Oubliez ça, les boys!

François Cardinal
La Presse jeudi 16 décembre 2004

Éditorial - Jean Charest avait promis que les villes, ces créatures du gouvernement, allaient devenir de véritables " partenaires ". Elles sont plutôt devenus les dindons de la farce.

Malgré de beaux engagements en période électorale, le gouvernement semble en effet prêt à les abandonner à leur propre sort: avant même que les négociations vers un nouveau pacte fiscal débutent, les sommes auxquelles s'étaient engagés les libéraux semblent s'être déjà volatilisées.

Québec a dévoilé la semaine dernière le document qui servira de base aux discussions devant mener, d'ici un an, à une nouvelle entente financière entre les deux parties. Plutôt qu'une liste des offres gouvernementales, il s'agit d'une réponse assez sévère au rapport du Conference Board qui concluait l'an dernier que le vrai déséquilibre fiscal est celui qui sépare villes et gouvernements.

En substance, ce document commandé par l'Union des municipalités soutenait que les villes pâtiront de leur trop grande dépendance au champ foncier. Si Québec refuse de les aider, concluait-on, les contribuables verront leur fardeau fiscal bondir de 90 % d'ici 5 ans.

Foutaise, rétorque le gouvernement. Le champ foncier est une excellente source de revenus, stable et prévisible. Certes, il a ses limites lors des périodes de stagnation économique, mais cela n'empêche pas les villes de remplir leur mission.

Petit retour en arrière. Tout comme ses prédécesseurs l'ont fait dans le cadre des négociations entourant la signature du pacte fiscal (2000) et du contrat de ville (2002), Jean Charest a promis il y a plus d'un an de diversifier les sources de revenus des villes.

Aujourd'hui cependant, les maires s'aperçoivent que le candidat devenu premier ministre nie les problèmes qu'il reconnaissait il y a peu.

Certes Québec a ouvert la porte, hier, à une possible taxe sur les espaces de stationnement. C'est bien. Mais il s'était engagé à beaucoup plus en période électorale.

Le PLQ avait promis de mieux partager l'assiette fiscale avec les villes, notamment en leur versant une partie des recettes de la TVQ. Et qu'en dit-on aujourd'hui? Que ce type de taxes fluctue trop. Que le gouvernement ne peut se passer d'un seul sou de moins dans ses coffres. Et que l'augmentation de la TVQ " poserait un risque de surcharge fiscale " qui nuirait à la compétitivité du Québec.

Traduction du message aux maires: oubliez ça, les boys! Vous n'aurez rien de la richesse que vous m'aidez à créer.

Comme si cela n'était pas assez insultant, le gouvernement en rajoute dans son document: " Ce sont les élus municipaux qui doivent dans toute la mesure du possible avoir la responsabilité d'imposer les nouvelles taxes et non le gouvernement. "

Les villes sont donc invitées à cesser de frapper à la porte de l'Assemblée nationale. On leur conseille plutôt d'imiter l'Ontario et de taxer elles-mêmes les citoyens en ayant recours à la tarification. On leur fait ainsi miroiter une somme de 380 millions de plus dans leurs coffres.

Quel culot! On répète sur toutes les tribunes que les Québécois sont les plus taxés en Amérique du Nord... puis on invite les villes à les taxer encore un peu plus.

Si les négociations, qui doivent s'ouvrir incessamment, sont à l'image du document Repenser les relations avec les municipalités, ces dernières pourront conclure qu'elles se sont fait avoir. Une fois de plus.