
Un juif, un musulman, une école
Yves Boisvert
La Presse mercredi 19 janvier 2005
Supposons un instant que le gouvernement libéral soit profondément préoccupé d'échanges culturels, qu'il veuille rapprocher la communauté juive de toutes les autres.
Vous me demandez d'où vient cette soudaine fureur d'intégration, vu les racines historiques profondes des juifs au Québec. Mais enfin: supposons pour les fins de la discussion qu'il y ait là quelque urgence.
Si c'est le cas, renforcer le financement public d'écoles religieuses judaïques n'a pas de sens. C'est se servir du prétexte de l'intégration pour faire exactement le contraire: de la séparation ethnoculturelle.
Hier, nous avons reçu une lettre de deux jeunes hommes que tous les clichés multiculturels séparent, mais que l'école publique (à peu près) laïque a unis. Et qui disent au ministre de l'Éducation qu'il a tort.
Akos Verbockzy a 29 ans. Il est juif. Il est né en Hongrie et est arrivé au Québec à 11 ans. Son meilleur ami s'appelle Farouk Karim. Il a 29 ans. Il est musulman. Il est né à Madagascar. Il est arrivé au Québec à 2 ans. Ils se sont connus à la fin du primaire.
«Sans l'école publique, pensez-vous vraiment que nous serions devenus des amis?» demande Verbockzy.
À 11 ans, il parlait hongrois, pas un mot de français. Il a rencontré Farouk à l'école. Ils ont cliqué assez rapidement. Ensemble, ils ont fait du soccer, du hockey bottine, des travaux d'école, partagé des repas, ri, marché...
«Je savais qu'il était musulman, évidemment, il savait que j'étais juif, mais dans une école multiethnique, on ne parle pas constamment de ses origines, de dire Verbockzy. On s'en fout un peu. Tout le monde vient de quelque part. C'est banal. On se retrouve autour des activités, dans ce qu'on partage, on est attiré par la personnalité de l'autre.»
Les échanges culturels? Pourquoi pas. Mais ce n'est pas un tournoi de ping-pong, une sortie au théâtre ou un spectacle de danse qui rapprochent les gens. C'est dans «la cohabitation quotidienne», dans le partage de l'ordinaire qu'on se rapproche. Les «échanges culturels» scolaires et bien intentionnés ont cette petite touche folklorisante qui insiste sur la différence à surmonter.
«Notre école, l'école Mont-Royal, était fréquentée surtout par des gens de Côte-des-Neiges et de Parc-Extension. Les échanges culturels, nous les faisions tous les jours, sans qu'il faille perpétuellement donner à l'autre des cours sur sa religion, ses traditions ou son pays d'origine. Ce n'est pas ainsi qu'on apprend à connaître l'autre, à le respecter et à en faire un ami. C'est plutôt en faisant du sport ensemble après l'école, en discutant de l'émission de télé de la veille, en faisant nos devoirs ensemble, en échangeant nos lunchs et, évidemment, aussi par nos chicanes d'enfants et nos conflits d'adolescents. Bref, dans ce qu'est, somme toute, la vie normale dans n'importe quelle école du monde.»
Verbockzy travaille au Forum jeunesse, un organisme qui incite les jeunes à l'action sociale et politique. Il est aussi commissaire à la Commission scolaire de Montréal.
Farouk Karim est attaché politique de la Fédération étudiante universitaire du Québec. Hier, il était au cégep de Chicoutimi pour organiser une manif contre les compressions dans le système de prêts et bourses. Quand j'ai appelé au local de l'association étudiante pour demander «Farouk Karim», mon interlocutrice pensait que je m'étais trompé de numéro, jusqu'à ce qu'elle repère dans le local le gars de Montréal un peu bronzé qui parle sans accent particulier.
Je leur ai demandé à tous deux s'ils étaient pratiquants. Verbockzy est athée. «Mais j'ai une identité juive très forte. C'est par décision personnelle que je suis athée, pas à cause de mon école. Ma soeur est allée à la même école que moi et elle est pratiquante.»
Karim, lui, a pratiqué un bout de temps. Ses parents sont pratiquants. Lui ne l'est plus, même s'il a fréquenté la mosquée assez longtemps, puis a respecté le ramadan par la suite.
Les deux sont très politisés et ont des discussions enflammées tant sur la situation au Québec que sur la politique internationale et, bien entendu, le conflit israélo-palestinien. «Mais quand on est en désaccord, ce n'est pas parce que je suis musulman et lui juif; ce n'est pas comme ça qu'on aborde les choses», dit Karim
Évidemment, même à l'intérieur de leur école multiethnique, d'où les «Québécois de souche» étaient presque absents, il y avait de petits ghettos: «Chacun cherche tout naturellement son semblable.» Mais «il est plus facile d'encourager les rencontres interculturelles lorsque les élèves d'origines différentes sont sous un même toit, quotidiennement, durant 11 ans!»
Alors quoi? Alors, pour favoriser les «échanges culturels», il faut «plus de diversité à l'école, pas moins», disent-ils. Il est déjà loisible à toutes les écoles, publiques ou privées, confessionnelles ou pas, de participer à des échanges scientifiques, sportifs, culturels. Qu'est-ce qui empêche les écoles grecques ou arméniennes ou juives de le faire, quelle que soit la hauteur de leur financement? Rien.
La mission de l'école publique n'est pas religieuse. Est-il permis de faire des écoles religieuses? Certainement. Mais pas en les faisant financer à 100 % par le public, ce qui ne se fait à peu près nulle part en Occident.
J'ajoute que ces deux jeunes hommes, qui n'ont pas 30 ans, et dont la langue maternelle n'était pas le français, ont écrit une lettre impeccable qui est, en soi, un hommage à l'enseignement public « en milieu multiethnique » montréalais, comme on dit.
Juste pour cela, j'espère qu'elle parviendra à notre ministre de l'Éducation.


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Charest a ignoré deux avis de 1993
Mario Cloutier
La Presse jeudi 20 janvier 2005
Le gouvernement Charest a décidé d'ignorer deux avis datant de 1993 qui lui indiquaient d'emprunter des voies contraires à celle qu'il a finalement abandonnée hier, soit le financement à 100% d'écoles privées juives pour faciliter l'intégration des enfants issus des communautés culturelles.
Dans le cas des écoles juives, Québec n'avait pas à consulter le Conseil supérieur de l'éducation ou la Commission consultative sur l'enseignement privé, mais ces deux organismes ont émis des avis fort éclairants en 1993, dont le gouvernement n'a pas du tout tenu compte dans le débat actuel.
«Le Conseil supérieur de l'éducation recommande à la ministre de l'Éducation de promouvoir l'école commune publique comme étant la structure la mieux ajustée aux visées sociétales d'ouverture et d'intégration», écrivait en 1993 l'organisme.
Cet avis a été écrit avant la déconfessionnalisation des écoles et la création des commissions scolaires linguistiques dans le but de suggérer des façons d'intégrer les communautés culturelles à la société québécoise.
Jean-Pierre Proulx, qui préside aujourd'hui le Conseil, rappelle que les écoles «ethnico-religieuses» ont été créées à une époque où il n'existait que des écoles catholiques ou protestantes au Québec. Or, ce n'est plus le cas depuis la création des commissions scolaires linguistiques en juillet 1998.
M. Proulx s'est dit «surpris» de la décision initiale du gouvernement Charest de financer à 100 % les écoles privées juives. Évoquant toutefois son devoir de réserve, il a refusé de commenter l'ensemble du débat actuel et, encore plus, de suggérer quelque solution que ce soit au gouvernement.
En 2001, M. Proulx avait réalisé un rapport, pour le compte du gouvernement du Parti québécois, sur la place de la religion à l'école. Il concluait alors que l'enseignement religieux devait être remplacé par un enseignement culturel des religions.
Équité
Quant à la Commission consultative sur l'enseignement privé, elle avait aussi émis en 1993 un avis général à l'intention du gouvernement libéral sur les écoles des communautés religieuses et ethniques.
Au contraire du Conseil supérieur de l'éducation, l'organisme pensait que l'école privée pouvait servir de lieu d'intégration pour les enfants des communautés culturelles, mais que ces établissements ne devaient surtout pas être financés à 100%.
Durant plusieurs années jusqu'à il y a environ cinq ans, la Commission indiquait dans son rapport annuel, pour les deux écoles helléniques souvent citées en exemple par le gouvernement Charest, qu'elle aurait aimé que le gouvernement revoie le mode de financement de ces institutions afin d'assurer «une équité entre les écoles privées», soit un financement de 60% plutôt que de 100%.


