Pro domo

Pierre Foglia
La Presse jeudi 2 décembre 2004

(...)

LES ARCHÉTYPES- La gauche maintenant. Pas celle de Françoise David et d'Amir Khadir. Un peu plus à gauche encore, la gauche nationaliste de L'Aut'Journal, la gauche de Falardeau. Falardeau lui-même, je ne suis pas sûr, mais sa gang. Juste vous dire un truc, les boys: je suis tanné.

Je ne suis pas tanné de votre beau programme. Je ne suis pas tanné de vos idées. Je suis tanné de votre discours sur mon journal, sur mes collègues. Je suis tanné de vos énormités. De vos fixations de langage comme les ML jadis, de vos phrases toutes faites sur Power, sur La Presse.

Un de mes confrères du Soleil a récemment planté le dernier livre de Falardeau. Que je n'ai pas lu. Je n'ai pas lu, non plus, la critique de mon collègue. J'ai lu la réplique signée du directeur des Éditions du Québécois et du directeur du Journal Le Québécois. Première phrase de la réplique: Didier Fessou est l'archétype même du journaliste à gages du groupe Gesca, prétentieux, fermé, incompétent lorsque vient le temps de traiter de la question nationale.

À moins que je me méprenne sur le sens d'archétype- le modèle courant-, vous venez de traiter l'ensemble des journalistes de La Presse, du Soleil, de La Voix de l'Est, de La Tribune, du Nouvelliste, du Droit, du Quotidien, de prétentieux, d'obtus, de sombres putes, et quoi encore? Ah oui!, de fédéralistes.

Vous connaissez combien de journalistes de Gesca? Pas un tabarnak. Vous ne les lisez jamais non plus. Sauf les deux ou trois qui vous mettent en ébullition. Ce qui vous autorise, bien sûr, à insulter environ 300 journalistes qui écrivent tous, je vous cite, des " articles de type Power Corporation ". Et que signifie au juste: des journalistes grassement payés pour service rendu à la famille royale Desmarais? Vous êtes cons ou vous êtes malhonnêtes? Nos salaires sont négociés par notre syndicat, le Syndicat des travailleurs de l'information de La Presse, affilié à la CSN (Fédération nationale des communications à laquelle appartiennent aussi les journalistes du Journal de Montréal, du Devoir, etc.).

En tout cas, vous êtes aveugles. Depuis trois ou quatre ans, La Presse est devenue un très bon journal d'information.



Réplique à une chronique humoristique

Pierre-Luc Bégin, Dir. Éditions du Québécois
Patrick Bourgeois, Dir. Journal Le Québécois
TRIBUNE LIBRE 6 décembre 2004

Décidément, ils n’en meurent pas tous, mais même les meilleurs en sont atteints. Ainsi, Pierre Foglia, que d’aucuns croyaient libre penseur (et nous en sommes), se porte à la défense du conglomérat duquel il est redevable. Que voulez-vous, pour reprendre l’expression du meilleur ami du patron de monsieur, il faut bien mettre du pain sur la table. Tout est bon pour gagner sa vie. C’est quand même dommage que ce soit M. Foglia qui doive se salir les mains pour défendre son employeur, l’entreprise de presse au service de l’unité canadienne qu’est Gesca Corporation. C’est vrai, on n’en meure pas. On fait sa chronique, ça fait mal mais ça passe. On ne peut plus nous accuser de rien, notre service obligatoire est complété. On est un bon employé, on peut se remettre à parler de cyclisme et d’OGM.

Mais de quoi s’agit-il? Une histoire vieille comme la « putain de la rue St-Jacques », pour reprendre les mots d’Olivar Asselin à propos de La Presse. En fait, M. Foglia tente le plus sérieusement du monde de faire croire à l’objectivité des journaux de Gesca sur la question nationale. Ne riez pas. Prétendre à l’objectivité du bulletin de liaison du Parti libéral du Canada sur cette même question serait sans doute moins ridicule, mais bon, à force de marteler sans cesse cette fumisterie, les journalistes de Power finiront sans doute par se croire, à défaut de convaincre quiconque. Et tant qu’à noircir du papier sans gêne, allons-y donc nous aussi...

