Contre l'Assemblée nationale
Yves Michaud s'adresse à la Cour supérieure
Norman Delisle
Presse Canadienne La Presse mercredi 1 décembre 2004
Québec - L'Assemblée nationale n'avait pas la compétence de condamner Yves Michaud le 14 décembre 2000. En ne lui permettant même pas de faire valoir son point de vue, on a brimé ses droits fondamentaux.
Voilà ce qu'a plaidé mercredi Yves Michaud et son avocat, Me André Bois, devant le juge Jean Bouchard de la Cour supérieure du Québec.
M. Michaud a présenté une requête en jugement déclaratoire, invitant le tribunal à statuer que l'Assemblée nationale n'a pas le pouvoir d'exprimer une opinion réprobatrice à l'endroit d'un simple citoyen qui n'est pas député, sauf si les privilèges de la Chambre avaient été atteints.
M. Michaud a donc soutenu qu'il n'aurait pas dû être blâmé par un vote unanime de la Chambre le 14 décembre 2000 pour les propos qu'il avait tenus la veille alors qu'il témoignait devant les États généraux sur la langue française à Montréal.
M. Michaud avait alors déclaré que le peuple juif n'était pas le seul à avoir souffert dans l'histoire de l'humanité.
«Je demande l'annulation de la motion de blâme, car c'est un sommet de dérision. Si à tous les jours l'Assemblée nationale pouvait se livrer à des séances de flagellation et d'excommunication d'un citoyen pour avoir tenu des propos qui n'auraient pas eu l'heur de plaire à tel député ou ministre, elle se commuerait en tribunal, comme au temps de l'Inquisition espagnole», a dit M. Michaud.
Âgé de 74 ans, M. Michaud est un ancien journaliste et diplomate, qui a été lui-même député libéral à l'Assemblée nationale de 1966 à 1970. Il a, par la suite, milité pour introduire plus de transparence dans les institutions financières, ce qui lui a valu le surnom de «Robin des banques».
M. Michaud déplore également que l'Assemblée nationale n'ait pas donné suite à la pétition qu'il a fait présenter en décembre 2001 devant la Chambre, pour «redressement» de son grief.
L'avocat de M. Michaud, Me André Bois, a signalé de son côté que jamais dans l'histoire du parlementarisme démocratique, une Chambre avait blâmé un citoyen de cette façon.
«Il n'y a aucun précédent dans le monde démocratique où un Parlement aurait adopté une telle résolution de blâme», a dit Me Bois.
Le procureur de l'Assemblée nationale, Me Raynold Langlois, a pour sa part plaidé que «l'Assemblée nationale a le droit de s'exprimer sur tout sujet qui est dans le débat de public. Les députés ont le droit d'exprimer leur propre avis».
«Il y a une séparation des pouvoirs dans notre système. Les juges jouissent de l'immunité, mais les députés aussi, pour pouvoir faire leur travail et exprimer leurs opinions. Les députés ne veulent pas que les tribunaux s'immiscent dans leurs procédures», a fait valoir Me Langlois.
Notons que le 14 décembre 2000, l'Assemblée nationale avait adopté à l'unanimité et sans débat une motion pour que l'Assemblée nationale «dénonce sans nuance, de façon claire et unanime, les propos inacceptables à l'égard des communautés ethniques et, en particulier, à l'égard de la communauté juive».
Mercredi, M. Michaud a nié avoir tenu des propos racistes contre les Juifs, «sauf de dire qu'ils ne sont pas les seuls à avoir souffert dans l'histoire de l'humanité».
Il a rappelé que lui-même et sa conjointe avaient étaient parrain et marraine d'enfants de confession juive. Il se décrit comme un «pro-sémite».
Il soutient même avoir repris à son compte les propos de l'historien Lionel Groulx, «qui a été très laudateur à l'égard de ce peuple, le qualifiant de peuple à l'invincible esprit de solidarité, à l'armature morale solide. Groulx invitait les Québécois à être aussi persévérants et solidaires».