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Une bavure impardonnable
Michel David
Le Devoir jeudi 20 janvier 2005
Il est difficile de déterminer ce qui a été le plus choquant dans l'affaire des subventions aux écoles juives. Est-ce l'irresponsabilité dont le gouvernement Charest a fait preuve ou l'hypocrisie avec laquelle il a agi? Les deux, direz-vous.
Faut-il vraiment s'étonner de la première ? Dès le congrès libéral de l'automne 2000, quand M. Charest s'était engagé à tenir des référendums sur les défusions, on avait compris que le sens des responsabilités ne serait pas la qualité première de son gouvernement.
Durant la campagne électorale de 1998, Lucien Bouchard avait été blâmé de toute part pour avoir déclaré que le chef du PLQ n'aimait pas le Québec. Jean Charest avait répliqué : «C'est vrai que je suis là, au Québec, parce qu'il y a des choses que je n'aime pas.»
On dit souvent que le premier ministre demeure étranger à la culture sociopolitique québécoise, ce qui l'amène souvent à mal évaluer les réactions de l'opinion publique. Le cas qui nous occupe est presque caricatural : selon un sondage Léger Marketing-TVA, 89 % des Québécois s'opposaient au traitement privilégié accordé aux écoles juives.
Il y a peut-être un autre problème, plus grave encore. Comme il le disait lui-même, M. Charest n'aime pas certains aspects de la société québécoise et, en dépit de son discours, il semble particulièrement allergique à ce qui peut contribuer à renforcer la cohésion et la différence québécoises. Son modèle de référence est plutôt la mosaïque multiculturelle canadienne, moins propice aux manifestations d'affirmation nationale.
Il n'est pas nécessaire d'être docteur en sociologie pour comprendre que subventionner les écoles juives à hauteur de 100 %, en retour de vagues échanges interculturels, n'aurait favorisé en rien l'intégration de la communauté juive. Au contraire, cela aurait eu pour effet de renforcer son isolement. Sans parler du précédent créé.
***
Mardi soir, à l'émission La Part des choses, l'ancien directeur du Congrès juif canadien pour le Québec, Jack Jedwab, a d'ailleurs remis les pendules à l'heure au sujet de l'intégration, que le gouvernement invoque comme une litanie depuis une semaine.
Cela n'a jamais été la préoccupation de la communauté juive, a expliqué M. Jedwab. Certes, cela peut être un «élément intéressant», mais «l'objectif est de s'assurer la stabilité future de ces écoles qui, contrairement à ce qu'on croit, ont des difficultés de financement».
Prétendre verser près de 2000 $ par enfant à des fins d'échanges interculturels était déjà une insulte à l'intelligence. Évoquer au surplus l'incendie criminel de la bibliothèque de l'école Talmud Torah, comme l'a fait Pierre Reid, relevait d'une grossière tentative de culpabilisation. Dans cette affaire, le ministre de l'Éducation a été égal à lui-même, c'est-à-dire archimauvais.
La conférence de presse du premier ministre, mardi après-midi, a aussi été un modèle de mauvaise foi. Son grand argument était que la loi permettait à M. Reid d'agir comme il l'a fait. Et alors ? La question n'était pas de savoir si on avait enfreint la loi mais s'il était acceptable qu'une décision aussi lourde de conséquences soit prise en catimini, à l'insu du conseil des ministres et du caucus des députés, sans même faire l'objet d'un communiqué.
M. Charest a été pris en flagrant délit de mensonge quand il a soutenu que son gouvernement avait simplement donné suite à une entente entre les écoles juives et deux commissions scolaires alors que c'est le gouvernement qui avait lancé le projet. «Peu importe», a-t-il lancé. Désolé, mais cela importe énormément. Tout comme il importe qu'un premier ministre dise la vérité.
Il y a aussi ce trou de mémoire dont le premier ministre a été victime quand il a été question de cette soirée-bénéfice organisée par le ministre du Revenu, Lawrence Bergman, qui avait permis à la communauté juive de manifester sa grande générosité envers le PLQ. Curieusement, M. Charest n'en a conservé qu'un vague souvenir. Pourtant, ses députés se souviennent très bien l'avoir entendu se réjouir d'une récolte record de 750 000 $.
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S'il y a un aspect de la culture politique québécoise qui a peut-être échappé à M. Charest, c'est l'effet profond que la loi sur le financement des partis politiques a eu sur les esprits.
Il arrive encore que des politiciens se fassent prendre la main dans le sac, comme ces deux conseillers municipaux récemment condamnés pour avoir accepté des pots-de-vin, mais les Québécois aiment croire que leur gouvernement a progressé sur le chemin de la vertu. Ce qui les a peut-être choqués le plus dans le scandale des commandites, c'est qu'on les ait fait passer pour les brebis galeuses du Canada.
Au cours des dernières semaines, les tergiversations dans le dossier du CHUM, qu'on croyait enfin réglé, avaient déjà renforcé l'impression d'un gouvernement particulièrement sensible aux pressions de ses amis. Dorénavant, plusieurs auront le sentiment qu'on peut carrément l'acheter, pourvu qu'on y mette le prix.
Sur le fond, il y a certainement lieu de se réjouir de la volte-face d'hier. M. Charest a été bien obligé de reconnaître que «l'adhésion anticipée n'était pas au rendez-vous». L'inquiétant est qu'il a fallu une levée de boucliers sans précédent pour lui faire entendre raison. Laissé à lui-même, il ne semble pas voir où se situe l'intérêt de la société québécoise. À moins qu'il ne s'agisse d'une considération secondaire. Dans les deux cas, c'est impardonnable.
mdavid@ledevoir.com


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
«Une mission de socialisation»
Le Devoir jeudi 20 janvier 2005
Subventions aux écoles privées juives - «Une mission de socialisation»
Le contrat d'association entre la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys et les écoles privées juives
Contrat signé entre cinq de ces écoles et la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Pour éclaircir le sens de l'entente sur les écoles privées juives, à laquelle le gouvernement Charest a finalement renoncé hier, Le Devoir publie ici de larges extraits du contrat signé entre cinq de ces écoles et la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys.
Attendu que la Loi sur l'instruction publique prévoit qu'un établissement d'enseignement privé et une commission scolaire peuvent conclure un contrat d'association;
Attendu que le ministre de l'Éducation promeut l'importance d'un enrichissement mutuel entre les différentes cultures et privilégie les échanges interculturels;
Attendu que le ministre de l'Éducation entend favoriser l'apprentissage interculturel chez les jeunes en milieu scolaire, et ce, en cohérence avec le Plan d'action 2004-07 du ministère des Relations avec les citoyens et de l'Immigration;
Attendu que la communauté juive soutient et adhère à un projet d'ouverture à la société québécoise et privilégie les échanges interculturels;
Attendu que l'établissement conserve son caractère propre d'établissement régi par la Loi sur l'enseignement privé;
Attendu que la socialisation constitue un axe majeur de la mission de l'école québécoise;
Attendu que le domaine général de formation «vivre ensemble et citoyenneté» constitue un lieu d'intégration des apprentissages disciplinaires du Programme de formation de l'école québécoise;
Attendu que les orientations poursuivies par l'établissement sont :
- susciter l'apprentissage interculturel chez les élèves du préscolaire, du primaire et du secondaire en ayant recours à diverses formules permettant les échanges entre les élèves de l'établissement et ceux de la commission;
- favoriser l'intégration qui amène à partager des valeurs communes et à renforcer le sentiment d'appartenance à la société québécoise.
Attendu que ces objectifs sont en harmonie avec les objectifs de la commission auprès de ses élèves et de ses enseignants, soit celles d'une ouverture sur les différentes cultures au Québec par des échanges interculturels;
Attendu que la commission et l'établissement conviennent de s'associer dans une démarche mutuelle visant à favoriser le rapprochement interculturel et les échanges;
Attendu que ce contrat d'association est autorisé par le ministre de l'Éducation en vertu de l'article 215 de la Loi sur l'instruction publique;
En conséquence, les parties conviennent de ce qui suit :
Article 1
La commission et l'établissement s'associent dans une démarche mutuelle visant à favoriser le rapprochement interculturel et les échanges. Ce rapprochement vise à susciter l'apprentissage interculturel en ayant recours à diverses formules permettant des échanges entre les élèves de même qu'entre les enseignements de l'établissement et la commission.
L'établissement et la commission établissent annuellement un plan d'action selon le cadre établi à l'annexe 1, celui-ci faisant partie intégrante des présentes. [...]
Article 5
Les frais que l'établissement peut réclamer des parents doivent être de même nature que les contributions financières qui peuvent être exigées par la commission en vertu de la Loi sur l'instruction publique. En conséquence, les parents des élèves de l'établissement sont réputés être dans la même situation que les parents des élèves qui fréquentent les écoles de la commission en ce qui concerne la contribution financière qui peut leur être exigée pour les services éducatifs prévus par le régime pédagogique. L'établissement peut toutefois réclamer une contribution aux parents pour des services éducatifs autres que ceux prévus par le régime pédagogique et pour tout autre service optionnel.
Article 6
L'établissement s'engage à effectuer une reddition de comptes annuelle, au ministre de l'Éducation, à la commission et à l'Association des écoles juives, sur les activités liées au présent contrat.
Article 7
Sur demande du ministre de l'Éducation, la commission scolaire et l'Association des écoles juives s'engagent à émettre des commentaires et des recommandations sur les objets traités lors de la reddition de comptes annuelle de l'établissement.
Article 8
Les parties conviennent de la nécessité de maintenir en place un comité conjoint chargé de voir au suivi du respect du contrat et de sa mise en oeuvre. [...]
Annexe 1
Cadre d'orientation du projet d'association
Finalités du projet d'association
[...] Dans la foulée de la mission de l'école, [le projet] présente une volonté et une manière concrètes de socialiser «pour apprendre à mieux vivre ensemble».
Le projet d'association place au centre de la mission de socialisation les notions de dialogue, d'échange et d'activités communes pour arriver à des valeurs partagées, à des intérêts communs dans une société québécoise démocratique et respectueuse de la diversité. C'est par ce plan d'action qu'il propose d'encourager «la pleine participation des Québécois de la communauté juive au développement du Québec».
Ce rapprochement pourrait se faire par le jumelage d'écoles de la commission scolaire avec celles de la communauté juive. Il pourrait aussi se réaliser au moyen d'une offre de service de la commission scolaire à ses écoles dans le but de les associer à un projet avec des écoles de la communauté juive.
Encadrement pédagogique
Le projet s'inscrit dans le cadre des finalités de la réforme et des visées du Programme de formation de l'école québécoise. Il mettra en relief la perspective du vouloir vivre ensemble, c'est-à-dire la libre expression dans le débat démocratique sur la diversité et les valeurs communes, l'égalité en droit au lieu de la marginalisation, la richesse des règles de vie communes, la formation de la personne et l'apprentissage transversal, notamment vers l'éducation à la citoyenneté.
Proposition d'activités de rapprochement et d'intégration
- Francisation : activités liées à l'apprentissage de la langue française, instrument de communication, de culture et d'intégration.
- Activités pour les étudiants : activités de rapprochement et projets d'engagement communautaire ayant pour objet la connaissance d'autrui et l'ouverture au pluralisme dans le respect de la diversité.
- Activités pour les enseignants : activités de formation, planification conjointe, échanges ponctuels d'activités d'enseignement, d'animations spirituelle, culturelle et communautaire.
- Concours d'art oratoire : concours et débats sur des questions de fond, par exemple : identité et collectivité, valeurs individuelles et valeurs communes, principes des chartes et des lois, droits et responsabilités liés aux institutions démocratiques, interdépendance et culture de la paix.
- Festival des beaux-arts : connaissance de la culture d'autrui par les arts.
- Rapprochement à travers les domaines généraux de formation : les diverses contributions des communautés culturelles à l'avancement des disciplines, comme les arts, les sciences, l'histoire, etc.
- Visites communes au Musée de l'Holocauste : planification et rétroaction en commun.
- Échanges de livres : échange de documents représentatifs des cultures respectives.
- Projets spécifiques communs : «Une école en forme et en santé», sports-études, arts-études, etc.


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Écoles juives
Maxime Hazan
La Presse mercredi 19 janvier 2005
Oublie-t-on que depuis des années, la communauté juive et toutes les entreprises dont les propriétaires sont juifs paient leurs taxes scolaires à même titre que tous les autres Québécois? Pourtant, une infime partie fréquente les écoles publiques financées par ces taxes.
La communauté s'est-elle plainte d'avoir à payer pour des écoles qu'elle ne fréquente pas? Finalement, avec un taux de graduation du secondaire de 100 % et un taux de diplomation universitaire de 90 %, ce petit 10 millions n'est-il pas un minuscule investissement quand on le compare aux impôts que ces gradués paieront?
J'ai malheureusement l'impression que chaque fois que l'on donne aux Juifs, le Québec est révolté. Rappelez-vous il y a quelques mois, lorsque Centraide a «osé» donner à un organisme juif, chose que tout le monde a décrié. Encore là, les Juifs donnaient plus qu'ils ne recevaient. Vous auriez intérêt à rappeler à la société québécoise qu'elle reçoit beaucoup plus de la communauté juive qu'elle ne lui donne.


