La charia ou les tribunaux islamiques

L'État québécois doit se prononcer. Et clairement contre!

Paul Bégin
Ancien ministre de la Justice et procureur général du Québec dans le gouvernement du Parti québécois
Le Devoir mercredi 12 janvier 2005

«Que les hommes et les femmes musulmans, sur le plan religieux, se soumettent aux règles de l'islam, c'est tout à fait normal et légitime. Mais en aucun cas ces règles ne pourront prévaloir sur les règles de la société civile» - Paul Bégin

Depuis quelques années ont cours dans notre société des débats majeurs portant sur des droits fondamentaux. Malheureusement, sauf exception, l'État, les organismes publics, les défenseurs des droits et libertés, les intellectuels et les politiciens ont laissé presque toute la place aux tribunaux pour décider seuls de l'étendue, des limites et même de l'existence de certains de nos droits et de certaines de nos libertés les plus fondamentaux. Cela n'est pas sain, aussi compétents que soient nos tribunaux.

Il est absolument essentiel que tous les acteurs, et particulièrement l'État québécois, interviennent et participent activement à ces débats qui ne peuvent faire autrement que de déboucher dans certains cas sur des changements individuels et collectifs profonds dans nos façons d'être, de penser et de vivre, que ces débats s'appellent le port du kirpan, du turban, de la kippa, du voile et même de la burqa, l'excision et l'infibulation, l'érouv, la souccah, le refus de la transfusion sanguine, le refus, à l'urgence ou même à la salle d'opération, qu'un médecin de sexe masculin examine, soigne ou opère une femme musulmane.

Le silence de l'État québécois

À part le cas du port du kirpan à l'école, maintenant devant la Cour suprême du Canada, l'État québécois, sauf erreur de ma part, n'est pas intervenu activement dans les dossiers qui ont été portés devant les tribunaux, tels ceux de l'érouv et de la souccah. Seuls des individus et des organismes municipaux scolaires ou hospitaliers y ont participé, très souvent bien malgré eux et avec des ressources humaines et financières bien insuffisantes pour être en mesure d'aider utilement la cour à prendre la bonne décision.

Bien plus, récemment, la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse s'est dessaisie d'un dossier dans lequel une jeune fille musulmane et ses parents s'étaient plaints que l'accès à une école privée était refusé à leur fille parce que celle-ci voulait porter le voile à l'école. Or, puisque les parents de l'élève et la direction de l'école en sont venus à un arrangement financier, les parties ont mis un terme au débat et la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse s'est dessaisie du dossier.

L'État québécois doit-il intervenir dans tous ces dossiers, dans quelques-uns seulement ou encore dans aucun ? Doit-il favoriser, selon les dossiers, l'utilisation de l'accommodement raisonnable ou s'y opposer ? Ou encore doit-il fonder ses interventions sur la base de la laïcité de l'espace public, c'est-à-dire la laïcisation de l'école, de l'hôpital, des locaux de l'administration, y compris les prisons ? Doit-il ignorer que le Québec a déconfessionnalisé ses écoles il y a environ cinq ans ou doit-il simplement considérer ce geste comme la simple suppression d'un anachronisme sociétal ?

Jusqu'à présent, l'État québécois a donc été pratiquement silencieux dans ces dossiers. Mais peut-il encore en être ainsi dans le dossier qui a fait la une de nos médias en décembre 2004 alors que le rapport de Marion Boyd a évoqué la possibilité de la création (en Ontario, pour le moment) de l'embryon d'un tribunal islamique présidé par des imams qui seraient habilités par la loi à trancher des litiges entre maris et épouses musulmans, à l'égard des enfants, des questions patrimoniales, de la garde des enfants, des successions, etc. ? Le Québec est-il d'accord pour permettre la création d'un tel tribunal ?

Je crois que le procureur général du Québec doit prendre position sur cette question; et, pour les motifs qui seront énoncés ci-après, je crois que sa réponse doit être clairement négative. Ne serait pas suffisante une déclaration de son attachée de presse voulant que le procureur général ne modifiera pas le Code de procédure civile pour le permettre, ou encore qu'il ne le tolérera pas. L'enjeu est trop important pour qu'il ne dise pas, dès maintenant, clairement et sans équivoque, que la chose ne sera tout simplement pas possible.

Pour expliquer et bien faire comprendre les raisons d'une telle réponse négative, je crois qu'un bref retour historique s'impose.

Un peu d'histoire

L'histoire du monde occidental peut pratiquement se résumer sous le titre suivant : la quête de la liberté et de l'égalité des hommes et des femmes, entre eux et elles, y compris les enfants, quelles que soient, entre autres choses, leurs origines, la couleur de leur peau ou leurs croyances.

En effet, des millions d'hommes et de femmes, dans des passés lointains mais aussi très récents, ont sacrifié et ont donné leurs vies, sous les balles ou sous la torture, pour l'égalité et la liberté des autres hommes, des autres femmes et des enfants.

Ces sacrifices et ces dons de vie s'appellent (entre autres) :

- la Magna Carta (1215) avec l'habeas corpus;
- la Révolution française (1789);
- la lutte contre l'esclavage (son abolition est survenue en 1865 aux États-Unis, et en 1834 dans l'Empire britannique);
- l'interdiction du travail des enfants de neuf, dix et onze ans dans les mines de charbon en Europe, au XIXe siècle.

Plus près de nous dans le temps, et de manière moins violente, l'égalité, la liberté se sont appelées :
- la création des syndicats pour l'obtention de conditions de travail humaines et dignes;
- la reconnaissance par les tribunaux que la femme est une «personne» en droit canadien (en 1929 au Conseil privé de Londres, la Cour suprême du Canada ayant refusé de le reconnaître);
- le droit de vote pour les femmes (1917 au fédéral et 1940 au Québec);
- la liberté de contracter pour les femmes majeures et mariées, en 1964, plutôt que d'être sous la tutelle légale de leur époux;
- le patrimoine familial (1989);
- le droit à l'avortement (années 70 avec les causes Morgentaler);
- des droits égaux pour tous les enfants, peu importe le statut juridique de leurs parents entre eux (1978 et 2002).

Et, pendant presque tout ce temps, la quête de la liberté et de l'égalité s'est manifestée dans la volonté populaire d'obtenir la séparation de l'Église et de l'État.

Aujourd'hui, on donne à la séparation de l'Église et de l'État le nom de laïcisation de l'espace public. Et elle s'exprime entre autres choses dans :

- la remise à des officiers laïcs plutôt qu'aux seuls prêtres, pasteurs et rabbins de la responsabilité de l'émission des actes de l'état civil (enregistrement des naissances, célébration des mariages et émission des certificats de décès);
- la création de l'école publique neutre (1999);
- l'union civile (2002);
- les mariages homosexuels (2005 ?).

Et ces listes sont loin d'être exhaustives.

Les chartes

Ce long et difficile parcours historique a finalement été marqué par l'adoption, en 1973 et en 1982, des chartes québécoise et canadienne des droits et des libertés de la personne. On y retrouve enchâssé notre plus précieux héritage collectif et historique : la liberté, l'égalité et une séparation de l'Église (des Églises) et de l'État de plus en plus complète.

Les hommes, les femmes et les enfants d'aujourd'hui, qui vivent ici parce qu'ils y sont nés ou parce qu'ils ont décidé d'y vivre par choix, ont le droit, inaliénable et non négociable, d'invoquer la loi, au-delà et à l'encontre, s'il le faut, de toute règle religieuse, qu'elle soit catholique, protestante, juive, bouddhiste, musulmane ou autre. Ils ont droit à la protection de la loi, en tout temps et en toutes circonstances. Ils ont surtout droit, en tout temps et en toutes circonstances, à l'égalité devant la loi, la même pour tous.

La séparation de l'Église et de l'État, cette laïcisation de l'espace public qui permet à chaque religion et à ses fidèles de vivre et de se développer en toute liberté sans qu'aucune d'entre elles ne soit la religion de l'État, qui est neutre, n'est cependant pas encore terminée, loin s'en faut. À titre d'exemple, il y a encore un crucifix au-dessus du fauteuil du président à l'Assemblée nationale. De son côté, la Charte canadienne des droits et libertés contient encore dans son préambule un attendu reconnaissant, avec la primauté du droit, la «suprématie de Dieu».

Un autre exemple de non-laïcisation se retrouve dans le fait que les prêtres, les pasteurs et les rabbins peuvent, au Québec, célébrer des mariages religieux avec les mêmes effets civils qu'un mariage civil. La conséquence de donner ainsi aux mariages religieux les mêmes effets civils qu'à un mariage civil est de rendre applicables à ces mariages religieux les règles des chartes qui, normalement, n'auraient pas d'application sur de tels mariages si ces derniers n'avaient que des effets religieux.

Dès lors, tant que les Églises voudront conserver cette non-séparation de l'Église et de l'État dans la célébration des mariages, ne sommes-nous pas en droit de considérer que les prêtres, les pasteurs et les rabbins de ces Églises n'ont pas le droit, en vertu des chartes, de refuser de célébrer des mariages homosexuels ?

Encore du chemin à faire

Comme on peut le constater par ce qui précède, nous avons, comme société, parcouru beaucoup de chemin, mais on peut également voir qu'il en reste encore beaucoup à faire et que, pour y arriver, il faudra que la religion n'occupe pas l'espace public, que la séparation de l'Église et de l'État se complète.

D'ici là, il nous faut regarder de près tout geste ou tout projet qui risque de compromettre ou de remettre en question quelque volet que ce soit des gains historiques mentionnés ci-dessus. La conduite des hommes et des femmes dans notre société ne doit sous aucun prétexte être ramenée sous la règle ou la loi de la religion.

C'est pourquoi le seul énoncé, dans un rapport d'enquête ontarien, de la création possible de l'embryon d'un tribunal islamique sous le couvert d'un arbitrage par des imams islamiques qui seraient habilités par la loi à décider ou à arbitrer des litiges entre maris et épouses, à l'égard des enfants, des questions patrimoniales, de la garde des enfants, des successions, etc., doit nous alerter, forcer notre réflexion et, rapidement, notre action.

La question n'est pas de savoir si, sous la règle musulmane, il y a énormément, beaucoup ou seulement un peu d'inégalité pour les femmes et les enfants. S'il y en a, et nous savons qu'il y en a (succession, garde des enfants, pension alimentaire, divorce, pour en nommer quelques-unes), il est de notre devoir de nous opposer à tout geste légal qui aurait pour effet de justifier, permettre, tolérer, encourager ou autoriser une partie ou la totalité de ces inégalités à l'encontre des femmes.

Que les hommes et les femmes musulmans, sur le plan religieux, se soumettent aux règles de l'islam, c'est tout à fait normal et légitime. Mais en aucun cas ces règles ne pourront prévaloir sur les règles de la société civile, pas plus que celles des catholiques, des protestants, des juifs ou des bouddhistes ne peuvent et ne pourront le faire.

Il est clair que le projet de création d'un tribunal islamique comme celui envisagé en Ontario ne peut constituer qu'un recul majeur et dramatique, sur le plan civil, pour les femmes et les enfants, recul auquel nous ne pouvons consentir sous le motif du droit à la liberté religieuse ou encore de l'accommodement raisonnable.




Québec financera à 100 % des écoles privées juives

Clairandrée Cauchy
Le Devoir jeudi 13 janvier 2005

Le gouvernement du Québec a décidé de financer des écoles juives privées à la hauteur de ce qu'il accorde aux écoles du réseau public régulier afin de «favoriser les échanges culturels», a appris Le Devoir.

Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a autorisé le mois dernier l'octroi du statut d'«école associée» aux institutions juives privées subventionnées qui concluront une entente avec une commission scolaire. Il répondait ainsi à une demande maintes fois répétée par l'Association des écoles juives et la Fédération de l'appel juif unifié (Fédération CJA).

Ce faisant, le financement alloué par Québec passera de 60 à 100 % du montant accordé aux écoles publiques (5200 $ par enfant). Les commissions scolaires auxquelles ces écoles sont associées prélèveront cependant 10 % de cette subvention pour couvrir les frais de gestion.

Pour l'heure, cinq écoles privées juives ont déjà signé une entente avec la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, en vigueur depuis le 1er janvier. Deux autres écoles devraient faire de même sous peu avec la commission scolaire anglophone Lester-B.-Pearson. Au total, 15 écoles juives accueillant quelque 7000 élèves, dont quelques rares non-juifs, pourraient bénéficier de ce nouveau statut. Si toutes ces écoles devaient conclure une telle entente, cela représenterait une dépense supplémentaire d'environ dix millions de dollars, précise-t-on au ministère de l'Éducation.

Le ministère de l'Éducation du Québec (MEQ) se défend de reculer pour ce qui est du processus de déconfessionnalisation en accordant un statut particulier aux écoles juives. «Ce n'est pas une entente basée sur des considérations religieuses. [...] C'est une entente historique dans le but de favoriser les échanges culturels», a déclaré l'attachée de presse du ministre Reid, Caroline Richard.

En décembre, lors de la cérémonie d'ouverture de la bibliothèque de l'école Talmud Torah, incendiée l'été dernier, Pierre Reid avait soutenu que le projet s'inscrivait dans la lignée de la volonté gouvernementale «de favoriser l'apprentissage interculturel chez les jeunes en milieu scolaire». Les commissions scolaires et les écoles concernées devront en effet élaborer des projets d'échanges culturels entre les élèves tandis que les enseignants pourraient bénéficier de programmes de perfectionnement offerts par les commissions scolaires.

