Langue, vie publique et vie privée

Michel Paillé
Démographe et chercheur associé à la chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec, Université du Québec à Montréal
Le Devoir vendredi 3 décembre 2004

Libre opinion - Tout bilan portant sur les effets de la Charte de la langue française (loi 101) doit d'abord porter sur les domaines visés nommément par le législateur. Ainsi, la langue d'enseignement, la langue du travail et la langue des services, pour ne donner que ces exemples-là, ont fait l'objet d'études et d'enquêtes prioritaires. Mais faut-il pour cela juger «déplacées», comme le fait Josée Boileau dans son éditorial du 29 novembre dernier, toutes les analyses des statistiques portant sur la langue parlée à la maison sous prétexte qu'il n'en est nullement question dans la loi?

À l'instar de la loi sur le tabac, la loi 101, comme toute autre loi par ailleurs, ne saurait viser que le domaine public dans ses applications concrètes. Si la première n'interdit pas carrément de fumer, notamment chez soi, la seconde ne peut obliger quiconque à parler français, en particulier à son domicile. Nul ne s'est offusqué en janvier 2003 quand la ministre de la Santé de l'époque avait affirmé que la loi canadienne sur le tabac visait à «inciter les Canadiens à cesser de fumer».

Y aurait-il deux poids et deux mesures lorsqu'on se formalise du fait que l'Office québécois de la langue française (OQLF) a cherché, dans son dernier rapport annuel de gestion, à montrer les progrès de la langue française à domicile, notamment chez les personnes de langues tierces (les «allophones») ? Comment pourrait-on prétendre que notre politique linguistique ne vise strictement que la francisation du domaine public au point de croire que les langues tierces se transmettront d'une génération aux suivantes sans que le français parvienne à pénétrer dans les familles immigrées ?

Un impact

À l'époque du laisser-faire en matière de langue, on observait une forte préférence pour l'anglais au détriment du français comme langue d'usage à la maison. Plus particulièrement, le choix de l'école anglaise par quatre écoliers sur cinq conduisait tout naturellement à l'adoption de l'anglais comme langue d'usage au foyer. L'anglais était ainsi transmis aux enfants et ensuite aux générations suivantes. Or, à cette époque, nul n'avançait l'idée d'une intrusion des chercheurs dans la vie privée des Québécois.

Pas plus d'ailleurs que l'on s'offusque aujourd'hui lorsque les francophones des autres provinces canadiennes, après analyse des données portant sur la langue parlée à la maison, font état de leur importante anglicisation, ou plutôt de leur «assimilation», comme ils préfèrent le dire. Lors de l'étude de la loi 101, en 1977, Camille Laurin notait justement que «près de la moitié des effectifs d'origine française répandue au Canada, hors Québec, a dû abandonner sa langue». Il en attribuait la cause à «la pression du milieu». Ainsi, la langue dominante dans le domaine public trouvait tout naturellement son chemin jusque dans la vie privée.

Le modèle présenté par M. Laurin en 1977 était l'Ontario. Il s'agissait de donner à notre langue officielle une force d'attraction égale à celle de l'anglais dans la province voisine, attrait qui s'exprimait d'abord par la connaissance du français chez les non-francophones et ensuite par son adoption comme langue parlée au foyer par les allophones. Je ne devrais étonner personne en rappelant que l'anglais en Ontario surclassait à cette époque le français au Québec, tant pour sa connaissance que pour son usage !

Vingt-cinq ans plus tard, une mise à jour de ce type de comparaison entre le Québec et l'Ontario m'amenait à conclure que «le Québec a comblé environ le cinquième de l'écart qui le séparait de l'Ontario» (dans Les Politiques linguistiques canadiennes, Michael Morris, Paris, L'Harmattan, 2003). Bref, au fur et à mesure des progrès du français dans le domaine public québécois, notre langue officielle est naturellement de plus en plus parlée dans la vie privée par des non-francophones.

S'il est légitime pour le gouvernement canadien de mener des enquêtes pour mesurer l'impact de sa lutte contre le tabagisme, il est tout aussi justifié pour l'OQLF, dans un contexte de sous-fécondité qui dure depuis 35 ans, de se pencher sur le choix de la langue au foyer par les immigrants, leurs enfants et leurs descendants.



Le français recule au Canada depuis 50 ans

André Duchesne
La Presse mardi 7 décembre 2004

Le nombre de Canadiens ayant le français comme langue maternelle n'a cessé de décroître au Canada au cours de la période 1951-2001. Et si les francophones ont réussi à conserver le même poids démographique au Québec, ce n'est pas le cas dans le reste du Canada où ils ne représentent plus que 4,4 % de la population.

