L’annexion du Canada fait-elle partie du projet militaire de Bush?
Michel Chossudovsky
L'aut'courriel n° 101, 1 décembre 2004
Depuis bientôt deux ans, Ottawa est impliqué dans la négociation d'un accord de coopération militaire qui permet à l’armée américaine de traverser la frontière et de déployer des troupes partout au Canada, ainsi que de stationner des navires de guerre américains dans les eaux territoriales canadiennes. La redéfinition du système de défense canadien est discutée à huis clos, non pas au Canada mais à la base aérienne de Peterson, au Colorado, au quartier général du Commandement Nord américain (Northcom).
La création du Northcom, en avril 2002, constitue une violation flagrante de la souveraineté territoriale du Canada et du Mexique. Le Secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld avait annoncé de manière unilatérale que le Commandement Nord (Northcom) aurait juridiction sur l’ensemble de l’Amérique du Nord. Le Canada et le Mexique furent mis devant le fait accompli. La juridiction du Commandement Nord, telle que présentée par le Département de la Défense américain, inclus, en plus des États-Unis continentaux, l’ensemble du Canada, le Mexique, ainsi que des portions des Caraïbes, les eaux adjacentes de l’Atlantique et du Pacifique jusqu’à 500 miles au large des côtes des trois pays, ainsi que l’Arctique canadien.
Le mandat annoncé du Northcom est d’offrir « une convergence nécessaire pour les défenses aérospatiales, terrestres et maritimes [du continent], et un support crucial pour les autorités civiles en temps de besoin national. »
Rumsfeld se serait même vanté que « le Northcom -avec l’ensemble de l’Amérique du Nord comme commandement géographique- fait partie de la plus grande transformation du Plan de Commandement Unifié (UCP) depuis son introduction en 1947. »
À la suite du refus du premier ministre Jean Chrétien de joindre le Northcom, un soi-disant groupe « consultatif » de planification binational (Binational Planning Group, BPG), opérant à partir de la base aérienne de Peterson, fut mis sur pied vers la fin 2002. Son mandat était de « préparer des plans d’urgence pour répondre aux menaces et attaques [terrestres et maritimes] et autres urgences majeures au Canada et aux États-Unis. »
Le mandat du BPG va beaucoup plus loin que celui d’un simple corps consultatif militaire faisant des « recommandations » au gouvernement. En pratique, il n’est redevable ni devant le Congrès américain, ni devant la Chambre des communes canadienne.
Le BPG possède un personnel de 50 « planificateurs militaires » canadiens et américains qui ont travaillé assidûment au cours des deux dernières années à poser les bases d’une intégration des structures de commandement militaire canadiennes et américaines. Le BPG travaille en coordination avec le Comité de coopération militaire Canada-États-Unis sise au Pentagone, un soi-disant comité responsable de « la planification militaire conjointe ».
Ses activités comprennent deux blocs principaux : le Plan combiné de défense (Combined Defense Plan, CDP) et le Plan d’assistance civile (Civil Assistance Plan, CAP).
À travers son Plan d’assistance civile (CAP), le BPG est impliqué dans le soutien à la militarisation des fonctions civiles en ce qui a trait au judiciaire et à la police, aux États-Unis et au Canada. Le BPG a établi des « plans militaires d’urgence » qui seraient activés « des deux côtés de la frontière canado-américaine » en cas d’attaque terroriste ou de « menace ». En vertu du Plan d’assistance civile du BPG, ces soi-disant « scénarios de menaces » impliqueraient une « réponse coordonnée aux requêtes nationales pour une assistance miliaire [de la part des autorités civiles]. »
En décembre 2001, en réponse aux attentats du 11 septembre, le gouvernement canadien a conclu un accord avec le responsable de la Sécurité intérieure Tom Ridge, intitulé « Canada-US Smart Border Declaration ». Cet accord donne au Département de la Sécurité intérieure américain un accès à des informations confidentielles sur les citoyens et résidents canadiens. Il procure aussi aux autorités américaines un accès aux dossiers fiscaux des Canadiens.
Ces développements suggèrent que le processus « d’intégration binationale » ne s’opère pas seulement dans les structures de commandement militaire mais aussi dans les domaines de l’immigration, de la police et du renseignement. La question est : que restera-t-il de la juridiction du Canada en tant que nation souveraine, une fois que ce processus déjà amorcé, incluant le partage et/ou la fusion de banques de données, sera complété?
Le Canada est destiné à devenir un membre du Northcom à la fin du mandat de deux ans du BPG. Sans doute le projet sera-t-il présenté au parlement comme étant « dans l’intérêt du pays. » Il « créera des emplois pour les Canadiens » et « rendra le Canada plus sécuritaire ».
Pendant ce temps, l’important débat sur la participation canadienne au bouclier anti-missiles, lorsque considéré hors d’un contexte plus large, peu servir à détourner l’attention de l'opinion publique sur la question plus fondamentale de l’intégration militaire, qui impliquerait l’acceptation par le Canada non seulement du bouclier anti-missiles mais aussi de l’ensemble de l’agenda militaire américain, y compris des hausses significatives des dépenses militaires, qui seront allouées à un programme de défense de l’Amérique du Nord contrôlé par le Pentagone.
Le Canada cesserait de fonctionner en tant que nation. Ses frontières seraient contrôlées par des responsables américains et des informations confidentielles sur les Canadiens seraient partagées avec le Département de la Sécurité intérieure. Les troupes et les forces spéciales américaines pourront entrer au Canada, en raison des accords binationaux. Les citoyens canadiens peuvent être arrêtés par des agents américains agissant au nom de leurs vis-à-vis canadiens, et vice-versa.
Le monde est à l’aube d’une des crises les plus sérieuses de l’histoire moderne. Les États-Unis ont lancé une aventure militaire qui menace l'avenir de l’humanité. Ils ont élaboré un projet de conquête et de domination à l`échelle planétaire. Le Canada se trouve en quelque sorte sur la frontière immédiate du « centre de l’empire ». Le contrôle territorial du Canada fait partie du projet géopolitique et militaire des États-Unis.
Les libéraux ainsi que l’opposition du Parti conservateur ont endossé le projet militaire des États-Unis. En appuyant l’intégration des deux pays dans les sphères de la défense, de la sécurité intérieure, de la police et du renseignement, le Canada ne devient pas seulement un membre en règle de la « coalition » de George W. Bush. Il participera directement, à travers des structures de commandement militaire intégrées, au projet de conquête des États-Unis en Asie centrale et au Moyen-Orient, incluant le massacre de civils en Irak et en Afghanistan, la torture de prisonniers de guerre, l’établissement de camps de concentration, etc.