L'attachée de presse du ministre ne ferme pas la porte à d'autres communautés qui souhaiteraient bénéficier des mêmes avantages. «Si c'est sur la même base que le projet des écoles juives, on en ferait l'analyse», a-t-elle poursuivi. Quatre autres institutions ont déjà ce statut, dont deux écoles grecques.

Frais de scolarité

Malgré ce financement accru, les écoles juives demeureront privées. Elles ne pourront cependant plus exiger de frais de scolarité pour l'enseignement des matières prévues au programme du ministère, a-t-on précisé au MEQ. En fait, l'entente d'association prévoit que les «frais exigés des parents doivent être de même nature que les contributions financières qui peuvent être exigées» par une commission scolaire.

N'empêche, la Fédération CJA encourage les écoles à maintenir les frais de scolarité à leur niveau actuel, qui varie généralement entre 1000 et 2000 $ selon l'organisme. Vérification faite, dans les quatre écoles Talmud Torah, ces frais oscillent plutôt entre 5000 et 7000 $. «Les frais de scolarité permettront d'assurer le maintien d'un niveau de qualité élevé et de veiller à ce qu'aucun sou du gouvernement ne serve à financer un enseignement qui n'est pas prévu par le ministère», a souligné le président de la Fédération CJA, Sylvain Abitbol. Il a fait valoir que le «cursus non laïque est assez chargé» puisque les écoles dispensent environ une dizaine d'heures de cours d'hébreu ainsi que de religion et d'histoire juives. Ces matières particulières s'ajoutent au programme du MEQ, auquel les écoles se conformaient déjà.

M. Abitbol a accueilli avec soulagement la décision du ministre Reid, qui avait fait l'objet d'une promesse du ministre libéral de l'Éducation en 1994, avant que son gouvernement ne soit défait. «Ces écoles étaient sous-financées par rapport aux écoles publiques», a-t-il ajouté. Jusqu'à maintenant, son organisme versait 2,5 millions au réseau scolaire juif, des sommes qui pourront désormais être utilisées à d'autres fins.

Si les écoles bénéficient d'un financement accru, les commissions scolaires y trouvent leur compte elles aussi. Elles pourront prélever jusqu'à 10 % de la subvention en frais de gestion, un montant «nettement supérieur» aux dépenses qu'elles devraient engager, de l'aveu même du président de la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, Jean-Marc Crête.

M. Crête ne cache pas que l'entente a suscité un «malaise» au sein de son institution, où la résolution a été adoptée dans la division. Lui-même croit personnellement que l'État ne devrait pas «financer d'un iota l'école privée». «C'est clair que le résultat net se traduit par une hausse du financement de l'école privée. [...] Mais sachant que ces ententes-là se feraient chez nous ou ailleurs, on a embarqué dans le jeu. [...] En tant qu'homme d'affaires, il y a un bénéfice qu'on retire par le truchement d'un revenu supplémentaire assez substantiel», affirme M. Crête, à qui le gouvernement a soumis le projet en septembre dernier.

Le président de la commission scolaire Lester-B.-Pearson, Marcus Tabachnick, reconnaît lui aussi que l'entente est avantageuse d'un point de vue financier: «C'est un "business deal". Il y a une occasion de prendre un petit morceau de ce montant pour avantager nos élèves un peu.»

Étonnement

La décision du ministre Reid surprend la critique du Parti québécois en matière d'éducation, Pauline Marois. «Il y a déjà un bon moment qu'on a choisi la division de l'Église et de l'État. La tendance lourde est plutôt d'aller au bout de cette logique. [...] Cela donne un signal différent», a réagi l'ancienne ministre de l'Éducation, qui avait d'ailleurs opposé une fin de non-recevoir à des demandes similaires par le passé.

Mme Marois a rappelé que les commissions scolaires et les écoles ont été déconfessionnalisées au cours de la dernière décennie et que le gouvernement doit statuer d'ici l'été sur le renouvellement de la clause dérogatoire à la Charte canadienne des droits et libertés pour permettre l'enseignement religieux à l'école. «Il faut questionner cette entente. Cela va à l'encontre de l'orientation générale de laïcisation des écoles», a conclu la députée péquiste.




Financement du MEQ
Jusqu'à 36 millions aux écoles juives

Marie Allard
La Presse vendredi 14 janvier 2005

Québec versera jusqu'à 36,4 millions de dollars par année aux 15 écoles privées juives de la province- soit 5200 $ par élève, comme au public- en vertu d'une entente signée en décembre.

Les écoles juives toucheront 100 % de la subvention donnée aux écoles publiques, comparativement à 60 % auparavant, à la condition qu'elles s'associent à une commission scolaire. Déjà, sept écoles juives l'ont fait. Les autres collèges privés, dont les écoles musulmanes, réclament évidemment le même traitement.

C'est officiellement pour « favoriser l'apprentissage interculturel » que le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, a donné son aval au projet. Son annonce a été faite de manière discrète, en décembre, lors de la réouverture de la bibliothèque de l'école Talmud Torah Unis, incendiée au printemps dernier.

Élaboré depuis 10 ans par la communauté juive, le projet a débloqué après ce triste événement. À la demande du ministère de l'Éducation, la Commission scolaire Marguerite-Bourgeoys (CSMB), située dans l'ouest de l'île de Montréal, a signé une entente avec cinq écoles juives, tandis que la commission scolaire anglophone Lester-B.-Pearson s'est liée à deux autres établissements.

« Nous allons faire des échanges interculturels, des sorties communes au musée ou encore des journées pédagogiques communes pour nos professeurs », a expliqué hier à La Presse Jean-Marc Crête, président de la CSMB. En vertu de l'entente, la CSMB touche 10 % de la subvention accordée aux cinq écoles juives, soit approximativement 1,5 million par année.

« C'est un projet merveilleux, qui va permettre de bâtir ensemble un Québec plus tolérant », a commenté Sylvain Abitbol, président de la Fédération juive CJA. Avant cette annonce, son organisme devait verser 2,5 millions par année aux écoles juives pour aider à boucler leur budget. Désormais, l'argent du MEQ et les droits de scolarité exigés des parents pour payer les cours d'hébreu et de religion juive devraient suffire.

Le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi, était lui aussi très heureux d'apprendre la nouvelle. « Le gouvernement encourage la tolérance en finançant les écoles des groupes religieux, a-t-il dit. Nous voulons maintenant que cette mesure soit ouverte à la communauté musulmane. Je suis sûr que dans les jours et semaines à venir, nos écoles en feront la demande. »

« Il aurait été souhaitable de voir s'il n'y a pas des priorités autres que celle-là, a pour sa part souligné Auguste Servant, porte-parole de la Fédération des établissements d'enseignement privé. Dix millions (il s'agit du premier montant évoqué par le MEQ), ce n'est pas rien dans la conjoncture actuelle. »

Le MEQ ne semble pas du même avis. « Il n'est pas dans notre intention que toutes les écoles privées bénéficient de 100 % de la subvention, a indiqué Caroline Richard, attachée de presse de M. Reid. Il faudrait voir si d'autre écoles veulent favoriser les échanges culturels. Il faut faire attention, ces ententes ne sont pas faites sur une base religieuse, loin de là. »

Outre les écoles juives, quatre institutions privées sont financées à 100 % en vertu d'ententes datant de plusieurs décennies. Il s'agit notamment des écoles grecques Socrates et Démosthène, que le gouvernement a accepté de subventionner en 1971 en échange de leur francisation.

Depuis, quelques scandales ont éclaboussé ces établissements, sur lesquels le MEQ semble avoir peu de contrôle. En juin, les enseignants de Socrates ont dû faire la grève parce qu'ils n'étaient plus payés. Une enquête rendue publique en décembre a révélé que plus de 100 000 $ ont été dépensés de façon farfelue par l'ex-administration de Socrates, dont 24 000 $ en appels érotiques aux services Live Girls et Pool Party.

Hier, tant l'opposition péquiste que la Commission scolaire de Montréal (CSDM) et les centrales syndicales ont dénoncé les nouvelles ententes. « C'est scandaleux que le ministre Reid contribue à la montée des écoles ethno-religieuses et de leurs ghettos, a dit Réjean Parent, président de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ). Il ne faut pas reconfessionnaliser les écoles par la porte d'à côté, mais mieux financer le système public. »




Écoles privées financées à 100 % :
Les musulmans songent à imiter les écoles juives

Clairandrée Cauchy
Le Devoir vendredi 14 janvier 2005

Le ministre de l'Éducation a accordé en décembre dernier le statut d'«école associée» à cinq écoles privées juives, leur permettant ainsi d'être financées à 100 % par l'État, comme Le Devoir le révélait hier. Une dizaine d'autres pourraient s'ajouter sous peu. La décision a à la fois soulevé un tollé chez ceux qui croient à une école commune laïque et suscité l'envie des autres écoles privées.

«C'est une nouvelle fantastique!», s'est exclamé d'un ton intéressé le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi, en réagissant à la décision du ministre de l'Éducation de financer à 100 % des écoles juives. Il y voit une «possibilité à examiner» pour les trois écoles musulmanes privées subventionnées.

«C'est très bon de savoir que l'État est prêt à aider les autres religions. [...] Le ministère va devoir trouver des arrangements avec les autres communautés et faire preuve de la même ouverture face à des demandes similaires», a déclaré M. Elmenyawi.

Il s'est cependant avoué conscient du «backlash» que cela pourrait occasionner: «Le sécularisme extrême voit toute action religieuse comme une menace.»

L'Association des parents catholiques a aussi vu dans le geste du ministre Reid une ouverture à prendre en compte le lien souvent «indissociable» qui unit «la culture, la religion et l'ethnie». «Lorsque les chrétiens québécois présenteront la même demande, pour les mêmes raisons, nous souhaitons qu'ils soient écoutés aussi respectueusement», a fait valoir la présidente de cette association, Jeanne Chevrier, faisant allusion à l'obligation pour le gouvernement de statuer sur les cours de religions à l'école d'ici l'été prochain. Elle souhaite par ailleurs que les écoles catholiques privées puissent profiter des mêmes avantages.

Rien à voir avec la religion

Applaudi par les tenants de l'enseignement religieux et vilipendé par ceux qui favorisent une école commune laïque, le ministre de l'Éducation a quant à lui souligné que sa décision n'avait rien à voir avec la religion.

«Dans le contrat d'association, les activités prévues [entre les commissions scolaires et les écoles juives] ne doivent en aucun cas être confessionnelles», a plaidé Pierre Reid.

«Étant donné les événements qui ont eu lieu [l'incendie de la bibliothèque de l'école juive Talmud Torah] et l'idéal que nous avons de garder un Québec et une ville respectueux de la diversité et de l'harmonie entre les communautés, [...] la demande qui est sur la table depuis dix ans [...] nous est apparue comme une possibilité de passer aux actes de façon extrêmement claire», a justifié le ministre.

M. Reid ne ferme pas la porte à des demandes similaires provenant par exemple de la communauté musulmane si elles sont formulées sur les mêmes bases. «Cela ne veut pas dire qu'elles seraient acceptées tout de suite. Cela a pris dix ans aux écoles juives avant de voir ce statut leur être accordé», a-t-il nuancé.

Sur les ondes de Radio-Canada, le ministre Reid a par ailleurs refusé de confirmer ou d'infirmer des informations voulant que la décision ait été imposée par le cabinet du premier ministre. Une chose est certaine: le gouvernement répond ainsi à un lobby intensif. En effet, une semaine avant l'annonce - discrète - de M. Reid, en décembre dernier, une délégation d'une cinquantaine de représentants de la communauté juive avait rencontré tour à tour sept ministres du gouvernement libéral ainsi que le premier ministre Charest et les deux chefs des partis d'opposition.

Signe d'une volonté gouvernementale, les fonds - qui pourraient s'élever à dix millions de dollars - ne proviendront pas des coffres du ministère de l'Éducation, a révélé le ministre en entrevue au Devoir: «Cela ne vient pas enlever l'argent ni des commissions scolaires ni des écoles privées.»

Ces dix millions font tout de même rougir d'envie les autres écoles privées, qui ont d'ailleurs réclamé une somme identique pour rénover leurs bâtiments vétustes. «Si le ministre nous avait consultés, on aurait sûrement fait valoir qu'il y aurait peut-être d'autres endroits pour investir cette somme», s'est exclamé le directeur des communications de la Fédération des établissements d'enseignement privé du Québec, Auguste Servant.

Tollé

L'argumentation du ministre voulant qu'on «favorise les échanges culturels» ne tient pas la route, ont scandé en choeur ses détracteurs dans un véritable tollé.

«C'est prendre le monde pour des valises», a tonné le président de la Centrale des syndicat du Québec, Réjean Parent, en entrevue au Devoir. «Le vrai message aurait été de mettre un terme au financement public, et surtout pas d'accentuer la ghettoïsation sur une base religieuse», a-t-il lancé, faisant observer que les «mauvaises langues» diront que le gouvernement «prend soin de ses amis».

La présidente de la Coalition pour la déconfessionnalisation du système d'éducation, Louise Laurin, a pour sa part accusé le ministre de faire «par la porte d'en arrière» ce qui est maintenant interdit par la loi. «On n'apprend pas à vivre ensemble en étant séparés en fonction de la religion», a critiqué Mme Laurin, notant que des «échanges culturels» sont possibles sans un tel financement.

Même son de cloche du côté du président du Mouvement laïque du Québec, qui argue que le ministre «donne dans le communautarisme». Le président du MLQ, Daniel Baril, décode ainsi le message lancé: «Développez vos petites écoles à saveur communautaire locales, de préférence religieuses, et vous allez être financés.»




