
L'élite des affaires menace de boycotter le CHUM
Kathleen Lévesque
Le Devoir vendredi 24 décembre 2004
La collecte de fonds privés serait compromise si Québec implante l'hôpital au centre-ville
L'élite du milieu des affaires se mobilise et menace de ne pas participer à la collecte de fonds privés nécessaires à la construction du futur CHUM si le gouvernement du Québec décide d'en faire l'implantation au centre-ville, a appris Le Devoir.
C'est une contribution financière d'au moins 200 millions de dollars, selon les estimations préliminaires du gouvernement, dont une large part pourrait ainsi échapper à Québec. Perdant de plus en plus prise sur ce dossier compte tenu des avis qui se multiplient en faveur de l'érection du CHUM là où se trouve l'hôpital Saint-Luc (1000 Saint-Denis), ces gens d'affaires ont lancé des appels au premier ministre Jean Charest. Face à un tel lobby, M. Charest aurait décidé d'appliquer les freins et de reporter à janvier le moment où il lui faudra trancher la question.
Pour tenter un rapprochement, le ministre de la Santé, Philippe Couillard, aurait, selon des sources dignes de foi, tendu une perche aux défenseurs du projet d'implantation du CHUM dans la cour de triage du Canadien Pacifique à Outremont. Pour rendre cette option acceptable aux yeux du gouvernement, le ministre aurait posé trois conditions : diminuer le nombre de lits à 550 plutôt qu'à 700, reporter la construction d'un campus des sciences de la santé à une étape ultérieure et obtenir l'appui des quelque 1000 médecins du CHUM actuel.
La sortie publique, lundi, d'un groupe de médecins et de chercheurs du CHUM aurait ainsi fait partie de la stratégie visant à donner du poids à la proposition de l'Université de Montréal d'intégrer le futur hôpital spécialisé à ses facultés de médecine, de médecine dentaire et de sciences infirmières. Au moment de la conférence de presse, 124 médecins avaient signé une lettre d'appui à Outremont. Ils seraient maintenant 197 à promouvoir la synergie, devenue un critère essentiel selon eux.
Le Dr André Lacroix, chef du département de médecine du CHUM, avait alors ouvert la porte à ce que le projet prenne forme par étapes. L'important consiste davantage à ne pas rater l'occasion d'offrir à la population un hôpital d'envergure internationale sur un site permettant un développement.
Pour ce qui est de la réduction de 150 lits, cela équivaudrait à une économie de 60 millions sur la facture totale. Mais un hôpital de 700 lits sur un site unique fait déjà consensus depuis plusieurs mois. Début décembre, les membres du conseil d'administration du CHUM avaient unanimement adopté les paramètres du projet qui doit théoriquement voir le jour en 2010; les 700 lits sont un minimum incontournable pour les médecins, gestionnaires et professionnels.
Globalement, les conditions du ministre Couillard paraissent d'autant plus difficiles à respecter que la communauté des affaires fait face à une date butoir. Le gouvernement Charest aurait d'ores et déjà retenu la date du mercredi 5 janvier pour faire l'annonce de son choix, ce que n'ignorent pas les gens d'affaires.
Le temps est devenu un élément essentiel dans ce dossier. Au printemps dernier, le recteur de l'UdeM, Robert Lacroix, avait réussi à convaincre le premier ministre de lui accorder un délai pour lui présenter son projet en bonne et due forme. C'était au moment même où la commission Mulroney-Johnson s'apprêtait à rendre public son rapport, qui rejetait le site du 6000 de la rue Saint-Denis.
M. Lacroix a présenté un premier projet pour un complexe hospitalo-universitaire en juin. Deux scénarios étaient alors sur la table. Dans les deux cas, la construction du CHUM n'était pas prévue sur la cour de triage mais juste à côté, là où s'élève le centre commercial Beaumont; seules les facultés universitaires étaient prévues sur le terrain du CP avec entrée du côté de la rue Beaumont.
Dès lors, le CHUM a reçu le mandat d'étudier avec diligence la proposition. Or, à la fin de septembre, le projet Outremont avait évolué. La reconfiguration complète des plans a forcé à une révision des études et commandé de nouveaux frais.
Devant une telle valse de chiffres, le sous-ministre de la Santé a alors convoqué les représentants de l'UdeM et du CHUM 2010 (la division du CHUM qui dirige les travaux). Dès lors, les parties ont dû travailler ensemble, avec obligation de fournir en fin de parcours les résultats conjoints des études. Un comité de synergie a été créé mais deux comptes rendus ont finalement été remis au ministre à la mi-décembre, les positions étant irréconciliables.
Depuis deux semaines, le gouvernement a entre les mains tous les éléments pour prendre une décision. Le comité interministériel, l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal et Daniel Johnson ont tous déposé leurs recommandations, qui seraient défavorables à Outremont.
Ce jeu de souque à la corde politique a également des relents de bataille de personnalités. D'un côté, on retrouve le recteur de l'UdeM, Robert Lacroix, dont la propension à court-circuiter les échelons de la hiérarchie gouvernementale pour s'adresser directement au ministre ou même au premier ministre hérisse les hauts fonctionnaires.
De l'autre côté, le Dr Denis Roy, qui dirige le CHUM actuel, protège jalousement l'indépendance de son établissement face à l'UdeM. On dit qu'il craint une prise de contrôle de l'UdeM, qui rappelle d'ailleurs que le CHUM, c'est ni plus ni moins le Centre hospitalier de l'Université de Montréal. Mais la situation est fort différente dans la communauté anglophone, où c'est l'université McGill qui a donné naissance aux hôpitaux comme le Royal-Victoria.
Robert Lacroix s'est entouré de plusieurs hommes d'affaires pour mener à bien son projet. Il bénéficie notamment de l'appui de Paul Desmarais, de Power Corporation, qui a agi comme négociateur entre l'UdeM et le CP.
Selon ce qu'a appris Le Devoir, le montant de la vente s'élèverait à 25 millions, soit cinq millions de plus que ce qu'avait prévu l'UdeM. Et alors qu'une entente a été signée pour l'acquisition de ce vaste terrain de 2,4 millions de pieds carrés (3,2 millions de pieds carrés en tenant compte du pourtour, qui peut être développé), les obstacles s'accumulent devant le projet Outremont.
À l'Université de Montréal, on disait hier tout ignorer de ces développements dans le dossier.

CHUM - Le lobby des gens d'affaires est pris à partie
Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir mercredi 5 janvier 2005
Après le Comité des usagers du CHUM la semaine dernière, c'était hier au tour de l'Union des forces progressistes (UFP), du représentant de la population au sein du conseil d'administration du CHUM et de la Coalition des médecins pour la justice sociale de protester haut et fort contre le lobby du monde des affaires qui menace de ne pas contribuer au financement du nouveau CHUM si le site au centre-ville est retenu.
Cette sortie, aussi énergique soit-elle, n'empêchera certainement pas le lobby du monde des affaires de se manifester. En effet, Le Devoir a appris que le quotidien La Presse s'apprêterait à publier une lettre ouverte signée par ce lobby pour soutenir le projet d'Outremont défendu par le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix.
D'après nos informations, cette lettre serait notamment signée par le chancelier et président du conseil d'administration de l'Université de Montréal et p.-d.g. d'Hydro-Québec, André Caillé, mais aussi par Hélène Desmarais, épouse de Paul Desmarais fils et attachée au centre d'entreprise et d'innovation de Montréal, Louis Audet, du groupe Cogeco, André Bérard, de la Banque Nationale, et Pierre Boivin, du Canadien de Montréal.
Le directeur général du CHUM, le Dr René Roy, a lui aussi choisi de prendre part au débat afin de rappeler ce qu'il juge être «l'essentiel», soit le patient. Dans une lettre publiée ce matin dans nos pages, le Dr Roy souligne la nécessité d'un centre hospitalier universitaire de 700 lits sur un site unique, une condition que le site d'Outremont ne saurait remplir avec ses 550 lits autorisés par le ministre de la Santé, Philippe Couillard.
Et pas question pour le Dr Roy de fractionner le projet en deux. «Pour assurer la formation de l'élite de la santé de demain, il est nécessaire de créer cette synergie sur un seul site», écrit-il. S'inspirant des grandes tendances observées dans les centres hospitaliers universitaires (CHU) en Amérique du Nord, le Dr Roy note que plusieurs ont pour caractéristiques communes à la fois une localisation au centre-ville et un rattachement à la faculté de médecine, et ce, à bonne distance du campus universitaire.
Chantage et démagogie
L'argument de la nécessité d'un hôpital de 700 lits sur un seul site a aussi été repris hier par l'UFP, le représentant de la population au sein du conseil d'administration du CHUM et la Coalition des médecins pour la justice sociale. Désireux de retirer le débat «des mains des lobbyistes et des promoteurs de cliniques privées», le trio a demandé au ministre Couillard de maintenir la décision annoncée le 23 juin dernier voulant que le nouveau CHUM soit implanté sur le site de l'actuel hôpital Saint-Luc.
«C'est à la population et aux instances démocratiques désignées de trancher. Il ne faudrait pas répéter l'erreur du Centre universitaire de santé McGill [CUSM], où une décision a été prise tout d'un coup par des individus liés à des promoteurs et à des compagnies pharmaceutiques, qui veulent court-circuiter le processus», a dénoncé le porte-parole de l'UFP, le Dr Amir Khadir.
Le Dr Khadir vilipende le puissant jeu de chantage et de démagogie. «Il faut que le ministre de la Santé refuse de laisser Robert Lacroix, le recteur de l'Université de Montréal, et son ami Paul Desmarais, de Power Corporation, agir à sa place pour forcer le Québec à opter pour la cour de triage d'Outremont.»
Voilà une attitude qui agace aussi profondément le représentant de la population au conseil d'administration du CHUM, l'ancien président de la CSN Marc Laviolette. «Qui a mandaté M. Desmarais pour négocier un terrain à Outremont pour le CHUM ? a-t-il demandé hier avec indignation. Si j'avais eu besoin d'un agent d'immeubles, je le lui aurais demandé !»
Si le conseil d'administration du CHUM ne s'est pas prononcé en faveur de l'une ou l'autre des deux options, le représentant de la population, lui, ne cache pas ses convictions. Pour lui, il est important de rappeler que le site du 1000 Saint-Denis n'engagerait la fermeture que d'un hôpital alors que celui d'Outremont signerait l'arrêt de mort de deux hôpitaux au centre-ville. Voilà une perte que les Montréalais n'ont pas les moyens d'essuyer, a-t-il déploré.
Dans son rapport, l'Agence de développement des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal confirme que le projet outremontais se ferait au détriment de la population de l'est de Montréal, qui aurait à subir un déficit de 125 lits.
À la Coalition des médecins pour la justice sociale, le Dr Paul Saba ne cache pas lui non plus son inquiétude quant à ce déficit anticipé. «La position de la coalition est très claire : il vaut mieux construire sur un site existant, un site près des usagers, a-t-il dit. On a déjà vu les dégâts que cause la fermeture d'hôpitaux, avec la fermeture de sept hôpitaux au Québec, et nous ne voulons pas revoir cette pénurie.»
Or, entre Saint-Luc et Outremont, le Dr Saba rappelle que le site du centre-ville semble s'imposer aux yeux de la plupart des intervenants. D'ailleurs, les trois comités mandatés par le gouvernement se sont prononcés en sa faveur. Quant au terrain du CP, le Dr Saba croit qu'il n'est pas perdu pour autant puisqu'il pourrait être utile à d'autres usages dans les domaines de la santé ou du savoir.

Où loger le futur CHUM? - À leur tour, les patients s'adressent à Charest
Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 29 décembre 2004
Le lobby des gens d'affaires en faveur du site d'Outremont agace le Comité des usagers du CHUM
Le Comité des usagers du CHUM, qui représente les 600 000 patients qui fréquentent cet établissement de santé chaque année, a envoyé une lettre très critique au premier ministre Jean Charest pour protester contre le lobby du monde des affaires qui menace de ne pas contribuer au financement du nouveau CHUM si le site au centre-ville de Montréal est retenu. Ce «chantage inacceptable et odieux» va à l'encontre de l'intérêt des patients du centre hospitalier, peut-on lire dans cette lettre dont Le Devoir a obtenu copie.
Le 24 décembre dernier, Le Devoir révélait que l'élite du monde des affaires menace de ne pas participer à la collecte de fonds privés nécessaires à la construction du futur CHUM si le gouvernement du Québec décide d'en faire l'implantation au centre-ville plutôt qu'à Outremont. Cela représente une contribution financière d'au moins 200 millions de dollars, selon les estimations préliminaires du gouvernement.
Perdant de plus en plus prise sur ce dossier compte tenu des avis qui se multiplient en faveur de l'érection du CHUM là où se trouve l'hôpital Saint-Luc (1000, rue Saint-Denis), ces gens d'affaires ont lancé des appels au premier ministre Jean Charest.
«C'est un secret de Polichinelle que le recteur de l'Université de Montréal a entrepris un blitz auprès de son réseau de leaders du monde des affaires et de personnalités importantes de différents milieux pour faire accepter son projet», peut-on lire dans l'introduction de la lettre de deux pages adressée au premier ministre Charest.
«La population reconnaît l'importance de grands donateurs pour la réalisation de projets d'envergure comme celui du CHUM, poursuit le Comité des usagers. Cependant, elle pourrait interpréter ces menaces comme de l'ingérence de l'élite de notre société dans la gestion des établissements publics. Mais il faut croire que pour certains, tous les moyens sont bons pour arriver à leurs fins, et nous souhaitons que vous ne vous laisserez pas influencer par ces menaces.»
Rappelant que 60 % des patients du CHUM sont des personnes âgées qui ont parfois de la difficulté à se déplacer, le Comité des usagers du CHUM prie le gouvernement de ne pas choisir le site d'Outremont, beaucoup plus difficile d'accès pour la population que le site du centre-ville. «Plongés dans leur rêve, certains semblent complètement perdre de vue que l'on parle ici d'un hôpital dont la mission principale est de soigner des malades», est-il écrit.
Le comité des usagers poursuit en affirmant qu'il est «inquiétant d'entendre certains intervenants en faveur du site d'Outremont banaliser ou qualifier de détails les mêmes faiblesses qui ont mené à l'abandon du 6000 rue Saint-Denis : déséquilibre dans la distribution des soins de santé à Montréal, présence d'une voie ferrée nécessaire au transport de matières dangereuses, difficultés d'accès au site, coûts de construction plus élevés, etc.» Le comité demande au gouvernement de trancher en faveur du site au centre-ville quand il prendra sa décision, début janvier.

