CHUM: des citoyens réclament un débat public

Éric Desrosiers
Le Devoir lundi 24 janvier 2005

Des citoyens se sont réunis, hier, à Montréal, pour discuter du projet des nouvelles installations du CHUM et réclamer que l'on donne enfin une voix à la population dans cette affaire.

«L'administration de la santé est trop importante pour qu'on la laisse aux seuls politiciens et médecins», a déclaré l'organisateur de l'événement et juge à la retraite, Marc Brière, aux quelque 80 personnes qui s'étaient donné rendez-vous dans un auditorium de l'hôpital Sainte-Justine. «Le débat a jusqu'à présent été mené par quelques lobbys et les éditorialistes des journaux sans que l'on juge bon de mettre la population dans le coup. Il vaudrait la peine de prendre deux ou trois mois de plus pour permettre aux gens de prendre connaissance de toute cette documentation produite et d'exprimer leurs opinions.»

Denis Lazure, ex-ministre du gouvernement Lévesque, Yvon Gauthier, ancien doyen de la Faculté de médecine de l'Université de Montréal, Amir Khadir, de l'Union des forces progressistes, Louise Paquet, du Collectif Féminisme et Démocratie, et Claude Béland font aussi partie de ceux qui en appellent à la tenue d'une consultation publique.

«Je pense que l'on mérite cela», a observé l'ex-ministre des Finances péquiste et ancien président du Mouvement Desjardins. Ce dernier a rappelé que l'on n'en était pas au premier faux départ dans ce dossier. Le premier projet de grand hôpital universitaire à Montréal remonte aussi loin que 1927. Ils ont tous échoué, se désole-t-il, notamment pour des raisons politiques.

«On dirait qu'à chaque fois qu'un nouveau gouvernement est élu il se sent obligé de défaire ce que le précédent avait fait avant lui», a-t-il fait remarquer. Président pendant deux ans de la Société d'implantation du CHUM, avant de claquer la porte en raison de l'inaction du gouvernement Landry, Claude Béland rappelle que, à la veille de l'élection de Jean Charest, le projet de CHUM au 6000, rue Saint-Denis, «faisait l'unanimité de tous les acteurs impliqués». Puis est venu le projet d'agrandissement du campus Saint-Luc, puis celui de la cour Outremont du Canadien Pacifique.

Ce gestionnaire chevronné avoue ne pas comprendre comment l'on ne semble, dans ce dossier, jamais en panne d'experts prêts à venir dire une chose et son contraire. «Existent-ils des consultants à la carte?»

La quatrième voie

Il n'y a «plus besoin d'experts», maintenant que le plan directeur du CHUM a été établi, est venu dire à l'assemblée le professeur de physiologie, Michel Bergeron. «Pensez surtout gros bon sens.»

Cela signifie, selon lui, qu'il faut oublier l'idée d'un déménagement tout aussi coûteux que contreproductif sur les terrains de l'ancienne gare de triage d'Outremont, ou encore du 6000, Saint-Denis. Cela veut également dire, pense-t-il, de faire un trait sur le projet d'agrandissement du campus Saint-Luc, dont personne n'a jamais réellement voulu, et de remettre au goût du jour une quatrième proposition, celle de l'agrandissement du campus de l'Hôtel-Dieu.

Ce projet, qui impliquerait notamment la reprise du couvent des religieuses Hospitalières, la construction de nouveaux bâtiments le long des rues du Parc et Duluth, et peut-être l'achat d'un pâté de maisons du côté est du boulevard Saint-Urbain, aurait tous les avantages, assure-t-il. Il serait situé en plein centre-ville aux abords du mont Royal. Il serait le seul, avec Saint-Luc, à respecter le cap de 800 millions fixé par le gouvernement. Il disposerait de terrains quatre fois plus grands que le campus Saint-Luc et à peu près équivalents à ceux du projet du 6000, rue Saint-Denis. Contrairement à ce projet et à celui d'Outremont, les terrains seraient déjà pratiquement tous de propriété publique, n'auraient pas à être décontaminés, et pourraient, par conséquent, accueillir les grues de construction presque immédiatement.

Il aurait notamment comme grand atout de compter pour voisins le Centre thoracique de Montréal, l'Institut de recherche clinique de Montréal, mais surtout la faculté de médecine, l'institut neurologique ainsi que les nouveaux pavillons du génome et de cancérologie de l'université McGill qui ne déménageront pas dans les futures installations du Centre universitaire de santé McGill (CUSM) de la cour Glen. «A-t-on besoin de deux centres de neurologie?», demande le docteur Michel Bergeron. Il permettrait aussi, note-t-il, de profiter de la salle d'urgence de l'Hôtel-Dieu qui vient d'être rénovée à grands frais. «On a fini de gaspiller!»

Partisan, lui-aussi, d'un CHUM à l'Hôtel-Dieu, l'organisateur de l'assemblée de citoyens d'hier, Marc Brière, a répété qu'un débat public s'imposait quel que soit le projet qu'on défend. «Si on trouve le temps de faire une consultation publique sur l'interdiction du tabac dans les bars, je crois que l'on devrait le trouver aussi pour une question aussi importante, qui implique des sommes aussi considérables, que celui du CHUM. Cette consultation ne devrait d'ailleurs pas se limiter aux seuls Montréalais, mais s'étendre à tous les Québécois. Tout le monde est concerné.»




CHUM et CUSM : un financement équitable ?

Robert Dutrisac
Le Devoir samedi 22 et dimanche 23 janvier 2005

McGill fait la cour aux cégepiens et, aujourd'hui, 35 % de ses étudiants en médecine sont francophones

Québec -- Mercredi soir dernier, le SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre), la nouvelle aile gauche du Parti québécois, a tenu une assemblée sur la situation de la langue française où les militants se sont notamment demandé pourquoi le gouvernement du Québec octroyait la même somme, soit 800 millions, au Centre universitaire de santé McGill (CUSM) et au Centre hospitalier de l'Université de Montréal.

Dans le même esprit, la Ligue des femmes du Québec, signalant que le CHUM reçoit déjà moins que le CUSM pour chaque jour d'hospitalisation, estimait en décembre que le CHUM devait recevoir 80 % des sommes allouées aux centres hospitaliers universitaires. Après tout, le Collège des médecins compte 6027 médecins qui sont diplômés de l'Université de Montréal contre 1740 qui proviennent de McGill, a souligné sa présidente, Claudette Jobin.