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Une leçon d'humilité
Vincent Marissal
La Presse jeudi 20 janvier 2005
La dernière fois que l'on a vu un gouvernement retraiter dans un désordre pareil, c'était en l'an 2000, à Ottawa, quand le ministre John Manley avait annoncé cette brillante idée d'aider les équipes de hockey professionnelles avec l'argent des contribuables avant d'être forcé de reculer devant l'indignation de la population.
Des années après cet épisode, Jean Chrétien se moquait encore des déboires de son ministre et il blaguait de bon coeur en disant qu'il faut savoir patiner en politique, même de reculons. Il faut cependant noter qu'il ne s'agissait à l'époque que de hockey, sujet moins fondamental dans notre société que les relations avec les minorités culturelles.
Il serait en effet surprenant d'entendre Jean Charest plaisanter au cours des prochains mois sur le financement à 100 % des écoles privées juives, une décision qui a provoqué la pire crise qu'ait traversée son gouvernement à ce jour.
Mais donnons à Jean Charest le mérite qui lui revient (ce n'est pas si souvent qu'on en a l'occasion, après tout): reculer, surtout dans des circonstances comme celles-là, n'est jamais facile pour un gouvernement. Pendant de très longues minutes, hier, Jean Charest et Pierre Reid ont dû s'expliquer comme deux petits garnements en culottes courtes qui viennent de se faire prendre à voler des bonbons au dépanneur du coin.
Attendre, s'obstiner, comme semblait vouloir le faire Jean Charest pas plus tard que lundi, n'aurait fait qu'empirer la situation dans l'opinion publique, dans les médias et au sein de son propre caucus.
Subsistent néanmoins quelques questions troublantes dans toute cette affaire et au premier chef: pourquoi Jean Charest a-t-il pris une telle décision? Même en supposant qu'il était convaincu que c'était la voie à suivre, comment expliquer que son instinct politique (ou, à défaut, son instinct de survie) l'ait si mal servi? Dans un dossier aussi explosif? Le premier ministre a affirmé lundi qu'il ne pouvait pas prévoir la réaction du public. S'il dit vrai, c'est troublant, en effet. S'il était à ce point dans le noir, une simple consultation de son caucus ou des spécialistes de la question au ministère de l'Éducation ou des commissions scolaires aurait alors pu éclairer sa lanterne.
De deux choses l'une: ou bien Jean Charest savait que le boomerang reviendrait, mais il l'a lancé tout de même au mépris des avis contraires (ou parce qu'il avait promis de le faire) ou alors, il s'est aventuré dans ce champ miné sans se douter des risques qu'il courait. Dans les deux cas, ce n'est pas très rassurant puisque cela démontre que le premier ministre est borné, ou souffre d'une méconnaissance profonde de la société québécoise. De toute évidence, son Conseil des ministres, qui avait enfin l'occasion de discuter du sujet, lui a sonné quelques cloches.
Quant au ministre Pierre Reid, il vit depuis hier, 15 h 30, sur du temps emprunté. Il avait déjà perdu la confiance des étudiants avec ses compressions aux bourses d'études. Il vient maintenant de perdre la confiance de son ministère, des commissions scolaires de Montréal (aussi bien celles qui étaient pour que celles qui étaient contre), d'une bonne partie de ses collègues députés, sans compter que sa cote de popularité dans l'opinion publique vient de chuter encore un peu plus bas. Il devrait hériter de tâches un peu plus légères au prochain remaniement ministériel.
Le pauvre homme n'est pas un mauvais bougre, loin de là, mais il s'y prend bien mal pour survivre dans cet univers coupe-gorge. Dans cette affaire, il était au départ perdant sur toute la ligne: si ce n'est pas lui qui a pris la décision, alors on lui collera l'étiquette de ministre faible, mais si c'est bien lui qui a poussé dans ce sens, alors cela en fait le coupable tout désigné. M. Reid ne doit pas être un grand joueur de Risk.
Chose certaine, les semaines qu'il lui reste à l'Éducation s'annoncent difficiles, par sa faute, d'ailleurs. Pierre Reid vient en effet de relancer la controverse sur le financement par l'État de l'école privée. Beaucoup de Québécois souhaitent un bon débat sur le sujet (d'autres provinces, notamment l'Ontario, ne donnent pas un sou au privé), mais on pensait par contre avoir réglé la question de la laïcité du système scolaire.
On aurait aussi très bien pu se passer des procès que certains s'empresseront de faire à la communauté juive. On se passerait, surtout, des accusations et des clichés qui ne manqueront pas de venir contre le Québec intolérant et antisémite. Regardez bien la droite canadienne anglaise casser du sucre sur le dos du Québec au cours des prochains jours. Ça aussi, on s'en passerait très bien, merci.
Rarement voit-on des virages à 180 degrés aussi spectaculaires de la part d'un gouvernement. Il est vrai que l'on voit rarement des décisions aussi mal avisées risquer de mettre le feu aux poudres comme le gouvernement Charest vient de le faire.
vincent.marissal@lapresse.ca


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Des amateurs
Jean-Marc Salvet
Le Soleil jeudi 20 janvier 2005
Éditorial - Le gouvernement libéral restera marqué au fer rouge par sa décision de subventionner des écoles privées religieuses. Et pour cause : cet épisode est symptomatique d'un problème beaucoup plus profond. Il touche à la manière même de gouverner de Jean Charest.
Il y a deux grandes façons de diriger un gouvernement : n'en faire qu'à sa tête ou chercher à susciter l'adhésion. Après le scrutin d'avril 2003, les libéraux s'étaient réclamés de la première manière. Ils répétaient ad nauseam que les Québécois leur avaient accordé un mandat de changement - comme s'ils avaient décroché une espèce de chèque en blanc. Face au tollé, le gouvernement avait tenté de corriger le tir au début de 2004. Il a plongé dans toute une série de consultations qui l'ont obligé à arrondir les angles.
Et voilà que le chef libéral et son entourage ont décidé, il y a quelques semaines, de subventionner à 100 % des écoles privées sans ouvrir le moindre débat ! Il n'y a pas que les citoyens qui ont été mis de côté. La plupart des élus libéraux ont aussi été oubliés. Il faut le faire, quand même... Pas étonnant que la réunion du Conseil des ministres d'hier ait été si houleuse.
Si bien des députés et des ministres se sont abstenus de porter leur colère sur la place publique au cours des trois ou quatre derniers jours, c'est simplement pour éviter d'embarrasser davantage leur gouvernement (et de couler avec).
Mais comment expliquer que cette décision, même si elle était attendue depuis longtemps par des écoles privées juives, ait été prise en catimini ? Dans un dossier comme celui-là, qui remet en cause des principes fondamentaux comme la laïcité, c'est une faute majeure. Le manque de jugement politique est flagrant.
Si le premier ministre, dont c'est la responsabilité, avait ouvert le jeu ne serait-ce qu'à l'interne, les choses se seraient probablement passées autrement. Il y a certainement quelqu'un parmi les membres du Conseil des ministres qui aurait soulevé des objections de fond, qui aurait senti les effets pervers d'un tel projet. Quelqu'un aurait eu la sensibilité sociale requise ou suffisamment de flair politique pour mettre le gouvernement en garde.
Par calcul ou par ignorance, Jean Charest s'est privé de cette possibilité. Cette erreur est malheureusement révélatrice de la propension qu'il a - lui, mais aussi ses proches conseillers - à imposer ses choix.
Il y a des bourdes politiques qui portent plus à conséquence que d'autres. C'est le cas de celle-là. Tout ce que le gouvernement avait tenté de mettre en place en 2004 pour faire oublier ses premiers mois de pouvoir vient de voler en éclats. Malgré le recul d'hier, les pots cassés seront difficiles à recoller.
JMSalvet@lesoleil.com


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Un cas type de mauvais lobbying
Michel Vastel
Le Soleil jeudi 20 janvier 2005
Il est toujours périlleux pour un gouvernement de faire preuve d'audace sans s'être d'abord assuré que le bon peuple le suivrait. C'est pourquoi un bon lobbyiste s'assure d'abord de l'humeur de l'opinion publique afin de suggérer aux dirigeants des solutions, pas de leur créer des problèmes...
L'affaire du financement des écoles juives, et sa gestion politique, seront peut-être un jour citées dans les manuels universitaires comme un modèle de tout ce qu'il ne faut pas faire. Toutes les personnes impliquées dans la décision - le premier ministre et son ministre de l'Éducation en premier lieu, les élus de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, les dirigeants des associations juives enfin - n'ont pas respecté la première règle de la démocratie, c'est-à-dire qu'ils ont agi au nom du peuple qui les a délégués dans leur poste d'autorité sans se soucier de son sentiment.
Le premier ministre et son ministre ont oublié qu'en régime parlementaire, leur pouvoir est issu d'une majorité d'élus. Jean Charest en particulier - qui n'est qu'un primus inter pares, le premier parmi des égaux - a eu tort de ne pas consulter son groupe parlementaire et l'ensemble de ses ministres. Un bon chef de gouvernement, comme se plaisait à le dire un ancien premier ministre de l'Ontario, Bill Davis, n'a pas besoin de sondages : il lui suffit d'écouter ses députés. Et l'opinion des 72 députés libéraux, pour ne rien dire des 46 péquistes et des 5 adéquistes, n'eût pas été fort différente de celle des Québécois : selon Léger Marketing et TVA, ceux-ci s'opposent à la gratuité totale des écoles privées.
Les commissaires scolaires de Marguerite-Bourgeoys - qui représentent surtout les quartiers de Ville-Saint-Laurent, Ville-Mont-Royal et Outremont, à forte population juive - ont commis une erreur en signant un contrat d'association avec cinq écoles privées juives. (Grâce à la conférence de presse de Jean Charest, mardi, on a appris que le système n'est pas si mauvais que cela puisque ce sont les élus locaux, et non le ministère de l'Éducation, qui prennent d'abord la décision.) Hélas pour eux, ils ne se sont pas davantage souciés de l'opinion de leurs électeurs puisque la levée de boucliers des parents les a obligés à faire marche arrière.
Enfin, bien qu'il ne s'agisse pas "d'élus", les dirigeants des associations juives qui réclamaient ce financement complet de leurs écoles - le B'naï Brith et "l'Appel juif unifié"(CJA) en particulier - ne sont guère plus représentatifs de leur base, les parents eux-mêmes. Certes, il est difficile, sinon impossible, de mesurer l'opinion de ces parents mais les témoignages concordent : les parents juifs ne sont pas différents des autres, ils acceptent de payer la fréquentation d'une école privée parce qu'ils veulent offrir à leurs enfants un enseignement qu'ils jugent différent, voire meilleur.
Il se trouve cependant que certains parents n'ont pas les moyens de payer à leurs enfants la fréquentation d'une école privée et ils dépendent alors de bourses ou de contributions des organisations juives comme la Fédération CJA. Notons tout de suite que cela peut arriver à des parents d'autres confessions et qu'eux aussi trouvent, ici ou là, un appui financier - par exemple dans une communauté religieuse. Ce ne sont donc pas les parents eux-mêmes que le gouvernement finance en annulant les frais de scolarité dans ces écoles privées, mais plutôt les organismes qui les financent. Et où iront les quelques millions de dollars que la Fédération CJA ne sera plus obligée de verser aux parents moins fortunés ?
Certains se sont étonnés de la puissance du lobby juif. Il n'a rien à voir avec ses contributions aux partis politiques, en passant. Son influence vient d'abord du fait qu'il s'agit d'un lobby bien organisé, quoique maladroit à l'occasion.
À Ottawa comme à Québec, et dans tous les Parlements, les organisations juives organisent, chaque année, une "journée parlementaire" au cours de laquelle ils visitent tous les députés et leur exposent leurs revendications. L'impact d'une telle journée à Ottawa est énorme et aucun chef de parti n'oserait s'y soustraire. Plusieurs autres organisations parrainent de telles "journées", mais aucune avec autant d'agressivité. Chaque année, la question du financement des écoles juives - et beaucoup d'autres ! - revenait donc sur le tapis à Québec.
L'erreur que les dirigeants de la communauté juive ont commise est de n'avoir pas suivi les enseignements du petit catéchisme du bon lobbyiste. Leurs conversations à Québec auraient dû leur faire comprendre que leur projet ne faisait pas l'unanimité, même pas à l'intérieur du groupe libéral. Il fallait donc préparer davantage les esprits. (À moins que ces leaders de la communauté ne se soient sentis tellement puissants qu'ils se soient contentés d'en parler aux deux seuls responsables de la décision, le premier ministre et le ministre de l'Éducation, soit deux libéraux sur 73, ou deux membres de l'Assemblée nationale sur 125. C'est un peu juste !)
La seconde erreur des dirigeants de la communauté juive est d'avoir agi seuls. En diverses occasions pourtant, il leur est arrivé de se lancer dans des campagnes interconfessionnelles ou interculturelles avec les leaders d'autres communautés. Dans le cas des écoles privées juives, ils auraient pu chercher l'appui de la communauté orthodoxe qui jouit déjà de ce privilège, voire de communautés musulmanes ou catholiques. Le débat eut alors pris une autre tournure.
Le gouvernement suspend donc sa décision, mais il ne serait pas bon qu'il recule complètement, et ce ne serait pas souhaitable tant l'image du Québec en souffrirait dans les médias du reste du Canada, toujours prompts à nous soupçonner d'antisémitisme. L'objectif de favoriser un rapprochement entre communautés culturelles et majorité laïque du Québec demeure.
Le débat, à la limite du dérapage tant il impliquait une minorité et une majorité qui ont toujours eu des rapports difficiles, sera ainsi "déconfessionnalisé". Cela ne veut pas dire que le gouvernement est sorti d'embarras. Le débat portera maintenant sur l'opportunité de financer des écoles privées à 100 %. Si on en croit le sondage de Jean-Marc Léger, les Québécois y sont tout autant opposés !
Mvastel@lesoleil.Com


