C'est en 2005 que se jouera l'avenir énergétique du Québec

François Normand
Les Affaires samedi 8 janvier 2005

La commission parlementaire, qui débutera le 25 janvier, abordera plusieurs enjeux

La commission parlementaire sur l'avenir énergétique du Québec s'annonce comme l'enjeu clé de la nouvelle année dans le secteur de l'énergie. À terme, le gouvernement formulera une nouvelle politique qui guidera la prochaine décennie, les choix nécessaires pour assurer la sécurité énergétique et maximiser le développement économique.

La commission débutant le 25 janvier abordera la diversification des sources d'énergie, la fiabilité des sources d'approvisionnement, l'équilibre entre l'offre et la demande d'électricité, le juste prix de l'énergie, la conciliation du recours à l'énergie et le développement durable. Les questions soulevées par ces enjeux seront multiples.

Doit-on construire des centrales thermiques ? Faut-il chauffer les nouvelles maisons au gaz naturel ? Les terminaux méthaniers sont-ils indispensables ? Que faire du potentiel hydroélectrique ? Faut-il exploiter les hydrocarbures dans le golfe du Saint-Laurent ?

À peu près tous les acteurs du secteur sont interpellés par ce débat, que ce soit Hydro-Québec, Gaz Métro, les pétrolières, les producteurs d'énergies dites alternatives (éolien, biomasse, solaire, géothermie, etc.) jusqu'aux spécialistes de l'efficacité énergétique.

"À long terme, cette politique énergétique sera déterminante pour le point d'origine de nos approvisionnements et pour le développement de notre réseau gazier et de nos insfrastructures", dit Jean Simard, vice-président, affaires publiques de Gaz Métro. Son projet de terminal méthanier près de Lévis en est un bon exemple. De son côté, Hydro-Québec saura au terme du débat si elle doit faire une croix sur la construction de centrales au gaz naturel, comme son controversé projet du Suroît.

La commission confirmera sans doute que le Québec doit réaliser le plein potentiel de ses ressources hydroélectriques. D'ici 2010, Hydro-Québec mettra quelques centrales en service, comme Easmain-1 (2007), mais aucun chantier ne démarrera en 2005. Elle a d'autres projets au-delà de 2010, comme La Romaine (2014-2015).

Bloc d'énergie éolienne

Outre ce débat public, l'un des enjeux importants en 2005 est le deuxième appel d'offres que lancera Hydro-Québec Distribution (HQD) pour un second bloc de 1000 MW d'énergie éolienne. Le distributeur n'attend plus qu'un décret du gouvernement fixant les règles et le cadre du processus, ce qui ne devrait tarder.

La grande question : où seront-elles installées ? La Côte-Nord, le Bas-Saint-Laurent et la Gaspésie-Îles-de-la-Madeleine bataillent fort pour les avoir. Rappelons que la production du premier bloc d'énergie éolienne sera implantée en Gaspésie et dans la région de Matane. Le décret contenait une obligation de contenu régional pour la fabrication des machines.

Pour ce qui est du prix de l'énergie, le cours du baril de pétrole est à surveiller. En fin d'année, il s'est stabilisé à 41-42 $ US. Bien malin qui peut prédire comment il se comportera en 2005, d'autant plus que les analystes s'attendaient à ce qu'il baisse en 2004.

Quant au prix de l'électricité, de nouvelles hausses sont en vue. HQD demandera une nouvelle augmentation à compter du 1er avril. TransÉnergie, la division transport de la société d'État, demandera aussi à la Régie de l'énergie de relever ses tarifs. Mais l'impact sur la facture ne se fera sentir qu'en 2006.

francois.normand@transcontinental.ca




La France grandit... au Québec : Ses ventes dans la province ont augmenté de 18% depuis l'an 2000

Éric Clément
La Presse vendredi 7 janvier 2005

Corollaire d'un rapprochement politique, culturel et économique entre Paris et Québec marqué en 2004 par la conclusion d'une alliance politique et économique, la part de marché commercial de la France au Québec a augmenté de 18 % depuis 2000.

Les ventes françaises au Québec tournent en général autour de 2,4 milliards de dollars par année, une moyenne si l'on considère les 3,3 milliards de 1999, à l'époque où les livraisons d'avions Airbus faisaient pencher favorablement la balance, et le creux de 2,2 milliards l'année suivante.

La France est le quatrième fournisseur du Québec avec 4,6 % du marché, derrière les États-Unis (33 %), le Royaume-Uni (8,5 %) et la Chine (7 %). Il s'agit toutefois d'une hausse de 18 % de sa part de marché depuis 2000, alors qu'elle s'établissait à 3,9 %. Cette part de marché de 4,6 % est cinq fois plus élevée qu'elle ne l'est à l'échelle canadienne (0,9 %).

" Si on analyse la composition des ventes de produits français au cours des quatre dernières années, il apparaît que la baisse des livraisons dans le secteur aéronautique a été compensée par la montée en puissance d'autres secteurs ", explique le chef de la mission économique française à Montréal, Marc Bouteiller.

Même dans les années de vaches maigres, l'aéronautique demeure le secteur phare des exportations françaises au Québec, représentant 15 % du total. Parmi les entreprises françaises qui exportent dans ce secteur, citons Thalès (avionique), Snecma (pièces pour moteurs) et Messier Dowty (trains d'atterrissage), sans oublier un grand nombre de PME.

Premier acheteur de vins français

Après l'aéronautique, l'exportation des vins et spiritueux représente le deuxième secteur d'exportation. La Société des alcols du Québec (SAQ) est le premier acheteur mondial de vins français, avec 3,9 millions de caisses en 2003 (+3,6 % par rapport à 2002). En ce qui concerne les vins rouges, la France représente, en valeur, 70 % du marché québécois.

" Le Québec est un des rares marchés au monde (avec la Russie et le Japon) où les ventes de vins français continuent de progresser régulièrement, grâce notamment au dynamisme des vins de pays ", explique M. Bouteiller.

Les produits pharmaceutiques ont, pour leur part, vu leurs ventes quadrupler depuis 2000, dépassant les 200 millions en 2003 (comparativement à 51 millions en 2000). On retrouve sur le marché québécois les grands laboratoires français que sont Aventis, Sanofi et Servier et les multinationales faisant affaire à partir de la France comme Lilly ou Glaxo SmithKline.

Viennent ensuite les équipements électriques et électroniques (Alstom, Thomson), l'industrie mécanique, les parfums et cosmétiques (Dior, Chanel, Guerlain, L'Oréal, Yves Rocher), l'édition, l'industrie sidérurgique et l'industrie des fromages.

Quelque 700 entreprises françaises exportent pour plus de 250 000 $ vers le Québec et génèrent à elles seules plus de 90 % du chiffre total des exportations, le reste résultant de l'activité de plusieurs centaines de PME.

Mais M. Bouteiller précise qu'aux 2,4 milliards d'exportations de marchandises, il faut rajouter 1,2 milliard de recettes provenant de la vente de services (transports, tourisme, assurance, redevances, etc.) et de revenus d'investissements et transferts. Ainsi, les banques françaises BNP-Paribas et Société générale ont leur siège canadien à Montréal et financent des entreprises québécoises. Citons aussi les entreprises de services que sont Axa (assurance), Nouvelles Frontières (tourisme), Air France (transport), Accor (hôtellerie) et Sodexho (restauration).

Les investissements français au Québec continuent de progresser. D'ailleurs, la France est le deuxième investisseur étranger au Québec, derrière les États-Unis et devant le Royaume-Uni, selon Investissement Québec. Le nombre de dossiers d'investissements dépassait la douzaine l'an dernier et ce, pour de nouveaux projets, des agrandissements ou des modernisations. Si les plus gros investissements sont le fait de grandes entreprises, le potentiel de croissance dépend très largement des PME, qui s'intéressent de plus en plus au Québec comme tremplin vers le marché nord-américain.

Si 220 filiales d'entreprises québécoises sont installées en France (le Québec est le 44e fournisseur de la France), il y actuellement 315 filiales françaises au Québec, qui génèrent un chiffre d'affaire d'environ 19 milliards. Elles emploient 15 000 personnes (40 000 à l'échelle canadienne). Si l'on fait la part de celles qui arrivent et de celles qui partent, il y a de 10 à 15 filiales françaises de plus au Québec, chaque année.

Les principaux investisseurs français au Québec ne sont pas forcément de gros importateurs puisque parmi les 12 premières filiales, plus de la moitié n'importent pas ou très peu. Les grands groupes français (Pernod Ricard, Danone, Air Liquide, etc.) sont presque tous présents au Québec, qui accueille aussi un très grand nombre de PME. " Sur les 315 filiales françaises, on peut estimer que plus des trois quarts sont des émanations de PME, et dans tous les secteurs d'activité ", dit M. Bouteiller.

Selon lui, les PME françaises sont attirées au Québec par des coûts d'implantation inférieurs à ce qu'ils sont dans le reste de l'Amérique du Nord, notamment en ce qui a trait à l'immobilier, l'énergie ou la main-d'oeuvre. De plus, les entrepreneurs français regardent avec beaucoup d'intérêt les pôles d'excellence de l'économie québécoise tels que l'aéronautique, les technologies de l'information, les sciences de la vie, la recherche et le développement.

" Il y a au Québec un potentiel scientifique et technologique tout à fait remarquable, un des meilleurs sur le continent nord-américain, ce qui est lié à l'excellence des universités et aussi à la politique fiscale menée par le gouvernement québécois qui aide énormément la recherche technologique ", explique de son côté le consul général de France au Québec, François Alabrune.

Jouent également un rôle important les programmes de coopération industrielle (Ubifrance-Québec aide près de 60 PME par année) ou d'implantation (Implantis, mis en oeuvre par la région Rhône Alpes à Montréal) et l'aide d'organismes québécois, comme Montréal International ou Investissement Québec qui ont permis notamment l'arrivée d'Ubisoft et l'investissement récent de Mécachrome.

Eric.clement@lapresse.ca




Une plus-value de 9 milliards pour la Caisse?