Devant les membres du SPQ libre, Frédéric Lacroix, un Ph.D. de l'université McGill en génie électrique, a fait une présentation de l'étude qu'il a faite, en collaboration avec Patrick Sabourin, un étudiant de maîtrise en biologie, sur le financement des universités québécoises et canadiennes selon la langue d'enseignement. Cette étude a fait l'objet d'un article dans l'édition d'octobre 2004 de la revue L'Action nationale.

Alors que le Québec compte 82 % de francophones, 8 % d'anglophones et 10 % d'allophones, le ministère de l'Éducation consacre 23 % de son budget destiné aux universités aux universités anglophones (McGill, Concordia et Bishop's). Avec 77 % du financement, les autres universités ont moins d'argent que le poids démographique de la population francophone, selon Lacroix et Sabourin. De même, le tiers des fonds de recherche versés par Ottawa à des universités québécoises, de 1999 à 2003, sont allés à McGill et, en 2004, cette proportion a grimpé à la moitié, note M. Lacroix.

Les universités anglophones du Québec accueillent un grand nombre d'étudiants canadiens non-québécois. Plus du quart des étudiants de McGill ne sont pas québécois. Comme ils ne paient qu'une partie des coûts de leur scolarité, le MEQ assume la différence, ce qui représente une dépense de 94 millions par année, selon les donnés du ministère. La plupart de ces étudiants quittent le Québec après leurs études.

Mais il n'y a pas que les étudiants non-québécois de McGill qui quittent le Québec, les Québécois aussi. Après ses études de baccalauréat à l'Université Laval, Frédéric Lacroix a passé cinq ans à McGill pour obtenir un doctorat en génie électrique en 2001. «Je suis allé en Californie tout de suite après mon doctorat. J'ai fait comme tous les gens de mon laboratoire qui sont partis à l'extérieur du Québec», a -t-il relaté. La plupart des détenteurs de doctorat de l'Université Laval travaillent au Québec, a-t-il fait valoir. «À McGill, les contacts sont avec les États-Unis et Ottawa, avec le monde anglo-américain», a constaté Frédéric Lacroix qui a depuis décidé de revenir au Québec.

La situation à la faculté de médecine de McGill n'est guère différente. Selon les données de CAPER (Canadian Post-M.D. Education Registry), cinq ans après l'obtention de leurs diplômes, 45 % des médecins issus de McGill pratiquaient ailleurs qu'au Québec, contre 12 % pour l'Université de Montréal et 5 % pour l'Université Laval. McGill compte pour le quart environ des admissions en médecine au Québec mais elle ne fournit qu'un peu plus de 10 % des médecins pratiquant au Québec. L'Université de Montréal en produit trois fois plus.

Selon le doyen de la faculté de médecine de McGill, le Dr Abraham Fuks, cette situation a bien des chances de changer au cours des prochaines années. Un plus grand nombre de médecins formés à McGill demeureront au Québec, a-t-il assuré.

Le gouvernement québécois a désormais reconnu qu'il y avait une pénurie de médecins au Québec. Alors que, dans le passé, 20 % des étudiants en médecine de McGill provenait de l'extérieur du Québec, cette proportion a chuté à 10 %. En outre, McGill fait la cour aux cégépiens francophones dans toutes les régions du Québec. Aussi, 35 % de ses étudiants en médecine sont francophones. Enfin, fait valoir le Dr Fuks, les futurs médecins anglo-québécois parlent couramment le français.

D'ailleurs, jusqu'à tout récemment, l'État québécois ne voulait pas que les étudiants non-québécois s'installent au Québec. Le gouvernement leur faisait signer un contrat par lequel ils s'engageaient à quitter le Québec après leurs études. Compte tenu de la pénurie de médecins, le gouvernement a aboli ce contrat. Le Dr Fuks a signalé de plus que McGill, plus que tout autre université québécoise, attirait des médecins résidents qui ont complété leurs études de 1er cycle à l'extérieur du Québec. Plus du tiers de ces médecins résidents étrangers restent au Québec, a-t-il indiqué.

Pourquoi le CUSM reçoit-il autant d'argent que le CHUM si l'université McGill forme beaucoup moins d'étudiants, se demande Frédéric Lacroix.

L'ancien président du conseil d'administration du CHUM, Jacques Girard, a rappelé au Devoir que Jean Rochon, le ministre de la Santé et des Services sociaux à l'époque, avait décidé qu'il y aurait deux centres hospitaliers universitaires du plus haut niveau à Montréal. Le ministre reconnaissait ainsi l'excellence de la recherche médicale dont McGill était le moteur.

En fait, McGill se situe au premier rang au Québec pour la recherche médicale. Selon les données provenant de l'Université de Montréal, McGill chapeautait, en 2002-2003, 205 millions de dépenses en recherche médicale, au troisième rang au Canada derrière l'université de Toronto et l'université de la Colombie-Britannique. L'Université de Montréal dépensait 159 millions, au cinquième rang canadien. Le directeur de la recherche du CHUM, le Dr Pavel Hamet, a souligné que le CHUM et le CUSM collaborent dans des projets que l'un ou l'autre centre dirige. «Les meilleurs succès en recherche médicale à Montréal, on les fait ensemble», a dit M. Hamet. «La force de Montréal en recherche médicale vient en partie de cette richesse historique et culturelle.»




L'hypothèse d'un CHUM bicéphale est qualifiée de «pilule empoisonnée»

Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 26 janvier 2005

L'hypothèse d'un CHUM sur deux emplacements, dont fait la promotion certains fonctionnaires du ministère de la Santé, a des allures de «pilule empoisonnée» pour faire avorter le projet Outremont.

C'est ce que soutient le Dr André Lacroix, directeur du service de médecine du CHUM. M. Lacroix et sept de ses collègues, dont le doyen de la faculté de médecine de l'Université de Montréal, Jean Rouleau, sont montés aux barricades en entrevue au Devoir pour défendre l'idée d'un CHUM comptant 700 lits sur un site unique.

«Ce scénario de deux sites n'est pas nouveau. Il y a des fonctionnaires qui n'en démordent pas depuis plusieurs années. C'est une pilule empoisonnée contre le projet Outremont», a lancé le Dr Lacroix.

Incompréhension

Les promoteurs du projet de l'implantation du futur CHUM dans la cour de triage d'Outremont craignent que, devant cette situation, les appuis tombent, que des médecins se disent : si on veut nous imposer un CHUM sur deux sites, peut-être vaut-il mieux se contenter tout de suite du projet du centre-ville. Or 700 lits sont un minimum nécessaire pour assurer la formation de centaines de futurs médecins, mais aussi pour permettre à toutes les spécialités d'être présentes, estiment-ils.

