
2004 a été une bonne année pour les souverainistes, soutient Gérald Larose
Alec Castonguay
Le Devoir mercredi 29 décembre 2004
Le président du Conseil de la souveraineté, Gérald Larose, a dit estimer hier que l'année 2004 a été «très positive», voyant «le projet souverainiste s'ancrer et s'enraciner encore davantage dans la population», a-t-il déclaré à l'heure des bilans de fin d'année. Porté par cet élan, le Conseil de la souveraineté entend d'ailleurs passer à la vitesse supérieure en 2005 avec la mise en oeuvre d'un plan d'action bien précis.
Ce plan sera dévoilé au début de l'année 2005 mais, déjà, quelques informations ont filtré hier. Ainsi, le Conseil de la souveraineté entend «mettre l'accent en dehors de la famille souverainiste en développant des argumentaires ciblés vers le grand public dans plusieurs domaines», a affirmé Gérald Larose. Les communautés culturelles seront dans la mire alors qu'une campagne de publicité, que M. Larose préfère appeler «signature visuelle», n'est pas exclue.
Même si le président du Conseil de la souveraineté juge qu'il n'aura jamais les moyens de ses ambitions, une campagne de financement doit être mise en place en 2005. À l'heure actuelle, l'organisme sans but lucratif formé pour canaliser les énergies du mouvement souverainiste fonctionne avec environ 10 000 $ par mois.
Bilan positif
Selon Gérald Larose, qui a fait hier le bilan de l'année dans le domaine de la souveraineté du Québec, 2004 a été «une très bonne année, très positive». Il en veut pour preuve l'élection de 54 députés bloquistes à Ottawa et des sondages qui montrent un appui à la souveraineté atteignant les 49 %.
La «saison des idées» au Parti québécois et le militantisme actif de l'Union des forces progressistes (UFP) et du SPQ libre sont également de bonnes nouvelles, soutient Gérald Larose. Selon lui, le nouveau parti politique de gauche Option citoyenne, fondé par Françoise David et son équipe, ne pourra que rejoindre le mouvement souverainiste au cours de la prochaine année. Pour l'instant, Option citoyenne n'a pas pris position et a repoussé le débat dans ses rangs à l'automne de 2005.
Gérald Larose pense que ces tergiversations sont le résultat «d'une certaine culture dans le communautaire» mais que les militants de ce parti se rendront bien vite à l'évidence. «Il est évident qu'ils ne peuvent pas réaliser leur projet progressiste sans la souveraineté du Québec, a-t-il soutenu. S'ils veulent être fidèles à leurs idéaux, c'est une nécessité, ils ont besoin de tous les leviers et de tous les pouvoirs économiques possibles.»
Le rapport alarmant sur la souveraineté et les jeunes rédigé par trois jeunes députés péquistes baptisés «les Trois Mousquetaires» n'a pas jeté d'ombre sur le tableau, croit Gérald Larose. Ce rapport démontrait que les jeunes ne mettent plus la souveraineté en tête de leurs priorités pour le Québec, classant l'environnement et les progrès sociaux bien avant.
«Je trouve ce rapport extrêmement intéressant parce que la souveraineté et les progrès sociaux sont extrêmement liés, a-t-il dit. Vouloir ces progrès est une condition essentielle au succès du projet souverainiste. On ne fait pas l'indépendance pour être Canadiens ou Américains mais pour être Québécois. La souveraineté doit donc nous ressembler. Ce rapport n'est pas une ombre mais bien une pulsion d'énergie extraordinaire.» Gérald Larose avoue toutefois qu'il ne faut plus tenir les jeunes comme une clientèle acquise à la souveraineté et que des efforts devront être déployés pour les convaincre de la pertinence du projet.
Le président du Conseil de la souveraineté a réservé ses mots les plus durs au gouvernement fédéral et plus particulièrement au Parti libéral du Canada, accusant ses acteurs de s'être transformés «tour à tour en tricheurs, en voleurs, en menteurs et en corrupteurs», notamment dans le dossier du scandale des commandites. «Le gouvernement libéral a eu sa première punition en juin en formant un gouvernement minoritaire, j'espère qu'il aura la peine capitale la prochaine fois», a-t-il lancé.
Selon Gérald Larose, le projet souverainiste continuera de se développer et de se raffiner en 2005. Il prédit que «la gouvernance provincialiste montrera ses limites», faisant mousser d'autant les appuis à la souveraineté, a-t-il affirmé.

Rêveurs impuissants
Jean-François Cloutier
Le Devoir mardi 4 janvier 2005
Lettres: Dans l'édition du samedi et du dimanche du Devoir des 18 et 19 décembre dernier, Gil Courtemanche nous fait part de sa fatigue au sujet du débat qui polarise depuis des décennies les Québécois entre tenants de l'option souverainiste et tenants de l'option fédéraliste.
Souverainiste moi-même, je ne cacherai pas que cette fatigue, je la ressens autant que lui. Ce qui ne veut pas dire que, comme lui, je crois -- avec une singulière naïveté -- qu'il soit possible ni même souhaitable de passer maintenant à autre chose, dans la mesure où la question n'a pas encore été réglée. Vouloir passer à autre chose chez les Français épuisés en 1917, ç'aurait signifié capituler devant l'ennemi; de même, vouloir passer à autre chose en 2004 au Québec, parce que nous serions fatigués, cela ne signifierait rien d'autre que d'accepter la logique fédéraliste, avec toutes les limitations en vue d'éventuels autres projets que cela comporte.
