Le Québec s'ennuie
Denise Bombardier
Le Devoir samedi 4 décembre 2004
S'il fallait qualifier le climat politique québécois en cette fin d'année, sans doute la morosité correspondrait-elle le mieux à l'atmosphère. Cela expliquerait peut-être la nostalgie des membres du Parti québécois, qui souhaitent majoritairement le retour de Lucien Bouchard en politique active.
L'époque actuelle se définit par la fadeur. Les dirigeants des partis, de Paul Martin à Jean Charest, de Gilles Duceppe à Mario Dumont en passant par Bernard Landry, dont la faconde est aujourd'hui neutralisée par les dissensions internes du PQ, tous ces hommes ne soulèvent ni passion, ni rêve, ni espoir. Ils administrent, gèrent, critiquent, contestent au coup par coup. Ce n'est pas par hasard que les deux sports nationaux des Québécois, le hockey et la politique, soient en perte de vitesse dans le coeur de ces derniers. Les jeunes de vingt ans sont ainsi privés de modèles d'identification, ces leaders charismatiques qui n'apportent pas que des frissons fugitifs aux foules mais qui donnent aussi envie de se dépasser et de croire que la société est un laboratoire permanent vers le progrès pour tous.
Quand un peuple s'ennuie, il se désole. Et, puisque l'oisiveté est la mère de tous les vices, il cherche à se distraire. Les vrais enjeux disparaissent pour faire place aux faits divers. Et Dieu sait que les faits divers ces dernières semaines soulèvent les passions. Histoires inqualifiables de pédophilie et drames de familles décimées dans des incendies occupent les esprits et l'avant-scène médiatique. L'opinion publique ne se sent plus concernée par la politique et par ceux qui l'incarnent, en partie parce que les chefs politiques donnent souvent à penser qu'ils peuvent défendre la chose et son contraire. Ou alors qu'ils sont aussi impuissants que les électeurs face au «système», cette force de destruction massive du rêve.
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Il est normal qu'un peuple qu'on prive de rêve s'ennuie. Surtout lorsque l'histoire de ce peuple depuis plus de quarante ans s'est écrite en oscillant d'exaltations en déceptions extrêmes sans jamais connaître de répit. Les transformations climatiques qui tempèrent nos hivers, cette saison qui définit aussi notre identité, sont en train de déteindre sur notre vie politique. Nous nous ennuyons de nos idoles charismatiques, et pas seulement dans le domaine de la politique. Les chefs syndicaux sont les enfants anémiques des Louis Laberge, Marcel Pépin et Gérald Larose. Nos icones culturels sont souvent de pâles copies des Félix Leclerc, Jean Duceppe, Jean Gascon, Olivier Guimond, Yvon Deschamps, Diane Dufresne. Le peuple s'ennuie parce que ceux qui parlent en son nom pratiquent la langue de bois ou baignent dans la glu de la gentillesse, entendue ici comme l'insignifiance inoffensive. Ou alors, ils confondent rigueur intellectuelle et grossièreté de langage, emballage de choix pour le vide de la pensée.
Avec l'ennui surgit la tristesse, cet affaissement du tonus de vie. Or la tristesse produit un effet délétère sur le désir de changement, dont le mouvement ne s'accommode pas du sur-place, donc qui rétrograde l'action. C'est sans doute la tristesse qui explique le succès des humoristes, les bons et les mauvais. Le peuple triste cherche à être surpris, faute d'être inspiré. Et il préfère de loin les salles de spectacle où il est distrait à celles qui l'obligent à affronter les grands drames humains; il préfère le bruit aigu des rires aux scènes qui font place au silence à travers les mots.
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Le peuple québécois s'ennuie des Lesage, Lévesque, Bourassa, Trudeau, Drapeau, Parizeau, ces hommes et d'autres qui l'ont transporté, secoué, provoqué, enthousiasmé, déçu et ultimement aimé. Il se sent abandonné par ses représentants, de bonne foi dans leur majorité, mais qui transpirent l'insécurité, l'inquiétude, qui gouvernent sur la défensive, les yeux rivés sur les sondages de popularité, les oreilles aux aguets du bruit des manifestations de rue.
Le peuple s'ennuie au point d'acheter le sapin de Noël le lendemain de l'Halloween et d'installer des lumières multicolores du toit au sous-sol de la maison deux mois avant les Fêtes dont le sens l'indiffère désormais, s'il ne l'a pas oublié. C'est peut-être ce qu'on appelle la fuite en avant, quand on a démasqué une fois pour toutes le père Noël et la Fée des étoiles. On a toujours tracé du Québécois le portrait d'un être enjoué, impulsif, grouillant, friand de sensations fortes et d'émotions à fleur de peau. L'ennui avec l'ennui, c'est qu'il emmagasine l'énergie inutilisée, à savoir l'admiration, la capacité de concrétiser les rêves, le désir de résoudre les problèmes plutôt que de les différer. Il faut se méfier d'un peuple qui s'ennuie. Comme un volcan, il risque l'éruption ou alors il s'étiole. Dans tous les cas de figure, son avenir doit inquiéter.
Le bulletin ministériel
Michel David
Le Devoir jeudi 16 décembre 2004
La nomination de William Cosgrove à la présidence du BAPE a malheureusement terni l'éclat de l'avant-projet de loi sur le développement durable, qui a fait de Thomas Mulcair un héros dans les milieux écologistes. L'abandon du projet du Suroît a constitué une autre victoire pour le ministre de l'Environnement, mais ses déclarations ambiguës sur la gestion de l'eau potable demeurent passablement inquiétantes. A-.
Pendant deux semaines, le leader parlementaire Jacques Dupuis a défendu seul la ministre déléguée aux Transports, Julie Boulet, dont l'opposition voulait la tête. Son projet de réforme du mode de scrutin est tout à fait valable. Son seul tort est d'être resté fidèle à la tradition des fins de session chaotiques. B.
Jean-Marc Fournier avait averti les défusionnistes que le retour au statu quo ante était exclu. Il aura au moins limité les dégâts. Il est ironique qu'après avoir dénoncé les regroupements imposés par le Parti québécois, les libéraux aient à leur tour forcé l'adoption du projet de loi 75, qui consacre l'affaiblissement des municipalités reconstituées. Le déficit démocratique dans les conseils d'agglomération est cependant réel. B.
Le ministre du Travail, Michel Després, qui dit se satisfaire du vin de dépanneur, a su résister aux pressions de ceux qui réclament une loi spéciale pour mettre fin à la grève à la SAQ. Cinq ans après l'adoption de la loi les interdisant, il était temps de chercher à débusquer les clauses de disparité de traitement tapies dans les conventions collectives. B.
Les meilleures réformes sont parfois celles qu'on ne fait pas. Le ministre des Transports, Yvon Marcoux, a encore reporté son document de consultation sur la réforme du no fault. Il faut lui en être reconnaissant. B.
Tout au long de l'automne, Monique Jérôme-Forget et son Agence des PPP ont été la cible privilégiée des opposants à la «réingénierie». La présidente du Conseil du trésor a corrigé les tares les plus criantes de son agence, mais il faut reconnaître sa détermination. Ou son aveuglement idéologique, selon le point de vue. B-.
Sur un tout autre registre, la ministre de la Culture, Line Beauchamp, a démontré qu'on peut connaître du succès en politique sans faire grand-chose, pourvu qu'on parle joliment et qu'on sourie. Le Forum des générations, dont elle assumait la coprésidence, n'a rien donné de concret, mais tout le monde était content. En revanche sa politique de développement des bibliothèques publiques se fait toujours attendre. B-.
La douche écossaise pour Benoît Pelletier. La reconnaissance du principe de l'asymétrie dans l'entente sur la santé a été un grand succès pour lui, mais le backlash provoqué au Canada anglais a rendu Ottawa réfractaire à toute nouvelle ouverture envers le Québec. La nomination de l'ancien directeur général du Conseil de l'unité canadienne comme représentant du Québec à Toronto est une aberration que M. Pelletier se discrédite à vouloir défendre. B-.