Le cadeau

Josée Boileau
Le Devoir vendredi 14 janvier 2005

ÉDITORIAL - C'est fou comme ce gouvernement Charest, celui qui se disait prêt, se laisse mener par les lobbys et les émotions, en catimini et sans égard pour l'argent public. À grande échelle, cela donne une saga comme celle du CHUM, où valsent les milliards. À une aune plus modeste, cela conduit à une entente avec des écoles juives, dont on cherchera en vain la justification. Mais dont les effets pervers sautent aux yeux.

Le lobby juif a enfin gagné ce qu'il cherchait à obtenir depuis des années: le statut d'école associée pour ses écoles confessionnelles privées, ce qui, grâce à une vieille clause de la Loi sur l'instruction publique (conçue à l'époque pour faire transition avec la mise en application du rapport Parent), lui donne droit à un financement aussi complet que celui d'une école publique... tout en maintenant son caractère privé et ses frais de scolarité.

La demande remonte à loin: déjà, au début des années 90, l'Association des écoles juives courtisait la Commission des écoles catholiques de Montréal à ce sujet, et c'était devenu une promesse libérale lors de la campagne électorale de 1994. Les libéraux ayant perdu les élections, des leaders de la communauté juive étaient revenus à la charge auprès du gouvernement péquiste. En vain. L'heure était à la déconfessionnalisation des écoles et au renouveau de l'école publique.

À l'heure actuelle, les libéraux nouvelle vague de Jean Charest n'ont pas de tels soucis sociaux. Ils préfèrent gérer au gré des événements. Or la communauté juive en a vécu un, fort traumatisant: l'incendie de la bibliothèque de l'une de ses écoles. Tous les pouvoirs se sont offusqués, avec raison, du geste. Mais pour le gouvernement Charest, au dire même du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, l'effet a été décisif. Le dossier des écoles juives devait être débloqué.

Lors des discussions de 1993, l'intégration à la communauté francophone - les enfants des écoles primaires juives devant ensuite passer aux écoles secondaires de la CECM - et l'aide aux élèves en difficulté étaient au moins à l'ordre du jour. Cette fois-ci, on ne se perd plus en considérations aussi structurantes. L'actuel contrat d'association entre les écoles et les commissions scolaires impliquées propose strictement des activités d'ordre culturel: concours d'art oratoire, festival des beaux-arts, visites communes du Musée de l'Holocauste, échanges de livres...

Toute la journée hier, des voix se sont élevées pour faire valoir que de tels jumelages peuvent aussi bien se faire sur une base volontaire; pour s'étonner du déblocage inattendu de 10 millions (dire qu'on n'arrivait pas à trouver plus de 100 000 $ pour les victimes du tsunami... ) alors que les écoles publiques souffrent d'un sous-financement honteux et que d'autres écoles privées se sont fait refuser le même montant; pour s'inquiéter du frein mis à la laïcisation de l'enseignement; pour souligner que la décision a été prise sans aucune consultation.

On a aussi vu d'autres communautés se frotter les mains: la porte est ouverte à tous, M. Reid l'a lui-même dit! Contre de bien vagues promesses, on pourra donc faire prospérer des ghettos, sans autre cohérence que les états d'âme de ministres.

Il y a là, on le voit, mille raisons de s'indigner. La dérive est toutefois bien plus fondamentale: ce gouvernement n'a aucun sens du vivre ensemble. Pour lui, l'État n'est là que pour prendre acte du salmigondis d'individus qui vivent côte à côte et qui, parfois, se rassemblent au nom d'un quelconque projet. Si ce petit groupe parle fort et parle bien, l'État cédera à ses demandes. Sinon, que vogue la galère, sans personne pour la diriger.

C'est là une grave errance à l'heure où le métissage des populations exige au contraire une affirmation de nos valeurs communes - qui ne sont pas des croyances religieuses - au sein de toutes les institutions publiques: l'école, la justice, le système de santé. Au gouvernement ensuite de se faire le chien de garde de notre espace commun, en rejetant tout privilège. Il est vrai que c'est plus exigeant que de jouer au père Noël...

jboileau@ledevoir.ca




Écoles privées: musulmans et catholiques réclament le même traitement

SRC vendredi 14 janvier 2005

Les réactions sont nombreuses et tranchées au lendemain de l'annonce dans les médias de la décision du gouvernement Charest de financer à 100 % des écoles privées juives.

Si cette décision du gouvernement Charest en a fait bondir plus d'un, dans les communautés ethniques et religieuses du Québec, on se réjouit de cette annonce.

En effet, selon le quotidien Le Devoir, le président du Conseil musulman de Montréal, Salam Elmenyawi, s'est dit très intéressé par ce financement des écoles privées confessionnelles par Québec. Le président du Conseil musulman a ajouté toutefois qu'il espérait que Québec fasse preuve de la même ouverture face aux autres communautés que celle qu'il a démontrée à l'égard de la communauté juive de Montréal.

Même son de cloche à l'Association des parents catholiques qui accueillent également cette décision du ministre comme une opportunité d'accroître le financement de leurs écoles privées. « Lorsque les chrétiens québécois présenteront la même demande, pour les mêmes raisons, nous souhaitons qu'ils soient écoutés aussi respectueusement » a déclaré au Devoir la président de l'association, Jeanne Chevrier.

Tollé dans les écoles publiques et chez les partisans de la laïcité

Dans les milieux scolaires publics on dénonce fermement ce financement accordé aux écoles privées alors que Québec peine à financer convenablement son réseau d'écoles publiques.

Chez les partisans de la laïcité dans les écoles, on considère cette intrusion subventionnnée par l'État des écoles confessionnelles dans des commissions scolaires publiques comme un recul important.

De quoi s'agit-il exactement?

Toutes ces réactions font suite à la décision du gouvernement du Québec, en décembre dernier, d'accorder à des écoles privées juives de Montréal les mêmes subventions que reçoivent les écoles publiques laïques, soit 5200 $ par élève. En règle générale, les écoles privées ne reçoivent pas plus de 60 % des subventions publiques versées à l'école publique.

En retour de ce financement, les écoles privées juives doivent s'associer à une commission scolaire publique pour élaborer des projets d'échanges d'étudiants et de perfectionnement des enseignants. La commission scolaire prélèvera pour sa part 10 % de la subvention à titre de frais de gestion.

Cinq écoles ont déjà signé des ententes

Selon Le Devoir, cinq écoles privées juives ont déjà signé une telle entente avec la commission scolaire francophone Marguerite-Bourgeois. Deux autres pourraient s'associer sous peu à la Commission scolaire anglophone Lester-B.-Pearson.

En tout, une quinzaine d'écoles juives de la Fédération de l'appel juif unifié et de l'Association des écoles juives (7000 élèves) pourraient se prévaloir de ce type de partenariat.

Ces écoles restent privées, malgré la subvention

Malgré l'octroi de cette subvention importante du gouvernement québécois, ces écoles demeureront totalement privées. Toutefois, elles ne pourront plus exiger de frais de scolarité aux parents pour l'enseignement des matières qui font partie du programme du ministère de l'Éducation.

Le ministre s'explique

Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, qui a fait l'annonce de programme le 7 décembre dernier lors de la réouverture de la bibliothèque de l'école Talmud Torah Unis de Montréal, incendiée par des vandales l'an dernier, a justifié sa décision par la crainte de voir se produire de tels incidents à caractère haineux. Le ministre craindrait de voir se développer une incompréhension entre les groupes qui forment la société québécoise, particulièrement à Montréal.

Le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, justifie cette subvention

Interrogé sur le précédent que pourrait représenter sa décision, il affirme que si une demande d'association provenant d'une école privée repose sur le seul critère religieux, elle sera automatiquement rejetée. Il faut que les demandes d'association (et donc de financement à 100 %) soient faites sur des bases culturelles ou communautaires, pour favoriser le rapprochement entre les groupes de la société, poursuit le ministre.




Pierre Reid précise que l'argent pour les écoles juives ne vient pas de lui

PIERRE SAINT-ARNAUD
PC vendredi 14 janvier 2005

MONTREAL (PC) - Le ministre de l'Education du Québec, Pierre Reid, a précisé, vendredi, que l'argent qui servira à financer à 100 pour cent les écoles privées juives ne provient pas du budget de son ministère mais bien du Conseil du trésor, et ne prive donc pas de fonds le réseau public d'éducation.

M. Reid ajoute que ces écoles obtiendront ainsi un statut d'écoles associées à la commission scolaire avec laquelle elles vont conclure un contrat prévoyant des échanges culturels dont la nature ne peut en aucun cas être confessionnelle.

Il a également affirmé que ces écoles réclamaient un tel statut depuis une dizaine d'années et que le contrat doit être réévalué sur une base annuelle.

"Il y a eu des demandes il y a un peu plus de 10 ans. Ces demandes-là sont apparues comme un moyen de prendre des mesures concrètes pour que le Québec continue d'être ce que le Québec soit", a dit le ministre Reid lors d'une conférence de presse.

Le ministre y voit un moyen concret d'aider le Québec à demeurer une société pluraliste qui respecte la diversité, à la suite d'événements récents survenus à Montréal. M. Reid faisait ainsi référence, sans les nommer, à la recrudescence d'actes antisémites posés dans la métropole, notamment l'incendie criminel dans la bibliothèque d'une école juive en 2004.

M. Reid a dit ne pas encore avoir reçu d'autres demandes semblables mais se dit prêt à les analyser lorsqu'il en aura.

Vives réactions

Par ailleurs, le milieu de l'éducation accueille mal la décision de Québec.

Le président de la Fédération des commissions scolaires, André Caron, se dit étonné d'avoir appris la décision dans les médias sans avoir été consulté.

"Si j'avais eu le choix des dossiers à traiter, je ne l'aurais pas mis en tête de liste. Il y a d'autres priorités que ça au Québec et qui sont plus importants que ça", a affirmé M. Caron.

Précisant qu'il n'aurait pas placé une telle démarche en priorité, il ajoute avec ironie qu'il y voit un signal encourageant en vue du prochain budget puisque la situation financière du gouvernement lui permet d'allonger ainsi quelques millions.

La présidente de la Fédération des comités de parents, Diane Miron, trouve que Québec a particulièrement mal choisi son moment pour agir de la sorte, notant que l'application de la clause dérogatoire sur la confessionnalité des écoles tire à sa fin et devra être révisée.

Bien que le ministre Reid soutienne que la décision n'a rien à voir avec la confessionnalité, Mme Miron fait valoir que l'opinion publique ne le perçoit pas ainsi et elle dit craindre un effet d'entraînement auprès d'autres communautés.

"C'est une porte qui leur est ouverte. Ca risque d'avoir un effet d'entraînement sur les demandes des écoles confessionnelles", a dit Mme Miron.

Enfin, un petit groupe de membres du Syndicat des professionnels du milieu de l'éducation de Montréal, affilié à la CSQ, s'est rendu devant une école où le ministre Reid faisait une annonce, vendredi matin, à Montréal, pour y manifester son désaccord.

Le président du syndicat, Jean Falardeau, a dénoncé le fait que Québec ait de l'argent pour l'école privée alors qu'il en manque désespérément pour l'école publique, notamment pour les services aux élèves en difficulté d'apprentissage.

"Ils trouvent de l'argent, curieusement, pour des écoles privées alors que les besoins de l'école publique sont nombreux. En plus, ils financent une école privée pour faire de l'intégration alors que l'intégration devrait se faire à l'école publique", a déclaré M. Falardeau.




La connerie

Michel David
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 janvier 2005

Maintenant qu'il a réglé le cas des incendies criminels, on brûle de connaître la solution du gouvernement Charest pour prévenir les vols de banque et le trafic de stupéfiants.

Au fil des jours, un gouvernement assiégé par d'innombrables lobbys est appelé à prendre toutes sortes de décisions contestables, mais celle de subventionner à 100 % les écoles privées juives atteint vraiment un sommet dans la connerie.

Dans une entrevue accordée au Devoir l'automne dernier, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, expliquait que la confusion dans l'expectative était préférable à la confusion dans l'action. Au nom de l'intérêt public, M. Reid devrait persister dans la passivité.

Le lien qu'il a établi entre l'incendie de la bibliothèque de l'école Talmud Torah, l'été dernier, et l'octroi d'un traitement de faveur aux écoles juives ne traduit pas seulement une certaine confusion de l'esprit : il est franchement loufoque.

Tout le monde au Québec s'est indigné de l'incendie de la bibliothèque, mais la dernière chose à faire est de jeter de l'huile sur le feu. Loin de favoriser de meilleurs rapports entre la communauté juive et les autres composantes de la société québécoise, la décision de M. Reid risque au contraire de renforcer les préjugés dont cette communauté est l'objet.

Alors que le système public crie famine, comment justifier que l'État accorde un financement équivalent à des écoles privées fréquentées par des enfants dont les parents ont les moyens de payer des droits de scolarité de 7000 $ par année ?

Jusqu'à présent, la Fédération de l'appel juif unifié (CJA) subventionnait les écoles juives à hauteur de 2,5 millions de dollars, une somme qui pourra désormais être utilisée autrement. Une part importante des sommes recueillies par la CJA étant envoyée en Israël, certains se demanderont inévitablement si les subventions du ministère de l'Éducation n'aboutiront pas indirectement là-bas.

***

Sans parler de la boîte de Pandore que M. Reid vient bien étourdiment d'ouvrir. «C'est une nouvelle fantastique ! C'est très bon de savoir que l'État est prêt à aider les autres religions», s'est exclamé le président du Conseil musulman de Montréal. On comprend son enthousiasme : au fond de la boîte de Pandore, il y a l'assiette au beurre. Pas besoin d'être devin pour prédire que les «échanges interculturels» vont connaître une vogue sans précédent dans les écoles de toutes confessions au cours des prochaines années.

