
Plus que le sexe
Brigitte Breton
Le Soleil mercredi 12 octobre 2005
Éditorial - Est-ce que Pauline Marois se hisserait plus haut dans les intentions de vote si elle se prénommait Paul ? Il est tentant de dire oui et de déplorer encore une fois le traitement fait aux femmes en politique. Ce serait toutefois une réponse bien incomplète. Dans un Québec qui carbure à la jeunesse, qui méprise les vieux politiciens et qui donne au changement toutes les vertus, une Pauline Marois a forcément beaucoup à faire pour être élue chef d'un parti national et première ministre du Québec. Le sexe de la candidate n'explique pas tout.
Qu'elle joue la carte de la solidarité féminine n'est pas étonnant. À chacun ses armes. André Boisclair et Richard Legendre courtisent les jeunes. D'autres, les souverainistes purs et durs. Pauline Marois tente pour sa part d'obtenir l'adhésion des femmes. Un collectif d'une centaine de femmes vient d'affirmer publiquement que la société québécoise a besoin d'une femme de sa trempe et de son envergure. Elles ne disent pas de voter pour Pauline Marois parce qu'elle est une femme, mais bien, parce qu'elle a les compétences et l'expérience pour diriger le Parti québécois et un Québec souverain.
Ministre de la Condition féminine, de la Main-d'oeuvre et de la Sécurité du revenu, de l'Éducation, de la Santé et des Services sociaux, des Finances, présidente du Conseil du trésor et vice-première ministre. La liste des fonctions et des réalisations de Mme Marois est impressionnante. Mais elle ne semble nullement impressionner les gens interrogés par les firmes de sondage. Pauline Marois reste toujours au deuxième rang, loin derrière André Boisclair.
La situation serait-elle différente si Pauline Marois était un homme de 56 ans ? Probablement pas. En politique québécoise, ces années-ci, l'expérience ne paie pas. Elle est même suspecte. Les années consacrées à la politique et à la gouvernance signifient que vous jonglez avec les mêmes idées et les mêmes recettes depuis longtemps, que vous avez perdu de vue la réalité du vrai monde et des vraies affaires, et aussi, que vous avez des dettes à rembourser auprès des gens qui vous ont élu. Vos défauts, vos travers, vos carences sont connus. Plus que vos qualités, évidemment.
Les Québécois veulent du changement et de la nouveauté sur la scène politique nationale. Pour diriger une ville, pour voir aux responsabilités intérieures, l'expérience d'un maire ou d'une mairesse les réconforte. Pour gouverner le Québec, ils cherchent un sauveur, une personne à admirer dans laquelle ils vont tout de même se reconnaître.
Pendant un temps, ils ont mis leur espoir en Mario Dumont, un jeune avec de vieilles idées qui promettait de faire les choses autrement. Ensuite, ils ont vu en Jean Charest l'homme qu'il fallait pour changer et moderniser le Québec. Aujourd'hui, ils sont prêts à pardonner les erreurs de jugement et les gestes illégaux passés d'André Boisclair. Ne cherchez pas d'explications rationnelles et logiques. Les Québécois, les militants du PQ comme ceux des autres partis, sont guidés d'abord par leur coup de coeur. Ils regardent si l'image leur plaît. Ils jugeront plus tard le contenu.
S'il avait 56 ans et accumulait des années de services dans des ministères importants, André Boisclair séduirait sûrement moins. Si elle avait 15 ans de moins, la candidate Marois gagnerait probablement des points. Elle pourrait plus facilement prétendre au renouveau, à la modernité, au dynamisme. Personne ne lui reprocherait d'être riche, d'être hautaine et de porter des bijoux et des foulards de soie comme Belinda Stronach. Sa jeunesse pourrait aussi expliquer et justifier son impatience pour une course à la direction et son manque de flair politique.
BBreton@lesoleil.com

Trois syndicalistes émérites font le « saut en politique »
Pierre Dubuc
site de Pierre Dubuc 10 octobre 2005
Nous saluons la décision de Mmes Lorraine Pagé, Madeleine Parent et Jenny Skeene de faire le « saut en politique » et joindre les rangs du Parti Québécois.
Bien sûr, nous aurions préféré qu'elles nous donnent leur appui, mais nous comprenons que c'est d'abord en tant que femmes qu'elles se rallient à la candidature de Pauline Marois.
Nous espérons que l'ancienne présidente de la CEQ, Lorraine Pagé, saura convaincre Mme Marois d'abandonner son appui aux écoles privées et se rallier à la position adoptée par le dernier congrès du Parti Québécois qui prévoit la diminution du financement public des écoles privées.
Le ralliement au Parti Québécois des trois syndicalistes est d'autant plus significatif que la rumeur associait certaines au groupe Option citoyenne de Françoise David. Nous considérons que leur prise de position est un appui à la position défendue par le club politique Syndicalistes et progressistes pour un Québec libre (SPQ Libre) qui invite les militantes et militants des milieux syndicaux et populaires à adhérer au Parti Québécois. Nous invitons chaleureusement Mmes Pagé, Parent et Skeene à prendre leur carte de membre du SPQ Libre.
Au fur et à mesure que progresse la course à la direction, deux orientations se précisent.