Le Mirabel de la santé
Michel David
Le Devoir vendredi 24 décembre 2004
À force de se perdre dans des considérations de nature politique, le débat sur l'emplacement du futur CHUM a finalement conduit à l'absurde obligation de devoir choisir entre un mauvais hôpital sur un bon emplacement et un bon hôpital sur un mauvais emplacement.
On ne sait pas trop si le conseil des ministres a décidé de poursuivre sa réflexion ou simplement de reporter l'annonce d'une décision qui est déjà prise. Même s'il a résolu de maintenir son choix du site de l'hôpital Saint-Luc, comme le recommandait de façon unanime le rapport du comité interministériel chargé de réexaminer le dossier, les partisans du projet d'Outremont ont trop de poids pour ne pas faire au moins semblant d'analyser leur proposition.
S'il est grand temps de se brancher une fois pour toutes, il aurait été désolant qu'une annonce de cette importance survienne à la veille des vacances, comme cela s'était produit quand le gouvernement Charest avait opté une première fois pour le site de Saint-Luc.
Officiellement, le débat demeure donc ouvert. Lundi, c'était au tour des médecins et des professeurs de l'Université de Montréal de défendre le projet d'Outremont au nom de la synergie qu'il permettrait.
Du strict point de vue de l'université, on conçoit facilement qu'il s'agit d'un «projet qui fait rêver», mais le rôle d'un gouvernement est de faire la part du rêve et de la réalité. C'est bien beau de dire que le Québec «n'a pas les ambitions de ses moyens», mais il demeure qu'il se situe au dernier rang des provinces canadiennes au chapitre des investissements en santé. Est-ce bien indiqué de faire dans le chrome ?
Sans parler de la distribution des services de santé eux-mêmes. Plongés dans leur rêve, certains semblent complètement perdre de vue qu'on parle ici d'un hôpital, dont la mission première est de soigner des malades.
La conclusion du rapport de l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal mérite certainement réflexion : «Le scénario alternatif proposé par l'Université de Montréal viendrait perturber l'accessibilité aux services hospitaliers généraux et spécialisés de la population du centre-est et de l'est de Montréal qui est actuellement desservie par le CHUM.»
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Les promoteurs du site d'Outremont ont réussi à recruter un lobbyiste prestigieux dans la personne de Lucien Bouchard, qui a dit «éprouver un malaise» par rapport à «la marche forcée» que les partisans du site de Saint-Luc voudraient imposer au gouvernement.
Depuis son retrait de la vie politique, l'ancien premier ministre a joint les rangs du club des importants, auquel il rêvait d'accéder. Qu'il épouse leur projet et chante les louanges de Paul Desmarais n'étonnera donc personne. Il devrait cependant changer de lunettes : s'il y a des gens qui inondent les pages des journaux, ce ne sont pas les partisans de Saint-Luc, mais ceux auxquels il prête lui-même sa plume.
Cela dit, M. Bouchard a raison de souligner les raisons qui avaient poussé son propre gouvernement à privilégier le site du 6000 Saint-Denis. «Faire du neuf avec du vieux», comme l'exigera le site de Saint-Luc, avantageusement situé mais trop exigu, où les patients seront condamnés à vivre sur un chantier pendant des années, n'est pas plus avantageux que de construire en neuf sur un mauvais emplacement sur le plan de l'accessibilité des services.
Une des choses les plus difficiles pour un gouvernement est de revenir sur une décision si cela a pour effet de reconnaître que son prédécesseur avait raison. Il ne s'y résigne généralement que sous une forte pression de l'opinion publique, comme cela s'est produit dans le cas du Suroît.
Pour des raisons qui m'échappent, presque personne ne réclame un retour au projet du 6000 Saint-Denis, qui permettrait d'échapper à l'obligation d'avoir à choisir entre deux maux, en bâtissant un bon hôpital sur un bon emplacement.
Même le PQ semble avoir baissé les bras. Le recteur Lacroix a habilement réussi à diviser le caucus montréalais en faisant valoir aux députés du Centre-Est les avantages que leurs circonscriptions pourraient tirer de son projet. Cette semaine, une conférence de presse devait remettre les pendules à l'heure, mais elle n'a jamais été convoquée.
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Tout l'intérêt du site d'Outremont réside dans la possibilité pour l'Université de Montréal d'y déménager ses facultés de santé. Encore faut-il que ce déménagement, qui nécessiterait un investissement public de 300 millions, réponde à un besoin réel. Si le gouvernement l'estime superflu, il ne peut pas, en son âme et conscience, accepter de financer un caprice.
La semaine dernière, ma collègue Kathleen Lévesque révélait que, selon le ministère de l'Éducation, les besoins d'espace neuf seraient sept fois moins importants que ne l'estime le recteur Lacroix. Avant de donner le feu vert, une sérieuse contre-expertise s'imposerait.
Remarquez, il est possible que le ministère fasse erreur. La sous-évaluation qui a amené le gouvernement péquiste à réduire le nombre d'admissions en médecine et en sciences infirmières, au milieu des années 90, a coûté très cher au réseau de la santé.
Il y a cependant d'autres exemples de mauvaise évaluation aux conséquences catastrophiques. L'exemple de l'aéroport de Mirabel, dont les expropriés ont célébré dans la tristesse le 35e anniversaire, vient immédiatement à l'esprit. On a comparé le projet d'Outremont à une Baie-James de la santé. Il faudrait prendre garde à ne pas se retrouver avec un Mirabel de la santé.
mdavid@ledevoir.com

CHUM: suivre le modèle des grandes facultés américaines
François Lalonde
Directeur, Centre de recherches mathématiques, Université de Montréal
Le Devoir mardi 28 décembre 2004
J'ai lu avec consternation l'éditorial de M. Sansfaçon paru le 20 décembre sur le choix de l'emplacement du futur CHUM. Il semble que Le Devoir soutienne maintenant le site du 6000 Saint-Denis, plutôt que le site d'Outremont défendu par l'Université de Montréal.
Une fois mises de côté les références aux opinions de l'«autre journal» et les considérations secondaires de cet éditorial, son argumentation repose entièrement sur le fait que le 6000 Saint-Denis serait plus près de ce que l'on considère comme le centre de la population francophone de la grande région de Montréal. Or, les deux sites se trouvent à peine à 750 mètres de distance ! C'est une distance négligeable dans la grande région du Montréal francophone, qui fait en gros 300 kilomètres carrés, surtout si l'on tient compte des mouvements de population qui tendent à mixer les communautés linguistiques de l'île. Mais si la différence entre les deux sites est négligeable du point de vue de la distance, il en va tout autrement de la valeur intrinsèque de ces emplacements.
Projet nettement supérieur
Revenons un instant sur la question de fond : tant qu'il s'agissait de construire un super-hôpital en suivant le modèle de McGill, j'étais personnellement opposé à cette dépense, aussi bien pour McGill que pour l'Université de Montréal, parce qu'elle correspond à une ancienne conception des hôpitaux du XXe siècle et ne représente pas suffisamment de valeur ajoutée par rapport à ce que n'importe lequel de nos hôpitaux, une fois rénové, pourrait offrir.
Or le nouveau projet de l'Université de Montréal est nettement supérieur : alors que le projet de McGill conserve les lieux de recherches du Montreal Neurological Institute et du Royal Victoria sur place (sans chercher à les intégrer au site Glen), l'Université de Montréal propose un projet, intelligent et harmonieux, qui atteint deux objectifs cruciaux à la fois.
D'une part, l'Université de Montréal propose un hôpital arrimé enfin aux facultés de médecine, de pharmacie et de tout ce que compte l'université en matière de santé -- un modèle qui est celui des sept plus grandes facultés de médecine américaines.
La recherche biomédicale avance rapidement -- les trois quarts des grands prix cette année au Gala de l'Association pour le développement et la recherche en innovation du Québec ont été décernés aux entreprises biomédicales du Québec -- et il est à mon avis acquis que l'hôpital de demain n'est ni Saint-Luc, ni le 6000 Saint-Denis, ni même le Glen; ce sera plutôt un hôpital qui offrira des greffes sur mesure, des tissus ou des organes développés par les biotechnologies, des chirurgies mini-invasives sur place ou à distance grâce aux nouveaux moyens de l'imagerie médicale développée par des équipes de physiciens et de mathématiciens, des soins psychiatriques de grande qualité, bref ce sera un véritable hôpital universitaire, qui doit se trouver au sein même de l'Université.
Manque d'espace
D'autre part, l'Université de Montréal, qui est en manque d'espace, déménagera la moitié de son pavillon principal sur le site de la cour de triage d'Outremont. Comment ne pas comprendre l'importance de cette relocalisation ?
Déployons une carte du Grand Montréal et cherchons à choisir cet emplacement au mieux. La cour de triage s'impose pour mille raisons : elle est située à la station de métro Outremont, la station suivant celle d'Édouard-Montpetit où se trouve le campus actuel; la ligne bleue sortira complètement de son caractère secondaire; le nouveau site se trouve à Outremont dans la continuité du site actuel, et il pourra compter sur le tissu urbain situé entre les rues Ducharme et Van Horne pour accueillir ses étudiants, ses stagiaires et ses professeurs.
Le Devoir conteste les chiffres de l'Université de Montréal sur ses besoins futurs en espace. Mais dans la divergence d'opinion entre le ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) et l'université, il faut peut-être faire preuve de sagesse et voir que, alors que tous les indicateurs du MEQ prévoyaient une baisse d'affluence étudiante à l'Université de Montréal au cours des dernières années, c'est le contraire qui s'est produit. [...] De toute façon, une fois que l'on s'entend sur le bon endroit, on peut y aménager progressivement les facultés, selon un échéancier qui respecte le budget du MEQ.

CHUM: illusion, inaction et résignation
Denis Soulières
MD, MSc, FRCPC, Hématologue et oncologue médical, membre du Conseil d'administration 2000-2002, CHUM
Le Devoir mardi 4 janvier 2005
L'ambition ne se raréfie pas au CHUM. Son désir d'être le phare de la médecine québécoise brille incontestablement comme le démontre le défilé de projets constamment plus ambitieux depuis 10 ans. De l'ajout d'un pavillon à l'Hôtel-Dieu, à la Cité du savoir, passant par la restauration des sites actuels et le 6000 St-Denis, le CHUM tangue vers un concept toujours plus gros, multi-fonctionnel, mais difficilement réalisable. Rappelons quelques conditions: la place de l'Université de Montréal en santé, l'organisation des soins médicaux et le contexte financier québécois, de façon à exposer des incohérences démontrant les bases mouvantes et inconsistantes du dossier CHUM.
L'Université de Montréal tient le haut du pavé en formation médicale et para-médicale au Québec. Cette université et le CHUM sont responsables de certifier une prépondérance d'étudiants en médecine, sciences infirmières et autres professions de la santé. Au-delà de la formation, le CHUM constitue, qualitativement et quantitativement, un centre majeur en soins de santé. Il est donc étonnant de constater que le gouvernement fasse fi de certaines évidences. Le Centre Universitaire de Santé McGill (CUSM) et le CHUM profiteront des mêmes investissements publics pour construire leurs hôpitaux. Le CHUM produit pourtant davantage que le CUSM en enseignement et en soins. Dans certains domaines, le nombre de patients et de procédures inventoriées est du double au CHUM. Ne devrait-il pas recevoir un financement conséquent ? On objectera des notions de particularité, de droit des minorités, etc. Cependant, cette décision défavorise indûment le CHUM, la population majoritairement francophone qu'il soigne et ses étudiants. L'historique de susceptibilité et de différence doit s'effacer pour laisser place au réalisme qu'impose l'organisation des soins et la démographie montréalaise.
Le concept de regroupement des activités du CHUM est aussi expulsé par le gouvernement. Malgré l'avantage de trouver sous une enseigne toutes les composantes de la médecine pour assurer innovation, compétence et productivité, le gouvernement exige du CHUM et du CUSM qu'ils se divisent les activités médicales, et pas seulement les champs d'expertise. Oubliez la synergie, parlons séparation des biens. Le CHUM pourrait n'être que 50 % d'une équipe médicale complète. Cette défaveur est accentuée par la gestion gouvernementale des effectifs médicaux empêchant le développement d'équipes expertes dans les hôpitaux universitaires.
L'emplacement de cet hôpital est de première importance. Le CHUM ne pourra être strictement voué à l'enseignement et la recherche. Par ailleurs, sa valeur socio-sanitaire s'avérerait réduite en l'installant dans un territoire couvert par d'autres hôpitaux, comme dans le projet Outremont. De plus, la décision gouvernementale de ne pas majorer le budget de fonctionnement du CHUM signifie que toute modification de mission sera caduque. Il y a déjà longtemps qu'il est difficile, voire impossible, de créer à partir du vide en santé. Le budget actuel, dévolu à de nouvelles fonctions, aura un impact sérieux sur la quantité et la qualité des soins de santé.
Le CHUM doit aussi naître de l'invraisemblable volonté gouvernementale d'investir en santé. De fait, la «déviation» récente de transferts fédéraux en santé vers d'autres priorités est signifiante. Notons quelques faits :
- les dépenses per capita en santé au Québec sont les plus basses au Canada et les médecins spécialistes, oeuvrant entre autre au CHUM, sont aussi les moins payés
- le budget consacré à combattre la vétusté des hôpitaux est minimal, sinon insuffisant, depuis 20 ans.
L'édification du CHUM se fera en partie au dépens du maintien de l'infrastructure des hôpitaux. Le projet CHUM doit donc être modulé, mais étudié en priorité pour contredire 10 ans de défaveur gouvernementale envers l'implantation solide d'une médecine universitaire francophone.
Le dévoilement du projet Outremont a suscité l'expression d'appuis et de désaccords d'acteurs de la santé et du monde politique. Certains médecins ont soulevé l'aspect emballant de la proposition du recteur Lacroix. Un impondérable demeure : le financement. Depuis 10 ans, les médecins, le personnel et les patients du CHUM vont d'un refus à un autre. Malgré cela, le projet s'hypertrophie, devient davantage irréalisable. Plusieurs ont perdu toute foi dans l'édification d'un nouveau CHUM. Il semble que les investissements ne seront jamais à la mesure de l'ambition du CHUM et de ceux qui y soignent, enseignent, font de la recherche avec des moyens souvent restreints.
L'évolution de tout le dossier CHUM mène à conclure que les projets actuellement à l'étude ne profitent pas de bases suffisamment étayées et de la confiance gouvernementale. Néanmoins, il faut cesser de rêver de châteaux en Espagne et être pratique. Il est grand temps que le gouvernement affiche ses couleurs, dégage un financement proportionnel, réaliste et raisonnable et mette en place un processus public, apolitique apte à décider de l'ampleur, de l'intégration et du site du CHUM. Des prémisses claires doivent cependant s'imposer pour assurer que le CHUM :
- assurera en quantité et en qualité son niveau actuel de soins et d'enseignement
- sera intégré au réseau de santé montréalais en profitant d'une stature comparativement avantageuse
- sera un hôpital complet sans division de sa panoplie de soins avec le CUSM
- profitera d'un budget de fonctionnement suffisant.
Après 10 ans de résignation du personnel et des patients du CHUM, d'inaction, d'illusion et de mépris gouvernemental, les dirigeants doivent s'obliger au réalisme, à identifier le CHUM comme pilier de la médecine québécoise et à un investissement sûr, rationnel, mais à la mesure de la bourse des Québécois.