Charest has little to say on anti-missile shield:
But PQ leader says it's the premier's duty to express Quebec's concerns about project
MIKE DE SOUZA
The Montréal Gazette December 1, 2004 Wednesday
Premier Jean Charest danced around questions yesterday about his government's position on the controversial anti-missile shield proposed by the Bush administration.
Questioned by the opposition Parti Quebecois, Charest said it was up to the federal government to discuss the issue with the U.S, and determine whether to participate.
After PQ international relations critic Daniel Turp, a former Bloc Quebecois MP, asked the premier how he felt about Ottawa using Quebecers' money to pay for its potential involvement in the proposal, Charest cracked jokes about Turp being nostalgic about his days in Ottawa.
"As soon as I see the leader of the Bloc Quebecois, I'll share with him the concern of his former MP on the question of the anti-missile shield," said Charest at the National Assembly.
"I could even find you his telephone number if you want to talk to him and request that he ask the question."
Following some laughter and jeers from both sides of the house, Charest pointed out the Mulroney government had dealt with a similar controversy when former U.S. president Ronald Reagan proposed the Star Wars project during the 1980s.
"At that time, I was part of a government that had said 'no,' that had declined, and that did not have the effect of inflaming relations between the two countries," said Charest, who was among the hundreds of guests invited to a reception for U.S President George W. Bush last night.
"On the contrary, it had been done in a context where each had defined its own interests."
PQ leader Bernard Landry said Charest has a duty to express the concerns of Quebecers, who are opposed to the project, just like he had done prior to the U.S.-led invasion of Iraq.
"I was at that time the chief of that (Quebec) government, and I said, on behalf of our population what was our position, and that applies to Mr. Charest now for any other international-related matters," Landry told reporters.
Quebec's three political parties all said they were against the Iraq war, which started in the middle of the 2003 provincial election campaign.
Bush explique pourquoi le Canada doit se rallier au projet de bouclier antimissile : "LA PROTECTION DES FUTURES GÉNÉRATIONS EN DÉPEND"
Morissette, Nathaëlle; Bellavance, Joël-Denis
La Presse jeudi 2 décembre 2004
Halifax - Le président américain George W. Bush est revenu à la charge avec son projet de bouclier antimissile en tendant la main au gouvernement canadien afin qu'il suive les États-Unis dans cette aventure, dans un discours prononcé hier à Halifax, au terme de sa visite au Canada. Pourtant, la semaine dernière, les stratèges libéraux s'évertuaient à dire que l'épineux dossier du bouclier antimissile ne serait pas étudié lors de la courte visite de deux jours du président.
Mais M. Bush a décidé d'aborder directement la question hier au cours d'une allocution prononcée devant quelque 300 personnes. " J'espère que nous irons de l'avant avec le projet de bouclier antimissile afin de protéger les prochaines générations de Canadiens et d'Américains contre d'éventuelles menaces ", a-t-il déclaré. Pour le président, agir seul en tant que pays n'est pas une stratégie efficace pour garantir sa sécurité. En citant l'exemple d'un ancien premier ministre du Canada, William Lyon Mackenzie King, le président Bush a également invité les Canadiens à marcher côte à côte avec les Américains pour combattre le terrorisme.
Il a ainsi repris les paroles de l'ancien politicien: " Nous ne pouvons pas défendre notre pays et sauver nos maisons et nos familles en attendant que l'ennemi nous attaque. " M. Bush a donc souligné qu'il fallait aller au-devant de l'ennemi.
Remerciements
S'il a profité de sa présence en Nouvelle-Écosse pour faire part aux Canadiens de sa vision du monde et de sa politique internationale, M. Bush a également saisi l'occasion pour remercier la population de la province pour son hospitalité et son soutien lors des attentats du 11 septembre 2001. En effet, 224 avions, ayant à bord une majorité d'Américains, ont dû atterrir au Canada après l'effondrement des tours du World Trade Center, l'espace aérien des États-Unis ayant été fermé. " Vous avez ouvert la porte de vos maisons et de vos églises à des étrangers (...) et vous n'avez rien demandé en retour, a souligné le président. Permettez-moi aujourd'hui de m'adresser à ces Canadiens, et à tous ceux réunis ici qui ont accueilli les Américains. Merci pour la gentillesse que vous avez eue pour l'Amérique ", a-t-il lancé sous les chauds applaudissements de la foule.
Il a ajouté que ce geste de générosité prouvait hors de tout doute que les " deux peuples forment une grande famille ". En plus de l'amitié qui lie les deux nations, le président Bush a rappelé que le Canada était un partenaire commercial important pour les États-Unis. Bien que les frontières américaines ne soient pas encore complètement rouvertes au boeuf canadien, en raison d'un cas isolé de vache folle décelé dans une ferme de l'Alberta en mai 2003, George W. Bush s'est permis de lancer à la blague qu'il avait mangé du boeuf de l'Alberta mardi soir à l'occasion d'un dîner officiel et que, malgré tout, il était toujours debout!
Paul Martin rajuste le tir
Bien que son homologue américain ait une fois de plus demandé la collaboration du Canada dans le projet de bouclier antimissile, le premier ministre Martin a tenu à répéter que son gouvernement s'opposait à la militarisation de l'espace. " On est 100 % contre l'armement de l'espace ", a affirmé M. Martin lors du point de presse qui a suivi le discours du président Bush. En ce qui concerne la participation du Canada au controversé projet de bouclier, le premier ministre assure qu'il prendra une décision dans l'intérêt du pays. " On est un pays souverain, dit-il. Et les décisions sur notre espace vont être prises par nous. "
Le chef conservateur, Stephen Harper, qui accompagnait le premier ministre lors de cette visite d'une journée, a pour sa part mentionné que, par ses propos, le président Bush a lancé un message clair au Canada. " C'est clair maintenant que les États-Unis s'attendent à notre participation (au bouclier). " M. Harper a souligné que son parti manquait d'information pour prendre position sur cette question.
" Nous sommes ouverts, mais nous avons besoin d'information. Je ne peux pas donner un chèque en blanc au gouvernement américain. "
À Ottawa, le chef du Nouveau Parti démocratique, Jack Layton, a pour sa part déclaré qu'il croyait que le premier ministre avait déjà donné son aval au projet. Après s'être entretenu avec le président Bush lors d'un dîner officiel qui avait lieu mardi au Musée canadien des civilisations, à Gatineau, M. Layton a conclu que le but ultime des Américains était la militarisation de l'espace.
De son côté, le Bloc québécois a fait écho aux propos du chef néo-démocrate en reprochant au premier ministre d'avoir " embarqué " le Canada dans cette aventure sans l'admettre publiquement.