Une première tendance, représentée principalement par le candidat André Boisclair, attribue la défaite du Parti Québécois à l'ADQ et cherche à rallier la clientèle adéquiste en pigeant dans le programme de Mario Dumont. Le candidat Boisclair s'est prononcé en faveur des Partenariats Publics-Privés (PPP), du retour du péage sur les ponts et a fait du remboursement de la dette l'élément-clé de son programme.
À plusieurs reprises, nous avons souligné que l'importance de la dette était grandement surestimée, sa nature incomprise et que la mettre au centre de notre programme politique aurait pour conséquence de provoquer une fracture entre les générations, de diviser le parti et la société québécoise.
Une deuxième tendance, dont nous nous faisons les promoteurs, souligne l'importance de la défection des milieux progressistes à l'égard du Parti Québécois lors du dernier rendez-vous électoral. Le taux d'abstention a été le plus élevé depuis 1927. La défaite du Parti Québécois est attribuable non pas à l'UFP, non pas à l'ADQ, mais au plus important des tiers-partis : le Parti des abstentionnistes !
Les progressistes ont boudé le Parti Québécois à cause des politiques associées au Déficit zéro et à sa tiédeur sur la question nationale.
Le Parti Québécois doit donc opérer un virage à 180 degrés pour renouer avec l'esprit qui était le sien lors de sa création par René Lévesque. Il doit se rapprocher du mouvement syndical et le centre de gravité du parti doit se déplacer vers la gauche.
Le peuple québécois est un peuple progressiste et ses aspirations se reflètent dans le programme progressiste adopté par notre parti au mois de juin dernier.
Plutôt que de voguer au gré des sondages, la direction du Parti Québécois doit résolument combattre les idées néolibérales prônées par l'ADQ de Mario Dumont en s'appuyant sur notre programme.
Lors de la dernière campagne électorale, Mario Dumont trônait en haut des sondages jusqu'à ce que son programme de « bons » d'étude et de privatisation de notre système de soins de santé soit démoli par la critique. Il faut réserver le même sort au programme de remboursement de la dette.
Nous invitons les syndicalistes et les progressistes à renforcer le courant progressiste au sein du Parti Québécois en faisant le « saut en politique » à l'exemple des Monique Richard, Marc Laviolette, Luc Desnoyers, Robert Dean, Michel Parent et autres qui ont fondé le SPQ Libre, aujourd'hui rejoints par Lorraine Pagé, Madeleine Parent et Jenny Skeene.
Vous avez jusqu'à ce vendredi, 14 octobre, pour prendre votre carte de membre et pouvoir voter pour le chef du Parti Québécois.

Appui de Corinne Côté-Lévesque
Corinne Côté-Lévesque
site de Louis Bernard 10 octobre 2005
(Montréal, 10 octobre 2005) J’ai connu Louis Bernard vers 1970. A la suite d’études supérieures qu’il avait menées à la prestigieuse London School of Economics, il était devenu haut-fonctionnaire en pleine Révolution tranquille. Fidèle à ses convictions, il avait abandonné les perspectives de carrière qui s’offraient à lui pour occuper le poste de chef de cabinet de la toute nouvelle aile parlementaire du Parti Québécois, issue des élections du 29 avril 1970. Ce poste n’avait rien d’une sinécure. Malgré ses 23% du vote, le Parti Québécois n’avait fait élire que sept députés et René Lévesque n’était pas du nombre. L’élection générale de 1973 allait porter le pourcentage des appuis à 30%, mais ne donner que six députés au Parti Québécois. René Lévesque n’en était toujours pas. La situation créait des difficultés. Le talent et la diplomatie de Louis Bernard ont permis d’éviter qu’elle ne tourne en une crise qui aurait pu être fatale au jeune parti politique.
En 1976, Louis Bernard a été responsable de la stratégie qui a mené le P.Q. à la victoire, le 15 novembre. Par la suite, il a été successivement et rapidement, d’abord chef de cabinet de René Lévesque, ensuite sous ministre, le temps d’élaborer et de faire adopter la Loi sur le financement des partis politiques et la Loi sur les consultations populaires, enfin secrétaire-général du gouvernement, c’est-à-dire sous-ministre du premier ministre et premier fonctionnaire de l’État. A ce titre, Louis Bernard a été de tous les dossiers. A maintes occasions au cours des années de pouvoir, René m’a vanté l’intelligence, la sagesse et l’expérience de ce précieux collaborateur.
A sa vaste expérience de l’appareil de l’état, Louis Bernard a ajouté celle des milieux financiers et des grands dossiers dans lesquels il a agi à titre de consultant. Tout naturellement, Jacques Parizeau a fait appel à lui afin de mettre au point la position du Québec en vue des pourparlers avec le gouvernement canadien au lendemain du OUI au référendum qui, hélas!, nous a échappé de justesse.
Louis Bernard a surpris tout le monde en se portant candidat à la direction du Parti Québécois. C’est pourtant l’aboutissement normal d’une carrière au service du Québec et de sa souveraineté. Les autres principaux candidats à la direction du Parti Québécois ont chacun leurs talents. Louis Bernard se démarque cependant par sa vaste expérience, sa connaissance des enjeux et sa capacité de mener le navire de la souveraineté à bon port. C’est donc pour lui que je voterai, consciente, ce faisant, de m’inscrire dans la mouvance de la pensée et de l’action de René Lévesque.