Le ministre de l'Éducation a beau nier toute considération de nature religieuse, ceux qui se feront refuser un traitement équivalent, à commencer par les écoles privées catholiques, pourront invoquer les dispositions de la Charte des droits interdisant la discrimination basée sur la religion.

Il est tout à fait plausible, voire probable, que la décision de subventionner à 100 % les écoles juives ait été téléguidée par le bureau du premier ministre Charest. D'ailleurs, M. Reid n'aurait jamais osé s'aventurer dans un pareil champ de mines sans son autorisation formelle. S'il doit perdre son poste lors du prochain remaniement ministériel, comme le veut la rumeur, aussi bien lui faire porter l'odieux d'une mesure qui fait pratiquement l'unanimité contre elle. Au point où il en est...

Si M. Charest est bien à l'origine de l'affaire, celle-ci n'en est que plus inquiétante. Que le premier ministre soit particulièrement sensible aux pressions des lobbys, surtout ceux qui alimentent généreusement la caisse du PLQ, on le savait déjà. Le plus choquant est la désinvolture avec laquelle il remet en cause les principes fondamentaux sur lesquels la société québécoise est difficilement parvenue à faire consensus au cours des dernières décennies.

La déconfessionnalisation progressive de l'école publique, fondée sur la séparation de l'Église et de l'État, a fait l'objet de débats douloureux depuis la Révolution tranquille. Le processus est d'ailleurs loin d'être achevé. Soudainement, parce qu'un groupe plus puissant que les autres le réclame, le gouvernement introduit en catimini le principe du plein financement des écoles confessionnelles par l'État.

***

Contrairement au Canada, qui a fait du multiculturalisme une de ses pierres d'assise, le Québec a opté pour un modèle de société privilégiant l'intégration des communautés culturelles à la majorité francophone. Là encore, la décision concernant les écoles juives va à contre-courant.

Les organismes qui oeuvrent à l'intégration des immigrants ne cessent de déplorer les compressions budgétaires qui leur ont été imposées par le gouvernement Charest. Ainsi, dans le budget de dépenses 2004-05, les sommes consacrées à l'apprentissage du français ont été amputées de plus de 50 %.

À raison de 5200 $ par élève, comme dans le secteur public, les subventions versées aux 15 écoles privées juives du Québec pourraient totaliser 36,4 millions, soit sept fois plus que ce qui reste pour l'apprentissage du français. M. Reid prétend favoriser les échanges culturels, mais sa politique contribuera plutôt à renforcer la ghettoïsation des communautés culturelles.

Depuis qu'il est devenu premier ministre, on a découvert que M. Charest considère l'État comme une sorte de service à la clientèle. Sa conception de la société québécoise est à l'avenant : un agglomérat de groupes plus ou moins disparates dont il faut gérer les demandes.

Dans le dossier du CHUM, il est sans doute désolant de voir le gouvernement à la remorque du puissant lobby orchestré par le recteur de l'Université de Montréal, mais son projet de technopole de la santé comporte d'incontestables attraits, qui justifient qu'on en débatte. Dans le cas des écoles juives, on a beau examiner la question sous tous les angles, il n'y a que des inconvénients.

mdavid@ledevoir.com




Balancier

Denise Bombardier
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 janvier 2005

L'expérience qui vient forcément avec l'âge nous enseigne que le retour du balancier est un mouvement inévitable. Elle nous apprend aussi que si le roseau plie mais ne rompt pas, l'excès de pression produit en général une cassure. Dans notre démocratie menacée par les lobbys, il se pourrait bien que l'année qui débute soit celle du retour, à peine perceptible à l'heure actuelle, du balancier affolé depuis plusieurs années.

La tolérance sociale est devenue un fourre-tout. Elle recouvre l'indifférence ou, au contraire, le noyautage de l'opinion publique par des groupes d'intérêt. Elle indique parfois le refus d'évaluer les comportements, les gestes et les paroles. Or cette tolérance au dos large risque de diminuer. La société québécoise, devenue réfractaire aux institutions, à l'exercice de l'autorité et aux rôles sociaux, ne s'en trouvera pas plus mal. On ne peut pas faire perdurer l'éclatement de nos institutions, de notre mémoire collective, nous déraciner de nos croyances passées, de nos idéaux, sans y perdre le souffle de vie. En d'autres termes, sans créer une culture du cynisme ou, pire, du néant, comme trop d'expressions de notre déprime collective; cette dernière, déjà mise en relief dans cette chronique, le laisse croire.

Une observation attentive de nos nouveaux engouements pour le parler cru, l'absence de normes tant vestimentaires que relationnelles, l'obsession de l'anticonformisme, l'éloge de toutes les marginalités, déviances et outrances, nous amène à conclure que la tolérance serait devenue le nouveau conformisme. Cela expliquerait, en partie du moins, le succès des Jeff Fillion et autres Bougon, travestis ou pas. Jusqu'à présent, l'opinion a semblé tout accepter de ces modèles culturels souvent à l'opposé de la façon de vivre des gens qu'on ne peut plus qualifier de normaux puisque la norme est un concept éculé mais que nous désignerons du terme «ordinaire», comme dans «monde ordinaire». Les sociologues, eux, savent qu'une société n'existe pas hors norme, mais nos gourous actuels, souvent issus du système médiatique, aiment à le prétendre.

***

Les institutions les plus susceptibles de créer la sécurité sans laquelle l'activité humaine tourne à vide, à savoir le mariage, la vie de couple et la famille, ont trop souvent servi de repoussoir depuis quelques décennies. Le mariage suscite le scepticisme, voire la risée, alors qu'il est de bon ton de décrier les relations familiales puisqu'elles ne découlent pas d'un choix personnel.

L'individualisme ne semble pas supporter l'existence de structures imposées sans le consentement de ceux qui les subissent. Nous sommes à l'ère de la mutance et de la génération spontanée. Le nombril est exhibé, non comme signe de rattachement à un autre être, évidemment la mère, mais plutôt comme lieu central de l'affranchissement, c'est-à-dire de l'autoconception. Les amis ont été substitués aux parents car ils offrent cet avantage pratique de pouvoir être congédiés selon le bon vouloir du je tout-puissant. Évidemment, on ne congédie pas son père, sa mère et sa fratrie même si, parfois, on les renie. En ce sens, les liens du sang sont indestructibles.

***

À quoi rêvent les jeunes filles et les jeunes garçons de nos jours, ceux qui ont vingt ans et moins ? Eh ! bien, contre toute attente, ils sont nostalgiques du bon vieux temps de leurs grands-parents, ils écoutent le groupe Mes Aïeux, ils considèrent la famille comme un idéal, espèrent vivre en couple et croient que l'amour, dans leur cas, pourrait durer toujours. Ils veulent des enfants, souvent plusieurs, c'est ce qu'ils disent, et leur vie sexuelle est plus tardive et, surtout, plus calme que celle de la génération aujourd'hui dans la trentaine. Le mot «fidélité» ne les fait pas s'écrouler de rire et, pour plusieurs, leurs parents sont leurs modèles. Avec un tel état d'esprit, il faut s'attendre, à l'avenir, à un affrontement de taille entre ces enfants dont le conservatisme prend sa source dans un désir légitime d'apaisement et d'harmonie et la génération de tous les éclatements qui est en train de mourir de rire et s'avance vers le pouvoir.

La tolérance comme nouveau conformisme est une coquille vidée de sa substance. Par exemple, la décision de subventionner davantage quelques écoles juives ne relève pas de la tolérance mais de l'aveuglement, de la démagogie et de la gestion politique sous pression d'un petit groupe. Elle ouvre de nouveau la porte à l'enseignement confessionnel, et on comprend la réjouissance exprimée par une association musulmane qui n'attendait que ce genre de bêtise pour exiger la même chose. Cette décision gouvernementale risque de provoquer une réaction chez tous ceux qui croient à la déconfessionnalité de l'école et qui ont contribué à soutirer le pouvoir à l'Église catholique.

Trop de tolérance mène à une vraie intolérance. Le retour du balancier peut se faire ici plus vite que prévu.

denbombardier@videotron.ca




Les écoles séparées ne favorisent pas les échanges culturels

Anne Laperrière
Professeur au département de sociologie de l'Université du Québec à Montréal et membre du Groupe de recherche sur l'adaptation au pluralisme et l'école (GREAPE), affilié à l'Université de Montréal
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 janvier 2005

C'est avec stupéfaction que j'ai appris que Québec compte financer à 100 % des écoles privées juives au prétexte de «favoriser les échanges culturels» entre communautés. Cette décision est irresponsable, socialement dangereuse, et ignore complètement les conclusions solides des études scientifiques faites depuis plus d'un demi-siècle sur ce qui provoque l'échange ou la séparation entre groupes ethniques.

Toutes ces études concluent à une condition première à l'échange : un contact significatif et continu entre les groupes. Bref, ce ne sont pas des échanges ponctuels et discontinus entre communautés qui permettront quelque rapprochement durable que ce soit.

Le contact entre les groupes a certes ses difficultés et peut même augmenter les préjugés s'il ne respecte pas un certain nombre de conditions. Mais sans contact prolongé, aucun échange significatif entre les groupes n'est possible : le Québec français d'avant la loi 101, où francophones et minorités se repoussaient mutuellement, en est le meilleur exemple.

Même constat ailleurs

Par ailleurs, les observations plus récentes du Groupe de recherche sur l'adaptation au pluralisme et l'école, qui ont porté sur la citoyenneté et le pluralisme puis sur les sociétés divisées (Québec, Irlande du Nord, Belgique et Catalogne), penchent dans le même sens : dans tous ces pays déchirés par les conflits, les systèmes d'éducation séparés n'ont en rien aidé au rapprochement entre les groupes. À tel point que les écoles intégrées, pour lesquelles parents et éducateurs ont lutté avec acharnement (d'abord en Irlande du Nord, et maintenant en Belgique), ont maintenant le vent dans les voiles.

Lorsque j'ai moi-même interrogé une cinquantaine de finissants du secondaire montréalais de toutes origines ethniques sur leur préférence pour l'école ethnique ou l'école publique commune pour les minorités ethniques, j'ai eu la surprise d'entendre tous les jeunes des minorités ethniques, sans exception, opter pour l'école publique intégrée alors que l'école ethnique retenait la préférence... de nombre de Québécois français, agacés par la différence et voyant là l'occasion de transformer les immigrants en jeunes Québécois avant leur transfert à l'école publique commune.

Et, notons-le, les jeunes des minorités ethniques nous ont bien précisé que le choix de l'école publique intégrée n'aurait pas nécessairement été celui de leurs parents, plus attachés à leur passé, pas plus qu'il n'était celui de la facilité pour eux : mais après un départ difficile, l'école publique intégrée les assurait, croyaient-ils, d'une meilleure intégration au Québec.

Des envieux

Enfin, ce «cadeau» à la communauté juive fera aussitôt, et à bon droit, des envieux du côté des autres écoles privées et mènera à l'éclatement du système d'éducation québécois en une myriade d'écoles privées desservant des communautés exclusives d'intérêt.

Non seulement ces écoles privées subventionnées grassement (sinon totalement !) par un public qui n'y a pas accès sont une aberration en démocratie, elles saperont de surcroît le laborieux et merveilleux travail interculturel qui s'est fait dans l'école publique et qui fait que les jeunes Montréalais d'aujourd'hui se mêlent beaucoup plus spontanément dans les institutions et sur la place publiques qu'il y a 20 ans.

Il n'y a aucun doute là-dessus : l'école publique reste le meilleur creuset des échanges interculturels et autres car elle est la seule à accueillir universellement les enfants et à avoir, en conséquence, une obligation d'enseigner la tolérance et l'ouverture. Négliger l'école publique comme société, c'est courir au conflit.

Bref, les conclusions des recherches sur les relations ethniques et de l'expérience de pays qui ont vécu de douloureux conflits internes vont toutes dans le même sens : sans contact significatif et continu entre les groupes, aucun rapprochement significatif n'est possible. Que le gouvernement québécois ignore tout de ces recherches et de ces réalités est pour le moins surprenant. Que la communauté juive, qui a historiquement tant lutté pour son intégration et qui a tant contribué à la vie montréalaise en ouvrant généreusement les portes de ses institutions à l'ensemble de la communauté montréalaise, appuie un tel projet l'est encore plus.




Un retour d'ascenseur légitime

Daniel Racine
Directeur des services scolaires à l'école arménienne Sourp Hagop
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 janvier 2005

Les écoles juives s'attachent beaucoup plus à la transmission d'une culture

L'annonce du ministre de l'Éducation, Pierre Reid, d'un financement à 100 % de quelques écoles juives semble provoquer une levée de boucliers chez certains défenseurs de la laïcité et, paradoxalement, susciter des espoirs de mesures similaires auprès de groupes provenant d'autres horizons religieux ou ethniques. Il serait bon de procéder à quelques mises au point avant de poursuivre le débat.

D'abord, il est important de souligner l'apport substantiel -- tant matériel que culturel -- de la communauté juive au patrimoine québécois, et ce, depuis plus d'un siècle, si on songe à la contribution majeure de familles juives, qu'il s'agisse des Joseph à Québec ou, plus récemment, des Bronfman à Montréal. En fait, c'est toute la communauté juive -- la plus généreuse en contributions à caractère charitable au Québec -- qui participe au bien-être de l'ensemble des Montréalais de toutes origines, grâce à l'Hôpital général juif et au Mont Sinaï, les diverses salles de concert et les installations sportives généreusement offertes par des organisations ou des individus conscients de leurs responsabilités collectives.