Michel Girard
La Presse samedi 8 janvier 2005

C'est un rendement d'au moins 10,2 % que la Caisse de dépôt et placement du Québec devrait afficher pour l'année 2004. Ce rendement " minimum " correspond à la performance pondérée des indices de référence qui servent d'éléments de comparaison pour évaluer le travail des gestionnaires des nombreux portefeuilles de la Caisse.

Si l'on tient pour acquis que les déposants ont laissé entre les mains de la Caisse la totalité de l'actif net accumulé au 31 décembre 2003, soit 89,4 milliards de dollars, la Caisse aurait fait fructifier leur actif d'une plus-value minimale de 9,1 milliards.

Dans l'hypothèse où le grand patron Henri-Paul Rousseau et ses gestionnaires de portefeuilles de la Caisse présentent un tel rendement minimum de 10,2 %, cela laisse présager que la Caisse de dépôt et placement du Québec battrait le rendement moyen des caisses de retraite canadiennes, lequel devrait se situer autour de 9,0 % pour l'année 2004.

Depuis son arrivée à la tête de la Caisse, en septembre 2002, Henri-Paul Rousseau a introduit mille et un changements dans le but ultime d'augmenter la performance des divers portefeuilles gérés pour le compte de ses nombreux déposants, dont la Régie des rentes du Québec (19,2 milliards), les régimes de retraite des employés de l'État (36 milliards), la Commission de la construction du Québec (7,5 milliards), la Commission de la santé et de la sécurité du travail (7,2 milliards), la Société de l'assurance automobile (6,6 milliards), le Fonds d'amortissement des régimes de retraite (11,7 milliards).

M. Rousseau a pris la tête de la Caisse au moment où celle-ci traversait une crise de confiance sous l'ancienne administration de Jean-Claude Scraire, laquelle crise coïncidait avec deux années de piètre rendement.

En 2001, la Caisse avait rapporté une perte de 4,99 %, à comparer à un recul de seulement 1,51 % pour le portefeuille et les indices de référence. En 2002, le gigantesque portefeuille de la Caisse devait enregistrer une contre-performance encore plus importante, perdant 9,57 %. Par rapport au portefeuille et ses indices de référence, la Caisse accusait un recul de 3,9 points de pourcentage.

Heureusement pour Henri-Paul Rousseau, sa " première " année à titre de gestionnaire en chef, soit en 2003, lui a permis de redorer le blason des gestionnaires de la Caisse. La Caisse a présenté en 2003 un rendement de 15,23 %. Ouf! ce rendement dépassait ainsi de quelques poussières (8 centièmes de point) le portefeuille et les indices de référence.

Au cours de ses huit années à la tête de la Caisse de dépôt et placement, l'équipe Jean-Claude Scraire et Michel Nadeau avait battu le portefeuille et les indices de référence à cinq reprises. Le tandem Scraire-Nadeau avait en outre enregistré six bonnes années de suite: 1995 (+18,19 %), 1996 (+15,56 %), 1997 (+12,95 %), 1998 (+10,24 %), 1999 (+16,48 %), 2000 (+6,23 %).

Malheureusement pour MM. Scraire et Nadeau, l'effondrement en Bourse des secteurs de la haute technologie, des télécommunications et des médias devait entraîner le portefeuille de la Caisse dans le rouge. Conséquemment, le règne de Scraire-Nadeau s'est ainsi terminé dans la contre-performance, soit - 4,99 % en 2001 et - 9,57 % en 2002.

Revenons au règne de M. Rousseau. Force est d'admettre qu'en 2002, la Caisse avait grandement besoin d'un gros ménage et aux yeux de l'ancien premier ministre Bernard Landry, M. Rousseau apparaissait l'homme tout désigné pour donner les coups de balai requis. Mais dans le gros ménage de M. Rousseau et la restructuration qu'il a imposée, il y a malheureusement (pour la Caisse et ses déposants) de très bons gestionnaires qui ont perdu leur job.

Par ailleurs, les déposants de la Caisse s'attendent sûrement à ce que Henri-Paul Rousseau et ses gestionnaires de portefeuilles présentent une performance supérieure aux indices de référence. À quoi servirait d'embaucher des dizaines et des dizaines de gestionnaires et de spécialistes si on se contente du rendement des indices de référence?

Si l'objectif des déposants de la Caisse est de se " contenter " du rendement des indices de références, il suffirait que la Caisse singe la composition desdits indices. Cela demande peu d'employés et aucune compétence, sauf d'être un bon copieur.

Aujourd'hui, grâce à la sophistication et à la mondialisation des marchés financiers, il est possible de se procurer les instruments financiers qui copient parfaitement des tonnes d'indices de référence.

Dans le tableau ci-contre, vous trouverez chacun des indices de référence sur lesquels se basent les gestionnaires des 13 portefeuilles de la Caisse pour comparer leur performance respective. Et dans la dernière colonne du tableau, vous serez en mesure de constater la contribution de chacun de ces indices dans le rendement global du portefeuille de référence de la Caisse.

Pour être en mesure d'apprécier à leur juste valeur les indices de référence, voici, en date du 31 décembre 2003, les principaux portefeuilles de la Caisse, en milliards de dollars et en pourcentage de l'actif total:

Obligations, revenu fixe: 27,8 milliards (31,15 %)
Actions canadiennes: 15,6 milliards (17,5 %)
Actions américaines: 7,5 milliards (8,4 %)
Actions étrangères: 7,94 milliards (8,9 %)
Obligations Québec Mondial: 6,1 milliards (6,8 %)
Placements privés: 6,1 milliards (6,84 %)
Immeubles: 7,7 milliards (8,64 %)

L'an dernier, Henri-Paul Rousseau avait dévoilé le rendement de la Caisse vers la mi-février. Il reste donc un mois d'attente... avant de pouvoir analyser les bons et les mauvais coups de la Caisse.

RENDEMENT ET IMPACT DES INDICES DE RÉFÉRENCE

Caisse de dépôt et placement du Québec
Indices / Rendement indice
SC Bons du Trésor 91 jours / 2,33%
SC Hypothèques résidentielles 3 ans / 6,56%
SC Obligataire universel / 6,94%
S&P/TSX plafonné / 14,48%
S&P 500 couvert / 11,71%
S&P 500 non couvert / 2,81%
MSCI EAFE Free couvert / 13,10%
MSCI EAFE Free non couvert / 11,49%
MSCI EM non couvert / 16,41%
INDICE Québec Mondial / 16,31%
S&P 600 ajusté¹ / 16,70%
AON Immeubles¹ / 10,80%
S&P/TSX ajusté¹ / 8,40%

Portefeuille de CDP visé / Impact sur portefeuille CDP de référence
Valeurs court terme / 0,06%
Hypothèques / 0,24%
Obligations / 2,16%
Actions canadiennes / 2,53%
Actions américaines Couvert / 0,35%
Actions américaines Non couvert / 0,15%
Actions étrangères EAEO couvert / 0,38%
Actions étrangères EAEO non couvert / 0,71%
Actions émergence / 0,18%
Obligations Québec Mondial / 1,11%
Placements privés / 1,14%
Immeubles / 0,93%
Participations Infrastructures / 0,25%
RENDEMENT PROJETÉ DU PORTEFEUILLE CDP CAPITAL * 10,20%

¹ Projection de La Presse




Des investissements de 5,7 milliards en attente
La future politique énergétique du Québec sème le doute

Hélène Baril
La Presse mercredi 12 janvier 2005

Des investissements totalisant 5,7 milliards de dollars sont en attente de la nouvelle politique énergétique promise par le gouvernement du Québec et la plupart de ces projets disparaîtront si les tarifs d'électricité continuent d'augmenter au rythme actuel.

Dans son mémoire à la commission parlementaire sur l'énergie, l'Association québécoise des consommateurs industriels d'électricité (AQCIE), qui regroupe les plus gros clients d'Hydro-Québec, prévient le gouvernement que l'incertitude actuelle quant à la disponibilité et au prix de l'énergie nuit à l'économie du Québec.

" Il est clair que l'absence de stabilité qui se perpétue depuis des mois pourrait compromettre en tout ou en partie certains des projets ", écrit le président de l'association, Luc Boulanger.

M. Boulanger n'a pas voulu donner beaucoup de détails sur la nature des investissements en question, dont la réalisation s'échelonne entre 2005 et 2008. La liste de projets d'investissement provient d'un sondage réalisé par l'Association québécoise des consommateurs d'électricité auprès de ses membres, qui exploitent ensemble 72 usines et emploient 33 500 personnes au Québec. Il s'agit d'alumineries, de fabricants de pâtes et papiers et de produits chimiques, qui sont présents surtout dans les régions du Québec.

" Ce sont des projets d'expansion et de modernisation d'usines existantes ", a précisé Luc Boulanger au cours d'un entretien téléphonique.

Pour ces entreprises, l'électricité peut représenter jusqu'à 80 % des coûts de production et l'évolution des tarifs est, par conséquent, leur préoccupation principale. " Il s'agit non seulement d'un facteur majeur dans la décision que prendront ces entreprises de réaliser ou non leurs projets de développement au Québec, mais aussi dans le maintien des usines actuellement en opération ", peut-on lire dans le document.

Pour ces gros consommateurs d'énergie, la fin abrupte du gel des tarifs décrétée par le gouvernement actuel et les hausses à répétition exigées depuis par Hydro-Québec ont créé un climat d'incertitude qui les empêche de planifier leurs activités.

Les entreprises s'inquiètent aussi de la volonté exprimée par le premier ministre Jean Charest d'augmenter les exportations d'électricité ainsi que des messages contradictoires sur l'évolution prévisible des tarifs d'électricité au Québec.

L'AQCIE estime que le gouvernement du Québec ferait une erreur s'il laissait Hydro-Québec s'engager dans la voie des exportations au détriment des grandes entreprises bien établies sur son territoire.