Bouclier antimissiles : Le projet américain provoque des étincelles aux Communes
Sylvain Larocque
Le Soleil jeudi 2 décembre 2004
PC Ottawa - Le débat s'est envenimé, hier aux Communes, au sujet du controversé projet américain de bouclier antimissiles, pour lequel le président George W. Bush a officiellement sollicité la participation du Canada.
Dans un discours prononcé à Halifax, M. Bush a, contre toute attente, lancé une invitation formelle au premier ministre Paul Martin.
"J'espère que nous irons de l'avant en matière de coopération de défense antimissiles balistiques afin de protéger la prochaine génération de Canadiens et d'Américains des menaces qui, nous le savons, émergeront", a déclaré le président, hier.
Aux Communes, le chef néo-démocrate, Jack Layton, a suscité la zizanie en essayant de citer des propos tenus par George W. Bush lors de la brève rencontre qu'il a eue avec lui, mardi soir à Gatineau. Des protestations et des moqueries des députés libéraux et conservateurs l'en ont empêché.
À l'extérieur de la Chambre, M. Layton a pu s'exécuter. "J'ai demandé au président: "est-ce que vous allez dire non à la possibilité d'avoir des missiles ou d'autres technologies militaires dans l'espace comme partie de ce programme (le bouclier) ?" Il a dit: "on va utiliser n'importe quel mécanisme ou technologie qui sera nécessaire pour la situation. Condoleezza Rice (conseillère américaine à la sécurité nationale et prochaine secrétaire d'État) m'a dit très clairement que les armes dans l'espace, c'est la prochaine étape, c'est un élément de la recherche et du développement."
Selon Jack Layton, ces propos sont la preuve que Paul Martin n'a pas posé les "vraies questions" à M. Bush lors de ses rencontres avec lui, mardi et hier.
Si le chef néo-démocrate dit vrai, le premier ministre pourrait rapidement se retrouver dans l'embarras, puisque les libéraux songent à une participation canadienne au bouclier antimissiles, tout en maintenant une opposition à l'arsenalisation de l'espace. Une telle position pourrait devenir intenable dans l'éventualité où Wa-shington viendrait à pencher nettement en faveur de l'envoi d'armes dans l'espace.
"Le président Bush veut avoir le drapeau canadien sur ses missiles pour qu'il puisse dire au monde: c'est un projet multilatéral, c'est un projet avec l'imprimatur du Canada, pays bien connu pour ses efforts de paix, a raillé M. Layton.
Mais les Canadiens ne veulent pas voir leur drapeau associé avec un tel projet."
Les États-Unis ont entrepris, il y a quelques semaines, une série d'exercices qui visent à rendre opérationnel leur système antimissiles avant la fin de l'année. Les premiers intercepteurs balistiques sont déjà dans leurs silos, en Alaska.
En août dernier, Ottawa a accepté de modifier l'accord sur le Commandement de la défense aérospatiale de l'Amérique du Nord (NORAD) afin que cette organisation binationale puisse contribuer au fonctionnement du futur bouclier. Ainsi, les autorités américaines auront accès aux données stratégiques recueillies par le Canada pour guider le système antimissiles.
À sa sortie des Communes, le leader parlementaire du Bloc québécois, Michel Gauthier, a dit comprendre que le gouvernement avait déjà tranché en faveur du bouclier, malgré l'opposition de l'opinion publique. "Tristement, aujourd'hui, on a l'impression que Paul Martin nous a embarqués dans l'affaire du bouclier antimissiles sans nous le dire."
Le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, a soutenu qu'il n'en était rien et que la décision se prendrait "au Canada, avec la contribution du Parlement canadien, dans le meilleur intérêt des Canadiens".
Levée antibouclier chez les libéraux fédéraux du Québec :
Une résolution d'opposition au projet américain sera présentée au conseil général du parti
Raymond Giroux
Le Soleil vendredi 3 décembre 2004
Ottawa - Le bouclier antimissiles ne fait pas l'affaire des libéraux fédéraux du Québec, ce qui complique encore plus la vie du premier ministre Paul Martin, et ces derniers le signaleront publiquement ce soir en publiant une résolution de leurs militants allant à l'encontre du controversé projet.
M. Martin, qui affirmait toujours hier qu'aucune décision n'a encore été prise, se retrouve dans l'embarras sur ce dossier depuis la demande publique d'appui du président américain George W. Bush à Halifax, mercredi.
Or, les quelque 500 délégués et participants au conseil général élargi du PLCQ, dit-on au sein du Parti, débattront et approuveront demain, si la tendance se maintient, une résolution opposée au projet de M. Bush. Le premier ministre ne sera toutefois pas présent, a-t-on appris.
La rencontre qui débute ce soir sera la première d'une série de rencontres préparatoires au congrès national de mars prochain, et les propositions qui en émaneront risquent de donner le ton à l'ensemble des associations libérales des autres provinces.
La résolution antibouclier émane de la Commission féminine et de l'association libérale de la circonscription de Lac-Saint-Louis et chemine dans les instances du Parti depuis le dernier congrès, en novembre 2002. Elle se retrouve maintenant parmi les 10 qui seront étudiées par les militants, à Montréal.
Selon le président de la Commission politique du PLCQ, le sénateur Serge Joyal, "une très très forte majorité de libéraux" s'opposaient alors au bouclier. "Il y avait une mer de cartes" levées au moment du vote, dit-il.
"C'est la position que j'ai entendue de la part des militants lors des forums régionaux", a-t-il dit. Lui-même avait voté contre le bouclier, il y a deux ans, mais attend de voir l'évolution de la discussion avant de se prononcer cette fois.
"Les gens qui sont contre peuvent s'exprimer, affirme-t-il, et s'il y a vraiment des arguments qu'on devrait entendre et qui n'ont pas été exprimés, j'imagine que les participants voudront s'exprimer."
Ironie du sort, la confirmation de la volonté des militants libéraux s'est faite en octobre, lors d'une réunion des circonscriptions de l'ouest de Montréal qui s'est tenue dans la circonscription même de M. Martin, LaSalle-Eymard.
Les quelque 500 délégués attendus à partir de ce soir donneront priorité à deux propositions sur les 10 émanant des assemblées régionales tenues cet automne.
Les autres résolutions portent sur des dossiers comme les organismes génétiquement modifiés (OGM), l'assurance-emploi, la mondialisation, les problèmes agricoles, l'équité en emploi et ainsi de suite.
Mais M. Joyal convient que "dans le contexte de l'actualité, il est certain que le sujet (du bouclier) est à l'avant-garde" des préoccupations des militants libéraux, ce qui le qualifie presque d'avance pour la liste finale.