Partie de l'histoire

Ensuite, la communauté juive, même si elle comprend, comme la plupart des groupes ethniques, des immigrants récents, est une communauté qui fait intégralement partie de l'histoire du Québec, tant par son ancienneté que par sa foi. Quand on parle d'enseignement religieux juif, on évoque l'hébreu et la Torah. Or la foi de la majorité chrétienne repose sur la Bible, c'est-à-dire sur la traduction de la Torah (l'Ancien Testament) à partir de sa langue originale, l'hébreu. On peut donc affirmer que rien dans l'enseignement juif ne dépare le christianisme, religion de la nation fondatrice des Québécois. Le christianisme, fondé par le juif Jésus, est un prolongement du judaïsme et non de l'islam ou du bouddhisme. De toute manière, l'aspect religieux, comme l'a souligné M. Reid, n'entre pas dans cette décision de financement.

Les écoles juives représentent de nombreux credo -- il y a autant de dénominations au sein du judaïsme qu'au sein du christianisme -- et s'attachent beaucoup plus à la transmission d'une culture et d'un humanisme historique qu'à la propagation des idées d'une secte ou d'une confession. La Bible ou la Torah, Molière et Shakespeare, l'anglais, le grec classique et l'hébreu peuvent s'enseigner sans toucher à l'aspect laïque vers lequel s'oriente enfin notre société.

Enfin, ce retour d'ascenseur à une communauté faisant partie intégrante du peuple québécois, consenti au nom des valeurs d'une société ouverte et orientée vers l'affirmation des valeurs propres à une diversité culturelle qui enrichit plutôt qu'elle ne divise, n'exclut pas des geste similaires à l'endroit d'autres communautés qui auront su se faire apprécier, comme les communautés grecques et arméniennes, par exemple. Et, pourquoi pas, quand le moment sera venu, de communautés plus récentes encore ?




Dix millions de plus pour les écoles privées
- Les commissions scolaires espèrent profiter elles aussi des largesses de l'État

Clairandrée Cauchy
Le Devoir samedi 15 et dimanche 16 janvier 2005

S'il y a assez d'argent pour les écoles juives, il devrait y en avoir pour l'éducation publique dans le prochain budget, a lancé le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), André Caron.

M. Caron réagissait à la manchette du Devoir de jeudi, qui révélait que le ministre de l'Éducation a accepté de financer à 100 % des écoles juives qui s'associeraient avec des commissions scolaires, et ce, «pour favoriser des échanges culturels».

«S'il y a dix millions à mettre là, ça veut dire que la situation financière n'est pas si pire. Pour le prochain budget du mois de mars, les commissions scolaires devraient voir assumer leurs coûts de système et recevoir des budgets pour le développement», a déclaré M. Caron avec ironie, précisant qu'il y a des priorités budgétaires plus importantes.

Le président de la FCSQ, qui avait fait une sortie publique à l'automne pour déplorer le financement accru du secteur privé en raison de l'augmentation du nombre d'élèves qui le fréquentent, se promet d'en reparler ultérieurement au ministre, Pierre Reid.

M. Caron était visiblement mal à l'aise devant cette nouvelle puisqu'un de ses membres, la commission scolaire Marguerite-Bourgeoys, a signé un tel contrat avec cinq écoles juives, récoltant au passage 10 % de la subvention pour faire transiter l'argent vers ces écoles.

«Les 61 commissions scolaires sont autonomes, grandes et vaccinées», a commenté le président de la FCSQ.

Il juge néanmoins le moment mal choisi pour une telle décision de la part du ministre. «Peut-être que cela n'arrive pas à un moment privilégié dans le calendrier, compte tenu qu'on arrive à la fin de la dérogation sur la confessionnalité dans les écoles [en juillet prochain]», a poursuivi M. Caron, étonné de ne pas avoir été consulté.

La présidente de la Fédération des comités de parents du Québec, Diane Miron, partage ses inquiétudes. «Ce n'est peut-être pas le bon "timing". Ça risque de brouiller les cartes par rapport au dossier de l'enseignement confessionnel dans les écoles», a déclaré Mme Miron hier.

Ce n'est pas l'analyse du ministre de l'Éducation, qui a répété hier que son geste n'était pas lié au statut confessionnel des écoles juives et que les échanges culturels entre les commissions scolaires et les écoles juives ne comporteraient en aucun cas des activités religieuses.

Interrogé sur les informations voulant que la décision ait été téléguidée par le cabinet du premier ministre, Pierre Reid a répondu qu'elle a été «prise par le gouvernement». «C'est une décision qui a été annoncée par le ministre de l'Éducation, avec laquelle je suis tout à fait à l'aise», a soutenu le ministre, notant que cela avait fait l'objet de discussions avec des collègues du gouvernement.

M. Reid a également souligné que le financement n'enlève rien aux écoles publiques puisque les fonds proviennent directement du Conseil du trésor. «Pas un sou n'est enlevé au secteur public pour aller à ce projet», a assuré le ministre quelques minutes après avoir été accueilli par un groupe d'une dizaine de syndiqués de la CSQ. Ceux-ci l'ont apostrophé pour critiquer l'octroi de sommes aux écoles juives privées alors que le réseau public «manque de tout».

«L'an passé, le gouvernement a lancé en grande pompe dix millions pour les élèves en difficulté à travers le Québec, et là, tout d'un coup, on en trouve autant pour des écoles juives», a fait valoir la présidente du syndicat de l'enseignement de la Pointe-de-l'île, Marie Marsolais.

Au concert de protestations qui a retenti cette semaine est venue s'ajouter hier la voix du président de la FTQ, qui a emboîté le pas à ses homologues de la CSN et la CSQ. Henri Massé a invité le ministre à faire marche arrière et à fermer cette boîte de Pandore. «Tout le monde va se mettre en ligne pour bénéficier des largesses irréfléchies du ministre. C'est de la folie furieuse, et cette situation risque de relancer un débat que nous croyions clos depuis la refonte des commissions scolaires, en 1998», s'est insurgé Henri Massé.




Écoles privées juives financées à 100 %

Alan Charles, Repentigny
Cyberpresse vendredi 14 janvier 2005

Opinion - Je suis un de ceux qui croient que nos impôts doivent bénéficier à toute la communauté. En ce sens, je suis contre toute subvention à l'école privée.

Je ne suis pas contre l'école privée en soi. Mais je crois que nos impôts devraient servir à financer seulement l'école publique qui a un mandat de donner une chance à tous, peu importe le milieu de vie, les talents ou les finances personnelles. Ceux qui veulent envoyer leurs enfants à l'école privée n'ont qu'à payer pour ce service spécial.

Quelle ne fut pas ma surprise d'apprendre que le gouvernement vient de décider de financer des écoles de confession juive et ce, à 100 %! Et on ose dire que le but visé est de permettre un rapprochement entre les différentes communautés! Un rapprochement? Ben voyons donc! C'est du favoritisme pour un groupe qui sait se faire entendre haut et fort! En plus de cela, on se bat au Québec pour sortir la religion des écoles et de l'autre côté, on financera des écoles juives! Un non-sens! Que dira la communauté musulmane? Ou nos catholiques frustrés d'avoir perdu leurs commissions scolaires confessionnelles?

Un rapprochement? Quelle blague!... Il faudrait pour cela que le congrès juif cesse d'être aussi parano et de voir de l'antisémitisme partout! Toute opinion contraire à la leur semble perçue comme un dénigrement de la souffrance qu'ont enduré les juifs sous le régime nazi et donc, de l'antisémitisme.

Chaque fois qu'un événement survient dans cette communauté, on relie cela à de l'antisémitisme. On saccage des tombes, graffitant des pierres avec des symboles nazis et, plutôt que de voir là l'oeuvre de jeunes écervelés en mal de publicité (ils savent où frapper pour cela...), tout de suite on y voit un complot terrible.

Pourtant, lorsqu'un cimetière chrétien est profané, on se dit que les jeunes n'ont vraiment pas grand chose à faire... Une école juive est incendiée et immédiatement on pense à de potentiels terroristes musulmans opérant en toute impunité dans notre belle cité. Pourtant, une école «chrétienne» dans Lanaudière fut incendiée il y a quelques années et on n'y a pas vu là la signature de terroristes anti-chrétiens mais tout simplement l'oeuvre de jeunes écervelés.

M. Yves Michaud affirme un jour que le peuple juif n'a pas été le seul à souffrir et il n'en faut pas plus pour qu'il soit taxé d'antisémite alors qu'il a parfaitement raison! Parlez-en aux Indiens, aux Africains, aux Laotiens, aux Ukrainiens, aux Rwandais... Bref, la liste des peuples opprimés est assez longue! Et la présente lettre? Sûrement antisémite également... Mon compte est bon!

Avant d'espérer un rapprochement entre les communautés, il faudrait peut-être que la communauté juive intègre réellement la communauté québécoise, participant à ses institutions. N'est-ce pas la communauté juive qui organise chaque année une levée de fonds appelée Combined Jewish Appeal, dont la publicité est diffusée dans tous les médias anglophones et qui ne bénéficie qu'aux juifs (dont ceux d'Israël) alors que notre Centraide bénéficie à toute la communauté? Un rapprochement, vous dites? Les rapprochements ne sont possibles que lorsqu'une société est réellement laïque et qu'on évacue toute référence aux religions dans la façon de gérer l'état. Ce n'est pas en favorisant une communauté au détriment des autres qu'on créera un rapprochement.




Rire du monde

Pierre Foglia
La Presse samedi 15 janvier 2005

C'est parce que l'Église - la nôtre, la catholique - en menait trop large qu'est apparu le concept de la laïcité au début du siècle dernier. Aujourd'hui, ce sont surtout les églises des nouveaux arrivants qui en mènent large. D'où la pertinence renouvelée de la laïcité.

Ce qui est laïque dans un état démocratique, c'est surtout l'école, puis les tribunaux, l'armée, l'appareil de l'État. Mais surtout l'école. La communauté elle-même n'a pas à être laïque, elle s'éclate dans mille églises, mille pratiques, qui s'expriment dans une liberté religieuse absolue, dont la liberté d'administrer ses propres écoles, aux frais bien entendu des parents qui font ce choix religieux.

Mais on s'entend sur un truc, au-delà de cette liberté, dans une société d'immigrants comme la nôtre, non seulement la laïcité est un rempart contre les mollahs, les rabbins, les curés et autres ensoutanés, mais c'est dans son alchimie même que l'immigrant forge son identité et finit par faire partie de ce tout qu'on appelle un pays.

Voilà pourquoi la décision du gouvernement Charest de verser 36 millions par année aux 15 écoles privées juives de la province - 5000$ par élève - est un scandale et une capitulation, une de plus.

Première réaction ? Les musulmans évidemment. Sont contents. Ils pensent qu'ils vont en profiter aussi. Pas si vite, prévient le ministre de l'Éducation. Cette entente n'a pas été faite sur une base religieuse, mais culturelle!

C'est vraiment nous prendre pour des imbéciles. On a une institution qui s'appelle l'école publique, où les petits juifs pourraient fréquenter des petits chrétiens, des petits musulmans, des petits sikhs et même d'adorables petits athées. Cette école publique laïque (ou presque) est le creuset idéal, j'insiste, du vouloir-vivre ensemble d'une nation. Eh! bien, cette école publique laïque (ou presque), un certain nombre de petits juifs ont choisi de ne pas la fréquenter.

Très bien. Parfait. Ils se sont ouvert des écoles privées pour eux tout seuls. Quinze écoles privées pour juifs seulement.

Très bien. Parfait. Écoles subventionnées à 60 % par l'État. Toutes les écoles privées du Québec sont subventionnées à 60 %. Je ne suis pas d'accord avec ça, mais c'est un autre dossier. La communauté juive non plus n'est pas d'accord. Mais à l'envers de moi, elle trouve que 60%, ce n'est pas assez. Elle veut des écoles privées financées comme des écoles publiques, à 100 %. Pourtant pas les derniers à putasser, les péquistes avaient refusé. L'actuel gouvernement vient de céder alors qu'on est dans un mouvement de déconfessionnalisation des écoles. Ou l'ai-je rêvé ?

Cette entente n'est pas religieuse, mais culturelle, explique de nouveau le ministre. Cet argent va financer des échanges interculturels, des sorties communes !!!

Expliquez-moi, M. le ministre, n'est-ce pas ce que fait votre école publique à longueur de jour ? De l'interculturel et des sorties communes ? Les petits juifs ont décidé de ne pas la fréquenter, c'est leur droit, je le répète. Les musulmans, les Grecs font la même chose. Mais expliquez-moi : voilà maintenant que vous allez payer l'autobus et bien d'autres choses aux enfants des écoles privées pour qu'ils aillent se frotter aux enfants des écoles publiques où ils n'ont pas voulu aller!

Vous niaisez qui, au juste, ici ?

Plus désolante encore, la justification de ce cadeau injustifiable par le rappel de l'incendie de la bibliothèque de l'école Tamuld-Torah unis, au printemps dernier.

Un crime raciste, c'est vrai. Mais bon Dieu, cela reste un incendie dans la bibliothèque d'une école primaire. Pas une bombe dans un autobus. On a pourtant vu défiler sur les lieux le premier ministre du Canada, celui du Québec, le maire de Montréal... Ne manquait que Kofi Annan. Et pour commenter ce fait divers, ils ont tous emprunté au vocabulaire des génocides, ignoble, odieux ont-ils osé dire, tandis que leurs hôtes évoquaient bien entendu l'évidente montée de l'antisémitisme dans la société québécoise.