Les exportations d'électricité sont actuellement très rentables, convient Luc Boulanger, mais il s'agit d'une situation conjoncturelle qui ne doit pas servir de fondement à la politique québécoise de développement industriel. " Le temps viendra, une fois la manne américaine passée, où le fournisseur sera heureux d'avoir conservé ses clients de proximité que sont les grandes entreprises consommatrices d'électricité. "

Par ailleurs, ces gros consommateurs d'électricité ne considèrent pas qu'ils jouissent de tarifs privilégiés au Québec, comme plusieurs le croient. Au contraire, ils trouvent qu'ils paient trop cher par rapport aux consommateurs résidentiels, qui coûtent plus cher à desservir que les usines.

L'AQCIE demande donc au gouvernement de mettre fin à cette forme de subvention (aussi appelée interfinancement) dont le coût est estimé à 300 millions de dollars par année pour les grandes entreprises.




André Caillé a eu le tort d'être en avance sur son temps

Joseph Facal
Professeur à HEC Montréal et ancien président du Conseil du trésor du Québec
Les Affaires samedi 15 janvier 2005

Il était parfaitement prévisible que le premier ministre Jean Charest s'empresse de liquider l'idée lancée par le président d'Hydro-Québec, André Caillé, de hausser graduellement les tarifs d'hydro-électricité jusqu'au prix du marché, avant qu'on ne se mette à en discuter sérieusement. Quand un gouvernement patauge dans une impopularité chronique, il met ses voiles dans le sens du vent et écarte systématiquement tout ce qui peut nuire à ses chances de réélection. Voilà pourtant un débat auquel il faudra revenir tôt ou tard.

L'idée de hausse des tarifs n'est pas neuve. En février 2004, un groupe de personnalités réunies par La Presse, dont je faisais partie, avait mis de l'avant la même proposition. Pour en comprendre la pertinence, il faut être capable de considérer l'ensemble du portrait, et pas seulement notre facture mensuelle.

L'État du Québec est aujourd'hui incapable de faire face à ses obligations de base. Les réseaux de la santé et de l'éducation ont raison de se dire sous-financés. Nos routes sont une honte. Le poids de la dette est de plus en plus lourd à porter. La croissance économique génère des revenus insuffisants pour suivre le rythme des dépenses. Trois raisons à cela : le déclin démographique, une création de richesse insuffisante et le déséquilibre fiscal entretenu par Ottawa.

Si les tarifs d'électricité rejoignaient le prix du marché, des revenus supplémentaires de plus de quatre milliards de dollars par année seraient générés. Placés dans un fonds d'investissement sur le modèle de ce que l'Alberta a fait jadis avec ses revenus pétroliers, ils pourraient financer des projets prioritaires de développement qui profiteraient à toute la collectivité.

On ne peut, d'un côté, déplorer l'insuffisance des moyens budgétaires du gouvernement et, de l'autre, se fermer à ce que l'on exploite davantage la principale ressource naturelle dont le Québec dispose. L'État, c'est nous.

Le principal défi serait de mettre en place des balises garantissant que l'État ne détournerait pas ces sommes à d'autres fins, comme le fait Ottawa avec les cotisations à l'assurance emploi. Il faudrait aussi prévoir des mesures de compensation pour les ménages à faible revenu et les entreprises les plus touchées.

La vraie question est de savoir s'il est préférable de profiter d'une richesse collective sous forme d'investissements générateurs de croissance économique ou sous forme de tarifs subventionnés. On pourrait aussi s'en servir, comme le suggérait l'économiste Pierre Fortin, pour commencer à rembourser notre dette, qui semble toujours être le problème de quelqu'un d'autre.

L'autre grande vertu de ce changement de cap serait son impact environnemental et culturel. Les Québécois pensent à tort que les services publics sont gratuits. Il en résulte un gaspillage faramineux dont profitent surtout les plus riches. Il faut avoir entendu au moins une fois les réactions de certains immigrants quand ils voient des Québécois arroser l'asphalte de leur entrée de garage en plein été pour s'en convaincre.

Soyons honnêtes : nous sommes souvent des environnementalistes du dimanche, qui nous donnons bonne conscience en mettant au chemin les matières recyclables, pour autant que cela ne touche pas trop un mode de vie que nous prenons pour un droit inaliénable. Quand on voit le psychodrame orchestré par des groupes organisés qui accueille chaque hausse des tarifs d'électricité, on comprend que le principal défaut de l'idée de M.Caillé est d'être radicalement en avance sur son temps.

lesaffaires.redaction@transcontinental.ca




La constitutionnalité de l'ALENA est contestée
Le procès portera sur le controversé chapitre 11 du traité commercial

Éric Desrosiers
Le Devoir jeudi 13 janvier 2005

Une cour ontarienne aura à juger de la constitutionnalité de l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) à la fin du mois. Premier recours du genre contre le traité commercial, le procès, intenté par le Syndicat des travailleurs et des travailleuses des postes (STTP) et le Conseil des Canadiens, portera sur le controversé chapitre 11 et les dommages qu'il infligerait à l'indépendance des tribunaux et au respect des principes démocratiques.

L'affaire, qui sera jugée à Toronto les 24 et 25 janvier par la Cour supérieure de l'Ontario, a été amorcée en 2001 après que la compagnie américaine de livraison de colis UPS eut elle-même déposé, devant les instances de l'ALENA, une plainte pour concurrence déloyale contre la Société canadienne des postes.

«On s'est rendu compte que les employés des postes n'avaient même pas le droit d'être entendus par le tribunal de l'ALENA, même si leurs emplois étaient directement en jeu et même si l'on parle de l'avenir d'un service public», explique André Frappier, directeur national au STTP, à propos de la poursuite de 230 millions $US encore pendante.

On en veut notamment contre le fait que le mécanisme de règlement des différends, prescrit dans le chapitre 11 de l'ALENA, crée un cadre légal dans lequel les entreprises privées peuvent, en tout temps, poursuivre les gouvernements si elles se sentent lésées, alors que l'inverse n'est pas possible. On note que ces dispositions, entérinées par le gouvernement fédéral, sont susceptibles de réduire les pouvoirs des provinces garantis par la Constitution et délèguent à un tribunal international des questions censées être de la compétence exclusive des cours canadiennes. On conteste, également, le fait que des règles, empruntées aux tribunaux d'arbitrage privés et marquées du sceau du secret, s'appliquent à des questions de politique publique relevant du débat démocratique et de la Charte des droits.

Cela a beau être la première fois que l'on met en doute la constitutionnalité de l'ALENA au Canada, aux États-Unis ou au Mexique depuis son entrée en vigueur en 1994, l'avocat de la poursuite n'a pas l'impression de se montrer trop audacieux. «Audacieux? Aussi audacieux que de dire que le roi est nu. Ce n'est pas parce que personne ne l'a jamais fait que nos arguments légaux ne sont pas bons», dit Steven Shrybman, de la firme Sack Goldblatt Mitchell, qui compte à son tableau de chasse le déraillement du projet de privatisation de la société d'État ontarienne d'électricité Hydro One. «Nous ferons valoir à la cour que le chapitre 11 est une tumeur qui peut facilement être enlevée du corps du traité», précise l'avocat, dont la preuve reposera sur l'opinion d'experts en droit et en science politique.

Réplique du gouvernement

Partie défenderesse dans cette affaire, le gouvernement canadien faisait savoir, hier, qu'il ne ferait officiellement connaître ses arguments que le 20 janvier. Une porte-parole du ministère du Commerce international, Carrie Goodge, ajoutait toutefois qu'Ottawa entendait «défendre énergiquement ses intérêts dans ce litige» et estimait que «le chapitre 11 a donné de bons résultats» sans jamais compromettre ses pouvoirs en matière d'environnement, de santé, de culture ou d'affaires sociales. On en a profité pour rappeler que de nouvelles règles favorisent, depuis 2001, la divulgation des documents liés aux poursuites, l'intervention de tierces parties et la tenue d'audiences publiques au tribunal de l'ALENA.

«Tout cela est nettement insuffisant», déclare Jean-Yves LeFort, du Conseil des Canadiens. D'autant plus que l'on assiste, ici comme ailleurs, à une multiplication des accords commerciaux bilatéraux comportant des dispositions similaires à celles du chapitre 11 de l'ALENA, rappelle le responsable de la campagne sur le commerce à l'organisation altermondialiste. «On comprend mal que le Canada continue dans cette veine alors que de plus en plus de voix s'élèvent dans le monde pour s'y opposer.»

Il admet volontiers qu'il «serait surprenant» que la cour ontarienne déclare nul et non avenu l'ALENA lorsqu'elle rendra sa décision dans quelques mois. André Frappier, du STTP, fait toutefois savoir que la contestation juridique «continuera tant qu'il restera des recours à notre disposition. Cet enjeu est trop important pour nous et pour l'ensemble de la population».




Crise de la vache folle :
Québec versera 7,6 millions aux producteurs de bovins

Martin Ouellet
Le Devoir jeudi 13 janvier 2005

pc Québec - Toujours sans nouvelles d'Ottawa, le gouvernement du Québec a décidé de prendre les devants en annonçant une aide financière «conditionnelle» de 7,6 millions aux producteurs de bovins affectés par la crise de la vache folle.

L'aide financière ne sera versée qu'après la conclusion de la vente de l'abattoir Colbex-Levinoff à l'Union des producteurs agricoles (UPA), une transaction annoncée début décembre mais qui tarde à se concrétiser.

«Je pense qu'on est dans les dernières démarches, a cependant assuré hier le président de la Fédération des producteurs de bovins, Michel Dessureault, lors d'une conférence de presse à Québec. D'ici quelques jours, on sera en mesure d'annoncer la finalité dans ce dossier-là.»

Faute d'une participation du gouvernement fédéral, le montant de 7,6 millions débloqué par Québec ne représente que 40 % de l'aide promise aux producteurs en décembre dernier.

La ministre souhaite qu'Ottawa emboîte le pas pour porter le montant à 19 millions, mais promet du même coup que le gouvernement Charest assumera la totalité de la facture si jamais le gouvernement fédéral continue à faire la sourde oreille.