La saison de l'action politique
Louis Bernard
site de Louis Bernard 11 octobre 2005
(Montréal, 11 octobre 2005) Le Parti Québécois croit que l’indépendance est nécessaire à la construction d’un pays démocratique, francophone, ouvert, productif, respectueux de l’environnement, pacifique, créatif, moderne et fier de lui. Le Parti Québécois est aussi convaincu qu’il est plus urgent que jamais de la faire. C’est pourquoi il a inscrit à son nouveau programme l’engagement de tenir un référendum « le plus tôt possible à l’intérieur du prochain mandat ».
Personnellement, je crois que le référendum devrait suivre immédiatement la victoire électorale. Il y a pour cela plusieurs raisons.
D’abord, l’expérience prouve que, lorsque le PQ est au pouvoir, les charges du gouvernement sont si lourdes et exigeantes que ses dirigeants n’ont guère le temps de faire la promotion de la souveraineté. La charge de travail du Premier ministre l’occupe à plein temps, et c’est la même chose pour les autres ministres. Fatalement, toutes les énergies sont mises à la gouvernance et, même si on souhaite le contraire, il reste peu de temps pour l’action politique sur le terrain.
Ensuite, l’exercice même du pouvoir ne fait pas que des heureux, surtout en période d’austérité budgétaire. Nous en savons quelque chose depuis les conflits syndicaux de 1982 pour lesquels plusieurs salariés de l’État nous gardent encore rancune.
Enfin, tout répit donnera le temps à nos adversaires de se remettre de la défaite électorale et d’organiser la résistance au référendum annoncé pour plus tard. Tandis qu’un référendum rapide nous permettra de profiter de l’élan de la victoire électorale et de l’enthousiasme de nos troupes victorieuses et bien préparées.
C’est donc tout de suite qu’il faut faire la promotion de l’indépendance et préparer les esprits par un travail intensif sur le terrain. Et, à cette fin, il est urgent de recentrer l’action du Parti Québécois sur sa mission première et en faire rapidement un instrument efficace d’action politique. De la Saison des idées, il faut maintenant passer à la Saison l’action sur le terrain. Mobiliser le Parti Québécois et cimenter l’alliance avec le Bloc. Former et dynamiser nos militants, leur donner des moyens d’action et leur fixer des objectifs précis. Pour cela, le chef doit être sur le terrain, avec les troupes, et il doit s’assurer que les députés, les cadres du Parti et le secrétariat national appuient les militants de chaque circonscription.
C’est la ligne de conduite que je m’engage à suivre comme chef du Parti Québécois. Dès mon élection, je consacrerai tous mes efforts à la mobilisation du Parti pour en faire un instrument efficace d’action politique sur le terrain. J’y travaillerai à plein temps et ne deviendrai chef de l’opposition officielle, à Québec, que lorsque que cette tâche de mobilisation aura été accomplie et que le travail de conviction auprès de nos concitoyens aura été bien engagé.
Lors des prochaines élections, la question nationale sera forcément au centre des débats. Selon moi, nous devrons nous présenter carrément et ouvertement comme un parti souverainiste qui veut faire à court terme l’indépendance du Québec, sans détour. Car il importe que nous soyons élus pour la bonne raison : celle de faire l’indépendance. Il serait néfaste, en effet, de gagner tout simplement parce que les électeurs veulent se débarrasser du gouvernement Charest, l’un des pires que le Québec ait connus. Car, alors, comment s’assurer que les Québécois seraient prêts à voter Oui lors du référendum que nous nous sommes engagés à tenir au cours de notre prochain mandat ? Ce serait risquer de perdre cette troisième chance, après être venus si près de gagner la deuxième. Pour ne pas courir ce risque, il vaudrait mieux dire aux électeurs : ce Québec solidaire que nous voulons construire demande le plein contrôle de nos ressources et de notre parlement ; si vous ne le voyez pas ainsi, ne votez pas pour nous !
Pour gagner une telle élection pré-référendaire, nous devrons avoir convaincu nos concitoyens de l’importance de nous donner un pays bien à nous. Notre programme décrit très bien le genre de pays que nous voulons construire. Mais pour y arriver, nous devrons mettre l’accent sur la nécessité de récupérer d’abord la pleine maîtrise de nos lois, de nos impôts et de notre présence internationale. Nous devrons parler de notre capacité à nous gouverner nous-mêmes, de faire nos propres choix et d’être pleinement responsables de notre destin. De la possibilité que nous aurons de choisir nos propres institutions politiques, de rédiger notre propre constitution et d’organiser notre pays et ses régions. De l’assurance que nous aurons de mieux préserver notre identité culturelle française. De la présence que nous aurons enfin sur la scène internationale pour défendre nos intérêts et faire valoir nos succès.
Mais pour cela, il faut nous retrousser les manches, reprendre le bâton du pèlerin et canaliser toutes nos énergies sur la promotion de la souveraineté. À tous les niveaux du Parti, du chef jusqu’à chacun des militants.

Quatre candidats de la gauche, c'est trop, juge Gilbert Paquette
Kathleen Lévesque
Le Devoir mercredi 12 octobre 2005
Pour s'affirmer au sein du Parti québécois, la gauche doit cesser de se diviser. Il ne devrait donc y avoir qu'un seul candidat dans la course à la direction plutôt que les quatre présentement en lice, estime l'un d'eux, Gilbert Paquette.
