés. Les catégories «ethnique» et «civique» sont donc complètement dépassées aujourd’hui pour discuter des questions nationales." Fin de citation de vos affirmations redondantes, M. Anctil.
Pas plus "qu'il y a trois nationalismes en sol québécois", comme l'affirmerait Brière, il y a au contraire, 1° qu'un seul nationalisme ethnique culturel, puis 2° le concept de la "nation", et 3° celui de la "patrie". Tous trois les concepts sont valables jusqu'à ce que la nation et la patrie manipulent le mot "peuple". Il n'y a donc pas trois nationalismes, mais un seul - le bon, l'unique, l'ethno-culturel, celui défini par Johann Gottfried Herder (1744 - 1803), qui en fut ‘l’idéateur’. Herder “inventa” littéralement -- le concept du nationalisme, caractérisé - OUI - par un lien du sang, une histoire et une langue communes, un amour du sol natal et des valeurs partagées, dont la spiritualité, remplaçant la religion-des-hommes. Bien que l’idée de nation existe depuis toujours, on attribue à Herder la création de ce concept D’APPARTENANCE. Le premier, il affirma puis répandit l’idée que, tout comme l’individu a besoin de manger et boire pour survivre, de se sentir sécurisé et libre de ses mouvements, ils a AUSSI un besoin inné de se lier d’appartenance à un groupe - à une communauté - à une nation. À défaut de quoi l’individu se sent isolé, seul, diminué et malheureux. Herder décrivit ces communautés comme des sociétés entretenant une relation “organique” (un mot tabou dans le vocabulaire civiquo-civic), avec le territoire qu’elles habitaient.
Selon Herder, pour qu’une société nationale soit “organique” c’est à dire pour qu’elle soit “une avec le territoire qu’elle habite” - elle doit être PACIFIQUE et NON-AGGRESSIVE. En tant que concepteur de l’idée du nationalisme, Herder avait bien le droit de spécifier en quoi consistait son nationalisme - et il a décrété - cela était bien son droit - que la société pastorale qu’il décrivait à l’époque, devait pour être PACIFIQUE et non-agressive. Rien à voir cependant avec 'l'àplatventrisme' congénital qui est la marque de commerce de nos zélites civiques et élites culturelles ! Que les Junkers de Bismarck, et les nazis de Hitler (avec son national-socialisme), aient usurpé, dénaturé et souillé le sens du nationalisme herdien, cela n’entache en rien la validité et la nature pacifique et inclusive - autant du concept de nationalisme à Herder -- que du projet d'indépendance des nationalistes culturels québécois !
C’est pourtant en ça que naît l’idée d’exclusion affublée injustement au nationalisme ethnique, idée à laquelle s’agrippent les 'nationaleux' civiques et les patriotards canadiAns et québécois, pour déparler du nationalisme ethnique. On doit plutôt comprendre qu’à l’époque de Herder, l’émigration était un geste personnel et isolé plutôt qu’un phénomène de masse comme aujourd'hui, et ne comprenait aucun processus d’intégration consensuel dans une quelconque communauté d’accueil. Même qu’il n’était pas question comme aujourd’hui de faire semblant d’accueillir “les altérités" sur son territoire national, afin de le départager avec eux (autre que sur celui des Québécois, lequel devient alors terre de conquête). Les 'migrations' se faisaient alors souvent par la force des armes, et on usurpaient des territoires entiers, en subjuguant plutôt qu’en partageant. On comprend alors que la déportation des Acadiens en temps de paix, constituait pour les Britanniques - ancêtres de nos CanadiAns-belliqueux - un geste justifié - voire quasi-humanitaire ! Il est important de réaliser aujourd’hui que les CanadiAns, ceux là mêmes qui “NOUS” accusent d’ethnocentrisme, ont écrit le livre en la matière !!!