«La réponse est oui, a dit la ministre lorsque questionnée par un reporter. Je le redis ici encore aujourd'hui, on a toujours été là pour les producteurs de bovins depuis le déclenchement de cette crise et on continuera de l'être», a-t-elle affirmé.

Mais pour l'instant, les pourparlers se poursuivent avec le gouvernement fédéral en vue de conclure une entente «à l'arraché», a souligné la ministre.

«Les producteurs ont la ferme intention de continuer dans les prochains jours leurs démarches d'appui au gouvernement du Québec afin que le gouvernement fédéral verse sa quote-part au programme. Dès demain [aujourd'hui], je serai à Ottawa pour m'assurer [...] que le gouvernement fédéral va livrer la marchandise», a renchéri M. Dessureault.

Rétroactif au 1er décembre et s'appliquant jusqu'au mois d'août 2005, le programme d'aide adopté par Québec servira à combler l'écart entre le prix convenu avec l'abattoir pour les animaux de réforme et le prix plancher de 0,42 $ que réclament les producteurs.

«Les producteurs recevront le prix plancher de 0,42 $ peu importe d'où l'aide financière viendra», a dit M. Dessureault, visiblement réjoui.

Selon lui, le gouvernement a même manifesté l'intention d'adopter une loi fixant un prix plancher si jamais les parties ne parvenaient pas à s'entendre sur l'acquisition de l'abattoir Colbex.

«Il est clair qu'advenant le cas où les négociations achoppent, ce qu'on ne pense pas, une entente [sera conclue] avec la ministre pour la mise en place d'une loi et d'un prix plancher», a-t-il dit.

La ministre Gauthier s'est cependant empressée de nuancer les propos du président de la fédération.

«On est à la veille d'une entente signée entre les parties [...] Vous parlez de loi spéciale; moi, j'ai dépassé ça, je regarde en avant», a-t-elle souligné.

Du reste, la ministre croise les doigts pour que la découverte récente d'un troisième cas de vache folle en Alberta ne vienne pas compromettre la réouverture partielle de la frontière avec les États-Unis, prévue au mois de mars.

«Si on se base sur des données scientifiques, je souhaite et j'espère évidemment que ce sera le cas, dans ce sens-là, il ne devrait pas y avoir de modification», a-t-elle mentionné.

Pour l'opposition péquiste, le programme d'aide annoncé par Québec est insuffisant et sent l'improvisation à plein nez.

«Elle n'a pas d'entente avec Ottawa et ne compense qu'à hauteur de 40 %. Les producteurs de bovins ne sont pas plus avancés», a dénoncé le porte-parole de l'opposition officielle en matière d'agriculture, Maxime Arseneau.

Au lieu d'attendre passivement un geste du fédéral, le gouvernement Charest devrait compenser à 100 % les producteurs et refiler par la suite la facture à Ottawa, estime-t-il.




Henri-Paul Rousseau devant le Cercle canadien de Montréal
La Caisse de dépôt réaffirme la justesse de son virage rendement

Claude Turcotte
Le Devoir mardi 25 janvier 2005

Une semaine après l'entrée en vigueur de la nouvelle loi amendant la Loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ), Henri-Paul Rousseau, président du conseil et directeur général de cette importante institution financière, réaffirme haut et fort que la première façon pour la Caisse de contribuer au développement économique du Québec est d'obtenir le meilleur rendement sur ses placements.

M. Rousseau qui parlait hier midi devant un auditoire de gens d'affaires au Cercle canadien de Montréal s'est référé à une étude actuarielle récente montrant qu'une diminution constante de 1 % des rendements de la Caisse pourrait avoir pour effet d'augmenter de façon permanente les cotisations salariales de 4 % par année. Or, une baisse de rendement conjuguée à une hausse des cotisations équivaut à rien d'autre qu'à une hausse d'impôt sans contrepartie, a expliqué le conférencier. À la fin de 2003, les sept plus importants déposants à la CDPQ, soit la Régie des rentes, la CSST, la SAAQ et quelques autres régimes reliés également à des employés d'organismes d'État, accaparaient plus de 98 % du total de l'avoir net de 90 milliards. Le rendement a évidemment un impact important sur le niveau de vie des Québécois, retraités ou pas.

La nouvelle loi visait donc à éliminer l'ambiguïté qui existait jusqu'à maintenant dans la mission de la Caisse entre son rôle de faire fructifier le bas de laine des Québécois et celui de contribuer au développement économique. «Dorénavant, aucun gestionnaire ni aucun président de la Caisse ne pourra évoquer la contribution de la Caisse au développement économique comme cause de sa contre-performance financière», a déclaré M. Rousseau, en notant par ailleurs l'excellente performance de la Caisse en 40 ans d'histoire avec un rendement moyen pondéré de plus de 9 %, malgré sept années de rendements négatifs.

Un contexte difficile

Il a dit espérer que lui-même et ceux qui lui succéderont à la tête de la Caisse sauraient faire aussi bien dans les 40 prochaines années, ce qui ne sera pas facile puisque le secteur financier et l'économie mondiale ont radicalement changé. Ce contexte difficile ainsi que le nombre grandissant des bénéficiaires des régimes de retraite alors que le nombre des travailleurs contribuant aux régimes seront en baisse mettent aussi plus de pression sur les gestionnaires de fonds.

La Caisse fait désormais face à une vive concurrence comme source de capitaux pour les entreprises, de sorte qu'elle n'a plus la quasi-exclusivité de profiter de l'avantage du capital de proximité, c'est-à-dire de la clientèle québécoise et canadienne. Même Hydro-Québec et le gouvernement québécois ont leur propre réseau de contacts pour aller emprunter de l'argent, sans aucun recours à la Caisse. Après 40 ans, le gouvernement du Canada a décidé de se doter d'un système copié sur celui de la Caisse. Il y a en outre des fonds de retraite puissants en Ontario et dans d'autres provinces. Par exemple, à la surprise générale, c'est le Fonds d'investissement de Colombie-Britannique qui a fait l'acquisition du Marché central à Montréal. Bien sûr, il y a par surcroît toute cette vague irrésistible qui vient de l'Asie. «Ce n'est plus seulement le capital qui est mobile, c'est l'activité économique elle-même qui se déplace à une vitesse inquiétante», souligne M. Rousseau.

Au lieu de bouder ou de fuir cette évolution, la Caisse a décidé de s'y adapter pour mieux servir les entreprises québécoises dans trois segments de marché distincts: celui du capital de risque et démarrage, celui de la moyenne entreprise et celui de la grande entreprise. Pour le premier segment, la Caisse déploie cinq stratégies qui impliquent des engagements de 520 millions d'ici 2007, soit un rythme d'investissement quatre fois supérieur à celui des dernières années.

Pour le créneau de la moyenne entreprise, la Caisse veut augmenter son portefeuille de plusieurs centaines de millions en investissement rentable dans les prochaines années. Près de 50 % des chefs d'entreprise familiale prendraient leur retraite dans les 10 prochaines années et la Caisse veut aider la relève, que ce soit un enfant, un parent ou un associé.

Enfin, pour le segment de la grande entreprise, la Caisse avait déjà indiqué en 2004 qu'elle entendait jouer un rôle d'acteur de premier plan avec des engagements de 4,3 milliards, dont 1,5 milliard dans des fonds et 2,8 milliards dans des transactions directes; ces deux portefeuilles nécessiteront «un déploiement» de plus de huit milliards d'ici deux à trois ans.

En conclusion, M. Rousseau a précisé que la mission de la Caisse, telle que définie dans la nouvelle loi, ne concernait pas les stratégies élaborées par les professionnels et les dirigeants de cette institution. «La loi clarifie plutôt le fait que l'institution doit investir là où les rendements compensent les risques, c'est-à-dire là où, selon l'horizon de temps approprié, il n'y a pas d'arbitrage entre la recherche du rendement et le développement économique».

Les impacts

Concrètement quels seront les impacts de cette nouvelle loi sur la Caisse? Ils seront importants, selon M. Rousseau. D'abord, le conseil d'administration aura désormais plus de responsabilités et de capacités pour exercer ses responsabilités. Jusqu'à maintenant, le président ou le directeur général de la Caisse ne pouvait pas être démis de ses fonctions, à moins d'un vote à l'Assemblée nationale. Cela pouvait convenir alors que le président agissait dans «un petit carré de sable», c'est-à-dire que les actifs de la Caisse étaient relativement modestes. Au fil des ans, il y a eu une tendance à donner plus de liberté au président, mais maintenant que le carré de sable est beaucoup plus grand, il fallait lui donner des contrepoids pour la gouvernance et dans l'exercice de son mandat de gestion des ressources humaines, des risques, de l'éthique, etc.

C'est tout cela qu'apportent les amendements à la loi. Toutefois, pour bien voir les résultats de ces changements, il faudra attendre jusqu'en 2006. La Caisse vient de terminer un exercice financier le 31 décembre 2004.




1864 emplois créés par l'industrie des sciences de la vie en 2004

Denis Arcand
La Presse mardi 25 janvier 2005

L'industrie des sciences de la vie montréalaise a créé 1864 emplois dans la région de Montréal en 2004, ce qui constitue une autre " bonne année ", selon Michel Leblanc, vice-président de Montréal International, l'organisme de lobbying et de démarchage voué à la promotion économique de la région.

Depuis deux ans, il s'est donc créé 4009 emplois dans ce secteur. " C'est moins que les 2145 jobs créés en 2003, mais cette année-là avait été exceptionnelle ", dit M. Leblanc.

Selon la Mise à jour statistique de la grappe des sciences de la vie du Montréal métropolitain, une étude publiée depuis 2002 par Montréal International, le nombre d'emplois dans le secteur est passé de 29 515 en 2003 à 31 379 en 2004, si on tient compte des sous-secteurs habituellement observés (biopharmaceutique, laboratoires de recherche en sous-traitance, centres de recherche publics et universitaires).

Un cadeau-surprise

Mais l'étude publiée hier comporte aussi une surprise de taille: pour la première fois, on a comptabilisé les firmes et employés du sous-secteur des technologies médicales, qui comprend les fabricants de gadgets médicaux de toutes sortes.