En rencontre éditoriale avec Le Devoir, M. Paquette a affirmé hier qu'un ralliement est possible compte tenu des affinités des vues avec Pierre Dubuc, Jean Ouimet et Jean-Claude Saint-André. Si chacun demeure dans la course, le risque est grand qu'ils ne divisent le vote, dispersant la gauche.
«Je pense qu'il ne devrait y avoir qu'un seul candidat de gauche. Je suis ouvert à discuter avec les autres candidats. Il faut regarder ça très sérieusement dans l'optique que la cause est plus grande que nous. Je pense que mes collègues partagent cette attitude-là. J'en ai parlé avec Dubuc, Ouimet et Saint-André», a précisé M. Paquette.
Selon ce dernier, le courant de gauche est loin d'être minoritaire dans les rangs péquistes. L'écart est surtout entre les souverainistes que l'on retrouve à l'Union des forces progressistes (UFP) et ceux qui sont à l'Action démocratique du Québec (ADQ). Aucune démarche officielle n'est toutefois amorcée mais il reste encore quatre semaines de campagne avant le vote des membres.
«On se parle. J'ai même fait une conférence de presse avec Jean Ouimet la semaine dernière. Il y a des affinités qui se développent.[...] Je ne peux pas faire de prédiction à ce moment-ci. Mais c'est quelque chose que je regarde et que d'autres font aussi», a dit Gilbert Paquette.
Pressé comme ses collègues de voir la souveraineté se réaliser, M. Paquette souhaite la tenue d'un référendum décisionnel plutôt que consultatif. Il s'interroge d'ailleurs sur la ferveur souverainiste du meneur dans la course, André Boisclair, ainsi que sur sa capacité de faire des gestes unilatéraux au lendemain d'une victoire référendaire. «Je m'inquiète que le Parti québécois soit dirigé par quelqu'un qui trouve peut-être plus important d'être premier ministre provincial que d'arriver à la souveraineté ou qui, par excès de prudence, remette les choses à plus tard. Je me méfie beaucoup d'André Boisclair», a dit.
Mais ce n'est pas là la seule chose qui inquiète M. Paquette. «M. Boisclair est plus à droite que le centre de gravité du parti. Ça me semble évident. Sur le plan de la souveraineté, il n'a jamais démontré une très grande détermination. Sur le plan du Québec français, non plus. C'est le ministre qui a aboli les Centres d'orientation et de formation des immigrants (COFI). Il y a 40 % des allophones qui arrivent au Québec qui n'ont pas accès à des services de francisation. Ça ne témoigne pas d'une énorme conscience nationale», a soutenu Gilbert Paquette.
Et pour cet ancien ministre du gouvernement de René Lévesque, la question de la langue doit être au coeur de la démarche souverainiste. M. Paquette prône un raffermissement des règles linguistiques. «Avec la souveraineté, il faut rétablir la Charte de la langue française dans son intégralité. [...] La Charte a été bien acceptée jusqu'à temps qu'elle commence à être démolie morceau par morceau. Elle est devenue une passoire. Et tous les indicateurs linguistiques s'en vont dans la mauvaise direction», se désole M. Paquette.
La moitié des allophones travaillent en anglais, les entreprises n'ont plus l'obligation d'avoir la certification de francisation, les tribunaux sont redevenus bilingues et il y a une hausse de l'anglais comme langue d'enseignement. Sur ce dernier élément, M. Paquette souhaite l'imposition de l'enseignement français dans les cégeps; cette proposition a été rejetée lors du congrès péquiste de juin dernier. «On veut respecter la minorité anglophone mais pas la financer au-delà de son poids démographique. Il y a 7 % d'anglophones au Québec. Et pourquoi on assimilerait les allophones aux anglophones ? On ne s'assume pas comme peuple», a tranché M. Paquette pour qui il faut reprendre le combat pour un Québec français.

La position de la candidate et des candidats à la direction du Parti Québécois sur la langue
SSJB - mercredi 12 octobre 2005
Communiqué SSJB - Montréal, le 12 octobre 2005. - Le débat des candidats à la chefferie du PQ sur la culture de ce soir est l'occasion pour ces derniers de préciser leur position sur les enjeux linguistiques. Ils ont déjà commencé à le faire lors d'un débat organisé par la Société Saint-Jean-Baptiste de Montréal, le 6 octobre dernier. La SSJBM avait fait parvenir un questionnaire à la candidate et aux candidats. Sept des neuf intéressés, soit Madame Marois et MM. Bernard, Dubuc, Lebel, Ouimet, Paquette et Saint-André ont participé directement au débat. Richard Legendre a fait parvenir une réponse écrite pour chaque item du questionnaire de la SSJB. André Boisclair a transmis une courte réponse globale.
André Boisclair considère que les dispositions prévues pour protéger et promouvoir la langue française dans le nouveau programme sont adéquates. Il serait intéressant qu'il précise s'il compte réaliser rapidement toutes les propositions du programme ou si certaines seront priorisées.