L'urbaniste Jean-Claude Marsan croit aussi que le dossier du CHUM subit l'incompréhension de fonctionnaires «anti-Montréal». «À Québec, on n'a jamais compris Montréal. Les fonctionnaires sont coincés dans la bureaucratie. Les experts finissent par avoir une vision tronquée de la réalité», a affirmé M. Marsan.

Ce dernier a fait ces commentaires en marge de la présentation du site de l'Hôtel-Dieu comme solution de rechange dans le débat actuel autour des sites de l'hôpital Saint-Luc et d'Outremont. M. Marsan a fait la promotion du site de l'Hôtel-Dieu, lequel n'est pas contaminé, ne nécessite pas d'investissements majeurs dans les infrastructures et n'est pas traversé par des voies ferrées.

«Peut-être suis-je naïf, mais je suis certain que le bon sens finit toujours par triompher», a-t-il dit. «C'est une sortie de secours que l'on offre au gouvernement Charest», a ajouté le Dr Jacques Papillon.

Mais ce scénario n'est pas considéré dans l'analyse en cours de Guy Saint-Pierre et Armand Couture, qui doivent remettre leur rapport mardi prochain. «On a essayé de leur présenter le projet, mais il a été rejeté du revers de la main», a expliqué M. Marsan.

Pour les deux options

De son côté, le directeur général et chef de la direction du Centre universitaire de santé McGill (CUSM), le Dr Arthur T. Porter, s'est dit favorable aux deux options actuellement à l'étude. «Pour ma part, la localisation qui sera choisie pour le CHUM ne changera rien aux visées du CUSM. Cela dit, il est certain que la proximité du site choisi pourrait favoriser la complémentarité entre nos deux institutions», a commenté le Dr Porter.

Bien qu'il ne cache pas son impatience de voir le projet du CHUM lui emboîter le pas, le Dr Porter ne croit pas que l'indécision qui le paralyse puisse influencer ses propres travaux, qui sont déjà bien engagés, tant sur la cour Glen que sur le site de la montagne. «Il n'y aura pas de délais supplémentaires pour le CUSM, les différentes instances politiques qui prennent part à ce dossier nous l'ont promis», a-t-il assuré.

L'impatience manifestée par le directeur du CUSM a aussi été reprise par la présidente et le chef de direction intérimaire de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, qui a demandé à Québec de trancher dès qu'il aura reçu le rapport de ses deux experts, mardi prochain. «Il y a urgence d'agir. Plus on prend du retard, plus on perd dans l'économie de la communauté métropolitaine», a déploré Isabelle Hudon, qui estime à trois milliards les retombées qui seront générées par les deux CHU.

La Coalition pour le CHUM au 1000 Saint-Denis a dévoilé hier les résultats d'un sondage SOM sur le meilleur site où construire le futur hôpital universitaire. Ainsi, 55,5 % des Montréalais privilégient le centre-ville alors que 28 % optent plutôt pour la cour de triage d'Outremont. Une proportion de 15,6 % des Montréalais ne se sont pas prononcés. Le sondage a été réalisé entre les 19 et 23 janvier auprès de 623 personnes.

Avec la collaboration de Louise-Maude Rioux Soucy




Une filiale de Power intéressée par le CHUM

Kathleen Lévesque
Le Devoir jeudi 27 janvier 2005

Une filiale de Power Corporation, les Conseillers immobiliers GWL, pourrait envisager de soumissionner à un projet de partenariat public-privé pour la construction du CHUM et du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

GWL est le bras immobilier de la compagnie d'assurance vie Great-West, qui appartient à Power Corporation. Or le fondateur de l'empire Power, Paul Desmarais, est l'un des plus ardents promoteurs de la cour de triage d'Outremont comme site d'implantation du futur CHUM.

Le vice-président de la gestion des actifs de GWL, Paul Jussaume, a affirmé hier au Devoir que son entreprise s'intéresse aux grands projets de partenariat public-privé (PPP ou P3) pour lesquels le gouvernement de Jean Charest a ouvert la porte. «On ne dit pas non à un tel projet. Les investissements de P3 sont une voie intéressante et, à titre de conseillers financiers, on agit pour nos clients. [...] Mais c'est du cas par cas. On évalue chaque projet au mérite. Et il y a une certaine envergure de projets qui nous intéresse», a affirmé M. Jussaume.

L'intérêt de GWL pour le secteur hospitalier n'est pas nouveau. La firme a soumissionné pour le contrat de construction en PPP de l'hôpital d'Abbotsford, en Colombie-Britannique. Le projet a toutefois été confié à une autre entreprise. Par contre, GWL a obtenu le contrat de PPP pour l'érection du Calgary Courts Center, en Alberta.

Dans ce dernier dossier, GWL fait partie d'un consortium où se retrouve également une filiale de SNC-Lavalin, l'un des principaux consultants dans le controversé dossier du CHUM. Comme l'a confirmé la firme d'ingénierie, SNC-Lavalin PROFAC s'est fait confier le mandat d'exploitation et d'entretien de l'édifice - la fin des travaux est prévue en 2007 - pour une période de 30 ans. Cette filiale gère déjà 7,4 millions de pieds carrés de locaux dans des immeubles à travers le Canada.

Quant à savoir si GWL et SNC-Lavalin pourraient une nouvelle fois être partenaires d'affaires pour les projets du CHUM et du CUSM, Paul Jussaume ne ferme aucune porte. «Il n'y a pas d'équipe nationale, mais si on veut préparer une soumission gagnante, il faut choisir les meilleurs partenaires», a-t-il souligné.

Du côté de SNC-Lavalin, on a refusé hier de faire quelque commentaire que ce soit compte tenu du fait que la firme «mène actuellement des études pour le CHUM». On indique toutefois que «SNC-Lavalin est extrêmement sélective dans les projets de PPP» et pourrait être intéressée dans les secteurs où la firme a déjà une expertise, dont l'exploitation de bâtiments.

SNC-Lavalin a fait des évaluations du site d'Outremont pour le compte de l'Université de Montréal. La firme avait également fait l'analyse du précédent scénario du 6000, rue Saint-Denis, en 2000. À cette époque, Guy Saint-Pierre présidait le conseil d'administration de SNC-Lavalin. M. Saint-Pierre est aujourd'hui l'un des deux experts mandatés par le gouvernement Charest pour donner un éclairage dans le dossier; les recommandations sont attendues mardi.

