Quebec is obstacle to Prime Minister's quest for majority

John Ibbitson
The Globe and Mail Thursday, December 9, 2004

In three days, Paul Martin will celebrate -- if that's the word -- his first anniversary as Prime Minister. No doubt there will be plenty of scorecard stories in the press, toting up the Liberal government's achievements and failures. But one assumption now seems to be accepted by everyone inside the party: Mr. Martin will never preside over a majority government. The reason is Quebec.

Although the Conservatives have re-established their traditional base in rural Ontario, a large majority of that province's seats remain in Liberal hands, and nothing that Stephen Harper has done in the past six months suggests anything will change. Nor, broadly speaking, is anything likely to change in the Atlantic and Western results (with the possible exception of Newfoundland). Nor are things likely to change much in Quebec, which for the Liberals is a bitter disappointment.

The party took a pounding in the past federal election, winning only 21 seats, compared with 54 for the Bloc Québécois. Apart from their strongholds in Montreal and the Outaouais, Quebec has become hostile territory for the Liberal Party.

But party strategists hoped that the situation would improve next time out. Voters flocked to the Bloc on June 28 because they were furious over the revelations of corruption and mismanagement in the sponsorship program. By the next election, went the thinking, that anger will have dissipated. The bloom will once again have faded on that persistent perennial, the Bloc, and 20 seats or more could switch back to the Liberals. A bit of luck here, a bit of luck there, and Mr. Martin might eke out a majority in the next election.

Ain't happening.

Polls are worthless this far out, but all the evidence on the ground is that Bloc Leader Gilles Duceppe remains popular. Many francophone Quebeckers see Mr. Martin as an Ontario anglophone whose French is not quite idiomatic (although they may not realize that he stammers in both official languages). The Gomery inquiry is keeping the sponsorship scandal very much alive. And the Québécois portion of the Martin cabinet is weak.

Caution is needed here. Quebec ministers have a very different presence inside Quebec than out. Jean Lapierre, the fast-talking Minister of Transport, only gets into the English press when he says something incendiary and controversial, which he does with gratifying regularity. But Mr. Martin's Quebec lieutenant is ubiquitous in the French media, where his candour and charisma may be winning him some support.

But, as with Mr. Lapierre, the French contingent of the Martin cabinet is having a less than stellar time in Ottawa. Pierre Pettigrew is largely an onlooker at Foreign Affairs, simply because Mr. Martin has decided to become his own foreign affairs minister.

Heritage Minister Liza Frulla has none of the profile of her predecessor, Sheila Copps (which may be a blessing), although, again, she is much more visible in her home province. Intergovernmental Affairs Minister Lucienne Robillard has practically disappeared from public view, while Deputy House Leader Mauril Bélanger must play second fiddle to House Leader Tony Valeri. Stéphane Dion is a competent Environment Minister, but no one gets elected in Quebec by mentioning the author of the Clarity Bill.

Add to this a Prime Minister's Office with few senior francophones (Mr. Harper's office arguably has more francophones in it than does Mr. Martin's), and the verdict can only be that the Martin Quebec contingent is weak on the ground, weak in the centre, weak in cabinet, and devoid of any coherent strategy to improve the party's Quebec fortunes in the next election.

That election could well come in the spring of 2006. (It's hard to imagine this government surviving two budgets.) But regardless of when we next go to the polls, the odds heavily favour another minority government. Nobody can form a majority without most of Ontario and most of Quebec. And that just isn't going to happen.

jibbitson@globeandmail.ca



Martin et les chambres à coucher

Michel Vastel
Le Soleil jeudi 9 décembre 2004

Cela tient presque de l'obsession ! Mon voisin, mon épicier, mon comptable et même mes patrons me demandent : "Pis ? Paul Martin ?" Généralement, je lève les yeux au ciel, soupire, lâche un seul mot : "décevant..." Et tout le monde d'y aller de son commentaire !

Il y aura un an dimanche que Paul Martin est devenu le 21e premier ministre du Canada. Ce n'est pas tant qu'il gouverne mal, mais il gouverne si peu. L'indécision est chronique chez lui et les problèmes qu'il balaie sous le tapis les uns après les autres ne cessent de le rattraper. Hier, je vous parlais de la question du bouclier antimissiles balistiques sur laquelle il agonise. Aujourd'hui, c'est le renvoi à la Cour suprême sur le mariage des couples de même sexe qui lui revient comme un boomerang.