Par ailleurs, M. Michaud note qu'il a demandé en vain à l'Assemblée nationale de défrayer ses frais juridiques, vu que «la liberté d'expression des citoyens a été mise en cause par la motion scélérate de l'Assemblée nationale.
Pourtant «l'Assemblée nationale se défend avec les fonds publics. C'est une entrave à l'équité», a-t-il conclu.
Yves Michaud c. l'Assemblée nationale
Robert Dutrisac
Le Devoir jeudi 2 décembre 2004
Québec -- La Cour supérieure a commencé à entendre hier Yves Michaud, qui soutient que l'Assemblée nationale n'avait pas le pouvoir constitutionnel d'adopter, le 14 décembre 2000, une motion de blâme pour des propos «inacceptables» sur la communauté juive tenus par l'ancien député, journaliste et diplomate lors des audiences des États généraux sur le français.
Son procureur, Me André Bois, a présenté hier sa plaidoirie devant le juge Jean Bouchard afin d'obtenir un jugement déclaratoire à l'encontre de cette motion de blâme. «Ça déshonore l'Assemblée, ces députés qui se lèvent comme des automates» pour voter, sans tenir de débat, en faveur d'une motion sur des propos qu'ils n'ont pas lus, a dit Me Bois. Il n'y a aucun précédent voulant qu'un Parlement démocratique adopte une motion pour blâmer un simple citoyen pour ses propos sans que les privilèges de l'Assemblée ou de ses membres aient été violés, a-t-il dit.
Cette motion de blâme, c'est «le sommet de la dérision», a dit M. Michaud, maintenant âgé de 74 ans. L'Assemblée nationale, si elle détenait le pouvoir de se livrer à tout bout de champ à «des séances de flagellation» menant à «l'excommunication» de citoyens pour des propos qui n'auraient pas plu à tel ministre ou à tel député, se transformerait en un tribunal digne de «l'Inquisition espagnole», a-t-il dit dans son style imagé.
En matinée, M. Michaud fut interrogé par Me Raynold Langlois, l'avocat qui représente l'Assemblée nationale, et son président, Michel Bissonnette. Juriste chevronné et éminent, Me Langlois est par ailleurs lié au Parti libéral du Québec : il était le président de la Commission constitutionnelle du PLQ, qui a produit, en 1980, le fameux livre beige de Claude Ryan. M. Michaud a parsemé ses réponses de citations latines, dont «Audi alteram partem» (il faut entendre la partie adverse), rendue célèbre par Bernard Landry, et une citation de Pagnol avec l'accent du Midi : «L'honneur, c'est comme les allumettes, ça ne sert qu'une fois.»
D'ailleurs, Yves Michaud n'a jamais pu savoir quels étaient les propos exacts qui avaient justifié «l'opprobre» dont l'Assemblée nationale l'a accablé. Il n'a jamais parlé de «communauté juive», comme la motion de blâme l'énonce, mais de «peuple juif», ce qui se rapporte à une réalité historique, a-t-il précisé. Lors des États généraux sur le français, Yves Michaud a eu des propos «laudatifs» envers le peuple juif en citant le chanoine Groulx qui louangeait l'«âpre volonté de survivance», «l'invincible esprit de solidarité» et «l'impérissable armature morale» du peuple juif, a-t-il rappelé, tout comme l'a fait Me Bois dans sa plaidoirie.
Certes, une semaine avant sa comparution devant les États généraux, M. Michaud avait relaté, lors d'une entrevue à la radio, une conversation qu'il avait eue avec un de ses voisins et sénateur libéral de confession juive. Dans cette conversation amicale, M. Michaud avait soutenu que le peuple juif n'était pas le seul peuple qui avait souffert dans l'histoire de l'humanité. «C'est un constat historique. Ça n'a rien d'antisémite.» Il s'est dit d'ailleurs «prosémite», signalant que son épouse et lui étaient marraine et parrain d'enfants de confession juive.