Des travaux similaires ont été effectués l'automne dernier. Le gouvernement Charest avait notamment demandé un avis à l'ancien premier ministre du Québec, Daniel Johnson, qui avait coprésidé avec l'ancien premier ministre du Canada, Brian Mulroney, la commission d'analyse des projets d'implantation du CHUM et du CUSM. La commission avait alors recommandé l'implantation du CHUM au centre-ville, là où s'élève l'hôpital Saint-Luc. Après analyse du site Outremont, M. Johnson avait maintenu sa recommandation, concluant que le projet entraînerait des dépassements de coûts compte tenu des intentions de Québec de limiter son investissement à 800 millions.

Daniel Johnson compte parmi les administrateurs de la Compagnie d'assurance vie Great-West, propriétaire des Conseillers immobiliers GWL.

Le rapport de M. Johnson, transmis en décembre et défavorable à Outremont, est apparu comme une difficulté supplémentaire qui se dressait sur le chemin du projet d'Outremont à la fin de l'automne. La famille Desmarais avait dès lors été plus active. Déjà, Paul Desmarais était intervenu dès le printemps dernier auprès du président du Canadien Pacifique, Robert Ritchie, pour faciliter la vente du terrain à l'Université de Montréal; une entente est intervenue en décembre dernier.

Par la suite, l'épouse de Paul Desmarais junior (tête dirigeante de Power), Hélène Desmarais, est montée aux barricades pour défendre un centre hospitalier universitaire à Outremont. En décembre, elle signait un texte publié dans le quotidien La Presse (propriété de Gesca, une filiale de Power dirigée par André Desmarais) défendant l'idée selon laquelle un tel investissement s'inscrirait «dans une stratégie de création de la richesse pour l'ensemble de notre collectivité». Quelques semaines plus tard, Mme Desmarais lançait un appel à la communauté des affaires pour que certains leaders prennent la parole publiquement. Une autre lettre a ainsi été publiée dans La Presse, signée par les Jean Coutu, André Caillé, Rémi Marcoux, Pierre Boivin et autres Marcel Dutil.

Hélène Desmarais a également entrepris une tournée pour tenter de freiner les critiques que le projet d'Outremont a suscitées et aussi obtenir l'adhésion la plus large possible. Des contacts ont notamment été établis avec Le Devoir, l'ancien président de la CSN, Gérald Larose, ainsi que le président de la FTQ, Henri Massé. Ce dernier a soutenu hier n'avoir manifesté aucun «enthousiasme, ni pour un projet ni pour un autre».

Mme Desmarais est impliquée dans le domaine de la santé depuis plusieurs années. Elle a présidé en 1997 le comité santé de la Ville de Montréal, qui recommandait entre autres de renforcer le secteur de la santé dans la métropole. Elle préside actuellement le Centre d'entreprise et d'innovation de Montréal, qui soutient notamment le démarrage d'entreprises en technologies médicales.

Le site d'Outremont ne bénéficie pas seulement d'appuis dans le milieu des affaires. Le projet est largement appuyé par les médecins du CHUM ainsi que par l'UdeM, qui en est le porteur officiel.

Selon des personnes proches du dossier qui ont requis l'anonymat, le site d'Outremont se prêterait plus facilement à la formule des PPP. Il semble que le secteur privé aurait des réticences à financer, construire et exploiter un CHUM dont une partie est déjà construite, comme à Saint-Luc: le privé devrait ainsi assumer les risques d'un édifice mais également d'une administration dont il n'aurait pas eu le contrôle de A à Z. Chose certaine, les PPP apparaissent comme l'un des outils fondamentaux du gouvernement Charest afin d'alléger le rôle de l'État, coincé dans un important carcan financier.




Non au fractionnement du CHUM!

186 cadres du CHUM et 17 chefs de département
Le Devoir jeudi 27 janvier 2005

Le présent texte est une synthèse des lettres expédiées au premier ministre Jean Charest par 186 cadres du CHUM provenant des directions des ressources humaines, de la planification stratégique et des services techniques, des soins infirmiers, des services hospitaliers, de la gestion de l'information et de la qualité-performance, de même que par les 17 chefs de département.

M. le premier ministre. Le débat entourant l'emplacement du futur CHUM anime les passions. Ces élans, souvent émotifs, ne sont pas sans causer une certaine confusion auprès de notre collectivité. En tant que gestionnaires du CHUM, nous disposons de l'expérience requise pour analyser et expliquer l'importance absolue d'établir le CHUM 2010 sur un seul site.

Au cours des huit dernières années, nous avons pu relever et démontrer les impacts négatifs d'un CHUM sur plusieurs sites en matière de soins et services aux patients, de l'organisation clinique, des coûts de fonctionnement, du climat de travail et de la gestion des immeubles et équipements. Toutefois, le débat persiste. Peut-on envisager de créer un CHUM sur deux sites? Notre réponse est non. Aucune adresse n'est judicieuse si elle ne permet pas la réalisation immédiate du projet CHUM 2010 dans sa totalité. Tel qu'entériné par le conseil d'administration du CHUM en décembre 2004, le futur CHUM doit être un CHU adulte complet comportant un minimum de 700 lits sur un site unique, opérationnel en 2010 et comprenant toutes les spécialités, les plateaux techniques, les installations ambulatoires ainsi que les infrastructures d'enseignement et de recherche.

Bien sûr, l'intégration des facultés des sciences de la santé de l'Université de Montréal représente un atout majeur. Mais nous sommes formels: jamais cette intégration ne justifiera la réduction du nombre de lits et la répartition sur deux sites.

Construire le CHUM sur deux sites serait une erreur monumentale. D'un point de vue opérationnel, cela reviendrait à reléguer le patient au dernier plan. À vrai dire, nous constatons que l'être humain est remarquablement absent du débat. Sans le patient, il n'y a ni soins, ni services, ni enseignement, ni recherche possibles.

Pour sa part, le CHUM situe le patient au centre du projet. Nous travaillons actuellement à la mise en place de la gestion par programmes-clientèles, approche axée principalement sur la prise en charge des patients par des équipes interdisciplinaires. Ainsi, l'organisation physique de ces regroupements sera grandement favorisée sur un seul site alors qu'elle serait au contraire fortement compromise dans un CHUM bicéphale.