L'essentiel du CHUM 2010 : 700 lits sur un site unique
Denis R. Roy, M.D.
Directeur général, Centre hospitalier de l'Université de Montréal
Le Devoir mercredi 5 janvier 2005
Libre opinion - Il ne se passe pas de journée sans que les médias fassent état de la localisation et de la construction du CHUM. À titre de directeur général du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) et de maître d'oeuvre de la construction du CHUM 2010, j'aimerais apporter des précisions sur ce qui constitue l'un des grands projets de la décennie.
Au-delà de la géographie, de la brique et du béton, n'oublions pas que le CHUM est un centre hospitalier universitaire, soit, mais d'abord et avant tout un centre hospitalier. Regardons donc ce projet à travers le prisme du patient. Oui, le patient au centre de nos préoccupations. Et ce patient, je le connais, ayant été dans ma pratique professionnelle antérieure médecin spécialiste traitant (en néphrologie), professeur et chercheur.
Un patient à qui l'on doit offrir obligatoirement un site accessible et sécuritaire. Un patient à qui l'on doit garantir les meilleurs soins et services. Un patient qui se verra proposer les dernières technologies diagnostiques et thérapeutiques sous un même toit. Un patient qui participera à la formation des futurs soignants. Un patient qui, entouré de ses proches, recevra toute l'information nécessaire pour assumer la responsabilité de sa santé.
Les projections et travaux des dernières années ont démontré clairement la nécessité d'un centre hospitalier universitaire de 700 lits sur un site unique. L'Université de Montréal, l'Agence de développement des services de santé et des services sociaux, le ministère de la Santé et des Services sociaux et, bien sûr, le CHUM se sont mis d'accord sur ce principe fondamental.
Pourquoi 700 lits ? En raison de la projection démographique et de l'évolution des technologies. Et le site unique ? Parce que nous avons actuellement l'expérience de trois sites et que nous en connaissons tous les écueils. Toujours pour le bien du patient et pour en faire profiter le plus grand nombre, nous travaillons d'ailleurs, dans le cadre de notre plan de transition vers CHUM 2010, à regrouper certaines des spécialités pour mieux utiliser nos ressources humaines et nos équipements.
Doté d'une vocation suprarégionale, le CHUM assume à la fois des fonctions de centre de référence et d'hôpital de proximité. Environ les deux tiers de la clientèle du CHUM proviennent de la région de Montréal, dont un nombre important de patients qui s'y présentent plusieurs fois par semaine. Qui dit bassin de desserte pour cette clientèle dit accessibilité. Ces deux questions intimement reliées ne doivent pas être escamotées dans le choix du site.
Il est proposé de plus en plus régulièrement de faire du CHUM 2010 un hôpital sur deux sites. Fractionner le projet serait une erreur historique grave dont le CHUM ne parviendrait à se relever qu'avec grande difficulté. Par ailleurs, le patient en serait le grand perdant.
Pour assurer la formation de l'élite de la santé de demain, il est nécessaire de créer cette synergie sur un seul site. Pour nos 700 professeurs et nos 5000 étudiants et stagiaires provenant de l'ensemble du Québec et répartis dans 40 professions de la santé, l'enseignement n'en sera que plus efficace et générateur d'une plus grande émulation chez notre population étudiante, pour qui nos quelque 500 000 patients accueillis annuellement au CHUM représentent une importante source d'apprentissage.
Le CHUM génère une production scientifique enviable dans laquelle le patient occupe un rôle de premier plan. Des centaines de publications scientifiques et des dizaines de conférences à des congrès internationaux sont réalisées annuellement par les quelque 350 chercheurs du CHUM. Considérant ces activités de recherche dans le domaine biomédical, le CHUM constitue un véritable incubateur de développement de la recherche en santé au sein de l'Université de Montréal.
Sans une masse critique suffisante de patients, les huit axes de recherche et les trois plateformes de développement du Centre de recherche du CHUM ne pourraient exister. Ainsi, trois nouveaux projets (FCI), qui sont au coeur de nos priorités, étaient récemment retenus : la création d'un centre de recherche sur le diabète à Montréal, la recherche sur l'interaction des gènes et de l'environnement, et la recherche de vaccins contre les nouvelles pathologies (maladies infectieuses et cancer).
Le Comité de planification et les professionnels du CHUM 2010 ont fait leurs devoirs en respectant les balises budgétaires proposées par le gouvernement du Québec. Rappelons que la commission Mulroney-Johnson recommandait l'étude du site du 1000 Saint-Denis, à quelques pas de l'hôpital Saint-Luc, orientation d'autant favorisée par le fait que, au cours des dernières années, cet hôpital a connu plusieurs opérations de modernisation.
À l'inquiétude manifestée par plusieurs sur le fait qu'un site au centre-ville serait inconvenant pour le développement de Montréal, je répondrai que la matière première de l'industrie du savoir, ce sont les cerveaux.
Bien sûr, nous devons préalablement implanter des infrastructures adéquates en termes d'espace, de laboratoires et de technologie, mais avant tout, nous devons recruter des scientifiques de haut niveau. Le Centre de recherche du CHUM a déjà créé des liens depuis nombre d'années avec plusieurs universités réparties dans le monde entier.
Inspirons-nous des grandes tendances observées dans les centres hospitaliers universitaires (CHU) en Amérique du Nord : le Northwestern Hospital (Chicago), l'UCLA Healthcare (Université de Californie à Los Angeles), le New York Presbyterian, le UCSF (Université de Californie à San Francisco) et le Johns Hopkins Hospital (Baltimore, Maryland), entre autres, ont pour caractéristiques communes à la fois une localisation au centre-ville et un rattachement à la faculté de médecine, et ce, à bonne distance du campus universitaire.
Il est important de savoir que, lors du choix du site de la nouvelle construction de l'hôpital Johns Hopkins, le président de cette institution a fait un retour sur les valeurs qui avaient dicté la construction originale et a décidé qu'il était essentiel, pour les soins et l'enseignement, d'implanter la nouvelle construction là où les patients se trouvaient.
Il est donc urgent que le CHUM d'aujourd'hui se transforme et se rassemble sur un site unique. Rappelons que, historiquement, aucun projet de société n'a atteint ou même conservé ce titre sans avoir pu compter sur l'expertise, l'enthousiasme et la dévotion des hommes et des femmes qui ont su mettre ce pour quoi ils avaient été formés au centre de leurs préoccupations et, dans notre cas, il s'agit du patient.

CHUM: Tremblay penche pour Outremont
Rioux Soucy, Louise-Maude; Robitaille, Antoine
Le Devoir jeudi 6 janvier 2005
Le maire craint toutefois l'explosion des coûts dans la cour de triage et n'exclut pas d'autres options
«Outremont dans l'idéal, mais en a-t-on vraiment les moyens?»: telle est la position très nuancée que le maire Gérald Tremblay présentera aujourd'hui dans l'épineux dossier de l'emplacement du CHUM, selon ce que Le Devoir a appris de sources sûres.
Après des mois de tergiversations, le maire révélera donc son «préjugé favorable» pour le site d'Outremont, pour deux principales raisons. D'abord, c'est actuellement le site le plus à même d'accueillir un «équipement intégré», où les fonctions universitaire et hospitalière seraient réunies. Ensuite, pour ce qui est des possibilités de développement à long terme, Outremont aurait, aux yeux de la Ville, une «certaine longueur d'avance». De plus, ce projet permettrait de saisir «l'opportunité historique» de se débarrasser d'une cour de triage en plein milieu de la ville.
Montréal craint toutefois l'explosion des coûts d'un CHUM dans la cour de triage d'Outremont et n'exclura donc pas totalement d'autres scénarios. Si Québec tranche en faveur du site d'Outremont, l'administration Tremblay applaudira mais réclamera que les coûts pour la Ville et le gouvernement soit évalués de manière très approfondie. En clair, comme nous l'a dit un intervenant sous couvert de l'anonymat, «chaque fois qu'on installe aqueducs et égouts, qu'on ouvre des rues, qu'on fait des viaducs» [des travaux nécessaires dans le projet Outremont], «est-ce que c'est le gouvernement ou la Ville de Montréal qui paie? Il faut déterminer cela de manière très claire». L'administration Tremblay, échaudée par les dépassements de coûts dans plusieurs grands projets récents (comme le métro de Laval), craint aussi les frais de décontamination, d'aménagement d'infrastructure, d'expropriation et de transport en commun. La station Acadie, toute proche, est de taille intermédiaire, sur une «petite» ligne, la bleue; les coûts d'agrandissement, de déplacement de l'édicule, d'augmentation du nombre des wagons, de leur fréquence, etc., «tout ça doit être évalué et intégré au tableau», nous a-t-on dit. À évaluer aussi: l'éventuel déplacement de la ligne du train de banlieue de Blainville.
Chefs de département inquiets
Par ailleurs, inquiète de voir le débat sur l'emplacement du futur CHUM se polariser autour de deux camps farouchement opposés, la Table des chefs de département du Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM) est sortie de son mutisme hier. De façon unanime, les 18 chefs de département ont rappelé au premier ministre Jean Charest que le superhôpital devra impérativement réunir 700 lits sur un seul site, et cela dès 2010.
Désireux de «recentrer le débat autour du patient», les chefs de département de l'établissement universitaire de 1200 médecins ont une vision bien précise du superhôpital francophone. Que le futur CHUM soit au centre-ville ou à Outremont, la Table est claire: le projet devra être axé sur un «modèle de CHU adulte complet», écrit son président, le Dr Charles Bellavance dans une lettre publiée ce matin dans nos pages. Ce CHU à la fine pointe de la technologie devra réunir un minimum de 700 lits, être situé sur un site unique - opérationnel en 2010 - et comprendre toutes les spécialités, les plateaux techniques, les installations ambulatoires, les infrastructures d'enseignement et de recherche.
Cette sortie des chefs de département - qui n'engage qu'eux seuls et non les 1200 médecins du CHUM, précise le Dr Bellavance - permet également à la Table de prendre position quant à l'intégration des facultés des sciences de la santé de l'Université de Montréal. Qualifiant cet atout de «majeur», la Table émet toutefois une réserve de taille: «Cette intégration ne doit d'aucune façon compromettre les préalables incontournables mentionnés ci-haut», écrit le Dr Bellavance.
Joint par Le Devoir, le Dr Bellavance n'a toutefois pas caché le vif intérêt de la Table pour l'intégration. «Dans le fond, ce qu'on voudrait, c'est avoir les préalables incontournables en plus de l'intégration.» Impossible toutefois de savoir si les chefs de département ont fait leur choix en faveur d'un site ou de l'autre. «On ne se prononce pas parce que c'est trop politique, a expliqué le Dr Bellavance. Ce que l'on dit, c'est qu'il y a des incontournables à respecter et que l'intégration des facultés est une "plus-value" extraordinaire.»
D'autres intervenants du CHUM ont adopté une position plus tranchée. En décembre dernier, 124 médecins, chercheurs et professeurs de la faculté de médecine de l'Université de Montréal s'étaient publiquement prononcés en faveur du projet du recteur de l'UdeM, Robert Lacroix, de construire le futur CHUM à Outremont. Selon ce groupe, qui comprend maintenant 197 signataires, le gouvernement du Québec devrait construire un centre hospitalier neuf à Outremont plutôt que de rafistoler l'hôpital Saint-Luc, permettant ainsi le développement d'un complexe hospitalo-universitaire dynamique. La synergie est le maître-mot de leur position.
Le site du centre-ville situé au 1000 Saint-Denis n'est toutefois pas en reste puisqu'il fera aujourd'hui l'objet d'une présentation de la part du président du conseil d'administration du CHUM, Me Patrick A. Molinari. Le but de cette rencontre: montrer la viabilité et les possibilités de cet emplacement, qui a été préféré à Outremont dans les trois rapports commandés par le ministre de la Santé, ceux du comité interministériel, de l'Agence de développement des réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal et de Daniel Johnson.
Le ministre Couillard aurait toutefois, selon des sources dignes de foi, tendu une perche aux défenseurs du projet d'implantation du CHUM dans la cour de triage du Canadien Pacifique à Outremont. Pour rendre cette option acceptable aux yeux du gouvernement, le ministre aurait posé trois conditions: réduire le nombre de lits à 550 plutôt que 700, reporter la construction d'un campus des sciences de la santé à une étape ultérieure, et obtenir l'appui des quelque 1200 médecins du CHUM actuel.