Or, le coupable a été trouvé. Et. condamné. Un jeune homme d'origine arabe, comme on pouvait le supposer. Il a agi seul. Je ne dis pas que ce n'est pas grave. Je dis que cela n'a absolument rien à voir avec une montée de l'antisémitisme au Québec.

C'est pourtant ce geste isolé qui a inspiré le gouvernement québécois pour allonger 36 millions aux écoles juives. Le ministre de l'Éducation nous a dit combien cet incendie l'avait traumatisé. Et M. Charest donc! On connaît sa grande sensibilité aux catastrophes. Alors voilà, 36 millions pour ce geste isolé d'un jeune arabe excité. T'imagines si on était tombé sur un réseau de terroristes ? Pour le coup on aurait financé à 100 % les universités de Tel-Aviv.

Mais je n'ai pas le coeur à l'ironie. L'instrumentalisation que l'on fait aujourd'hui de ce fait divers est une insulte à notre intelligence. Et ce n'est pas le pire. Le pire, c'est qu'on nous dit que tout cela est dans le but de rapprocher les deux communautés. Ce n'est pas vrai, bien sûr. Du vent pour cacher que, électoralement parlant, ce gouvernement n'a rien à refuser à cette communauté. Mais faisons semblant de croire que c'est bien pour favoriser un rapprochement.

Ah oui ? Vous avez lu les éditoriaux, monsieur le ministre ? Celui du Devoir, par exemple. Vous avez écouté les lignes ouvertes? Même les lecteurs de nouvelles ne pouvaient retenir leur agacement.

C'est ça, le pire : ces 36 millions pour nous rapprocher nous ont déjà séparés un peu plus.




Une décision précipitée et imprudente

Gérard Bouchard
Professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi, l'auteur est coauteur du livre «Juifs et Canadiens français dans la société québécoise» (Septentrion, 2000)
La Presse samedi 15 janvier 2005

Chaque confession, à bon droit, voudra se prévaloir du précédent créé

La décision que vient de prendre le gouvernement Charest sur le financement des écoles privées juives est extrêmement importante. Elle jette un éclairage assez cru sur la mentalité de certains gestionnaires scolaires; elle atteste un nouveau mode de prise de décision à Québec; elle laisse augurer une réorientation radicale dans le dossier de la sécularisation du système scolaire ; enfin, elle s'annonce lourde de conséquences pour l'avenir du pluralisme ethnique au Québec.

Deux remarques, d'abord. Il y a plusieurs données inconnues entourant cette décision; elle doit donc être commentée avec circonspection. Il faut rappeler aussi ce qu'elle contient de positif. Elle semble motivée par un souci louable de rapprochement interculturel. En plus, elle concerne la communauté juive, avec laquelle les Franco-Québécois ont entretenu un rapport parfois difficile dans le passé. Il faut donc se réjouir d'une volonté visant à intégrer davantage cette communauté à la culture francophone, diversifiant ainsi ses alliances traditionnelles avec le Québec anglophone. Pour le reste, la décision du gouvernement inspire beaucoup d'inquiétude et soulève d'importantes questions.

Un pragmatisme mal inspiré

Comment ne pas s'étonner des déclarations des deux présidents de commission scolaire francophones concernés par l'entente ? Leur adhésion au projet aurait été commandée par la perspective d'un supplément de revenus escompté pour leurs écoles (un business deal). Compte tenu des enjeux, c'est là une étroitesse de vue assez navrante qui relève du maquignonnage.

La démocratie?

Dans toutes les sociétés pluriethniques, les rapports entre cultures sont aisément inflammables. Le Québec en a fait l'expérience dans le passé avec des projets de loi mal inspirés, des initiatives mal planifiées dont il a été souvent la victime et parfois l'auteur. N'a-t-on rien appris de ces expériences ? La décision est sortie sur la place publique comme un lapin du sac. Quels intervenants ont été consultés? Les citoyens ont-ils eu l'occasion de faire valoir leurs points de vue ? Les spécialistes ont-ils pu analyser le projet, en reconnaître les implications, formuler des avis ? Les coordonnées et retombées possibles ont-elles été soigneusement examinées ?

Une tour de Babel des religions...

Le débat sur la laïcité de l'éducation, qui devra être tranché en 2005, est à peine amorcé qu'il se heurte à une sorte de fait accompli. La décision du gouvernement ouvre la porte de l'école à toutes les religions. Chaque confession, à bon droit, voudra se prévaloir du précédent créé. Les écoles privées francophones voudront hausser à 100 % leur financement gouvernemental. Le secteur public réagira. Où cela va-t-il conduire ? Comment le gouvernement va-t-il gérer le capharnaüm qui risque maintenant de s'installer ?

Un pluralisme improvisé

Au cours des vingt dernières années, le Québec a élaboré un modèle original en matière de rapports interethniques. L'interculturalisme est un alliage de compromis et d'audaces fondé sur le bon sens et une sagesse qui font honneur à notre société. Un consensus s'est formé autour de cette proposition qui imprègne nos politiques et nos comportements collectifs. Un équilibre délicat mais efficace s'est lentement installé. Il risque d'être durement bousculé par la nouvelle entente.

Garder la tête froide

On se trouve ici devant une initiative irréfléchie, imprudente, où ni la logique ni la démocratie ne trouvent leur compte. Même aux yeux d'un vigoureux tenant du pluralisme et de l'ouverture, tout cela est extrêmement déconcertant et assez décourageant. Il reste un souhait à formuler : que les Québécois s'emploient à redresser la situation dans le climat de bonne entente qui a prévalu jusqu'ici.




Le retour de l'école ethnique ou le clientélisme d'État

Louis Rousseau
Professeur, département des sciences religieuses, Université du Québec à Montréal
Le Devoir mardi 18 janvier 2005

Une évolution et une maturation considérables de l'opinion semblaient s'être produites depuis une dizaine d'années au Québec à propos de la place à faire à la diversité culturelle et religieuse croissante au sein de la société.

Héritière de plus d'un siècle d'élaboration d'une conscience de soi polarisée entre une majorité catholique d'origine française et une minorité protestante (souvent dominante) d'origine britannique, notre société avait laissé peu de place aux nouveaux arrivants, juifs d'abord, puis italiens et grecs, au sein de ses institutions et sur la scène de la représentation d'un nous collectif.

C'est ainsi que les immigrants juifs furent exclus des écoles catholiques et qu'on leur refusa le développement de leur propre système scolaire dans la logique des écoles publiques réservées aux seuls catholiques et protestants. Ils obtinrent finalement la possibilité de développer leur réseau dans le cadre du système privé et il fut fréquenté par une minorité de la population juive capable d'en assumer le coût. Un troisième ensemble d'écoles ethniques, à vocation de reproduction culturelle encore plus accentuée, s'ajouta ainsi aux deux premiers ensembles.

Soucieux de bien marquer son ouverture aux autres, le gouvernement du Parti québécois reconnut des écoles grecques et arméniennes au cours de son premier mandat. Bien peu de citoyens avaient encore commencé à réfléchir à la question de la diversité ethnique et religieuse au moment où s'élaboraient les premières esquisses d'une identité québécoise qui se voulait inclusive.

Depuis les années 90, l'opinion publique a parcouru une longue route que les décisions démocratiques de l'État ont reconnue et balisée. Le Québec est une société pluriculturelle résultant de son histoire passée comme des tendances lourdes de la mondialisation contemporaine. Accueillantes à cette diversité, la société et ses institutions favorisent le métissage interculturel tout en convoquant tous les citoyens dans la construction d'une cité commune. À cette fin, le français constitue la condition de la communication et de l'échange, d'ou son statut particulier.

Que faire de l'école ?

Que faire du seul autre instrument collectif permettant l'entrée en culture : l'école ? Faut-il favoriser la logique de l'école ethnoreligieuse traditionnelle en l'élargissant aux nouvelles communautés musulmanes, hindoues, bouddhistes, sikhs, chrétiennes orientales, etc., comme peut le suggérer l'esprit d'équité et de non-discrimination ? Faut-il au contraire en finir avec ces matrices de reproduction des solitudes et des oppositions en déconfessionnalisant le système scolaire pour disposer de véritables écoles communes, laboratoire de l'apprentissage d'une culture partagée, premier lieu de l'échange des différences ? Adoptée en juin 2000, la loi 118 a tranché un débat démocratique majeur en faveur de la seconde option.

Du coup les écoles ethniques à composante religieuse forte disposant du financement de l'État en tant qu'écoles privées pouvaient sembler en porte à faux. Cette question chaude faillit être posée dans l'avis remarquable du Conseil des relations interculturelles soumis à la ministre des Relations avec les citoyens et l'Immigration et intitulé Laïcité et diversité religieuse : l'approche québécoise (26 mars 2004).

La laïcité à la québécoise ne refoule pas la différence religieuse en dehors de l'espace public, comme le fait la tradition française. Elle en aménage la présence avec souplesse. Mais ces accommodements ne doivent pas remettre en cause les institutions au sein desquelles s'apprennent et se partagent valeurs et règles communes permettant de bâtir une coexistence féconde. Le partage des mêmes règles civiles (droit et institutions juridiques) et des mêmes milieux d'éducations s'impose d'évidence. Seul l'État détient en notre nom le pouvoir de mettre en oeuvre ce programme citoyen démocratique.

Alerte générale

Or la nouvelle que le Québec financera à 100 % des écoles privées juives sonne comme un signal d'alarme. Sommes-nous en train d'assister à la revalorisation de l'école ethnique au motif de «favoriser les échanges culturels» ?

Il faudrait alors promouvoir ces pépinières de la différence religieuse et culturelle et développer en toute logique des programmes d'aide aux écoles dont le projet serait précisément de cultiver la différence pour assurer la richesse et la diversité des échanges. Il ne faudrait pas oublier de financer à 100 % des écoles «véritablement catholiques canadiennes françaises» et des écoles «véritablement protestantes» afin que les non-chrétiens puissent eux aussi faire l'expérience d'une intense différence !

Écrire cela montre bien l'absurdité de cette argumentation. Il s'agit d'autre chose. Je soupçonne pour ma part la manifestation d'une bonne dose d'État clientéliste qui veut récompenser ainsi un groupe particulièrement compact d'électeurs et laisser deviner des promesses à des communautés ethnoreligieuses plus jeunes. Il se pourrait aussi qu'on y décèle l'absence de prévision des conséquences à long terme dont nous voyons tous les jours de nouveaux exemples. Or il y a ici motif à alerte générale, et il faut qu'une forte opinion laïque et citoyenne s'exprime.

Puis-je dire que je suis particulièrement malheureux que cette décision mette en scène des institutions de la communauté juive. J'ai appris à connaître de près et à estimer bien des membres de cette communauté de nos concitoyens. Je sais leur attachement aux institutions que plusieurs générations ont bâties et qui font de Montréal une ville assez unique en Amérique du Nord. Depuis plusieurs années, je vois ces parents souffrir du départ de la majorité des jeunes qui, éduqués très souvent dans des institutions juives, ne se sentent pas à l'aise dans une société québécoise dont ils n'ont pas appris à partager la culture populaire et les loisirs.

Je redoute que la judaïsation possible du débat public ne nous fasse dévier complètement de la seule question véritable : voulons-nous vraiment faire la promotion de l'école québécoise commune ayant comme objectif la socialisation de tous nos enfants, quelles que soient leurs différences ? Si, portés par notre jeune tradition politique en la matière, nous voulons confirmer l'orientation déjà prise et que cette petite décision prise en catimini déforme, alors il faut demander l'annulation ou la non-reconduction des contrats déjà signés et soumettre la nouvelle orientation gouvernementale à un vaste débat public.




APRÈS UNE GÉNÉREUSE CONTRIBUTION FINANCIÈRE DE LA COMMUNAUTÉ AU PLQ :
La décision sur les écoles juives a été prise en catimini à Québec

Denis Lessard
La Presse mardi 18 janvier 2005

Québec - La décision du gouvernement Charest de financer à 100 % cinq écoles privées de confession juive à Montréal, en décembre dernier, a été annoncée sans même avoir été discutée au Conseil des ministres, quelques jours seulement après que cette communauté ait consenti un effort sans précédent au financement du Parti libéral du Québec. La décision de Québec n'a pas été davantage débattue au caucus des députés. Plusieurs des collègues de M. Reid ont, en privé, souligné avoir appris par le journal la décision de leur gouvernement.

En revanche, en décembre, lors d'une réunion à huis clos du caucus de ses députés, le premier ministre Charest a loué les efforts remarquables du ministre du Revenu, Lawrence Bergman, pour amasser du financement auprès de sa communauté, et a même souligné qu'un événement-bénéfice, le mois précédent, avait permis d'engranger pas moins de 750 000 $ dans les coffres du parti, un record pour un tel événement depuis son arrivée à la tête du PLQ en 1998.

" Cette décision sur les écoles suivait une énorme activité de financement, l'une des plus grosses de l'histoire du parti ", ont confié des députés, confirmant tous ce que M. Charest avait évoqué en privé à la réunion. Faisant comme d'habitude la nomenclature de ses activités de la semaine, devant ses députés, Jean Charest a parlé d'une récolte de 750 000 $ pour cette seule activité, soulignant ne pas se souvenir d'un événement partisan qui ait amassé autant d'argent.

L'an dernier, le PLQ avait un objectif de financement de près de cinq millions qui sera largement dépassé lorsque les chiffres seront publics au printemps prochain.