La bonne volonté de Michelle Courchesne ne peut compenser son manque de ressources. Son discours est mieux reçu dans les milieux d'affaires que chez les organismes voués à l'intégration des immigrants. Son plan de lutte contre la violence conjugale a reçu un accueil mitigé. À titre de ministre responsable de la Commission d'accès à l'information (CAI), elle doit rendre compte de «l'obsession du contrôle politique de l'information» reprochée au gouvernement. B-.
Michel Audet commence à mieux se défendre à l'Assemblée nationale, mais sa réaction passive au drame de Huntingdon, comme son attentisme dans le dossier de Bombardier, illustre l'inconvénient d'avoir un ministre d'État au Développement économique qui ne croit pas à l'intervention de l'État. C.
Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, s'est montré complaisant dans le débat sur les faveurs que les pharmaciens accordent aux médecins, puis il a accepté de réévaluer sa décision sur l'emplacement du CHUM parce que le recteur Lacroix a des amis puissants. Un an après la mise au jour de cas d'intimidation et de négligence scandaleux, la situation à Saint-Charles-Borromée demeure inacceptable. C.
Rien de particulier à signaler au dossier du ministre du Revenu, Lawrence Bergman. C'est quand même préférable aux fuites de renseignements auxquelles le PQ nous avait habitués. C.
La ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, a toujours été discrète, mais elle pourrait nous envoyer une carte postale de temps à autre. C.
Claude Béchard a dû apporter des modifications de dernière minute à sa politique de soutien aux enfants, qui pénalisait des centaines de familles. L'impression positive créée par son plan de lutte contre la pauvreté a été complètement annulée par le projet de loi 57 qui, malgré les promesses libérales, n'indexait que partiellement les prestations d'aide sociale. Il a finalement été incapable de le faire adopter. Il gagnerait à être un peu plus modeste. C-.
Si elle a plu à bien des Québécois, sa dénonciation du Dracula fédéral a achevé de discréditer Yves Séguin auprès du bureau du premier ministre, qui ne cesse de l'humilier. Après lui avoir assigné un chaperon, on lui a fait perdre la face en refusant d'amender selon ses voeux le projet de loi sur la Caisse de dépôt. Ses jours aux Finances semblent comptés. C-.
L'achat de l'abattoir Colbex par l'UPA a mis fin à la crise de la vache de réforme, mais la ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier, déjà mêlée dans ses chiffres, a annoncé de façon nettement prématurée une entente avec Ottawa sur le soutien du prix payé aux producteurs. C-.
Une autre session misérable pour Pierre Reid. Il a remporté son seul succès contre les jeunes militants de son parti, qui se promettaient de lui faire ravaler ses compressions à l'aide aux étudiants. Le report soudain de son plan d'action au collégial le désigne comme candidat au prochain remaniement. D.
Le seul admirateur que Sam Hamad semble avoir est son ancien collègue Marc Bellemare, prêt à encenser n'importe qui pour devenir maire de Québec. Malgré le débat sur le Suroît, le ministre des Ressources naturelles nie que les gaz à effet de serre constituent une forme de pollution. E.
Si le ridicule tuait, Jacques Chagnon serait déjà mort. Non seulement le ministre de la Sécurité publique est le seul au Québec à trouver que tout va bien à Kanesatake, voilà maintenant qu'il constitue un danger public quand il va à la chasse au canard ! E.
mdavid@ledevoir.com
L'ANNÉE CHAREST : Un bilan pauvre selon l'opposition
Gilles Normand
La Presse vendredi 17 décembre 2004
Québec - Le gouvernement Charest "a pris des décisions qui appauvrissent la population" et, après 18 mois de pouvoir, il n'a pas respecté les engagements qu'il a pris envers la population lors de la dernière campagne électorale.
C'est ainsi que le chef de l'opposition officielle, Bernard Landry, résume la session parlementaire d'automne, rejoignant assez bien le point de vue du chef de l'ADQ, Mario Dumont, pour qui " il n'y a pas eu de stratégie gouvernementale, mais des priorités variables ". " Il y a eu, au cours de la dernière session, une chose notable: c'est le nombre de virages du gouvernement, le nombre de priorités changeantes ", a en effet déclaré M. Dumont en faisant l'analyse du bilan du gouvernement. Il a aussi dénoncé le nombre sans précédent de nominations partisanes dans l'appareil gouvernemental. Pour Bernard Landry, la situation est grave: " Nous faisons face à un gouvernement qui, après 18 mois au pouvoir, ne respecte pas les engagements qu'il a pris envers la population. Qu'il s'agisse de dossiers touchant la santé, l'éducation, l'économie, les familles, les régions ou les relations avec le fédéral, il ne livre pas la marchandise. "
" Au lieu de réinventer le Québec, les libéraux ont plutôt redéfini l'improvisation, a-t-il raillé en conférence de presse."
Décisions incohérentes
Le chef péquiste a accusé l'équipe de Jean Charest d'avoir pris des décisions qui appauvrissent la population, de s'être livrée à un désengagement de l'État dans l'économie, de s'écraser devant le gouvernement fédéral, de se comporter en gouvernement de slogans, d'avoir des normes d'éthique peu élevées, de ne pas répondre aux questions en Chambre, d'improviser ses décisions, lesquelles, soutient-il, sont incohérentes.
Rappelant les promesses du PLQ en santé, M. Landry affirme qu'elles ont été reléguées aux oubliettes. " L'élimination des listes d'attente pour les chirurgies, à laquelle il devait s'attaquer dans les heures suivant les élections, ne s'est pas concrétisée. Aujourd'hui, plus de 42 000 patients hors délai médicalement acceptable sont toujours en attente d'une chirurgie et la Charte des droits des patients n'a toujours pas vu le jour. La nouvelle politique en santé mentale, la réforme de la Loi sur la protection de la jeunesse et le plan de lutte contre le suicide n'ont toujours pas été présentés ", déplore-t-il.
M. Landry accuse le premier ministre de " ne pas se lever en Chambre pour défendre les décisions de son gouvernement ".
" Quant aux ministres, ils ne semblent pas prendre au sérieux la période des questions. Plusieurs d'entre eux badinent et font preuve d'arrogance en évitant de répondre aux questions. "
Selon lui, le gouvernement Charest a " choisi de freiner l'élan économique du Québec " de sorte qu'en 18 mois, le Québec n'a créé que 18,5 % des emplois au Canada, alors qu'en 2002, sous le PQ, on parlait de 35 %.
40 000 chômeurs
" Il y a détérioration majeure de la situation de l'emploi au Québec, ce qui se traduit par 40 000 chômeurs de plus ", a dit Bernard Landry en insistant sur de nombreuses fermetures d'usines.
Quant à Mario Dumont, il affirme que parmi les 1300 nominations effectuées par le gouvernement Charest depuis son élection, " on compte de nombreux proches des libéraux et d'anciens candidats qui ont été récompensés ".
Abordant le dossier de la crise de la vache folle, il a dénoncé le monopole de l'abattoir Colbex qui, soutient-il, a été " protégé parce qu'il appartient à des gens qui ont fait des donations considérables au Parti libéral ".
" Il aurait dû y avoir des démarches pour briser ce monopole beaucoup plus tôt ", croit-il.
M. Dumont a ironisé sur le développement durable et le développement hydroélectrique projetés par le gouvernement Charest, en concluant que " ces priorités-là durent un mois à peu près chacune ".
Leçon d'humilité
Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 18 et dimanche 19 décembre 2004
Les petits partis politiques, ceux que les maisons de sondage rangent toujours dans la catégorie «autres» lorsqu'elles mesurent les intentions de vote, auraient l'appui de pas moins de 10 % des Québécois, selon Léger Marketing. Bien qu'ils soient étonnants, ces résultats s'expliquent. Il s'agit de regarder comment libéraux et péquistes se comportent pour comprendre.
Une hirondelle ne fait pas le printemps et, bien sûr, les militants de l'Union des forces progressistes, d'Option citoyenne ou du Parti vert devraient accueillir ce résultat avec prudence. Ce mouvement reste à confirmer. Chose certaine, il faut y voir pour l'instant le signe d'une désaffection de l'électorat à l'endroit des grands partis plutôt que d'un véritable appui aux petits partis.