Et avez-vous remarqué que plus le chef du gouvernement attend, plus les situations pourrissent ? Assuré d'une majorité sur la participation du Canada au bouclier antimissiles, il l'a maintenant perdue. Sur le mariage des couples de même sexe - on dit qu'il attendra après la prochaine élection - les oppositions vont s'organiser et lui rendre la tâche de plus en plus difficile.

Tout le monde semble penser que la Cour suprême confirmera la décision des cours provinciales autorisant le mariage de couples de même sexe. Mais ce n'est jamais aussi simple que cela avec le plus haut tribunal du pays, surtout quand on lui pose quatre questions. Il y aura des surprises ce matin, comme il y en eut dans l'avis sur la sécession du Québec, comme il y en eut dans la décision sur l'affichage commercial, comme il y en eut dans le renvoi sur le rapatriement de la Constitution.

Irwin Cotler, ministre de la Justice, justifiait la décision de son gouvernement d'en appeler à la Cour suprême par la nécessité d'éclairer le débat : "Le débat au Parlement sera plus informé avec l'autorité morale de la Cour", me disait-il récemment. On verra ce matin...

Le gouvernement s'est mis dans de beaux draps avec cette question. Un rapport récent de l'Institut Vanier de la famille suggère que les Canadiens sont peut-être plus "conservateurs" que ne le prétendent les politiciens et les commentateurs. Il vaut la peine de rappeler les conclusions du mégasondage réalisé par l'Institut...

"Au fil du temps, peut-on lire, l'idée de "la famille idéale composée de deux parents et de deux enfants" est devenue objet de dérision et considérée désuète. Cette polémique a contribué à l'idée selon laquelle les Canadiens se sont départis de la notion d'une structure familiale idéale, et que toutes les configurations familiales sont désormais perçues comme étant sur un pied d'égalité : notre sondage contredit cette conclusion." Quelques chiffres...

Au total, 58 % des Canadiens ont affirmé croire que la famille nucléaire - un homme et une femme mariés ayant au moins un enfant - est la structure idéale. 40 % disent "Non". Même au Québec, société soi-disant plus libérale, les proportions sont de 56 et de 40 %. Et lisez bien ceci : 97 % des Canadiens disent que la famille est essentielle à une sensation de bien-être, 97 % déclarent qu'elle est essentielle à l'apprentissage des valeurs requises pour établir des relations interpersonnelles, 95 % disent qu'elle est essentielle à des communautés saines et à une nation saine !

Cela ne veut pas dire que les Canadiens s'opposent au mariage des couples de même sexe, mais ils ne voient pas ce modèle comme "idéal". Ainsi, 52 % des Canadiens et jusqu'à 58 % des Québécois jugent que les gouvernements doivent assurer que les familles de même sexe reçoivent les mêmes bénéfices que les autres familles. Mais seulement 44 % des citoyens du reste du Canada (50 % au Québec) pensent que les couples de même sexe devraient avoir le droit de se marier.

Quelle que soit l'opinion des membres de la Cour suprême, celle des Canadiens est clairement divisée et même plutôt opposée au mariage des gais et des lesbiennes. Si l'appui des élus du Bloc québécois, à quelques exceptions près, et des néo-démocrates est acquise à la cause du mariage des couples de même sexe, tel n'est pas le cas des conservateurs - à l'exception notoire de Belinda Stronach et de deux ou trois autres députés - ni des libéraux. On estime maintenant que, pour faire approuver une modification de la définition du mariage, Paul Martin devra exiger que les ministres et les secrétaires parlementaires votent avec le gouvernement. Et tant pis pour les votes libres sur les questions faisant appel à la conscience des membres de la Chambre des communes ! Quant aux membres du Sénat, la question est encore plus problématique...

"Tout ce qui traîne se salit", disaient nos grands-mères. La stratégie du gouvernement, que Paul Martin n'a pas choisie, a compliqué les choses.