" Ça nous met dans une situation statistiquement embarrassante, mais très agréable, de signaler 5871 emplois qui n'étaient pas inclus dans nos chiffres auparavant ", a indiqué Michel Leblanc hier. À ces 5871 emplois qui étaient non répertoriés auparavant, il faut ajouter les 4129 déjà inclus dans les chiffres de Montréal International, ce qui donne un beau chiffre rond de 10 000 emplois dans les technologies médicales à Montréal et dans les environs.

Et comme les technologies médicales sont une extension naturelle des sciences de la vie, on s'aperçoit que le secteur compte en fait 37 250 emplois dans la grande région de Montréal.

Le milieu savait déjà qu'il existait depuis longtemps à Montréal des fabricants d'équipement médical, un sous-secteur qui s'est également enrichi de l'arrivée d'un certain nombre de firmes actives en bio-informatique. Mais ces gens forment une communauté d'intérêts un peu plus éclatée que les biotechs, et leur nombre précis n'a été connu que récemment, quand l'Association de l'industrie des technologies de la santé a fait faire une étude pour recenser le nombre de firmes et d'employés actifs dans ce domaine.

Comme l'AITS a fait appel à E&B Data, de Montréal, la même maison de recherche que Montréal International, pour son profil annuel, il a été facile de fusionner les données.

" Il y a beaucoup plus d'emplois dans les technologies médicales que ce que l'on pensait ", dit M. Leblanc.

Outre cet ajout-surprise, le secteur où on a vu le plus de croissance a été celui des laboratoires ou centres de recherches gouvernementaux et universitaires, où les effectifs ont fait un bond de presque un millier d'emplois, de 8200 en 2003 à 9125 l'an dernier. " Cette augmentation est le résultat des investissements publics et parapublics importants qui ont été faits durant les dernières années dans les infrastructures de recherche ", dit M. Leblanc, qui espère un effet d'entraînement sur le secteur privé dans les années à venir.

Par contre, le secteur biopharmaceutique, fer de lance traditionnel de l'industrie au Québec, a fait du surplace en 2004: l'augmentation a été minime, on est passé de 14 283 à 14 500 emplois.

BioQuébec, l'association des entreprises biotechnologiques, a d'ailleurs publié des chiffres qui illustrent la fragilisation des petites firmes de recherche, une réalité qui peut être masquée par les chiffres de Montréal International, convient Michel Leblanc. " On sait que les firmes plus matures qui sont près de lancer un produit sur le marché ont obtenu du capital et ont engagé du monde. Mais les jeunes firmes qui commencent en arrachent. Et notre étude ne porte pas sur ce phénomène-là. "




Aller au-delà de la politique des deux sous

Pierre Noreau
Directeur du Centre de recherche en droit public, Université de Montréal*
Le Devoir lundi 24 janvier 2005

Un signal d'alarme pour réinvestir dans la recherche en sciences humaines et sociales, en arts et en lettres

L'avenir de la recherche est menacé au Québec dans le domaine des sciences humaines et sociales comme dans celui des arts et des lettres. Bon an mal an, l'État québécois verse un peu plus de 100 millions dans les recherches en sciences sociales et humaines, soit 18,7 % des sommes publiques consacrées aux différents domaines du savoir. C'est l'équivalent de ce qu'on annonçait en appui au projet d'expansion du Mont-Tremblant, alors qu'on sabrait les budgets des organismes subventionnaires publics.

Les investissements publics en recherche sont déphasés par rapport aux besoins actuels. Alors que moins de 20 % des fonds consacrés à la recherche par l'État québécois sont orientés vers les sciences sociales et humaines, les arts et les lettres, ces domaines regroupent plus de la moitié des chercheurs universitaires et près des deux tiers des étudiants inscrits aux 2e et 3e cycles dans nos universités.

De même, le Fonds québécois de recherche sur la société et la culture (FQRSC), chargé d'évaluer la qualité scientifique des travaux financés dans ces secteurs, ne se voit octroyer que 26 % des fonds publics attribués aux trois organismes subventionnaires que compte le Québec.

Or, contrairement aux sciences de la nature et de la santé, les sciences sociales et humaines, les arts et les lettres ne peuvent généralement pas compter sur le soutien du secteur privé. Cet état de fait accentue davantage la disproportion des ressources mises à la disposition des différents champs du savoir. Il s'ensuit que l'essentiel des fonds destinés aux sciences sociales et humaines, aux arts et aux lettres sont d'origine publique. Le financement de la recherche dans ces secteurs répond, en effet, à une mission essentielle de l'État.

Une politique de deux sous

Les effets des compressions en recherche, on le comprend maintenant, sont beaucoup plus dévastateurs pour les sciences humaines et sociales que dans tous les autres champs de la connaissance. En regard des 50 milliards de dépenses prévus au budget annuel de l'État québécois, les investissements dans ces domaines ne représentent tout au plus que deux sous pour chaque tranche de 10 $ engagés dans la définition et la mise en oeuvre des politiques publiques... Faut-il commenter davantage ?

Cette réalité statistique en dissimule une autre, plus difficile à chiffrer : les sciences humaines et sociales contribuent au développement de champs de connaissance qui ne produisent pas toujours de retombées financières immédiates. Les travaux qui y sont menés engendrent des bénéfices sociaux souvent difficiles à quantifier, notamment parce qu'ils sont réalisés en amont des problèmes qu'ils visent à prévenir.

On oublie trop souvent que toute politique publique repose sur des connaissances fondamentales issues de travaux menés de longue haleine par des chercheurs déterminés. C'est le cas dans pratiquement tous les secteurs de l'action publique en matière de services sociaux, de petite enfance, de réinsertion sociale des jeunes contrevenants, de conciliation travail-famille, de réforme du système électoral, d'intégration de la diversité culturelle, d'économie sociale, de politique culturelle, etc.

L'État québécois doit prendre l'initiative d'un réinvestissement dans ces domaines et la communauté scientifique attend un signal clair. Quatre arguments suffisent à justifier cet engagement.

Encourager la relève

Le premier réside dans la nécessité de lever l'hypothèque que l'insuffisance des fonds fait peser sur la relève scientifique. Déjà, au cours des années 1990, les compressions budgétaires imposées aux universités avaient provoqué d'importantes ruptures au sein de certaines cohortes de chercheurs et retardé sinon compromis le renouvellement du corps professoral.

En dépit d'une conjoncture financière difficile, des expertises en recherche se sont néanmoins développées au sein des nouvelles générations, souvent au prix d'importants sacrifices personnels. Comme en témoignent les résultats des concours de l'année 2003-2004, le nombre des demandes de financement soumises au FQRSC a augmenté de manière spectaculaire.

C'est pourtant dans ce contexte de croissance de la demande que la capacité de financement du Fonds a été réduite de 7 %. En dépit d'un accroissement de 21,5 % des demandes de subvention de recherche, seulement 55 % des projets recommandés pour leur qualité scientifique ont été financés. L'ensemble de ces projets recommandés totalisaient 20,8 millions mais n'ont pu être soutenus qu'à hauteur de 7,7 millions.

L'impact des compressions est tout aussi considérable sur l'octroi des bourses d'excellence et le soutien à la relève scientifique. Malgré une augmentation de 36 % des demandes aux programmes de bourses de maîtrise et de doctorat, la proportion des bourses attribuées par le FQRSC ne représentait que 18 % de celles qui avaient été recommandées, soit seulement 254 des 1409 candidatures soumises ! Tout cela survient alors que le soutien financier des étudiants sous forme de bourses vient d'être coupé de 100 millions.

Parallèlement, seulement 48 % des 234 demandes présentées aux programmes d'établissement des nouveaux professeurs, chercheurs et créateurs ont été financées. Plus spécifiquement, 26 % des projets de recherche recommandés par les comités d'évaluation n'ont pu être subventionnés faute de budget, alors qu'il s'agit précisément de professeurs en début de carrière. Les montants des subventions octroyées dans ces programmes ont du reste été réduits de 35 %. Il faut inverser le mouvement et renforcer la relève en recherche.

Joindre recherche et formation

Les liens qui unissent la recherche et l'enseignement universitaires justifient également un réinvestissement. Dans nombre de disciplines, les programmes et les cours à tous les cycles se renouvellent grâce aux résultats de la recherche. Comment l'université parviendra-t-elle à maintenir et renforcer ces liens si toutes les sources de nouveautés sont constamment taries ?

Par ailleurs, c'est une caractéristique des sciences sociales et humaines, des arts et des lettres de favoriser la participation des étudiants à l'élaboration et à la réalisation des projets de recherche. Leur participation contribue de manière significative à leur formation et au financement de leurs études. Un meilleur financement de la recherche garantira par conséquent la qualité de l'enseignement et de la formation universitaires.

Une question stratégique

L'absence d'investissements conséquents et continus en sciences sociales et humaines compromet aussi la poursuite et le succès de la stratégie québécoise développée en matière de recherche au cours des 15 dernières années. Celle-ci vise la consolidation de regroupements, de centres de recherche, d'équipes et d'infrastructures stables dans toutes les disciplines et à la jonction de plusieurs domaines de connaissance.

Ces orientations stratégiques ont favorisé le développement d'une exceptionnelle créativité et d'un important savoir-faire en matière de recherche collective. Elles ont contribué à la réussite des chercheurs québécois sur le plan canadien et international. C'est pourquoi, alors que nous commençons à en récolter les fruits, il faut relancer avec détermination cette stratégie qui nous a toujours bien servis.

Une mission essentielle de l'État

Cela étant, rappelons que l'argument le plus important en faveur du financement public de la recherche en sciences sociales et humaines, en arts et en lettres, réside dans un fait simple : il s'agit d'une fonction essentielle de l'État québécois. Aucun gouvernement ne doit prendre la responsabilité d'une diminution graduelle du soutien à ces secteurs de la connaissance dont il a impérativement besoin.