En effet, d'un strict point de vue technique, il faut bien reconnaître qu'un parti de gauche qui se ferait élire au Québec en négligeant la question nationale non réglée (car c'est de cela, si j'ai bien compris, que M. Courtemanche rêve) constaterait bien vite son émasculation dans le cadre provincial et l'impossibilité virtuelle d'appliquer aucune de ses grandes politiques. L'argent, de même que les compétences importantes, se retrouvent aujourd'hui, ou se retrouveront dans quelques années, entièrement à Ottawa -- où le Québec, faut-il le rappeler, a de moins en moins de pouvoir et où, c'est une réalité, les politiques établies tendent à être toujours plus à droite que celles établies à Québec (c'est ce qu'un Gil Courtemanche, occupé à gloser sur des réalités toujours internationales, ne semble pas voir). Ah ! puissé-je, en tant que souverainiste conservateur, avoir la chance d'argumenter parfois avec des tenants de la gauche radicale un peu plus pragmatiques, capables d'aller un peu au-delà de leurs grands principes pour nous dire comment, dans les faits, ils comptent parvenir à leurs fins !

Zapatero rejette le plan séparatiste basque
Diane Cambon
Le Figaro mercredi 5 janvier 2005
Le projet de «libre association» jugé contraire à la Constitution
Madrid : Le plan basque de «libre association» avec l'Espagne est «une proposition sans avenir, qui ne respecte pas les principes essentiels de la Constitution», a déclaré le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero.
Tout en maintenant une volonté de dialogue, le dirigeant socialiste a ainsi rejeté lundi avec une grande fermeté le projet séparatiste approuvé le 30 décembre par le Parlement régional de Vitoria. Ce plan - appelé Ibarretxe, du nom de son initiateur, le président du gouvernement basque, le nationaliste modéré Juan José Ibarretxe - a été adopté à la surprise générale, grâce aux votes de trois députés radicaux de Sozialista Abertsaleak (SA, ancien Batasuna), considéré comme la vitrine politique de ETA.
Présenté en octobre 2003, le plan entend donner au Pays basque davantage de prérogatives en matière de fiscalité, justice et dans le domaine social. Il propose la création d'une nationalité basque. Considéré à Madrid comme un plan de rupture avec le gouvernement central, permettant à terme de rendre cette région d'Espagne indépendante, ce projet a peu de chance de voir le jour, tant sur le plan juridique que politique.
Le premier ministre espagnol, qui a opté pour le dialogue, a donné son feu vert pour que le texte soit examiné au Parlement, à Madrid, où son rejet ne fait aucun doute. Les socialistes au pouvoir et le Parti populaire (PP, conservateur), les deux plus grands partis politiques, ont annoncé qu'ils voteront contre. Zapatero a prévu de rencontrer, d'ici au 10 janvier, Juan José Ibarretxe pour le dissuader de mener à bien son projet.
Cette stratégie du dialogue a suscité le courroux des conservateurs, qui, lorsqu'ils étaient au pouvoir sous José Maria Aznar, ont refusé d'aborder le sujet avec les nationalistes basques. Pour le nouveau chef du PP, Mariano Rajoy, le plan Ibarretxe est le «plus grand défi lancé à la démocratie espagnole depuis 1978», année de l'adoption de sa Constitution actuelle. L'opposition a demandé au gouvernement de saisir le Tribunal constitutionnel pour qu'il invalide le plan.
Le chef du gouvernement régional basque n'en démord pas. Juan José Ibarretxe s'en est pris hier à la Chambre des députés, affirmant : «Jamais le Parlement espagnol ne se substituera à la volonté de la société basque.» M. Ibarrexte a réitéré son intention de soumettre le plan à un référendum régional, qu'il soit ou non adopté au Parlement espagnol. L'organisation d'une telle consultation sans l'approbation des Cortes serait sans précédent et contraire à la Constitution. Le ministre des Administrations publiques, Jorge Sevilla, a prévenu que le gouvernement saisirait le Tribunal constitutionnel pour l'empêcher.
Pour contourner ces obstacles légaux, Ibarretxe recherche une légitimité politique. Pour les nationalistes modérés, le véritable verdict quant à la viabilité de leur plan de libre association tombera en mai prochain, lors des élections régionales. S'ils obtiennent la majorité absolue lors de ce scrutin, les nationalistes du PNV auront davantage les coudées franches pour mener à bien leur plan souverainiste. Seuls les socialistes, véritables adversaires de poids aux législatives basques, peuvent faire en sorte que ces élections ne soient pas un plébiscite en faveur du plan Ibarretxe.

Gilles Duceppe entreprend sa troisième tournée
du "reste du Canada"
PC 10 janvier 2005
OTTAWA (PC) - Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, reprend le bâton de pèlerin et entreprend une troisième tournée panCanadienne à compter de ce lundi.
Comme par le passé, M. Duceppe s'est donné pour mission d'expliquer le point de vue du Québec et plus particulièrement des souverainistes à ceux qu'il appelle "Nos amis du Canada".
Selon M. Duceppe, ces rencontres ne peuvent pas nuire puisqu'elles permettent de démystifier le mouvement souverainiste. "Je ne suis pas là pour gagner des votes mais pour qu'on s'explique franchement. Nous ne sommes pas des Martiens. Nous ne mangeons pas des bébés pour déjeuner, nous les souverainistes. Tassons cela et discutons des vraies choses", a-t-il déclaré au cours d'une entrevue à NTR.
Le chef bloquiste entend également discuter de dossiers faisant appel à la solidarité interprovinciale, notamment le déséquilibre fiscal et l'utilisation des surplus de la caisse d'assurance-emploi.
M. Duceppe fait valoir que le moment est propice pour établir un rapport de force puisque le gouvernement Martin, minoritaire, devra tenir compte de leurs représentations à l'approche du budget fédéral, attendu en février. "Il faut établir le rapport de force avant le budget. Je vais situer un certain nombre de priorités. Certaines devront se retrouver dans le budget. M. Martin n'aura pas le choix de faire des compromis", a-t-il affirmé.