En premier lieu, les adversaires du mariage des couples de même sexe - et même bon nombre de gens qui lui sont favorables - n'aiment pas que le premier ministre et son gouvernement se retranchent lâchement derrière la Cour suprême pour disposer d'une question aussi délicate.

Le gouvernement n'a pas non plus cherché de solutions, comme le Québec qui avait choisi la voie de l'union civile, laquelle satisfaisait à peu près tout le monde, accordait rigoureusement les mêmes droits aux homosexuels qu'aux hétérosexuels - y compris sur les enfants - , et qui fut contestée par un petit groupe d'exhibitionnistes dont les ostentations n'ont fait qu'embarrasser les progressistes.

Avec le temps, cette question du mariage des gais et des lesbiennes n'est plus une question de droit fondamental mais une épreuve de force entre une minorité et la majorité. Petit rappel historique : Pierre Elliott Trudeau n'a pas demandé l'avis de la Cour suprême, en 1967, pour modifier le Code criminel reconnaissant les relations homosexuelles "en privé et entre adultes consentants". Il s'en est tiré avec une boutade qui, faisant appel au bon sens, a mis libéraux et modernistes de son côté : "Il n'appartient pas à l'État de surveiller les chambres à coucher de la nation..."

C'est encore plus vrai aujourd'hui !

Mvastel@lesoleil.Com



Paul Martin PM

Pierre Bergeron
Le Droit lundi 13 décembre 2004

Une impression d'"implénitude", d'inaccompli et d'indécision se dégage de cette première année de Paul Martin à la tête du pays. On a beau les décortiquer dans tous les sens, on n'arrive pas à dégager de ces douze mois de pouvoir cette direction ferme et ce sens du leadership qui nourrissaient les attentes, parfois démesurées, à l'endroit de celui qui avait tant voulu être "khalife à la place du khalife".

Non pas que Paul Martin soit un si "mauvais" premier ministre. Il semble bien en avoir l'étoffe, mais l'habit est mal ajusté et on le sent gêné aux entournures. Il n'arrive pas à se hisser à la hauteur des espoirs que sa candidature avait suscités durant les seize longs mois qu'a duré sa gestation pendant que Jean Chrétien n'en finissait plus de partir. Il y a une énorme différence entre occuper le poste de ministre des Finances et assumer celui de premier ministre. Et la marche est encore plus haute entre diriger le pays et l'animer, le stimuler ou lui montrer une direction. Paul Martin n'a pas encore fait cette transition.

Il faut par contre souligner que peu de premiers ministres n'auront connu une année de pouvoir aussi mouvementée. Une élection générale, un scandale d'envergure nationale, un parti toujours divisé, un gouvernement minoritaire, "une" vache folle, des citoyens en colère, des fonctionnaires en grève, des ponts à refaire avec le voisin, Paul Martin ne compte plus les écueils qui se sont dressés sur son chemin depuis qu'il a chaussé les bottes de Jean Chrétien. On ne peut lui attribuer tous les malheurs qui se sont acharnés sur lui, bien que c'est dans sa façon d'y faire face qu'on voit l'étoffe du leader.

Jean Chrétien avait cette façon, pas toujours heureuse, de surfer sur les problèmes et de projeter à la fois l'image, parfois surfaite, d'un leader au-dessus de la mêlée et d'un batailleur de rue. Paul Martin n'arrive pas à se trouver un style qui lui soit propre, où il se sent à l'aise et auquel les Canadiens peuvent s'identifier. Le contact ne se fait pas.

L'image d'indécision qu'il projette non seulement lui nuit mais également l'empêche de tirer tout le crédit pour les succès de son administration. C'est Jean Charest qui peut se vanter de la mise au goût du jour du fédéralisme asymétrique ; c'est George W. Bush qui a volé le show lors de sa visite ; ce sont les critiques qui lui ont volé le mérite de surplus plus élevés que prévu ; c'est la commission Gomery et les partis d'opposition qui ont pris l'initiative sur le scandale des commandites ; il ne peut même pas prendre le mérite du vote des Communes sur les "gras trans".

Un an après son arrivée au pouvoir, Paul Martin n'a pas encore convaincu les Canadiens qu'il est autre chose qu'un premier ministre de transition, d'un chef de gouvernement en sursis ou d'un autre Charlie Brown.