Les deux autres supposés nationalismes, sont DONC des usurpateurs, et il s'agit en réalité de 2° la NATION-PATRIE, RACISTO-SUPÉRIEURE, de Johann Gottlieb FICHTE (1762 - 1814), une nation née à l'aune du militarisme impérialiste agressif napoléonien et nourrit par lui, dans un ressentiment de voir les petits États allemands constamment foulés et saccagés par des étrangers. Fichte en était venu à sa théorie farfelue de la pureté de la race allemande, en prenant à témoin celle un peu plus défendable de la langue allemande. Et, 3° il y a la NATION CIVIQUE à Ernest RENAN (1823 - 1892), geignarde, née après 1870, suite aux défaites françaises sur les champs de bataille, aux mains de sa 'cousine-germaine-supério-raciste' allemande. La nation française indignée affirmant alors qu'elle ne jouait plus à ce petit jeu militariste, les Allemands se révélant de bien meilleurs soldats. La France se réfugiant alors dans le colonialisme à plein-temps et l'érection de barrières tarifaires, pour protéger son butin.
Il n'y a DONC qu'un seul nationalisme M. Anctil - le beau, le bon, le noble nationalisme ethnique et culturel, dont la version québéco/canadienne-française, est la plus belle incarnation. Lisez pour vous en convaincre, le CanadiAn Ray Conlogue, dans "Impossible Nation - The Longing for Homeland in Canada and Quebec" (Mercury). Conlogue serait toujours à la recherche d'un éditeur québécois qui voudrait bien publier son livre en français. Avis aux intéressés. ((En cela Conlogue est appuyé par le très instructif "Pour comprendre le nationalisme au Québec et ailleurs" (Les Presses de l'Université de Montréal), de l'accablant Denis Monière. Accablant en ce que Monière intitule la conclusion de son livre "La souveraineté pour dépasser l'ethnicité" (SIC !) "Ethnicité" comme dans racisme inhérent à la nation pseudo-civique et la patrie-patriotarde)). Cependant - tout érudit qu'il soit, M. Conlogue (un irlando-irlandais, de ceux qui nous ont le plus trahis parmi les altérités que nous avions accueillies ici à bras ouverts), M. Conlogue dans son histoire d'amour avec le Québec, et même si "il a le cœur à la bonne place", se trompe à plusieurs endroits dans son livre, avançant certaines affirmations saugrenues. Par exemple, quand il affirme que les CanadiEns de la Nouvelle-France étaient une bande d'illettrés.
Lisez pour réfuter ceci, le compte-rendu magistral de l'historien québécois Jean Simard, "Québec en 1749 : une Rome face à Carthage" - (Le Devoir, 30 août 2004), citant le naturaliste finlandais d'origine suédoise Pehr Kalm qui affirmait en 1749, que "Tous ici, tiennent pour assuré que les gens du commun parlent ordinairement au Canada un français plus pur qu'en n'importe quelle Province de France et qu'il peuvent même rivaliser avec Paris. Ce sont les Français nés à Paris, eux-mêmes, qui ont été obligés de le reconnaître. La plupart des habitants du Canada, hommes et femmes, peuvent lire un texte, mais aussi peuvent lire assez bien. J'ai rencontré des femmes qui écrivaient comme les meilleurs écrivains publics et je rougis, pour ma part, de n'être pas en mesure de le faire de la sorte." Fin de citation de Pehr Kalm et merci M. Simard pour ce baume à mon cœur de joualisant. Et HONTE à nos zélites de marde-médiocres, qui nous assujettissent à leur franglais débilitant.
ALORS, "ROMPONS" les indulgences M. Anctil - comme dit si bien Robert Laplante, chef de file de nos souveraineux qui "font-semblant-de-rompre" - même si ultimement, M. Laplante se révèle plus convaincant à mesure qu'il "rompt" toujours plus avec le/son PQ néolibéral … Par définition, la nation culturelle et le nationalisme ethnique, sont inclusifs des altérités. D'ailleurs, plus bâtards que "nous", c'est impossible. Et cela depuis 1604, quand Champlain envoya le jeune Étienne Brûlé, grand fornicateur devant le Seigneur, apprendre les langues chez nos diverses tribus amérindiennes, Brûlé devenant ainsi le père de toute une nation métissée, 350 (et plus) années avant que l'apatride et 'ethnocide' Elliott P. Trudeau n'invente le concept farfelu du multiculturalisme babélien. C'est d'ailleurs pourquoi des "Illuminés" (sic !), tant fra