"LE CHUM 2010", EN GARDANT LA TÊTE FROIDE...
Georges–Étienne Cartier, MD, CSPQ (Psychiatrie ), LL.L
TRIBUNE LIBRE 6 janvier 2005
"LE CHUM 2010", EN GARDANT LA TÊTE FROIDE... en ce ... 1er janvier 2005
Médecin à l’hôpital St-Luc, j’y travaille à l’urgence (en psychiatrie) depuis plus de 30 ans. J'ai 64 ans, et ne "verrai donc pas la terre promise" , (sinon peut-être comme "usager" ...); ce qui me permet, donc, une certaine objectivité. La clientèle de cette urgence est locale, lourde et très « typée ». D’entrée de jeu, j’ose dire "ce qui ne se dit pas", "rectitude politique" et autres bons sentiments obligent : surchargée d’itinérants, de toxicomanes, de démunis, de séropositifs, très peu mobile, elle justifie un hôpital, elle mérite son hôpital sur place, mais pas un CHUM qui exige plus de diversité.
En janvier 99, Bernard Landry (Ministre des Finances) prenait par devers moi cet engagement que je relayais aussitôt au Conseil des médecins, dentistes et pharmaciens (CMDP) : « Arrivez-nous avec un projet bien ficelé et vous aurez le CHUM le plus gros, le plus beau, celui qui formera les meilleurs médecins». Et Lucien Bouchard, de New York, de renchérir quelques semaines plus tard : 1,5 milliard ! Dans un grand revirement, les médecins du CHUM enfin se ralliaient rapidement autour du concept de site UNIQUE et NEUF : tout le monde se mettait au travail, le projet naissait, se "ficelait"...
Et puis, l`enlisement... le « nés pour un petit pain » nous rattrapait...
Après tout ce qui s’est dit et écrit, quelques mises en perspectives et autres précisions restent à ajouter au dossier déjà constitué dans la presse.
1) Quiconque regarde une carte de Montréal doit bien constater que les deux gares de triage sont en 2004 des incongruités au coeur d’une ville de trois millions d’habitants. Ces deux sites sont donc appelés à être occupés tôt ou tard. Ce qui, tôt ou tard, exigera dépollution, égoûts, aqueduc, rues, amélioration des voies d’accès, etc.
Pourquoi ne pas intégrer cette inévitable nécessité à un projet d’envergure emballant, porteur d’avenir et de progrès?
Et puis, on fait tout un plat de la dépollution; mais il s’agit de sites où ont travaillé sans drame des centaines de personnes depuis cent ans. Et où il ne s’agit pas d’aménager un potager et un verger mais bien de couler du béton étanche.
2) On nous dit que 5% du trafic ferroviaire implique des substances dangereuses : toxiques ou explosives. Trop risqué pour un hôpital scellé, climatisé, hermétique, mais pas pour les milliers de logements familiaux que nous propose le maire de l’arrondissement, et pour les autres déjà disséminés tout au long du parcours de la voie ferrée : consultez la carte ? Sans doute veut-on y parquer des vieux ! Non mais sans blague...!
De toutes façons, si ce genre de trafic au milieu d’une population est si dangereux, il aurait dû être dirigé ailleurs depuis des lunes : il n’y a pas de "droits acquis" à l’encontre de la santé et de la sécurité publique.
3) Les soi-disant "représentants des usagers", "les malades", (élus par liste, autoproclamés : moi-même" usager", je ne les connaissais même pas et n’ai jamais vu l’ombre d’une consultation; belle imposture !), donc s’inquièteraient de la disparition de services locaux si le CHUM est construit à Outremont : leur approche du problème est confondante de naïveté!
En effet, de deux choses l’une : ou bien la clientèle locale est première servie dans ses besoins ordinaires et alors elle envahit et monopolise le CHUM qui y voit sacrifiée sa vocation d’institution de pointe : un gaspillage et un ratage fabuleux; ou bien l’accès de cette population y est contingentée pour préserver la vocation spécifique du CHUM... et la population locale est mal servie, s’empile et stagne à l’urgence : elle est trahie.
La solution est pourtant évidente et ce, depuis le début : conserver au centre-ville, en plus du CHUM de 700 lits sur un site unique neuf à Outremont, un hôpital de quartier qui assume pleinement la demande de premier et deuxième niveau, les cas de troisième et quatrième niveaux étant, comme ceux de tout le Québec, référés au CHUM au besoin.
Construire une structure hospitalière universitaire de pointe aussi complexe et coûteuse en fonction d’une clientèle locale serait une aberration scandaleuse, une honte !
4) Les plans du CHUM St-Luc sont ceux d`un ramassis hétéroclite de bâtiments disparates, neufs ou rafistolés, posés sur le lit d’une ancienne rivière et sur un métro, à côté d’une autoroute dans un quartier d’affaires où la circulation est déjà trop dense et le stationnement ultra rare et ruineux.
Il faut être de mauvaise foi pour croire qu’un tel plan se réalisera sans "surprises", à moindres coûts, et plus rapidement que celui d’un bâtiment neuf pensé de façon intégrée depuis le début et qui pourra naître, en travaillant jour et nuit au besoin, sans les contraintes de l’hôpital actuel qui devra continuer à vivre sa vie simultanément sans bruit soir et nuit, sans poussière, avec accès préservé en tout temps, etc., etc.... Les ingénieurs et architectes «évaluateurs de projet" spécialisés d’une grande société d’État, que j’ai questionnés et fait questionner, en ricanent en coeur (mais en silence : carrière oblige).
5) Du côté du personnel, vivre durant six ou sept autres années (des années de plus à cause des «surprises» : on doit faire dans du vieux et du vivant!) encore dans la construction va être l’enfer. Sans compter que les stationnements vont disparaître au diable vauvert.
6) L’expansion ne se pourra faire qu’à coût d’expropriations, en concurrence avec l’UQUAM, le quartier chinois et celui des affaires, dans un éparpillement acrobatique...
Alors que sur le site Outremont, il sera facile d’ajouter avec le temps, par exemple, une hôtellerie pour les malades venus de loin, une autre pour les chercheurs étrangers invités, des centres de recherche privés, etc.
7) La ville de Montréal a toujours refusé à St-Luc un stationnement étagé au motif que ça aurait trop augmenté la circulation sur la rue Sanguinet. Et un CHUM de 10 000 personnes, y a plus rien là tout d’un coup?
8) Les voies d’accès : la «20 » est bien une autoroute, mais n’est plus soir et matin ( ...et accidents divers ), et ce de pire en pire, une «voie rapide» : je l’emprunte (Beaurepaire-Montréal-Beaurepaire) deux fois par jour depuis 21 ans et parle en connaissance de cause: coincé là dedans... Je m’y suis déjà retrouvé (à ville St-Pierre) coincé entre un char d’assaut, un bateau, une locomotive (sic) et un bulldozer!
Puisque l’on impute les coûts de voirie au projet Outremont, il faudrait donc en toute équité ajouter au projet St-Luc les coûts de la réfection des échangeurs Dorval, Lachine (la 13), ville St-«Pierre (pont Mercier), Turcot et ceux de la construction de la 30 (les camions en transit!).
De plus, la moindre manifestation ferme les rues avoisinantes.
9) Le bric-à-brac de blocs disparates proposé par le projet CHUM St-Luc est si peu inspirant que son financement privé risque de devoir compter encore longtemps sur la vente de barres de chocolat...
On peut reprocher beaucoup de choses à nos grands financiers, mais certainement pas d’avoir su voir grand et avec raison comme leurs succès le prouvent. Ils ont de la vision. Alors pourquoi refuser qu’ils en aient aussi pour un projet qui doit être une fierté nationale pour le demi-siècle à venir?
10) Les médecins qui s’opposent au projet Outremont le font essentiellement par peur de "se retrouver avec rien du tout face à McGill" : "Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras", se disent-ils en bon colonisés perdants. Mais le gouvernement qui tolérerait ça se suiciderait.
De plus, naïvement, beaucoup à St-Luc triomphent de Notre-Dame ! Pathétique!
11) Le CA du CHUM ? Flottant sans leadership sur le monstre qui persiste à fonctionner tant bien que mal bien plus «malgré» que «grâce à» lui («on s’arrange comme on peut» est la règle) sa médiocrité en fait un bien misérable guide : l’origine corporative de ses membres, les intérêts sous-jacents, les plans de carrière, etc. n’en font pas un corps très indépendant face «au Ministère» auquel peu osent déplaire. Pathétique!
12) Quant à l’Agence (ex-Régie régionale), ses statistiques sont souvent non fiables, elle n’a pas vocation à gérer l’enseignement et la recherche universitaires, et elle n’est plus indépendante du gouvernement. Sa pensée en est plutôt... bornée.
13) Le Gouvernement, enfin, serait encore à la merci d’une fonction publique qui persiste à croire qu’il y a trop de médecins au Québec et que ceux-ci travaillent mal!
Espérons que notre ministre et ses collègues ne se laisseront pas piéger par ces gens-là.
14) Le véritable scandale, typique d’une nation pas encore vraiment décolonisée, est qu’à Québec (où d’ailleurs nombre de fonctionnaires bien au chaud dans la pureté ethnique de leur environnement rêvent à un site unique bilingue pour Montréal! Sans blagues !) on se sent obligé de partager à 50/ 50 le budget McGill vs Université de Montréal alors que la contribution respective des deux au Québec est de 10% vs 40% en médecins.
L’argent pour le CHUM Outremont est là, si on a le courage de le répartir équitablement. Rappelons que nos "Anglos" ne comptent que pour 9% , et nos "Allos" pour 10% de notre population!
15) Le projet Outremont est sis dans un quartier à demi anglophone et allophone. Mais une telle Cité de la santé, de par sa masse et sa qualité critiques, ne pourra que le franciser et non l’inverse.
Un gain à terme.
16) Pour le prix d`un gros barrage, est-ce un investissement de moindre portée ?
Si finalement on choisissait piteusement de nous ratatiner encore une fois, si finalement le CHUM St-Luc était choisi, il est évident pour qui que ce soit qui voit au-delà du bout de son nez que le véritable hôpital universitaire québécois, pour l’étranger, sera définitivement le CUSM; qui vantera son bilinguisme (et, même ça, c’est souvent une pure façade : « You have to talk to me in English, we are in Canada here !", me sert-on trop souvent !) dans un Montréal bilingue pour un Québec bilingue.
Le Gouvernement vient d’ailleurs de lui livrer, à titre de RUIS (Réseau universitaire intégré de santé) l’Ouest de la Montérégie, l’Outaouais, le Témiscamingue, l’Abitibi et le Nunavik : le quart du Québec !
A cette idée, j`enrage ...froidement ! Et vous, citoyens ?