Cette glissade, largement imputable à un faible taux de fécondité, à la transmission de la langue maternelle d'une génération à l'autre et au poids migratoire, n'a pas fini de se faire sentir, indique une vaste étude rendue publique par Statistique Canada et Patrimoine Canada hier. Celle-ci est basée sur les recensements des 50 dernières années.

" Il est difficile d'imaginer un scénario raisonnable qui pourrait renverser la tendance à la baisse du poids du groupe de langue maternelle française dans l'ensemble du pays ", écrivent les auteurs Louise Marmen et Jean-Pierre Corbeil dans le document de 165 pages intitulé Nouvelles Perspectives canadiennes.

Les tableaux synthèses accompagnant l'étude sont éloquents. Ainsi, pour la période 1951-2001, le nombre de Canadiens ayant le français comme langue maternelle n'a cessé de régresser d'un recensement à l'autre, passant de 29,0 % en 1951 à 22,9 % en 2001. Et ce, en dépit d'une augmentation de 2,7 millions de francophones.

Au Québec, le poids des francophones s'est maintenu, oscillant de 82,5 % en 1951 à 81,4 % en 2001. Mais dans les autres provinces, la proportion de francophones n'a cessé de décroître. De 7,3 % en 1951, ils ne représentaient plus que 4,4 % en 2001.

Ce ne sont pas tant les Canadiens ayant l'anglais comme langue maternelle que les immigrants allophones qui diluent la présence francophone au pays. Ainsi, entre 1951 et 2001, la proportion de Canadiens ayant l'anglais comme langue maternelle est demeurée exactement la même, 59,1 %, avec un sommet à 61,4 % en 1981. Par contre, la proportion de gens n'ayant ni le français ni l'anglais comme langue maternelle a crû de 11,8 % en 1951 à 18,0 % en 2001.

Recul des anglophones au Québec

L'étude confirme aussi le recul systématique des anglophones au Québec. De 13,8 % en 1951, leur poids démographique n'était plus que de 8,3 % en 2001. En chiffres absolus, leur nombre n'a cessé de décroître; ils n'étaient plus que 591 000 en 2001, 30 000 de moins qu'en 1996.

Par contre, durant la même période, le poids des allophones a grimpé en flèche. Au Québec, ils représentaient 10,3 % de la population en 2001, trois fois plus qu'un demi-siècle plus tôt. En chiffres absolus, leur nombre est passé de 150 000 à 732 000.

Quels rapports ont les allophones aux deux langues officielles au Québec? Difficile de répondre, une tangente ayant du mal à se dessiner.

Ainsi, la proportion des allophones du Québec qui parlent une autre langue que leur langue maternelle à la maison est plus faible que dans les autres provinces. Autrement dit, les transferts linguistiques vers l'anglais ou le français sont moins rapides qu'ailleurs. Mais lorsqu'il y a transfert linguistique au Québec, c'est majoritairement vers le français.

Le portrait est beaucoup plus ambigu en ce qui a trait à la langue de travail des allophones au Québec. De 1951 et même avant, jusqu'au milieu des années 80, le nombre d'allophones ayant tendance à utiliser le français au travail n'a cessé de croître. Mais depuis, il diminue! Au point qu'en 2001, on retrouvait une même proportion d'allophones (45 %) utilisant le français et l'anglais au travail.



Avec son projet sur les immigrés, La Haye renonce à son idéal de société multiculturelle

Didier Burg
Les Echos jeudi 9 décembre 2004

Amsterdam - Le gouvernement va consacrer plus de 500 millions d'euros à un vaste programme d'intégration des étrangers. L'objectif est de combler le « retard » économique de quelque 750.000 personnes qui, ne maîtrisant pas la langue néerlandaise, se retrouvent en situation de quasi-exclusion.

Sur 16,258 millions d'habitants, les Pays-Bas comptent 3,088 millions d'étrangers.

Opérant un virage à 180 degrés par rapport à sa tolérance légendaire, La Haye vient de présenter un projet mettant définitivement au rebut l'utopie de société multiculturelle prônée jusqu'à présent. Optant pour une politique d'intégration à tout crin, ce texte veut obliger tous les habitants du pays (jusqu'à l'âge de 65 ans) à suivre un stage de langue et d'apprentissage des valeurs néerlandaises s'ils n'ont pas été à l'école pendant huit ans. La mesure s'adresse donc aussi aux Néerlandais, même si « l'esprit » du texte est d'intégrer à la société les quelque 750.000 personnes incapables de parler la langue d'Erasme.

Sans attestation de ce stage, aucun étranger ne sera en mesure d'obtenir un titre de séjour ou une allocation. Pire, ceux qui échoueront devront régler une amende. Pour corser ce régime, ces cours obligatoires seront à la charge des participants.