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
CHAREST RECULE :
Monique Jérôme-Forget avait dit non au projet en décembre
Denis Lessard
La Presse jeudi 20 janvier 2005
Québec abandonne l'idée de subventionner certaines écoles privées juives
Québec - Le premier ministre Jean Charest a admis son erreur hier et abandonné l'idée si controversée de subventionner à 100 % certaines écoles privées juives qui adhèrent à des programmes d'intégration.
Lui qui, la veille, avait réitéré son intention de maintenir sa décision et de débourser 10 millions de dollars de fonds publics pour cette politique destinée à favoriser le rapprochement entre les communautés, a subitement jeté l'éponge, hier, à l'issue d'une réunion du Conseil des ministres, qui fut " très émotive " a-t-on appris.
" Le moyen choisi n'était pas le bon, la population du Québec, de toute évidence, n'a pas suivi. L'adhésion anticipée n'était pas au rendez-vous ", a reconnu hier le premier ministre Charest à la fin de la première réunion de l'année du Conseil des ministres.
La " démagogie et les préjugés " ont nourri la controverse, a-t-il déploré au lendemain de la publication d'un sondage Léger Marketing montrant que 89 % de la population s'opposait à cette décision.
Mais ce mécontentement était tout aussi palpable au sein même du Conseil des ministres. La Presse a appris que la présidente du Conseil du Trésor, Monique Jérôme-Forget, avait carrément refusé d'approuver les 10 millions requis pour cette mesure à la mi-décembre.
La 20 décembre, le dossier a resurgi à l'occasion de la réunion hebdomadaire du Conseil du Trésor. Or, la " dame de fer " était en vacances au Mexique. Et son remplaçant, Jacques Chagnon, a fait approuver la facture.
À huis clos hier, Mme Jérôme-Forget s'est lancée dans un long plaidoyer contre cette décision que Jean Charest avait déjà décidé d'abandonner.
Après cette véhémente intervention, a-t-on expliqué, le premier ministre s'est enfermé dans un mutisme complet. Il n'a plus essayé de justifier la décision prise en décembre, qui n'avait pas même été évoquée au Conseil des ministres.
Au nom de l'équité
Semblant " déboussolé, consterné ", le ministre Lawrence Bergman a mis en contexte cette ancienne revendication de sa communauté. Mais intervenant tous au nom de " l'équité " avec le réseau public d'éducation, la plupart des ministres, Line Beauchamp et Thomas Mulcair notamment, ont signifié leur exaspération et leur mécontentement, a-t-on confié à La Presse.
Hier, M. Charest avait déjà décidé de battre en retraite avant même de réunir ses ministres, a confié un de ses collaborateurs. Avant d'entrer, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a publiquement annoncé que le gouvernement reconsidérerait cette intervention, une opération préventive destinée à calmer le jeu autour de la table du Conseil.
Le retrait, mardi soir, de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, l'une des deux commissions scolaires qui avaient conclu des ententes d'échange avec des écoles juives, a été déterminant, a expliqué hier M. Charest. Les contrats signés pour la période se terminant en juin prochain seront respectés, mais aucun autre sera conclu. Pas question, toutefois, de toucher aux deux écoles de la communauté grecque, qui bénéficient d'une aide depuis plus de 25 ans.
Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, et sa collègue aux communautés culturelles, Michelle Courchesne, auront à proposer dans les prochaines semaines des mesures concrètes pour faciliter ces rapprochements culturels. Au passage, M. Charest a réaffirmé hier sa confiance dans son ministre de l'Éducation.
Il a paru clairement agacé quand les journalistes lui ont rappelé l'importante contribution financière de la communauté juive à la caisse de son parti.
Cette semaine, La Presse a révélé qu'à l'époque où la décision avait été discrètement annoncée par le ministre Reid, au mois de décembre, M. Charest avait loué l'efficacité de son ministre du Revenu, Lawrence Bergman, pour une opération de financement auprès de la communauté juive qui avait permis de récolter 750 000 $.
C'est M. Charest qui avait révélé ce chiffre à ses députés lors de la réunion à huis clos, ont confirmé hier des sources de son entourage.
Sans pouvoir nier, il s'est refusé hier à discuter de chiffres: " On ne comptabilise pas sur une base ethnique " a-t-il lancé, avant de marteler que la décision prise en faveur des écoles juives " n'est absolument pas liée " aux contributions à la caisse du PLQ. " Sur des questions aussi importantes, fondamentales, j'espère qu'on ne déviera pas le débat vers autre chose ", a-t-il souligné.
Devant les ministres et députés libéraux ulcérés d'avoir été mis de côté quand cette décision a été prise, M. Charest a fait amende honorable: " Si on avait à le refaire, oui, on aurait une discussion au caucus ", a-t-il dit.
" Une couple de fois " chez M. Cummings
À La Presse, le cabinet de M. Charest a confirmé hier que le premier ministre s'était rendu " une couple de fois " à la résidence secondaire de Steven Cummings, à Stowe, prestigieuse station de ski du Vermont. Il s'y était rendu en juin dernier pour assister à un mariage.
Cet important leader de la communauté juive de Montréal est une bonne connaissance de Jean Charest depuis plusieurs années, ont confié des membres de la communauté. Comme chef de l'opposition, M. Charest avait tenu à faire adopter une motion à l'Assemblée nationale, lors du décès du père M. Cummings, à un âge avancé.
" Cela fait plusieurs mois que je ne lui ai pas parlé ", a répondu M. Charest, relancé sur ses relations avec M. Cummings qu'il avait fait nommer membre du conseil d'administration de la Caisse de dépôt, en octobre 2003. Comme président de CJA, la principale association juive, il avait, comme tous ceux qui ont occupé ce poste, fait des démarches pour que Québec accepte de subventionner ses écoles privées, a expliqué hier M. Charest. Des sources fiables dans la communauté indiquent que les deux hommes sont de bons amis; leur relation remonte bien avant l'élection de M. Charest comme premier ministre.
Quant à Pauline Marois, critique péquiste des questions d'éducation, elle saluait la décision du gouvernement Charest. La crédibilité du ministre Reid en sortira passablement diminuée, a-t-elle prédit.
Pour Mme Marois, une réévaluation de toute cette politique s'impose. On devrait même réexaminer le précédent accordé aux écoles grecques, une mesure consentie par le gouvernement de René Lévesque.