Ses déplacements l'amèneront dans les provinces de l'Ouest durant la première semaine de tournée. Plusieurs rencontres sont prévues avec des représentants des communautés francophones du Manitoba, de la Saskatchewan et de l'Alberta.
Le chef bloquiste rencontrera également des étudiants et gens d'affaires au cours de ce séjour qui se conclura par une rencontre avec l'Institut Fraser, un groupe de réflexion de droite de Vancouver avec lequel M. Duceppe dit apprécier les débats musclés en autant qu'ils soient dénués de dogmatisme.
Il précise que, depuis sa performance au débat anglais lors de la dernière campagne électorale, les Canadiens anglais se montrent beaucoup plus ouverts à son endroit et que l'accueil est beaucoup plus chaleureux qu'autrefois.
La semaine suivante, Gilles Duceppe visitera les provinces atlantiques et se rendra par la suite au Nunavut.

Duceppe promet de ne pas oublier les francophones hors Québec
PC Le Soleil mercredi 12 janvier 2005
PC Regina - Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a promis hier aux francophones du reste du Canada que ceux-ci ne seraient pas oubliés d'un Québec indépendant.
De passage à Regina, M. Duceppe, qui poursuit sa tournée de l'ouest du pays, a dit envisager la création d'un forum de concertation voué au développement de la francophonie d'Amérique, dont les modalités de représentation et de fonctionnement seraient négociées entre le Québec et les communautés francophones et acadienne.
S'adressant aux membres de la communauté fransaskoise de Regina, il a réitéré la volonté d'un Québec souverain de proposer un mécanisme de réciprocité au Canada, de façon à ce que chacun puisse vérifier le respect des droits des minorités francophones au Canada et anglophone au Québec.
Après avoir visité une école francophone en matinée, le leader bloquiste devait prendre la parole devant des membres de la communauté d'affaires et des étudiants de l'Université de Regina.
En présence d'un groupe de professeurs et d'étudiants, il a exhorté le premier ministre Paul Martin à présenter "un budget d'écoute" et à ne pas "poser des gestes qui nous replongeraient dans des élections hâtives sans raisons valables". Sinon, a-t-il poursuivi, "qu'il sache qu'il devra en payer le prix politiquement".
"Dans un contexte de gouvernement minoritaire, le budget doit refléter non seulement la volonté de son gouvernement, mais aussi celle des partis d'opposition et de la population. Ce sera le véritable test de Paul Martin."
Revenant sur le déséquilibre fiscal, qui selon lui affecte la capacité du Québec autant que celle de la Saskatchewan et des autres provinces à investir dans des domaines cruciaux pour leur avenir, il a réclamé que Paul Martin s'y attaque dès le prochain budget fédéral.
M. Duceppe devait se rendre à Edmonton aujourd'hui.

The Duceppe road show
Josée Legault
The Montréal Gazette January 14, 2005 Friday
The Canadian tour is a rite of passage for sovereignist leaders, but Gilles Duceppe has additional reasons for raising his profile
Gilles Duceppe is a hard worker. There hasn't been a sighting of Bernard Landry yet, but the Bloc Quebecois leader has already wrapped up a five-day tour of Western Canada.
Duceppe likes to travel while he works. This week, he spoke in Winnipeg, Regina, Edmonton, Calgary and Vancouver. Last fall, he spoke in Toronto and will be touring Atlantic provinces and Europe in the next few months.
His message to "his friends from Canada" is constant: Sovereignty will come with a partnership and, in the meantime, such "common battles" as fiscal imbalance can be waged together against Ottawa.
Manitobans must have been tinkled pink to hear this sovereignist leader volunteer advice on how to improve Canada by joining Quebec in its fight for federal funds: "I would urge Manitobans and Premier Gary Doer to do the same." Go figure.
The reception he was given was always "polite." No surprise there. Western Canadians are no less polite than Ontarians when facing a sovereignist leader at a time when no referendum is in sight and the Parti Quebecois happens to be in disarray.
Duceppe likes to take care of his image while he travels. Still riding the wave of his electoral success, his travels serve to heighten his visibility and credibility with his voters in Quebec.
Duceppe is seen as a possible successor to Landry. His new star quality is partly due to the fallout from the sponsorship scandal. But it's also the result of what those who know him well call his amazing discipline and taste for hard work.
Whether or not he goes to the PQ, Duceppe's visibility will help to solidify his position, be it in Ottawa or Quebec City.
Duceppe likes to make sure his image is distinct from that of the PQ's older guard. He has a political persona that rests on a greater openness to cultural communities, to the rest of Canada and to the world at large.
This appearance of "openness" is a ritual each new sovereignist leader goes through once. People forget that the previous one did the same thing. It's a kind of test of "modernity" exclusively imposed on them. Just ask Landry, Jacques Parizeau, Rene Levesque or Lucien Bouchard.
Speaking of leaders, the one question about Duceppe is: Will he or won't he jump to the PQ when Landry departs? Until recently, Duceppe remained very interested. Rumour was he had struck a deal with Landry: He'd support the PQ leader until he leaves. Then, and only then, he'd voice his interest to succeed him.
For a number of reasons, Duceppe seems to have changed his mind. First, his leaving Ottawa would trigger two leadership campaigns at once - one at the Bloc and one at the PQ. That would leave the Bloc vulnerable to a possible election call by Paul Martin.
Second, Duceppe knows that leading the PQ requires the kind of political culture the Bloc simply doesn't have. Even the charismatic Bouchard found out the PQ is more difficult to control, more prone to intense, divisive debates given its raison d'etre to form a government to attain sovereignty. That's a tall order the Bloc doesn't have to worry about.