Pierre Dubuc a démontré une connaissance extensive des enjeux et de la situation du français au Québec. Il relate la tendance actuelle à ne pas regarder la réalité en face dans le dossier linguistique au Québec. Il cite les données de l'étude de Charles Castonguay pour l'Office québécois de la langue française qui montre que la vitalité de l'anglais est toujours de beaucoup supérieure à celle du français. Depuis 1990, le pourcentage des enfants de la Loi 101 qui se dirigent vers le cégep anglophone après le secondaire est passé de 27,1 % à 41,3 %. Les anglophones obtiennent 27,7 % des fonds destinés aux universités du Québec alors qu'ils ne constituent que 8,4 % de la population.
Le questionnaire de la SSJB visait en partie à vérifier la position des candidats envers le nouveau programme du Parti Québécois, qui implique une réforme importante de l'encadrement législatif et promotionnel de la langue française au travail et dans les services publics. Le questionnaire est disponible sur le site de la SSJB au http://ssjb.com/
Le nouveau programme du Parti Québécois « réaffirme son objectif fondamental d'établir un Québec souverain avec, au premier plan, l'urgence d'assurer que le Québec demeure un territoire de langue française et de culture québécoise. » Il reconnaît que « le français est encore loin de constituer la langue commune des milieux linguistiquement mixtes comme Montréal ou l'Outaouais. »
Les services publics en français
Initialement, la Charte de la langue française exigeait l'unilinguisme français dans les communications de l'Administration publique avec les personnes morales. Cette pratique avait un impact direct sur l'usage du français par les entreprises à l'intérieur du Québec. Cette mesure a été abolie par la loi 86 de C. Ryan. Cependant en 2002, la loi 104 rétablissait l'usage exclusif de la langue officielle dans les communications écrites de l'Administration avec les autres gouvernements et avec les personnes morales établies au Québec. Mais cet article de la loi 104, pour des raisons nébuleuses, n'est toujours pas en vigueur.
Ainsi, le nouveau programme engage un gouvernement du PQ à appliquer rigoureusement la Charte de la langue française de façon à ce que les communications écrites de l'Administration publique se fassent uniquement dans la langue officielle, c'est-à-dire le français avec les personnes morales à l'intérieur du Québec.
Pauline Marois précise que la loi 104 a dûment été votée à l'Assemblée nationale et que la moindre des choses serait que le gouvernement fasse appliquer les lois adoptées.
Richard Legendre considère qu'il est essentiel pour établir le français comme langue commune des services publics, que le gouvernement et ses organismes prêchent par l'exemple et s'assurent, comme il était prévu initialement dans la Charte de la langue française que le français est la langue unique des communications de l'Administration publique avec les personnes morales.
Par ailleurs, le nouveau programme veut renforcer l'encadrement législatif et réglementaire afin que « les seuls organismes qui soient déclarés habilités à donner systématiquement des services en anglais aux personnes morales et aux individus soient ceux qui desservent une majorité anglophone. »
Richard Legendre s'est dit en accord avec cette mesure en ajoutant qu'il faut éviter que l'État québécois ne soit perçu comme étant officiellement bilingue, car cela nuirait à l'avancement du français langue commune. Pauline Marois ajoute que trop longtemps au cours de notre histoire, nous avons eu tendance à considérer nos concitoyennes et nos concitoyens allophones comme faisant partie de la communauté anglophone.
Le français langue de travail
En ce qui a trait au français langue de travail, le programme du PQ part du constat que « Le milieu du travail constitue, avec le milieu scolaire, le lieu privilégié d'intégration linguistique. Selon les données récentes, près de la moitié des travailleurs immigrants utilisent le plus souvent l'anglais au travail. » Pour favoriser l'établissement du français comme langue commune des milieux de travail, le programme précise qu'il faut contrer l'exigence indue de l'anglais dans les offres d'emploi; s'assurer que le droit d'utiliser le français dans les milieux de travail, du commerce et des affaires est un droit à caractère fondamental et inaliénable et que toute dérogation à celui-ci soit connue, déclarée et justifiée devant l'Office québécois de la langue française; modifier la Charte de la langue française afin de contrer efficacement l'exigence indue de la connaissance de l'anglais dans les offres d'emploi de façon à ce que son application ne dépende pas de la formulation d'une plainte d'un employé contre son employeur; appliquer systématiquement les mesures existantes visant à pénaliser les entreprises commerciales contrevenant au programme de francisation, comme celle qui prévoit que l'Administration ne leur accorde aucun contrat, subvention ni avantage et applique les mêmes mesures aux entreprises de dix employés et plus.
Pauline Marois affirme qu'elle endosse pleinement cette partie du programme et que la question du français comme langue de travail est une de ses priorités. Richard Legendre se dit également d'accord avec ces propositions, et en particulier avec celle impliquant un amendement à la loi 101 pour permettre à l'OQLF de faire enquête de son propre chef sans attendre de plaintes.
Dans le nouveau programme du PQ on mentionne que : « Il faudra d'abord augmenter les crédits alloués à l'application de la Charte de la langue française, qui étaient en 2002 de 40 % inférieurs à ce qu'ils étaient en 1980-1981 en dollars constants. Les organismes créés par la loi 101 ont subi de multiples coupes depuis ce temps. »
À cet égard, Richard Legendre mentionne qu'il faut tendre vers un rétablissement permettant d'atteindre un niveau comparable à ce qui existait au début des années 1980 en dollars constant. Pauline Marois note que les sommes actuellement dévolues aux organismes voués à l'application de la Charte sont nettement insuffisantes. André Boisclair émet aussi que du financement supplémentaire est nécessaire.