Dans tous ces champs du savoir, la contribution de la recherche porte cependant bien au-delà de ces considérations utilitaires. Sur une tout autre échelle, se dresse la nécessité pour chaque collectivité de revoir constamment la définition qu'elle se donne; de saisir les ressorts qui sous-tendent le changement social et rendent possible ce travail si essentiel de la société sur elle-même. La fonction critique de la recherche joue ici un rôle premier. «Connais-toi toi-même» n'est pas seulement le premier pas d'une démarche personnelle, c'est aussi une dimension constitutive de tout projet collectif. Elle est plus fondamentale encore pour cette société si particulière que constitue le Québec dans l'ensemble nord-américain.

*Appuyé par :

Yves Gingras, Directeur du Centre interuniversitaire de recherche sur la science et la technologie, Université du Québec à Montréal
Gérard Bouchard, Directeur du Projet BALSAC, Université du Québec à Chicoutimi
Guy Rocher, Centre de recherche en droit public, Université de Montréal
Bruno Jean, Directeur du Centre de recherche sur le développement territorial, Université du Québec à Rimouski
Yvan Rousseau et Brigitte Caulier, co-directeur et co-directrice du Centre interuniversitaire d'études québécoises, Université du Québec à Trois-Rivières et Université Laval
Jean-Paul Brodeur, Directeur du Centre international de criminologie comparée, Université de Montréal
Jean Renaud, Directeur du Centre d'études ethniques des universités montréalaises, Université de Montréal
Claude Lessard, Directeur du Laboratoire de recherche et d'intervention portant sur les politiques et les professions en éducation, Université de Montréal
Jean-Guy Belley, Directeur du Centre de recherche en droit privé et comparé du Québec, Université McGill
Marie-Andrée Beaudet, Directrice du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises, Université Laval
Maurice Tardif, Directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la formation et la profession enseignante, Université de Montréal
Denis Harrisson, Directeur du Centre de recherche sur les innovations sociales, Université du Québec à Montréal
Nicolas Marceau, Directeur du Centre interuniversitaire sur le risque, les politiques économiques et l'emploi, Université du Québec à Montréal
Shari Baum, Directrice du Centre de recherche sur le langage, le mental et le cerveau, Université McGill
Céline Le Bourdais, Directrice du Centre interuniversitaire québécois de statistiques sociales, Université de Montréal
Phil Abrami, Directeur du Centre d'études sur l'apprentissage et la performance, Université Concordia
Carole Lévesque, Directrice de DIALOG, le réseau québécois d'échange sur les questions autochtones, Institut national de la recherche scientifique
Andrée Demers, Directrice du Groupe de recherche sur les aspects sociaux de la santé et de la prévention, Université de Montréal
André Gaudreault, Directeur du Centre de recherche sur l'intermédialité, Université de Montréal
Gregor Murray, Directeur du Centre de recherche interuniversitaire sur la mondialisation et le travail, Université de Montréal
Louise Poissant, Directrice du Centre interuniversitaire des arts médiatiques, Université du Québec à Montréal
Maryse Rinfret-Raynor, Directrice du Centre interdisciplinaire sur la violence familiale et la violence faite aux femmes, Université de Montréal
Jean-Pierre Collin, Directeur du Réseau interuniversitaire d'études urbaines Villes Régions Monde, Institut national de la recherche scientifique
Marc-André Deniger, Directeur du Centre de recherche et d'intervention sur la réussite scolaire, Université Laval
Lisa A. Serbin, Directrice du Centre de recherche en développement humain, Université de Concordia
Marcel Moussette, Directeur Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et les traditions, Université Laval





Relance de la Gaspésia, de Port-Alfred et d'Atlas

LE GOUVERNEMENT DOIT POSER DES GESTES CONCRETS

QUEBEC, le 25 janv. /CNW Telbec/

QUEBEC, le 25 janv. /CNW Telbec/ - Le ministre du Développement économique et régional, M. Michel Audet, devrait profiter de la présence des présidents d'Investissement Québec et de la Société générale de financement au forum économique de Davos pour trouver des solutions aux fermetures temporaires d'usines qui privent des centaines de travailleurs de leur emploi dans certaines régions du Québec.

"Avec sa politique de laisser-faire, le gouvernement Charest se traîne les pieds dans plusieurs dossiers économiques qui stagnent depuis des mois. Que ce soit la relance de la Gaspésia, la fermeture de l'usine de Port-Alfred, au Saguenay-Lac-Saint-Jean, ou encore l'aciérie Atlas, de Sorel, où 440 emplois sont menacés, le gouvernement doit enfin passer de la parole aux actes et poser des gestes concrets pour sauver ces emplois", a déploré le député de Drummond et porte-parole de l'opposition officielle en matière de développement économique et régional, M. Normand Jutras.

Gaspésia

En ce qui a trait à la Gaspésia, l'optimisme qu'affiche la ministre déléguée aux Régions, Mme Nathalie Normandeau, ne semble pas se traduire par une réelle volonté de son gouvernement d'appuyer la région et la municipalité dans leurs efforts de relance. "Quels gestes concrets le ministre du Développement économique et régional, la SGF ou Investissement Québec ont posés pour trouver un repreneur sérieux au cours de la dernière année? Le gouvernement se dit contre le démantèlement, mais ne fait rien pour éviter la vente des actifs. Pendant ce temps, la situation est très difficile pour la population de Chandler qui vit dans l'incertitude", a expliqué le député de Gaspé, M. Guy Lelièvre.

Usine Port-Alfred

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, la situation n'est guère mieux pour les 640 travailleurs de l'usine d'Abitibi-Consilidated qui a fermé ses portes en décembre 2003. Plus d'un an plus tard, la population attend toujours que la multinationale fasse connaître ses intentions. "Quels gestes concrets ce gouvernement a-t-il posés pour défendre les intérêts de notre région et des travailleurs auprès de la multinationale? Ca fait un an que le premier ministre nous répète qu'il s'occupe personnellement de ce dossier et on n'a pas avancé d'un iota. C'est déplorable!", a dénoncé le député de Dubuc, M. Jacques Côté.

Aciers Inoxydables Atlas

Quant au projet de relance de l'aciérie Atlas, de Sorel-Tracy, fermée depuis juin, l'inquiétude des 440 travailleurs et travailleuses se fait de plus en plus sentir et on déplore l'immobilisme du ministre Audet dans ce dossier. "Une importante rencontre du comité de relance de l'usine doit se tenir dans quelques jours. Il est vital que le gouvernement garantisse le financement du maintien des installations et des équipements d'Atlas tel qu'il l'avait promis", a déclaré le député de Richelieu, M. Sylvain Simard.

Pour l'opposition officielle, il est impératif que le ministre du Développement économique et régional et son gouvernement déploient tous les efforts nécessaires pour sauver ces centaines d'emplois. "Après avoir sabré sans discernement 37 % dans l'aide au développement économique et régional au cours des derniers budgets, après avoir clamé haut et fort qu'il était le parti des régions, le gouvernement libéral doit changer d'attitude et mettre en place une véritable politique de développement économique qui insufflera un nouveau dynamisme aux régions du Québec", ont conclu les députés.




Le chouchou d'Ottawa

Claude Picher
La Presse jeudi 27 janvier 2005

Malgré certains efforts pour décentraliser les dépenses fédérales en recherche scientifique et en développement technologique, l'Ontario demeure toujours, dans ce dossier, le petit chouchou d'Ottawa. Des chiffres publiés cette semaine par Statistique Canada confirment en effet la domination écrasante de la province voisine.

En 2003, l'ensemble des dépenses fédérales dans tous les domaines des sciences et de la technologie a atteint 8 milliards de dollars. Ce montant comprend les dépenses en recherche et développement et en activités scientifiques connexes. Le calcul inclut ce que les experts appellent les dépenses " intra muros ", c'est-à-dire les activités scientifiques réalisées en propre par les ministères et agences du gouvernement, ainsi que les dépenses " extra muros ", qui servent à financer des activités réalisées pour le compte du gouvernement par des universités, entreprises, laboratoires privés, instituts de recherche et autres organisations spécialisées.

Une petite partie de ces 8 milliards, soit 284 millions, a été dépensée à l'étranger, principalement pour l'acquisition d'équipement. Il existe d'autre part quelques dépenses effectuées au Canada, mais qui ne peuvent pas être attribuées géographiquement, comme dans le cas de projets conjoints impliquant plusieurs provinces. Ces dépenses s'élèvent à 408 millions.

Il reste donc 7,3 milliards de dépenses pour lesquelles il est possible d'avoir une ventilation provinciale. C'est ce que montre le tableau.

Pour le calcul des dépenses scientifiques fédérales, la région de la capitale nationale, c'est-à-dire l'agglomération Ottawa-Gatineau, est considérée comme une entité distincte, et cela s'explique facilement: la concentration des activités fédérales en recherche et développement y est tellement importante que cette région, à elle seule, accapare plus du tiers des dépenses scientifiques du gouvernement, presque autant que les reste de l'Ontario et du Québec réunis. Il s'agit pour l'essentiel de dépenses intra muros, effectuées par un vaste éventail de 46 agences et ministères. Presque 85 % de ces dépenses sont effectuées du côté ontarien de la frontière. Nous y reviendrons.

Dans l'ensemble du Canada, les dépenses scientifiques fédérales ont augmenté de 43 % entre 1997 et 2003. Il s'agit en soi d'une excellente nouvelle. Pendant la même période, l'indice des prix à la consommation a augmenté de 14 %. Autrement dit, les engagements financiers du gouvernement dans la recherche scientifique et le développement technologique progressent trois fois plus vite que l'inflation. Le Canada a souvent été accusé, avec raison, de tirer de l'arrière dans ce domaine stratégique. Au rythme où il effectue son rattrapage, c'est de moins en moins vrai.

Le tableau fait par ailleurs ressortir une tendance très claire vers la décentralisation. Même si la région de la capitale continue d'engloutir la part du lion, la progression des dépenses y est nettement moins rapide que dans le reste du Canada. Cela signifie qu'en six ans, quelque 200 millions en dépenses scientifiques ont été déplacées de la région d'Ottawa-Gatineau vers les autres régions du Canada.