Le projet de CHUM est-il dans l'impasse? Pas du tout.
Michel Bergeron, Professeur titulaire de physiologie
Claude C. Roy, Professeur émérite de pédiatrie.
L'un et l'autre ont été directeurs de département et de recherche à l'Université de Montréal.
Le Devoir jeudi 6 janvier 2005
Libre opinion: C'est non pour une deuxième fois à la proposition de construire le CHUM près de la même voie ferrée. Sans surprise, la nouvelle commission Johnson-Villeneuve a rappelé que cela vaut pour la cour de triage d'Outremont comme pour le CHUM-Rosemont.
Autre raison majeure : les coûts exorbitants du projet du recteur Lacroix, coûts qui ne cessent de grimper et seraient de 1,774 milliard selon le «Rapport de synthèse concernant les études complémentaires» préparé par le Comité de planification du CHUM 2010. À cette somme s'ajouteront l'achat de la cour de triage (25 millions de dollars), la décontamination du terrain, les expropriations et les dépenses d'infrastructure de la Ville de Montréal.
Nous ne doutons pas que le projet de la cour de triage d'Outremont, vu sous l'angle de l'expansion de l'Université de Montréal, soit fort intéressant. La grave erreur, c'est de vouloir bâtir le CHUM en un lieu qui risque de mettre en danger la vie des 700 patients hospitalisés. L'erreur, c'est aussi de prendre le risque d'exposer des équipements sophistiqués et coûteux à une catastrophe dont aucun ingénieur ne peut garantir qu'elle n'aura pas lieu.
Coûts omis
La bataille des chiffres entre les protagonistes du CHUM-Outremont et du CHUM-Saint-Luc a été salutaire car elle a permis de révéler des coûts omis ou cachés par l'une et l'autre partie. En effet, les coûts du CHUM-Saint-Luc continuent aussi de grimper : ils seraient de 1,578 milliards et davantage car on a escamoté les coûts de transition qui, en l'an 2000, avaient été évalués à 150 millions de dollars par la Corporation d'hébergement du Québec et le groupe Daniel Arbour et associés. Ainsi le coût du CHUM-Saint-Luc serait plutôt de 1,728 milliard. Pour fins de comparaison, on a inclus dans les deux cas le coût du déménagement des facultés de médecine et des sciences de la santé du campus.
En somme, aucun des deux sites qu'avait à étudier la commission Johnson-Villeneuve n'est conforme au premier critère majeur défini par le gouvernement Charest, soit ne pas dépasser la limite de la subvention du ministère de la Santé et des Services sociaux fixée à 800 millions de dollars, tout dépassement devant être couvert par une collecte de fonds privés qu'on estimait à 200 millions pour chacun des deux sites à l'étude. Pour le moment on joue au Monopoly, car il faudra trouver un petit milliard de dollars !
Étant donné que la faculté de médecine a catégoriquement refusé le choix du CHUM-Saint-Luc, est-on dans l'impasse ? Pas du tout. On a avancé. Les faits et les chiffres sont clairs. Maintenant, on sait que les deux seuls projets étudiés pour le CHUM coûteront près de deux milliards de dollars. Voilà qui est même très clair. Il faut bien comprendre que le coût de construction de l'hôpital lui-même reste à peu près le même, quel que soit le site choisi. Les coûts de dépassement sont causés par les frais d'expropriation et de préparation du terrain. En conclusion, il faut étudier un autre lieu d'implantation.
Demeure cependant la volonté du gouvernement de donner à la population francophone du grand Montréal un grand centre hospitalier universitaire. Immuables aussi les principes qui sont à la base de l'établissement d'un tel centre, soit la qualité des soins aux patients et les impératifs de l'enseignement et de la recherche. [...]
Il n'y a donc pas que les coûts. La pertinence de la juxtaposition au CHUM des pavillons universitaires des sciences de la santé est discutable car, paradoxalement, ce projet va à contre-courant de la révolution actuelle en médecine, même si c'est cette dimension qui a séduit d'emblée plusieurs universitaires et hommes d'affaires soucieux du bien public. Il n'y a qu'à visiter, à Montréal même, les départements de physiologie, de biochimie, d'immuno- microbiologie et les centres de recherche pour constater les résultats du mariage de plus en plus fécond de la médecine avec les sciences non biologiques telles que la chimie, la physique, les mathématiques, etc. [...]
Existe-t-il un terrain, relativement près du campus universitaire, qui puisse recevoir un hôpital de 700 lits et le Plan fonctionnel et technique du premier projet Rosemont-Saint-Denis accepté en 2000 par les médecins, les chercheurs et les membres du conseil d'administration du CHUM et de l'université ? Un lieu qui ne nécessite pas d'expropriations coûteuses ni de décontamination ? Un lieu qui soit relativement près du campus de l'Université de Montréal ? Un lieu qui soit au coeur d'un réseau de transport public ou routier déjà en place ?
Ce lieu miracle existe au centre-ville. C'est le site de l'Hôtel-Dieu de Montréal avec son très vaste terrain de stationnement, auquel s'ajouteraient le couvent des religieuses Hospitalières, leur précieux jardin, et aussi un espace contigu libéré par l'aménagement de l'échangeur des Pins. Ainsi le site de l'Hôtel-Dieu de Montréal aura quatre fois la superficie de celui de l'hôpital Saint-Luc; il aura la même dimension que le site Rosemont-Saint-Denis.
Surtout, ce site ne nécessite ni expropriations coûteuses et injustifiées, ni décontamination des sols, une économie de 200 ou 300 millions de dollars par rapport aux deux autres projets.
Salles rénovées
De plus, l'Hôtel-Dieu offre en prime des salles d'urgence rénovées en 2003, de solides édifices, dont deux de construction récente pouvant loger d'autres services, y compris l'administration du CHUM qui y est déjà -- une autre économie de coûts -- ainsi que les chercheurs en santé publique, voire une partie des fonctionnaires de la Régie régionale.
En outre, l'Hôtel-Dieu permet de réaliser un souhait du ministre de la Santé, le Dr Philippe Couillard, soit la complémentarité avec les chercheurs et les cliniciens du campus de McGill. Or sa faculté de médecine, son institut neurologique, ses nouveaux pavillons du génome, de la cancérologie ne déménageront pas à la cour Glen. Ils se situent tous à un jet de pierre de l'Hôtel-Dieu.
Le ministre Couillard est pressé, les médecins de l'Université de Montréal et ceux de McGill le sont aussi. Soit. Seul le site de l'Hôtel-Dieu permet de commencer les travaux immédiatement. Ce sera le CHUM 2008.
Les contribuables se réjouiront qu'on économise des centaines de millions de dollars. Les patients seront satisfaits de recevoir les meilleurs soins dans le merveilleux environnement qu'offrent le mont Royal et le jardin des religieuses. Le ministre aura plus d'argent à consacrer à la santé et moins au béton. Et les dons venant du secteur privé pourront servir à l'équipement médical... comme cela se fait déjà.
Doit-on attendre que l'université McGill suive l'exemple de l'université Concordia, qui a acquis le couvent patrimonial des soeurs Grises sur le boulevard René-Lévesque et offre d'acheter l'Hôtel-Dieu, pour que les autorités de l'Université de Montréal et les membres de son conseil d'administration dessillent leurs yeux ?

Le bien commun
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir vendredi 7 janvier 2005
Le maire de Montréal, Gérald Tremblay, ne veut pas prendre position en faveur d'un quartier ou d'un autre de sa ville comme lieu d'accueil du futur CHUM, mais il n'est pas nécessaire d'être devin pour comprendre qu'il favorise la gare de triage d'Outremont lorsqu'il parle de «concept intégré» du savoir. Pourtant, tous les projets sur la table «intègrent» à leur façon l'enseignement, la recherche et la pratique médicale.
Après plusieurs semaines d'hésitation, Monsieur le maire a finalement pris position en faveur d'un «concept» et non d'un site propice à la construction du futur CHUM. Pour le maire, le gouvernement doit faire «un pas en arrière» et se demander quel genre de projet est nécessaire pour propulser Montréal au sommet des grandes villes nord-américaines en matière de recherche et de développement scientifiques. On reconnaît là l'obsession visionnaire du défenseur des fameuses grappes industrielles, une obsession qui lui fait honneur.
Cela étant dit, la question demeure : est-il nécessaire de déplacer le CHUM du centre-ville vers Outremont pour obtenir l'impact souhaité et ce, quel qu'en soit le prix ? Pour le moment, les études et les avis produits par le CHUM, l'Agence régionale des services de santé, la commission Mulroney-Johnson et les fonctionnaires du ministère en arrivent tous à la conclusion que ces objectifs peuvent être atteints à moindre coût autant sur le site actuel de l'hôpital Saint-Luc qu'à Outremont.
Depuis que le gouvernement Charest a abandonné le projet du 6000 Saint-Denis (coin Rosemont) au profit de Saint-Luc, il a rompu le fragile consensus élaboré difficilement entre médecins des trois hôpitaux fusionnés, l'université et l'administration du CHUM. Une erreur magistrale amplifiée tout récemment par le bureau du premier ministre lorsqu'il a entre-ouvert la porte au projet grandiose du recteur Lacroix, dont les appuis très influents sont venus vicier le processus décisionnel légitime.
S'il est une chose dont on aurait pu se passer, c'est bien du retour de ces guerres intestines au CHUM dont la journée d'hier nous a fourni un bel exemple. Désormais, les membres du conseil qui représentent l'UdeM et plusieurs médecins ne jurent plus que par le mégaprojet du recteur. Voilà qui est d'autant plus malheureux que jamais il n'avait été question de déménager les facultés universitaires de leur emplacement actuel vers le site du CHUM. À McGill où la question a déjà été posée, la communauté universitaire elle-même a rejeté cette hypothèse d'entrée de jeu, jugeant primordial de maintenir les fonctions d'enseignement sur le campus, à proximité des autres facultés de sciences fondamentales. Pourquoi le déménagement des facultés serait-il devenu soudainement un argument déterminant en faveur d'Outremont ? Envisage-t-on sérieusement de déménager la plupart des facultés des sciences de la santé vers la cour de triage ? Si oui, que ferait-on des centaines de milliers de mètres carrés laissés vacants dans leurs bâtiments d'origine, en plus des deux hôpitaux abandonnés du centre-ville ?
L'Université prétend qu'elle est prête à attendre 10 ou 15 ans si nécessaire pour réaliser ce rêve d'un campus des sciences à proximité de l'hôpital. Soyons sérieux : rien ne justifierait le déplacement du CHUM à Outremont sans la construction simultanée d'un campus universitaire à cet endroit !
Pour le moment, l'université n'a aucunement besoin de tant d'espace supplémentaire et n'a surtout pas les moyens de ses ambitions. Le recteur Lacroix rêve de laisser un grand héritage à son université avant la fin de son mandat, mais toutes nos universités ont besoin d'argent pour répondre à leurs priorités. Qu'on cesse de nous faire miroiter cette idée d'un mégacampus des sciences et de la santé qui ne verrait pas le jour avant 20 ans et qu'on s'attaque enfin à la construction de ce grand hôpital universitaire promis depuis dix ans !
Plus on étudie la question, plus on en arrive à la conclusion que le projet de l'Université de Montréal est à la fois excessif, coûteux et improvisé. S'il n'avait reçu le soutien actif, mais combien pernicieux, d'un réseau tissé serré de ce que le Québec compte de plus puissant parmi son élite financière, ce projet n'aurait jamais franchi le seuil de l'analyse préliminaire. Malgré ces pressions dont on ne peut douter de l'importance pour le parti dont M. Charest est le chef politique, à titre de premier ministre, celui-ci doit garder la tête froide et décider en toute lucidité en fonction du bien commun de tous les Québécois.
j-rsansfacon@ledevoir.ca

Rien ne va plus entre le CHUM et l'UdeM
Louise-Maude Rioux Soucy, Antoine Robitaille
Le Devoir vendredi 7 janvier 2005
Rien ne va plus entre le CHUM et l'Université de Montréal. Alors que le futur superhôpital devrait rassembler les deux partenaires, l'incertitude quant à son emplacement ne cesse d'empoisonner leurs relations. La goutte qui a fait déborder le vase a été la présentation hier du président du conseil d'administration du CHUM, Me Patrick A. Molinari. Destinée à montrer la faisabilité du projet 1000 Saint-Denis, l'initiative a été qualifiée de «grandement malheureuse» par les membres du conseil d'administration provenant de l'Université de Montréal.
Rappelant que le conseil d'administration du CHUM n'a jamais pris position en faveur de l'un ou l'autre des projets présentement à l'étude, ces membres ont déploré que le site du 1000 Saint-Denis apparaisse «comme la solution privilégiée par la direction et le conseil d'administration du CHUM». Sans nier la viabilité de ce site, ceux-ci ont rappelé que le site de la gare de triage l'Acadie-Beaumont remplissait lui aussi les conditions essentielles du futur CHUM, qui doit impérativement compter 700 lits sur un seul site, cela pour 2010.
Se défendant bien de prendre position pour le site du centre-ville, Me Molinari a choisi de tenir cette séance d'information afin de faire taire les rumeurs liées au projet du 1000 Saint-Denis. «Je désire répondre aux critiques parfois vives qui ont été formulées à l'endroit du 1000 Saint-Denis -- on a parlé de rafistolage, de travailler avec du vieux -- alors que ce site est une alternative viable à notre projet de complexe hospitalo-universitaire du XXIe siècle», a-t-il dit en guise d'introduction.
Siégeant au comité de planification de CHUM 2010, Me Molinari assure que le site du centre-ville est conforme à toutes les conditions formulées par le CHUM comme par l'UdeM, balayant du revers de la main les critiques qui ont présenté le projet comme étant «bancal». «Si le CHUM était installé au 1000 Saint-Denis, il faut savoir que 90 % des infrastructures seraient neuves. On est loin du rafistolage ! Et les 700 patients n'y verraient aucune différence. Tous auraient des chambres individuelles modernes.»
Dans son exposé, Me Molinari a mis l'accent sur l'accessibilité et la sécurité du site du centre-ville pour les patients, mais aussi sur la fonctionnalité de l'hôpital sur le plan des soins et des technologies, le maintien des activités cliniques pendant la construction et la modernisation complète du bâtiment existant. Le potentiel d'expansion a aussi été soigneusement évalué, autre source de frustration au sein du conseil d'administration.
En effet, le projet présenté par Me Molinari consacre 38 000 m2 au Centre de recherche du CHUM et prévoit un espace permettant d'accueillir les activités de la faculté de médecine de l'UdeM, une avenue rejetée hier par l'institution. «Seule l'université est en mesure de décider de la localisation de ses installations, mais jamais elle n'a été consultée sur quelque scénario que ce soit pour l'implantation de ses facultés au centre-ville.»
La direction de l'université et les doyens des facultés concernées ont déjà indiqué publiquement qu'un déménagement au centre-ville n'est pas envisageable puisque celui-ci nuirait aux synergies scientifiques déjà établies avec le campus et le réseau de la recherche biomédicale, principalement situé sur le flanc nord de la montagne. Sans compter les vibrations depuis l'autoroute Ville-Marie qui sont incompatibles avec les instruments de recherche plus sensibles.
«La présentation faite en conférence de presse ce matin [hier] en ce sens est donc grandement malheureuse puisqu'elle contribue à maintenir une perception erronée à propos du déménagement éventuel de facultés universitaires au centre-ville», ont écrit dans un communiqué les quatre membres du conseil d'administration qui se sont dissociés de l'initiative de Me Molinari, soit Louis Maheu, Jean Rouleau, Céline Goulet et Renaldo Battista.
Pourtant, Me Molinari assure que jamais il n'a voulu par sa présentation montrer une préférence pour un site ou l'autre. «Je ne défends pas un site. Ce que je cherche à faire, c'est démontrer qu'il y a une alternative valable», a-t-il martelé.
Mais pourquoi alors ne pas avoir profité de l'occasion pour présenter aussi le projet d'Outremont ? «Parce que nous ne l'avons pas», a-t-il répondu, mi-figue, mi-raisin. Cela dit, Me Molinari croit fermement qu'avec deux sites équivalents, le choix de l'un ou de l'autre aura peu d'importance. «Dans l'optique où les conditions sont idoines, on pourrait tout aussi bien tirer à pile ou face», croit-il.
L'idée d'une synergie de proximité telle qu'offerte par l'option d'Outremont est d'ailleurs très prisée par Me Molinari, à condition bien sûr que toutes les conditions essentielles soient respectées.
Le président du comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil, s'est félicité hier de l'exposé de Me Molinari, qui a permis, selon lui, de remettre les pendules à l'heure. M. Dumesnil, qui ne cache pas son penchant pour le centre-ville, croit que le patient a tout à gagner d'un tel choix.
«Je représente 600 000 patients, et je crois que ceux-ci seraient mieux servis avec le site du centre-ville. D'ailleurs, il est faux de dire que la qualité des soins se ressentira des travaux. C'est sûr que cela ne sera pas simple, mais c'est faisable», a-t-il commenté.
Tremblay réclame «un pas en arrière»
Par ailleurs, le maire Gérald Tremblay a refusé hier de prendre position dans le débat sur l'emplacement du CHUM francophone. Il préfère d'abord que tout le monde dans le réseau de la santé adhère au concept de centre qui devra «intégrer à la fois santé et savoir», un principe qui semble favoriser Outremont.
D'ailleurs, le recteur de l'Université de Montréal, Robert Lacroix, fervent défenseur du site à Outremont, a fait savoir en après-midi hier par son attachée de presse, Sophie Langlois, qu'il se réjouissait que M. Tremblay «ait adhéré au concept de l'UdeM».
Mais le maire a tenu à dire, hier, que le CHUM «peut se réaliser sur un site ou sur un autre. Il faut d'abord que le gouvernement accepte de regarder ce projet avec des approches autres que celle d'un site physique», a dit le maire, réclamant même que Québec fasse «un pas en arrière».
Car, selon le maire, la question ne devrait pas être «où voulons-nous le CHUM ?», mais plutôt «que voulons-nous du CHUM ?». Il a aussi insisté pour que la Ville soit «associée de près à cette réflexion». Condamnant une certaine culture du secret qui a marqué le débat, le maire a affirmé que «ce n'est que dans la transparence que nous arriverons à créer un consensus autour d'un projet commun».