L'éducation en français
Compte tenu du recul de l'école française et du maintien de la tendance extensive des étudiants allophones à fréquenter le réseau public collégial et universitaire anglais, la SSJBM a demandé à la candidate et aux candidats si selon eux le gouvernement du Québec a-t-il l'obligation de financer des cégeps anglais et des universités anglaises pour les nouveaux arrivants?
Pauline Marois note que la loi 101 a toujours visé à respecter les droits linguistiques de la minorité anglophone historique du Québec, mais que cela peut inclure les anglophones ou les allophones du reste du monde. Elle considère qu'il est légitime de viser à ce qu'une part des allophones équivalant à la proportion de francophones au Québec fréquentent les institutions post-secondaires francophones. Elle rappelle que c'était un des objectifs visés en établissant les commissions scolaires linguistiques, mais qu'une amélioration sensible de la situation n'a pas eu lieu à ce jour. Même si Mme Marois n'a pas adhéré à cette solution lors du dernier congrès, elle constate la légitimité de l'enjeu et désire que se poursuive le débat pour que nos institutions post-secondaires soient plus intégratrices.
Bien que Richard Legendre ne croit pas que la question devrait être posée en ces termes, il conçoit que dans le cadre actuel, le gouvernement du Québec a l'obligation de financer des cégeps et des universités anglaises pour les anglophones seulement. Les institutions communes ne devraient pas servir à l'anglicisation de la société québécoise. Il privilégie la promotion des institutions collégiales et universitaires auprès des immigrants.
En outre, l'ensemble des participants au débat se sont également prononcés en faveur des éléments du programme. Jean Ouimet a intégré la notion de développement durable au statut de la langue française.
Jean-Claude Saint-André entend aller bien au-delà des pistes d'actions du programme. Il propose de rétablir la clause Québec aussitôt après l'élection du Parti Québécois, ainsi que d'appliquer la loi 101 au cégep et de rééquilibrer le financement des universités francophones et anglophones.
Louis Bernard et Ghislain Lebel sont contre tout geste de rupture de ce type. M. Bernard considère que la situation du français va se régler avant tout par la souveraineté du Québec. M. Lebel critique sévèrement le recours au concept de nationalisme civique en tant qu'il est coupé des référents historiques, culturels et linguistiques.
Gilbert Paquette entend respecter la décision du Congrès sur les cégeps bien qu'il soit en désaccord avec elle. Cependant, il s'engage à faire en sorte qu'on détermine le niveau de financement des CEGEP en langue anglaise en ne finançant que les étudiants ayant droit à l'enseignement en langue anglaise selon la clause Québec prévue originellement à la loi 101. Il entend fixer aux CEGEPs en langue anglaise, des objectifs progressifs quant à l'augmentation de la proportion des cours offerts en langue française. Il veut également réexaminer les règles de financement au niveau universitaire, tout en tenant compte de la nécessaire mobilité des étudiants universitaires sur le plan international.

La grande pitié du vocabulaire politique
Jean-Marc Léger : Journaliste
Le Devoir mercredi 12 octobre 2005
Le déroulement de la campagne des élections municipales fait de nouveau ressortir la grande pitié de notre vocabulaire politique et institutionnel, conséquence et illustration elle-même de l'insouciance à l'endroit de la langue, pour ne pas dire franchement de l'ignorance de la langue dans tous les milieux, d'abord dans les médias. (Et il ne s'agit pas ici du fameux «Go», slogan ridicule, justement condamné par l'Office de la langue française.)
Et d'abord, les fameux «niveaux» et «paliers» de gouvernement; la municipalité en serait un, le troisième! C'est véritablement ignorer totalement le sens de «gouvernement» comme la nature des rapports entre les ordres de gouvernement dans une fédération. Une ville ou une commune en général n'est à aucun titre un gouvernement: elle administre mais ne gouverne pas, elle perçoit non pas des impôts mais des taxes, et cela, avec l'accord préalable du gouvernement du Québec. Il ne faut pas oublier que chaque commune est créée par décision de ce gouvernement, soit par une loi particulière, soit dans le cadre général de la Loi sur les cités et les villes.
Il n'y a, au Canada, que deux ordres de gouvernement, chacun étant souverain dans son domaine propre, exerçant librement ses pouvoirs, n'étant soumis à aucun titre à l'autre. Remarquons au passage que le Canada est en quelque sorte l'enfant des «provinces» et non pas le contraire. À ce propos, il est urgent que le Québec, tout particulièrement, cesse de se dire lui-même, de s'appeler «province», ce qui est tout à la fois faux juridiquement et politiquement et incorrect linguistiquement. En français, la province a un sens géographique et historique: c'est à la fois une région avec son héritage, ses traditions, son identité; c'est aussi une administration soumise à l'État et disposant des ressources que celui-ci lui octroie ou l'autorise à prélever.
Au Canada, les fausses «provinces» sont en fait des États, imparfaits et partiels, certes, infirmes, mais des États créés et consacrés par la Constitution du pays.