Ce sondage nous ramène en fait au printemps 2002, alors que l'Action démocratique avait fait une percée inattendue lors d'élections complémentaires. En attente de changement qu'ils ne voyaient venir de la part ni du Parti québécois ni du Parti libéral, les électeurs s'étaient alors tournés volontiers vers ce tiers parti. Celui-ci n'avait pas su profiter de ce mouvement lors des élections mais il est de nouveau en hausse : deux Québécois sur cinq l'appuient.
Alarmés, libéraux et péquistes devraient l'être car ils dominent de moins en moins le paysage politique. Clairement, les Québécois ne font pas confiance au gouvernement Charest comme vecteur de changement. Du moins, les changements mis en avant ces 18 derniers mois par celui-ci ont été perçus comme étant rétrogrades par une large partie de la population. Pour ce qui est du virage progressiste pris au dernier congrès du Parti libéral, celui d'un engagement envers le développement durable, il inspire pour l'instant une bonne dose de scepticisme. La timidité des réactions du gouvernement au rapport Coulombe sur la forêt, tout comme le parti pris pour les motoneiges manifesté à travers la loi 90, ne peut que renforcer cette attitude.
À leur décharge, les libéraux peuvent toujours prétendre qu'étant au gouvernement, ils ont à subir les contrecoups de politiques impopulaires. Les péquistes n'ont pas cette excuse. Ils n'arrivent pas à traduire en appuis l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement. Voilà une partie de l'explication du fait que le Parti québécois est depuis le début de l'automne tourné vers lui-même. La crise interne qu'il connaît le mène à délaisser son travail d'opposition.
Ces derniers mois, le Parti québécois avait pourtant donné l'impression d'être capable de capitaliser sur l'impopularité du gouvernement, prenant une avance de sept points sur les libéraux. Mais c'était avant qu'on ne commence à se chicaner autour de la stratégie référendaire et que ne s'amorce la contestation du leadership de Bernard Landry. Résultat : les péquistes se retrouvent dans la même barque que les libéraux, barque maintenant malmenée par les tiers partis.
Les résultats de ce sondage sont particulièrement dramatiques pour le PQ qui, comme parti d'opposition, devrait pouvoir incarner le changement. Tout au plus apparaît-il comme le parti de l'alternance qui agirait à bien des égards comme le Parti libéral. Du moins, il en donne le signal lorsqu'il facilite le passage de la loi 90 plutôt que de saisir l'occasion pour pousser le gouvernement dans ses retranchements.
Le flirt des électeurs avec les tiers partis observé par ce sondage ne s'explique pas autrement. Il ne pourra que s'accentuer si, au cours des prochains mois, les grands partis ne réagissent pas, s'ils ne changent pas eux-mêmes de l'intérieur. Le message des électeurs est clair, aussi bien pour Bernard Landry que pour Jean Charest. Une leçon d'humilité pour les deux.
bdescoteaux@ledevoir.ca
Le pouvoir communautaire
Michel Venne
Le Devoir lundi 20 décembre 2004
Il fallait peut-être le regard d'étrangers pour faire apparaître avec autant de clarté un fait banalisé, voire ignoré, chez nous: la puissance des mouvements communautaires du Québec; leur apport au développement social mais aussi au développement économique; la richesse de leurs réseaux; leur capacité d'innovation et de résilience; leur contribution à la cohésion sociale et à l'éducation des citoyens.
Le magazine français L'Express publie dans son édition datée du 13 au 19 décembre un supplément «spécial Québec» sur ce mouvement hétérogène et influent et sur quelques-unes de ses stars: Nancy Neamtan préside le chantier de l'économie sociale; François Saillant anime le Front d'action populaire en réaménagement urbain; Louise Rozon dirige Option Consommateurs; Éric Bondo, «l'anti-Bougon», vient de prendre la tête du Front commun des personnes assistées sociales; Michel Séguin fait rouler le réseau des Ressourceries; Isabelle Joncas coordonne le projet «Agriculture soutenue par la communauté», au sein d'Équiterre.
Les Québécois bien informés ont sans doute déjà entendu parler au moins d'un certain nombre d'entre eux. Mais rarement prend-on la peine de dépeindre le portrait d'ensemble et, surtout, d'en expliquer le sens et la portée.
Le mot communautaire a acquis au fil des ans une signification négative. Les animateurs de ce milieu sont perçus soit comme des âmes charitables, soit comme des esprits revendicateurs, un peu chialeux, qui n'ont de cesse de réclamer l'aide des gouvernements. Un monde pas très sexy tourné vers notre misère.
Le reportage de L'Express fait ressortir autre chose, une réalité méconnue même chez nous.
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Ces mouvements ont été à l'origine de maintes innovations sociales, et ce sont eux qui, encore aujourd'hui, tirent le Québec dans des sentiers inexplorés. Les centres de la petite enfance ont été créés après que des garderies communautaires eurent montré la voie au début des années 1970. Les CLSC ont été précédés par des cliniques communautaires ainsi que l'Aide juridique.
Aujourd'hui, chacun recycle son papier et ses bouteilles vides dans un bac vert fourni par la municipalité, mais ce sont des groupes écologiques qui, il y a une vingtaine d'années, avaient pris l'initiative, tout comme ce sont eux qui, maintenant, tirent la société vers des modes de production d'énergie ou de produits agricoles plus respectueux de l'environnement et de la santé des individus.
Le chantier d'économie sociale anime un vaste mouvement comptant plus de 6000 entreprises sociales et coopératives donnant de l'emploi à 65 000 personnes et générant un chiffre d'affaires de 4,3 milliards de dollars.
On a oublié l'ancienneté de la tradition coopérative chez nous et de sa puissance dans le monde agricole ainsi que, bien entendu, dans le domaine financier avec les caisses populaires qui, au fil des ans, en se regroupant, ont constitué une des forces économiques les plus importantes pour le Québec, et pour ses régions.
Option Consommateurs est l'héritière des Associations coopératives d'économie familiale et réussit désormais à soutirer d'entrepreneurs malhonnête, par des recours collectifs retentissants, des centaines de milliers de dollars réinvestis dans la défense des droits des consommateurs compris ici comme étant d'abord des citoyens.
Avant la Commission Coulombe, il a fallu Richard Desjardins. Il y avait aussi déjà des coopératives forestières et des projets alternatifs comme celui de la Forêt de l'Aigle pour montrer qu'il y avait d'autres façons de jardiner les bois.
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Mais le vaste réseau communautaire du Québec a d'autres vertus. D'abord celle d'assurer la cohésion sociale des milieux de vie, une fonction autrefois assumée par l'Église et que l'État bureaucratique ne pourra jamais remplir. Nos groupes communautaires ont compris bien avant les théoriciens de la post-modernité la logique des réseaux. Ces groupes constituent une immense toile qui recouvre tout le Québec.
Claude Ryan disait qu'il était essentiel de permettre l'existence, entre l'individu et l'État, d'un tiers secteur fort, de donner de l'épaisseur à la société. Le sociologue américain Francis Fukuyama a découvert que les sociétés qui réussissent le mieux dans la mondialisation sont celles où existe un grand nombre d'organisations sociales qui favorisent la rencontre et l'engagement des citoyens, en leur permettant d'innover dans la coopération et l'échange.
Ces réseaux permettent aux citoyens de s'approprier le pouvoir, dont ils peuvent faire usage en groupe pour soutenir des projets collectifs, mais dont ils profitent également dans leur vie personnelle, en développant des compétences et une confiance en soi.
C'est ce qu'on appelle en anglais l'empowerment. Une idée forte. L'idée du siècle: reconstruire les communautés en outillant les citoyens puis en les constituant en réseaux d'entraide et d'innovation.
Le Québec est bien parti sur cette voie. Comme le souligne L'Express, ce mouvement communautaire est l'une des composantes du nouveau modèle québécois.