Comme il fallait s'y attendre, Me Langlois a signifié qu'il plaidera l'irrecevabilité de la requête. En raison de la séparation des pouvoirs (législatif, exécutif et judiciaire), le principe sur lequel l'État s'appuie, les tribunaux ne s'immiscent pas dans les procédures de l'Assemblée nationale, a-t-il expliqué. Les députés jouissent de l'immunité et peuvent exprimer leurs opinions sans crainte d'être poursuivis. La liberté d'expression comprend également le droit à la dissidence que les députés, en adoptant la motion, ont exprimée, a ajouté Me Langlois.
L'audition de la requête se poursuit aujourd'hui au palais de justice de Québec.

Affaire Michaud
L'Assemblée demande à la Cour de ne pas intervenir dans ses affaires
Norman Delisle
Presse Canadienne jeudi 2 décembre 2004
Québec - Les tribunaux ne doivent pas intervenir dans les privilèges reconnus à l'Assemblée nationale, a plaidé jeudi l'avocat de l'institution, Me Raynold Langlois.
«Une cour ne peut imposer un ordre à l'Assemblée nationale quant au suivi à donner à une pétition», a soutenu Me Langlois devant le juge Jean Bouchard, de la Cour supérieure du Québec.
Le juge Bouchard est saisi d'une demande de jugement déclaratoire en provenance de Yves Michaud, qui soutient que l'Assemblée nationale n'avait pas la compétence de le blâmer le 14 décembre 2000, tout en ne lui permettant même pas de faire valoir son point de vue.
M. Michaud raconté avoir présenté en vain une pétition pour être entendu devant une commission de l'Assemblée nationale, afin de pouvoir y exprimer son point de vue.
Me Langlois admis qu'en vertu de la Charte des droits, tout citoyen avait droit d'adresser une pétition à l'Assemblée nationale.
Mais en citant de nombreux cas de jurisprudence, il a tenté de convaincre le juge Bouchard que la Chambre demeurait libre d'en disposer à son gré.
«Le suivi d'une pétition relève du fonctionnement interne de l'Assemblée, sans ingérence externe», a-t-il dit.
Par ailleurs, l'Assemblée nationale a déjà répondu à la pétition de M. Michaud en mettant en branle un processus de réforme de son règlement et de ses procédures, a fait valoir Me Langlois.
«Le fait que M. Michaud demeure insatisfait de la réponse ne justifie pas la Cour supérieure de la réviser», a-t-il noté.
Le juriste a également plaidé qu'en vertu de l'immunité parlementaire, les députés avaient droit de blâmer M. Michaud pour les propos qu'ils lui attribuaient, même sans l'avoir entendu.
«Le tribunal ne peut pas réviser l'opportunité de la motion adoptée par l'Assemblée nationale et des débats qui ont entouré son adoption», a expliqué Me Langlois.
M. Michaud, ancien député redevenu simple citoyen, a été blâmé par un vote unanime de la Chambre le 14 décembre 2000, à la suite des propos qu'il avait tenus la veille alors qu'il témoignait devant les États généraux sur la langue française à Montréal. M. Michaud avait alors déclaré que le peuple juif n'était pas le seul à avoir souffert dans l'histoire de l'humanité.
Outré par le blâme «injustifié» dont il a fait l'objet, M. Michaud cherche depuis quatre ans à obtenir des excuses de l'Assemblée.
Pour sa part, le procureur de M. Michaud, Me André Bois, a mis en relief le fait que jamais un simple citoyen n'avait, avant l'affaire Michaud, été blâmé par un Parlement dans l'histoire des démocraties occidentales.
Quand des polémistes comme Émile Zola, Charles Maurras ou Ernst Zundel ont été sanctionnés, ils le furent par des tribunaux et non par des parlements, a noté Me Bois.