Genèse de l’histoire. Les Éditions du Québécois, fils légitime du journal Le Québécois, publient un livre d’entretiens avec Pierre Falardeau: Québec libre! Entretiens politiques avec Pierre Falardeau. Un employé (peut-on dire journaliste?) du Soleil de Québec, Didier Fessou, pond une « critique » du livre. Assassine, épaisse et sans nuance. Sans contenu également. (voir plus bas - ndlr)) Un ramassis de mesquineries envers Falardeau et la maison d’édition qui l’a publié. Une occasion de plus pour nous taxer de racisme. M. Foglia, si vous êtes tanné de nos discours violents sur votre beau journal, dites-vous que nous, on n’en peut plus d’entendre des sous-fifres à la Fessou nous accuser de xénophobie. Ce que nous ne sommes pas et n’avons jamais été !!! Non, mais, ça va-tu finir par rentrer, calvaire ! Et ne vous en déplaise cher M. Foglia, sachez que votre protégé Fessou n’est même pas à même de parler sérieusement du contenu du bouquin. Il prend prétexte d’une faute d’accord (en fait, c’est lui qui est dans l’erreur) pour repartir le bal des insultes envers Falardeau. Le type se jette sur Falardeau et de jeunes militants comme Sheila Copps sur un fleurdelysé et le cher homme y va des commentaires les plus mesquins pour décrire un livre qu’à l’évidence il n’a pas compris. C’est son droit. Mais ça demeure tout de même de l’incompétence crasse !

Autre problème. Les directeurs des Éditions du Québécois et du journal Le Québécois diffusent une réplique dans laquelle ils soulignent que le travail du type du Soleil est tout à fait conforme à ce que l’on peut s’attendre de l’ensemble des journalistes de Gesca: biaisé du début à la fin et incapable de traiter de façon intelligente de la question nationale. Jusque-là, tout va bien, mais M. Foglia, dans sa chronique du 2 décembre 2004, déchire sa chemise d’employé du mois à La Presse et se porte à la défense de son collègue de Québec (ah! les joies de la convergence!), l’homme étant sans doute incapable de répliquer lui-même. Nulle n’est ici notre intention de décrier le droit de critique des gratte-papier qui se prétendent journaliste. Le problème est que jamais on ne peut répliquer aux inepties que ces derniers vendent bien malhonnêtement aux Québécois. Via Le Soleil, Fessou a servi une gifle percutante à Falardeau et aux Éditions du Québécois. Or, malgré le fait que c’était ce même journaleux qui était dans l’erreur, Le Soleil n’a pas cru bon ni publier notre réplique ni s’excuser pour les propos déplacés de son salarié. En cela, on voudrait bien savoir quelle est la différence qui existe entre un Jeff Fillion qui défèque sans broncher sur tous ceux qui ne partagent pas son opinion et le groupe Gesca qui se permet d’accuser sans donner le droit de réplique. Aucune, hormis le ton !

Dans un style quelque peu adolescent qui lui est propre, M. Foglia affirme sans gêne que les journaux de l’empire Desmarais sont tout à fait objectifs lorsqu’ils traitent de la question nationale, et ce, tout en lançant une réplique aux directeurs des Éditions du Québécois et du journal Le Québécois: « Vous connaissez combien de journalistes de Gesca? Pas un tabarnak. Vous ne les lisez jamais non plus. Sauf les deux ou trois qui vous mettent en ébullition ». Il est vraiment comique M. Foglia. Très divertissant, le fou du roi de Gesca. Sachez d’abord, monsieur, que nous lisons tous les journaux de Gesca quotidiennement. En plus de La Presse, nous lisons donc à chaque jour (ou presque) le Soleil de Québec et les versions régionales des journaux de Gesca, lesquelles ne sont en fait que des « copier-coller » de la version métropolitaine avec une ou deux nouvelles locales. Ces pauvres Québécois des régions ont même droit au « subtil » éditorial d’André Pratte ou d’Alain Dubuc la fin de semaine! Et on se le tape!

Alors ne vous en faites pas M. Foglia, nous connaissons bien la machine et surtout ce qui en résulte. Nous la subissons chaque jour depuis de nombreuses années, tant comme lecteurs que comme interviewés par vos « objectifs » confrères. L’objectivité sur la question nationale à Power Corporation? Parlons-en! En somme, le fait que les journaux de Gesca s’adonnent sans subtilité à la promotion de l’unité canadienne est principalement visible à travers trois paramètres: les pages éditoriales, l’absence de couverture des débats ou événements liés au mouvement indépendantiste et la couverture biaisée de l’actualité sur la question nationale.