La répartition sur deux sites des programmes-clientèles, des services diagnostiques et thérapeutiques, des équipes interdisciplinaires, du corps médical ainsi que des équipes de soutien et de service nous dirigerait vers un fractionnement des services et provoquerait une complexité additionnelle pour assurer l'accès et la continuité des services. Cette désorganisation imposerait des déplacements de patients d'un site à un autre, en plus de compliquer la gestion des listes de garde et de multiplier le nombre d'équipements et les coûts de fonctionnement.

L'être humain au CHUM, c'est aussi 10 000 employés, 900 médecins, 800 bénévoles, 5000 étudiants et 355 chercheurs. Établir le CHUM sur un ou plusieurs sites a d'importantes répercussions pour les ressources humaines et l'organisation clinique. Un seul site facilite l'accès aux services, diminue les temps de déplacement et les risques d'erreurs reliées au transfert intersites du patient, assure l'intégration, facilite la gestion d'équipe et met en place les conditions optimales de fonctionnement. L'expérience nous démontre en revanche que la dispersion des ressources sur plusieurs sites maintient les cultures d'origine des anciens hôpitaux, sans compter que les déplacements ne font qu'accroître les pertes de temps, d'énergie et d'efforts ainsi que les risques d'accidents.

Un site unique pour soutenir le recrutement

Nos stagiaires représentent notre meilleur bassin de recrutement. Or une réduction de la volumétrie du CHUM 2010 diminuerait substantiellement sa capacité d'accueillir des étudiants et, par conséquent, sa capacité de recruter.

En ce qui a trait à l'enseignement, le regroupement du CHUM de 700 lits sur un site unique renforcerait le recrutement de professeurs chevronnés nécessaires au maintien d'un haut niveau d'enseignement.

Par ailleurs, la répartition des activités sur deux sites signifierait des coûts d'entretien et d'énergie plus élevés d'environ 30 % et entraînerait un dédoublement de services ainsi qu'une perte d'efficacité qui se traduirait aussi par des coûts supplémentaires. À l'heure actuelle, le triplement d'équipements, de fournitures et de services associé à la configuration du CHUM entraîne des coûts de fonctionnement supplémentaires de quelque 30 à 40 millions annuellement. Rappelons que des exercices rigoureux de planification impliquant les autorités du CHUM et de la faculté de médecine ont démontré que le plancher absolu requis est de 700 chambres individuelles sur un site unique.

M. le premier ministre, ne retournons pas en arrière!




Une affaire lamentable

Lysiane Gagnon
La Presse jeudi 27 janvier 2005

Jamais n'aura-t-on vu dossier aussi mal géré - et depuis aussi longtemps - que celui du CHUM.

Survenant après d'autres échecs- le site invraisemblable du Palais des congrès, la saga des installations olympiques, le prolongement du métro à Laval, etc.-, cette lamentable affaire laisse planer des doutes sur la capacité d'un gouvernement basé à Québec de mener à bien de grands projets montréalais et ce, indépendamment du parti au pouvoir.

Le Dr André Lacroix, de l'Université de Montréal, et l'urbaniste Jean-Claude Marsan ne sont pas du même côté: le premier est en faveur du site Outremont, le second de l'Hôtel-Dieu. Mais tous deux ont la même intuition: les fonctionnaires de Québec- les vrais maîtres à bord car les ministres ne font que passer- ne comprennent rien à Montréal.

Les deux hommes réagissaient lundi à ce que le Dr Lacroix appelle " la pilule empoisonnée " que Québec cherche à faire avaler au CHUM: un hôpital sur deux sites.

Pour Jean Charest, c'est sans doute une façon de ménager la chèvre et le chou, de plaire aux partisans d'Outremont sans déplaire à ceux d'un CHUM au centre-ville. C'est une illusion car cette solution bâtarde ne fera que des mécontents.

Le ministre Couillard et ses fonctionnaires ont peut-être d'autres motivations, plus machiavéliques: le spectre d'un hôpital à deux têtes va torpiller le projet Outremont, car s'il fallait choisir entre Saint-Luc (un site qui n'enthousiasmait personne au départ) et un hôpital écartelé entre Outremont et Notre-Dame, la communauté médicale montréalaise se repliera sur Saint-Luc comme sur la moins mauvaise des solutions.

Il y a longtemps, du reste, que les fonctionnaires du MSSS pilotent cette idée d'un hôpital bicéphale. L'ancien ministre péquiste François Legault, peu avant les élections, s'était rangé à leur point de vue.

Pendant ce temps, le gouvernement tergiverse... Il s'est engagé dans la phase trois d'un processus de sous-traitance d'une décision qui devrait pourtant relever du pouvoir politique.

La phase un avait été de confier à MM. Mulroney et Johnson le mandat de déterminer le meilleur site. On a compris plus tard qu'en fait, ce mandat se limitait à choisir la solution la moins coûteuse.

La phase deux survint après le lancement du projet de l'Université de Montréal: un autre contrat de sous-traitance à Daniel Johnson... qui a ressorti ses papiers, refait les mêmes calculs et réitéré son premier choix. Son rapport s'est perdu sur quelque tablette.

La phase trois se déroule actuellement. La sous-traitance, cette fois, est allée à Guy St-Pierre, ancien président de SNC-Lavalin, et Armand Couture, ancien président d'Hydro-Québec.

Le rapport doit être remis le 2 février, mais le premier est encore en vacances à l'étranger! On ne doute pas qu'il ait apporté des dossiers avec lui, mais il n'a rencontré personne... et c'est par téléphone qu'il a participé cette semaine à une réunion avec les dirigeants du CHUM!

Quant au second, il a donné l'impression à ses interlocuteurs qu'il est " vendu " mordicus à l'idée d'un CHUM à deux têtes. Il fait grand état du fait que le CHU de McGill et celui de Sherbrooke soient sur deux sites. Passons sur ce dernier, qui n'aura jamais, malgré ses ambitions, l'importance de celui de l'Université de Montréal. Mais a-t-on oublié que ce n'est que sous la pression gouvernementale (relayée par la commission Mulroney-Johnson) que McGill s'est résigné à couper son futur hôpital en deux?

La controverse n'est pas finie: si MM. St-Pierre et Couture donnent leur bénédiction au site Outremont en se basant sur l'analyse environnementale rassurante de SNC-Lavalin, on les accusera d'être en conflit d'intérêt puisqu'ils viennent tous deux de SNC-Lavalin... et une autre firme d'ingénierie, embauchée celle-là par l'administration du CHUM, prédit au contraire les pires catastrophes environnementales!