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Charest recule :
Québec revient sur sa décision de financer à 100 % des écoles privées juives
Cauchy, Clairandrée; Chouinard, Tommy
Le Devoir jeudi 20 janvier 2005
Québec - Québec revient sur sa décision de financer à 100 % des écoles privées juives qui concluraient une entente d'association avec une commission scolaire. Vingt-quatre heures seulement après avoir défendu bec et ongles cette option, le premier ministre Jean Charest a décidé hier de faire marche arrière devant le tollé soulevé par le geste de son gouvernement.
«Il est clair que l'adhésion que nous avions anticipée n'était pas au rendez-vous. La population du Québec n'a pas suivi. On en prend acte», a affirmé M. Charest en conférence de presse hier. En effet, le mécontentement populaire n'a pas cessé de croître depuis que Le Devoir a révélé au grand jour, la semaine dernière, la décision du gouvernement. Le premier ministre a reconnu que le financement des écoles privées juives au même niveau que les écoles publiques «n'était pas le bon moyen» de favoriser le rapprochement des communautés culturelles.
La volte-face de Québec survient au lendemain de la décision de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys de ne pas reconduire l'entente d'association signée le mois dernier avec cinq écoles juives. Cette entente prendra donc fin le 30 juin 2005.
Désormais, une école privée, peu importe sa confession religieuse, ne pourra plus conclure une nouvelle entente avec une commission scolaire afin d'obtenir le statut d'établissement scolaire «associé». Ainsi, il lui sera impossible de voir son financement alloué par Québec passer de 60 à 100 % du montant accordé aux écoles publiques (5200 $ par enfant). Or le gouvernement refuse d'empêcher la commission scolaire Lester-B.-Pearson de conclure au moins deux autres ententes avec autant d'écoles privées juives. Ces ententes seront cependant en vigueur jusqu'au 30 juin seulement. Selon le cabinet du premier ministre, les discussions sont trop avancées entre la commission scolaire et les écoles concernées pour que le gouvernement interdise la signature des ententes. Aucune entente ne pourra toutefois être renouvelée, a décrété Québec. Le premier ministre ne remet cependant pas en question cet avantage pour les écoles helléniques, qui ont le statut d'école associée depuis plus de 20 ans.
Pour le moment, le gouvernement Charest ne compte pas réviser la Loi sur l'instruction publique, qui donne au ministre de l'Éducation le pouvoir de répondre aux demandes des commissions scolaires qui veulent conclure des contrats d'association avec des écoles privées.
Lorsqu'un journaliste lui a demandé si le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, avait toujours toute sa confiance, Jean Charest a répondu par l'affirmative et ajouté ne pas avoir l'intention de le démettre de ses fonctions. «Il n'y a rien dans ce que M. Reid a fait que je remets en question. Cela a été une décision faite dans le but de favoriser un rapprochement. Comme lui, je prends acte que les gens n'adhèrent pas à la solution. S'ils n'y adhèrent pas, il faut être capable de conclure que le moyen n'était pas le bon», a affirmé M. Charest. Dans un bref commentaire, Pierre Reid a dit «assumer une part de responsabilité» dans le choix de la mesure controversée.
Rarement une décision gouvernementale aura-t-elle provoqué une telle opposition populaire. Un sondage Léger-Marketing réalisé pour le compte du réseau TVA a révélé que 89 % des Québécois étaient en désaccord avec la décision du gouvernement Charest.
Selon le premier ministre, l'erreur de son gouvernement semble avoir été une erreur de jugement. Comme le financement à 100 % avait déjà été accordé aux écoles privées helléniques par le passé, Jean Charest dit avoir pensé, au moment de prendre une décision concernant les écoles privées juives, «qu'il y aurait une adhésion de la population». M. Charest a réitéré qu'il n'avait pas consenti au financement à 100 % des écoles privées juives parce que cette communauté avait accordé de généreuses contributions à la caisse électorale du Parti libéral du Québec.
Jean Charest a insisté sur le maintien des objectifs gouvernementaux de «rapprochement» des communautés culturelles. «Il en va de l'avenir et de la cohésion de la société québécoise», a-t-il dit. Ainsi, Pierre Reid et la ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, Michelle Courchesne, ont le mandat de trouver d'autres mesures pour favoriser ce rapprochement, mesures qui pourront être financées à même les fonds prévus pour les écoles privées juives, soit environ dix millions de dollars.
«On va maintenant prendre les moyens pour virer de bord et travailler avec les Québécois sur le terrain pour qu'on puisse continuer à poursuivre cet objectif», a expliqué Jean Charest. Alors que le gouvernement s'est fait reprocher d'avoir fait l'économie de consultations avant de prendre sa décision, les deux ministres consulteront cette fois-ci tous les groupes concernés par la question.
Le conseil des ministres, qui n'avait pas été informé de la décision de financer à 100 % des écoles privées juives, s'est longuement penché sur la question hier. À l'entrée de la séance, la ministre de l'Agriculture, des Pêcheries et de l'Alimentation, Françoise Gauthier, a reconnu qu'elle aurait aimé être consultée. Les membres du caucus libéral partagent cet avis. Le député de Charlesbourg, Éric Mercier, a affirmé qu'«il y a des fois des matières plus délicates qui doivent être discutées en caucus». Jean Charest a affirmé que «si on avait à refaire ça, oui, on aurait une discussion en caucus».
La critique péquiste en matière d'éducation, Pauline Marois, estime que Jean Charest n'avait d'autre choix que de revenir sur sa décision. «Le gouvernement avait ouvert une véritable boîte de Pandore. Alors, la seule décision à prendre est celle qu'il a prise aujourd'hui», a-t-elle dit. Le Parti québécois réclame toujours la démission du ministre Pierre Reid parce que «les erreurs s'additionnent dans la colonne des passifs».
Déception dans la communauté juive
Profondément déçu par la tournure des événements, le président de la Fédération CJA (Appel juif unifié), Sylvain Abitbol, a reconnu que Québec était acculé au pied du mur par la pression populaire. «Il faut se rendre à l'évidence: nous vivons dans une société démocratique, et je suis respectueux du désir exprimé par les Québécois. [...] Le gouvernement est arrivé à la conclusion, qui est la nôtre aussi, que le projet tel qu'il a abouti hier soir [mardi] n'aurait pas pu continuer», a déclaré M. Abitbol en faisant référence à la décision de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys de ne pas reconduire en juin prochain les ententes qu'elle avait conclues avec cinq écoles privées juives.
Sans jeter la balle au gouvernement pour la façon dont il a défendu le projet, M. Abitbol croit qu'il a été mal interprété. «On a mal compris que l'entente était uniquement basée sur la partie laïque de notre programme, alors qu'on a associé cela avec une partie confessionnelle», a affirmé le président de l'organisme caritatif, qui a tenu à réfuter tout lien entre des contributions à la caisse électorale du Parti libéral et la décision du gouvernement.
M. Abitbol a par ailleurs réitéré que l'octroi d'un financement équivalent à 100 % de la subvention allouée aux écoles publiques constituait un juste prix pour favoriser le rapprochement interculturel souhaité entre élèves et enseignants des écoles juives et des écoles publiques. Sans renoncer à l'idée de revendiquer de nouveau le statut d'école associée, M. Abitbol a fait savoir que la communauté juive entend pour l'instant «redoubler d'efforts» afin de multiplier les échanges interculturels.
La volonté du gouvernement de consacrer les dix millions prévus pour les écoles juives au financement de projets de rapprochement interculturel a d'autre part été accueillie très favorablement par la présidente de la Commission scolaire de Montréal (CSDM), Diane De Courcy. «En milieu montréalais, les sommes vont être bienvenues», s'est-elle exclamée. Elle ouvre par ailleurs la porte à une révision du statut des écoles Socrates, associées à la CSDM, qui jouissent déjà des privilèges que le gouvernement voulait consentir aux écoles juives. «Si le ministre de l'Éducation souhaite regarder de façon posée, en tout respect pour la communauté hellénique, cette entente vieille de 20 ans, on est prêts à s'asseoir avec eux», a soutenu Mme De Courcy.
L'artillerie était prête
La volte-face du gouvernement Charest survient au moment où les détracteurs du projet fourbissaient leurs armes. «Nous étions en train de peser sur le piton de l'imprimante pour faire sortir le formulaire de la pétition que nous comptions envoyer aux parents. On va annuler cela», a réagi à chaud la présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Diane Miron. Le ministre de l'Éducation devrait selon elle tirer une leçon de cette aventure et consulter ses partenaires à l'avenir.
La Centrale des syndicats du Québec venait elle aussi d'enclencher une campagne de signature de pétitions. Le président de la centrale a souligné hier le chaos qui a entouré les interventions gouvernementales au cours des deux derniers jours: «Ils sont durs à suivre. Hier, le premier ministre faisait un point de presse où il continuait de s'enliser comme il faut. Voulait-il montrer que plus il parlait, plus il se calait? [...] Quand ils font une gaffe, cela prend tout l'engagement de la population pour les voir reculer. C'est un gouvernement bien mal connecté», a lancé Réjean Parent avec son langage coloré habituel.
Le président de la CSQ juge cependant que cette «bourde» du gouvernement - et surtout la réaction populaire qu'elle a suscitée - augure bien pour la laïcisation du système scolaire à quelques mois de la décision sur le renouvellement de la clause dérogatoire. «La montée aux barricades reflète bien l'ouverture de la société québécoise face à la laïcisation des écoles publiques», a-t-il fait valoir.


FINANCEMENT DES ÉCOLES JUIVES
Charest bat en retraite : "Le moyen n'était pas le bon", admet-il
Violaine Ballivy
Le Soleil jeudi 20 janvier 2005
Jean Charest a plié sous la grogne populaire : il annulera en septembre le financement à 100 % des écoles privées juives de Montréal. Le premier ministre a admis que cette mesure n'était pas la meilleure avenue pour rapprocher les communautés culturelles du Québec.
"Je suis prêt à reconnaître que le moyen n'était pas le bon", a déclaré M. Charest, qui est venu lui-même expliquer la retraite de son gouvernement, même s'il a toujours maintenu officiellement que la décision initiale émanait du cabinet du ministre de l'Éducation.
La résolution de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys d'annuler ses contrats signés avec cinq écoles juives francophones de la métropole - qui permettaient ainsi leur financement au même titre que les établissements publics, soit à 100 % au lieu de 60 % par élève - aurait lourdement pesé dans la balance. "Le débat qui vient de se faire montre que l'adhésion anticipée n'était pas au rendez-vous", a expliqué M. Charest. Un sondage Léger Marketing révélait justement mardi soir que 85 % des Québécois sont contre l'octroi de subventions à des écoles privées juives équivalentes à celles promises à leurs homologues du réseau public laïc.
Jean Charest a nié que les rumeurs de scandale - s'appuyant sur un lien éventuel entre la décision d'accorder le statut d'école "associée" aux écoles juives et une importante contribution de la communauté juive au Parti libéral - aient influencé son recul dans le dossier. "Il n'y a aucun lien entre les deux éléments." Il a aussi assuré que ce revirement n'affectera d'aucune façon la crédibilité de Pierre Reid. "Il a toute ma confiance pour l'année qui vient."
Les écoles juives pourront néanmoins continuer à bénéficier de l'argent promis par Québec jusqu'à la fin de l'année scolaire. Ensuite, Pierre Reid et Michelle Courchesne, ministre des Relations avec les citoyens et de l'Immigration, seront chargés de proposer des "mesures sur une base plus large" pour favoriser le rapprochement des communautés culturelles, quelles qu'elles soient. "Nous ne devons pas baisser les bras et continuer à faire des efforts", a expliqué M. Reid. L'enveloppe prévue de 10 millions $ pour le financement potentiel de 15 écoles sera maintenue. Et cette fois, la population devrait être mieux consultée pour éviter une répétition de la situation.
Par contre, le statut d'"école associée" ne sera pas modifié et continuera de profiter à deux écoles grecques orthodoxes de Montréal et de Laval.
Communauté déçue
La nouvelle a consterné la communauté juive. "Nous sommes profondément déçus par la récente tournure des événements", a déclaré Sylvain Abitbol, président de la Fédération CJA. Il soutient que la population a mal réagi parce qu'elle n'a pas compris que les échanges entre les écoles privées et publiques reposeraient sur une base laïque et culturelle seulement.
A contrario, Réjean Parent, président de la CSQ et membre de la coalition pour la déconfessionnalisation du système scolaire (CDSS), n'a pu réprimer sa satisfaction. "Je suis très, très content. C'était une tellement mauvaise décision que la riposte venait de partout."
Ce repli pourrait même donner des munitions à la CDSS qui veut empêcher le renouvellement de la clause dérogatoire permettant l'enseignement religieux catholique et protestant, malgré l'adoption du règlement abolissant leur statut confessionnel en 2000.
Pour André Caron, président de la Fédération des commissions scolaires du Québec, le nouveau programme annoncé par Québec est un gage d'équité. "Au lieu d'être réparti entre deux commissions scolaires, l'argent sera distribué dans tout le Québec."
Seule ombre au tableau : M. Parent croit que le statut d'"école associée" devrait être rayé de la Loi sur l'instruction publique.
VBallivy@lesoleil.com