Third, life is pretty good at the Bloc. If Duceppe stays, chances are his party will do well again in the next election. It has 54 MPs, each with a base salary of $140,000, 350 paid employees and nearly $3 million thanks to new federal rules on party financing. The irony is that of the two sister parties, the Bloc is the well-off, united and stable one.
Which brings up the final, ultimate reason why Duceppe might stay put: Any future PQ leader would have major reconstruction work to do. Being in the red and having what inside sources say could be as few as 35,000 paying members, whoever succeeds Landry will face a gargantuan political and organizational challenge, just as Parizeau did when he took over in 1988.
Even Parizeau took six years to rebuild a party that was in as poor a state as it is now.
But the situation at the PQ is also volatile. Will the unpopular Landry resign before his confidence vote next June? If he stays, will he survive the vote? Even if he does, will he be putsched out before the next election? Will the PQ's new vice-president - also to be elected in June - support or fight him?
The only certainty is that there's no natural successor out there. Be it Francois Legault, Pauline Marois, Joseph Facal, Andre Boisclair, Paul Begin, Duceppe, some younger, ambitious Bloc MPs actively preparing their own candidacy, or even a surprise contender, it's still anybody's game to win.
So, with good reason, Duceppe might say no now. But when the real moment to decide comes, who knows?

BLOC QUÉBÉCOIS
Duceppe se prépare pour des élections
Cyberpresse jeudi 27 janvier 2005
Le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a dit à la fin de la réunion de son caucus que le Bloc commence déjà à se préparer en cas de déclenchement d'élections fédérales.
Le chef du Bloc a lancé un avertissement à peine voilé au premier ministre Martin pendant son point de presse: s'il va contre la volonté de la Chambre des communes, le gouvernement tombera. «On ne peut pas écarter la possibilité de se trouver en élection rapidement, a-t-il lancé. On ne peut prendre pour acquis que le gouvernement Martin agira de façon responsable.»
M. Duceppe a déclaré avoir donné l'ordre à ses troupes de se préparer, et que les comités électoraux du Bloc seront formés d'ici la mi-février.
Le chef bloquiste a estimé que sa tournée pancanadienne lui a permis de constater un consensus national sur la question du déséquilibre fiscal et dans le dossier des surplus de la caisse d'assurance emploi. Il a alors invité le gouvernement à corriger les lacunes dans son prochain budget.

Vote de l'argent: Landry donne raison à Parizeau
Rollande Parent, PC
Le Devoir vendredi 28 janvier 2005
À la lumière des révélations de l'enquête Gomery sur les commandites, Jacques Parizeau avait bien raison d'attribuer en partie au poids de l'argent la victoire du NON au référendum de 1995, a fait valoir hier le chef de l'opposition, Bernard Landry.
«On avait vu la grande fête du Canada, la manifestation, les avions payés. On ne savait pas encore exactement d'où venait le fric mais on s'en doutait. À ce point de vue là, ce que Parizeau a dit était tout à fait correct quand il a parlé de l'argent», a commenté M. Landry, à l'issue d'un discours prononcé devant un groupe d'étudiants.
Le premier ministre Parizeau avait soulevé une énorme controverse, le soir du référendum, quand il avait expliqué aux partisans défaits que l'argent et le vote ethnique expliquaient le résultat négatif. Peu après, sous la pression, il avait dû démissionner.
Le travail de la vérificatrice et celui mené par l'enquête Gomery jettent un jour nouveau sur la tournure des événements qui remontent maintenant à dix ans, affirme M. Landry.
«La vérificatrice générale nous a rendu un grand service, elle nous a ouvert les yeux. C'est pour ça que, pour la prochaine fois [au prochain référendum], aucune naïveté ne sera acceptable», a-t-il ajouté.
À ce jour, M. Landry estime que le camp du NON, dont le vice-président n'était nul autre que Jean Charest, a disposé de dix fois plus d'argent que celui du OUI. «MM. Charest et Chrétien devraient regarder ça avec un oeil extrêmement critique par rapport à la légitimité. Ils ont eu des moyens disproportionnés et ils ont gagné de justesse dans l'ensemble du Québec. Ce qui rend le résultat [du référendum de 1995] suspect», a asséné M. Landry.
Compte tenu de cette situation, le chef de l'opposition s'est dit scandalisé par la demande toute récente de l'ancien premier ministre Chrétien d'obtenir la récusation du juge John Gomery.
«Pour l'instant, rien ne justifie qu'on demande la récusation du juge. On n'est pas dans un procès pénal, mais dans une enquête où l'on voit un homme qui veut aller au fond des choses avec une équipe de gens décidés à aller au fond des choses», a plaidé M. Landry.
Parce que M. Landry ne croit pas du tout les témoins qui sont venus plaider l'ignorance quant au programme des commandites.
«J'ai été au gouvernement assez longtemps pour savoir que les dépenses de cet ordre, orientées avec une telle régularité vers les mêmes récepteurs, ne peuvent pas ne pas attirer l'attention quand ça dure des années», a-t-il fait valoir.

Fête nationale au Québec - Une réduction de budget dénoncée
Rollande Parent
Presse Canadienne vendredi 28 janvier 2005
Montréal - Les organisateurs de la Fête nationale au Québec dénoncent la réduction de la subvention qu'envisagerait le gouvernement du Québec et qui serait encore plus marquée que celle de l'an dernier.
Au point où le chanteur Paul Piché se demande si le premier ministre Charest ne devrait pas voir à ce que le premier ministre Martin divertisse une partie des sommes consacrées à la fête du Canada au Québec au profit de la Fête nationale des Québécois.