La Colombie-Britannique est la principale bénéficiaire de ce déplacement, mais le Québec améliore sensiblement sa position, avec une croissance supérieure à celle de l'Ontario et de la moyenne canadienne. Il est donc vrai de dire que le Québec, depuis six ans, obtient une plus large part des dépenses scientifiques fédérales.

Le portrait change radicalement en faveur de l'Ontario, lorsqu'on inclut la région de la capitale nationale dans le calcul.

Comme on l'a vu plus haut, 46 ministères et agences fédérales effectuent des travaux de recherche dans la région de la capitale, et l'ensemble de leurs dépenses scientifiques atteint 2,6 milliards. Ces organismes procurent 35 000 emplois dans la région; il s'agit dans bien des cas d'emplois prestigieux et bien rémunérés, dans des domaines aussi variés que l'agriculture, les technologies du bâtiment, la génétique, les sciences sociales. Il existe bien sûr des acteurs majeurs, comme le Conseil national de la recherche, Statistique Canada, le ministère des Ressources naturelles ou Santé Canada; à eux seuls, ces quatre organismes dépensent plus de 1,4 milliard en recherche et développement dans la région d'Ottawa-Gatineau.

Sur les 46 organismes en question, 32 effectuent leurs dépenses exclusivement du côté ontarien de la frontière, et seulement cinq du côté québécois. Les neuf autres conduisent des activités scientifiques des deux côtés. En termes de dépenses et d'emplois, Ottawa recueille 2,2 milliards et 32 000 emplois, comparativement à 400 millions et 3000 emplois pour Gatineau.

En fait, s'il fallait inclure la capitale nationale dans le calcul, les dépenses scientifiques fédérales au Québec passeraient de 1,2 à 1,6 milliard; en Ontario, de 1,6 à 3,8 milliards.

Une bonne façon de juger si une province ou une région reçoit plus ou moins que sa juste part est de chiffrer les dépenses par rapport à son poids démographique. Voici ce que cela donne.

Les quatre provinces de l'Atlantique comptent ensemble pour 7 % de la population canadienne, et reçoivent 7 % des dépenses scientifiques fédérales. Compte tenu de leur position excentrique et de la faiblesse de leurs infrastructures et équipements, cette région ne représente certainement pas un bassin naturel pour des activités de recherche et développement. On peut donc certainement penser qu'une bonne partie des dépenses scientifiques fédérales dans l'Atlantique tiennent davantage des subventions au développement régional.

Le Québec, avec 24 % de la population, recueille 22 % des dépenses. Ce n'est pas encore l'équilibre, mais ce chiffre reflète une amélioration constante depuis quelques années.

L'Ontario, de son côté, reçoit 52 % des dépenses scientifiques même si elle ne compte que pour 39 % de la population canadienne. Ce sont évidemment les dépenses massives à Ottawa qui font la différence. Avec un tel déséquilibre, la province voisine apparaît nettement comme un enfant gâté.

Enfin, les quatre provinces de l'Ouest font figure d'enfants pauvres. Ensemble, elles représentent 30 % de la population totale, mais seulement 18 % des dépenses scientifiques fédérales. L'Alberta, dans un secteur aussi stratégique pour son économie que les ressources naturelles, aurait d'excellentes raisons de se plaindre. Le personnel scientifique du ministère des Ressources naturelles compte 300 employés en Alberta, comparativement à 2400 en Ontario... dont 2200 à Ottawa!




Lettre ouverte à Jean Charest :
Richard Desjardins demande la tête des Ressources naturelles

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir vendredi 28 janvier 2005

Sortant du mutisme qu'il a observé depuis la publication du rapport Coulombe sur la forêt, le poète-chansonnier Richard Desjardins a réclamé hier du premier ministre Jean Charest qu'il change la haute direction du ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs (MRNFP) et que toutes les responsabilités de ce ministère en matière d'écosystèmes soient remises là où le législateur les avait d'abord placées, soit au ministère de l'Environnement.

Dans une lettre ouverte adressée au premier ministre Jean Charest, le coauteur de L'Erreur boréale lui demande explicitement «de remplacer immédiatement cette haute direction par une équipe plus soucieuse du bien public».

Sans une mise en «tutelle bienveillante» de ce ministère à court terme, le fondateur et vice-président de l'Action boréale estime que la réforme Coulombe pourrait bien être récupérée, voire déformée par l'équipe de hauts fonctionnaires responsable du marasme identifié par le rapport.

«Si la commission d'étude a constaté l'état déplorable de la ressource, écrit Richard Desjardins, elle n'en a pas pour autant expliqué les raisons. Seule une enquête publique pourrait le faire. Ce n'est qu'en connaissant ces causes que les recommandations de la commission pourront être appliquées avec succès.»

Cette enquête au sens strict, ajoute le porte-parole de l'Action boréale, permettrait d'autre part d'élucider «les questions que la commission Coulombe n'a pu aborder, par restriction de mandat», lequel était limité aux questions d'ordre technique et scientifique.

«Nous pourrions ainsi savoir, entre autres, combien de bois nous nous sommes fait voler depuis quinze ans. Notre estimation tourne autour de 20 %, ce qui représente trois années d'approvisionnement gratuit», ajoute Richard Desjardins en soulevant un volet que le rapport n'a pas élucidé. Dans un entretien téléphonique, il précise avoir basé cette conclusion sur différentes méthodes d'évaluation et, surtout, sur le fait que Québec ne facture pas aux exploitants les billes de bois de moins de 10 cm de diamètre.

«Or on coupe de plus en plus de bois de moins de 10 cm, précise le porte-parole de l'Action boréale. Depuis 1977, le rapport Coulombe précise d'ailleurs que le volume moyen des billes récoltées a diminué de 33 %. Ça n'a pas de bon sens de donner tout ça aux compagnies.»

Mais le poète-chansonnier ne remet pas en question l'intégrité de la commission Coulombe pour n'avoir pas élucidé les raisons du marasme actuel.

Au contraire, «nous vous savons gré de l'avoir instituée et maintenue dans un esprit d'indépendance et de rigueur intellectuelle hors du commun», écrit-il au premier ministre en notant que la commission est arrivée à la même conclusion que celle de son film historique: «Notre forêt est surexploitée».

«Les gouvernements successifs, libéraux et péquistes, poursuit Richard Desjardins, ont cautionné cette dérive qui s'apparente à un "cover-up" par la haute direction du ministère responsable des forêts. Comment expliquer, en effet, qu'en quelques mois, une commission ait pu démontrer qu'on abusait de la ressource - comme le craignait la vérificatrice générale en 2002 - alors que le ministère, tout équipé qu'il soit, n'a rien vu en 15 ans?»

Surpris de constater que la direction du MRNFP n'a pas eu «la décence de démissionner» après un tel désaveu public, Richard Desjardins ajoute que la commission Coulombe elle-même ne pouvait pas dire plus explicitement qu'elle n'avait aucune confiance dans la haute direction de ce ministère.

«Le fait que la commission ait proposé d'encadrer cette haute direction par non pas un mais deux vérificateurs en dit long sur le degré de confiance qu'elle lui fait. Que la commission ait, de plus, suggéré la formation d'un comité de transition pour réaliser les urgentes réformes qui s'imposent signifie qu'elle estime que le ministère n'a plus la crédibilité pour entreprendre lui-même ce travail.» Seule une haute direction «plus soucieuse du bien public» peut réaliser un pareil défi, conclut-il.

Richard Desjardins insiste auprès de Jean Charest pour qu'il s'assure que la composition et le mandat du comité de transition suggéré par le rapport Coulombe «incarnent et reflètent bien le virage écosystémique proposé par le rapport de la commission. En outre, nous imaginons difficilement que les groupes de défense de la forêt n'aient pas une place raisonnable dans ce comité».

Mais ce changement d'orientation vers la gestion écosystémique des forêts, ajoute Richard Desjardins, «implique que le ministère de l'Environnement doit reprendre les prérogatives qui lui ont été enlevées au fil des ans dans le but non avoué de faciliter l'approvisionnement quasi inconditionnel de la ressource aux compagnies. Ce ministère détient toute l'information biophysique du territoire et peut le mieux évaluer les impacts que la foresterie industrielle exerce sur nos écosystèmes et proposer une planification intégrée».

À court terme, l'Action boréale demande au premier ministre «le rapatriement de la gestion de la faune et des parcs au ministère de l'Environnement pour que, entre autres, l'eau et les poissons ainsi que les grandes aires protégées se retrouvent au sein du même ministère».

Dans le même ordre d'idées, le groupe environnemental demande «l'ouverture des négociations, étendues à l'ensemble des premières nations du Québec, en vue d'établir une cogestion équitable des ressources forestières». Il faut aussi, écrit-il, un fonds spécial financé par l'État et par les entreprises afin de favoriser le transfert des emplois vers des secteurs assurant une meilleure diversification des activités forestières.

L'Action boréale ajoute qu'en forêt boréale, là où, en été, le sol forestier ne peut pas supporter la machinerie lourde sans subir un orniérage intense, Québec doit limiter l'exploitation à la seule période hivernale.

L'auteur de L'Erreur boréale réclame par ailleurs de Québec «la prise en charge exclusive du mesurage du bois et du martelage» afin que les compagnies ne soient plus en mesure d'influencer ces fonctions critiques en payant elles-mêmes ceux qui occupent ces postes. Le mesurage sert à déterminer les volumes coupés, les salaires des travailleurs et les redevances à l'État. Dans les forêts mixtes, le martelage sert à identifier les arbres à abattre afin d'épargner les géniteurs prometteurs que les forestiers ont trop souvent abattus par appétit de profit immédiat.

En entretien au Devoir, Richard Desjardins confie avoir trouvé «très timides» les recommandations de la commission Coulombe à ce chapitre, d'autant plus qu'elle a clairement établi qu'il s'agissait là de deux fonctions beaucoup plus apparentées à l'intérêt public qu'à celui des compagnies. Richard Desjardins va aussi plus loin que la commission en recommandant la «mise en réserve immédiate de 12 %» de la forêt à titre d'aires protégées et une autre tranche de 12 % «comme marge de manoeuvre» pour faire face aux changements climatiques, aux perturbations naturelles et aux inévitables corrections qu'il faudra apporter au calcul de la possibilité forestière.