EMPLACEMENT DU NOUVEAU CHUM - Québec mandate deux experts
Martin Ouellet
Presse Canadienne vendredi 07 janvier 2005
Québec - Pour mettre un terme à l'interminable saga du CHUM, le gouvernement Charest vient de mandater deux experts indépendants afin d'identifier le meilleur des deux sites proposés pour la construction du superhôpital francophone.
M. Armand Couture et M. Guy Saint-Pierre ont été chargés, vendredi, d'analyser les deux projets d'implantation actuellement sur la table, soit celui du 1000 St-Denis et celui de la gare de triage d'Outremont.
Ils soumettront leur rapport au gouvernement le 2 février.
En tenant compte d'une série de critères, les deux experts auront à déterminer le projet qui offre «une configuration et une localisation optimales».
Les travaux de la Commission d'analyse présidée par Brian Mulroney et Daniel Johnson, l'avis complémentaire formulé par M. Johnson, l'avis de l'Agence régionale de Montréal, ainsi que le rapport d'un groupe de travail interministériel serviront de base aux réflexions des experts indépendants.
En outre l'analyse devra tenir compte des six enjeux suivants:
— La couverture des besoins en soins hospitaliers;
— L'insertion du nouveau CHUM dans l'organisation des soins de santé sur l'Ile de Montréal et dans la région de Montréal, soit la clientèle desservie par rapport aux besoins, les nouveaux équipements de soins, d'enseignement et de recherche et l'insertion du nouveau CHUM par rapport au territoire des réseaux universitaires de McGill et de Montréal;
— La synergie et les développements futurs résultant d'un regroupement du CHUM avec les facultés des sciences de la santé de l'Université de Montréal, l'enseignement et la recherche et développement des technologies en santé;
— La sécurité de l'implantation proposée;
— L'accessibilité du site proposé;
— Les investissements requis.
Même si le projet a déjà coûté 30 millions $ en études de toutes sortes depuis dix ans, une nouvelle analyse est nécessaire, a expliqué vendredi le premier ministre Jean Charest, se défendant ainsi de tourner en rond dans ce dossier.
«On procède le plus rapidement possible mais pour une décision comme celle-là, qui aura un impact très très très important sur tout le réseau de la santé du Québec pour les prochaines années, il faut s'assurer qu'on puisse tenir compte de l'ensemble des tenants et aboutissants», a-t-il dit au cours d'un point de presse à Montréal.
M. Charest soutient ne pas avoir de préférence pour l'un ou l'autre des projets, mais il promet d'agir promptement.
«On va aller le plus vite possible parce qu'on veut rester sur les échéanciers. On s'est fixé comme échéancier la mise en opération un 2010-2011 (...) Peu importe de quelle façon on le fait, on va rester sur les échéanciers.»
Le choix du site du futur CHUM est un véritable casse-tête pour le gouvernement puisque les deux projets suscitent des opinions tranchées.
Plus tôt cette semaine, la proposition du 1000 St-Denis a reçu l'appui de la coalition des médecins pour la justice sociale, du représentant de la population au conseil du CHUM, Marc Laviolette de même que de l'Union des forces progressistes (UFP).
D'un autre côté, plus de 250 médecins et chercheurs du CHUM ont donné un appui sans équivoque au site Outremont, tout comme des gens d'affaires influents, comme Jacques Bougie, président d'Alcan et Pierre Beaudoin, président de Bombardier Aéronautique.

CHUM: non plus deux sites, mais deux projets
Charest mandate deux experts pour cibler le site optimal du superhôpital
Louise-Maude Rioux Soucy
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 janvier 2005
Les partisans du 1000 Saint-Denis comme les défenseurs de la gare de triage l'Acadie-Beaumont ont accueilli avec un soupir de soulagement la décision du gouvernement Charest de mandater deux experts indépendants pour déterminer l'emplacement «optimal» du futur Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM). Surprise, les deux experts auront non seulement à examiner deux sites, mais aussi deux projets, ouvrant officiellement la voie à une Technopole de la santé et du savoir, au grand plaisir de son instigatrice, l'Université de Montréal.
Rappelant que le projet d'Outremont était somme toute «assez récent», le premier ministre Charest a cru bon de mandater deux experts indépendants, Armand Couture et Guy Saint-Pierre, afin d'identifier lequel des deux projets offre une «configuration et une localisation optimales». Interrogé sur la pertinence de ce nouveau comité alors que trois analyses -- toutes favorables au 1000 Saint-Denis -- ont déjà été rendues, Jean Charest a invoqué la nouveauté du dernier projet en lice. «Avant, on avait un projet et plusieurs sites. Là, il y a deux projets sur différents sites.»
Dans un communiqué rédigé conjointement avec le ministre de la Santé, Philippe Couillard, le premier ministre promet que le tout sera rendu le 2 février prochain. «On procède le plus rapidement possible, mais, pour une décision comme celle-là, qui aura un impact très, très important sur tout le réseau de la santé du Québec pour les prochaines années, il faut s'assurer qu'on puisse tenir compte de l'ensemble des tenants et aboutissants», a-t-il expliqué lors d'un point de presse tenu hier pour défendre la logique de son gouvernement en matière d'aide humanitaire dans l'affaire des tsunamis meurtriers en Asie du Sud-Est.
Pour mener à bien cette dernière analyse, les deux experts mandatés par Québec prendront appui sur les travaux de la commission d'analyse présidée par Brian Mulroney et Daniel Johnson, sur l'avis complémentaire formulé par M. Johnson, sur l'avis de l'Agence régionale de Montréal, ainsi que sur le rapport du groupe de travail interministériel.
La venue de ces nouveaux joueurs est un baume tant pour l'université que pour le CHUM, qui sont à couteaux tirés dans ce dossier. «Il y a une mésentente entre nous et l'université sur l'évaluation des coûts et ce n'est pas une mauvaise idée qu'un tiers observe ça d'une manière indépendante», a confirmé le président du conseil d'administration du CHUM, Me Patrick A. Molinari, au lendemain de sa présentation du site du 1000 Saint-Denis, initiative qui avait fortement déplu à l'Université de Montréal.
Jugeant le mandat reçu par les deux experts «complet», Me Molinari a qualifié de «choix très éclairé dans les circonstances» la décision de Québec. Il a toutefois tenu à rappeler à ceux-ci que l'impératif d'un hôpital de 700 lits, qui n'est mentionné nulle part dans ledit mandat, n'est pas négociable.
«C'est plus qu'un leitmotiv. Quand on prend deux minutes pour réfléchir à ce que serait un CHUM sur deux sites, forcément on voit bien qu'on sera forcé de séparer les soins en deux et que nos patients seront ballottés entre les deux. C'est un contre-sens monumental», a-t-il jugé.
Cette inquiétude a aussi été reprise par le président du comité des usagers du CHUM, Jean-Marie Dumesnil, qui, bien que satisfait de voir le gouvernement prendre le dossier en main, craint de voir le nombre de lits bradé au profit d'une synergie de proximité. «L'aspect des 700 lits a toujours été non négociable; ce qui nous inquiète, c'est de voir que, dans le volet Outremont, on ait dit qu'on pourrait éventuellement faire des concessions et nous espérons que ce ne sera pas le cas.»
À l'Université de Montréal, on était ravi de voir enfin le projet d'une technopole inscrit officiellement à la table des négociations. «On a développé un projet en lequel on croit. On pense que ce projet est important aussi pour les patients et Montréal, et le fait qu'il soit désormais considéré officiellement est un élément important», a commenté le directeur général des communications et du recrutement, Bernard Motulsky.
M. Moltusky a profité de l'occasion pour faire taire les rumeurs voulant qu'un CHUM à Outremont compterait moins de lits. Confiant d'avoir dans sa manche un «excellent projet», l'université a salué la nomination des deux experts. «C'est une bonne chose que d'avoir deux experts dont la réputation est reconnue qui vont regarder les projets selon leurs mérites indépendants», a précisé M. Moltusky.
Lui aussi satisfait des critères proposés pour cette nouvelle étude, le représentant de la population au conseil d'administration du CHUM, Marc Laviolette, n'a toutefois pas caché son agacement de voir cette décision reportée une fois de plus. «Je ne doute pas du tout de l'expertise et de l'indépendance des deux experts, mais je croyais qu'on avait déjà obtenu l'avis de tels experts. Tout ça ne fait que retarder la décision.»
L'ancien président de la CSN croit que l'Université de Montréal n'est pas étrangère à cette valse-hésitation. «Le consensus sur l'aspect clinique et la mission du CHUM est là depuis le début alors que l'idée d'annexer les facultés n'est pas essentielle. Ce qu'on ne dit pas, c'est que c'est faisable sur les deux sites, mais l'université refuse de venir au centre-ville et fait preuve d'impérialisme dans ce dossier», a-t-il déploré.
Un superhôpital ou une technopole ?
Concrètement, MM. Couture et Saint-Pierre devront choisir entre un superhôpital et une Technopole de la santé et du savoir, une option qui sourit à la Ville de Montréal bien qu'elle refuse de prendre position en faveur d'un site. Six critères guideront ces experts dans leur étude à rendre dans moins d'un mois :
- la couverture des besoins en soins hospitaliers;
- l'insertion du nouveau CHUM dans l'organisation des soins de santé sur l'île de Montréal et dans la région de Montréal;
- la synergie et les développements futurs résultant d'un regroupement du CHUM avec les facultés des sciences de la santé de l'Université de Montréal, l'enseignement et la recherche et développement des technologies en santé;
- la sécurité de l'implantation proposée (sécurité environnementale, sécurité reliée aux activités industrielles avoisinantes) compte tenu de la nature stratégique du projet;
- l'accessibilité du site proposé, en matière d'infrastructures de transport (réseaux routiers, transports en commun);
- les investissements requis ainsi que les incertitudes reliées à certains coûts projetés (notamment en matière d'infrastructures urbaines et de transport).
Autre nouveauté à noter -- et qui a d'ailleurs été relevée avec inquiétude par des intervenants des deux institutions --, l'échéancier prévu pour 2010 a été prolongé à 2010-11 hier par Québec.
Avec Marie-Andrée Chouinard

It's business vs. taxpayers, patients over CHUM site
Josée Legault
The Montréal Gazette January 7, 2005 Friday
The saga of the French-language superhospital has gone haywire. The Charest government's indecision has given way to a cacophony of lobbies confronting each other through the media.
We are desperately seeking a health minister in this file.
Montreal's health agency, various community and patients-rights groups and the government's own Mulroney-Johnson committee want the new CHUM to be downtown at St. Luc hospital.
Facing them, a lobby of influential businessmen support Universite de Montreal rector Robert Lacroix's project: A "technopolis" that would integrate a new hospital with U de M medical faculties in a former CP rail yard in Outremont. This large-scale project could end up costing close to $2 billion.
With Charest hesitating, the business aristocrats spoke up. This week, nearly 30 of them published an open letter in La Presse, including current and former CEOs of Bombardier, Cogeco, Alcan, Jean Coutu pharmacies, Industrielle Alliance, Provigo, Transcontinental, National Bank, Domtar, Gaz Metropolitain and Merrill Lynch - a business Who's Who of those with close ties to the Liberal Party.
Most of the signatories have no real link to the public health-care system. But a number of them stand to profit directly or indirectly from the spinoff from Lacroix's project that would allow for enough space for adjacent private clinics, research facilities, condos and hotels.
Businessmen may voice their opinions like other citizens, but the problem is that their influence is so great that it risks outweighing that of most taxpayers. It was the business lobby that persuaded Charest in December to delay his decision yet again, months after his Mulroney-Johnson committee recommended St. Luc.
So while Charest is rumoured to support the Outremont site, his cabinet remains divided, and Health Minister Philippe Couillard is known to favour St. Luc, the lobbying campaign for both site keeps escalating.
Yesterday, without openly taking a position, Patrick Molinari, president of a very divided CHUM board, reminded the government St.Luc would be easily accessible, safe, functional and have the necessary 700 beds at one site and be less costly than Outremont.
A few hours later, Montreal Mayor Gerald Tremblay weighed in. After some Polyannaish musings about a "new concept that could unite everyone" and dreams of outperforming Boston, he sounded more in favour of Outremont. At the same time, he asked for transparency on the cost of the new infrastructures, roads, public transit routes and the decontamination of the CP rail yard.
But the mayor's preference aside - all mayors love grandiose projects on paper - the issue of money points to an obvious bottom line: The Outremont site stands to cost hundreds of millions of dollars more than St. Luc while offering 150 fewer beds. It would cause the closing of two major downtown francophone hospitals - St. Luc and Hotel Dieu.
Which also brings us to an existential question that puts Lacroix's grandiose vision in a larger perspective: With an aging population and growing health-care needs, how is it that public services keep diminishing, including the reduction of the number of hospital beds without corollary home care? Private services keep growing while the proportion of Quebec's budget devoted to health care - now 42 per cent - keeps increasing. Who's minding the store?
How did we get here? Paul Saba, co-president of the Coalition of Physicians for Social Justice that favours the St. Luc site, said "the crisis of our system isn't caused by our old hospital buildings, which could be renovated. The reason is a shortage of doctors, nurses and resources as well as the closure of seven Montreal hospitals in the 1990s, a problem no megaproject will eradicate."
As for the CHUM saga, what was supposed to be a modern, accessible francophone university hospital able to provide quality care to patients has turned into a three-headed monster: a hospital-university campus-business centre.
Lacroix contends no new CHUM is feasible without merging with a new faculty of medicine on one site. But the U de M has always trained the best doctors and nurses without such synergy. Could Lacroix be looking mainly to expand his university?
For the business lobby, the Outremont site is a possible gold mine for private health care, research and pharmaceutical facilities as well as for real-estate development.
Hence, another question on the CHUM: Where is patient care in all of this and who will ensure its financial responsibility?
When Charest and Couillard finally do Quebecers the honour of informing them of their decision, they'll see which bed they choose to lie in: that of the patients and the taxpayers, or that of business and the U de M's ambitions.