Dans les cinq ans à venir, le gouvernement a ainsi l'intention d'« enrôler » 510.000 personnes. Preuve de ses ambitions, il va consacrer 270 millions d'euros à la mise en place de son projet en 2006 et 257 millions en 2007. Ce nouvel arsenal se superpose à des mesures déjà en vigueur, comme les restrictions au regroupement familial et au statut de réfugiés ou l'obligation pour les imams de suivre une formation sur les normes et valeurs de la société batave.

Changement de discours

Suivant les traces de la politique ébauchée par les populistes de l'ancien gouvernement, ces mesures traduisent le changement radical de discours au sein de la classe politique. Selon les conclusions d'une enquête parlementaire, plus d'un demi-million d'étrangers de la première génération ne maîtrisant pas suffisamment le néerlandais se trouvent en situation de quasi-exclusion. De fait, la participation au travail des minorités ethniques est de 15 % inférieure à celle des Néerlandais de souche. En conséquence, cette tranche de la population bénéficie d'un montant d'allocations deux fois plus élevé.

Signe de l'échec de la politique menée depuis trente ans : la situation des jeunes d'origine étrangère. A la fin de l'école primaire, ils ont deux ans de retard en ce qui concerne leur connaissance du néerlandais, et les deux tiers d'entre eux n'ont pas le niveau pour entamer une formation professionnelle ; le nombre de jeunes sans qualification est 20 % plus élevé au sein des Néerlandais d'origine étrangère que de souche. Pas étonnant dans ces conditions que le taux de criminalité soit plus élevé parmi eux.



Il faut féliciter l’OQLF

Site de la SSJBM jeudi 9 décembre 2004

Montréal, le 23 novembre 2004 - La SSJBM, par la voix de son président général Jean Dorion, commente le rapport annuel courageux et éclairant, publié par l’Office québécois de la langue française (OQLF).

L’impression d’ensemble, produite par ce document, en est une de sur place et de réversibilité des progrès passés, souligne Jean Dorion. Vingt-sept ans après l’adoption de la loi 101 qui voulait faire du français la langue commune du Québec, comment se satisfaire de ce que l’anglais, langue maternelle de moins d’un Québécois sur dix, ait fait plus de gains nets (comme langue d’usage à la maison) que le français, langue maternelle de plus de huit Québécois sur dix ?

Une des explications les plus déterminantes de la suprématie de l’anglais ressort du rapport, publié il y a deux semaines par la Commissaire fédérale aux langues officielles, Dyane Adam. Selon elle, les deux tiers des anglophones estiment qu’il est possible de vivre en anglais dans leur entourage ; un cinquième seulement parlent surtout le français au travail et, à Montréal, les trois-quarts parlent surtout l’anglais au travail, dans une ville où il n'y a même pas un anglophone sur cinq habitants. « Une telle situation serait impossible sans l’imposition, par ces personnes, de l’anglais comme langue de travail à beaucoup de collègues, de subalternes, voire même de patrons francophones et allophones » conclut Jean Dorion. Cette non obligation du français, pour ceux qui parlent l’anglais, explique la plus grande partie des autres situations révélées par l’Office québécois de la langue française. Jean Dorion souligne la profonde ambiguïté de la situation linguistique au Québec: « Alors que nous avons prétendu faire du français la langue officielle, dans les faits tous les services publics demeurent accessibles en anglais et les lois sont aussi rédigées dans cette langue avec le résultat que l’État québécois n’est pas vraiment français mais bilingue ».

Sur le plan des comportements individuels, il faut déplorer la propension de très nombreux Québécois à utiliser l’anglais avec toute personne, dont le français n’est pas la langue maternelle. La SSJBM invite les Québécois éviter cette malheureuse habitude qui, en plus de causer beaucoup de tort au français, est souvent perçue comme un message d’exclusion adressé aux non francophones.

« Il y a des progrès », souligne l’attachée de presse de la ministre responsable de l’OQLF, Lyne Beauchamp. Elle aurait plutôt dû dire « Il y a eu des progrès à l’époque où la préoccupation pour le français était beaucoup plus forte » souligne Jean Dorion. Malheureusement, les neuf dernières années ont été marquées par une volonté d’occulter le problème linguistique, tant de la part des gouvernements que de celle d’une majorité des élites médiatiques. Il faut féliciter l’OQLF de relancer un débat nécessaire.



Une accusation imméritée

Jean Dorion, président général, SSJBM
La Presse jeudi 9 décembre 2004

L'Office québécois de la langue française ayant rappelé que « l'anglais, comme langue d'usage, continue à faire des gains de 2 %, alors que ceux du français ne dépassent pas 1,7 % ». Alain Dubuc, dans un article très émotif, qualifie ce rappel de « passe-passe statistique » car, croit-il, « un progrès de 1,7 % du français comme langue d'usage, donne six fois plus de locuteurs qu'un progrès de 2 % de l'anglais » ( La Presse, 27 nov.) Les données de recensement contredisent cette spéculation de M. Dubuc. L'Office n'a pas commis de passe-passe.