Aujourd'hui, le gouvernement est tenté de circonscrire ce mouvement en gelant ses budgets et en rationalisant ses activités. C'est une erreur. Les 500 millions versés chaque année à 5000 groupes communautaires sont une aubaine et l'on devrait chercher des moyens d'accroître et de consolider ces réseaux qui sont devenus un actif pour le Québec, une voie de développement et d'amélioration de notre mieux-être individuel et collectif. Un créneau d'avenir. Aura-t-on assez de vision pour le reconnaître?
michel.venne@inm.qc.ca

Québec: Bilan politique 2004
L'année perdue : La mayonnaise des libéraux n'a pas monté
Denis Lessard
La Presse samedi 18 décembre 2004
Analyse - Fermez les yeux. On est au début de 2004. Vous entendez Jean Charest marteler que le gouvernement " a le mandat nécessaire pour procéder à d'importantes réformes ". Puis Monique Jérôme-Forget promet de procéder à la restructuration de l'appareil administratif, de réduire le nombre des organismes.
Yves Séguin s'engage à limiter l'accès au jeu, tout en assurant l'avenir des hippodromes. Philippe Couillard dit qu'il a tout mis en place pour, enfin, choisir le lieu où sera construit le prestigieux hôpital universitaire francophone.
Réveillez-vous! Restez bien calme. Rien n'a bougé. Et Jean Charest sait, lui, qu'il a perdu un an.
Avec 12 mois de surplace, de louvoiements et de consultations, M. Charest voulait calmer le jeu, rassurer tout le monde, après un automne 2003 bien tumultueux. Mais il n'est pas parvenu à renverser la vapeur, à renouer avec la faveur populaire- sauf pour une brève embellie: une entente " asymétrique " avec Ottawa et quelques milliards de plus pour la santé. Bon cuisinier, M. Charest sait que sa mayonnaise n'a pas monté.
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Et les conséquences de cette impopularité suintent dans les couloirs de l'assemblée nationale, remplis de chuchotements au sujet d'un éventuel remaniement ministériel. " Il n'y a pas de plan de remaniement... mais on ne sait jamais ", disait, ironique, M. Charest en faisant le bilan de la session, hier.
Séguin plus populaire
Intouchable, Yves Séguin bombe le torse en laissant filtrer un peu partout les confidences que lui a faites le sondeur Jean-Marc Léger il y a quelques semaines: le ministre des Finances est plus populaire que Jean Charest.
D'autres sont passablement plus humbles: Pierre Reid, rabroué tout récemment au cabinet pour son projet de réforme des cégeps, Julie Boulet, qui a accumulé les erreurs, Jacques Chagnon, qui trouve toujours le moyen de se mettre dans le pétrin. Sam Hamad surtout, qui sait déjà qu'il devra quitter les Ressources naturelles. Pour l'heure, le chef de cabinet, Stéphane Bertrand, sert de paratonnerre et catalyse vers lui la grogne libérale.
Le gouvernement Charest sera, en avril prochain, à mi-parcours de son mandat. Pour bien des députés déçus et des ministres en mal de promotion, l'heure aurait sonné d'un vigoureux rebrassage des cartes autour de la table du conseil.
Mais Jean Charest voit peut-être les choses d'un autre oeil. L'adversaire péquiste risque de se lancer dans une course à la direction du parti, une campagne qui drainerait toute l'attention des médias.
Pendant que tout le monde soupèsera la dernière déclaration de François Legault et les dénégations biens calculées d'un Gilles Duceppe, les décisions gouvernementales risquent d'être vite balayées.
Le remaniement est l'équivalent de la bombe atomique dans l'arsenal d'un premier ministre: à utiliser avec parcimonie.
Affaires réglées
Au début de 2004, après avoir lancé bien des réformes impopulaires, M. Charest avait décidé d'appliquer subitement les freins et de lancer une large consultation, histoire de gagner du temps. Après un an d'attentisme, bien des dossiers, comme les sondages, font du surplace.
Il y a de bons coups, toutefois:
Jean Charest insistait hier sur le fait que, en 2005, 800 000 familles auront 2000 $ de plus à dépenser: 550 millions d'allégements fiscaux, principale mesure du budget du printemps dernier.
La promesse impopulaire d'abolir le no-fault pour l'assurance auto a été passée par-dessus bord avec son parrain, le ministre Marc Bellemare.
Le Suroît passera à l'histoire comme le seul projet deux fois lancé, deux fois annulé.
À l'automne, le Plan vert du ministre Thomas Mulcair a été bien accueilli.
Québec a finalement son agence pour mettre en place des partenariats public-privé (PPP).
On scindera la direction de la Caisse de dépôt, une loi qui aura fait perdre la face au ministre Séguin, forcé par Jean Charest de renoncer à des amendement qu'il avait promis.
Québec a finalement en main les conclusions de la commission d'enquête sur les forêts. Restera à voir comment le gouvernement appliquera ses recommandations, qui risquent d'avoir des conséquences douloureuses dans les régions.
Après 30 ans de palabres, le gouvernement a fait son lit et proposé une formule " proportionnelle mixte " pour la réforme électorale. Reste à voir ce qui en restera après les consultations du printemps.
Affaires pendantes
Mais à côté de ces dossiers classés, reste la pile, importante, des affaires pendantes:
Le ministre Séguin avait ptomis de faire d'une pierre deux coups: réduire l'offre de jeu et assurer l'avenir des hippodromes. Un an plus tard, on est encore loin d'une décision. Le ministre est, dit-on, contre l'idée d'accorder ce pactole à Magna International, une quasi-succursale du Parti conservateur.
Les négociations avec le secteur public n'ont pas avancé d'un iota. Monique Jérôme-Forget avait aussi promis de sabrer dans les organismes; son gouvernement en a ajouté: une agence pour les PPP, une autre pour le gouvernement en ligne, un bureau pour un commissaire à la santé, bientôt un autre à l'éthique, sans parler d'un futur " chef forestier ".
D'autres consultations
On consultera encore beaucoup. Début 2005, issus du " forum " de l'automne, des comités pondront des rapports sur le financement des secteurs de la santé et de l'éducation.
Après s'être précipité pour se lancer dans des mesures controversées, comme les amendements au Code du travail et la réorganisation du réseau de la santé, le gouvernement Charest a marqué le pas en 2004.
Le patient est " stabilisé ". Reste à voir s'il prendra du mieux.
22 PROJETS DE LOI
Le gouvernement Charest a adopté, au cours de cette session, 22 projets de loi publics, dont voici les plus importants, qui ont été adoptés à la faveur du bâillon.
- Projet de loi 55, modifiant la Loi sur la Société de l'assurance automobile du Québec et autres dispositions législatives. Il prévoit la constitution d'une fiducie assurant que les contributions des automobilistes serviront uniquement à indemniser ceux-ci.
- Projet de loi 61, créant l'Agence des partenariats public-privé du Québec.
- Projet de loi 63, sur les Services-Québec. Il crée un guichet multiservices afin de permettre un accès simplifié aux services publics.
- Projet de loi 75, sur l'exercice de certaines compétences municipales dans certaines agglomérations. Cela fait suite aux résultats des scrutins référendaires du 20 juin sur les défusions.
- Projet de loi 78, modifiant la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec, afin de préciser la mission de l'organisme et pour lui préciser de nouvelles règles de gestion.
Deux avant-projets de loi majeurs ont aussi été présentés, l'un sur le développement durable (sa nouvelle orientation) et le développement du potentiel énergétique, qui prévoit 1 milliard d'investissement en Gaspésie et dans la MRC de Matane pour le secteur éolien; l'autre sur la réforme du mode de scrutin.
Dépôt d'une politique du médicament.
« Une année pas pire »
Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 18 décembre 2004
Le taux d'insatisfaction à l'endroit du gouvernement est passé de 70 % il y a six mois à 59 % aujourd'hui
Québec - Jean Charest a eu ce mot jeudi à la période de questions, dans la toute dernière réponse de la session: l'année 2004 a été une année «pas pire». Aux yeux d'un gouvernement que l'année 2003 avait esquinté, une année «pas pire» est un baume. Rien pour pavoiser, mais assez pour dire qu'on a stabilisé la situation.
Le taux d'insatisfaction est passé de 70 % il y a six mois à 59 % aujourd'hui, selon le dernier sondage Léger Marketing. C'est un taux encore extrêmement élevé qui rendrait livide n'importe quel premier ministre. Mais Jean Charest peut au moins se dire qu'il a colmaté la brèche et qu'il lui reste encore deux ans pour renverser la vapeur.