Partage médiatique

La plupart des campagnes publiques de financement doivent leur succès à la participation des médias. Des initiatives ponctuelles pour venir en aide à un enfant malade aux grandes campagnes comme celle de Centraide, les médias ouvrent leurs pages, offrent du temps d'antennes et mettent leurs vedettes au service d'une foule de bonnes causes. Dans notre seule région, la contribution des médias en services de toutes sortes dépasse aisément le million de dollars.

Mais les médias mettent également la main à la pâte en sollicitant directement la population. Ils le démontrent avec enthousiasme depuis quelques années avec la Grande Guignolée des médias et, à la mi-septembre, avec le Souper des médias.

La semaine dernière, la Guignolée des médias a remporté un vif succès malgré une embûche, l'interdiction de solliciter à des barrages routiers à Ottawa. Résultat ? 10 000 $ de moins à Ottawa "compensés" par 10 000 $ de plus en Outaouais. La Grande Guignolée a pu compter entre autres sur la présence de bénévoles de renom dont l'évêque de Gatineau-Hull, Roger Ébacher, le maire de Gatineau, Yves Ducharme, et le premier ministre Paul Martin. Un gros merci à tous ces bénévoles qui se sont joints aux médias de la région pour témoigner concrètement de leur sens du partage et aux citoyens qui leur ont ouvert leur coeur.



Martin ne pavoise pas

Clairandrée Cauchy
Le Devoir lundi 13 décembre 2004

L'opposition juge qu'au cours de sa première année Martin n'a pas fait mieux que Chrétien

Paul Martin ne pavoisait pas hier à l'occasion du premier anniversaire de son assermentation comme premier ministre. Lors d'une rencontre de presse éclair, en marge d'un brunch dans sa circonscription avec un millier de partisans, le premier ministre a reconnu qu'il avait vécu des «hauts et des bas» cette année et que des «choses auraient pu être faites autrement».

Il s'est néanmoins réjoui d'avoir profité de certains «momentums», notamment en ce qui a trait à «l'entente sur la santé, sur la péréquation et au progrès fait dans le dossier des villes», a-t-il déclaré de façon sibylline au cours d'un point de presse improvisé, qui ne devait être, à l'origine, qu'une séance de prise d'images.

«Si vous me posez la question "est-ce qu'il y a des choses qu'on aurait pu faire autrement", la réponse est oui. Est-ce qu'on a fait beaucoup de progrès maintenant, la réponse est encore oui», a ajouté le premier ministre avant d'aller rejoindre ses convives réunis pour célébrer l'anniversaire de son entrée au pouvoir.

Cette petite fête a été assombrie par la présence de quelques dizaines de manifestants du Front d'action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) dont les tambours ont fait concurrence à la chorale de Noël qui accueillait les visiteurs dans le hall de la salle de réception de LaSalle, dans la circonscription de M. Martin. Ce comité d'accueil a semblé agacer le premier ministre qui a affiché sa «mauvaise humeur en long et en large» lors de la rencontre avec le FRAPRU, selon le porte-parole de l'organisme, François Saillant.

Aux analyses très négatives parues en fin de semaine dans les médias à propos de cette première année aux commandes de l'État canadien se sont ajoutés hier les commentaires critiques des partis d'opposition, dont dépend M. Martin pour se maintenir au pouvoir.

Pour le leader du Bloc québécois, Michel Gauthier, le premier ministre Martin n'a pas répondu aux attentes au sujet du déficit démocratique, un thème qu'il avait placé au coeur de sa course au leadership. «C'est la grande déception de l'année. Il est en chambre environ une journée sur deux, moins souvent que Jean Chrétien. Quand il est là, il répond beaucoup moins souvent aux questions, alors que Jean Chrétien répondait en général à tous les chefs», a observé M. Gauthier, soulignant que toutes les modifications réglementaires au fonctionnement de la chambre ont été «forcées» par l'alliance des trois partis d'opposition. «Il est même moins respectueux du Parlement que ne l'était Jean Chrétien», tranche-t-il, déplorant le recours systématique à la ligne de parti.