C'est plutôt le commentaire de M. Dubuc qui, malheureusement, risque d'induire ses lecteurs en erreur. Au dernier recensement (2001), 81,4 % des Québécois déclaraient le français comme langue maternelle. Un plus grand nombre, 83,1 %, déclaraient le français comme principale langue d'usage au foyer. Donc, un progrès de 1,7 % du français langue d'usage par rapport au français langue maternelle, comme le rappelle l'Office. Pour l'anglais langue maternelle et l'anglais langue d'usage, les chiffres étaient de 8,3 % et 10,5 %, soit un progrès de 2,2% de la langue d'usage par rapport à la langue maternelle.

En parlant de 2 %, l'OQLF n'a donc pas exagéré. Comme tous ces chiffres représentent des points de pourcentage d'une même population, celle du Québec, 1,7% (116 358 Québécois) représente moins de locuteurs que 2% (155 513) et non pas six fois plus, comme s'est imaginé M. Dubuc, en pensant apparemment que les pourcentages s'appliquaient à des groupes linguistiques différents.

Il faut féliciter l'Office de poursuivre un travail d'éducation courageux, en dépit de quelques regrettables incompréhensions.



Rapport sur le bilinguisme

Les fonctionnaires bilingues ne le seraient pas vraiment

Bruce Cheadle et Dan Dugas
La Presse samedi 11 décembre 2004

Presse Canadienne Ottawa - Les deux-tiers des emplois fédéraux «bilingues» pourraient être détenus par des fonctionnaires incapables de soutenir une conversation dans les deux langues officielles, indique un rapport interne du gouvernement.

Le document, réalisé pour le Conseil du Trésor et la Commission de la fonction publique au coût de 700 000 $, a été obtenu par la Loi sur l'accès à l'information. Déposé en 2001, il indique que des centaines de millions de dollars ont été dépensés pour former des fonctionnaires à un niveau qui «pourrait être trop peu élevé pour soutenir une conversation fonctionnelle».

Avec pour résultat que des employés du fédéral perdent rapidement leur langue seconde et doivent suivre une nouvelle formation. Un cycle coûteux qui constitue une ponction constante, à la fois pour les contribuables et pour le moral des employés de la fonction publique.

En fait, trois ans après que ce rapport eut été placé dans les dossiers du gouvernement pour être utilisé comme référence, la fonction publique fait présentement l'objet d'une seconde étude, au coût de 450 000 $, qui porte sur son programme de formation en langue seconde et devrait être terminée en avril.

Certaines observations préliminaires tirées de cette étude en cours indiquent que les problèmes identifiés précédemment continuent.

«Le système de formation est coûteux, inefficace et inflexible, indique le consultant James Mitchell. Il ne forme pas des gens qui sont vraiment des bilingues fonctionnels ou qui ont un engagement personnel suffisant dans leur apprentissage de leur seconde langue officielle.»

Cette constante introspection reflète un malaise qui frappe plus largement le pays lorsqu'il est question de langues officielles.

La fonction publique fédérale compte 62 000 postes décrits comme bilingues.

Le plus récent rapport sur les langues officielles, déposé le mois dernier, affirme que 66 pour cent de ces postes nécessitent une compétence linguistique de niveau B.

Selon le rapport déposé en 2001, «plusieurs indications et études démontrent qu'une compétence de niveau B n'est pas suffisamment élevée pour permettre de parler français de façon fonctionnelle».

La Loi sur les langues officielles s'applique aussi à plusieurs milliers d'employés qui travaillent pour des sociétés d'État fédérales, ce qui contribue à accroître davantage les dépenses de formation, bien qu'elles n'aient pas été comptabilisées par Ottawa ces dernières années.

Il y a cinq ans, lorsque le gouvernement fédéral a dégagé des surplus de 17 milliards $, le Conseil du Trésor a arrêté de calculer les coûts du programme des langues officielles — du programme de formation dont les coûts étaient estimés à plus de 50 millions $, aux dépenses de traduction évaluées à 150 millions $, en passant par les 50 millions $ de primes au bilinguisme payées aux fonctionnaires.

Le gouvernement a recommencé à assurer le suivi de ces coûts pour l'année fiscale en cours.



« L'avenir du français se joue à l'Union européenne ! »

L'Européenne de Bruxelles
hebdomadaire du 26 novembre 2004

Tel est le cri du coeur que le Belge Roger Dehaybe, administrateur général de I'Agence intergouvernementale de la francophonie, a confié à l'Européenne, en marge du sommet de la Francophonie qui s'est tenu à Ouagadougou. Un cri du coeur qui est aussi un cri d'alarme pour la survivance de la diversité linguistique...

Pour Roger Dehaybe, la place du français dans les institutions de l'Union constitue un problème crucial pour la Francophonie. Pour une raison précise et carrément existentielle l'avenir du français se joue à l'Union européenne". Un propos qui s'appuie sur un raisonnement rigoureux.