Assurances
De son côté, M. Martin a simplement réitéré autant aux Communes qu'à la sortie du Conseil des ministres qu'il s'opposait fermement à la militarisation de l'espace et que M. Bush l'avait assuré que tel était le cas.
Le chef du NPD, Jack Layton, soutient pour sa part que le secrétaire d'État Colin Powell lui avait affirmé justement le contraire lors d'une conversation à l'occasion de la visite de M. Bush à Ottawa, mardi soir.
"C'est (la politique) des petits pas et M. Martin est coincé, dit de son côté le bloquiste Gilles Duceppe. C'est pour cela qu'on veut plus qu'un débat, mais toute l'information avant d'arriver au vote."
Chez les conservateurs, le chef Stephen Harper s'est montré évasif, en impromptu de presse. Il a d'abord refusé de dire si le président Bush avait fait pression sur lui, comme l'affirment plusieurs médias, pour qu'il se range dans le camp probouclier. "J'attends des informations du gouvernement avant de prendre position", a-t-il dit.
Et par la suite, il a plus ou moins esquivé une question portant sur un éventuel lien entre sa volonté de gagner des votes au Québec - fort majoritairement opposé au bouclier - et l'appui au projet nettement plus élevé dans les régions naturellement conservatrices.
"J'ai l'intention de prendre des positions en faveur des intérêts de la sécurité du Canada à long terme, et ce n'est pas une question de sondages au Québec ou ailleurs, a-t-il dit. C'est une question de leadership."
RGiroux@lesoleil.com
Quelle politique étrangère?
Bernard Descôteaux
Le Devoir lundi 6 décembre 2004
Dès qu'il fut nommé premier ministre, Paul Martin a lancé une révision de la politique étrangère du Canada. La publication d'un livre blanc prévue pour cet automne a été reportée pour des raisons liées à la difficulté de faire des choix. Entre-temps, le capitaine de la barque canadienne navigue à vue, sans perspectives larges de l'océan sur lequel il se trouve.
Il n'y a pas d'exemple plus manifeste du brouillard dans lequel se trouve le gouvernement que le dossier du bouclier antimissile. L'indécision du premier ministre devient même procrastination tant il ne cesse de reporter au lendemain toute décision, ce qui ne manque pas de heurter le gouvernement américain.
Si lui-même adhère à l'idée d'une participation du Canada au bouclier antimissile (du moins il le souhaitait lorsqu'il faisait campagne à la direction du Parti libéral), Paul Martin sait maintenant qu'une majorité de Canadiens est contre. Craignant les retombées électorales d'un oui donné à Washington, il attend. Il attend du président Bush l'assurance que le bouclier antimissile ne conduira pas à une militarisation de l'espace, sans toutefois jamais obtenir de garanties clairement exprimées.
Ces hésitations du Canada, le président Bush n'en a cure. Comme tout le monde, il sait fort bien que le gouvernement Martin peut décider seul de la position à prendre, sans égard aux résultats d'un éventuel vote à la Chambre des communes. Cette décision appartient au gouvernement, pas aux députés. Dans son discours de Halifax, mercredi dernier, il lui a fait la leçon. Le devoir le plus sacré du premier ministre du Canada est d'assurer la sécurité des Canadiens. Il lui a rappelé que, jusqu'ici, le Canada et les États-Unis avaient assumé ensemble cette responsabilité sur le plan continental et qu'il espérait qu'il en serait ainsi dans l'avenir. Traduit en langage cru, George Bush a tout simplement dit à Paul Martin de se brancher.
En quelques mots, le président américain a bien résumé le dilemme canadien. La sécurité du continent nord-américain est, depuis 50 ans, oeuvre collective. S'il ne participe pas au bouclier antimissile, le Canada deviendra un facteur d'insécurité pour les États-Unis. Comment pourrait-il alors rassurer Washington qui, déjà, n'a pas confiance en la capacité du Canada d'assurer la sécurité aux frontières?
Cette intervention de George Bush ne facilitera en rien la tâche de Paul Martin. S'il répond favorablement à son appel, on dira qu'il écoute la voix de son maître. Plus, on pourra dire qu'il laisse le président américain écrire l'un des chapitres les plus importants de la politique étrangère du Canada, celui sur la défense. L'ordre des priorités en cette matière sera déterminé en fonction non de nos besoins, mais de ceux du voisin.
Politiquement, le premier ministre Martin est coincé. Il a devant lui le Bloc québécois, le NPD et maintenant l'aile québécoise de son propre parti qui, ce week-end, lui a demandé haut et fort de dire non au projet de bouclier. Puis, il y a les conservateurs, qui rient dans leur barbe devant l'incapacité du gouvernement à trancher. Plus celui-ci attend, plus il laisse le mouvement contre la participation canadienne au bouclier prendre de la vigueur. Plus il laisse ce débat prendre valeur de symbole de l'affirmation de la souveraineté canadienne, de la même manière que le fut le refus du Canada de participer à la guerre en Irak.
Gagner du temps était une stratégie qui pouvait se défendre dans la perspective d'une défaite électorale de George Bush aux mains du démocrate John Kerry. Ce ne l'est plus. En continuant de tergiverser, Paul Martin est en train de décevoir Américains et Canadiens. Que ce soit dans un sens ou dans l'autre, il doit trancher rapidement s'il veut que l'on croie qu'il est capable de leadership.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Martin dans de beaux draps
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 4 décembre 2004
Méchant croc-en-jambe que celui que vient de faire George W. Bush à Paul Martin. Ce dernier espérait que la visite présidentielle serait sans histoire, et que M. Bush éviterait d'aborder tout sujet litigieux- dont, au premier chef, le fameux bouclier antimissile. C'est d'ailleurs ce qu'annonçaient, avant la visite, tant l'ambassade américaine que le bureau du premier ministre.
Mais le président en a décidé autrement. À Halifax, il affirmait avec véhémence son espoir que le gouvernement canadien se joindrait au programme de défense conjoint.
M. Bush avait parfaitement le droit de profiter de sa visite en sol canadien pour plaider en faveur de son projet de bouclier et pour défendre ses vues, qui ont au moins le mérite d'être claires. Celui qui est à blâmer, c'est le premier ministre Martin, qui semble incapable de se brancher sur la question.
Rappelons-nous. Il y a un an, M. Martin affirmait sans ambages que le pays devait s'engager coûte que coûte dans le programme de défense antimissiles aux côtés des Américains, ne serait-ce que pour être à la table où se prennent les décisions, puisque de toute façon, les Américains iront de l'avant, participation canadienne ou pas.