Charest retreats on funding
MIKE DE SOUZA and ALLISON LAMPERT
The Montréal Gazette Thursday, January 20, 2005
Plan to boost subsidies to Jewish schools 'not one that's going to be able to succeed'
Facing a provincewide revolt, Premier Jean Charest retreated yesterday from a controversial proposal to boost funding for private Jewish schools.
"We certainly did not take a decision anticipating that the reaction would be what it is. But that being the case, I accept the fact that the method chosen was not the right one. I accept that, and I accept the responsibility for that," Charest said.
After discussing the matter with his cabinet for the first time, Charest acknowledged that the plan was doomed to fail without the backing of the population. But the premier maintained the government's overall goal had not changed, even though he had insisted, one day earlier, that the special funding program was the right thing to do to make Quebec a more inclusive society.
"I do not for a single minute diminish the importance of what we're trying to do," said Charest, accompanied by Education Minister Pierre Reid. "And what we're trying to do is extremely important for the future of Quebec and for a society of inclusion. And that's something that I believe in very deeply and I believe Quebecers believe in it, and we're going to pursue that objective."
By associating with the Lester B. Pearson School Board and the Commission scolaire Marguerite Bourgeoys, Charest said, the Jewish schools would commit to activities helping students integrate into Quebec.
Seven of the 15 private Jewish schools had signed on to the program - which increased their secular funding from 60 to 100 per cent - after the two school boards approved the plan. But the Commission scolaire Marguerite Bourgeoys decided to pull out at a meeting on Tuesday night because of a wave of criticism and insinuations that the funding was linked to financing of the Quebec Liberal Party.
"With the Marguerite Bourgeoys school board not wanting to pursue this and with the very strong reaction within the population of Quebec, this initiative is not one that's going to be able to succeed," Charest said.
If all 15 schools had signed on, the program would have cost $10 million a year. The seven schools that signed agreements will still get a portion of that total for the remainder of the school year before the program is abolished. Charest has authorized Reid and Citizens Relations and Immigration Minister Michelle Courchesne to work with the school boards and cultural communities to find an alternative.
Members of the Liberal caucus and cabinet complained they were not consulted before Reid announced his decision to increase funding for the Jewish schools in December at the opening of a new library at a Jewish school in St. Laurent that had been firebombed last spring.
While Charest admitted in hindsight that Liberal MNAs should have been consulted, he reiterated that the funding model already exists for schools in Quebec's Greek community.
Parti Quebecois education critic Pauline Marois said Charest should take full responsibility for the mistake instead of trying to blame people for not buying into his plan. She also challenged Reid to release studies that justified his decision in order to prove he wasn't influenced by financial contributions to the Quebec Liberal Party.
An angry Charest scolded reporters who pressed him to reveal how much funding his party was receiving from the Jewish community.
"We don't account (for funding) on an ethnic basis," he snapped.
Jean-Marc Crete, chairperson of the Commission scolaire Marguerite Bourgeoys, said Charest made the right choice.
"I think it is a wise decision because of the situation that's exploded over this," Crete said.
He said the Jewish community, which is mostly English-speaking, was trying to build bridges with francophones.
"For me, it shows that their intentions were absolutely noble," Crete said. "They want to be more involved with Quebec culture."
But he said the decision to scrap the agreement would not stop his school board from working with the community.
Marcus Tabachnick, chairperson of the Lester B. Pearson School Board, said the project should have continued.
Stressing that it was his personal opinion and not necessarily that of the board, Tabachnick said the controversy hinted of anti-Semitism.
He said he's been asked by at least one reporter for the origin of his last name and his religion.
"I'm disappointed," Tabachnick said. "I think in the last few days we've seen the ugliest side of Quebec."
Other school boards asked what would happen to the $10 million pledged by Quebec for the program. Although the money doesn't come from the provincial education budget, Steve Bletas, chairperson of the Sir Wilfrid Laurier School Board, urged Quebec to invest the $10 million in the public sector's neediest students.
"Take that money and give it to all school boards to use for special education."
mdesouza@thegazette.canwest.com
alampert@thegazette.canwest.com

Quebec abandons plan to fund religious schools
RhéAl SéGuin
The Globe and Mail Thursday, January 20, 2005
Recent 100-per-cent financing decision a mistake, Charest says after objections
Quebec PQ - After widespread public protest, the Quebec government is backing away from its decision to allow 100-per-cent funding of private religious schools.
Premier Jean Charest conceded that his government mishandled a recent decision to extend financing to private Jewish schools, which created a backlash among Quebec taxpayers and supporters of the public school system.
A Leger Marketing poll conducted for the TVA television network that was released yesterday showed that only 5 per cent of Quebeckers support the initiative.
"I take notice of the population's reaction," Mr. Charest said yesterday. "It is obvious that people did not accept the way we handled this issue."
The Premier remains adamant that a great deal of work is still needed to bring together ethnic communities and mainstream Quebec society. He pointed to the firebombing of the library at United Talmud Torahs Jewish school last year as an example of the lack of inclusiveness in Quebec society.
"There are always some who will be tempted by demagoguery on these things. . . . Those who use those arguments are the reasons why we will pursue this very important objective of allowing cultural communities to be . . . full participants in Quebec society," Mr. Charest said.
However, critics of the policy argued that Mr. Charest failed to understand that Quebec is one of the most tolerant societies in North America. Many pointed out that the province finances 60 per cent of religious and ethnic private schools.
Jewish community leaders said they were "deeply disappointed" with the flip flop on an issue for which they have lobbied for many years. "Nonetheless we appreciate the efforts by the Quebec government to support our project," said Sylvain Abitbol, president of the Federation CJA (Combined Jewish Appeal).
Mr. Charest said the money that would have gone to private religious schools will be used to promote multiculturalism. Immigration Minister Michèle Courchesne will work with Education Minister Pierre Reid on proposals to facilitate integration of ethnic communities into Quebec society.
Cabinet ministers and members of the Liberal caucus had complained that they were not consulted in the decision to give Jewish schools several million dollars in additional government funding.
Liberal members' complaints reflected the opinions of their constituents who were angry that the government would increase funds to private schools while cutting more than $100-million in bursaries to university students.
The government's policy took a hit over recent news reports that Mr. Charest congratulated Revenue Minister Lawrence Bergman in December for raising $750,000 in the Jewish community in the Quebec Liberal Party's fundraising drive. Mr. Charest rejected allegations that the decision to increase funds to private Jewish schools was linked to political contributions.
"There was never any link between political contributions and this decision," Mr. Charest said yesterday. "There never was and there never will be."
The government knew it had to abandon its decision to fund private religious schools when a Montreal area school board bowed to pressures from parents this week and voted not to renew an agreement in June that allowed five Jewish schools to receive full public financing.
Under Quebec law, a private school can obtain 100-per-cent public financing for the non-religious portion of its curriculum if it can obtain a special status within a public school board that sets the terms for cultural exchange between the school and the school board.

Charest forced to backtrack on Jewish school funding: 'Method chosen not right one'
Mike De Souza, CanWest News Service
National Post January 20, 2005 Thursday
QUEBEC - Facing a provincewide revolt, Premier Jean Charest retreated yesterday from a controversial proposal to boost funding for private Jewish schools.
"We certainly did not take a decision, anticipating that the reaction would be what it is. But that being the case, I accept the fact that the method chosen was not the right one, I accept that, and I accept the responsibility for that," Mr. Charest said.
After discussing the matter with his Cabinet for the first time, Mr. Charest acknowledged it was doomed to fail without the backing of Quebecers. But he maintained the government's overall goal hadn't changed, even though he had insisted, one day earlier, that the plan was the right thing to do in order to make Quebec a more inclusive society.
"I do not for a single minute diminish the importance of what we're trying to do," said Mr. Charest, accompanied by Education Minister Pierre Reid. "And what we're trying to do is extremely important for the future of Quebec, and for a society of inclusion. And that's something that I believe in very deeply, and I believe Quebecers believe in it, and we're going to pursue that objective."
By associating with the Lester B. Pearson School Board and the Commission Scolaire Marguerite Bourgeoys, Mr. Charest said the schools would commit to activities helping students integrate into Quebec. The government had announced the plan in December at the opening of the new library for a Montreal-area Jewish school that had been firebombed last spring.
Seven out of the 15 private Jewish schools had signed onto the program which increased their secular funding from 60% to 100%, after the two school boards approved the plan. But the Commission Scolaire Marguerite Bourgeoys decided to pull out at a meeting Tuesday night, because of a wave of criticism and insinuations that the funding was linked to financing of the Quebec Liberal Party.
"With the Marguerite Bourgeois school board not wanting to pursue this, and with the very strong reaction within the population of Quebec, this initiative is not one that's going to be able to succeed," said Mr. Charest. "That being the case, one of the things we want to pursue vigorously, and we want to focus on, is the importance of doing everything in our power so that the cultural communities are integrated to Quebec society."
If all 15 schools had signed on, the program would have cost $10-million a year. The seven schools that signed agreements will still get a portion of that total for the remainder of the school year before the program is abolished. Mr. Charest has mandated his Education Minister and Citizens Relations and Immigration Minister Michelle Courchesne to work with the school boards and cultural communities to find an alternative.
Members of the Liberal caucus and Cabinet complained they were never consulted before Mr. Reid announced his decision to increase funding.
While he admitted, in hindsight, that the Liberal MNAs should have been consulted, Mr. Charest reiterated that the funding model already exists in the Greek community schools.

Écoles privées juives: Charest recule
Le Conseil musulman de Montréal demande une commission publique
Karim Benessaieh
La Presse jeudi 20 janvier 2005
Que le gouvernement Charest ait battu en retraite hier n'y change rien: le financement des écoles des groupes religieux est un problème qui doit être réglé, estime le président du Conseil musulman de Montréal (CMM), Salam Elmenyawi.
Car nombre de ces écoles, comme les Écoles musulmanes de Montréal que La Presse a visitées, souffrent d'un manque de financement endémique qui menace leur existence.
" Il doit y avoir une commission publique sur cette question, a déclaré M. Elmenyawi en entrevue téléphonique. J'espère au moins que le premier ministre va inviter des gens de différents horizons religieux pour parler du problème de l'intégration. "
Même s'il estime que le processus qui a mené à subventionner à 100 % des écoles juives privées était " injuste ", le président du CMM considère toujours que le principe est valable. " Comme l'école publique n'enseigne pas ces religions, ceux qui veulent transmettre ces valeurs à leurs enfants doivent se diriger vers l'école privée ", analyse-t-il. Les six écoles musulmanes privées de Montréal multiplient les activités de rencontre et de jumelage avec les écoles publiques, précise M. Elmenyawi. Les Écoles musulmanes de Montréal, notamment, ont multiplié l'an dernier les rencontres de ce genre pour leurs 266 élèves du primaire et du secondaire.
" Pour moi, c'est le défi constant d'éviter la ghettoïsation, explique Ali Temam, directeur général des Écoles musulmanes. Des élèves d'autres écoles viennent passer une journée chez nous, les nôtres font la même chose ailleurs, nous allons dans des églises. "
Le petit établissement primaire des Écoles musulmanes, sis au 7445, rue Chester, dans le quartier Notre-Dame-de-Grâce, n'a rien d'un édifice luxueux. Les 140 élèves qui le fréquentent, tient à préciser son directeur, ont des parents qui ont un revenu souvent inférieur à la moyenne.
" Nous sommes une école communautaire, pas une entreprise qui vise à faire des profits. Nous avons donné 30 000 $ l'an dernier en aide à des parents. "
L'école, reconnaît tout de go le directeur, a connu une période " très difficile " au tournant des années 2000, alors que sa fermeture avait été maintes fois évoquée. " Ça va un peu mieux depuis un an, mais nous accueillons à peine la moitié des élèves qui pourraient étudier ici. "
Pour chaque élève du primaire, l'école reçoit 50 % de la subvention donnée aux écoles publiques, soit 2600 $. Au secondaire, elle ne reçoit rien de Québec. Les parents, eux, paient 2112 $ par année pour un enfant au primaire, 2468 $ au secondaire. Une réduction est accordée pour l'inscription d'un deuxième ou d'un troisième enfant.
En échange, l'école fournit un enseignement en français qui comprend les matières obligatoires définies par Québec- sur 23,5 heures- auquel s'ajoutent cinq heures de cours adaptés. Les petits élèves ont ainsi deux heures d'études sur la culture musulmane, deux heures de cours d'arabe et une heure d'étude du Coran.
Même si le port du voile n'est " ni imposé ni interdit ", près des trois quarts des filles le portent. Dans l'entrée, on peut admirer de petits dessins gribouillés par les enfants: au lieu de girafes ou de maisons, ici, on reproduit la Kaaba, lieu musulman sacré, entourée de pèlerins en forme de bonshommes allumettes.
" Nous tentons de créer un milieu, un environnement pour transmettre l'héritage musulman, dit M. Temam. C'est un des aspects les plus importants pour les parents. "