- Aujourd'hui, il y a dans le monde, en gros, trois ensembles industrialisés : l'européen, l'américain et l'asiatique. Quel est l'intérêt d'un non francophone d'apprendre le français ? C'est d'apprendre une langue qui le conduit à des échanges socio-économiques importants. Rappelons-nous quand même que le français est la deuxième langue en Afrique. Or, cette langue ne peut pas le conduire à New York ou à Tokyo, il le sait. S'il apprend un jour que cette langue ne peut pas non plus le conduire à Bruxelles, à l'Union européenne, il n'aura plus alors besoin de l'apprendre. Si le français n'existe plus à l'Union comme langue de communication internationale, elle n'aura plus de raison d'être la langue du continent africain et, partant, la Francophonie n'existera plus...

Le problème du français dans les Institutions européennes, Roger Dehaybe le vit comme un francophone, un démocrate et un Européen:

- Dans un certain nombre de secteurs - environnement, politique des prix, monnaie européenne -, l'Europe est un super État. Comme démocrate, je ne peux pas m'imaginer qu'un État puisse légiférer dans une autre langue que la langue de ses citoyens. Je ne pose pas seulement la question de la place du français, mais je pense à toutes les langues de l'Union élargie. A l'heure où de plus en plus d'États commencent à réfléchir à la problématique des minorités, cherchent des formules pour permettre à toutes les minorités culturelles et linguistiques d' exister à l'intérieur de l'État, nous assisterions à la construction d'une Europe qui essaierait d'uniformiser sa politique linguistique. Ce serait donc une espèce d'anachronisme linguistique. Toutes ces raisons ramènent à dire que le problème de maintien du français, comme de toutes les autres langues, à l'Union est un problème essentiel pour la démocratie européenne et pour l'ensemble de la Francophonie.

Comment appréciez-vous la situation d'aujourd'hui ?

Dans l'Europe des Quinze déjà, nous avions constaté un recul du français dans les travaux de l'Union : le nombre de documents originaux rédigés en français avait diminué, passant de 50% a un peu plus de 30% Il est évident que l'Europe à vingt-cinq membres fragilise le français puisque les dix nouveaux membres n'ont aucun rapport particulier avec la langue française. Je regrette, pour ma part, que les francophones des Six, puis des Dix et des Douze, qui sont toujours les mêmes - la Belgique, la France et le Luxembourg - n'aient pas été assez vigilants. Heureusement, nous commençons à observer une mobilisation de la France, des Belges francophones et des Luxembourgeois.

La Francophonie se mobilise-t-elle aussi?

Il y a trois ans la France, la Communauté française de Belgique, le Luxembourg et l'Agence intergouvernementale de la Francophonie ont adopté un plan d'action sur le français à l'Union européenne. Ce plan commence à se développer et, depuis deux ans, nous avons mis en place des programmes de formation de fonctionnaires en français. Au début, nous avons travaillé avec les dix pays candidats. Nous avons formé des diplomates et des fonctionnaires. Aujourd'hui, l'un des commissaires de la nouvelle Commission est l'un de nos anciens étudiants. Mais il est extrêmement important de travailler aussi avec les anciens membres de l'Union. Par exemple, nous sommes en train de former des diplomates espagnols pour leur permettre de pratiquer le français.

Dans les deux cas nous le faisons soit dans leur pays, soit dans des centres d'études spécialisés, comme le Centre d'étude de la langue française a Bruxelles qui donne des cours de français pour les fonctionnaires. Cette année, trois milles fonctionnaires se sont déjà inscrits pour les suivre. Une autre action importante pour le français est la mise à la disposition des institutions européennes de 5.000 logiciels en français.

L'Agence dispose-t-elle de programmes visant à aider le français - par des médias francophones, par exemple - dans les pays candidats ou déjà membres de l'Union et qui sont éga1ement membres de la Francophonie?

Ces deux dernières années, nous avons fait une étude de l'état de l'enseignement du français et de sa pratique dans les pays d'Europe centrale et orientale. A partir de ce travail, nous allons développer des programmes pour renforcer l'enseignement du français dans les écoles. Il y a quelques jours, nous avons réunis a Bucarest les ministres en charge de la formation professionnelle en Europe centrale et orientale pour essayer de dégager des politiques coordonnées dans ce domaine, en particulier pour ce qui concerne la place du français dans les formations professionnelles.

N'êtes-vous pas un peu trop optimiste?

Un élargissement est une très bonne chose. Dans une médaille, il y a toujours deux faces. Il est vrai que l'élargissement fragilise les langues. A l'époque de l'Union à six membres, je craignais l'uniformisation. Aujourd'hui a vingt-cinq et demain a vingt-sept, l'uniformisation culturelle est impossible. Nous sommes tellement nombreux, tellement différents que c'est impossible. Nous en sommes déjà à l'Europe de la diversité. Par cette diversité et au nom de cette diversité, nous pouvons réaffirmer la place des langues, notamment celle du français.