Le bilan n'est pas plus reluisant en ce qui concerne les relations avec le Québec, poursuit le leader du Bloc. «Il laissait croire qu'il y aurait une période plus facile dans les négociations avec Québec. Quand on regarde du côté du déséquilibre fiscal, sur les garderies, sur l'assurance emploi, toutes ces choses ne sont pas encore réglées», a-t-il poursuivi.

Au cours d'un brunch avec quelques centaines de partisans à Toronto, le chef du Parti conservateur Stephen Harper n'a pas été beaucoup plus tendre à l'égard du premier ministre. «Comparé à Paul Martin, Jean Chrétien est un grand visionnaire», a-t-il dit avec sarcasme avant d'ajouter que les 12 premiers mois de Paul Martin se résumaient à «12 mois d'indécision».

Pas plus tendre, le chef du NPD, Jack Layton, pense quant à lui que Paul Martin était «plus désireux de devenir premier ministre, de gagner le pouvoir, que de l'utiliser pour faire des changements». Il énumère les nombreuses hésitations du gouvernement: «Kyoto, on attend toujours le plan; le bouclier antimissile, la décision n'est pas prise; mariage des conjoints de même sexe, il a dirigé le débat vers la Cour suprême; les garderies, il y a eu beaucoup de discussions et pas d'action.»

M. Layton aurait aimé que M. Martin tende davantage la main à son parti, comme l'avait fait Pierre Elliott Trudeau à l'époque. «C'est une série d'occasions manquées.»

Après avoir bataillé pendant des années au sein de son parti pour se hisser au sommet, Paul Martin a connu une première année au poste tant convoité qui n'a pas été de tout repos. Dès les premier mois, le scandale des commandites est venu lui empoisonner la vie, tant et si bien que l'élection d'un gouvernement minoritaire est apparue comme un prix de consolation. D'autres dossiers chauds l'attendent dans les prochains mois, tels que celui du bouclier antimissile ou le projet de loi sur le mariage des conjoints de même sexe.

À ce sujet, M. Martin, à l'instar de son ministre de la Justice, n'a pas retenu la suggestion du premier ministre albertain Ralph Klein à de tenir un référendum pour trancher la question. «La cour a donné son opinion. [...] C'est un enjeu où les parlementaires doivent décider. Le Parlement accepte cette responsabilité», a-t-il affirmé hier, promettant la tenue d'un vote libre.

Logement social

Lors de la rencontre avec les représentants du FRAPRU, M. Martin a par ailleurs refusé de s'engager à injecter des fonds dans le logement social dès le prochain budget. En campagne électorale, le Parti libéral avait promis de réinvestir 1,5 milliard en logement social sur cinq ans. M. Martin aurait même affirmé au FRAPRU qu'il irait de l'avant dès 2005.

«On n'a aucune espèce d'assurance. [...] M. Martin nous a parlé beaucoup de l'argent qu'il investissait en santé, en péréquation. Il nous a parlé des difficultés budgétaires du gouvernement fédéral, ce qui est une chose très surprenante à entendre», a rapporté M. Saillant.

Après avoir invité le FRAPRU à revendiquer du côté du Québec et après avoir reproché au lobby de ne pas reconnaître les efforts déjà faits par le fédéral, M. Martin aurait tout de même ouvert la porte à une plus grande collaboration. «Cela a tout pris avant qu'il nous dise qu'il croyait au logement social et qu'on pourrait travailler ensemble un peu plus», a dénoncé M. Saillant.

Avant d'aller retrouver ses militants, M. Martin a quant à lui soutenu que des «progrès avait été faits» en matière de logement social. «On a déjà investi beaucoup, c'est certainement notre intention de continuer», a-t-il déclaré.

Cette affirmation n'a pas satisfait le porte-parole du FRAPRU: «Cela nous donne juste le signal qu'il va falloir augmenter la pression d'ici au prochain budget. Il [Paul Martin] n'a peut-être pas aimé la manifestation d'aujourd'hui, il nous l'a dit. Mais il peut s'attendre à ce qu'il y en ait d'autres», a promis François Saillant.

De toutes les provinces, le Québec est celle qui a construit le plus de logements sociaux grâce au programme Logement abordable, et la seule à avoir signé l'entente pour la deuxième phase du projet. Mais, selon le FRAPRU, le Québec aura épuisé les fonds du fédéral avant la fin de l'année 2005.