En janvier 2004, le gouvernement, grâce aux bons offices du ministre des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs, Sam Hamad, a allumé la controverse de la centrale au gaz du Suroît. Les gaz à effet de serre, ce n'est pas de la pollution, disait-il encore récemment. Neuf mois plus tard, à la mi-novembre, le gouvernement annonçait officiellement l'abandon du projet décrié. Or cet abandon ne figure même pas dans la liste pourtant exhaustive des réalisations du gouvernement en matière d'environnement et de développement durable.
Le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, n'attendait que cette mise au rancart pour annoncer son avant-projet de loi sur le développement durable, qui conduira à des consultations publiques l'an prochain. Le plan est ambitieux: l'État québécois se dotera d'une stratégie de développement durable qui liera tous les ministères, organismes gouvernementaux et sociétés d'État. Au moment de l'annonce, le 25 novembre, même les écologistes avaient applaudi.
Mais voilà: il semble que cette notion de développement durable soit bien élastique au sein du gouvernement Charest. Le jour même où le ministre Mulcair dévoilait son avant-projet de loi dans une école dont le projet éducatif est axé sur l'écologie, le ministre du Développement économique et régional, Michel Audet, précisait que les impératifs du développement durable ne pourront pas empêcher Investissement-Québec d'accorder une aide financière à une entreprise polluante.
Pour M. Mulcair, la définition du développement durable se rapproche de celle que la commission Brundtland a énoncée en 1988. L'avant-projet de loi définit le développement durable comme un «processus continu d'amélioration des conditions d'existence des populations actuelles qui ne compromet pas la capacité des générations futures de faire de même et qui intègre harmonieusement les dimensions environnementale, sociale et économique du développement».
Mais quand il s'agit de protéger les revenus touristiques provenant de la pratique de la motoneige, un des véhicules les plus polluants qui soient, le concept de développement durable peut soudainement s'étirer. Dans sa défense qu'il a faite hier du projet de loi 90 empêchant les poursuites relatives aux bruits et à la pollution liés aux pistes de motoneige, M. Charest voyait dans le développement durable «une obligation de concilier le développement et le respect du patrimoine», donc de faire des compromis, «dans une perspective de générations futures» tout de même.
«Toute activité humaine a un impact sur l'environnement» qu'il faut «minimiser», a ajouté le premier ministre. Il commentait le projet de port méthanier Rabaska, sur la rive sud du fleuve Saint-Laurent, en face de l'île d'Orléans, un projet de 700 millions qui suscite l'opposition des citoyens. Les grands projets ne se feront qu'à deux conditions, a réitéré M. Charest: une évaluation environnementale favorable et l'«accessibilité» par les communautés locales. Le gouvernement Charest semble donc se plier sans réserve aux impératifs du «pas dans ma cour».
Mais alors que, l'an dernier, il devait défendre avec le projet du Suroît, comme nécessité, une hausse massive des émissions de gaz à effet de serre, le gouvernement Charest peut commencer 2005 en discourant sur la noblesse du développement durable et en évoquant le charme bucolique des éoliennes. C'est tout un revirement.
La «réingénierie» ayant complètement disparu du discours gouvernemental, l'adoption du projet de loi sur l'Agence des partenariats public-privé (PPP) pourrait faire en sorte que le sigle «PPP» disparaisse aussi de la conversation quotidienne de la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Ou bien les PPP constituent un cheval de Troie qui conduira à la privatisation des services publics, comme le craignent les syndicats, et alors on parlera de privatisation, ou bien il s'agit d'une forme d'appel d'offres, pas nouvelle en soi et somme toute bénigne, et l'expression «PPP», tout comme le vocable «réingénierie», sombrera dans l'insignifiance oubliable.
En matière économique, le gouvernement Charest a adopté, sous le bâillon, le projet de loi 78 qui modifie la mission originelle de la Caisse de dépôt et placement du Québec en plaçant l'atteinte d'un rendement optimal avant le développement économique du Québec. Sans écouter le ministre des Finances, Yves Séguin, pourtant responsable du projet de loi, qui souhaitait que les deux missions demeurent sur le même pied. En outre, les règles de gouvernance de la Caisse sont resserrées et les postes de président du conseil d'administration et de président et chef de la direction sont scindés. Richard Drouin sera bientôt nommé président du conseil de la Caisse.
Neuf mois après l'annonce de leur création par Michel Audet, aucun fonds d'intervention économique régionale (FIER) n'a vu le jour. Il a fallu que six usines de textile annoncent leur fermeture à Huntingdon pour que le ministre s'engage à former un premier FIER, début 2005. Dans cette région, comme par hasard.
En santé, les sommes supplémentaires injectées depuis deux ans dans la réduction des listes d'attente en chirurgie et une meilleure organisation des urgences semblent porter fruits: le sujet n'est plus l'obsession politique des Québécois. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Philippe Couillard, parlera encore du réseau de la santé mais aussi de sa politique du médicament, qu'il vient de dévoiler et dont une commission parlementaire discutera en mars.
L'éducation, un portefeuille habituellement moins sensible que la santé, semble avoir remplacé celle-ci comme préoccupation première de la population. À tout le moins, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, déploie beaucoup d'efforts en ce sens. À cause d'une mesure qui ne rapporte que 103 maigres millions dans les coffres de l'État - la diminution des bourses et l'augmentation des prêts étudiants -, il s'est mis les étudiants à dos. Dans ce contexte, le ministre a reporté au début de 2005 le dévoilement de sa réforme des cégeps, qu'il devait annoncer avant les Fêtes. Il ne perd rien pour attendre.
Au terme de cette session «pas pire», avec son lot de petits pas et de reculs, Jean Charest a dit hier qu'il continuera à favoriser la classe moyenne. Or, après presque deux ans d'un gouvernement libéral, cette classe moyenne ne semble guère percevoir qu'elle a véritablement amélioré son sort. Les chèques aux familles sont «dans la malle», a toutefois promis le ministre de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard. And tomorrow is another day, peut se dire le premier ministre.
L'indispensable remaniement
Michel David
Le Devoir mardi 21 décembre 2004
En décembre 2001, Bernard Landry avait commis une erreur de débutant en télégraphiant son remaniement ministériel six semaines à l'avance. L'opération avait été menée avec la délicatesse d'un hippopotame et s'était soldée par la démission fracassante de trois membres du cabinet.
Le premier ministre Charest a retenu la leçon. «Il n'y a pas de plan de remaniement ministériel», a-t-il déclaré, vendredi, alors qu'il dressait le bilan de la dernière session parlementaire. En réalité, il n'a pas dit qu'il n'y aurait pas de remaniement d'ici à la reprise des travaux de l'Assemblée nationale, en mars prochain, mais simplement que son plan n'était pas arrêté.
Un remaniement est toujours un exercice difficile et même douloureux. Personne n'aime rétrograder des gens qui, malgré leur insuccès, font tout leur possible, mais tous les chefs de gouvernement doivent s'y résoudre un jour ou l'autre.
Le premier ministre n'échappera pas à cette obligation. Il a beau se dire fier de son équipe, il ne peut pas se satisfaire d'un taux de satisfaction de 38 % à l'endroit de son gouvernement, selon le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir. La lente remontée du PLQ dans les intentions de vote est due essentiellement à l'aversion que la chicane au PQ provoque chez les citoyens. M. Charest ne peut pas conserver la même équipe, en espérant que Bernard Landry demeurera en poste, alors que plusieurs ministres sont de toute évidence dépassés par la situation.
On pourra s'étonner que plusieurs des membres du cabinet soient aussi peu connus de la population. Le taux de notoriété du ministre du Travail, Michel Després, est d'à peine 25 %, ce qui est déjà supérieur à celui dont jouissent ses collègues du Développement économique, Michel Audet (20 %) ou du Revenu, Lawrence Bergman (19 %).
À cet égard, la situation n'était pas différente sous l'ancien gouvernement. Au moment où Bernard Landry disait réfléchir à son remaniement, en décembre 2001, son ministre de l'Environnement vedette, André Boisclair n'était connu que de 27 % des Québécois, le président du Conseil du trésor, Sylvain Simard, de 16 %, et le ministre de l'Agriculture, Maxime Arseneau, de 2 %.