Cela, c'était bien sûr avant que le nouveau premier ministre se trouve plongé dans le scandale des commandites et le maëlstrom électoral, avant qu'il ne dirige un gouvernement minoritaire... Depuis, tout a changé. Ni M. Martin ni ses ministres ne parlent du bouclier antimissile- un projet impopulaire au Canada, particulièrement au Québec. Comme si le fait de ne pas en parler allait faire disparaître le problème.
Il va bien falloir, pourtant, que le gouvernement finisse par se brancher. Il ne pourra indéfiniment reporter sa décision. Chose certaine, comme le faisait remarquer hier Jeffrey Simpson dans le Globe and Mail, le gouvernement se trouvera en périlleuse position s'il opte pour la participation, car, pendant des mois, il a laissé le champ libre à l'opposition. En s'abstenant d'aborder le sujet, il n'a rien fait pour préparer l'opinion publique et " vendre " le projet aux Canadiens.
La sortie du président Bush va empirer le dilemme du premier ministre. Comme il est resté coi sur cette question depuis des mois, s'il se décide en faveur de la participation, tout le monde l'accusera d'avoir cédé aux objurgations de son puissant voisin.
Mais que voulez-vous, comme dirait Jean Chrétien. Un jour ou l'autre, la procrastination se paie.
Bizarre question que celle que CROP a posée aux électeurs, dans son dernier sondage publié hier: " Seriez-vous favorable au retour de Lucien Bouchard sur la scène provinciale? ". Une légère majorité (49 à 44) y est favorable, de même que 63 % des électeurs péquistes.
Quand on parle de question hypothétique... Tant qu'à y être, on aurait pu demander aux gens s'ils s'ennuient de Robert Bourassa ou s'ils souhaitent le retour aux affaires de Brian Mulroney!
Malheureusement pour les électeurs péquistes, M. Bouchard reviendra en politique quand les poules auront des dents. Ce n'est un secret pour personne qu'il ne peut plus voir les militants péquistes en peinture, et l'aversion est réciproque. Les purs et durs qui contrôlent le parti auraient tôt fait de lui montrer la porte si jamais il s'avisait de la franchir, eux qui l'ont toujours trouvé trop modéré.
Plus sérieusement, ce qui ressort du sondage, c'est que les électeurs ne prisent guère les chefs des deux grands partis qui occupent la scène québécoise. La nouvelle est mauvaise pour Bernard Landry, qui a perdu beaucoup de plumes depuis un an, mais c'était prévisible, compte tenu des déchirement internes du PQ.
C'est pour Jean Charest que le sondage aura l'effet d'une douche froide. Malgré tous ses efforts pour se concilier le centre-gauche et les nationalistes, malgré l'unité dont fait preuve son parti, malgré ses bons coups par rapport à Ottawa et l'amélioration de la situation économique, l'insatisfaction envers le gouvernement s'est accrue depuis l'an dernier...
Dans ma chronique de mardi, j'exprimais une inquiétude de cuisinière face à l'élimination prochaine des gras trans qui nous empêchera de faire la pâte à tarte dans les règles de l'art (de trois à cinq parts de beurre pour une part de shortening, le Tenderflake de préférence); la farine vendue en Amérique du Nord se prête mal à l'utilisation exclusive du beurre. Daniel Pinard, que j'appelais au secours, suggère de remplacer le Tenderflake par le saindoux (panne de porc), qu'on peut acheter congelé chez son boucher. Merci au beau Daniel.
Sur ce, chers lecteurs, je vous laisse pour quelque temps, non sans vous souhaiter de très belles Fêtes et des pâtes à tarte bien feuilletées. Retour début janvier.
L'histoire dit oui au bouclier antimissiles
Michel Vastel
Le Soleil mercredi 8 décembre 2004
Chaque fois que les États-Unis d'Amérique se sont intéressés à la défense du continent, leur demande de participation du Canada a soulevé la polémique, en particulier dans les rangs du Parti libéral... Qui a toujours fini par dire oui !
Au début des années 60, juste après la crise des missiles à Cuba, l'administration de John Kennedy accrut la pression sur le gouvernement de John Diefenbaker pour installer des missiles à ogives nucléaires (Bomark) en territoire canadien. Le premier ministre conservateur n'arrivait pas à se décider - cela ne vous dit rien ? - et se fit battre aux élections du 8 avril 1963 par les libéraux de Lester Pearson. Malgré les protestations, le gouvernement libéral finit par acquérir les missiles et les équipa brièvement d'ogives nucléaires, ce qui valut à Pearson le surnom de "défroqué de la paix" - dixit Pierre Trudeau ! Trudeau lui-même retira les missiles en 1969, mais continua d'autoriser les forteresses volantes équipées de bombes nucléaires à emprunter l'espace aérien canadien...
À cette époque, les Américains avaient déjà installé des bases de radars - la DEW line, pour Distant Early Warning - qui n'étaient rien d'autre que l'ancêtre, au sol, d'un bouclier antimissiles. Le traité sur l'installation de ces bases a été renouvelé en 1985 par le gouvernement de Brian Mulroney et devint le North Warning System. En général, ces lignes avancées de surveillance ne soulevaient pas trop de débats.
Par contre, à la fin des années 70, les États-Unis ont requis la coopération du Canada pour tester leurs fameux missiles Cruise. Y en eut-il des débats à l'intérieur du Parti libéral ! Le ministre des Affaires étrangères, Lloyd Axworthy - hello ! M. Pettigrew... - menaça même de démissionner. Pierre Trudeau, le pacifiste des années 60, autorisa néanmoins les essais.
Ce qui nous conduit aux divers projets de défense spatiale, plus ou moins autorisés par le Traité NORAD qui, en passant, a discrètement changé de nom. Le A de NORAD, qui signifiait Air est devenu Aerospace. Depuis 20 ans que Ronald Reagan a parlé pour la première fois de son projet de Guerre des étoiles, le Canada aurait pu se faire une idée !
Le projet de Ronald Reagan - qui équivalait à une vraie militarisation de l'espace - n'a jamais soulevé les passions ici, tout simplement parce qu'il ne fonctionnait pas. En 1999, Bill Clinton fit adopter un National Missile Defence Act prévoyant le déploiement de missiles antimissiles balistiques en Alaska - un projet tout américain donc, mais auquel le président ne croyait guère.
Quand le président George W. Bush arrive à la Maison-Blanche en 2000, il est probable qu'il est lui aussi très sceptique. Mais arrive le 11 septembre 2001. Revoyez les images : les Boeing 767 fonçant sur les tours du World Trade Centre, c'étaient de véritables missiles. On n'enlèvera pas cette image de la tête des Américains. Et, oui, il arrivera bien un jour où des États voyous posséderont des missiles balistiques capables d'atteindre l'Amérique du Nord...
"Alors, que fait-on ?" a dû demander avec agacement le président américain à Paul Martin...