Selon la direction du Mouvement national des Québécois, qui distribue les subventions pour la tenue de 800 fêtes locales, d'une vingtaine de fêtes régionales en plus des fêtes nationales de Québec et de l'Outaouais, l'aide gouvernementale de 3 millions $ reçue en 2004 pourrait bien être réduite d'au moins 18 pour cent cette année.
Le cas échéant, certaines fêtes locales seront mises en péril, a averti vendredi la présidente du MNQ, Chantale Turcot.
Pour sa part, la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal (SSJB-M) dispose d'une aide spéciale distincte pour l'organisation du défilé de Montréal et du grand spectacle du Parc Maisonneuve. Là aussi, le président Jean Dorion craint d'avoir à tenir des fêtes ratatinées surtout, a-t-il dit, que les sommes recueillies par le biais des commandites augmenteront cette année «mais pas en proportion des pertes que nous subissons du côté des subventions».
M. Dorion n'a pas voulu préciser la montant des commandites.
Pour le spectacle du parc Maisonneuve à Montréal et le défilé, la subvention annuelle totalisait l'an dernier 750 000 $, un recul par rapport à l'année précédente qui avait forcé l'abandon du défilé traditionnel et son remplacement par une marche populaire dans le Vieux-Montréal.
Cette année, un contrat liant la SSJB-Montréal et le gouvernement prévoyait une majoration de six pour cent de ce montant. A la lumière de discussions avec des fonctionnaires, M. Dorion a compris qu'il n'allait pas obtenir la majoration prévue.
«Nous craignons pour l'existence même d'une fête nationale digne de ce nom à Montréal», a déclaré M. Dorion entouré d'artistes et fort de l'appui des grandes centrales syndicales.
«Une mobilisation s'impose. Nous en appelons à la communauté artistique et à la population en général afin que le gouvernement accorde des sommes décentes à cette célébration», a plaidé le comédien et metteur en scène René-Richard Cyr.
«Ne plus financer les fêtes est une façon de nous dire: «Taisez-vous» «, a lancé l'historien et homme de théâtre, Jean-Claude Germain.
Pour sa part, le chanteur Paul Piché a fait la suggestion suivante: «Peut-être pourrait-on demander à M. Charest de parler à M. Martin pour avoir une partie du budget de la fête du Canada qui me semble un peu dépensé inutilement», a-t-il dit. Les organisateurs de la Fête du Canada disposaient l'an dernier d'un budget de 5 millions $, ce qui constituait 70 pour cent du budget total canadien, selon Mme Turcot du MNQ.
«Je pense que la Fête du Canada représente peu de choses pour beaucoup de gens au Québec alors que la Fête du Québec rallie à près tout le monde», a ajouté M. Dorion.

Jacques Parizeau écorche le Parti Québécois
LCN 30/01/2005
(PC) - L'ancien premier ministre du Québec, Jacques Parizeau, semble en avoir marre des débats entourant le leadership au sein du Parti québécois.
En entrevue, au cours de l'émission Larocque-Auger, diffusée dimanche sur les ondes de TVA, M. Parizeau a estimé que la situation actuelle au sein du PQ «empêche le parti de jouer son rôle» sur la scène politique québécoise.
«Il faut que le parti réagisse! Il a tout ce qu'il faut», a-t-il déclaré tout en refusant de se prononcer sur la direction personnelle du chef actuel du parti, Bernard Landry. «Je veux intervenir au chapitre des idées, mais pas sur celui des personnes.»
S'il refuse de porter un jugement public sur le vote de confiance envers M. Landry, en juin, c'est parce, a-t-il dit, il ne voulait pas jouer «le rôle de belle-mère».
Toutefois, il trouve «désolant» que le Parti québécois n'a pas mieux profité des déboires du gouvernement Charest. Il semble particulièrement insatisfait des interventions de l'opposition officielle dans les dossiers de la suppression de 103 millions de dollars dans les programmes de prêts et bourses aux étudiants, de la localisation du CHUM et du financement des écoles privées juives.
Par ailleurs, M. Parizeau a reconnu qu'il avait fait une erreur en quittant son poste de premier ministre au lendemain de la défaite du camp souverainiste au référendum de 1995, compte tenu «de ce qui est survenu après». Le chef du PQ avait démissionné après le tollé soulevé par sa déclaration accusant les ethnies et l'argent d'avoir été les responsables de la défaite du Oui.
Les commentaires de Jacques Parizeau ont paru irriter Bernard Landry, qui a défendu avec vigueur l'attitude de son parti envers les libéraux. Il a aussi rappelé, non sans sarcasme, que M. Parizeau s'était déjà plaint de ne pas recevoir suffisamment d'attention lorsqu'il était premier ministre.

Pendant ce temps, au PQ...
Michel David
Le Devoir samedi 29 janvier 2005
Règle générale, les périodes d'ajournement des travaux de l'Assemblée nationale sont passablement frustrantes pour les partis d'opposition, qui se voient ainsi privés de leur principale vitrine, tandis que le gouvernement peut multiplier les annonces à loisir.
Ces temps-ci, personne ne s'en plaint au PQ, où on est tout disposé à abandonner la patinoire au gouvernement Charest s'il veut l'utiliser pour se casser la figure. Depuis le début de l'année, il n'a ménagé aucun effort pour y parvenir. Le premier ministre donnant lui-même l'exemple, chacun semble vouloir y mettre du sien.
Il faut reconnaître que la course au championnat de la gaffe entre Jacques Chagnon et Pierre Reid devient franchement palpitante. Le ministre de la Sécurité publique vient encore de démontrer qu'il ne fallait pas le tenir pour battu en nommant une flopée d'amis du PLQ à des postes de commissaire aux libérations conditionnelles sans se soucier le moindrement de leurs qualifications, précisément au moment où un livre-choc vient mettre en lumière les conséquences particulièrement graves que peuvent avoir les nominations partisanes dans ce domaine.