Dans le vacuum créé par l'inertie politique, le projet du site de l'Hôtel-Dieu reprend du poil de la bête, non sans raison car on ne comprend pas encore exactement pourquoi les fonctionnaires l'ont rejeté sans appel (est-ce parce que c'est dans ces beaux lieux historiques ouverts sur la montagne qu'ils ont aménagé leurs propres bureaux?). En tout cas, le projet séduit bien des Montréalais.

N'oublions pas, toutefois, que c'est d'un dossier déjà pourri qu'avait hérité le gouvernement Charest. Sous le gouvernement péquiste, les études préliminaires commandées par la Corporation d'hébergement du Québec (basée à Lévis) avaient atteint un tel niveau de gaspillage que le président de la Société d'implantation du CHUM, Claude Béland, avait démissionné avec fracas pour ne pas être associé au désastre.

Ce sont peut-être les excès antérieurs qui expliquent, en partie, la volonté du gouvernement Charest de limiter les coûts. Mais il y a des économies qui ne rapportent rien quand elles sont faites à courte vue.




True review needed to counter CHUM spin

Henry Aubin
The Montréal Gazette January 27, 2005 Thursday

The struggle over where to locate the Centre hospitalier de l'Universite de Montreal shows the power of effective public relations and lobbying. The two main sides - that which favours placing the new CHUM hospital in Outremont and that which wants it downtown at Hopital St. Luc - are polar opposites in their effectiveness at influencing the public.

Rarely has an advocate of a controversial local project shown such masterful salesmanship as Robert Lacroix, head of Universite de Montreal. When he began to promote the Outremont site last summer, few gave it a chance. Acting on the recommendation of the Mulroney-Johnson advisory committee, Quebec's health ministry had already chosen St. Luc over the only other site under consideration at that time - at 6000 St. Denis St. in Rosemont.

The Outremont plan now has a strong public following and has caught Premier Jean Charest's eye. Lacroix's campaign includes power-point presentations, visits to newspapers' editorial boards, business leaders' endorsements, an opinion-page blitz by allies, a nationalist subtext and a pro-Outremont petition by about 200 CHUM doctors.

To appreciate the campaign's success in overcoming Outremont's drawbacks, let's go back to the Mulroney-Johnson report. Although that analysis, published last April, makes no mention of the Outremont plan (which was not on the table at that point), it does trash the Rosemont concept that resembles the Outremont plan in pertinent ways.

Former prime minister Brian Mulroney and former premier Daniel Johnson reject the Rosemont site for five reasons. Four apply to Outremont: Compared with the St. Luc site, the Rosemont site is hard to reach by major arteries; it abuts a residential neighbourhood and its traffic would thus diminish the quality of life; it is located on land that would be costly to decontaminate and, most worrisome, it is next to a rail line that carries toxic chemicals. The rail peril is even more acute in Outremont.

Nonetheless, by stressing such buzz-concepts as "world-class" and "synergy," Lacroix has made these traits - fatal to Rosemont - seem like secondary considerations.

The campaign to make the St. Luc site popular with Montrealers, and thus politically appealing to the Charest government, is comparatively hapless.

For example, this side has never adequately noted that 200 pro-Outremont signatures might actually be a sign of weakness: The CHUM has 1,000 doctors in all.

More significantly, this side has never countered the negative image that Lacroix & Co. have created for the St. Luc site: That it is too small for a major hospital, that it would always be pinched for space, that its buildings would have to be 16 storeys high, which is "too awkward" for moving about patients and personnel.

The St. Luc camp has barely mentioned the fact that the Outremont hospital would have 12 storeys - not a big difference.

Most surprisingly, the pro-St. Luc people have never effectively pointed out that their facility would, in fact, have exciting potential for expansion. Look at the accompanying map, taken from a study made for CHUM in November by Groupe Gauthier Biancamano Bolduc. It shows that, far from being squeezed for space, the facility could expand over the Ville Marie expressway from the Champs de Mars metro station to the convention centre. No messy (and costly) land expropriations would be necessary. Nor would surgeons' scalpels wiggle from the highway's vibrations: The operating rooms would be on solid land.

Quite aside from medical considerations, the idea would have advantages for Montrealers. The great ditch separating downtown from Old Montreal at last would vanish. The city would have to pay few infrastructure costs (unlike at Outremont).

If need be, the hospital might eventually be able to expand east as far as St. Hubert St. The lack-of-space spiel is truly a myth.

If this sounds like a column in favour of St. Luc, it's not. In noting that one option has poorly-marketed virtues, and that the other has under-appreciated flaws, I'm saying that this debate is too important to Montreal to be waged in the PR arena or the political backrooms. Slick salesmanship should not decide the winner.

The need for a truly independent review of these two options - plus, why not, of the recently proposed site at Hopital Hotel-Dieu - is more obvious than ever.




Charest n'écarte pas l'idée d'un PPP
Un seul emplacement pour le CHUM

Maxime Bergeron
La Presse vendredi 28 janvier 2005

Désireux de mettre un terme aux rumeurs voulant que Québec ait opté pour un CHUM bicéphale, le premier ministre Jean Charest a confirmé hier que son gouvernement s'orientait plutôt vers la construction du futur centre hospitalier universitaire de Montréal sur un seul emplacement.

«Il y a toute cette question-là d'un seul site, à laquelle les gens tiennent beaucoup, et c'est dans ce sens-là qu'on s'oriente», a indiqué hier le premier ministre en conférence de presse, à l'occasion d'une tournée dans les Laurentides. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a lui aussi réitéré hier sa préférence pour un emplacement unique.

Il y a deux semaines, La Presse a révélé que Québec songeait à faire passer la capacité du futur CHUM de 700 à 550 ou 500 lits, ce qui l'aurait forcé à garder un hôpital d'environ 450 lits ouvert au centre-ville, soit l'hôpital Notre-Dame. Un projet qui avait fortement déplu aux principaux intéressés, opposés à ce CHUM «bicéphale».

Le premier ministre n'a pas indiqué quel emplacement son gouvernement allait retenir, du 1000, Saint-Denis ou de la gare de triage d'Outremont. La décision sera rendue «le plus rapidement possible», a-t-il dit.

Philippe Couillard a cependant assuré qu'il ne céderait à aucune pression visant à influencer le choix du futur site. «Je ne suis sensible à aucun lobby sauf celui des patients. C'est le seul lobby qui m'influence», a-t-il dit en conférence de presse.