Le projet Lacroix, de l'oxygène pour le milieu universitaire et médical et pour toute la population
Jean Wilkins MD - Professeur titulaire de pédiatrie à la Faculté de médecine de l'Université de Montréal. Pédiatre à la Section de médecine de l'adolescence au CHU Sainte-Justine. Président de l'Association des médecins cliniciens enseignants de Montréal (AMCEM) de l'Université de Montréal
Le Devoir lundi 10 janvier 2005
Libre opinion: Le débat souhaité sur le choix de l'emplacement du futur CHUM a finalement pris cours après une certaine période de stagnation à la suite de l'annonce du choix de Saint-Luc par le gouvernement de Jean Charest, choix issu des recommandations du rapport Mulroney-Johnson. Alors que Saint-Luc n'avait jamais été considéré très fortement auparavant, voilà une décision étonnamment surprenante, prise de surcroît en début de mandat par un nouveau gouvernement, il y avait donc tout lieu de croire à son irréversibilité.
Toutefois, dès l'annonce de ce choix, le recteur Lacroix de l'UdeM a eu le courage et la détermination de manifester son désaccord et de se mettre à l'oeuvre afin de proposer une autre solution. Son projet, bâti à l'emplacement de la cour de triage du CP à l'Acadie-Beaumont, apparaît désormais beaucoup plus complet, plus ambitieux, plus enthousiasmant pour la communauté universitaire et plus porteur, mais provoque aussi de vives réactions de la part de ceux et celles qui s'y opposent.
Le projet Lacroix est décrit, entre autres choses, comme trop élitiste (pourtant l'université descend de la montagne !), coûteux, mal situé par rapport à une certaine clientèle etc., et, même, qualifié à l'avance de devenir un futur «Mirabel». Pourtant, dans mon imaginaire à moi, c'est plutôt Saint-Luc qui devrait être ainsi qualifié. Mirabel a été un choix politique d'un gouvernement qui, à Ottawa, voulait absolument contrôler le Québec, le surveiller, freiner ses élans émancipateurs et lui faire croire que son développement futur passait par ce grand projet. On y a cru et on nous a fourvoyés.
Saint-Luc est un choix politique avec des enjeux certains et sûrement pas tous révélés. Et si c'était Montréal et la Faculté de médecine de l'UdeM que l'on voulait, cette fois-ci, contrôler et dont on voulait freiner les élans ? Avec Mirabel, la clientèle était envoyée «dans les champs», avec Saint-Luc, la clientèle est envoyée «dans le trafic», tout à fait à l'inverse jusqu'à une certaine limite des besoins spécifiques de ces clientèles.
D'autres ont comparé le projet Lacroix au stade olympique, un bâtiment coûteux, en perte de clientèle, un échec moins de trente ans après son érection. Rappelons tout de même que nous étions très fiers de tenir les Jeux olympiques en 1976 et d'offrir à voir au monde entier ce stade si magnifique malgré le fait que sa construction n'était pas terminée. À la suite des Jeux de 76, le baseball et les Expos devaient prendre la suite, mais, là encore, nous avons été floués. Je suis personnellement un grand amateur de baseball et j'étais au stade autant lorsque les Expos attiraient deux millions de spectateurs ou plus chaque année que lors des dernières années où j'y étais à peu près tout seul accompagné de mon petit-fils aussi passionné de baseball que moi.
Selon mon analyse, l'échec du baseball à Montréal est consécutif d'abord et avant tout à la décision des dirigeants de ne pas avoir mis une équipe compétitive sur le terrain, puis de nous avoir fait croire que «le fun était dans le stade» alors qu'il se devait d'être sur le terrain et peut-être même d'avoir attiré les enfants avec une mascotte annonciatrice, sans le vouloir probablement, de l'épidémie d'obésité qui nous arrive.
Le projet Lacroix, de son côté, ne manquera pas, et probablement jamais de clientèle. Les gens viendront dans ce CHUM avec une grande confiance parce que le projet est suffisamment rassembleur pour garantir que l'on y retrouvera une assemblée de scientifiques de haut niveau. Le produit sera de haute qualité tout le temps à moins que, comme société, nous décidions de ne pas nous en donner les moyens.
De plus, par son emplacement, le CHUM se rapproche de ses principaux partenaires, qui tous en bénéficieront et le CHUM également profitera de la proximité de ces autres institutions. Une complémentarité nécessaire à tous. Et pour la mascotte..., il faut espérer qu'elle sera différente de celle choisie par le gouvernement pour favoriser la pratique d'activités physiques par la population. Revoyant cette mascotte récemment à la télévision, je me suis demandé comment on avait pu imaginer un tel personnage tout en bleu qui exprime davantage l'asphyxie que la santé ! Le projet Lacroix c'est, au contraire, de l'oxygène pour nous du milieu universitaire et de la santé et pour toute la population.
Robert Lacroix à son arrivée au poste de recteur à l'Université de Montréal a eu tôt fait d'éliminer le climat de grande morosité qui minait l'université et a été au centre d'un extraordinaire développement de toutes les potentialités de cette université. Peu importe comment il a imaginé, développé et construit ce projet d'une Technopole de la Santé et du Savoir, il demeure que ce projet est ambitieux au sens positif du terme, réalisable, souhaitable, enthousiasmant et grand pour nous, Québécois, qui avons déjà bâti et réussi de grands projets.
Comme je suis aussi (et surtout !) pédiatre au CHU Sainte-Justine, en plus d'être professeur à la faculté de médecine de l'UdeM, j'aimerais insister sur l'importance à mon avis pour le CHU Sainte-Justine de voir le CHUM s'installer tout près.
Avec tous les défis que posent constamment l'évolution de la science médicale et des sciences humaines, la complexité des situations cliniques des patients, l'amélioration de la survie de certains enfants qui, il n'y a pas longtemps, ne se rendaient pas à l'âge adulte, la nécessité d'intégrer nos connaissances, et nos pratiques, un rapprochement du CHU Sainte-Justine et du CHUM ne peut qu'être salutaire et grandement bénéfique à tous ceux et celles qui y exercent leur profession. Un grand pédiatre français me rappelait, il y a quelque temps qu'un «bon pédiatre doit prendre soin de l'enfant dès sa naissance [maintenant c'est même avant sa naissance] et doit l'accompagner tout au long de sa vie». Cet accompagnement, avec tout le sens profond qu'il a, sera facilité par le rapprochement des deux CHU et ce sera à l'avantage de l'individu.
Le projet Lacroix a un sens et arrive à un moment où nous avons besoin de ce type de défi. En plus d'être professeur à la Faculté et pédiatre à Sainte-Justine je suis aussi président de l'AMCEM, l'Association des médecins cliniciens enseignants de l'Université de Montréal. La presque totalité des professeurs que l'AMCEM représente ont, avant d'obtenir un poste de professeur, effectué une formation post-doctorale à l'extérieur du pays. Ils sont tous revenus avec une expérience différente et enrichie, et ou bien ils ont créé un secteur nouveau, ou bien ils ont développé un aspect nouveau dans un secteur déjà connu. Ces professeurs ont toujours l'ambition et le rêve de créer une médecine de haut calibre à Montréal et la certitude qu'ils peuvent le faire si on leur en donne les moyens. Le projet Lacroix les enthousiasme beaucoup et ils sont prêts à travailler à sa concrétisation.

Futur CHUM: un processus boiteux :
Un spécialiste de la consultation publique se montre critique
Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir mardi 11 janvier 2005
Le processus actuel de sélection d'un projet et d'un emplacement pour le CHUM «n'est pas à la hauteur et n'offre pas les garanties d'un choix optimal» parce qu'il manque de rigueur, de transparence et de l'indépendance qu'exige l'évaluation d'un investissement public de près d'un milliard.
C'est ce qu'a affirmé hier au Devoir Luc Ouimet, l'ancien président du défunt Bureau de consultation de Montréal (BCM), ancien commissaire au Bureau d'audiences publiques sur l'environnement (BAPE) et fondateur de l'Association québécoise d'évaluation des impacts. Dans ses anciennes fonctions officielles ou à titre de consultant privé, son statut actuel, M. Ouimet a présidé les audiences publiques sur l'agrandissement du Musée des beaux-arts de Montréal, les audiences publiques sur l'avenir de l'Hôtel-Dieu, les audiences sur un projet résidentiel dans l'actuelle cour de triage d'Outremont et il a organisé des audiences pour le Centre universitaire de l'Université McGill - le pendant du CHUM - pour déterminer ce que cette institution allait faire des hôpitaux affiliés à cette université afin d'optimiser la seconde vie de ces établissements dans lesquels la communauté anglophone a investi des millions dans le passé.
«Pour faire un choix optimal au sujet d'un équipement public de cette importance, explique l'ancien président du BCM, il faut un processus public qu'on n'a malheureusement pas mis en branle malgré le fait qu'au Québec on a 25 ans d'expérience dans ce type d'évaluation. Si on avait mis un tel processus en branle dès le début, le gouvernement aurait en main toute l'information nécessaire pour prendre une décision éclairée, transparente, et cela, en toute légitimité, même si tous ne seront pas d'accord au bout du compte. On en serait probablement aujourd'hui à la phase de la réalisation du projet. Toutes les tentatives utilisées pour évaluer ce dossier n'ont pas fait gagner de temps. On est loin, très loin d'une décision et surtout d'une décision consensuelle. On ne sait même plus quel est le projet, quels sont ses objectifs et quels sont les critères qu'on utilisera pour examiner les scénarios et prendre une décision.»
La marche à suivre dans les circonstances, dit-il, exige que l'on «confie le dossier à des gens compétents, suffisamment indépendants des intérêts en cause et qui sont plus axés sur la rigueur du processus que sur le projet lui-même». En procédant sans tenir compte de ces exigences, ajoute Luc Ouimet, «c'est celui qui crie le plus fort qui l'emporte ou qui peut le plus influencer le dossier, parfois de façon occulte. Personne, y compris le public, n'arrive vraiment à se faire une idée, ce qui est le cas présentement. Chacun développe plutôt un argumentaire sur un choix prédéterminé, défend ses préférences. Ce processus aux antipodes d'un examen public, rigoureux et indépendant, ouvre la porte par la suite à toutes sortes de procès d'intention. Et c'est un processus contraire aux exigences du développement durable, dont une des conditions de base consiste à faire ces choix techniques, financiers et sociaux en toute transparence sur la place publique et avec le public».
«Certes, ajoute-t-il, il est un peu tard pour remettre le dossier sur les rails d'une véritable évaluation. Mais s'il faut quelques mois de plus pour recadrer ce projet, ce n'est pas un drame, car on se donne alors la chance de définir le meilleur projet dans les circonstances et dans le contexte des contraintes des différents acteurs. Ce n'est certainement pas en 15 jours que deux personnes peuvent faire, seules, un pareil choix. Juste un exemple: est-ce que le nouveau comité pourra déterminer ce que va coûter le réaménagement de Saint-Luc si on envoie le projet ailleurs. Ce coût fait partie de la décision à prendre et on doit, avant d'aller plus loin, savoir quel est le plan B du gouvernement pour cette institution publique. Même chose pour le train qui passe présentement dans la cour de triage d'Outremont.»
Comment devrait-on procéder alors?
«C'est tellement simple!», lance spontanément l'ancien commissaire de la première équipe du BAPE au début des années 80, celle qui a mis en place la procédure et les règles qui ont survécu à 25 ans de dossiers et de débats.
«Il faut dans un premier temps définir le ou les besoins afin de les hiérarchiser clairement. Hôpital universitaire ou cité de la santé, par exemple. Il faut ensuite faire la liste et examiner le coût et les impacts de chaque option: est-ce qu'on réaménage ou déménage? On construit à neuf, en hauteur ou en largeur, à quel endroit, avec combien de lits et avec quel budget? Quel est le prix de ne rien faire, en comparaison? Est-ce que les bases de comparaison des options sont valables? En troisième lieu, il faut déterminer quels seront les critères qui vont permettre de faire des comparaisons rigoureuses, d'analyse et de prise de décision. Et cette grille d'analyse doit pouvoir intégrer simultanément les facteurs techniques, financiers, environnementaux, sociaux et même culturels.»
On peut mesurer les lacunes du processus actuel, donne en exemple Luc Ouimet, quand on songe que les études de coûts sur les modifications aux réseaux routiers ou ferroviaires voisins des projets à l'étude ne sont pas disponibles même s'il s'agit de facettes incontournables de chaque projet. Pire, dit-il, on ignore quels sont les critères qui ont conduit aux choix de Saint-Denis, Saint-Luc et Outremont. Et on ne sait pas quels critères ont été utilisés pour éliminer ou pour ne pas étudier d'autres sites comme celui de l'Hôtel-Dieu ou celui situé à proximité de Télé-Québec où se trouve - à côté d'un métro - un important terrain non contaminé destiné à accueillir le projet résidentiel Les Portes Sainte-Marie.
«Sans toutes ces données, précise Luc Ouimet, les débats sur les hypothèses présentement sur la table relèvent davantage du "peddlage" et de la vente sous pression que d'un sain processus décisionnel, public, éclairé et rigoureux.»
«L'avantage de procéder à l'aide d'audiences publiques, ajoute l'ancien président du BCM, c'est que tout le monde peut critiquer toutes les hypothèses sur la table, ce qui permet d'en voir toutes les facettes, de ne rien négliger. Et comme l'exercice se fait en public, tout le monde en apprend de jour en jour et sa position, forcément, évolue au gré de l'audience, ce qui permet un rapprochement qui élargit souvent les consensus avec le temps.»
«Évidemment, un gouvernement peut être moins exigeant s'il a les moyens de risquer un milliard dans une aventure qui peut s'avérer désastreuse à long terme. Et on pourra toujours dire qu'aucun projet n'est idéal, parfait. Mais ce n'est pas l'objectif de cette démarche fondamentalement pragmatique et intégratrice: mais c'est par contre le moyen le plus sûr de déterminer quel est le meilleur projet possible dans les circonstances», conclut le spécialiste de la consultation publique.