Premièrement, qui peut affirmer sans pouffer de rire comme une couventine en chaleur que les éditoriaux des journaux de Gesca ne sont pas que de lassantes chroniques d’humeurs fédéralistes? André Pratte a même poussé l’affront jusqu’à excuser l’inexcusable – le scandale des commandites - pour défendre ses potes du Parti libéral. Et depuis l’accord sur la santé, c’est la défense du fédéralisme asymétrique (qui n’existe que dans la tête des artisans de Gesca) à pleines pages. Ils y reviennent constamment. Le supplice de la goutte. Et les éditorialistes en question ne s’en cachent même pas: ils sont au bâton pour le fédéralisme canadien. C’est le mandat explicite des journaux de Gesca quant à la ligne éditoriale. Voilà donc pour les pages éditoriales.

Mais la ligne éditoriale de ces journaux ne se borne pas qu’aux « savants » papiers d’André Pratte ou de Lysiane Gagnon. La couverture des débats et événements liés au mouvement indépendantiste maintenant. Quand c’est rendu que des hommes tels que Pierre Falardeau, Yves Michaud, Pierre Vadeboncoeur, Robert Laplante ou autres sont pratiquement incapables de publier un texte dans les journaux du patron de M. Foglia, le jupon dépasse comme on dit. On pourrait même dire que les artisans de Gesca sont tellement confortables dans leur position qu’ils ne prennent même plus la peine de porter la jupe. Que le jupon ! Que voulez-vous, ils se savent hégémoniques ! Serait-ce donc à dire que la pensée de Lysiane Gagnon est plus marquante que celle de Vadeboncoeur ou de Michaud pour le Québec ? Laissez-nous crouler de rire! On nous prend vraiment pour des cons !

Quant à la couverture des événements indépendantistes, un seul petit exemple suffit. À chaque année, pour souligner le 15 février 1839, date de la pendaison des Patriotes, un gros spectacle est organisé à Montréal. Des centaines de personnes y assistent. Sur la scène, des Éric Lapointe, des Luc Picard, des Pascal Bussières, des Luck Mervil, etc. Bref, une panoplie d’artistes de premier plan qui, d’ordinaire, ont une couverture médiatique impressionnante pour leurs sorties. Or, c’est la loi du silence chez Gesca pour de tels événements. Aucune couverture, pas même une « brève ». Et c’est chaque fois la même chose. C’est connu, même la présence du Premier ministre du Québec, du PQ ou du chef de l’opposition péquiste n’arrive pas à déplacer les journalistes de Power pour de semblables événements indépendantistes d’envergure... Tirez-en vos conclusions.

Tout aussi perfide est la couverture biaisée de l’actualité sur la question nationale. Car ils en parlent, tout de même, de la question nationale chez Gesca. On sait pourquoi. Regardons simplement le traitement qui fut réservé à Yves Michaud ou Jacques Parizeau dans les pages des journaux de Power. Un tissu de citations mal rapportées et sorties de leur contexte. On titrait « raciste » ou « antisémite » à pleines pages et en « Une » avec un sans gêne qui fait honte à l’honorable profession de journaliste. Et ces connards de journalistes n’avaient à l’évidence pas lu une ligne des propos de Michaud ou de Parizeau. Par contre, Don Cherry, notamment, peut s’adonner aux pires propos racistes envers les Québécois et on ne fera qu’un articulet simplet où l’on donne la parole aux patrons de la CBC pour justifier le racisme de leur clown de service. Et jamais, jamais, jamais ces journaux ne fouillent le moindre dossier pouvant mettre l’unité canadienne en péril. Le Bloc Québécois a gueulé pendant des années sur les commandites sans qu’un seul petit journaliste de Gesca ne s’y intéresse. Il a fallu le rapport de la vérificatrice pour qu’on se mette à repiquer les dépêches de La Presse Canadienne sur le sujet avec un compte rendu de ci, de là sur la commission d’enquête et les débats au Parlement...

