Le «tout ou rien» des souverainistes radicaux

Marc Brière
Le Devoir mercredi 8 décembre 2004

Lettres: Montréal, le 6 décembre 2004

Les caribous du PQ ont retrouvé leur chef avec le retour de Paul Bégin dans Louis-Hébert. Ils veulent que le PQ s'engage à tenir un référendum dans le prochain mandat, que ça passe ou que ça casse! Ou bien le référendum sera gagné et on fait l'indépendance, ou bien il sera perdu et on passe à autre chose.

Je reconnais que cette façon de voir n'est pas sans intérêt puisqu'elle forcerait les Québécois à se prononcer une fois pour toutes sur cette question qui les divise cruellement depuis près de 40 ans.

En réalité, cela revient à dire que les prochaines élections seront déterminantes pour le projet de souveraineté : si le PQ ne réussit pas à se faire élire avec ce programme clair et net, ne portant sur rien d'autre que la souveraineté, alors il faudra mettre au rancart l'article 1 et oublier le rêve de l'indépendance.

Tout ou rien ! Quitte ou double !

Le pari, à mon avis, est fort risqué. Je crois même qu'il serait perdu. Avec les désastreuses conséquences d'une démobilisation et d'une déprime générale gérée par les libéraux.

Je préfère encore la solution réaliste d'un étapisme vigoureusement engagé vers toujours plus de souveraineté pour le peuple québécois. Étapisme ne signifie pas attentisme mais réalisme, sans lequel tout projet politique devient pure chimère.



La souveraineté doit avoir son ministre, affirme Marois
La députée repousse un échéancier hâtif

Michel Corbeil
Le Soleil mercredi 8 décembre 2004

Une fois élu, le PQ doit créer le poste de ministre responsable de l'Accession à la souveraineté, préconise Pauline Marois. Mais elle rejette toujours l'idée d'enfermer son parti dans un échéancier qui l'obligerait à tenir un référendum dans la première moitié du mandat où il reprendra le pouvoir.

La députée de Taillon laisse transparaître ses intentions dans une série de fiches synthèses qu'elle a adressées, hier, aux présidents des 125 associations de circonscriptions et aux 44 élus du Parti québécois, de même qu'aux journalistes.

La première fiche qu'elle signe avance qu'un nouveau poste ministériel serait placé "sous la responsabilité directe du premier ministre". Son titulaire s'appliquerait à "faciliter la transition" vers la souveraineté. Il verrait "à ce que chacun des ministères se dote d'un plan d'action en ce sens".

Les propositions sont destinées à enrichir les discussions au congrès d'orientation du Parti québécois, en juin. Mme Marois ne s'y objecte pas formellement à un calendrier référendaire.

"Mais vous avez bien compris" qu'elle s'oppose toujours catégoriquement à cette hypothèse, a-t-elle dit en entrevue. "J'ai toujours privilégié un référendum le plus tôt possible (et qu'il ne faut pas) se camper sur une date" précise.

La politicienne a indiqué que le nouveau poste de ministre vise justement à calmer les tenants d'un plébiscite rapide. "Nous ne nous conterons pas d'histoire. Si des militants veulent aller aussi rapidement, c'est qu'ils craignent qu'une fois (le PQ) au pouvoir, la souveraineté passe au second plan."

Pour les convaincre, Mme Marois a soutenu qu'il faut illustrer à quoi servira le fait "que nous récupérerons toutes nos billes" du fédéralisme. Ses propositions portent aussi sur la rédaction d'un projet de Constitution d'un Québec souverain. Mme Marois réitère qu'elle est favorable à l'utilisation de fonds publics pour préparer l'indépendance.

La députée met de l'avant quatre thèmes. Outre la souveraineté, elle se prononce en faveur de l'élargissement "de la conciliation famille-travail", pour s'occuper des enfants, mais aussi des personnes âgées. Elle reprend son credo dans la social-démocratie.