Quand la société tout entière s'indigne, l'opposition n'a pas intérêt à verser dans la surenchère. Dans l'affaire des subventions aux écoles privées juives, Bernard Landry a eu l'heureux réflexe de ne pas jeter d'huile sur le feu. Pauline Marois a bien réclamé la démission du ministre de l'Éducation, mais c'était pour l'ensemble de son oeuvre.
L'automne dernier, l'entourage de M. Landry se plaignait avec une constance frisant la paranoïa de l'intérêt des médias pour les chicanes au PQ et la contestation du leadership de son chef. À l'entendre, tout le monde voulait sa peau.
Voilà maintenant des semaines que plus personne ne parle du congrès de juin prochain et du vote de confiance auquel M. Landry devra se soumettre. La dernière fois qu'on y a fait allusion, c'était pour évoquer la lune de miel entre M. Landry et Gilles Duceppe en République dominicaine.
***
Pour la première fois depuis des lustres, un conseil national du PQ s'annonce relativement tranquille. Il est vrai qu'il reste encore deux semaines avant le rendez-vous de Trois-Rivières. Pour un parti aussi imaginatif, cela laisse amplement de temps pour scénariser un nouveau psychodrame, mais il demeure qu'un certain calme semble s'installer.
Les malheurs du gouvernement Charest n'y sont évidemment pas étrangers. En décembre dernier, un sondage Léger Marketing laissait entrevoir des jours difficiles au PQ si M. Landry demeurait chef. Face à Jean Charest, tous les aspirants à sa succession auraient fait mieux que lui. Avant même l'affaire des écoles privées juives, les sondages internes du PQ, généralement fiables, lui accordaient dix points d'avance. Dans ce nouveau contexte, la question du leadership se pose évidemment avec moins d'acuité.
À Trois-Rivières, il faut s'attendre à ce que M. Landry insiste longuement sur la turpitude des libéraux plutôt que de s'engager à nouveau sur le terrain marécageux de l'échéancier référendaire, comme il l'avait si maladroitement fait à Sherbrooke en octobre dernier.
Au moment où les assemblées pour le choix des délégués au congrès de juin se multiplient dans les comtés - il y en aura 23 en fin de semaine -, M. Landry a reçu un appui de taille dans ce débat. Dans le dernier numéro du journal Le Québécois, Jacques Parizeau invite les militants péquistes à un pragmatisme dans des termes que M. Landry lui-même n'aurait jamais osé utiliser.
«On met décidément trop l'accent sur la date du référendum, écrit M. Parizeau. Logiquement, il devrait être appelé quand les souverainistes auront repris le pouvoir, seront prêts, et que le moment sera propice.» Même Lucien Bouchard aurait pu dire cela sans hésiter.
Tout indique qu'au congrès de juin, le débat se soldera par un compromis prévoyant la tenue d'un référendum «le plus tôt possible dans le prochain mandat», ce qui pourrait satisfaire ceux qui craignent de voir le référendum reporté aux calendes grecques tout en laissant une porte de sortie à M. Landry s'il en arrivait à la conclusion que la partie n'est pas jouable.
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Tout cela a renforcé chez lui le sentiment qu'un appui satisfaisant au congrès de juin, disons 80 % des délégués, est à sa portée. Celui qui serait son plus dangereux rival, Gilles Duceppe, peu pressé de quitter Ottawa, est actuellement son plus fervent partisan. François Legault n'a pas intérêt à provoquer une course qu'il perdrait contre le chef du Bloc et, à elle seule, Pauline Marois n'est pas en mesure de renverser M. Landry.
Le ralliement de Guy Chevrette, qui est son candidat à la première vice-présidence, constitue aussi un précieux atout dans la préparation du congrès, même s'il peut difficilement prétendre incarner la relève.
D'ici là, M. Landry est néanmoins condamné à la tolérance envers les trublions et les ambitieux. Dans la mesure du possible, il devra également éviter les débats susceptibles de créer des tensions inutiles au sein du parti et du caucus. Ceux qui aiment réfléchir à voix haute devraient profiter des quelques mois qu'il leur reste. En effet, une fois le congrès derrière lui, M. Landry ne tardera pas à siffler la fin de la récréation.
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Rectificatif
Dans ma chronique de jeudi, j'ai écrit que Denis Paradis avait été battu aux dernières élections fédérales. C'était évidemment une erreur. J'aurais dû écrire que le Bloc québécois a obtenu plus de voix que les libéraux dans la partie du comté fédéral de Brome-Missisquoi qui recoupe celui d'Orford au niveau provincial, représenté par le ministre de l'Éducation, Pierre Reid. M. Paradis a déjà assez d'avoir perdu son ministère sans qu'on lui enlève aussi son comté. Mes excuses.
mdavid@ledevoir.com

Les nationalismes britannique et français face à l'Europe et à la mondialisation
John Loughlin
Professeur titulaire dans le domaine de la politique européenne à Cardiff University, auteur de Subnational Democracy in the European Union (2004) et corédacteur de La Décentralisation dans les États de l'Union Européenne (2003)
Le Devoir lundi 31 janvier 2005
Extraits d'une présentation livrée jeudi dernier dans le cadre des conférences sur Les nationalismes majoritaires contemporains organisées par le Groupe de recherche sur les sociétés plurinationales et la Chaire de recherche du Canada en études québécoises et canadiennes, de l'Université du Québec à Montréal.