Finalement, M. Foglia, le fait que vous soyez syndiqué à la CSN (c’est son gros argument...) ne change rien au fait que c’est Gesca qui signe vos chèques et surtout ceux de vos collègues (et nous en connaissons quelques-uns, d’ailleurs, pour répondre à une de vos affirmations). Ils le comprennent très bien, malgré que quelques-uns essaient de combattre tout de même dans le ventre du monstre. Ils sont rares. Mais ce qui est vraiment formidable dans votre réplique, c’est assurément votre dernière ligne: « Depuis trois ou quatre ans, La Presse est devenue un très bon journal d’information ». D’abord, nous vous félicitons, c’est bien d’admettre qu’il en fut autrement avant... Il aurait juste été honnête que vous précisiez en quoi et que vous nous spécifiez ce qui a changé depuis ces quelques années? Avant, c’était de la propagande et maintenant vous présentez les deux côtés de la médaille ? Le traitement réservé à Falardeau lors de sa sortie sur la mort de Claude Ryan (l’hystérie fédéraliste de Gesca à son meilleur!) démontre bien que tel n’est pas le cas. S’il y a eu changement – nous disons bien « si » - cela a juste été pour le pire. Encore plus propagandiste fédéraliste parce que le maudit Oui ne veut pas baisser dans les sondages ! Et attendons le prochain référendum - celui qu’on risque de gagner et ils le savent chez Gesca -, car on n’a malheureusement encore rien vu!



Les délires d’un journaliste ignare!

Pierre-Luc Bégin, Dir. Éditions du Québécois
Patrick Bourgeois, Dir. Journal Le Québécois
TRIBUNE LIBRE 15 novembre 2004

Québec – Didier Fessou est l’archétype même du journaliste à gages du groupe Gesca : prétentieux, fermé et incompétent lorsque vient le temps de traiter de la question nationale. Dans le cas de ce dernier journaleux du Soleil, ex-chroniqueur économique recyclé dans les « zarts zartistiques », on peut aller plus loin en affirmant sans ambages que s’il se permet de se peindre lui-même en tant que grand critique linguistique, il n’en demeure pas moins que le môsieur adepte du [sic] mal placé ne sait pas consulter un dictionnaire avant d’y aller de ses anathèmes à objectif humiliant!

De fait, dans l’article qu’il a fait paraître dans l’édition du 12 novembre du Soleil et intitulé un Canadien délirant, le Français, Québécois d’adoption, ne se contente pas de critiquer les idées de Pierre Falardeau qui se retrouvent dans le livre publié aux Éditions du Québécois (Québec libre! Entretiens politiques avec Pierre Falardeau), ce qu’il n’est pas à même de faire de façon sérieuse de toute façon. Non, le pseudo intellectuel y va aussi d’une diatribe qui se veut sanglante et qui a pour point d’appui principal une supposée faute que Fessou était trop heureux d’avoir cru dénicher dans le livre, excitation qui lui a fait perdre toute prudence élémentaire...

L’expression en question : « prendre en mains » qui, selon le journaleux, ne devrait pas prendre de « s ». Ce dernier jubilant grâce à cette faute s’est alors permis de questionner Falardeau pour savoir s’il est en plus pour « l’indépendance de l’orthographe »… Aïe le bouffon! Ouvre donc ton Grand Robert de la langue française! Et nous allons même t’épargner des efforts en t’indiquant la page du tome VI de la deuxième édition dudit Dictionnaire alphabétique et analogique de la langue française de Paul Robert qui traite de la question : page 155, colonne de gauche. Et pourquoi pas retranscrire ce qui en est dit : « PRENDRE EN MAIN ou EN MAINS, en charge, se charger de ». Ainsi, on peut écrire cette expression en la mettant au pluriel ou au singulier. Plus encore, les exemples fournis par le Grand Robert indiquent que lorsqu’il s’agit de défendre une réalité à valeur concrète, comme c’est le cas dans notre bouquin parlant d’un parti politique, le PQ, il est préférable de mettre le « s »! Par exemple, on peut écrire : « Il a pris mes intérêts en mains » avec « s », les intérêts de quelqu’un ayant valeur concrète (au contraire de, notamment, « Il a pris mon éducation en main », l’éducation ayant une valeur abstraite), comme on peut donc écrire que Parizeau a pris le PQ en mains, mains avec « s »! Quand on ne sait pas de quoi on parle, on se la ferme. Et dans ton cas, « chose », ça veut très certainement dire la retraite, puisque tu ne sembles pas habilité à parler de grand chose de façon intelligente.