Le français sans frontières

Jacques Godbout
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 1 - 1 janvier 2005

La fin de la colonisation et l'expansion de l'Europe ont réduit considérablement le rayonnement de la France au-delà de ses frontières. Le même sort guette-t-il la langue française?

Il ne faudrait pas croire que la construction de l'Europe fédérale n'est qu'une entreprise économique aux conséquences strictement politiques. L'intégration se réalise dans plusieurs domaines et les fonctionnaires de Bruxelles bousculent les traditions culturelles, se mêlent de normes alimentaires et d'hygiène, exigent des services pour les handicapés, bref, édictent les règles de la vie quotidienne des citoyens grecs, allemands ou italiens. Les fiertés nationales sont aussi malmenées: peu à peu, la langue de travail de l'Union européenne devient l'anglais, ce qui ulcère principalement la France, nation dont on sait qu'elle s'est constituée grâce au mythe d'une langue claire, supérieure aux autres, et universelle.

C'est ce qui angoisse le romancier François Taillandier, qui se demande quel sera le statut de sa langue et la place de l'écrivain dans ce nouvel univers. Allons-nous vers "une autre langue"? Car nous avons, ajoute-t-il, grand besoin d'une langue moderne et commune à tous les francophones, mais aussi d'un héritage symbolique. Les États-Unis diffusent leur mythologie par le cinéma et la télévision, la France l'avait toujours fait par la littérature. Or, si la place de la nation française n'est plus la première en Europe, à quel respect aura droit la création littéraire?

Cette question n'est pas saugrenue: il est en effet impossible de distinguer l'histoire politique de la France de celle de sa littérature. Dans La fabrique de la langue: De François Rabelais à Réjean Ducharme, récit intelligent que Lise Gauvin consacre à l'invention de la littérature française, on comprend bien que l'écrivain avait comme tâche de rendre illustre l'idiome de la cour de France. En inventant la langue, les poètes créaient leur pays.

Deux autres livres, savants mais lisibles, viennent de mettre à jour l'histoire de cette langue étrange, qui fut pensée pour remplacer le latin afin que Paris se substituât à Rome. L'un est un ouvrage collectif préparé sous la direction de Jacques Chaurand: Une nouvelle histoire du français, dans lequel Serge Lusignan, de l'Université de Montréal, consacre un chapitre réjouissant au français d'Angleterre. L'autre, Le français: Histoire d'un dialecte devenu langue, est un ouvrage tendrement ironique rédigé par le professeur britannique R. Anthony Lodge.

Ces histoires du français rappellent que celui-ci fut déclaré langue officielle en 1539 par François Ier, dans son château de Villers-Cotterêts, à quelque 80 km de Paris. Le roi décréta, pour que ses sujets se comprennent entre eux, que désormais les jugements de cour et les actes notariés seraient rédigés en langue "françoise". C'est ce même roi qui a fait le bonheur des généalogistes en exigeant que les paroisses enregistrent naissances, mariages et décès. L'état civil ainsi créé, l'état littéraire allait s'épanouir, la langue devenant "l'âme de la nation".

Les historiens insistent sur le fait que le processus fut lent, depuis l'invasion de la Gaule par les barbares, dont les Francs, venus du Nord, qui donneront au pays leur nom, mais peu de vocabulaire. Dès le départ, les lettrés s'emparèrent du français et, sous Louis XIV, en firent leur raison d'être. On codifia la langue, et l'Académie, fondée en 1634, se mit, avec ses 40 membres (les "Immortels"), à surveiller syntaxe et lexique. Les écrivains de la cour, poètes, dramaturges ou grammairiens, prirent sur eux de perfectionner le français.

Le peuple de France, néanmoins, parla longtemps patois et dialectes, mais les Canadiens, issus majoritairement des régions du Nord-Ouest, avaient en commun la langue de l'Île-de-France. Après la cession de la Nouvelle-France à l'Angleterre, en 1763, le langage des Parisiens et celui des "Canayens" évoluèrent indépendamment, chacun avec son accent.

En France, expliquent les historiens, la révolution de 1789 confirma la prédominance de la langue comme outil du pouvoir: on voulut éliminer par la terreur patois et dialectes afin d'imposer au peuple, paradoxalement, le français du roi à qui on venait de couper le cou! Cela dit, il fallut attendre Jules Ferry, en 1880, pour que l'État français impose, avec l'école laïque et obligatoire, une langue "une comme la République", pendant que les enfants canadiens "marchaient au catéchisme".