Dans son livre Nationalism : Five Paths to Modernity, Liah Greenfeld distingue cinq «voies» vers la modernité, exprimant cinq façons différentes de concevoir la «nation». La première «voie» fut celle de l'Angleterre, la deuxième celle de la France (puis celles suivies par l'Allemagne, les États-Unis et la Russie), devenues deux façons rivales de concevoir le monde, la politique, l'organisation de l'État, les rapports entre l'État et la société, la vie économique et, surtout, le rôle de la religion et ses rapports avec le système politique.
L'Angleterre devient protestante avec la Réforme du XVIe siècle et, comme le démontre l'historienne Linda Colley dans son Britons : Forging the Nation, 1707-1837, la nation anglaise se définit progressivement par son protestantisme. La fierté nationale, basée sur le fait d'être protestant, distingue l'Angleterre de sa grande rivale, la France, qui, malgré quelques minorités protestantes en son sein, reste catholique, même s'il s'agit d'un catholicisme «gallican», c'est-à-dire quasiment indépendant de Rome. Ces deux orientations religieuses vont imprégner les valeurs, les formes d'organisation politique et administrative, et les cultures propres aux deux pays.
Cette rivalité aboutit à deux façons très différentes de concevoir «nation» et «État». Pour l'Angleterre, avec sa tradition d'individualisme protestant et commerçant, et ses philosophes comme John Locke, la nation est composée d'individus, libres de toute hiérarchie politique ou ecclésiastique. En France, la nation est une abstraction d'abord incarnée par le Roi, puis, après la Révolution, par le «peuple».
En France, l'État est une entité abstraite et juridique qui existe au-dessus de la société alors qu'en Angleterre l'État n'existe pas comme tel, on parle plutôt du gouvernement ou de la Couronne. En France, l'État, comme expression de la Nation, est unitaire et indivisible (tout comme l'Église catholique) alors qu'en Angleterre le système politique se veut complexe, divers et asymétrique (tout comme le protestantisme britannique dans toute sa variété).
Les actes d'union
Le nationalisme anglais -- puis britannique -- ,d'une part, et le nationalisme français, de l'autre, vont s'exprimer de façon radicalement opposée. La nation anglaise va incorporer, par des «actes d'union», le Pays de Galles, l'Écosse et l'Irlande, pour former le Royaume-Uni. C'est l'État-union ou multinational, mais aussi un État ambigu en ce qui concerne la nation : est-ce la nation britannique, ou les nations constituantes, qui forment l'identité de ses membres ? À vrai dire, ce sont les deux à la fois. Or, les «actes d'union» masquent la domination de la «première nation», l'Angleterre.
Quant à la nation française, surtout après la Révolution, elle tentera de faire disparaître toutes les particularités provinciales, culturelles et linguistiques de la vieille France pour se présenter comme une et indivisible. C'est la vision unitaire des Jacobins, marquée par l'uniformité, la standardisation et la centralisation. Il ne peut y avoir qu'une langue, qu'un peuple, qu'une identité sans ambiguïté, en théorie du moins. En réalité, cette quête d'unité et d'uniformité masque la profonde diversité de la France, signalée par Fernand Braudel et d'autres, ainsi que la survivance des anciennes cultures, langues et identités.
Ces processus historiques d'édification nationale et étatique dans les deux cas culminent avec la création de l'État-providence correspondant aux Trente Glorieuses (1945-1975), qui marque le stade final de l'édification de l'État-nation. Avec la crise de l'État-providence des années 1970 tout commence à changer.
Les crises
La crise de l'État-providence est également une crise de l'État-nation dans ses fonctions de représentativité, d'efficacité et de livraison de services sociaux pour ses citoyens. C'est aussi une crise du système de production capitaliste basé sur le fordisme et le keynésianisme.
Les élites politiques et industrielles du monde occidental donnent deux réponses à cette crise : d'abord, la mondialisation économique, qui correspond à la réinvention des modes de production capitalistes, accompagnée par la diminution des barrières transfrontalières, mais aussi par l'adoption de l'approche que l'on appellera rétrospectivement néo-libéralisme; puis, en second lieu, mais liée à la mondialisation, la relance du processus de l'intégration européenne, avec le projet de marché unique de Jacques Delors. Finalement, la chute de l'URSS et du système soviétique bouleverse la situation géo-politique mondiale.
Ces transformations modifient profondément la situation des États-nations qui constituent encore la base du système politique. On commence à parler de l'«après État-
nation», d'une ère «post-nationale», de l'«État évidé», etc. C'est le «finisme» : la Fin de l'Histoire; la Fin du Territoire; la Fin de l'État-nation, etc.
En fait, ces visions apocalyptiques sont exagérées. L'État-nation existe encore, mais de façon transformée : la souveraineté est relativisée; les frontières sont plus perméables; le territoire est moins facilement identifiable; la domination de l'État est moins définitive; les identités des citoyens sont plus complexes. L'idéologie du nationalisme est plus imprécise.
Une réponse : la décentralisation
Quelles ont été les conséquences de ces changements pour le Royaume-Uni et la France ? Les deux pays ont été obligés de repenser et de redéfinir leur organisation politique et leur identité nationale.
D'abord, ils ont entamé des réformes de décentralisation : la France en 1982 mais relancées au cours des années 1990; le Royaume-Uni en 1998, après de nombreuses années de centralisation thatchérienne.
Pour la France, la décentralisation fut, selon François Mitterrand, une nouvelle façon d'exprimer l'unité de la République : en acceptant sa pluralité et sa diversité. Pour le nouveau Parti travailliste de Tony Blair, la dévolution est une façon de faire face aux défis des nouvelles données européennes et mondiales et de donner une nouvelle place aux nations et aux régions qui constituent le Royaume-Uni. Ces nouvelles données permettent d'envisager une solution à l'épineux problème de l'Irlande du Nord.