Il suffit parfois d'un heureux concours de circonstances pour «se faire un nom». Le sondage de Léger Marketing a été effectué durant la semaine qui a suivi le passage du ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, à l'émission Tout le monde en parle, où il a effectué une très bonne performance. Autrement, serait-il un des trois ministres les plus populaires du gouvernement Charest? Aujourd'hui, qui se souvient que c'est sur sa recommandation qu'avait été adopté le décret donnant le feu vert à la centrale thermique du Suroît?
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La notoriété constitue un avantage certain, mais elle a aussi son prix. Ainsi, avec un taux de notoriété de 95 %, Jean Charest est plus connu que n'importe lequel de ses ministres, mais il est également celui dont les Québécois sont les plus mécontents (54 %).
Le plus important est le niveau de satisfaction dont jouit un ministre. Philippe Couillard, a un taux de notoriété moindre (68 %) que celui de son chef, mais le ratio entre ceux qui ont une bonne opinion de lui (46 %) et ceux qui en ont une mauvaise (22 %) est nettement plus avantageux. Le ministre de la Santé a connu une session difficile, mais la population a confiance en lui, et c'est ce qui compte. Dans son cas, M. Charest n'aura pas besoin de réfléchir bien longtemps.
Le sondage indique tout aussi clairement que le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, est le maillon le plus faible, avec un ratio de -9. Si M. Charest ne veut pas le déplacer, il ferait mieux de renoncer à tout projet de remaniement. Le problème sera de trouver un point de chute à M. Reid.
Déjà, la rumeur désigne deux candidats à sa succession: la souriante ministre de la Culture et des Communications, Line Beauchamp (+19), encore auréolée du succès médiatique du Forum des générations, et son collègue de l'Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille, Claude Béchard (+5).
Personnellement, je choisirais M. Béchard, qui a lui aussi besoin d'un changement de décor après son échec à modifier le régime d'aide sociale. Mme Beauchamp apparaît toute désignée pour rebâtir les ponts avec les milieux communautaires et vendre la future politique de conciliation famille-travail.
L'autre grand perdant du sondage est le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, dont le ratio est de -4. Il est vrai que le «poncepilatisme» d'Ottawa l'a placé dans une situation très difficile dans le dossier de Kanesatake, mais son entêtement à nier l'évidence lui a fait perdre toute crédibilité. Pour son propre bien, M. Charest devrait le sortir de là. Il sera sans doute plus facile à recaser que M. Reid.
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La grande décision qu'il aura à prendre concerne cependant son ministre des Finances. Non seulement Yves Séguin fait enrager le bureau du premier ministre avec ses déclarations, mais il a aussi une conception très différente de ce qui constitue un fédéralisme acceptable.
À la toute fin de la dernière période de questions de la session, François Legault lui a demandé si, au bout du compte, il n'en arrivait pas à la conclusion que la souveraineté était la voie la plus avantageuse pour le Québec. M. Charest a jugé plus prudent de répondre à sa place.
Michel Audet, qu'on lui donne pour successeur, ne comparera jamais le gouvernement fédéral à Dracula, mais M. Séguin est le ministre le plus populaire du gouvernement avec un ratio de +25. Le remplacer par un homme pratiquement inconnu, que les rares personnes à avoir une opinion n'apprécient pas beaucoup, serait très mal avisé.
Remarquez, si M. Charest craint réellement qu'il finisse par se découvrir une âme souverainiste, à force de voir Ottawa «saigner» le Québec, il vaut peut-être mieux ne pas attendre à la veille des prochaines élections.
mdavid@ledevoir.com

SONDAGE CROP-LA PRESSE
Charest éclipse les gros canons du PLQ
Denis Lessard
La Presse mercredi 22 décembre 2004
Québec - Son gouvernement a atteint des sommets d'impopularité au cours des derniers mois. Il a du mal à contrôler certains ministres. Mais Jean Charest reste bien en selle à la tête de ses troupes et domine toujours les gros canons de son gouvernement dans la faveur populaire.
" Il est plus satisfaisant que son gouvernement, c'est comme si la population ne lui attribuait pas tous les ratés, tous les déboires de son équipe ", soutient Claude Gauthier, le vice-président de CROP. Dans son enquête de décembre, à la demande de La Presse, la maison de sondage a soupesé l'appui obtenu par Jean Charest tant dans l'ensemble de la population qu'auprès des électeurs libéraux.
Ce coup de sonde, mené du 9 au 19 décembre auprès de 1003 répondants, a une marge d'erreur de 3 points. Et les constats de CROP sont, sous plusieurs aspects, étonnants.
D'abord, le gouvernement Charest nage toujours en eau trouble, avec 60 % de la population insatisfaite, une faible amélioration de deux points par rapport au mois précédent. Les gens qui s'estiment " satisfaits " comptent désormais pour 36 %, là encore une embellie de deux points. Après le plancher de 72 % d'insatisfaits en mai 2004, le gouvernement Charest est revenu au niveau de septembre, après la conférence fédérale-provinciale sur le financement de la santé. " Mais la grogne est toujours là et elle reste généralisée ", dit M. Gauthier.
Du côté des intentions de vote, le Parti québécois monte de cinq points, passant de 35 à 40 %, tandis que l'ADQ perd trois points, à 21 %, et les libéraux un point à 35 %.
L'ADQ perd des plumes dans la région de Québec, où elle concède six points au PQ, à 32 %. Des élections la semaine dernière auraient débouché sur une " très nette victoire péquiste ", estime M. Gauthier. Le parti de Bernard Landry obtient 42 % des suffrages francophones, autant que le PLQ et l'ADQ réunis avec chacun 21 %. Sourire en coin, M. Gauthier souligne " qu'il est pour le moins inusité " que Léger Marketing ait observé pas moins de 28 % de non-francophones en faveur du PQ, cet appui étant plutôt autour de 8 % et ne variant guère, selon CROP.
À Ottawa, un constat: le Bloc recule de cinq points, à 44 %, les libéraux de deux points à 32 %, mais le Parti conservateur de Stephen Harper ne parvient pas à capitaliser là-dessus. Les conservateurs ne gagnent que 2 points, à 11 % des intentions de vote, tandis que les néo-démocrates grimpent à 14 %.
Le meilleur premier ministre?
Quand on leur demande si Jean Charest a " les qualités requises pour occuper le poste de premier ministre du Québec ", les Québécois sont partagés. Ainsi, 44 % pensent que oui et 48 % le contraire.
Mais quand on fait le décompte des réponses selon l'allégeance partisane, on constate que M. Charest fait le plein des gens qui votent pour le PLQ, avec 78 % d'appui. Seulement 15 % des supporteurs libéraux pensent qu'il ne fait pas le poids et 7 % restent indécis.
Au moment où la machine à rumeurs s'est emballée au sujet de l'imminence d'un remaniement ministériel- fort improbable au début 2005, selon nos sources-, le sondage CROP montre que même les gros canons du gouvernement sont loin d'être aussi populaires que M. Charest. Un sondage Léger Marketing a testé récemment la " notoriété " de certains ministres. CROP a mesuré plus directement leur poids politique.
À la question: " À votre avis, est-ce que Philippe Couillard (ministre de la Santé) ferait un meilleur premier ministre que Jean Charest? " 26 % répondent oui et 44 % pensent le contraire. Quand on gratte pour jauger l'opinion des électeurs libéraux, on voit que 21 % pensent que M. Couillard serait meilleur que son patron, contre 47 % qui sont d'avis contraire.
Yves Séguin? Il est tout juste derrière M. Couillard avec une personne sur quatre qui préférerait voir le ministre des Finances à la place de M. Charest. En revanche, 46 % estiment qu'il ne ferait pas un meilleur premier ministre. Chez les supporteurs du PLQ, il déclenche plus de suspicion: 19 % des gens le voient aux commandes du gouvernement, contre 51 % qui désapprouvent cette idée.
Enfin Paradis...