"Bouclier", "Parapluie"... On devrait se souvenir du cheminement suivi par la Commission Macdonald sur le développement économique du Canada, puis par le gouvernement Mulroney, les conduisant à épouser la thèse du libre-échange à laquelle ils étaient d'abord opposés. Au début des années 80, l'administration américaine se montrait de plus en plus protectionniste. Il valait mieux se mettre sous le parapluie américain que de subir, comme les Européens, les attaques protectionnistes du plus fort. Donc, puisqu'il y aura un bouclier, autant se cacher derrière que de se placer entre le bouclier et les missiles des ennemis des États-Unis...
L'argument de la souveraineté milite en faveur d'une participation au bouclier antimissiles balistiques. Pense-t-on que les missiles basés en Californie par exemple feront un détour pour éviter l'espace canadien ? Enverra-t-on des Inuits sur une base spatiale canadienne pour occuper notre espace national ? Le gouvernement canadien aura tout au plus le recours d'envoyer une note de protestation à Washington. Et puisqu'il semble bien que le bouclier antimissiles sera placé sous l'autorité de NORAD - sinon, pourquoi en avoir changé le nom ? - et que l'État major canadien s'y trouve déjà, nous aurons au moins une chance de savoir ce que préparent les États-Unis, peut-être même de les influencer.
L'argument du coût ne tient pas la route. Il est prévu que le bouclier antimissiles coûtera de 7 à 8 milliards $US par année jusqu'à un maximum d'une centaine de milliards : du petit change comparé au coût d'une vraie guerre, en Irak par exemple. De plus, les États-Unis ne s'attendent probablement pas à une contribution financière sinon, peut-être, à une contribution à la recherche dans des systèmes de surveillance ou de téléguidage qui amèneront de toutes manières des retombées économiques équivalentes.
L'argument de la relance de la course aux armements est tout aussi ridicule. Pense-t-on un instant que l'Union soviétique ou la Chine ont les moyens financiers ou techniques de se lancer dans une course à la guerre des étoiles ? Enfin, le projet de bouclier antimissiles, comme NORAD, est un projet de défense, pas un projet offensif.
Les sondages du Centre de recherche et d'information sur le Canada montrent que les Canadiens sont partagés sur la participation de leur pays au bouclier antimissiles mais une nette majorité considère la participation du Canada à NORAD comme très importante. Même au Québec où 62 % des citoyens s'opposent au bouclier, 53 % considèrent que NORAD - donc une "défense aérospatiale commune" - constitue un objectif international important.
L'aile québécoise du Parti libéral du Canada s'est bien amusée la fin de semaine dernière. Son congrès a eu bonne presse. Mais ce sera sur le leadership de leur chef que les gens vont voter l'an prochain. Alors, qu'attend-il ? La réponse de Paul Martin aux Américains ne peut être que "Oui" ou "merde" ! Et comme ce ne sera pas merde, autant dire oui tout de suite...
Mvastel@lesoleil.Com
Bouclier: pas de «oui» sans rôle actif
Manon Cornellier
Le Devoir mercredi 15 décembre 2004
Martin refuse de promettre un vote des Communes avant la décision du cabinet
Ottawa - Le premier ministre Paul Martin refuse de s'engager à tenir le vote sur le bouclier antimissile avant la prise d'une décision par le gouvernement. Il affirme cependant qu'il n'est pas question que le Canada s'associe à ce projet s'il n'a pas voix au chapitre et s'il n'obtient pas l'assurance, par écrit si nécessaire, que cela ne mènera pas au déploiement d'armes dans l'espace.
«On veut savoir si le Canada aura un mot à dire dans ce développement. Tant qu'on n'a pas une réponse claire, on n'a aucune intention de signer. [...] On a nos principes. [On ne veut] pas d'armement dans l'espace et on veut que le Canada ait une influence sur ce qui arriverait au Canada», a-t-il dit au réseau TVA. Au réseau anglophone de la chaîne parlementaire CPAC, il a ajouté qu'il avait encore besoin de savoir «quelle influence aura le Canada sur les décisions».
Le Canada ne veut pas que le bouclier mène au déploiement d'armes dans l'espace, mais seriez-vous prêt à faire mettre par écrit que le Canada se retirera si on en arrivait là, a demandé l'animateur de CPAC, Peter Van Dusen. «Sans équivoque», a rétorqué M. Martin.
M. Martin a accordé neuf entrevues de fin d'année lundi aux réseaux de télévision et ces dernières ont été présentées en rafale, hier, à la presse parlementaire. Aucune d'entre elles n'a esquivé le sujet du bouclier antimissile et Paul Martin savait quel message il voulait faire passer. «Nous ne serons pas de simples spectateurs», a-t-il dit à la station multiculturelle OMNI.
Le Canada a ses conditions et ne décidera rien tant qu'il n'aura pas de réponses, réponses qui se font attendre du côté américain, a-t-il laissé entendre sur CPAC. Mais il a suscité la surprise quand il a affirmé que «les Américains ne nous ont pas demandé de nous joindre [au bouclier] pour l'instant». Lors de sa visite récente au Canada, le président George W. Bush avait pourtant fait la déclaration suivante: «J'espère que nous pourrons aussi aller de l'avant avec une coopération dans le système de défense antimissile pour protéger la prochaine génération de Canadiens et d'Américains contre les menaces qui, nous le savons, vont émerger».
M. Martin n'a, par ailleurs, jamais voulu s'engager à laisser le Parlement se prononcer avant la prise d'une décision par le gouvernement. Peter Van Dusen est revenu à la charge à plusieurs reprises, mais sans succès. «Il y aura un vote à la Chambre des communes sur le système de défense antimissile, et ce sera au moment où le gouvernement sera prêt», a-t-il dit. À l'animateur insistant, il s'est contenté de répéter que ce serait «au moment approprié», une fois que le gouvernement aurait toute l'information nécessaire. Il n'a jamais voulu préciser.
Le message de Paul Martin est resté constant. Sa décision sera prise en fonction des intérêts du Canada et à un moment qui servira ces mêmes intérêts. Cela signifie, entre autres, obtenir les réponses que les Américains n'ont toujours pas données.
Et, même si la réponse était oui, il n'est pas question de mettre de l'argent dans ce système de défense avant d'avoir respecté les priorités du Canada en matières de défense et de sécurité pour ce qui est de la souveraineté de l'Arctique, de la protection des côtes et celle de la frontière commune avec les États-Unis.