«Ce gouvernement minoritaire, ce serait extrêmement étonnant qu'il dure cinq ans. C'est peut-être son seul budget et, s'il ne respecte pas son engagement, il ne sera peut-être jamais respecté», a plaidé M. Saillant.



Décevant!

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 11 décembre 2004

Ce dimanche 12 décembre marque le premier anniversaire de l'accession de Paul Martin au poste de premier ministre du Canada. Le successeur de Jean Chrétien nous avait prédit une ère de changement. Douze mois et un scrutin plus tard, qu'en est-il?

Après dix ans de régime Chrétien, les Canadiens avaient soif de renouveau. Affrontements avec les provinces, patronage et corruption étaient alors les marques de commerce d'un gouvernement devenu autoritaire avec les années. Au moment de son assermentation, Paul Martin promettait de faire les choses autrement. Bien que libéral, son gouvernement allait marquer une rupture avec le précédent.

Cet engagement, les militants libéraux, tout comme une majorité d'électeurs, croyaient que le nouveau premier ministre saurait le tenir. Sa feuille de route comme ministre des Finances suffisait à convaincre. Un an plus tard, le doute s'est installé. Non que l'homme manque de vision et d'idées. Au contraire, l'ordre du jour de son gouvernement est plus riche que celui du gouvernement Chrétien. C'est plutôt que son leadership paraît incertain. Trop incertain. Jean Chrétien était un fonceur. Paul Martin n'avance que lentement. L'hésitation semble inscrite dans ses gènes.

Dans un cas, celui du dossier des commandites, il faut reconnaître que le premier ministre a agi avec vigueur. Il n'a pas hésité à imposer une nouvelle éthique, mettant sur pied une commission d'enquête et congédiant sans ménagement quelques têtes d'affiche libérales. Si l'effet immédiat sur les électeurs a été mitigé, on peut néanmoins croire que la culture politique changera et qu'à moyen terme le cynisme des citoyens à l'endroit des élus s'atténuera.

Comme s'il regrettait d'avoir affirmé trop clairement son autorité à cette occasion, Paul Martin ne cesse depuis de mesurer chacun de ses gestes, au point de ne pas arriver à trancher. L'exemple du bouclier antimissile est à cet égard éloquent. L'est encore plus celui des relations fédérales-provinciales, où il multiplie les signaux contradictoires.

Aux provinces, M. Martin n'avait eu de cesse de les assurer de son ouverture à changer la nature même des relations fédérales-provinciales, nourrissant ainsi leurs attentes. La conférence de septembre sur le financement de la santé a été pour elles un moment de vérité. Paul Martin n'allait finalement pas être beaucoup plus généreux que Jean Chrétien. À l'échelle des énormes surplus budgétaires d'Ottawa, les quelques milliards consentis ont été reçus comme un simple cataplasme sur la plaie du déséquilibre fiscal.

La liste des questions en attente de règlement ne fait que s'allonger. Dans le cas du Québec, on retrouve la péréquation, le financement des garderies et cet éternel dossier du programme des congés parentaux. Celui-ci, objet d'un litige important entre Québec et Ottawa depuis 1997, devait être rapidement réglé par un gouvernement Martin. Difficile de comprendre qu'en 12 mois, on n'ait pas pu conclure l'accord qui permettra au Québec de créer son régime de congés parentaux.

Avant le déclenchement des élections, Paul Martin avait promis aux Québécois un changement d'attitude de la part du gouvernement fédéral. Mais cela semble n'avoir duré que le temps d'une entente particulière avec le Québec dans le dossier du financement de la santé. Le mot «asymétrie» avait à peine été prononcé qu'on remisait toute velléité d'aller plus loin en raison de réactions négatives venues du Canada anglais. Pour sa part, le premier ministre Jean Charest ne peut plus être sûr d'avoir en Paul Martin le complice qu'il croyait avoir pour revamper un peu le fédéralisme.

Ces 12 mois auront montré l'écart qu'il y a entre la promesse et la réalité. Entre le Paul Martin candidat au leadership libéral et le Paul Martin premier ministre. Décevant ! Tout simplement.

bdescoteaux@ledevoir.ca