L'opposition s'attaque au délégué du Québec à Toronto
La Tribune vendredi 10 décembre 2004
PC Québec - L'opposition péquiste a dénoncé hier la nomination récente d'un ancien dirigeant du Conseil de l'unité canadienne à titre de délégué du Québec à Toronto.
Nommé à son poste le 20 octobre dernier par le premier ministre Jean Charest, Jocelyn L. Beaudoin est l'ex-directeur général du Conseil de l'unité canadienne, un organisme chargé de mener une lutte sans merci au mouvement souverainiste au Québec.
Peu avant le référendum sur la souveraineté en 1995, M. Beaudoin avait en outre créé Option Canada, par lequel ont "transité 4,8 millions $, en contravention avec la Loi électorale du Québec", a fait valoir hier le député péquiste Jonathan Valois.
"À ce jour, ni le Directeur général des élections du Québec, ni le vérificateur général du Canada n'ont pu faire lumière sur cette nébuleuse affaire. Maintenant que Jocelyn L. Beaudoin est un employé du gouvernement du Québec, est-ce que le premier ministre peut lui téléphoner pour qu'on finisse par savoir toute la lumière sur cette histoire?", a lancé le député de Joliette.
Le député redoute que les "liens étroits" unissant Option Canada et le Parti libéral du Québec n'empêchent la population de connaître toute la vérité sur ces contributions.
Répliquant au nom de M. Charest, le ministre des Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, n'a pas voulu commenter les activités passées de Jocelyn L. Beaudoin, reprochant plutôt à l'opposition officielle de vouloir "discréditer les bureaux du Québec au Canada". "Ces bureaux font un travail extrêmement utile pour le Québec, et les gens que nous y nommons sont des gens extrêmement compétents, et cela est admis par tout le monde", a-t-il dit.
Le gouvernement Charest ne remet en doute ni la compétence, ni l'expérience, ni l'honnêteté de M. Beaudoin, a-t-il insisté, accusant son vis-à-vis de se livrer à une chasse aux sorcières.
Au Canada anglais - Le Québec doit mieux s'expliquer
Martin Vallières
La Presse samedi 11 décembre 2004
Toronto - Souvent mal compris, le gouvernement du Québec doit accroître ses efforts pour expliquer sa politique au Canada anglais et sa place dans la fédération, selon le nouveau directeur du bureau du Québec à Toronto.
«Il faut contrer une certaine perception selon laquelle le Québec est l'enfant gâté de la fédération canadienne, qu'il ne pourra jamais être satisfait», a indiqué Jocelyn Beaudoin, en entrevue dans son bureau au 15e étage d'une tour du Centre Eaton, au coeur de la Ville reine. «C'est d'autant plus important que des événements récents, comme l'accord sur la santé entre Ottawa et les provinces, avec un volet particulier pour le Québec, montrent que la fédération canadienne amorce une ère de changements, marquée par la souplesse.»
En fait, promouvoir la place du Québec dans la fédération n'a plus grand secret pour Jocelyn Beaudoin. Avant sa nomination par le gouvernement Charest comme chef du bureau de Toronto, M. Beaudoin était président du Conseil de l'unité canadienne depuis trois décennies.
Cet organisme, subventionné par Ottawa depuis des années, est connu pour ses interventions à l'encontre des élans souverainistes du Québec.
Depuis sept ans, les fonctions de M. Beaudoin l'ont amené à passer tellement de temps à Toronto qu'il y a établi une seconde résidence, après Montréal. Son embauche comme chef du bureau du Québec à Toronto, qui rayonne jusqu'à Vancouver, laisse d'ailleurs peu de doute quant aux objectifs du gouvernement Charest.
«C'est très clair que le gouvernement actuel du Québec est fédéraliste. Mais j'ai aussi été embauché pour ma bonne connaissance des intervenants politiques et économiques au Canada anglais», a soutenu M. Beaudoin.