Ouverts aux PPP

Chose certaine, ni M. Charest ni M. Couillard n'ont écarté l'idée d'impliquer un partenariat public-privé (PPP) dans la construction du futur hôpital. Il y a deux mois, la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, avait quant à elle dit «souhaiter vivement» que les futurs CHUM et Centre universitaire de santé McGill (CUSM) soient construits en PPP. «La question est de savoir où est le meilleur endroit pour construire un hôpital pour la population montréalaise et du Québec, a souligné hier Philippe Couillard. Ensuite, quand on aura répondu à cette question, la prochaine question sera de voir quel mode de réalisation du projet est souhaité et là, toute une gamme de possibilités seront explorées.»

Le premier ministre Charest a lui aussi montré une ouverture envers les PPP. Et apporté certaines nuances. «Ce n'est pas vrai que les PPP sont des réponses passe-partout à tous les projets, ce n'est pas comme ça que ça se passe. Sauf que lorsqu'on fait des projets, on doit avoir ce choix (de recourir aux PPP). En ayant ce choix, ça nous permet d'établir, selon les critères qui sont fixés par le gouvernement, des propositions.»

L'intérêt des entreprises privées pour ce projet d'envergure semble bel et bien y être. Hier, une manchette du Devoir indiquait que le groupe Conseillers immobiliers GWL, filiale de Power Corporation, pourrait envisager de soumissionner à un projet de PPP pour la construction du CHUM et du CUSM. Le fondateur de Power Corporation, Paul Desmarais, est un défenseur du site de la gare de triage d'Outremont pour implanter le futur CHUM.

GWL a déjà signé au moins un PPP d'importance, soit celui de l'érection du Calgary Courts Center. L'Alberta finance les 300 millions que coûte le projet, tandis que GWL et d'autres entreprises vont dessiner, construire et exploiter les installations dans une formule PPP, peut-on lire sur le site Internet du gouvernement albertain. Cependant, rien n'est encore décidé dans le dossier du CHUM, et comme l'ont répété hier MM. Charest et Couillard, la priorité de Québec est de déterminer où sera construit l'établissement. Le rapport des experts Couture et Saint-Pierre, qui devrait permettre de trancher la question une fois pour toutes, est attendu le 2 février.

Couillard rejette l'Hôtel-Dieu

Le ministre de la Santé a par ailleurs rejeté hier l'idée d'implanter le CHUM sur le site de l'Hôtel-Dieu, proposition ramenée sur le tapis lundi dernier par une coalition de citoyens. «Il y a de nombreux éléments qui nous amènent à considérer que ce n'est pas l'endroit idéal pour implanter l'hôpital, pour des raisons d'accessibilité.»




Futur CHUM: Couillard se dit imperméable au lobby de la famille Desmarais

Kathleen Lévesque
Le Devoir vendredi 28 janvier 2005

Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, a affirmé hier ne pas être sensible au lobby exercé par la famille Desmarais, de Power Corporation, en faveur de l'implantation du CHUM dans la cour de triage d'Outremont.

«Il est vrai que j'ai rencontré M. Desmarais. Nous avons eu une discussion franche, mais le seul lobby qui m'influence, c'est celui des patients», a-t-il déclaré alors qu'une filiale de Power Corporation s'intéresse à un éventuel contrat de partenariat public-privé en ce qui concerne le CHUM.

En effet, Le Devoir révélait hier que les Conseillers immobiliers GWL, une filiale de la Compagnie d'assurance vie Great-West, propriété de Power Corporation, pourrait soumissionner lors d'un éventuel PPP pour le CHUM et le Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Le ministre Couillard a toutefois précisé que les possibilités de PPP ne font pas partie des critères qui guideront le gouvernement dans le choix d'un site, même si la famille Desmarais fait la promotion du site d'Outremont.

Chose certaine, le ministre de la Santé n'est pas le seul visé par le lobby de Power. Le cabinet du premier ministre a confirmé hier au Devoir que Jean Charest s'est rendu avec sa famille à la résidence de Paul Desmarais dans la région de Charlevoix le 27 décembre dernier. Après le souper, la famille Charest a dormi au Manoir Richelieu et a assumé les frais de la nuitée.

Cette rencontre s'est déroulée alors que les pressions du milieu des affaires se faisaient de plus en plus intenses afin que le gouvernement rejette l'idée de l'érection du CHUM à l'hôpital Saint-Luc. Le message au gouvernement Charest était clair, comme Le Devoir en avait alors fait écho: si Québec n'optait pas pour Outremont, le milieu des affaires menaçait de ne pas participer à la collecte de fonds privés nécessaires à la construction du futur CHUM.

Rapport mardi

Hier, le premier ministre Charest a dit vouloir ne pas retarder indûment la décision. Le rapport est attendu mardi et le gouvernement pourrait trancher avant la fin de février.

Pour ce qui est des possibilités de PPP pour les hôpitaux universitaires de Montréal, Jean Charest a affirmé que «ce n'est pas une réponse passe-partout». «Le Québec est l'un des seuls endroits au monde à ne pas avoir mis en avant une politique de PPP. [...] Ça va se faire dans un contexte où le gouvernement se garde et se réserve le dernier mot», a-t-il affirmé, visiblement irrité.

Pour le directeur général adjoint du comité de planification CHUM 2010, Sylvain Villiard, le site d'Outremont se prête plus facilement à un projet de PPP. «Un PPP, c'est un transfert de risques. Or une vieille bâtisse est un risque plus élevé pour le privé, ne serait-ce que parce que les normes de construction ont beaucoup changé», a expliqué M. Villiard. À l'Institut pour le partenariat public-privé, le président François Dépelteau abonde dans ce sens mais ajoute un bémol. «Je ne pense pas que le secteur privé bouderait un contrat de P3 à Saint-Luc, chaque site ayant son lot de problèmes», a-t-il dit. Ni le CHUM 2010 ni l'Université de Montréal n'ont effectué d'analyse de faisabilité de PPP. À l'UdeM, on soutenait hier tout ignorer des visées de Power Corporation dans le dossier d'Outremont.

Le débat qui fait rage depuis plus de deux mois a creusé un fossé entre le CHUM et l'UdeM. Le ministre Couillard s'en est dit désolé hier. «J'aurais souhaité qu'il en soit autrement», a-t-il laissé tomber. Constatant que le «milieu est blessé par l'incertitude», M. Couillard a dit ne pas s'attendre à ce que la décision du gouvernement reçoive une approbation unanime. Il croit toutefois important de tenir compte du seul consensus qui existe et auquel il adhère: la nécessité d'un site unifié de 700 lits.