Si M. Martin juge hypothétiques les questions sur l'architecture future du bouclier, il ne fait pas preuve de la même prudence quand vient le temps de commenter la menace que ce même bouclier prétend contrer, soit une attaque par un missile balistique lancé par un État voyou. «C'est toujours possible. Si elle n'existe pas aujourd'hui, elle peut exister dans cinq ans, ou ce peut être un groupe terroriste qui mette la main sur des missiles. Je ne pense pas qu'on puisse jamais dire que la menace n'existe pas», a-t-il affirmé à la station OMNI, de Toronto.
M. Martin n'a pu échapper aux question sur le bilan de son gouvernement. Il a reconnu avoir traversé une période difficile au début de l'année, la lecture du rapport de la vérificatrice générale sur le scandale des commandites se révélant le moment le plus difficile.
Il croit que la machine s'est remise sur les rails depuis les élections. Il en veut pour preuve la conclusion des ententes sur la santé et la péréquation et les discussions en cours sur les villes et les garderies.
Au sujet du dossier de Bombardier, il a déclaré à CBC que le gouvernement «ne tournerait pas le dos à cette industrie».
Plusieurs interviewers lui ont demandé si sa réputation d'homme hésitant était méritée. Il s'en est défendu mais sa défense soutirait des sourires. «Êtes-vous indécis?», lui a-t-on demandé à CTV. «Eh... Non», a-t-il répondu, déclenchant une cascade de rires dans la salle de visionnement.
Il a, par contre, admis qu'il devait apprendre à ne pas se mêler de tous les dossiers. «Il est très clair que je dois me concentrer sur les grandes priorités. Cela prend une certaine discipline que je suis en train d'acquérir, je suppose», a-t-il confié au réseau Global.
Il a noté que sa position minoritaire lui compliquait un peu la tâche mais qu'il ne souhaitait pas d'élections prématurées. Si cela devait survenir, a-t-il répété à quelques reprises, ce serait la faute de l'opposition.
bouclier antimissile américain
Un nouvel essai se conclut par un échec
Associated Press
La Presse mercredi 15 décembre 2004
Washington - Un test qui devait impliquer toutes les composantes du bouclier antimissile américain s'est soldé par un échec, mercredi.
Le missile intercepteur qui devait abattre un missile cible lancé plus tôt de Kodiak, en Alaska, n'a jamais quitté son pas de tir à cause d'une défectuosité technique.
L'Agence de défense contre les missiles avait tenté à plusieurs reprises de procéder à ce test depuis le début du mois, mais chaque fois, quelque chose ne tournait pas rond, à cause de la température ou d'un problème technique, et le test était remis de jour en jour.
Tout semblait donc aller pour le mieux mercredi et le missile cible a été mis à feu avec une fausse ogive à Kodiak, à 0h45, heure de l'Est.
Mais le missile intercepteur «a souffert d'une anomalie inexpliquée peu avant son lancement» de l'atoll de Kwajalein, dans le centre du Pacifique, 16 minutes après le départ du missile cible.
Il s'agissait du sixième échec sur neuf essais dans le cadre du programme de bouclier antimissile américain. En principe, le système doit défendre les États-Unis contre une attaque par un petit nombre de missiles lancés par un pays ennemi, comme la Corée du Nord.
bouclier antimissile américain
Les ratés du bouclier
Marc Thibodeau
La Presse jeudi 16 décembre 2004
Selon un ancien haut responsable du Pentagone : Le Canada peut prendre son temps
Le gouvernement de Paul Martin devrait faire fi des appels insistants du président américain George W. Bush et repousser à plus tard sa décision sur le bouclier antimissile, estime un ancien haut responsable du Pentagone qui doute fort de la viabilité du système en développement chez nos voisins du Sud.
"On entend souvent au Canada que le pays risque d'être laissé derrière s'il tarde trop à s'engager. Mais je ne pense pas que ce soit un risque réel au rythme où vont les choses", a indiqué hier, joint en Californie Philip E. Coyle.
M. Coyle, qui était secrétaire adjoint à la Défense pour les tests et l'évaluation de technologies militaires de 1994 à 2001, et qui revoyait à ce titre les tests menés relativement aux différentes moutures du bouclier antimissile, estime que l'échec "patent" enregistré lors du test d'hier indique que le Pentagone est encore "très loin du but".
"Si ça continue comme ça, il faudra ppeut-être encore 50 ans pour qu'ils en arrivent à pratiquer des tests en condition réelle", a déclaré M. Coyle, qui travaille aujourd'hui dans un institut de recherche de Washington, le Center for Defense Information, qui se consacre aux questions de sécurité nationale.
Selon lui, les tests menés avant la tentative d'hier n'ont pas démontré que le système pouvait fonctionner.
Des tests scénarisés
Les missiles d'interception ont réussi cinq fois sur huit à atteindre leur cible, mais chacun de ces tests était "plus scénarisé qu'un congrès politique moderne", prévient cet expert, qui déplore la décision de l'administration de déployer rapidement un système "coûteux n'ayant pas été testé de façon appropriée".
La situation est d'autant plus consternante, dit-il, que plusieurs morceaux importants ne sont toujours pas installés. "C'est comme si on déployait un nouveau jet sans ailes, sans queue et sans train d'atterrissage. Et qu'on ne le testait pas pour savoir s'il peut fonctionner sans ailes, sans queue et sans train d'atterrissage", souligne M. Coyle, en référence au fait que le gouvernement a déjà installé neuf missiles d'interception dans des silos en Alaska et en Californie.
Le président Bush, qui n'a pas réagi hier à l'annonce du test raté, avait annoncé à la fin de 2002 qu'il souhaitait procéder à la mise en service du système dès la fin de 2004 et il est revenu sur le sujet à l'automne durant la campagne électorale. "Ça n'a aucun aucun sens pour moi. Ils jouent leur crédibilité en avançant un échéancier aussi peu réaliste", souligne M. Coyle.
Joseph Cirincione, spécialiste de la question au Carnegie Endowment for International Peace, institut de recherche de Washington, est encore plus tranchant envers le projet de bouclier antimissile. "C'est un épouvantail, un système qui ne marche pas pour contrer une menace qui n'existe pas", a-t--il indiqué hier en entrevue.
Une menace réelle ?
Selon lui, la Corée du Nord, qui est souvent évoquée pour justifier la création de ce système, ne dispose pas de la technologie requise pour frapper les États-Unis et elle n'est pas près de le faire. "Cette menace pourrait d'ailleurs être plus facilement contrée en frappant directement le pays, qui est surveillé par satellite, avant le lancement d'un missile", affirme le spécialiste, qui ne s'étonne pas des ratés survenus hier.
"Ce qui m'étonne, c'est quand un test fonctionne", souligne M. Cirincione, qui presse le Canada de demeurer à l'écart de ce projet, motivé d'abord et avant tout selon lui par la philosophie "militariste" de la Maison-Blanche et les intérêts du secteur militaro-industriel américain.