Me Bois a aussi plaidé que l'Assemblée nationale n'avait pas le droit constitutionnel d'adopter une motion de blâme à l'endroit du citoyen Michaud, puisque ce blâme ne cadrait pas avec les fonctions de l'institution, qui sont d'adopter des lois, de surveiller le pouvoir exécutif et de régir ses affaires internes.
Enfin, le juge a été saisi d'une demande spéciale du procureur de M. Michaud qui exige qu'une partie des frais judiciaires du requérant soit assumée par les fonds publics, vu que M. Michaud défend des principes démocratiques.
Pour l'autre partie, ce sont les citoyens qui, par leurs impôts, assument le coût total des frais judiciaires de l'Assemblée nationale.
«Un simple citoyen n'a pas à supporter seul les coûts de cette défense de droits. Il y a ici un rapport de forces disproportionné», a conclu Me Bois.
Le juge Jean Bouchard a pris l'ensemble de la requête de M. Michaud en délibéré. Il aura vraisemblablement besoin de quelques semaines pour lire l'abondante jurisprudence que les procureurs lui ont remise, et pour rendre sa décision.

Affaire Michaud
L'Assemblée nationale plaide l'irrecevabilité de la requête d'Yves Michaud
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 3 décembre 2004
Québec -- L'Assemblée nationale avait parfaitement le droit d'adopter une motion dénonçant les propos d'Yves Michaud le 14 décembre 2000 puisque les députés ne faisaient qu'exercer leur droit à la dissidence, un des volets de leur liberté de parole garantie par le privilège parlementaire.
En outre, le privilège parlementaire n'est pas assujetti aux chartes des droits et libertés, qui ne peuvent pas en limiter la portée.
C'est ce qu'a soutenu en substance hier Me Raynold Langlois, le procureur du président de l'Assemblée nationale qu'Yves Michaud poursuit en Cour supérieure. M. Michaud a présenté une requête en jugement déclaratoire à la Cour supérieure visant à affirmer que l'Assemblée nationale n'avait pas le pouvoir constitutionnel d'adopter une motion désapprouvant les propos d'un citoyen, à moins que celui-ci n'ait atteint les privilèges d'un député. Me Langlois a plaidé que la requête était irrecevable prima facie.
La cause de M. Michaud, entendue par le juge Jean Bouchard, en était à sa deuxième journée d'audition. Le juge a pris la requête en délibéré et ne rendra jugement que dans plusieurs mois. Après que tout eut été dit, Yves Michaud a haussé le ton, s'indignant que Me Langlois, au nom de l'Assemblée nationale, eût plaidé froidement à l'encontre d'une demande de Me Bois, qui souhaitait que l'Assemblée nationale assume les frais juridiques de M. Michaud : la cause dépasse en portée son propre cas et elle est d'intérêt pour la gouverne de l'institution, a-t-on allégué. «C'est honteux et c'est mesquin», s'est écrié M. Michaud en s'adressant à Me Langlois.
Dans sa réplique à l'argumentation de la défense, Me Bois est revenu sur son argument fondamental : s'il est vrai que les députés jouissent de l'immunité parlementaire et ne sauraient voir leur liberté de parole entravée au Parlement, l'Assemblée nationale, en sa qualité d'organe de l'État, ne peut limiter la liberté d'expression d'un simple citoyen.
Le privilège parlementaire existe dans le mesure où il s'inscrit dans les fonctions dévolues à l'Assemblée nationale, soit la fonction législative, la surveillance du pouvoir exécutif et la régie interne de l'institution. L'Assemblée nationale jouit de l'immunité au regard de ces trois fonctions, a soutenu la poursuite, mais quand elle en sort, ses actes peuvent être soumis aux chartes.
Or la motion contre les propos de M. Michaud énonce un blâme de portée individuelle, et ce pouvoir de blâmer un simple citoyen n'est pas nécessaire pour permettre à l'Assemblée nationale d'accomplir ses fonctions légitimes dans l'ordre constitutionnel. Aussi, le blâme public infligé à M. Michaud en raison de ses opinions est contraire à la Charte québécoise des droits et libertés de la personne, a-t-on plaidé.