Le CHUM du futur, plus qu'un hôpital
Gyslaine Desrosiers
Présidente de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec et de la Fondation de recherche en sciences infirmières du Québec
Le Devoir mardi 11 janvier 2005
Libre opinion: Devant la saga de l'emplacement du CHUM, le maire Gérald Tremblay tente de recentrer le débat et nous ramène à l'essence même d'un hôpital universitaire, c'est-à-dire un milieu de soins à vocation universitaire, donc d'enseignement et de recherche.
Or, il n'est question que de pieds carrés, de bout de terrain, d'une localisation est-ouest, de lutte de pouvoir... C'est franchement décourageant. Les deux partenaires principaux du projet, soit le centre hospitalier actuel et l'Université de Montréal, de toute évidence ne partagent pas la même vision et déploient des stratégies de relations publiques. C'est même devenu un enjeu de lutte des classes ! La gauche contre la droite... Le prolétariat contre la communauté des affaires... Incroyable !
L'Université de Montréal est la plus grande université francophone en Amérique du nord, c'est assurément une institution majeure dans le développement socio-économique de Montréal et de l'ensemble du Québec. La planification de son futur centre hospitalier constitue un enjeu stratégique de taille qui ne peut souffrir de compromis et qui doit être strictement prise dans l'intérêt supérieur du Québec. Nous sommes à l'ère de la mondialisation et nos institutions doivent concurrencer à l'échelle planétaire. Il est important de convenir dès le départ qu'il ne s'agit pas seulement de construire un hôpital.
L'Université de Montréal propose de créer un véritable campus hospitalier universitaire auquel pourraient se greffer des centres de recherches. En planification d'entreprise, on encourage une stratégie qui mise sur la «synergie». Autrement dit, dans le cas du CHUM, le projet doit améliorer autant le devenir de l'université que celui du réseau de la santé. Séparer leur devenir est un contresens. Il est légitime que l'université cherche à se positionner dans ce choix crucial.
Manque de locaux et de contacts
La Faculté des sciences infirmières souffre d'insuffisance de locaux, de laboratoires et d'autres équipements. La formation infirmière exige, notamment, des laboratoires pour exercer des techniques invasives. De plus, la formation des infirmières praticiennes en spécialité implique la collaboration de la Faculté de médecine et de médecins spécialistes. Enfin, ajoutons que, présentement, les étudiants des différentes facultés s'éparpillent en plusieurs endroits et les contacts entre eux sont rarissimes. Or, la mentalité sectaire des différents professionnels s'avère un frein à l'interdisciplinarité.
Un milieu hospitalier universitaire doit contribuer à l'émergence de pratiques professionnelles basées sur des données probantes, donc des pratiques d'excellence véritables modèles pour les étudiants en médecine et en sciences infirmières et inspiratrices pour l'ensemble du réseau de la santé. Cet objectif est plus facile à atteindre dans un campus hospitalier universitaire conjuguant à la fois l'apprentissage théorique et pratique et où finalement, la vocation d'enseignement est au coeur de la mission et pas seulement placardée sur la façade de l'établissement. La qualité du lieu d'apprentissage a un impact sur les futurs professionnels en termes de compétences, de culture professionnelle, de fierté de servir, d'interdisciplinarité, mais aussi sur la rétention éventuelle de ces professionnels au Québec.
La pertinence de la construction d'un «vrai» CHUM s'impose d'elle-même. Ce qui devait être un grand projet visionnaire et mobilisateur est malheureusement en train de devenir la plus grosse chicane de la décennie.

CHUM-Outremont: 550 lits pour plus de 2 milliards :
Un document du Conseil exécutif précise les hypothèses envisagées
Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 12 janvier 2005
Le projet d'implantation du CHUM à Outremont nécessiterait un investissement excédant les deux milliards de dollars et obligerait le gouvernement à réduire à 550 le nombre de lits sans pour autant être capable de respecter l'échéancier de 2010.
Selon un document issu du Conseil exécutif (le ministère du premier ministre) dont Le Devoir a obtenu copie, les deux experts mandatés la semaine dernière par le gouvernement de Jean Charest pour étudier les travaux d'analyse des experts précédents auront à recommander un hôpital universitaire de 700 lits au centre-ville (1000 Saint-Denis) ou une technopole de la santé et du savoir dans la gare de triage d'Outremont, qui ne compterait plus que 550 lits et qui risquerait de faire doubler le plafond budgétaire fixé à l'origine à 1,1 milliard.
Le document de quatre pages explicite le mandat d'Armand Couture et de Guy Saint-Pierre et rend compte des différentes conclusions de la commission Mulroney-Johnson (y compris l'avis complémentaire de M. Johnson), de l'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal ainsi que du comité interministériel mis en place l'automne dernier pour étudier le projet de l'Université de Montréal de construire côte à côte le CHUM et un campus universitaire des sciences de la santé.
Ce dernier groupe de travail auquel ont participé les hauts fonctionnaires des ministères de la Santé, de l'Éducation, du Développement économique et régional et de la Recherche, des Affaires municipales, du Conseil du trésor, de la Sécurité publique ainsi que des Transports «a estimé que les coûts [du projet à Outremont] pourraient excéder le montant de deux milliards de dollars». Daniel Johnson est également arrivé à la conclusion que le projet à Outremont entraînerait un dépassement budgétaire par rapport au cadre déterminé par le gouvernement (800 millions en fonds publics québécois auxquels s'ajoutent des fonds privés et un soutien fédéral pour un total de 1,1 milliard).
Au cabinet du ministre de la Santé, on rappelait hier que le ministre Philippe Couillard affirmait déjà en juin dernier que la création de 700 nouveaux lits, plutôt que le projet du centre-ville, qui prévoit la «rénovation de 250 lits dans le site existant et l'ajout de 450 nouveaux lits», s'accommoderait mal du cadre financier gouvernemental. «À partir du moment où l'on est prêt à analyser un site dont on sait à l'avance qu'il coûterait plus de 800 millions, la balise financière pourrait évoluer», a affirmé l'attachée de presse du ministre, Cathy Rouleau.
Pour ce qui est de l'échéancier, le document du Conseil exécutif indique que, selon Daniel Johnson, le CHUM à Outremont ne pourrait être réalisé pour 2010 - d'ailleurs, le gouvernement Charest parle maintenant d'une mise en activité en 2010-11 - à moins d'une «parfaite synchronisation entre les différents intervenants impliqués». À cet égard, l'érection du CHUM sur l'actuel site de l'hôpital Saint-Luc représente des risques moins élevés, souligne-t-on.
M. Johnson a également noté que le choix d'Outremont aurait des conséquences sur le centre-ville, qui «subirait possiblement un déficit de lits». L'Agence de développement de réseaux locaux de services de santé et de services sociaux de Montréal a fait une analyse similaire. Ainsi, l'Agence a conclu que «le nombre maximum de lits à aménager dans le cadre du projet Outremont serait de 575 au lieu de 700» afin d'assurer une offre de services au centre-ville. De son côté, le comité interministériel a fait valoir que les inconvénients en ce qui a trait à la sécurité et à l'accessibilité conduisent «à réduire le nombre de lits aménagés à 550».
Cette hypothèse du projet revu et corrigé de l'UdeM à laquelle Le Devoir faisait écho la veille de Noël laisse donc entrevoir la possibilité que le CHUM se retrouve écartelé sur deux emplacements. Le document mentionne d'ailleurs que, si le 1000 Saint-Denis obligera à maintenir au centre-ville 300 lits pour les besoins de proximité, avec le projet Outremont ce nombre «devrait être possiblement supérieur».
La réduction du nombre de lits soulève une opposition vive tant du côté des têtes dirigeantes de l'actuel CHUM que du côté de l'Université de Montréal. Au-delà des divergences d'opinion quant à la future adresse du CHUM, la communauté universitaire et le corps médical s'entendent pour exiger un hôpital de 700 lits disponibles sur un seul site à compter de 2010. Devant la nouvelle version du projet Outremont qui semble se dessiner, le conseil d'administration du CHUM a tenu hier soir une assemblée à huis clos pour discuter de cette délicate question.
Ce matin, les députés péquistes de Montréal, qui ont été bien silencieux jusqu'à maintenant dans ce dossier, tiennent une conférence de presse pour réclamer notamment que le dossier soit étudié en commission parlementaire.
De son côté, le ministre Couillard a brièvement commenté hier le dossier du CHUM alors qu'il annonçait une consultation publique sur le tabac. Il a justifié les nouveaux délais pour que le gouvernement prenne une décision par des retards dans la définition même du projet du CHUM. Il a également souligné que d'autres débats se profilaient derrière ce dossier. «Mêlés au débat du CHUM, on retrouve le débat francophones-anglophones, le débat classe d'affaires versus mouvements sociaux ou la gauche, le débat Université de Montréal versus l'université McGill», a affirmé M. Couillard.
Pendant ce temps, les nouveaux experts Couture et Saint-Pierre ont amorcé leurs travaux. La semaine dernière, ils ont eu un premier contact avec l'Université de Montréal. Lundi, c'était le tour du directeur général du CHUM, le Dr Denis Roy, de rencontrer M. Couture.
Pour mener à bien leur analyse, Armand Couture et Guy Saint-Pierre sont payés chacun 1100 $ par jour. Ils pourront facturer chacun le gouvernement pour un maximum de 30 000 $. Ces frais s'ajoutent à ceux de M. Johnson pour son avis complémentaire, mais aussi aux travaux de la commission à laquelle a participé également Brian Mulroney, pour un total de 1,4 million de dollars.
Avec la collaboration de la Presse canadienne

Assez d'impro!
Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir mercredi 12 janvier 2005
ÉDITORIAL - La création d'un nouveau comité, annoncée la semaine dernière par le premier ministre Jean Charest, ne peut pas conduire à un choix éclairé pour l'avenir du CHUM. ll faut stopper les machines avant qu'il ne soit trop tard et confier ce dossier à une commission de consultation et d'évaluation indépendante, comme le recommande l'expert en la matière, M. Luc Ouimet, dont les propos ont été rapportés à la une de notre édition d'hier.
En affirmant qu'il n'était désormais plus question de choisir entre deux sites possibles pour le futur CHUM mais entre deux «projets différents», un grand hôpital spécialisé et une cité des sciences de la vie, le premier ministre Charest est venu modifier la donne du problème. Car toutes les études d'impact et de faisabilité produites à ce jour ont porté sur la construction d'un grand hôpital d'enseignement universitaire, aucune n'ayant abordé le concept d'un cité intégrée des sciences de la vie.
À première vue, cette idée de technopole de la santé, défendue de façon aussi surprenante que féroce par le milieu des affaires, présente un intérêt certain, nous l'avons toujours reconnu. Mais comme elle propose de quitter le centre-ville, qu'elle comporte beaucoup d'inconnues et qu'elle n'a jamais fait l'objet d'études indépendantes, il serait irresponsable pour un gouvernement d'aller de l'avant.
Arguments de fond et chiffres à l'appui, il faut savoir quel serait l'incidence d'un tel projet sur l'enseignement et la recherche, mais aussi sur le développement urbain, la sécurité des patients, les services à la population cible et, bien sûr, les finances publiques. Le Québec a déjà investi beaucoup d'argent dans des «concepts» de papier exempts d'analyses préalables: la Cité du multimédia et la Cité du commerce électronique en sont des exemples dont plus d'un doute aujourd'hui de l'intérêt. Le CHUM est un projet différent, bien sûr, mais que dire de plus pour le moment?
Un rapport synthèse produit l'automne dernier pour la Ville de Montréal, par la firme d'urbanistes Groupe Gauthier, Biancamano, Bolduc, indique que la construction du CHUM sur le site de la gare de triage d'Outremont affecterait fortement la vocation de ce quartier et viderait le centre-ville de milliers d'emplois structurants. Cela non plus n'a pas été analysé. Quant au coût global d'un tel projet, il varie considérablement selon que l'on se fie aux promoteurs ou au comité interministériel créé par le gouvernement, qui en arrive à un total de plus de deux milliards.
Dans ces conditions, comment deux ingénieurs et administrateurs, MM. Guy Saint-Pierre et Armand Couture, peuvent-ils en arriver à une conclusion éclairée après seulement trois semaines de travail? Impossible!
Québec doit donc suspendre le mandat de ce comité pour créer une commission de consultation et d'évaluation indépendante. Cette commission fonctionnerait selon les règles de l'art, recevrait l'avis de tous les intéressés et procéderait à l'analyse détaillée des coûts et des bénéfices des options présentées. Seule une telle commission pourra rallier les uns et les autres en toute neutralité.
S'il choisit de faire l'économie d'une telle démarche, le gouvernement Charest tranchera à l'aveugle dans le vif du problème, avec la certitude de causer des blessures profondes dans la collectivité.
j-rsansfacon@ledevoir.ca

L'OPPOSITION OFFICIELLE RECLAME UNE COMMISSION PARLEMENTAIRE AU SUJET DE L'EMPLACEMENT D'UN NOUVEAU CHUM
MONTREAL, le 12 janv. /CNW Telbec/
MONTREAL, le 12 janv. /CNW Telbec/ - L'opposition officielle réclame que
soit tenue dès le mois de février une commission parlementaire portant sur la
question de l'emplacement d'un nouveau Centre hospitalier universitaire à
Montréal. Dans une lettre adressée au leader du gouvernement, la dép