D’ailleurs, autre stupide erreur de la part du Fessou, à savoir que le livre en question est disponible au prix de 24,95$ et non pour 19,95$ comme cela est écrit à la fin du papier du type de Power Corporation... Tout aussi bête est son accusation quant au fait que Falardeau profiterait du système médiatique « à fond le tiroir-caisse » pour publiciser le livre par l’entremise des médias tout en crachant sur les journalistes... N’avez-vous pas constaté que les Éditions du Québécois constituent un organisme sans but lucratif dont chaque sou noir va à notre cause? Falardeau s’est déplacé à ses frais toute la journée à Québec pour promouvoir le livre et permettre aux Éditions d’exister! Même générosité de sa part pour la rentrée montréalaise lundi le 15 novembre! Il n’y a personne de grassement payé pour service rendu à la famille royale Desmarais chez nous. Et cela est mentionné noir sur blanc dans le livre comme dans les documents de presse envoyés aux ronronneurs des médias que tous les profits de nos produits ne servent que l’organisation et la cause... Coudonc, est-il venu au lancement et sait-il lire ce petit personnage?

Autre chose qui nous horripile chez tous les journaleux à la sauce Fessou... Leur irrespect et leur manque de subtilité lorsqu’ils sont en mission commandée. Imaginez-vous que le soir du lancement du livre de Falardeau à Québec, le type en question qui est mieux connu dans le milieu politique de la Capitale Nationale comme Didier « on le fesse où? » s’est présenté pour poser une seule question au cinéaste à qui il n’a laissé que fort peu de temps pour répondre. Le prétendu journaliste avait déjà toutes ses conclusions en tête et ne venait chercher que des citations permettant d’appuyer malhonnêtement ses dires dans son papier du lendemain. Dans le mouvement indépendantiste et au Journal Le Québécois, de telles pratiques journalistiques, on connaît. Et ce ne sont malheureusement pas seulement les journalistes de Gesca qui y ont recours. Même au Devoir que certains qualifient de séparatiste on pratique très souvent le journalisme de cette façon.

Il ne sert toutefois pas à grand chose de s’épancher trop longuement sur le sort qui est réservé au mouvement indépendantiste dans La Presse fédéraliste. Nous allons donc dès lors frapper une fois de plus sur le même clou en vous demandant de nous pardonner ce radotage de jeunesse. Ce qui est impératif avant la prochaine grande lutte indépendantiste, c’est de se doter d’outils qui nous permettront de répondre efficacement à nos adversaires qui utilisent abondamment leurs médias alliés pour nous planter, nous, les indépendantistes. Ces outils nous permettraient entre autres de clouer le bec rapidement à un Didier Fessou qui a tenté de faire passer les militants des Éditions du Québécois pour une bande d’amateurs et Falardeau pour un con en relevant une faute dans nos écrits qui n’en était même pas une, journaleux qui ne sera que très peu dérangé par le présent papier, et ce, parce que son rayonnement ne sera que très limité (40 000 copies cinq fois par an, un site Internet visité par quelques milliers de personnes par semaine et une liste de diffusion de 5000 courriels contre les quotidiens de l’Empire Gesca, c’est bien, mais c’est très peu). Si nous avions une presse à grand tirage qui entre régulièrement dans une bonne proportion des foyers québécois, il est à parier que les Fessou de ce monde y songeraient à deux fois avant de nous faire des papiers merdiques comme celui qu’il a pondu dans les pages du Soleil ce 12 novembre.

Alors, au travail…



À votre santé, Monsieur Foglia !

Pierre Dubuc
L'aut'courriel n° 105, 19 décembre 2004

Dans sa chronique du 2 décembre, Pierre Foglia se disait «tanné» de la «gauche nationaliste de l’aut’journal». «Je suis tanné, écrivait-il, de votre discours sur mon journal, sur mes collègues. Je suis tanné de vos énormités, de vos phrases toutes faites sur Power, sur La Presse.» «Vous êtes aveugles, ajoutait-il. Depuis trois ou quatre ans, La Presse est devenue un très bon journal d’information.»

Foglia a-t-il raison? La Presse est-elle devenue un «très bon journal», sans que nous nous en soyons rendu compte? Un journal qui mord, qui critique les pouvoirs en place, qui joue son rôle de quatrième pouvoir?