Mais pour Me Langlois, le fait que l'Assemblée nationale exprime son opinion sur une question d'intérêt public fait partie de ses fonctions législatives. Pour sa part, le juge Bouchard s'est mis à penser tout haut, énonçant une hypothèse : «La réaction de la Chambre, c'est une réaction politique à une situation politique. La fonction législative peut s'entendre dans un sens large.»

Motion de blâme de l'Assemblée nationale
Bernard Landry aurait promis des excuses officielles à Yves Michaud, avant de faire volte-face
Robert Dutrisac
Le Devoir lundi 13 décembre 2004
Québec -- Dans une déclaration qu'il aurait faite à l'Assemblée nationale, Bernard Landry s'apprêtait à reconnaître et à réparer le tort subi par Yves Michaud qui fut l'objet, il y aura quatre ans demain, d'une motion de blâme votée de façon unanime par les députés. Mais, au dernier instant, tout s'en est allé en eau de boudin, le chef du Parti québécois décidant de n'offrir aucune réparation.
C'est ce qu'a révélé Yves Michaud au Devoir avant la réunion annuelle, hier, du mouvement Solidarité Yves Michaud. Ce mouvement, composé d'une centaine de citoyens dont plusieurs personnalités, appuie l'ancien journaliste, député, et diplomate, maintenant âgé de 74 ans, dans ses démarches pour obtenir des excuses de la part des élus ou à tout le moins une forme de réparation. Rappelons que M. Michaud s'est adressé à la Cour supérieure pour obtenir un jugement déclaratoire affirmant que l'Assemblée nationale n'avait pas le pouvoir constitutionnel d'adopter une motion de blâme à l'encontre d'un simple citoyen, une requête qui fut entendue le 30 novembre et le 1er décembre derniers.
Au cabinet de M. Landry, on s'est contenté de signifier qu'il n'y aurait aucun commentaire sur le sujet sans démentir, toutefois, l'information.
Dans un texte qu'il a rendu public hier, Yves Michaud explique qu'il y a un peu plus de trois mois Bernard Landry l'a informé qu'il préparait un texte ayant valeur de réparation pour le tort que lui a causé la motion «scélérate» du 14 décembre 2000. Cette motion dénonçait les propos, tenus la veille par M. Michaud lors des États généraux sur le français, relativement à la communauté juive et plus généralement, aux communautés culturelles.
Tel que M. Michaud l'a rapporté, le chef péquiste lui a dit qu'il préparait ce texte «non pas en vertu de l'amitié qui nous lie, ni pour en tirer un quelconque avantage politique, mais parce qu'il s'agit d'un devoir de justice». M. Landry lui a lu une première version du texte puis une deuxième, texte que le député péquiste, André Boulerice, qui avait présenté la motion conjointement avec le député libéral Lawrence Bergman, a approuvé, tout comme Sylvain Simard, Louise Harel, Jean-Claude Saint-André et Jean-Pierre Charbonneau. M. Michaud se disait satisfait de la teneur du texte et acceptait de passer l'éponge sur toute l'affaire.
Mais voilà, alors qu'il se trouvait à Québec pour assister à l'audition de sa requête en Cour supérieure, M. Michaud a appris «avec stupeur» que M. Landry renonçait à rendre public son texte. Des avocats de son entourage lui auraient conseillé de ne rien faire sous prétexte qu'un juge devait rendre une décision concernant la constitutionnalité de la motion de blâme.
Yves Michaud ne croit pas à cette excuse. Dans le texte qu'il a rendu public hier, il écrit : «Il est manifeste que la énième reculade du chef du PQ dans l'affaire me concernant relève plus du subterfuge que du respect du troisième pouvoir. En réalité, l'offense serait de penser que le juge qui présidait le tribunal à l'occasion de ma requête puisse être influencé par un mot de réparation d'un élu de ma famille politique.» Et il ajoute : «Bref, se réfugier sous les jupes du judiciaire pour éviter de reconnaître ses torts n'est pas faire preuve de courage, de force morale, ni de respect de la parole donnée.»