Pendant trois siècles, le français, parlé dans les cours d'Europe et par les diplomates, brilla grâce à ses grands écrivains, de Racine à Voltaire, de Montaigne à Victor Hugo. En 1920, le prestige de Paris était tel que les jeunes auteurs américains, dont Hemingway, s'y donnaient rendez-vous. Jusque vers la fin du 20e siècle, les Malraux, Sartre ou Camus firent des lettres françaises une référence mondiale.

Si le prestige de la littérature française a diminué, dans la foulée de la fin des colonies, le français reste une langue moderne, parlée par 120 millions de locuteurs.

Quel français va-t-on parler et écrire? Désormais, la norme n'est plus l'apanage exclusif de Paris, et l'Académie française doit ferrailler avec les médias. Lise Gauvin, en jetant un pont entre Rabelais, l'inventeur génial, et Ducharme, le magicien, répond d'une certaine manière aux inquiétudes de Taillandier: l'universel passe par la reconnaissance d'une francophonie mondiale, vivante, libre et diverse, notre héritage français commun.

Une autre langue, par François Taillandier, "L'atelier du roman", Flammarion, 115 p., 29,95$.

La fabrique de la langue: De François Rabelais à Réjean Ducharme, par Lise Gauvin, Seuil, 342 p., 19,95$.

Nouvelle histoire de la langue française, par Jacques Chaurand, Seuil, 808 p., 54,95$.

Le français: Histoire d'un dialecte devenu langue, par R. Anthony Lodge, Fayard, 382 p., 44,95$.

UNE AUTRE LANGUE

Le monde environnant, de façon de plus en plus affirmée, parle une autre langue, ou d'autres langues, que celle dans laquelle nous autres, écrivains français, avons coutume de nous exprimer. Je ne parle évidemment pas de notre langue maternelle; mais de cette autre langue, de cette langue dans la langue, que nous avons apprise à l'école.

François Taillandier



Possible division linguistique dans le réseau de la santé

Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir jeudi 16 décembre 2004

L'île de Montréal pourrait être partagée en deux territoires: un francophone, l'autre anglophone

Le spectre de la division linguistique plane sur l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal alors que la direction songe à revoir la structure de l'agence en la partageant en deux entités distinctes, indiquent deux documents internes dont Le Devoir a obtenu copie. L'île serait ainsi scindée en deux: un territoire francophone, attaché au réseau universitaire intégré en santé (RUIS) de l'Université de Montréal, et un territoire anglophone, attaché au RUIS de l'université McGill.

À l'agence, la réorganisation qui se dessine suscite beaucoup d'inquiétude. Dans les coulisses, on juge que l'agence a tort de croire que la division par réseaux universitaires (RUIS) ne sera que territoriale. Cette formule aura des implications linguistiques, que l'agence le veuille ou non, entend-on dans les corridors. La menace d'une ségrégation est-ouest, divisant les plus pauvres des plus riches, fait également beaucoup jaser.

La colère est d'autant plus grande que l'agence sort à peine d'une réorganisation, engagée l'été dernier, qui avait mis fin à l'organigramme bâti par programmes (services de première ligne, services spécialisés, services de santé mentale, etc.). À l'époque, une structure à trois territoires (Est, Ouest, Centre) avait été préconisée, au grand dam des employés qui, en raison du jeu de chaises, avaient déploré une grave «ventilation» de l'expertise.

En dépit de tout cela, l'agence est manifestement prête à reprendre l'exercice, moins de six mois plus tard. Dans une lettre d'information datée du 7 décembre dernier, le président-directeur général de l'agence, David Levine, évoque une prochaine réorganisation interne à la suite de départs annoncés.

«Une des hypothèses consiste à regrouper des territoires de centres de santé et de services sociaux (CSSS) selon leur rattachement aux deux RUIS. Ceci aurait pour effet de créer deux secteurs plutôt que trois», écrit M. Levine. Le p.-d.g. y évoque également la nécessité qu'a l'agence de resserrer ses mécanismes de coordination afin de faire cheminer les dossiers plus rapidement.

Dans un bulletin d'information de la Conférence régionale de l'AHQ de Montréal daté du même jour, la position de l'agence se précise. «La structure actuelle avec trois directeurs ayant comme tâche le développement des réseaux et programmes pour les territoires de l'Ouest, du Centre et de l'Est sera modifiée d'ici la fin de décembre pour faire place à deux directions», lit-on.

Dans ce communiqué, il est annoncé que les directions se diviseront tous les établissements de l'île de Montréal selon leur appartenance à l'un ou l'autre des deux RUIS. Ainsi, les douze CSSS de Montréal seront partagés à raison de sept pour le RUIS de l'UdeM et de cinq pour celui de McGill.