Elle plaide en faveur du développement durable. À ce sujet, Mme Marois a profité de l'entrevue pour affirmer qu'elle projette "d'aller plus loin" que le plan divulgué par le ministre Thomas Mulcair. "Je réalise habituellement ce que je propose", a-t-elle lancé, en visant le ministre libéral. Elle a aussi insisté sur sa proposition pour que le PQ adopte une "écofiscalité" qui sanctionnerait les décisions des firmes ou des individus, en fonction des conséquences sur l'environnement.

La députée de Taillon a refusé de revenir sur sa sortie du mois d'août. Elle avait alors réclamé que le chef Bernard Landry tienne une course à la direction du PQ. Par la suite, "j'ai dit que j'avais pris acte de la décision du conseil national (qui avait exprimé son soutien à son leader) et que c'était à M. Landry de gagner son vote de confiance. Je ne veux plus réintervenir sur cette question."

MCorbeil@lesoleil.com



SCANDALE DE GASPILLAGE AU FÉDÉRAL!

Yvan Loubier
Site du conseil de la souveeraineté 20 décembre 2004

Voici une réplique cinglante d’Yvan Loubier, porte-parole du BQ en matière de Finances et député de Sainte-Hyacinthe-Bagot, à André Pratte, éditorialiste en chef de La Presse, parue le 13 décembre dans le journal La Presse sous l’entête : Objectif raté. Si on veut s’attaquer à l’inefficacité de l’État, c’est surtout vers le gouvernement fédéral qu’il faudrait regarder.

Dans son éditorial du 3 décembre, André Pratte regrette que les habitudes et les mentalités soient restées les mêmes au Québec en matière de finances publiques. Il en veut pour preuve l’augmentation de 24% des dépenses courantes du gouvernement du Québec de 1997 à 2002. S’il veut parler des habitudes et des mentalités qui restent les mêmes et qui sont néfastes, son objectif est raté, car c’est vers Ottawa que devrait se diriger en premier lieu son regard.

Entre 1998 et 2003, les dépenses de fonctionnement du gouvernement fédéral ont augmenté de 39%. Le nombre de fonctionnaires fédéraux a augmenté de 46 000 et la masse salariale à elle seule de 7,3 milliards $ en cinq ans.

On ne parle pas ici de services ou de transferts directs à la population, mais bien des dépenses bureaucratiques d’Ottawa, alors que les dépenses du gouvernement du Québec sont injectées dans les services directs à la population, dans les hôpitaux, les écoles, sur les routes, pour les garderies et la justice.

Si l’objectif de M. Pratte est de s’attaquer à l’inefficacité de l’État, il sera servi avec le gouvernement fédéral. Sa politique des pêches est un désastre. Sa politique autochtone est un désastre. Ses sous-marins sont incapables de plonger et ses hélicoptères de voler. Le registre des armes à feu est un fiasco financier et les exemples de mauvaise gestion sont si nombreux qu’on pourrait en faire une liste qui remplirait toutes les pages de La Presse du samedi.

Et c’est sans oublier le gonflement de la dette fédérale au cours des années 70 et 80, ce qui demeure à ce jour l’exemple le plus criant de mauvaise gestion gouvernementale de l’histoire canadienne. Faut-il aussi parler des fiascos de Mirabel, de l’assurance emploi, des erreurs de calcul dans la formule de péréquation, des 68 millions $ dépensés pour un sénat anachronique, des dépenses somptueuses de la Gouverneure générale ou des centaines de millions $ du scandale des commandites et du Fonds pour l’unité canadienne?

Si vraiment les Québécois se décidaient à faire le grand ménage du gaspillage et de l’inefficacité et de s’offrir un État efficace et performant qui leur en donnera pour leur argent, la meilleure solution c’est encore de faire la souveraineté et d’éliminer tous ces dédoublements et ces intrusions fédérales qui sont synonymes d’inefficacité.