Le président du Comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil, s'est réjoui que le ministre Couillard affirme sa préférence pour la construction du CHUM sur un seul site. Il a également apprécié que le ministre assure avoir une oreille attentive pour les patients. «C'est un baume parce que tout le monde nous répète depuis des mois que le lobby des affaires est en train de gagner. Il y a encore de l'espoir», a fait valoir M. Dumesnil.




Si le CHUM n'est pas construit à Outremont :
Il faut craindre un exode des meilleurs médecins, prévient un spécialiste

Denis Lessard
La Presse lundi 31 janvier 2005

Québec - S'il rate l'occasion unique de se doter d'un véritable hôpital universitaire, intégré à sa faculté de médecine, le Québec s'expose à un exode de ses meilleurs médecins.

L'heure des ultimatums est arrivée pour les partisans du projet d'hôpital universitaire à Outremont. Craignant de s'être fait devancer, dans la dernière ligne droite, par le projet d'hôpital au centre-ville, à quelques jours de la décision du gouvernement Charest, les médecins favorables à un CHUM dans la gare de triage d'Outremont vont se faire entendre haut et fort, dès cette semaine.

" Si ce projet n'est pas accepté, bien des médecins feront comme l'ont déjà fait leurs collègues et iront chercher ailleurs un environnement de travail stimulant ", de prévenir hier le chef du département de médecine du CHUM, le Dr André Lacroix, qui dirige pas moins de 350 médecins et chercheurs attachés à l'hôpital universitaire.

Ces départs ne seront pas nécessairement très nombreux, mais ils toucheront les effectifs les plus dynamiques, les spécialistes au plus haut niveau avec des conséquences très négatives pour les futurs médecins formés au CHUM.

La publication dans La Presse de samedi d'une longue entrevue du ministre de la Santé, Philippe Couillard, a carrément mis le feu aux poudres dans la communauté médicale.

M. Couillard y soulignait que pour lui " le principal lobby était celui des patients et de la population, parce que l'essentiel de la décision ici doit reposer sur les besoins de la population en termes de soins ". Par la suite, il énumérait ses critères pour le choix d'un emplacement pour le CHUM, soit l'accessibilité et la sécurité, deux des points faibles du projet Outremont.

Pour le Dr Lacroix, bien des médecins n'ont pas apprécié qu'on laisse entendre ainsi que ceux qui privilégient Outremont ont d'autres objectifs que le bien-être des patients. " J'ai eu bien des téléphones ", a-t-il expliqué hier. Après avoir fait quelques coups de fil où il ne cachait pas son mécontentement, a appris La Presse, le Dr Lacroix a contenu sa rage au moment de l'entrevue. " Je ne cherche pas de polémique avec M. Couillard. Mais il doit comprendre que le lobby des patients commande que le site d'Outremont soit retenu, c'est ça l'intérêt des patients ", a-t-il dit.

" M. Couillard ne voulait irriter personne; il a répondu de façon imagée à une question ", a répondu Cathy Rouleau, attachée de presse du ministre de la Santé. Le Dr Lacroix n'a pas digéré davantage que le cabinet du ministre ramène à " l'opinion de 120 médecins sur 1200 " l'appel lancé en faveur d'Outremont dans une lettre publique en début d'année. Dès aujourd'hui, une réunion sera convoquée, plus de 450 médecins du CHUM- sur 725 actifs- sont favorables au choix d'Outremont, parce qu'il en va de l'intérêt des patients, a insisté le Dr Lacroix.

L'hypothèque de la sécurité à cause de la proximité des voies de chemin de fer où le Canadien Pacifique fait passer des produits dangereux sera levée tout prochainement; la firme conseil SNC-Lavallin a produit une étude qui démontre " qu'Outremont est un site adéquat du point de vue de la sécurité ", a révélé le Dr Lacroix.

Autre source d'inquiétude pour les tenants du projet de l'Université de Montréal, le comité de Guy Saint-Pierre et d'Armand Couture mandaté par Québec est ramené au statut d'un avis parmi d'autres par le ministre Couillard. Essentiellement, les deux anciens de Lavallin feront " une synthèse des études et avis " déjà produits dans ce dossier, a indiqué M. Couillard. Or lors de leurs rencontres avec la direction de l'Université de Montréal, les deux experts paraissaient favorables au projet d'Outremont avec des questions très détaillées sur le fonctionnement du futur hôpital universitaire.

Pour le Dr Lacroix, un choix aussi déterminant pour l'avenir " ne se fait pas à partir de l'opinion publique, les gens dans la rue sont sympathiques à Saint-Luc, un hôpital qu'ils connaissent... ", mais le projet du centre-ville présente de sérieuses lacunes qui feront hésiter bien des médecins à venir y travailler. De la grandeur des chambres- en dessous des normes- jusqu'aux six étages de stationnement souterrain voisins du métro, le site de Saint-Luc est criblé de servitudes qui permettent de craindre un hôpital de deuxième catégorie.

Selon les sources de La Presse, le dossier du CHUM n'a pas été abordé depuis plusieurs semaines au Conseil des ministres. Mais plusieurs ministres importants de Montréal sont ouvertement en faveur du choix de Saint-Luc: Philippe Couillard d'abord, mais aussi Monique Jérôme-Forget et Jacques Chagnon - Saint-Luc se trouve dans sa circonscription.

Jean Charest, qui était très réceptif aux arguments en faveur du projet de l'Université de Montréal, a semblé beaucoup plus tiède cette semaine en soutenant que son gouvernement allait " travailler dans le sens " d'un emplacement unique pour le nouveau CHUM.

M. Charest, qui s'était retrouvé dans l'embarras pour n'avoir pas cru bon de consulter son Conseil des ministres sur la décision controversée de financer les écoles privées juives, pourrait cette fois être bien plus attentif aux souhaits de ses ministres.

Jusqu'ici les études du ministère de la Santé montrent que Saint-Luc est le seul endroit où on peut avoir un hôpital de 700 lits à l'intérieur des budgets prévus. Le CHUM à Outremont nécessiterait le maintien de 300 lits au centre-ville, selon les études commandées par le CHUM actuel.

Or pour le Dr Lacroix cette obligation de maintenir 300 lits au centre-ville ne tient pas la route. Selon Mme Rouleau, il est vrai qu'une étude de l'UdeM contredit les données du ministères et ces constats seront évalués avant la décision finale.