En second lieu, le vieux système de standardisation et d'uniformité de l'État providentiel est dépassé. Nous entrons dans une ère favorable à une politique d'asymétrie. En France, il existe aujourd'hui un «droit à l'expérimentation», prévu pour inciter les autorités locales à implanter des politiques publiques et même imaginer des formes institutionnelles particulières.
Au Royaume-Uni, on accepte qu'il puisse exister des divergences au niveau des politiques publiques et des variantes institutionnelles. L'asymétrie administrative de ce pays devient aussi une asymétrie politique avec les nouvelles institutions à géométrie variable en Écosse, au Pays de Galles et en Irlande du Nord. En Angleterre, il existe aujourd'hui trois systèmes de gouvernement local.
La notion de l'État même a changé, surtout en France. Ce n'est plus l'État régalien tout puissant, mais un État qui mobilise les acteurs de tous les niveaux pour mener à bien des projets codéterminés. Au Royaume-Uni, les rapports intergouvernementaux passent par des «concordats», c'est-à-dire par des gentlemen's agreements entre les différentes instances.
Que veut dire le mot «nationalisme» devant toutes ces transformations ? À vrai dire, l'identité nationale garde encore toute sa capacité de tenir la loyauté de ses citoyens. Cette identité se manifeste surtout au niveau des sports mais, parfois, à l'occasion de conflits armés comme la guerre des Malouines en 1982.
Les sondages démontrent que l'identité nationale est la plus forte de toutes les identités. Surtout en Angleterre (moins en Écosse ou au Pays de Galles), il existe une résistance à l'idée européenne et il est très peu probable que l'on votera oui pour entrer dans l'Eurozone. [...]
En France, ce qui change c'est l'attitude des élites qui, depuis 20 ans, cessent d'être unilingues et parlent de plus en plus anglais. Le vieux système jacobin est en train de craquer. [...] L'avenir est avec un nationalisme renouvelé et ouvert mais toujours capable de fournir les éléments d'enracinement identitaire à ses citoyens.
Le samedi 05 février 2005
Sondage CROP-LA PRESSE-INFO690
Landry en chute libre
Denis Lessard
La Presse
Québec
Mauvaises nouvelles pour Bernard Landry, qui clôture en fin de semaine les assemblées de circonscription en vue du congrès où se jouera son avenir, en juin.
Ses appuis, dans la population, mais aussi chez les sympathisants péquistes, s'effritent rapidement.
Désormais, seulement trois personnes sur 10 estiment qu'il devrait rester à la barre du Parti québécois. Et, constat plus difficile encore, il y a désormais une majorité d'électeurs péquistes qui souhaitent qu'il quitte son poste.
Ces verdicts sont ceux de la maison CROP, faits après avoir sondé 982 personnes, du 20 au 31 janvier derniers.
L'enquête réalisée pour La Presse et Info690 est précise à trois points près.
Quand on leur demande si Bernard Landry « devrait oui ou non se retirer de la direction du PQ », pas moins de 60 % répondent par l'affirmative. Ce résultat est de neuf points de pourcentage plus élevé qu'en août, moment où, pour la première fois, CROP avait posé cette question. Les autres données ne laissent rien présager de bon pour le chef péquiste. Il n'y a plus que 28 % des gens qui croient qu'il devrait conserver son poste, comparativement à 44 % en août dernier.
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Une fois les résultats répartis selon les allégeances partisanes, le sondage jette une lumière plus crue encore sur les problèmes de M. Landry. Une majorité d'électeurs péquistes (51 %) souhaite son départ, alors qu'ils étaient 40 % en août. Les péquistes qui estiment qu'il devrait rester sont ramenés à 44 %, comparativement à 52 % il y a cinq mois.
Pour Claude Gauthier, de CROP, ces scores sont inquiétants pour le chef de l'opposition au moment où le gouvernement Charest est en chute libre dans l'opinion publique.
Les problèmes de M. Landry transparaissent aussi quand on observe qu'il est de moins en moins perçu comme le chef péquiste capable de donner la victoire à son parti. En août, 19 % des gens l'estimaient capable de remporter les élections. Ils étaient 18 % en novembre; ils ne sont plus que 11 %.
François Legault a lui aussi plafonné. Alors qu'il bénéficiait de 15 % des appuis en novembre, il est descendu à 13 %. Pauline Marois monte quant à elle lentement, passant de 13 % en août à 15 % en novembre et à 18 % le mois dernier.
Mais c'est Gilles Duceppe, le chef du Bloc québécois, qui devance tout le monde. Ainsi, 28 % des électeurs croient qu'il est le chef le plus à même de mener le PQ à la victoire. Alors qu'il était quasi ex aequo avec M. Landry en août, le chef du Bloc a désormais près de trois fois plus d'appuis que lui.
Le recoupement par allégeance partisane présente un intérêt certain. Quand on isole les gens qui auraient voté pour le Parti québécois, on observe que pas moins de 34 % des électeurs croient que Gilles Duceppe serait le plus à même de gagner les élections. Cette fois, Bernard Landry arrive à égalité avec Mme Marois à 19 %, et François Legault est clairement distancé, à 12 %.
Intentions de vote
Quant aux intentions de vote, le Parti québécois piétine tandis que les libéraux piquent du nez. Bien que la défaveur du gouvernement profite normalement à l'opposition, seule l'Action démocratique marquait des points en janvier.
CROP a pu établir que le manque d'enthousiasme à l'endroit de M. Landry n'était pas lié à une mauvaise performance de l'opposition. Quand on teste la satisfaction des gens quant « au travail des députés du Parti québécois comme opposition au gouvernement », on constate qu'ils sont partagés: 44 % sont satisfaits tandis que 41 % ne le sont pas.