Une surprise de taille parmi les noms proposés. Vingt mois après avoir été évincé du gouvernement Charest, le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, décroche un score étonnant pour quelqu'un qui n'est pas sous les feux de la rampe, observe Claude Gauthier. Ainsi, 17 % des gens le préféreraient à Jean Charest. Il a l'appui de 11 % des libéraux. À l'inverse, 46 % des gens et 53 % des libéraux estiment qu'il ne serait pas meilleur premier ministre que M. Charest.
Deux femmes ministres ferment la marche dans les noms soumis par CROP: Monique Jérôme-Forget, la présidente du Conseil du Trésor, ferait une meilleure patronne selon 14 % des électeurs, mais seulement 8 % des libéraux. Et Line Beauchamp, titulaire de la Culture, ferait une meilleure première ministre selon 13 % de la population, et seulement 7 % des libéraux.

Sondage CROP-LE SOLEIL-La Presse
Le PQ remonte, les libéraux stagnent
Mylène Moisan
Le Soleil mercredi 22 décembre 2004
Les sondages se suivent et se ressemblent pour les libéraux, qui font toujours une majorité d'insatisfaits. Et, si Jean Charest est plus populaire que son gouvernement, reste que près de la moitié des Québécois estiment qu'il n'a pas les qualités requises pour être premier ministre.
À quelques jours de Noël, le dernier sondage CROP-LE SOLEIL-La Presse n'apporte pas beaucoup de réconfort aux libéraux, qui "suscitent toujours une appréhension. Les gens ont de la difficulté à s'enthousiasmer pour ce gouvernement-là", observe Claude Gauthier, vice-président chez CROP.
Bien que le taux d'insatisfaction ait diminué de 2 % depuis le mois dernier, passant de 62 % à 60 %, le dernier coup de sonde révèle qu'il y a environ huit fois plus de gens qui se disent "très insatisfaits" que "très satisfaits". Des 1003 personnes jointes au téléphone entre le 9 et le 19 décembre, 3 % se sont dites entièrement satisfaites contre 23 % qui ne le sont pas du tout. Chez les francophones, les très insatisfaits comptent pour 26 %.
Résultat : les insatisfaits, à peu près toujours aussi nombreux "se trimballent" d'un parti à l'autre. Depuis la fin septembre, c'est l'Action démocratique du Québec qui profitait de l'impopularité des libéraux. Cette fois, ce sont les péquistes qui marquent des points, grimpant de 5 % dans les intentions de vote.
Ainsi, si des élections avaient eu lieu quelque part au cours des deux dernières semaines, le Parti québécois aurait obtenu 36 % des votes, le Parti libéral, 29 %, et l'ADQ, 18 %. Après répartition des 13 % d'indécis selon une formule propre à CROP, le PQ aurait récolté 40 % des suffrages, contre 35 % pour les libéraux et 21 % pour l'ADQ. Le mois dernier, le PLQ devançait le PQ de 1 % avec 36 % des intentions de vote.
L'ADQ obtenait 24 %, le même score que le mois d'avant. "On sent que la tendance de la remontée de l'ADQ se brise, note M. Gauthier. Est-ce que c'est réel, il est trop tôt pour le dire. Mais il y a du mouvement, c'est sûr, et il est en faveur du Parti québécois. On dirait que les gens sont allés voir vers les tiers partis, mais qu'ils reviennent vers les grands partis. Et, comme le gouvernement est toujours aussi impopulaire, c'est le PQ qui en profite."
La montée du parti de Mario Dumont a plafonné aussi dans la région de Québec, où, indique M. Gauthier, "le Parti québécois devance l'ADQ pour la première fois depuis des mois et il fait des gains partout dans les régions".
Jean Charest
Pour la première fois, CROP a voulu savoir si les Québécois estiment que Jean Charest a "les qualités requises" pour occuper le poste de premier ministre. À cette question, 48 % des personnes contactées ont répondu qu'il ne les avait pas, 44 % ont dit le contraire. "C'est quelque chose", a réagi M. Gauthier, étonné de voir que le non l'emportait sur le oui.
Deux consolations pour M. Charest, il obtient une meilleure note que son gouvernement, dont le taux de satisfaction est de 36 %, et il n'est pas "menacé" par ses ministres. CROP a voulu savoir si Line Beauchamp, Philippe Couillard, Monique Jérôme-Forget, Pierre Paradis et Yves Séguin seraient jugés plus aptes à diriger les destinées du Québec, seuls les ministres Couillard (Santé) et Séguin (Finances) ont obtenu la faveur du quart des sondés. Les autres n'ont pas fait mieux que 17 %.
Cette question a révélé, par ricochet, que les ministres Beauchamp et Jérôme-Forget, à l'instar du député Pierre Paradis, ne sont pas bien connus du public. Dans ces trois cas, autour de 40 % des personnes interrogées ont été incapables de se prononcer, ne se sentant pas en mesure de juger les candidats.
MMoisan@lesoleil.com
Quebec may reopen constitutional talks:
Fresh mandate from voters would be required: Pelletier
Mike De Souza
National Post December 22, 2004 Wednesday
QUEBEC - The government of Quebec Premier Jean Charest could reopen constitutional talks with Ottawa if Quebec voters give it another mandate.
"I think that we should never forget that it's important to eventually come to a system where the provinces would be better represented in a reformed Senate," Intergovernmental and Native Affairs Minister Benoit Pelletier said in an interview.
He said the provinces could have a say in the "great decisions" regarding the country's future through Senate reforms.
"There must be a limit to the federal spending power," he said.
Mr. Pelletier said the Council of the Federation, made up of provincial and territorial premiers, could also evolve over time to acquire greater decision-making power. But Quebec does not want to start negotiating the amendments right away.
"We are not going to reopen the Constitution during this mandate.... So when I'm talking about reformed Senate, obviously I'm not talking about something that would be done in the short term."
Mr. Pelletier said he wants to counter the remnants of former prime minister Pierre Trudeau's philosophy on federalism. Mr. Pelletier has already started a campaign arguing in favour of the concept of asymmetrical federalism.
"All Canadians should share values. We should share objectives. We should share ideals," Mr. Pelletier said.
"But at the same time, when you choose federalism, it's because you want to respect the autonomy of the provinces, and that's also because you want to value diversity. And within Canadian diversity, there is Quebec's [individuality], which in my view is an enrichment for Canada. It's not in any way an obstacle to Canadian unity," Mr. Pelletier said.
But Parti Quebecois leader Bernard Landry said the Charest government isn't doing enough to defend Quebec's interests. He blames the Premier for celebrating too quickly after September's health summit when Quebec got a separate deal from Ottawa.
"Quebecers feel that Jean Charest is the most federalist [premier] we've had since [former premier] Adelard Godbout, and they don't like that," Mr. Landry told reporters last week.
In 1940, Mr. Godbout's government granted women the right to run and vote in provincial elections, but sovereigntists have criticized the regime for transferring taxing powers to Ottawa during the Second World War.
Despite being disappointed at a conference on equalization payments in October, Mr. Pelletier said Quebec is still fighting to regain those taxing powers. Both the federal government and the Council of the Federation are producing reports on the issue in 2005. "The debate is not over," he said.
Jean Charest: Fine on the road, a dud at home
Don MacPherson
The Montréal Gazette December 23, 2004 Thursday
Too bad for Premier Jean Charest that he can't govern Quebec from outside the province for very long. Because for him, the highlight of the past year - and indeed of his 20 months as premier - came while he was outside of Quebec.
That was in Ottawa in September, at the first ministers' conference on health funding. Behind Charest's leadership, the provincial and territorial premiers emerged with more than twice as much money on an annual basis in federal health transfers as Prime Minister Paul Martin had initially offered them.
What's more, Charest and the others got the money without any of the strings that Martin had originally tried to attach. And Charest even got a statement from the other first ministers at least symbolically recognizing Quebec as distinct.
For once, Ottawa seemed unable to use its financial muscle to divide the provinces. The premiers' alliance formed by Charest held together, and his interprovincial Council of the Federation appeared to have proven itself.
And for his performance in Ottawa, Charest received kudos from everyone in the political class back home, even Jacques Parizeau.
It turned out, however, that Charest had simply been played by Martin. At another first ministers' conference a month later, this one on Ottawa's equalization payments to the provinces, Martin proved to be as firm a negotiator as he had appeared weak at the meeting on health funding.