S'il fallait croire l'argument avancé par M. Landry, il faudrait que le chef péquiste se tienne coi sur cette affaire pendant cinq, sept ou dix ans si la requête en jugement déclaratoire présentée par M. Michaud se rend en Cour suprême, estime ce dernier. «Avec le risque entre-temps que je passe l'arme à gauche et que l'on enterre à jamais, au propre comme au figuré, et la victime et le dossier pourri et exécrable de la motion infâme qui me valut d'être sali et couvert d'opprobres», prévient M. Michaud.

Motion de blâme de l'Assemblée nationale
Quatre ans après l’infamie du 14 décembre 2000,
l’injustice est toujours en attente de réparation
Yves Michaud
12 décembre 2004, à l’occasion de la réunion de Solidarité Yves Michaud marquant le 4ième anniversaire de la motion du 14 décembre 2000.
TRIBUNE LIBRE lundi 13 décembre 2004
Sur la foi de l’honneur, et si besoin était d’une déclaration assermentée devant un officier de justice, j’affirme ce qui suit :
Bernard Landry m’a informé il y a plus de trois mois qu’il préparait un texte ayant valeur de réparation pour le tort qui m’a été infligé par l’Assemblée nationale le 14 décembre 2000 en votant une motion de blâme à mon endroit. « Je le ferai, disait-t-il non pas en vertu de l’amitié qui nous lie, ni pour en tirer un quelconque avantage politique, mais parce qu’il s’agit d’un devoir de justice ». Une dizaine de jours après il m’en fit la lecture et j’en approuvai le texte « Tu passeras l’éponge sur toute cette affaire », a-t-il ajouté sur une forme interrogative. J’acquiesçai.
Quelque temps après, il m’a relu le texte assorti de corrections mineures, et m’informa qu’il avait obtenu l’accord écrit de mes plus insolents contradicteurs, Sylvain Simard et André Boulerice, ce dernier coauteur avec Laurence Bergman du Parti libéral de la motion scélérate. M. Landry a soumis le texte à plusieurs autres députés du PQ dont Jean-Claude Saint-André et Jean-Pierre Charbonneau.
Le 8 novembre 2004, je rencontrai l’ancienne présidente de l’Assemblée nationale, Louise Harel., qui me dit d’avoir pris connaissance du texte écrit par le chef de l’Opposition et président du PQ et en être heureuse. À cette même occasion, Bernard Landry me confirma que le texte serait rendu public « dans les jours qui viennent ».
Quelle ne fut pas ma stupéfaction d’apprendre lors d’un récent séjour à Québec qu’il renoncerait à rendre public le texte en question. Je l’appelai d’urgence le vendredi 3 décembre 2004 et il me confirma qu’il ne fera rien. Des avocats de son entourage lui auraient conseillé de se taire prétextant que cela pouvait indisposer le juge qui a entendu ma requête en jugement déclaratoire sur l’inconstitutionnalité de la motion de blâme du 14 décembre 2000. Le magistrat doit répondre à une question de droit pur : l’Assemblée nationale a-t-elle le pouvoir de voter des motions de blâme à l’encontre d’un citoyen ?
Il est manifeste que la nième reculade du chef du PQ dans l’affaire me concernant relève plus du subterfuge et de l’échappatoire que du respect du troisième pouvoir. En réalité, l’offense serait de penser que le juge qui présidait le tribunal à l’audience de ma requête puisse être influencé par un mot de réparation d’un élu de ma famille politique. Ce serait en outre faire peu de cas de l’intelligence et de l’impartialité de la magistrature dont la noble fonction est de dire le droit sans égard aux soubresauts de la politique politicienne et aux cancans rancuniers des collines parlementaires. Bref, se réfugier sous les jupes du judiciaire pour éviter de reconnaître ses torts n’est pas faire preuve de courage, de force morale, ni de respect de la parole donnée.