En fait, l'appellation de «province» a tenu, à l'origine, à deux raisons principales: l'attachement à la monarchie et, dès lors, la volonté, infantile, de se démarquer nettement des États-Unis dans la désignation des composantes du nouveau pays; de l'autre, l'ignorance de la langue française, illustrée dans la traduction littérale du terme «province», le faux bilinguisme aujourd'hui généralisé qui conduit à parler anglais avec des mots, apparemment, français. De même, nos malheureux «pères» ont appelé «confédération» ce qui est en réalité une fédération, différence capitale, différence de nature.
Sur un autre plan, le mot même de «municipalité» a reçu chez nous une signification principalement physique et géographique alors qu'en France et dans les autres pays francophones, ce sont les communes (ville et villages). Dans la plus grande partie de la Francophonie, le terme de «municipalité» a un sens politique et administratif, non pas physique.
Comment ne pas évoquer, pour finir, nos malheureuses «commissions scolaires», en fait des school boards servilement copiés sur le modèle anglo-américain et qui constituent en fait les directions, locales ou régionales, de l'enseignement public? Là encore, traduction littérale de l'appellation d'une institution devenue d'ailleurs parfaitement inutile, sans autorité ni prestige et dont il conviendrait de céder la mission et les prérogatives à la municipalité, par souci à la fois de cohérence et d'économie des deniers publics. Le sens et le respect de la langue peuvent avoir de multiples effets bénéfiques sur les plans les plus divers.

Le monde a changé
Benoît Pelletier, ministre responsable des Affaires intergouvernementales canadiennes.
La Presse mercredi 12 octobre 2005
Un peu partout, des fédérations cherchent à aménager un rôle international plus intéressant à leurs États fédérés
Dans un article publié le 9 octobre dernier, Jeffrey Simpson exhorte le gouvernement canadien à rejeter la demande du Québec de conclure un accord qui formaliserait sa participation aux négociations, conférences et forums internationaux. Il pose la question de savoir qui doit parler au nom du Canada sur la scène internationale? Il répond à cette question en proposant que ce soit strictement le gouvernement fédéral, en vertu d'un quelconque principe voulant que l'essence même de la politique étrangère commande qu'un pays s'adresse au reste du monde d'une seule voix.
La thèse que Jeffrey Simpson soutient est la même que celle que défend le gouvernement du Canada depuis plus de 40 ans. Pourtant, pendant tout ce temps, le monde a changé considérablement. Un peu partout sur la planète, des fédérations ou des quasi-fédérations cherchent à aménager un rôle international plus intéressant à leurs États-fédérés ou à leurs constituantes. Au sein de l'Union européenne, des instances telles que le Conseil européen prennent des décisions en matière de politique étrangère ou agissent comme porte-parole des pays membres sur certains enjeux, ce qui contredit d'ailleurs le prétendu principe susmentionné. Toujours en Europe, on cherche une façon de donner aux régions un rôle accru dans les décisions de l'Union européenne, confortant ainsi l'idée qu'elles puissent avoir voix au chapitre sur certaines questions qui transcendent les frontières du pays dont elles font partie.
En fait, dans le contexte de la mondialisation et de l'interdépendance qu'elle entraîne entre les divers acteurs, nous ne pouvons plus nous permettre de privilégier des positions rigides et dogmatiques. En 2005, l'idée d'une seule voix canadienne, monolithique, est tout simplement dépassée dans un monde toujours plus complexe, avec une myriade de parties qui exercent une influence sur la politique internationale. Le Québec, à l'instar des autres provinces, ne peut se permettre d'être tenu à l'écart des débats en cours, tandis que d'autres acteurs, comme les ONG, les universités, les villes et les entreprises privées y participent de manière officielle et dynamique.
Jeffrey Simpson ajoute notamment, à l'appui de ses prétentions, que le premier ministre Charest aurait récemment dit en Chine qu'il approuvait tout ce que les Chinois ont fait au cours des 40 dernières années. Il se demande non sans un brin de cynisme: Que doivent penser les Chinois? Ces paroles ont été sorties de leur véritable contexte. Elles ont été prononcées à l'occasion d'un événement portant exclusivement sur l'économie chinoise. Elles visaient à démontrer à quel point nous admirons les progrès économiques de la Chine, tout en soulignant l'importance de renforcer les complémentarités entre nos économies respectives.
D'aucune façon ne doivent-elles être interprétées comme cautionnant la révolution culturelle, les persécutions ou la violation des droits humains. L'utilisation que fait Jeffrey Simpson de ces propos ne vise qu'à discréditer et à disqualifier le premier ministre du Québec sur la scène internationale. Au-delà de la personne même de M. Charest, c'est au statut de premier ministre du Québec, peu importe qui le personnifie, que M. Simpson s'attaque et nie une portée internationale.
Certes, tout le monde convient, par pur bon sens, que le gouvernement fédéral a un noyau dur de compétences dans les affaires étrangères. Mais il faut aussi reconnaître que depuis plus de 40 ans, et ce en toute légitimité, le Québec et d'autres provinces canadiennes concluent des ententes qui ont un effet contraignant en droit international, acquièrent des actifs et des biens à l'étranger, et y établissent des délégations. Bref, si certains volets importants des affaires étrangères relèvent exclusivement du gouvernement canadien en vertu du sens commun et des nécessités internationales elles-mêmes, on ne peut pas dire que ce soit le cas pour l'ensemble de ce sujet.