Nous n’avons malheureusement pas les moyens de faire une étude exhaustive des trois ou quatre dernières années mais, pour en avoir le cSur net, nous avons passé en revue les prises de position des éditorialistes de La Presse, plus particulièrement de l’éditorialiste en chef André Pratte sur les principaux sujets d’actualité du dernier mois, que ce soit le CHUM, les PPP, la réforme de la Caisse de Dépôt et Placement, les tarifs d’électricité, les salaires des médecins, la grève de la SAQ, la réforme du mode de scrutin, le bouclier antimissiles.

Commençons par les tarifs d’électricité. Dans un éditorial intitulé «L’excellente idée de M. Caillé» (13 décembre), André Pratte apportait son appui à l’idée que «les tarifs d’électricité payés par les Québécois grimpent graduellement pour rejoindre les prix du marché», c’est-à-dire qu’ils doublent !

Quelques jours plus tôt, à la Une, La Presse titrait : «Hydro-Québec. Une facture plus élevée pour financer la santé et l’éducation. CAILLÉ SOUHAITE LA FIN DE L’ÉLECTRICITÉ À RABAIS.» Pure démagogie quand on sait fort bien que le gouvernement Charest coupe en santé et dans l’éducation - les prêts-bourses, par exemple - pour tenir sa promesse de réduire les impôts des mieux nantis de un milliard $ par année.

Deux jours après la publication de l’éditorial, gros titre dans le cahier Affaires : «LES EXPERTS SONT UNANIMES : L’ÉLECTRICITÉ DOIT AUGMENTER». Pour composer une telle brochette d’unanimité, La Presse a dû faire appel, entre autres, à un professeur de géologie (!) de l’Université Laval, un chargé de cours de l’UQAM (!!), un professeur à l’université de l’Alberta (!!!) et à un promoteur de petits barrages privés !

Tous étaient évidemment d’accord pour hausser le prix de l’électricité au prix du marché& du gaz naturel. De quoi réjouir André Caillé et ses petits copains, autrefois de Gaz Métropolitain, qui gravitent aujourd’hui dans l’entourage du premier ministre Charest.

Conscient que la facture serait difficile à faire avaler aux lecteurs de La Presse, le super-éditorialiste Alain Dubuc est venu en renfort en faisant référence à son passé «marxiste-léniniste». Dans sa chronique «Quand la gauche est à droite» (8 décembre), il écrit que «les militants que nous étions s’opposaient aux programmes universels.» Drôle de gauchistes ! Plutôt que d’un groupe «m-l», faudrait plutôt parler d’un groupe «n-l» pour «néo-libéral».

Quand La Presse titre que les hausses des tarifs d’électricité financeraient la santé, elle a sans doute en tête le projet du recteur Lacroix d’aménagement du CHUM dans la cour de triage d’Outremont. De l’argent, il en faudra, car le projet est déjà évalué à plus de 2 milliards, soit presque le double du budget initial prévu pour l’aménagement du CHUM au 1000 Saint-Denis.

Mais on ne regarde pas à la dépense quand il s’agit d’un projet soutenu par le patron, Paul Desmarais. André Pratte qualifie le projet de «Baie-James de la santé» (titre de l’éditorial du 27 novembre) et qualifie de «Ragots» (titre de l’éditorial du 30 novembre), les propos de ceux qui ne savent pas apprécier l’aide désintéressée du mécène Paul Desmarais. Pour l’appuyer, Lysiane Gagnon y est allé de deux chroniques sur le même sujet pour vilipender ces «journalistes (du Devoir) qui ont inventé un sombre complot de l’Establishment libéral».

Malgré tout, le gouvernement hésite. Aussi Pratte a-t-il signé deux autres éditoriaux, «L’enjeu» (9 décembre) et «Brouillard sur le CHUM» (15 décembre) dans lequel il demande un report de la décision. Craignant que l’avis de Pratte ne fasse pas le poids, on a fait appel à Lucien Bouchard («Réfléchissons encore» - 16 décembre). Rien de mieux qu’un ex-conservateur pour parler à un ex-conservateur !

En doublant les tarifs d’électricité, on pourrait également «Prendre soin des médecins» (titre de l’éditorial du 1er décembre), nous dit André Pratte dont l’écart brut entre leur rémunération et celles des spécialistes des autres provinces «varie entre 26% et 56%». «Combler un tel écart coûtera cher, nous dit Pratte. Cela devra se faire de façon graduelle. Mais cela devra être fait.» Comme pour les tarifs d’électricité. Là encore, il a reçu l’appui de son collègue Alain Dubuc («Le temps de corriger le tir» - 10 décembre).