En conséquence, devrais-je en conclure que si ma requête en jugement déclaratoire aboutit en Cour Suprême du Canada dans 5, 7 ou 10 ans, Bernard Landry se tiendra coi pendant tout ce temps ? Avec le risque entre-temps que je passe l’arme à gauche et que l’on enterre à jamais, au propre comme au figuré, et la victime et le dossier pourri et exécrable de la motion infâme qui me valut d’être sali et couvert d’opprobres.
Je suis au couchant d’une vie où des malpropretés de ce genre hâtent la fin des jours. Je cherche en vain l’oubli de l’insulte. Il me revient toujours en mémoire le spectacle dégradant de 109 députés se lever sur ordre comme des pantins pour m’exposer au mépris de mes concitoyens. Je revois Lucien Bouchard, feindre l’indignation pour me livrer en pâture à des chiens enragés qui m’accuseront d’antisémitisme. J’entends Sylvain Simard sur les ondes de la télévision publique m’associer à Hitler (sic) !. Plus cruellement encore, j’entends mon ami Bernard Landry m’accuser d’avoir « banalisé l’Holocauste ». Excusez du peu ! Un simple devoir d’amitié eut d’ailleurs commandé qu’il m’appelât pendant les heures qui séparèrent l’annonce de la motion et son adoption pour connaître la nature de mes propos. Il n’en fit rien. En décembre 2003, j’entends Joseph Facal, le verbe saccadé, proférer des inepties à mon endroit et torpiller le projet règlement de l’Affaire dû à l’initiative d’André Boisclair. J’entends enfin le lourd silence des députés du PQ qui ont participé passivement à la curée sans qu’aucun d’eux en 4 ans n’ait eu le courage d’avouer publiquement qu’ils ou elles ont peut-être dépassé les bornes de la raison et de la décence. Je comprends mieux à la rigueur le mutisme des députés libéraux trop heureux d’avoir été complices de l’injustice et de la félonie dont ils touchent les dividendes politiques et électoraux.
Calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose. Les anniversaires du 14 décembre 2000 se suivent avec tout ce qu’ils charrient d’injustices et de mauvaise foi. Ce jour-là, 109 députés de la nation ont dévoyé la grande institution qu’ils sont censés incarner. Ils ont avili le plus important organe de l’État. Ce jour-là, une assemblée nationale « poubelle » a entaché l’honneur d’un citoyen. Qui sera le suivant ou la suivante?
Devrais-je leur pardonner parce qu’ils ne savaient pas ce qu’ils faisaient ? Je l’aurais fait volontiers au moindre signe de repentir. Mais ils se sont claquemurés dans un épais silence de peur de perdre la face. Petites gens ! La grandeur est de reconnaître ses erreurs, la faiblesse est de s’y enfermer.
Ne me restera-t-il qu’à déclarer publiquement que les 109 abrutis* qui ont voté la motion de blâme du 14 décembre 2000, saouls de discours, à un stade avancé d’ébriété parlementaire, sans lire un traître mot de ceux que j’ai prononcés, peuvent dormir impunis ? Que le plus profond dans cette sinistre affaire aura été leur incurable léthargie à réparer une injustice.
Du coup, je m’exposerais à la sanction prévue aux articles 324 à 327 du règlement de l’Assemblée nationale pour m’être ainsi attaqué à la dignité des membres de ce qui devrait être une vénérable institution. Les députés qui m’ont calomnié seraient cette fois dans leur droit de me réprimander après avoir suivi la règle de justice naturelle audi alteram partem, popularisée par un récent documentaire télévisuel. Ils pourraient même, invoquant quelques précédents, m’emprisonner dans les geôles du Parlement. Ce serait la seule façon de me faire taire. Momentanément!
* Dont les facultés intellectuelles sont temporairement amoindries. (Grand Robert)