Projet de nouvelle usine de Bombardier :
Québec accuse l'Ontario d'avoir brisé un pacte de non-agression

Paquet, Stéphane; Vailles, Francis; Morissette, Nathaëlle
La Presse vendredi 28 janvier 2005

Les millions qu'avance soudainement le gouvernement ontarien pour attirer Bombardier ont pris de court le gouvernement du Québec, qui était persuadé d'avoir conclu un pacte de non-agression avec la province voisine.

Depuis l'été, le ministre du Développement économique Michel Audet tablait sur une proposition commune avec l'Ontario et le gouvernement fédéral pour convaincre Bombardier de construire ici ses futurs avions à 100 sièges, si effectivement Bombardier va de l'avant avec ce projet. La nouvelle usine devait être construite au Québec, avait compris M. Audet, l'Ontario se contentant des retombées de sous-traitance et dans les installations que possède déjà Bombardier en Ontario.

Le 7 décembre dernier, le ministre ontarien du Développement économique et du Commerce de l'Ontario, Joseph Cordinao, écrivait à son homologue fédéral, soulignant qu'il privilégiait une proposition commune avec le Québec. " Je crois que la meilleure approche pour attirer de nouveaux investissements de Bombardier, c'est que les gouvernements du Québec, de l'Ontario et fédéral travaillent ensemble. "

M. Audet, dont le bureau a fourni des extraits de la lettre envoyée en copie conforme, croyait donc que sa position tenait toujours. Or, trois jours plus tard, par un beau vendredi après-midi, M. Cordinao lui a téléphoné pour indiquer que l'Ontario allait faire cavalier seul, a dévoilé le ministre québécois, à Davos. L'offre à Bombardier devait être présentée le mercredi 15 décembre. Il restait donc cinq jours à Québec pour revoir sa position.

" You want to compete, we will compete ", aurait répondu M. Audet à son homologue ontarien.

" C'est malheureux parce que ça relance la bataille Québec-Ontario et parce qu'avec ce projet, il y aura un perdant ", explique le ministre. À son cabinet, on précise que le pacte de non-agression était verbal. " Ce sont des choses qui ne se signent pas ", indique Michel Rochette.

À Toronto, l'attachée de presse du ministre Cordinao, Molly Finley, s'est dite surprise que La Presse lui parle de ce pacte de non-agression. " Je ne connais rien de ce gentleman's agreement. " Trois heures plus tard, après vérification, elle est revenue avec la même réponse: " Je n'ai pas connaissance d'une telle entente. "

Quand on lui a lu des extraits de la lettre du 7 décembre, l'attachée de presse a dit qu'elle n'avait pas d'autre commentaire à ajouter.

À Davos, où il participe également au Forum économique mondial, le premier ministre ontarien, Dalton McGuinty, a souligné lui aussi qu'il n'est " pas au courant que nous ayons changé d'idée ".

Pris à choisir entre deux projets différents sur son territoire, le gouvernement libéral minoritaire à Ottawa marche sur des oeufs. " On a toujours appuyé l'industrie aéronautique, on a toujours appuyé Bombardier, on va continuer de le faire, a dit Paul Martin à l'issue du caucus de son parti à Fredericton. En ce qui concerne le détail des discussions, je vais laisser ça au ministre Emerson et au ministre Lapierre. Je n'ai pas l'intention d'entrer dans les détails. "

La porte-parole du ministre Jean Lapierre- qui refusait hier de répondre aux questions- a indiqué que le gouvernement " va tout faire pour garder Bombardier chez nous. " Ce " chez nous " signifie-t-il le Québec ou le Canada? " On n'est pas encore rendu là ", a répondu la porte-parole Irène Marcheterre.

Pour le porte-parole du Bloc québécois en matière d'industrie, Paul Crête, le fait que deux projets se fassent concurrence au Canada n'augure rien de bon. " C'est comme si on faisait de la compétition à l'intérieur de la même marque de commerce. "

" Prenons l'inverse, poursuit-il, s'il y avait un projet de construction d'usine d'autos, qu'il y avait eu un gentleman's agreement pour dire qu'on ne se compétitionnera pas l'un l'autre et que Québec l'avait brisé, ce serait les cris et les holà. "

Dans un communiqué, M. Crète souligne que " c'est ce même gouvernement qui n'a pas hésité, en pleine campagne électorale le printemps dernier, à annoncer une aide de 500 millions à l'industrie de l'automobile du sud de l'Ontario ". Pour ce qui est d'une politique de l'aéronautique, déplore M. Crète, on attend toujours.

De son côté, le premier ministre Jean Charest a déclaré: " Le Québec offre des avantages que personne d'autre ne peut donner à Bombardier. On a fait tous les efforts, on est confiants et on attend la réponse de Bombardier. On a toujours dit à Bombardier qu'on était prêt à s'asseoir avec eux pour examiner les paramètres de l'offre, la porte est toujours ouverte. Mais on le fait dans la mesure du raisonnable, il ne faudrait pas penser qu'on le fait sans mesurer notre capacité... "

Avec la collaboration de Francis Vailles à Davos et de Nathaëlle Morissette à Fredericton.




Gestion des forêts : Pas de chasse aux coupables

Simon Boivin
Le Soleil samedi 29 janvier 2005

Québec n'entend pas se lancer dans une chasse aux coupables auprès de ses hauts fonctionnaires qui auraient, selon le poète-chanteur Richard Desjardins, failli à assurer une saine gestion des forêts.

"Nous, on ne se tourne pas vers le passé, a déclaré l'attaché de presse Mathieu Saint-Amant, du cabinet du ministre délégué à la Forêt, à la Faune et aux Parcs. Ce n'est pas une question d'effacer ou d'oublier. Le rapport Coulombe nous a donné un outil, travaillons donc pour améliorer l'avenir."

Dans une lettre aux médias publiée dans nos pages, hier, Richard Desjardins a demandé à Jean Charest de remplacer la haute direction du ministère responsable de la gestion de la forêt. Selon lui, un abus de la ressource forestière par l'industrie aurait été sciemment camouflé pendant des années, au mépris du bien public.

Pour l'auteur de L'Erreur boréale, ces hauts responsables auraient dû avoir la "décence" de démissionner à la suite du rapport Coulombe concluant à une surexploitation de la forêt québécoise, en décembre. Le commissaire Coulombe a notamment constaté que le gouvernement surévalue de 20 % la possibilité forestière des résineux.

La semaine dernière, Paule Têtu a été nommée sous-ministre associée en charge de l'application de certaines recommandations du rapport de la Commission Coulombe. "On va regarder ce que le rapport nous recommande et il y aura des décisions de prises, souligne M. Saint-Amant. On va procéder à des modifications de loi ou de règlements."

L'attaché de presse ne s'est pas avancé sur la possibilité que des suggestions de M. Desjardins - dont la création d'un fonds pour la reconversion des travailleurs dans l'industrie forestière - soit retenue. Il estime toutefois que l'équipe que doit former la sous-ministre Têtu pour la mise en oeuvre du rapport Coulombe fera de la place aux groupes écologistes. "C'est sûr que les gens qui vont être sur le conseil vont être représentatifs des gens qui ont affaire avec la forêt", affirme M. Saint-Amant.

Mais la demande d'enquête publique formulée par Richard Desjardins restera lettre morte. "Non, nous avons un portrait de la situation et on se concentre sur l'amélioration de notre gestion", dit M. Saint-Amant.

SBoivin@lesoleil.com




Rapport Coulombe sur l'exploitation de la forêt :
L'industrie forestière prépare sa riposte

Jocelyne Richer, PC
Le Devoir samedi 29 janvier 2005

Québec - L'industrie forestière brandira la menace de fermetures d'usines, voire de villages tout entiers, et de milliers de pertes d'emplois en région pour amener le gouvernement à renoncer à appliquer intégralement les recommandations centrales du rapport Coulombe.

Pour éviter ce scénario catastrophe, l'industrie entend proposer au gouvernement diverses «mesures d'atténuation» de l'impact économique résultant de l'application de la principale recommandation du rapport, soit une réduction importante des niveaux de récolte autorisés, a indiqué hier le directeur général du Conseil de l'industrie forestière, Jacques Gauvin, lors d'un entretien téléphonique avec la Presse canadienne.

Il n'est donc pas question que l'industrie accepte le verdict de la commission Coulombe, qui en est venue à la conclusion, dans son rapport rendu public en décembre, que la forêt était surexploitée et qu'il fallait revoir de 20 % à la baisse le calcul de la possibilité forestière.

Choix de société

Cette révision à la baisse se traduirait pour l'industrie par une réduction «en moyenne» d'au moins 10 % d'arbres à récolter, avec l'impact économique qu'on suppose. Aux yeux du Conseil, au moins 10 000 emplois sont directement en jeu.

«C'est un choix de société. Si le gouvernement du Québec dit: moi, je veux être un premier de classe en matière environnementale; si le Québec veut être plus écologique, plus vert, avec moins d'industries forestières; si c'est ça que les gens veulent, c'est ça qu'ils auront, mais ils vivront avec les conséquences», dit M. Gauvin.

Chose certaine, dans son esprit, sans un approvisionnement suffisant de matière ligneuse, «c'est des fermetures à l'horizon, c'est clair».

L'industrie demandera donc au gouvernement de renoncer à revoir, comme il est stipulé dans le rapport, le concept de «maturité technique» de la forêt, car cela entraînerait des baisses d'approvisionnement «de 4, 5 %, voire davantage», selon le Conseil.

De plus, le Conseil exhortera le gouvernement à repousser plus au nord la limite nordique au-delà de laquelle la récolte forestière n'est plus autorisée.

L'organisme mène actuellement diverses analyses et études et, dès que son plan d'action sera au point, il entend rencontrer le ministre responsable de la Forêt, Pierre Corbeil, afin de le sensibiliser aux doléances des dirigeants d'entreprises.