Financement des écoles privées juives
La dépense a été autorisée pendant les vacances de Jérôme-Forget
Clairandrée Cauchy
Le Devoir vendredi 21 janvier 2005
La demande de débloquer environ dix millions de dollars pour financer les écoles privées juives a été refusée à la mi-décembre par la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Mais il a suffi que Mme Jérôme-Forget parte en vacances pour que son remplaçant au Conseil du trésor, le ministre Jacques Chagnon, renverse sa décision et entérine la dépense.
M. Chagnon s'est défendu hier d'avoir évalué le fond de la question avant d'autoriser l'allocation de cette somme. «C'est tout simplement une approche comptable qui a été faite. Le Conseil du trésor ne fait pas de discussions de fond sur un dossier mais la discussion financière», a déclaré le ministre Chagnon sur les ondes de Radio-Canada.
Rappelons qu'en 1994, alors qu'il était ministre de l'Éducation, Jacques Chagnon avait lui-même promis aux écoles juives qu'elles bénéficieraient d'un financement équivalent à 100 % de celui des écoles publiques. Cependant, le gouvernement, défait aux élections quelques mois plus tard, n'avait pas pu concrétiser cette promesse.
L'autorisation de la dépense a été accordée le 20 décembre, soit le premier jour de l'intérim de M. Chagnon à la présidence du Conseil du trésor, pendant les vacances de Mme Jérôme-Forget. Il a justifié l'urgence de statuer sur la question fin décembre en invoquant le fait qu'une annonce avait déjà été faite par le ministre de l'Éducation début décembre (lors de la réouverture de la bibliothèque de l'école Talmud Torah).
Tant le cabinet du ministre de l'Éducation que celui de la présidente du Conseil du trésor ont refusé hier de commenter ou d'infirmer la nouvelle parue dans La Presse hier. Plus tôt cette semaine, on précisait cependant au cabinet de la présidente du Conseil du trésor qu'elle était «solidaire» de la décision du gouvernement.
Mme Jérôme-Forget aurait été au coeur de la fronde au conseil des ministres mercredi, qui a précédé le recul du premier ministre dans ce dossier qui a suscité la colère populaire.
Outre ce parcours peu conventionnel au Conseil du trésor, la décision de financer à 100 % les écoles privées juives n'a été abordée ni au conseil des ministres ni au caucus, pas plus que dans les organismes consultatifs du ministère de l'Éducation. L'histoire a aussi été entachée par des informations selon lesquelles la communauté juive aurait contribué à la caisse électorale du Parti libéral du Québec à hauteur de 750 000 $.
Pour le chef de l'ADQ, Mario Dumont, resté muet à ce sujet jusqu'à maintenant, la décision aussi soudaine qu'impromptue du gouvernement Charest de financer à 100 % les écoles privées juives ne peut s'expliquer que par un retour d'ascenseur à la communauté juive, qui a consenti des dons exceptionnellement élevés l'an dernier à la caisse du PLQ.
«La décision ne semblait pas tellement fondée sur une réelle vision de l'éducation. C'est évident qu'il y a eu un "deal" quelque part», a soutenu M. Dumont lors d'un point de presse à Québec hier.
Tout en reconnaissant «qu'il n'y aura jamais de preuves écrites» pour valider cette allégation, le leader adéquiste estime néanmoins que la conclusion saute aux yeux. «Quand un événement [de financement] d'un soir rapporte trois quarts de million, c'est un exploit. Je ne sais pas ce qu'il faut faire, mais il faut sûrement promettre [quelque chose]. Ce sont des sous, 750 000 $, dans un souper», a-t-il déclaré.
M. Dumont s'étonne que le premier ministre Jean Charest n'ait pas prévu le tollé que provoquerait la décision d'accorder, unilatéralement et sans consultation, un traitement de faveur à une communauté.
«Il est évident que M. Charest a des difficultés à se connecter avec la base, à comprendre l'histoire du Québec. [...] Dans tout ce débat, c'est Jean Charest qui a perdu, qui a été renversé par son équipe», évalue le chef de l'ADQ.
Avec la Presse canadienne


Subventions aux écoles privées juives
Incompétence et favoritisme, accuse Dumont
Simon Boivin
Le Soleil vendredi 21 janvier 2005
Le gouvernement Charest, miné par sa propre "incompétence", dirige le Québec en fonction de la caisse électorale du Parti libéral, a affirmé, hier, Mario Dumont.
De mémoire, le chef adéquiste ne se rappelle pas avoir vu un premier ministre débouté de façon aussi évidente par son Conseil des ministres que Jean Charest dans l'affaire des écoles juives. "Je n'imagine pas Robert Bourassa ou Lucien Bouchard faire une conférence de presse pour visser sa décision, se présenter devant son Conseil le lendemain et ressortir piteux et dire : "Je m'excuse, je ne recommencerai plus", a souligné M. Dumont. C'est du rarement vu."
Toutes les personnes qui devaient réfléchir à l'éducation ou au rapprochement des communautés ont été laissées à l'écart dans ce dossier. "On s'aperçoit que c'est une décision prise à l'intérieur d'un deal qu'il a fait personnellement avec on-ne-sait-pas-trop-qui, poursuit M. Dumont. Dans ce débat, c'est Jean Charest qui a perdu. C'est lui qui a été renversé."
Pour le leader adéquiste, le lien est évident entre la décision du premier ministre Charest et une contribution record de 750 000 $ de la communauté juive à la caisse du PLQ. "On n'a jamais de preuve écrite qui vont documenter une affirmation comme celle-là, remarque M. Dumont. Mais quand c'est long de même, que c'est plein de poils et que ça miaule, c'est un chat. À un moment donné, on finit par constater que ça ressemble à ça."
Amasser autant d'argent en si peu de temps relève de l'exploit, estime le député de Rivière-du-Loup. "Trois quarts de million, c'est beaucoup d'argent, constate-t-il. Je ne sais pas ce qu'il faut faire pour en ramasser autant, mais il faut sûrement promettre."
Le chef de l'Action démocratique du Québec n'en est pas à sa première accusation de favoritisme du gouvernement envers les généreux donateurs du PLQ. Il a d'abord laissé entendre que le west island avait ni plus ni moins acheté les référendums sur les défusions. Il a renchéri en faisant un parallèle entre les 65 000 $ versés au PLQ par les propriétaires de l'abattoir Colbex et la façon dont le gouvernement a géré la crise du boeuf, en fin d'année. "C'est évident qu'il y a une énorme influence de ce côté-là, a dit M. Dumont. Et ce n'est pas d'hier."
Alors que les spéculations sur un éventuel remaniement ministériel vont bon train, le chef de l'ADQ se demande si ce ne sont pas "les ministres du cabinet qui devraient remanier le premier ministre".
SBoivin@lesoleil.com

Anatomie d'une bêtise
Alain Dubuc,
Collaboration spéciale
La Presse vendredi 21 janvier 2005
Jean Charest a reculé. Devant le concert de protestations, provenant de tous les milieux, il a abandonné sa malheureuse idée de subventionner à 100 % des écoles privées de la communauté juive. En reculant de telle façon, il a bien agi. Mieux vaut avoir l'air fou que de s'enfoncer dans l'erreur.
Mais cet incident, malgré cette volte-face bienvenue, laissera certainement des marques. Il contribuera à élargir le gouffre entre le gouvernement Charest et la population, sèmera des doutes sur le jugement de nos dirigeants provinciaux et surtout, ne pourra que nous laisser perplexe(sic) sur les processus de décision au sein de ce gouvernement.
À quoi M. Charest et son ministre de l'Éducation, Pierre Reid, pouvaient-ils bien penser quand ils ont pris cette absurde décision? Comment se fait-il qu'ils n'aient pas prévu les réactions? Nous ne sommes pas en présence d'un soubresaut incohérent de l'opinion publique. Dès que cette entente a été connue, tous ceux qui suivent ces questions de près ont immédiatement vu que ce privilège pour un groupe d'écoles privées créait un précédent risqué.
Une réaction qui aurait été de même nature peu importe le groupe qui aurait profité d'un tel privilège. Car cela rompait l'équilibre fragile entre nos réseaux d'éducation privés et publics, et cela rouvrait le dossier sur la place de la religion dans l'enseignement, quand nos écoles viennent à peine d'amorcer leur déconfessionnalisation. Comment se fait-il que le gouvernement Charest n'en soit pas arrivé à la même conclusion ou, à tout le moins, qu'il n'ait pas prévu que ces questions se poseraient?
Le projet était si peu réfléchi, les raisons fournies si maladroites qu'il n'est pas étonnant que la décision du gouvernement libéral ait éveillé les pires soupçons et qu'on ait cherché l'existence de sombres complots pour expliquer l'inexplicable.
La plupart des observateurs ont critiqué l'approche du gouvernement tout en reconnaissant que son objectif, celui de l'intégration, était louable. Mais en fait, si le dossier a tant dérapé, c'est aussi parce que l'objectif lui-même est contestable et que, dès le départ, la démarche reposait sur des fondements fragiles. " L'intégration de tous les citoyens du Québec à la communauté québécoise ", comme l'a formulé le premier ministre, est certainement une bonne chose. Mais le problème, c'est qu'on a plaqué à la communauté juive un discours, fort noble, qui s'applique très mal à elle.
Les Québécois juifs ne sont pas des réfugiés fraîchement débarqués, mais les membres d'une communauté intégrée au Québec depuis des générations, qui fait partie du tissu social montréalais, qui partage les valeurs québécoises et contribue depuis longtemps à les façonner. Cette communauté de vieille souche comporte des éléments d'arrivée plus récente, surtout des séfarades d'Afrique du Nord, mais eux aussi se sont établis avec succès depuis des décennies. Elle compte certes des éléments moins intégrés, surtout ses communautés hyper-religieuses, mais cela reste un phénomène marginal. Au nom de quelle logique fallait-il dépenser des millions pour intégrer une communauté déjà intégrée? Il y a, à la limite, quelque chose d'injurieux pour nos concitoyens juifs.
La mesure d'exception du gouvernement Charest aurait pu s'expliquer par le fait que le caractère incomplet du processus de déconfessionnalisation des écoles confère encore aux catholiques et aux protestants des privilèges dont ne profitent pas les juifs. Mais encore là, si tel était le cas, il fallait le dire et surtout expliquer en quoi des subventions constituaient la bonne réponse.
Le ministre Reid a certainement contribué à amplifier la crise avec ses explications alambiquées qui nous ont amené sur le terrain de l'absurde. Dire que l'entente avec des écoles juives n'avait strictement aucune connotation religieuse était parfaitement surréaliste.
La volte-face nous a heureusement épargné une autre dérive. On pouvait craindre que cette mesure d'exception constitue un précédent qui encourage le retour de la religion dans les écoles? Et bien, le premier ministre Charest, mardi, a ouvert la porte toute grande: " Tout va dans le sens de nos valeurs les plus fondamentales d'inclusion, tant pour la communauté juive, que pour la communauté grecque, que pour toutes les autres communautés, qu'elles soient musulmanes, ou de toute autre origine au Québec. "
Bravo! La table était mise pour un autre débat, autrement plus intense. Il ne s'agit pas de caricaturer les musulmans, mais de constater que, de toutes les grandes religions que l'on pratique dans ce pays, c'est certainement l'Islam qui est actuellement le plus affligé par les débordements de fanatisme. Le pattern établi avec les écoles juives créait ainsi les conditions qui auraient permis une situation autrement plus explosive que celle des tribunaux islamiques en Ontario.
Bref, nous l'avons échappé belle. Mais il est clair que le gouvernement Charest en paiera le prix, en termes de popularité, mais aussi dans sa capacité d'établir avec la population le lien de confiance dont a besoin un gouvernement pour gouverner.
Adubuc@lapresse.ca