À la permanence du PLQ, on indique que la circonscription de D'Arcy-McGee, représentée par M. Bergman, avait recueilli 100 000 $ en 2004. Mais cela, convient-on, ne tient pas compte du " financement sectoriel ", qui va directement à la permanence du PLQ. Officiellement, ces contributions ne peuvent être identifiées à une circonscription, ni à un ministre en particulier, explique-t-on.

M. Bergman n'a pas rappelé à La Presse à ce sujet. Même mutisme au cabinet de M. Charest.

L'événement de novembre était si important, confie-t-on, qu'un permanent a tenu à vérifier, avant sa tenue, si les gens pouvaient faire des dons " par téléphone ", à même leur carte de crédit, idée refusée à cause des règles du Directeur général des élections. Les dons sur cartes de crédit sont permis, mais doivent être faits en personne et non par téléphone.

Ces informations obtenues auprès de plusieurs députés libéraux illustrent le profond embarras suscité dans les troupes libérales par la décision annoncée en décembre dernier par le ministre de l'Éducation, Pierre Reid. Après cette importante activité de financement en novembre, Québec a décidé, en décembre, de reconnaître comme " écoles associées " cinq établissements privés de confession juive.

Faire passer de 60 à 100 % le financement public de ces institutions coûtera 10 millions par année à Québec.

Le ministre Reid a essuyé le pire du ressac à la suite de cette décision prise, en réalité, au cabinet du premier ministre. De plus, dans la grande région de Montréal, les députés reçoivent des commentaires très largement défavorables à cette décision.

Il s'agissait d'un second coup dur pour M. Reid, également malmené par les siens pour ses coupes de 103 millions au programme des prêts et bourses. À ce sujet, même M. Charest avait durement critiqué son ministre, soulignant devant l'ensemble des députés que " la vente de cette décision n'avait pas été réussie ".

Décision de Charest

Relancé par La Presse hier, le ministre Reid a reconnu que la décision de financer à 100 % les écoles juives n'avait jamais été discutée au Conseil des ministres. Cette décision fut prise après en avoir discuté avec le cabinet de M. Charest, explique-t-il. Il souligne ne pas se souvenir d'information touchant le financement provenant de la communauté juive.

Selon les informations de La Presse, les fonctionnaires de l'Éducation s'opposent depuis longtemps à la reconnaissance d'un tel statut pour les écoles juives. Pour M. Reid toutefois, il y a belle lurette que deux écoles grecques orthodoxes sont financées à 100 %, comme " écoles associées ".

Sous Daniel Johnson, en 1994, le titulaire de l'Éducation à l'époque, Jacques Chagnon, avait annoncé aussi son intention de financer à 100 % les écoles privées juives. L'annonce avait suscité tellement d'émoi que rien n'avait été fait avant les élections. Les libéraux avaient été battus en septembre 1994.

Un acteur important de la communauté juive, Steven Cummings, ancien président de la Fédération CJA (Canadian Jewish Alliance) " a un accès sans restriction " au premier ministre Charest, expliquent des Montréalais en vue dans cette communauté. Issu d'une famille aussi connue que les Bronfman et les Reichman, M. Cummings, tôt dans le mandat du gouvernement Charest, avait bénéficié d'une nomination comme membre du conseil de la Caisse de dépôt et placement du Québec.




Un silence révélateur

Marie-Michelle Poisson
Professeure de philosophie, Collège Ahuntsic
Le Devoir mardi 18 janvier 2005

Depuis quelques jours, tous les individus et les groupes sociaux vigilants et responsables ont dénoncé vivement sur toutes les tribunes la décision du ministre de l'Éducation Pierre Reid de financer à 100 % les écoles de «culture religieuse» juive. Par-delà cette protestation quasi unanime, il faut porter notre regard sur l'instance gouvernementale qui aurait dû, par son mandat spécifique, prévenir le ministre des conséquences néfastes de cette décision et l'empêcher de commettre une telle erreur.

Le Secrétariat aux affaires religieuses (SAR) a été créé il y a environ cinq ans par la loi 118 pour remplacer les anciens Comités catholiques et protestants qui participaient d'office à tous les travaux du Conseil supérieur de l'éducation et avaient droit de regard sur tous les programmes d'enseignement. Mme Christine Cadrin-Pelletier, théologienne de formation, «sous-ministre associée de l'Éducation à la foi catholique au Québec» avant que la loi 118 ne soit adoptée, en est aujourd'hui la secrétaire.

Le mandat de Mme Cadrin-Pelletier est le suivant :

- fournir les ressources et l'expertise nécessaires au Comité sur les affaires religieuses pour lui permettre d'exercer le mandat prévu dans la Loi sur l'instruction publique (essentiellement rédiger les programmes d'enseignement religieux);

- établir les concertations et les collaborations nécessaires entre le Comité sur les affaires religieuses et toute instance appropriée, relativement aux questions touchant la religion en éducation;

- observer l'évolution socioreligieuse du Québec et alimenter la réflexion sur les enjeux liés à la religion en éducation; - soutenir la prise de décision ministérielle en matière de religion en éducation;

- fournir l'information pertinente et à jour sur l'évolution du fait religieux en éducation, ici et ailleurs; - veiller à la cohérence des actions ministérielles relatives à toute question touchant la religion en éducation.

Le poste de sous-ministre associé aux affaires religieuses est donc un poste clé dans l'affaire qui nous occupe. La décision de subventionner à 100 % certaines écoles de «culture religieuse» juive est normalement le genre de décision qui doit être soumise pour évaluation au préalable à ce haut fonctionnaire expérimenté qu'est un sous-ministre, surtout si on a prévu dans la structure même du ministère -- et cela est un immense privilège -- un poste spécialement consacré «aux affaires religieuses».

Consultée ?

Dans l'ordre normal des choses, Mme Cadrin-Pelletier aurait dû être consultée par le ministre. Alors pourquoi aurait-elle approuvé une décision aussi lourde de conséquences ? [...]

Ces dernières années, Mme Cadrin-Pelletier s'est fait l'apôtre de la stratégie qui consiste à maintenir les contenus religieux au sein de l'école publique en les travestissant en «enseignement culturel des religions». L'astuce de cette pseudo réforme ayant été de faire disparaître la référence explicite à une confession particulière pour rencontrer les exigences de la Loi de l'instruction publique et des chartes. Mais ce stratagème, n'ayant trompé personne, a mené le MEQ dans une impasse, et c'est pourquoi les nouveaux programmes d'éthique et de culture religieuse du deuxième cycle du secondaire, obligatoires pour tous, tardent toujours à être publiés.

Par ailleurs, l'un des mandats de Mme Cadrin-Pelletier étant d'«établir les concertations et les collaborations nécessaires entre le Comité sur les affaires religieuses et toute instance appropriée, relativement aux questions touchant la religion en éducation», on conçoit mal qu'elle n'ait été pas informée ou interpellée par les «instances appropriées», comme l'Assemblée des évêques, qui aurait pu s'inquiéter de l'iniquité crée envers les écoles privées catholiques et s'indigner qu'on accorde de fait aux communautés juives ce qu'on refuse par ailleurs aux communautés catholiques, soit la création d'écoles confessionnelles séparées dans le réseau public (ou financées entièrement par le public, ce qui revient au même, tout le monde l'aura compris.)

... ou pas ?

Il est aussi possible que Mme Cadrin-Pelletier n'ait pas été consultée par le ministre, et alors cela équivaut à un désaveu ministériel envers son secrétariat (qui n'aurait d'ailleurs jamais dû exister... à mon avis). Mais en ce cas, ce sont les autorités religieuses catholiques et protestantes qui comptent toujours sur cette instance pour les représenter qui devraient s'insurger et réclamer des comptes au ministre de l'Éducation, faute de quoi leur silence pourra être interprété comme un assentiment tacite à la politique du ministre.

Mais alors pourquoi les autorités religieuses seraient-elles d'accord, contre tout bon sens, avec la décision de financer à 100 % les écoles privées de «culture religieuse» juive ?

En subventionnant certaines écoles privées confessionnelles, le MEQ crée un précédent qui permettra à terme de concrétiser LE scénario qui avait été proposé par les autorités confessionnelles catholiques lors des États généraux de l'éducation, à savoir la création d'un réseau d'écoles publiques confessionnelles en plus des écoles linguistiques laïques qui existent désormais. [...]

Comme l'échéance de la clause dérogatoire qui permet exceptionnellement de maintenir quelques contenus religieux dans les écoles publiques pour faciliter la transition vers la laïcité complète est imminente, il faut s'attendre à ce que le lobby catholique se lance dans la mêlée avec un autre plan de match. [...] Dans un tel contexte, il est tout à fait plausible d'imaginer qu'il y voie l'opportunité de faire avancer sa cause, masquée derrière le bon sentiment d'ouverture aux communautés culturelles en utilisant le militantisme de ces communautés et l'apparence de légitimité politique dont elles disposent pour obtenir, par simple effet d'entraînement, des écoles catholiques séparées subventionnées à 100 %, comme il l'a toujours souhaité.

Malheureusement, au vu de l'histoire récente du Québec, et au vu de l'organisation même du ministère de l'Éducation, une telle stratégie est tout à fait possible et peu d'indices permettent de le démentir. [...]




Les écoles juives et le statut d'école associée
- Un pas en avant


Sylvain Abitbol
Président de la Fédération CJA, l'organisme central de financement et de coordination des services destinés à la communauté juive
Le Devoir mardi 18 janvier 2005

Il nous apparaît approprié, compte tenu de nombreux commentaires parus dans les médias ces derniers jours au sujet du statut d'école associée reconnu aux écoles communautaires juives par le ministère de l'Éducation du Québec, de faire valoir le point de vue de la Fédération CJA, organisme représentatif de la communauté juive de Montréal.

Cette initiative conjointe du réseau des écoles juives et des écoles publiques, qui traduit une conception progressiste de l'éducation et des relations interculturelles, représente un pas en avant dans le développement d'une société ouverte et tolérante. Notre système scolaire se distingue des autres écoles privées dans la mesure où il assume une véritable vocation communautaire. Financé par la communauté juive, il est ouvert à tous ses membres et subventionne les frais de scolarité de près de 50 % de ses élèves.

La communauté juive s'enorgueillit d'une longue histoire au Québec, jalonnée d'importantes contributions. Aujourd'hui, nous commanditons plusieurs programmes et initiatives visant à encourager la participation des membres de notre communauté à l'épanouissement de la société dans laquelle nous vivons.

L'entente que nous avons conclue avec le ministère de l'Éducation du Québec contribuera à faire progresser ces initiatives, en permettant aux élèves et enseignants d'écoles juives et publiques de participer à des programmes conçus pour favoriser le respect de la diversité. Une gamme variée d'activités, comprenant des échanges d'élèves et d'enseignants, des visites conjointes d'organismes culturels et des groupes de discussion, permettront aux jeunes de divers secteurs éducatifs d'engager un dialogue sur des valeurs telles que la tolérance, la compréhension et l'acceptation de personnes d'origines différentes.

Financement du volet laïque

Le statut d'école associée offre à nos écoles communautaires la possibilité de prendre une place plus équitable et d'assumer un rôle plus actif au sein du système d'éducation public. Les fonds supplémentaires qui nous sont alloués dans le cadre de cette entente seront strictement réservés au financement du volet laïque de notre programme. Les éléments culturels et religieux du programme scolaire continueront d'être financés par les parents et la communauté juive.

Je tiens à souligner que ce partenariat n'annonce pas un recul à l'ère des commissions scolaires confessionnelles. Bien au contraire, il est essentiellement fondé sur les éléments laïques communs aux programmes des écoles qui y participent. Le véritable enjeu de cette initiative est l'intégration. Les leaders gouvernementaux ont clairement exprimé leur volonté de promouvoir la participation des communautés à l'enrichissement de la mosaïque culturelle de la province. Tout en préservant la liberté de transmettre notre héritage culturel, cette politique nous permet de jouir d'une interaction plus large et plus fructueuse avec nos concitoyens québécois.

Nous ne pouvons faire de meilleur investissement pour notre avenir que d'engager les Québécois de toutes les communautés culturelles à participer à des programmes conjoints. Nous sommes convaincus que le statut d'école associée est le meilleur moyen de réaliser cet objectif et tenons à remercier le gouvernement d'en reconnaître le bien-fondé.

La communauté juive est profondément attachée et enracinée au Québec. Nous avons toujours fait preuve d'un engagement constant envers l'avenir de notre province et les valeurs qu'elle cultive. L'enseignement de la tolérance, du respect et de la liberté font partie intégrante, au même titre que la lecture, l'écriture et l'arithmétique, de notre vision globale de l'éducation au Québec.




Non au financement à 100 % des écoles privées

Michel Théoret
Le Devoir mardi 18 janvier 2005

Lettres: Magog, le 16 janvier 2005 - Je ne vois absolument aucune justification au régime de faveur accordé à certaines écoles privées, juives ou autres.

«Pour favoriser les échanges culturels», dixit le ministre Pierre Reid ! N'est-ce pas bien cher payé ? Si l'on s'engage dans cette voie, il faudra (et le ministre y ouvre la porte) étudier des demandes analogues de toute autre communauté allophone ou religieuse; et pourquoi refuser alors, sans être suspect de discrimination, des échanges culturels entre francophones et anglophones ou autres ? Seraient-ils moins intéressants, moins productifs ?

On en arrive ainsi, à la limite, à l'école privée subventionnée partout à 100 %. Quel beau projet de société ! Cet argent ne serait-il pas mieux investi dans l'amélioration du système public où tous les enfants du Québec peuvent aller gratuitement et avoir des échanges culturels beaucoup plus soutenus et intégrateurs que ceux du ministre.