"Ils croient qu'il suffit d'avoir suffisamment de volonté politique pour parvenir à faire exister ce système. Ils sont dans une autre réalité que la nôtre", souligne l'expert, qui s'attend à ce que la version en développement du bouclier antimissile "implose" sous les coûts et soit éventuellement abandonnée.
"Si le Canada décide d'y participer, ce sera uniquement parce qu'il juge que c'est le prix à payer pour avoir de bonnes relations avec les États-Unis. Il n'y a aucun avantage militaire à en tirer", souligne M. Cirincione.
Plusieurs militaires américains doutent aussi de la viabilité du système et souhaitent rediriger les milliards investis vers d'autres fins.
C'est le cas notamment du général américain à la retraite Eugene Habiger, expert en terrorisme nucléaire. "Le bouclier antimissile n'est pas une technologie, c'est une théologie", prévenait récemment ce militaire de carrière, qui s'inquiète plus de la possibilité d'attaques terroristes d'envergure, plus difficiles à retracer, que des attaques conventionnelles avec des missiles nucléaires.
La menace, vraie ou pas, continue de faire frémir aux États-Unis et alimente le discours d'organisations comme le Missile Defense Advocacy Alliance, groupe de sensibilisation mené par un ancien joueur professionnel de football, Riki Ellison.
"La menace que représentent pour la sécurité publique des missiles balistiques transportant des armes biologiques, chimiques ou nucléaires est réelle, la technologie utilisée pour contrer cette menace a fait ses preuves et c'est de l'argent bien dépensé", indiquait récemmentM. Ellison, qui n'était pas disponible hier pour répondre aux questions de La Presse.
Martin needn't fret about missile defence
Editorial
The Globe and Mail December 17, 2004
Earth to federal Liberal policy wonks, Paul Martin included: The weaponization of space is a red herring. For heaven's sake, get over it.
In year-end television interviews, the Prime Minister for the first time sounded a decidedly critical note about U.S. President George W. Bush's missile-defence plan. Canada won't contribute so much as a dime; we must have a significant say in how the missile shield is operated; and in no circumstances can the program lead to the dreaded weaponization of space, which now surpasses global warmingas the Canadian Left's chief bugaboo.Otherwise, the Americans can take a hike. "If, in fact, this became the weaponization of space, Canada, if it happened in 12 years, would withdraw," Mr. Martin insisted.
The Prime Minister was once an excellent businessman, just as he was an excellent finance minister. He's a logical man. He knows very well that Canada will have little say, if any, in how the United States deploys the missile shield beyond Canadian soil. He also knows that, as long as our financial contribution is nil, we have limited room to yammer demands. What Canada does have is the capacity to co-operate in the herculean task of monitoring North America's extensive air space -- or not. But even here, Ottawa's leverage is limited. Because they own Alaska and the world's greatest navy, the Americans can and will do the job on their own, should Canada opt out.
In that light, missile defence is simply an opportunity. Though plagued with technical problems -- yet another test fizzled Wednesday -- the system may one day be able to detect and shoot down incoming ballistic missiles, whether from North Korea or some as-yet-undeclared rogue state. Canada has a long-standing defence relationship with the United States, and a clear interest in protecting North America from attack. The cost of participation would be minimal. The cost of opting out could be steep -- the sidelining of the North American Aerospace Defence Command and the effective ceding of Canadian airspace to unfettered U.S. control. Why wouldn't Canada sign on?
Enter the weaponization of space. Never mind for a moment that missile-defence critics contradict themselves by insisting both that the technology will never work and that it will soon turn Earth's orbit into a deadly thicket of lasers. Assume the technology does work. Would space inevitably be festooned with killer satellites? No. The strategy is defensive. The United States already has virtually invulnerable, undetectable offensive roving weapons platforms that can obliterate any city on Earth within minutes. They're called nuclear submarines.
Strategic competitors of the United States -- China and Russia, to name two -- will argue that an effective U.S. missile shield would make their nuclear deterrent obsolete, thus igniting a new arms race. First, it's odd to hear that multi-kilotonne intercontinental nuclear weapons are now the world's last, best chance for peace. Second, the United States has already indicated a willingness to share the technology with allies, including Europe. This in turn means it would likely just be a matter of time before missile defence was in place north, east and west. And that could make nuclear holocaust an impossibility.
Granted, much of this is hypothetical. But no one can blame the Americans, or anyone else for that matter, for seeking an effective defence against the world's most dangerous weapons, particularly in an age of mass terrorism and mass casualties. Canada should take part. Mr. Martin should stop dithering, stop prattling from the sidelines, stop playing to the anti-American sentiment on Canada's main streets, and do the right thing. The strategic interests of this country demand it.
Japan and US agree to co-operate in missile defence programs
Canadian Press
The Montréal Gazette Friday, December 17, 2004
U.S. Ambassador to Japan Howard Baker delivers his speech before he and Japanese Defence Minister Yoshinori Ono sign Memorandum of Understanding on missile defence in Tokyo on Friday. (AP/Junji Kurokawa)
TOKYO (AP) - Japan and the United States on Friday agreed to boost co-operation in their missile defence programs - an important first step in carrying out new defence guidelines that ease Tokyo's strict postwar pacifism.
Japan's Defence Chief Yoshinori Ono and U.S. Ambassador to Japan Howard Baker penned a memorandum of understanding that allows the two countries to share information on ballistic missile defence systems and co-operate in related projects, a Defence Agency spokesman said on condition of anonymity.
Under the agreement, the allies will set up a high-level committee to supervise the missile defence alliance, the agency said in a statement. It didn't give further details.
Last week, Japan approved new defence guidelines which include the relaxation of an arms-export ban to facilitate a missile security program it's currently researching with Washington.
"I'm convinced that the missile defence research and development . . . will result in the strengthening of peace and stability," Baker said. "This is the foundation of growth and prosperity for both of our nations."
Ono agreed and said, "I hope the ties between Japan and the United States will be further strengthened by the signing of the memorandum."
Japan has maintained the arms export ban since 1976 in deference to its pacifist constitution, unchanged since it was written by U.S. occupation forces after the Second World War. The constitution renounces war and the use of force in settling international disputes.
However, Japan approved a plan to introduce a ballistic missile defence system in December 2003, spurred by missile tests from North Korea.
In the new defence guidelines, the government identified North Korea's nuclear weapons ambitions and China's modernization of its huge military as key threats to Japan.
The new guidelines also came amid Prime Minister Junichiro Koizumi's efforts in pushing a more high-profile role for Japan's military and closer co-operation with Washington, which maintains 50,000 troops in Japan under a security treaty.