Remaniez, M. Charest
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 21 janvier 2005
Le gouvernement Charest a du plomb dans l'aile. Sa décision de financer à 100 % certaines écoles juives a fait boomerang. Il est sérieusement blessé. À mi-chemin de son premier mandat, une reprise en main s'impose qui passe impérativement par un remaniement de l'équipe ministérielle libérale.
Cette affaire de subventions aux écoles privées juives aura servi de révélateur des forces et des faiblesses de ce gouvernement. Surtout de ses faiblesses. Ce conseil des ministres a un fonctionnement erratique dans ses prises de décision. Surtout, il apprécie difficilement certains des grands courants d'opinion de la société québécoise, avec laquelle il n'arrive pas à être totalement en phase.
Un premier problème à souligner a pour nom Pierre Reid. Peut-on douter aujourd'hui qu'il soit à sa place au ministère de l'Éducation? Déjà, il était contesté par tous les éléments du monde de l'éducation, étudiants, universités, commissions scolaires et cégeps. Maintenant, sa crédibilité est à zéro.
Pierre Reid aurait évité un douloureux échec à son gouvernement s'il avait su jouer son rôle de ministre et demandé l'avis, comme il se devait de le faire, de son ministère. Certains disent qu'il a répondu à une commande de son chef. Peu importe: il avait la responsabilité de donner un avis éclairé à Jean Charest. Il aurait dû être en mesure de lui dire qu'il s'engageait en terrain miné. La question qui se pose à son égard est simple: est-il à sa place à la tête d'un ministère?
Problème tout aussi grave, sinon plus: le mode de prise de décision du gouvernement. De plus en plus souvent, celui-ci est vertical plutôt qu'horizontal, les choses se réglant entre le cabinet du ministre et celui du premier ministre. Ce programme de subventions relevait certes de l'autorité du ministre de l'Éducation. Il n'y avait pas obligation de sa part de présenter ce dossier au conseil des ministres mais, comme la suite l'a démontré, ses retombées possibles sur le plan politique exigeaient un large débat. La seule personne qui ait manifesté un peu de sens politique est la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget. Malheureusement, le veto qu'elle a opposé au financement de ce programme a été contourné. Peut-on parler ici d'un gouvernement qui forme une équipe? Non. Cela explique son manque de cohésion.
Une large part de la responsabilité de ce cafouillage revient au premier ministre qui, reconnaissons-lui ce courage, n'a pas hésité mercredi à porter sa part du blâme. Il ne s'est caché derrière personne. Il ne peut toutefois se contenter de dire «on efface et on recommence». La crédibilité de son gouvernement est entachée aux yeux de l'opinion publique qui, déjà, était indisposée par ses hésitations dans le dossier du CHUM. La population ne comprendra pas qu'après cette affaire, il n'ait pas une réaction vigoureuse de reprise en main.
Le premier ministre Charest serait bien inspiré de se présenter à la reprise de l'Assemblée nationale, en mars, avec une équipe remaniée. On connaît les maillons faibles. Outre M. Reid, il y a le ministre de la Sécurité publique, Jacques Chagnon, et la ministre déléguée aux Transports, Julie Boulet. Plusieurs ministres demeurent des points d'interrogation, même après presque deux ans en poste, ce qui est le cas de la ministre de l'Agriculture, Françoise Gauthier. L'inexpérience d'une partie du conseil des ministres pèse lourd. Il serait temps d'y ramener un Pierre Paradis.
Les mêmes questions se posent à propos des proches conseillers de Jean Charest, qui ont un rôle capital à jouer pour garder leur chef en phase avec l'opinion publique. Dans le cas présent, il y a eu un manque de sensibilité plus qu'évident. La propension du premier ministre à être de tous les dossiers exige qu'il ait autour de lui des gens qui sachent lui donner les bons signaux. À la condition, bien sûr, qu'il les écoute.
bdescoteaux@ledevoir.ca

School dispute shows Quebecers get along fine
Josée Legault
The Montréal Gazette January 21, 2005 Friday
I might be a hopeless optimist, but in the every-cloud-has-a-silver-lining department, I see at least four positive aspects coming out of the short-lived crisis surrounding the $10-million subsidy that Premier Jean Charest's government wanted to give some private Jewish schools.
Inter-group relations here are doing rather well. Few people bought Jean Charest's line that this subsidy was meant to foster better relations between cultural communities and the larger Quebec society. That's because relations are going rather well, including those between the Jewish community and other Quebecers.
That's why Charest's line sounded like an excuse to justify a gesture whose true intent remains unexplained. Today, the Jewish community has no serious integration problem. It makes sure its children learn French. In fact, one third of the community is Sephardic and has French as its mother tongue. Its schools already foster exchange programs with non-Jews.
This community has been established here for centuries and has an extended network of services and institutions, some which benefit its members, some which benefit Jews and non-Jews alike. Except for recent arrivals, members of this community are Quebecers, not immigrants who need to be "integrated."
So if Charest backtracked, it wasn't that the subsidy was "the wrong means for the right objective of inclusion." It was that the objective was wrongly identified.
Education Minister Pierre Reid insulted just about everybody when he presented this money as an important symbol in response to the firebombing of the United Talmud Torahs School. Who is he to find all Quebec guilty of an isolated act of intolerance and anti-Semitism?
Quebec society isn't perfect and rapprochement is always good, but neither the premier nor his education minister appears to be aware of the peaceful nature of intercultural relations here. This sad episode confirmed just how disconnected they seem to be from Quebec's reality, whereas it reminded all Quebecers they can be proud of that important aspect of their society.
The quality of public debate is also good. Other than the usual exceptions found in any society, people voiced their positions with clarity and respect. Although Charest might have thought no one would dare question something that concerned the Jewish community out of fear of being accused of intolerance, people questioned what needed to be questioned.
They did it without guilt, including most commentators on a number of new political-debate panels in the French-language media.
Questions about principles and equity were raised. How come Charest had this money after he cut $103 million in bursaries for university students? How come taxpayers who foot 60 per cent of private-school costs should now pay 100 per cent for some private schools, and more to come? Why give funds to religious-based schools at a time when we're moving toward a more secular system?
As for the issue of a "Jewish lobby," the questions asked about its influence were no harsher than those that have been asked about the influence of the francophone business lobby that's trying to persuade Charest to build the CHUM superhospital in Outremont. Citizens are rightfully wary of any lobby that has major financial resources, including some that end up in Liberal party coffers, as well as continued privileged access to the premier.
Spokesmen for B'nai Brith and Federation CJA made their points in the same respectful manner. On TQS, I asked Sylvain Abitbol, president of CJA, if there's any collective intolerance here, including any conflict between Jews and non-Jews? His answer was short and clear: No. Such clarity and calm on all fronts augurs well for the future.
This opens the door to the real debate. The questions raised about the high level of public subsidies we continue to pay to private schools, including religious ones, must now be debated openly. As we near the time of renewal of the notwithstanding clause, which allows for some Catholic and Protestant teaching in public schools, the time has also come to debate the larger issue of religion in our schools - all religions.
What kind of system would best serve the needs and values of the only majority-francophone, pluralistic society on this continent? What do we want in the case of schools that receive public funds: an integrated secular system or a segregated one?
Maybe, just maybe, Charest's governance will improve. If the premier backtracked so quickly, it wasn't only because public opinion was against him. It was also because some of his own MNAs and ministers took this occasion to voice their discontent with his style of governance.
Charest continues to display a major flaw that could be fatal to his party in the next election: He confuses authoritarianism with leadership. He tends to decide with little previous consultation and often goes over the head of his ministers and public opinion to get what he wants.
Since I am a hopeless optimist, I'll even venture to hope that the trauma of having to eat such a huge slice of humble pie in public will lead Charest to experiment in governing with less authority, but more leadership.

Quebec's school ties
Editorial
The Globe and Mail Friday, January 21, 2005
Quebec Premier Jean Charest was right to reverse his decision to increase public funding to Jewish private schools in the province. The government may have had its heart in the right place, but its policy is flawed.
Quebec is already exceedingly generous toward private schools. They receive public funds equivalent to 60 per cent of the per-student funding available to public schools. Mr. Charest and Education Minister Pierre Reid decided last month to raise the level to 100 per cent for the secular component of private Jewish schools, at a potential cost of $10-million, as long as a public board agreed to engage in cultural exchange programs with those schools. The Education Act makes provision for this. A couple of Greek private schools have enjoyed such an arrangement for years, and Mr. Charest said he was prepared to look at other such requests, case by case.
Why did the government announce the increased funding last month? One bit of dodgy speculation in the media is that Mr. Charest was paying back Quebec's Jewish community for hundreds of thousands of dollars in political contributions to the Liberal Party. There is no evidence for this connection. Yes, of course Jewish Quebeckers donate to the Liberals; so do legions of other Quebeckers who would far prefer to see Mr. Charest's party in power than Bernard Landry's separatist Parti Québécois. The more benign explanation is also the more credible one: that Mr. Reid believed he had found a good wayto promote cross-cultural ties after the monstrous firebombing last spring of a Montreal United Talmud Torahs school.
But there are two broader concerns here, and they have to do with the separation of church and state and with the direction of public money to private schools. Quebec has been trying for decades to separate state from religion, which once played a central role in the province's political life. If anything, Quebec should be reducing the public money that goes to private religious schools and funnelling that money to the public schools, whose mandate is integration. It should send the same message by cutting back on the public underwriting of all private schools. The treasury is hurting. Quebec is already ending more than $100-million in bursaries to university students and replacing them with repayable loans.
Quebec's approach contrasts sharply with that of Ontario, where a party that announced a tax credit of $3,500 a child toward private-school tuition was defeated by a party that pledged to cancel the credit. The principle is that while parents are free to send their children to private schools, the state is not in the business of encouraging them to desert the cash-strapped public system. If it were politically possible to end the 1867 constitutional bargain that entrenched public funding for Catholic schools in Ontario and Protestant schools in Quebec, that would be better still.
If Quebec's objective is greater integration, the government should encourage more students to swell the public system and stop subsidizing the private schools, particularly the sectarian ones. That applies whatever a school's religion might be.