Pour ma part, je m'oppose à ce surfinancement par la bande des écoles privées; je m'oppose à tout régime d'exception favorisant, forcément au détriment des autres, quelque communauté que ce soit au plan de l'éducation nationale.




Décision injustifiable

Yves Archambault
Le Devoir mardi 18 janvier 2005

Lettres: Montréal, le 16 janvier 2005 - Monsieur le ministre de l'Éducation, J'ai assumé les fonctions de directeur général de la CECM et de la CSDM durant neuf ans, de 1992 à 2001. Au début des années 90, les écoles juives ont tenté de conclure des ententes d'association avec notre commission scolaire sur le modèle de l'association que nous avions avec les écoles helléniques. Nous avions refusé, car leur demande utilisait notre commission scolaire comme clé d'accès au financement tout en maintenant séparé leur réseau scolaire.

Dans le cas des écoles grecques, les élèves fréquentaient au secondaire notre réseau public et vivaient donc une intégration efficace à la société québécoise et un apprentissage adéquat de la langue française.

Depuis, la société québécoise a transformé le réseau d'éducation confessionnel en réseau laïc : notre société a mis 30 ans pour y arriver et cela a exigé une modification constitutionnelle (et on sait ce que cela signifie au Canada).

La décision que vous venez de prendre est injustifiable; les raisons invoquées (le feu à la bibliothèque d'une école juive et une meilleure intégration sociale) sont une offense à l'intelligence d'un citoyen averti. Comment allez-vous réagir maintenant aux demandes de communautés religieuses désirant un réseau d'écoles séparées financées entièrement par l'État ? Sans doute à l'aide d'une pirouette de politicien sans vision, un «politicailleux» de bas étage ?

Vous faites honte monsieur à tous les éducateurs qui oeuvrent ou qui ont oeuvré dans le réseau scolaire et qui tentent de transformer la réalité pour un mieux-être des québécois.




Quels ponts, M. Reid?

Jérôme Desrosiers
Le Devoir mardi 18 janvier 2005

Lettres: Québec, le 16 janvier 2005 - Monsieur Reid, Je suis estomaqué par la divulgation d'une information publique qui semble avoir été diffusée en catimini il y a un mois. À tort ou à raison, les perceptions sont contre vous.

En ces périodes de nécessité et de pingrerie de votre gouvernement (victimes du tsunami, inondations en Haïti, santé sous-financée, endettement des étudiants et j'en passe) vous mobilisez 10 millions de fonds publics par année pour construire des ponts entre deux communautés. Quels ponts, monsieur le ministre ? Je peux imaginer vos intentions, mais concrètement qu'en est-il ? Je veux comprendre ce que vous allez faire avec mon argent. Pourquoi 5000 $/enfant/année ?

Vous avez le fardeau de la preuve. Sachez que, comme bien d'autres, je suis pour :

- une fonction publique et une société civile laïque;
- une société multiculturelle et contre la «ghettoïsation» des ses constituantes ;
- un système d'éducation ouvert à tous, performant et financé adéquatement;
- le libre choix des croyances religieuses à l'extérieur des sphères publiques;
- le libre choix des parents à décider des écoles que leur enfant fréquente et, bien entendu, d'en assumer la totalité des conséquences (financières et autres).

Les prochains jours vous permettront de bien mesurer l'effet de votre décision sur les perceptions de la population et sur l'harmonie que vous souhaitiez générer. Un lamentable échec. Un autre au dossier des improvisations de votre gouvernement. Et dire que la phrase d'appel était Nous sommes prêts !





Financement public d'écoles privées confessionnelles

LE PREMIER MINISTRE DOIT RENONCER A SA DECISION

MONTREAL, le 18 janv. /CNW Telbec/

Le député de Verchères et chef de l'opposition officielle, M. Bernard Landry, et la députée de Taillon et porte- parole en matière d'éducation, Mme Pauline Marois, ont réclamé, aujourd'hui, que le premier ministre du Québec renonce à sa décision de financer à 100 % certaines écoles privées confessionnelles.

"Que ce soit sous l'angle de l'intégration et des échanges interculturels, du financement de l'école privée ou encore de la laicisation de notre système d'éducation, cette décision est insensée et inéquitable. Le gouvernement a ouvert une véritable boîte de Pandore, comme le démontre le concert de critiques qui s'élève depuis que la nouvelle a été rendue publique. Il doit faire marche arrière", a souligné M. Landry.

M. Landry s'interroge sur le processus entourant la prise de décision dans ce dossier. "La décision a été prise en catimini le mois dernier et n'a fait l'objet d'aucune annonce formelle, encore moins de débat public, malgré l'importance qu'elle revêt. Qui plus est, le ministre de l'Education avoue ne pas avoir consulté les membres du Conseil des ministres puisqu'il s'agit d'une décision qui le concerne uniquement. Or, du même souffle, il prétend que la subvention sera versée directement par le Conseil du trésor. Il y a là, pour le moins, une contradiction", a ajouté M. Landry.

Mme Marois se demande par ailleurs comment le ministre Reid pourra justifier, dans l'avenir, son incapacité de convaincre ses collègues d'affecter des sommes supplémentaires en éducation en raison de la précarité des finances publiques. "Si le gouvernement dispose de 10 M$ pour financer davantage certaines écoles privées, comment pourra-t-il refuser pareil traitement à d'autres intervenants du réseau de l'éducation qui peinent à remplir leur mission en attendant les réinvestissements promis en éducation? Sa crédibilité s'en trouve irrémédiablement entachée", a-t-elle ajouté.

Enfin, M. Landry rappelle que le premier ministre devra faire toute la lumière sur le possible lien entre des contributions considérables à la caisse de son parti et une décision controversée subséquente à l'avantage des donateurs. "De l'aveu même du ministre de l'Education, le dossier fait l'objet de représentations depuis déjà dix ans, et voilà qu'il débloque au lendemain d'une activité bénéfice fort lucrative! Doit-on parler de coincidence ou de lien de causalité? Le premier ministre a le devoir de s'expliquer", a conclu le chef de l'opposition.





Financement public d'écoles privées confessionnelles

Financement des écoles juives: décision révisable chaque année

SRC mardi 18 janvier 2005

Le ministre de l'Éducation du Québec, Pierre Reid, a été très clair, mardi matin, au Réseau de l'Information: la décision du gouvernement Charest de financer à 100 % cinq écoles privées de confession juive est « la décision du ministre de l'Éducation ». M. Reid a confirmé que cette décision n'avait pas été discutée au Conseil des ministres.

En entrevue à la radio de Radio-Canada, le ministre a par la suite affirmé que le contrat d'association liant les écoles privées juives à des commissions scolaires publiques était révisable chaque année.

Au RDI, le ministre a ajouté que la décision d'autoriser les contrats d'association privé/public n'avait aucun lien avec l'incendie criminel de l'école juive Talmud Torah en avril dernier, précisant qu'elle avait été prise plusieurs mois plus tôt.

Selon le journal La Presse, plusieurs députés ont appris la nouvelle par les journaux.

Le journal ajoute que cette décision a été prise peu de temps après que le premier ministre Jean Charest eut annoncé qu'un événement bénéfice dans la communauté juive de Montréal au profit du Parti libéral du Québec, avait rapporté 750 000 $.

Lors d'une réunion à huis clos avec ses députés, Jean Charest aurait loué les efforts du ministre du Revenu, Lawrence Bergman, pour recueillir du financement auprès de la communauté juive.

M. Reid insiste toutefois sur le fait qu'il n'existe, selon lui, aucune relation de cause à effet entre cette activité de financement et la décision ministérielle d'autoriser l'association des écoles juives privées avec les commissions scolaires.

Il ajoute que les décisions à cet effet avaient déjà été prises par les commissions scolaires et que le ministre n'a fait que les approuver, comme le lui permet la loi.












Financement public d'écoles privées confessionnelles

Incompréhensible!

André Pratte
La Presse lundi 17 janvier 2005

La décision du gouvernement Charest de porter les subventions versées à certaines écoles privées juives au niveau du financement des écoles publiques laisse pantois. Elle est incompréhensible; d'ailleurs, le ministre de l'Éducation, Pierre Reid, n'arrive pas à l'expliquer.

Cela part d'une excellente intention: créer des liens entre les enseignants et les élèves des écoles privées juives et ceux des écoles publiques. La mise sur pied de divers projets conjoints favoriserait une meilleure connaissance et une meilleure compréhension entre les deux milieux.

Cela aurait pu se faire par des initiatives spécifiques, que Québec aurait financées au cas par cas. Le gouvernement a plutôt choisi de satisfaire une vieille demande de l'Association des écoles juives. Il accorde aux écoles qui concluront une entente en ce sens avec une commission scolaire le statut d'" écoles associées ", ce qui leur donnera droit au même montant par élève que les écoles publiques. Si les 15 écoles membres de l'Association signaient une telle entente, leur niveau de financement passerait de 21,3 millions actuellement à 30,3 millions, les commissions scolaires impliquées se partageant un million pour la mise en oeuvre du projet.

En procédant de cette façon, le gouvernement a choisi la pire voie possible pour atteindre ses fins. Comment ne s'en est-on pas aperçu à Québec? Une telle décision allait nécessairement réveiller trois controverses, et un vieux démon. Un: la controverse relativement au financement de l'école privée. Deux: la controverse sur le financement des écoles ethniques. Trois: la controverse sur la place de la religion dans les établissements scolaires financés par l'État.

Et quelle communauté le gouvernement Charest a-t-il choisi de plonger au coeur de ces controverses, sans prendre quelque précaution que ce soit? La communauté juive, avec laquelle, comme le rappelait samedi Gérard Bouchard dans nos pages, «les Franco-Québécois ont entretenu un rapport parfois difficile dans le passé».

En de telles matières, il faut procéder prudemment. Il faut tâter le terrain, préparer l'opinion publique, s'assurer qu'on emploie les outils appropriés à une opération aussi délicate. Le gouvernement Charest n'a rien fait de cela. Le ministre Reid a annoncé la nouvelle le 7 décembre, lors de l'inauguration de la nouvelle bibliothèque de l'école Talmud Torah Unis, qui remplace celle incendiée par deux jeunes hommes le printemps dernier. Le ministère n'a pas émis de communiqué, et la chose est passée inaperçue. Était-ce ce qu'espérait le gouvernement? Pourtant, il était inévitable qu'une affaire aussi controversée vienne aux oreilles des journalistes. Le Devoir a dévoilé le tout en manchette la semaine dernière. Et les trois controverses ont éclaté, comme c'était prévisible. Le vieux démon, lui, souffle sur la braise.

M. Reid a lié sa décision à l'incendie de la bibliothèque. On comprend mal le rapport. Bien sûr, cet acte criminel confirme la nécessité de rapports plus étroits entre la communauté juive et les autres groupes de la société québécoise. Mais il n'explique en rien pourquoi le gouvernement a décidé de procéder comme il l'a fait. Est-ce à dire qu'une école privée souhaitant obtenir un financement accru devrait mettre le feu à sa bibliothèque?

Le gouvernement assure que les écoles et les commissions scolaires devront rendre compte des activités interculturelles entreprises grâce au nouveau financement. Comment déterminera-t-on si la valeur de ces activités atteint bel et bien 10 millions? Combien de journées pédagogiques et de classes neige conjointes faut-il pour qu'on arrive à dépenser une telle somme? Chose certaine, une fois que les écoles privées auront obtenu le statut d'écoles associées, quelle que soit l'évaluation qu'il fait de la valeur des projets mis sur pied, le gouvernement aura bien du mal à leur retirer leurs subventions.

Le pire, c'est que cette histoire ne cessera pas de resurgir. Quand il manquera d'argent dans les commissions scolaires, que pensez-vous qu'on entendra? «Si le gouvernement n'avait pas versé 10 millions aux écoles juives...» Comme projet de rapprochement interculturel, on aura rarement vu pire.





Financement public d'écoles privées confessionnelles

Décision impardonnable

Brigitte Breton
Le Soleil samedi 15 janvier 2005

Le gouvernement Charest et son ministre de l'Éducation, Pierre Reid, ne pèchent pas par cohérence et par vision. Comment peut-on décider de subventionner des écoles privées à 100 % lorsque les fonds manquent pour le réseau public d'enseignement et d'autres services publics?

Comment peut-on aussi, sans débat, financer davantage une école religieuse lorsque le Québec chemine progressivement vers la laïcisation de ses institutions scolaires et que la province doit décider d'ici l'été si elle recourra à nouveau à des clauses dérogatoires pour permettre l'enseignement religieux catholique ou protestant dans ses écoles publiques?

Les réponses fournies par le ministre de l'Éducation sont insatisfaisantes. Elles révèlent une indifférence à l'égard des acteurs des milieux scolaires publics et privés, et aussi, le peu de souci des décisions prises et que doit prendre l'Assemblée nationale.

Pierre Reid a été bouleversé par l'incendie criminel à l'école Talmud Torah Unis, une école juive de Montréal. Dans un souci de favoriser «l'apprentissage interculturel», le ministre a donc rehaussé de 40 % les subventions versées aux écoles privées juives. Environ 10 millions $ seront puisés dans les fonds publics à cet effet.

L'incendie, bien sûr déplorable et inacceptable dans un Québec que l'on souhaite pluraliste, n'est qu'une excuse. La communauté juive tente depuis 10 ans d'obtenir plus de financement. Le triste événement à l'école Talmud Torah ne sert qu'à justifier une décision politique et à remplir une promesse faite par les libéraux en 1994. Qui peut vraiment croire qu'il faille accorder un statut d'école associé