Par contre, les conditions de salaires et de travail des cols bleus et des employés de la SAQ devront être revues à la baisse. Que voulez-vous, c’est la loi du marché. Dans le cas des cols bleus, l’éditorialiste en chef a cédé sa place à un nouveau venu dans les pages éditoriales, François Cardinal, qui a su rapidement démontrer que cette promotion était bien méritée. Il a titré son éditorial «Laissez-les hurler !» (21 octobre). Les cols bleus y sont rabaissés au rang de «chiens enragés» que l’administration municipale devrait laisser aboyer, tout en leur imposant l’inique sentence arbitrale de Gilles Lavoie.

Le 11 décembre, François Cardinal récidivait contre les cols bleus («Montréal n’est pas le Far-West») avec l’appui du chroniqueur Yves Boisvert («Les alliés objectifs des PPP»). N’allez surtout pas croire que Boisvert prend position contre les PPP. Son journal s’est déjà prononcé en faveur du projet de privatisation de la ministre Monique Jérôme-Forget, sous la plume de André Pratte («Lucifer privatisé» - 29 octobre) et Alain Dubuc («PPP : peurs et passion» - 29 octobre)

Tous ceux qui s’opposent à cette vente à rabais du Québec sont qualifiés par Alain Dubuc de «puissantes forces de conservatisme et de statu quo» qui défendent le «modèle québécois». Soulignons que La Presse mène un combat tous azimuts pour la remise en question de ce modèle. Il y a eu sur le sujet un dossier de plusieurs pages («Quel modèle pour le Québec ?» - 27 novembre), suivi d’éditoriaux de André Pratte («L’occasion ratée» - 3 décembre) - «L’occasion ratée» est le refus du premier ministre Charest d’endosser la demande de André Caillé de doubler les tarifs d’électricité - et de Alain Dubuc («Québec va rater le bateau» - 4 décembre).

Mais Pratte et Dubuc ont quand même eu un prix de consolation avec la révision de la loi de la Caisse de Dépôt et de Placement qui donne priorité au rendement des déposants plutôt qu’à son rôle historique d’agent de développement économique. «L’économie québécoise ne peut qu’en profiter», écrit André Pratte dans son éditorial («Une Caisse plus solide» - 16 décembre).

Mais le texte le plus percutant de André Pratte au cours du dernier mois est sans doute celui consacré à la grève de la Société des Alcools dans lequel il invite la population québécoise à franchir les lignes de piquetage parce qu’il «n’y a pas ici d’enjeu moral», écrit-il dans son éditorial «Acheter à la SAQ».

Par contre, bien entendu, «les syndiqués poseraient des gestes immoraux et illégaux s’ils tentaient d’intimider ou de bloquer la route aux acheteurs». «Ce conflit, nous dit-il, est un banal rapport de forces entre un employeur et un syndicat». Alors, pourquoi ne pas faire pencher la balance en faveur de la SAQ! Publions la liste des succursales ouvertes ! Demandons à nos chroniqueurs de vin de nous proposer une sélection des meilleurs vins de dépanneurs !

Une approche qui va réjouir Alain Dubuc qui intitulait, le 10 novembre, sa chronique «Et si la SAQ était privée».

Voilà, Monsieur Foglia, nous avons pratiquement fait le tour des prises de position de votre «meilleur journal» au cours du dernier mois. Reste quelques petites brindilles comme «Le bouclier anti-débat» (8 décembre), un éditorial dans lequel André Pratte réaffirme son appui au bouclier anti-missiles de George W. Bush («Dire Oui à Bush» - 4 octobre). Ou encore cet appui au projet de réforme du mode de scrutin du ministre Dupuis qui, de l’avis de tous les experts, ne va profiter qu’aux Libéraux et à l’ADQ («Une réforme bien engagée» - 17 décembre).

Nos excuses, Monsieur Foglia, pour notre «discours» sur votre journal, sur vos collègues, pour nos «énormités», nos «phrases toutes faites sur Power, sur La Presse» et félicitations pour votre «très bon journal d’information.»

À votre santé, Monsieur Foglia, et j’espère que le vin était bon à votre party de bureau!