The Council of the Federation failed to hold, and the premiers again split as usual between rich and poor. Martin simply denied the provinces that receive equalization the additional funding he had given all the provinces for health.
Shrewdly, Martin had placed the money where it would do him the most political good: for health, which matters more to Canadians than equalization, and in Ontario, where federal elections are decided and which receives the lion's share of federal health transfers, but which doesn't benefit from equalization.
And while pollsters credited Charest's tough talk toward Ottawa over the course of the year in part for a slight increase in his government's satisfaction rating, there might have been too much of it for Charest's own good.
Even if it's partly founded, constantly blaming Ottawa for Quebec's financial problems, and especially the hyperbole on this subject of Charest's overwrought finance minister, Yves Seguin, plays right to the strength of Charest's separatist adversaries.
It also undermines Charest's efforts to reduce the cost of government, by comforting Quebecers in the complacent belief that the problem is not that their government spends too much but that Ottawa gives it too little.
Already, the government had all but given up on trying to tell Quebecers what they don't want to hear, which is that the high level of government spending and services to which they have become accustomed over the past 40 years can no longer be sustained.
Having belatedly realized that few voters had actually read the platform on which the Liberals were elected last year, the government made one last, feeble attempt to educate the public about the demographic and fiscal problems facing the province.
It threw together an improvised series of public forums that served mainly to give special-interest lobbyists access to cabinet ministers. The government's major political initiative of the year petered out in October with the face-saving creation of some committees from which nothing will be heard until the government is already past midterm.
It will reach that point in April, but so far, its major election promises remain largely unfulfilled. In his yearend news conference, Charest boasted of already having reduced waiting times for operations and of having increased Quebecers' disposable income by a total of $550 million.
But that's little more than half the annual cut in income tax the Liberals promised, and fee increases of various kinds took back twice as much as the government gave. And the number of patients who have been waiting for operations longer than is medically acceptable has actually increased under the Liberals, by about 20 per cent.
Politically, it was a lost year for the Liberals, one whose close sees them only slightly less unpopular than at its beginning - and one year closer to defeat in the next election.
Bulletin de l'opposition
Michel David
Le Devoir jeudi 23 décembre 2004
Les bottes d'André Boisclair étaient grandes à chausser, mais Diane Lemieux a fait un parcours presque sans faute à sa première session au poste de leader parlementaire de l'opposition. La «lionne de Bourget» a fait preuve d'une maîtrise de soi à laquelle elle ne nous avait pas habitués. Elle a même réussi à donner une leçon de procédure à son vis-à-vis libéral, Jacques Dupuis, qui a dû retarder d'une journée l'introduction du bâillon. A.
Lentement mais sûrement, Louise Harel commence à percer la cuirasse du ministre de la Santé, Philippe Couillard, qui s'est souvent retrouvé sur la défensive, notamment dans le dossier de la bactérie C. difficile. Le ton doucereux de la députée d'Hochelaga-Maisonneuve contraste avec la pointe d'arrogance qui transparaît plus fréquemment dans les réponses de M. Couillard. A.
On ne donnait pas cher de l'avenir de Pauline Marois, fin août, quand elle a réclamé la tenue d'une course au leadership. Contre toute attente, les choses ont finalement tourné en sa faveur. Alors qu'elle n'osait plus ouvrir la bouche, elle a acquis une nouvelle liberté de manoeuvre sans encourir la moindre sanction. Selon le dernier sondage Léger Marketing-Le Devoir, les Québécois voient en elle un aussi bon chef pour le PQ que Gilles Duceppe. Une performance honnête, sans plus, à l'Assemblée nationale. B.
La crise de la vache folle a donné beaucoup de visibilité à Maxime Arseneau, qui a su en profiter. Il est vrai que la ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier, est une cible plutôt facile, mais M. Arseneau a démontré une bonne connaissance de ses dossiers. B.
S'il est vrai que les communautés culturelles ont boudé les urnes, la victoire totalement inattendue du PQ à l'élection partielle dans Laurier-Dorion n'en demeure pas moins un exploit remarquable, dont tout le mérite revient à Elsie Lefebvre. B.
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Tous les députés d'opposition aimeraient faire face à un ministre qui clame bien haut l'échec de son propre gouvernement, comme l'a fait Yves Séguin après la conférence sur la péréquation. Tout au long de la session, François Legault n'a eu qu'à faire écho aux propos du ministre des Finances. Ses manoeuvres pour remplacer Bernard Landry ont cependant manqué de franchise ou de subtilité. B-.
Les réflexions à voix haute de Jean-Pierre Charbonneau hérissent ses collègues, mais il a réussi un des bons coups de la session en invitant à l'Assemblée nationale le chef James Gabriel, accompagné de policiers mohawks et de femmes résidant à Kanesatake, pour témoigner à quel point le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, faisait une appréciation erronée de la situation sur le territoire de cette réserve. B-.
Jonathan Valois a mis un certain temps à s'ajuster à son nouveau rôle de critique en matière d'affaires intergouvernementales canadiennes. Il a finalement trouvé un bon os à se mettre sous la dent avec la nomination de l'ancien directeur général du Conseil de l'unité canadienne, Jocelyn Beaudoin, au poste de délégué du Québec à Toronto. Il a été nettement moins impressionnant dans sa tentative d'amoindrir les conclusions du rapport dit des «Trois Mousquetaires», portant sur les jeunes et la souveraineté, qu'il avait rédigé avec deux de ses collègues. B-.
Il a fallu que les organismes communautaires dénoncent publiquement la mollesse du PQ pour que Camil Bouchard s'attaque sérieusement aux modifications du régime d'aide sociale. Mieux vaut tard que jamais: il a tout de même réussi à faire reporter le projet de loi 57. B-.
Mario Dumont a toujours eu le don de trouver de bonnes «lignes». Cette fois-ci, il a dénoncé «l'abattoir libéral» de Colbex après avoir découvert que ses membres ont versé 65 000 $ à la caisse du PLQ. On ne peut cependant pas dire qu'il s'épuise aux travaux parlementaires. La victoire à l'élection partielle dans Vanier a redonné une nouvelle vie à l'ADQ, mais elle a été ternie par son flirt démagogique avec le mouvement Scorpion et la station radiophonique CHOI-FM. B-.
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Daniel Turp n'avait rien à gagner à céder les affaires intergouvernementales canadiennes au profit de la culture et des communications, d'autant moins que la discrétion de la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, doit lui laisser passablement de temps libre. C.
D'un dossier à l'autre, Richard Legendre demeure égal à lui-même. Il a été aussi discret en qualité de critique en matière d'affaires municipales qu'il pouvait l'être quand il s'occupait du développement régional. Si au moins il était mauvais, on le remarquerait! C.
En sa qualité de porte-parole en matière de transports, le député de Beauharnois, Serge Deslières, doit porter la responsabilité de la veulerie du PQ, qui a approuvé sans la moindre protestation la loi spéciale qui a mis les municipalités et les MRC à l'abri de tout recours collectif qu'auraient pu intenter les riverains de pistes de motoneige à la suite du jugement Langlois. Navrant. D.
On a beau avoir l'habitude de ses exagérations, le député de Richelieu, Sylvain Simard, réussit toujours à nous étonner. Cette fois-ci, il s'est vraiment surpassé en déclarant le plus sérieusement du monde que les élections en Ukraine avaient été annulées pour des raisons beaucoup moins graves que le financement obscur du camp du NON par Option Canada lors du référendum de 1995. Qu'un ancien ministre des Relations internationales puisse proférer une pareille énormité dépasse l'entendement. D.
Le club des silencieux a doublé ses effectifs au cours de la dernière session. En 32 séances, six députés ont trouvé le moyen de ne poser aucune question à l'Assemblée nationale. Aux deux membres les plus anciens du club, Rosaire Bertrand (Charlevoix) et André Boulerice (Saint-Marie-Saint-Jacques), se sont joints leurs collègues Nicole Léger (Pointe-aux-Trembles), Lorraine Richard (Duplessis), Jean-Claude Saint-André (L'Assomption) et Cécile Vermette (Marie-Victorin). Dans le cas de Mme Léger, il s'agit du prix à payer pour avoir réclamé une course au leadership. D.