Hier, à l'agence, on tempérait. «Il est beaucoup trop tôt pour parler de réorganisation, a expliqué Laurianne Collins, responsable des communications. C'est sûr qu'avec le départ des deux directeurs, il y a des hypothèses qui sont avancées, mais ce qui risque d'être retenu, c'est l'idée d'un réseau qui regrouperait les territoires de l'Est et un autre qui regrouperait les territoires de l'Ouest.»

Pour ce qui est de l'hypothèse d'une éventuelle ségrégation linguistique, l'agence promet que la formule qui sera retenue tiendra compte de la délicate question de la langue dans l'île. C'est d'ailleurs ce qui explique l'extrême prudence de l'agence dans ce dossier, qui pourrait facilement devenir une véritable boîte de Pandore.

«On a toujours dit que la langue ne devait pas être une barrière à l'accessibilité des services, et c'est une philosophie qui nous tient toujours à coeur. Nous prendrons le temps nécessaire pour évaluer toutes les hypothèses», a répété Mme Collins, qui a refusé de révéler la teneur de ces autres hypothèses.

Cela étant, Mme Collins prétend qu'il est possible de séparer l'île en deux territoires distincts Est-Ouest sans que la langue devienne un obstacle. «Une division est-ouest ne se fera pas nécessairement avec la langue, tout dépendra des centres qui seront regroupés. C'est beaucoup trop tôt pour qu'on puisse se prononcer. On ne sait pas encore quelle formule sera choisie pour partager les CSSS. Est-ce que ce sera sept et cinq ou six-six ? On l'ignore.»

L'agence ne nie toutefois pas être à la recherche de nouveaux directeurs qui se partageraient les deux territoires. Voilà un autre point sensible, inquiétant pour certains employés de l'agence, qui voient se profiler une répétition du bourbier administratif de la Santé publique, où chaque échange de personnel requiert une cascade de paperasseries administratives.

À cet égard, Mme Collins se fait rassurante. «On va tenir compte de ce qui s'est passé ailleurs. Le directeur de la Santé publique fait partie de notre comité de direction. Il pourra nous alimenter pour nous faire prendre conscience de certaines problématiques qu'ils ont vécues.»

En attendant, David Levine entend profiter du temps des Fêtes pour étudier toutes les propositions qui ont été mises sur la table lors des rencontres du comité de direction de l'agence. Sa décision est attendue à la mi-janvier.



La francisation des immigrants pose encore des problèmes

Norman Delisle
La Presse mercredi 22 décembre 2004

PC Québec - La liste d'attente des immigrants en quête de francisation au Québec demeure longue, et les fonds manquent pour faire face au problème.

Il y avait encore à Montréal 1600 immigrants sur la liste d'attente des cours du ministère de l'Immigration en date du 5 novembre 2004. C'est beaucoup mieux que les 4000 inscrits sur la liste d'attente en août dernier, mais le Ministère reconnaît que " cette liste ne peut que s'accroître puisque le nombre de nouvelles admissions excède le nombre de places disponibles à chaque session ".

Toujours en novembre, il y avait de plus 430 étudiants immigrants additionnels en attente dans les autres régions du Québec, soit 107 en Estrie, 80 à Québec, 70 en Outaouais, 165 à Laval et 115 en Montérégie, selon des documents du ministère obtenus par la Presse Canadienne.

On procède actuellement à une réforme de l'ensemble des cours de français destinés aux étudiants, a indiqué pour sa part Daniel Desharnais, porte-parole de la ministre de l'Immigration Michelle Courchesne.

Les documents du Ministère indiquent qu'il faudrait dépenser 5,2 millions supplémentaires pour améliorer la francisation des immigrants.

La somme comprend 3,5 millions à Montréal " afin de maintenir une offre de services qui stabilise les listes d'attente ". Il y a actuellement 172 classes pour ces immigrants.

Ailleurs au Québec, il faudrait des sommes de 1,7 million en sus pour les besoins accrus qui se manifestent en région.

" Ces besoins financiers de 5,2 millions doivent être considérés comme minimaux ", indiquent les documents ministériels.

À plus long terme, le ministère de l'Immigration reconnaît la pertinence de " faciliter l'accès, dès l'étranger, à des cours de français et d'initiation aux réalités socioéconomiques du Québec pour les détenteurs d'un certificat de sélection ". Des partenariats avec les alliances françaises ou avec d'autres écoles de langue pourraient être envisagés pour offrir ces cours aux futurs arrivants.

Selon les données du Ministère, environ 43 % des 42 000 immigrants qui arrivent au Québec en 2004, soit 18 000, n'ont aucune connaissance du français à leur arrivée.

La porte-parole de l'opposition péquiste à l'Assemblée nationale, Lucie Papineau, députée de Prévost, soutient que les Québécois ont raison d'être inquiets face à l'attitude du gouvernement en matière de francisation des immigrants. " Il y a eu 23 millions de coupes l'an dernier dans le budget du Ministère, dont 6 millions pour la francisation. "