D'ailleurs, «le Québec a besoin d'être mieux compris» en Ontario et dans l'Ouest du Canada, a-t-il ajouté.
Ces temps-ci, par exemple, le débat sur une aide financière additionnelle du gouvernement fédéral à Bombardier suscite certaines critiques peu flatteuses envers l'influence du Québec. «Il faut faire comprendre que Bombardier et l'aéronautique, c'est extrêmement important pour le Québec, tout en étant un secteur complexe et très concurrentiel. C'est comme l'industrie automobile, dans laquelle l'Ontario s'est très bien tirée d'affaire depuis plusieurs années», a suggéré M. Beaudoin.
Par ailleurs, il attribue aussi à une mauvaise compréhension certaines critiques suscitées au Canada anglais à l'égard de l'accord particulier sur la santé entre le Québec et Ottawa, qualifié de «fédéralisme asymétrique».
«Ce type d'accord était possible pour toutes les provinces, même si seul le Québec a décidé de s'en prévaloir. Mais surtout, c'est un bel exemple de la souplesse de la fédération canadienne, dont l'importance pour le Québec demeure mal comprise au Canada anglais», selon M. Beaudoin.
Pour combler cette lacune, le nouveau chef du bureau du Québec à Toronto souhaite notamment augmenter le nombre de visites des ministres du gouvernement Charest.
Quant aux relations entre le Québec et l'Ontario, un nouvel accord de coopération intergouvernementale est en voie de parachèvement, la signature officielle étant attendue d'ici quelques semaines.
Jocelyn Beaudoin entend veiller par ailleurs à ce que «le Québec soit un meneur de la francophonie» en Ontario et dans l'Ouest.
Toutefois, il a souligné que les interventions du Québec «ne doivent pas se faire de façon paternaliste, mais plutôt en appui» aux communautés francophones.
Le PQ critique à nouveau la nomination de Jocelyn Beaudoin
Robert Dutrisac
Le Devoir mercredi 15 décembre 2004
Québec - L'opposition officielle est revenue à la charge, hier, pour dénoncer la nomination, à titre de chef de poste du Bureau du Québec à Toronto, de Jocelyn Beaudoin, ancien président du Conseil de l'unité nationale et un des fondateurs d'Option Canada. Cet organisme occulte a été soupçonné d'avoir dépensé 4,8 millions de dollars pour le camp du NON lors de la campagne référendaire de 1995, en contravention avec la Loi québécoise sur les consultations populaires.
Selon le porte-parole de l'opposition officielle pour les affaires intergouvernementales canadiennes, Jonathan Valois, Option Canada était une coquille vide où transitaient des fonds sur lesquels le Conseil de l'unité canadienne (CUC) avait la main haute. En 1995, le CUC a hébergé Option Canada et c'est le CUC qui a mis fin aux activités de l'organisme secret une fois le référendum remporté par les forces fédéralistes, a signalé le député de Joliette à l'Assemblée nationale. C'est une enquête du quotidien The Gazette qui avait révélé en 1997 l'existence de l'organisme.
«Je ne suis pas le défenseur d'Option Canada», a répliqué le ministre délégué aux Affaires intergouvernementales canadiennes, Benoît Pelletier, qualifiant les attaques de M. Valois d'«accumulation d'insinuations». M. Beaudoin a été le pilier du CUC pendant 35 ans et le président et chef de la direction de l'organisme au moment de son départ cette année. «Il s'agit là d'une tâche, d'une fonction qui est tout à fait acceptable, tout à fait correcte et légitime dans le contexte politique canadien», a dit le ministre.
Hier, dans une lettre envoyée à M. Pelletier, Jocelyn Beaudoin a confirmé qu'il était un des fondateurs d'Option Canada mais qu'il a dû démissionner peu de temps après l'incorporation de l'organisme, à cause de ses «fonctions au Conseil de l'unité canadienne».