Dans cet esprit, la demande que formule le Québec de participer formellement et activement aux organisations et négociations internationales doit être envisagée du point de vue d'une recherche de complémentarité, de coopération et de clarté. Si, comme plusieurs le prétendent, la clarté est indispensable dans les relations internationales, la situation actuelle doit sans aucun doute être clarifiée, car, au fond, elle risque à terme de nuire à la capacité du Canada de respecter ses engagements, lorsqu'ils sont pris sans faire appel au soutien des provinces. (...)

Un fondateur d'Alliance Québec est nommé au Conseil de la langue française
Norman Delisle
La Presse mercredi 12 octobre 2005
PC Québec - Un des membres fondateurs d'Alliance Québec, John E. Trent, siège maintenant au sein du Conseil de la langue française.
La nomination a été approuvée discrètement par le Conseil des ministres du Québec il y a deux semaines, au moment où le premier ministre Jean Charest était en voyage en Chine.
Le Conseil de la langue française a pour mandat de défendre la Charte de la langue française tandis qu'Alliance Québec avait été fondée peu après la première élection du Parti québécois, entre autres pour suivre à la trace la loi 101.
En entrevue à la Presse Canadienne, le nouveau membre du Conseil de la langue française, plaide cependant sa bonne foi. " Il y a beaucoup de malentendus au sujet d'Alliance Québec ", a expliqué M. Trent.
D'autres membres d'Alliance Québec, comme Eric Maldorff, et luivoulaient promouvoir les droits des anglophones, " mais en tant que minorité soumise à la loi 101 ".
Toutefois, après le référendum de 1995, un groupe comprenant les Bill Johnson et Brent Tyler a pris la tête d'Alliance Québec et en a modifié la philosophie.
" Ce groupe avait été écarté d'Alliance Québec au début et y effectuait un retour en plaidant le libre choix de la langue d'enseignement. Je les appelle des angryphones. Ils plaidaient pour un libre choix total, tant en matière de langue à l'école que pour la langue de travail ou celle de l'affichage commercial ", a expliqué M. Trent. Selon le nouveau membre du Conseil de la langue française, " il y a différentes perspectives dans le milieu anglo-Québécois ", et lui dit représenter la tendance " modérée ".
" Moi, j'ai toujours appuyé la loi 101 et la nécessité d'un régime linguistique spécifique et différent pour le français au Québec. J'appuie un régime de protection pour la langue française ", a expliqué M. Trent.
Père de quatre enfants qui se considèrent de langue maternelle française, John Trent souhaite cependant que le Québec soit fier d'un passé commun, qu'on reconnaisse qu'il a été fondé par deux cultures. " Même si de nos jours tout doit être en français, on peut aussi faire une place pour les anglophones. "

Baroud d'honneur
Josée Boileau
Le Devoir mercredi 12 octobre 2005
Condoleezza Rice aura beau user de son pouvoir et de son prestige, le projet de convention sur la diversité des expressions culturelles suscite un trop grand consensus pour que le blocus américain fasse son effet à l'Unesco. L'activisme américain illustre toutefois à revers l'importance de cette convention.
Il faut vraiment que la secrétaire d'État américaine, Condoleezza Rice, soit de mauvaise foi pour dénoncer les «formulations ambiguës» du projet de Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles, lequel projet doit être adopté la semaine prochaine à Paris dans le cadre de la Conférence générale de l'Unesco. Si Mme Rice se donnait la peine d'aller jeter un coup d'oeil sur le site Internet de l'organisme, elle aurait accès aux rapports d'experts et aux bilans des débats qui, loin d'avoir été bâclés, en balisent l'application.
Ainsi, ce n'est pas la culture dans son sens large qui est visée -- par exemple le vin --, comme le racontent les délégués américains, mais plutôt ce qui relève de «l'expression culturelle» : l'édition, la musique, les médias, l'artisanat, les arts visuels, etc. Le titre même de la convention a été modifié afin d'éviter que tout puisse tomber sous le vocable de «culture».
Il faut aussi avoir du culot pour se poser en défenseur des droits des minorités, supposément menacées par la convention, comme l'a fait Mme Rice dans une lettre aux ministres des Affaires étrangères des pays membres de l'Unesco, dont Le Devoir faisait état hier. Au contraire, le préambule de la convention insiste nommément sur la nécessaire protection des expressions culturelles autochtones et celles des minorités.
Mieux encore, les discussions préparatoires de mai dernier ont permis d'ajouter au préambule quelques mots sur l'importance de la «diversité des médias». De quoi couper court aux craintes américaines voulant que des gouvernements pourraient utiliser la convention pour restreindre «la libre circulation des informations» et «la liberté d'expression». Comme 550 personnes participaient aux travaux de mai, on peut croire que cet ajout a été largement entendu. Mais la colère américaine était telle au printemps (le bilan de cette réunion intergouvernementale, la dernière avant l'actuelle Conférence générale, est truffé des objections des États-Unis) qu'il est possible que cette amélioration de la convention leur ait échappé...
En fait, nul n'est dupe : ce ne sont pas les principes et les beaux yeux des minorités qui préoccupent Mme Rice et son entourage mais leur exact contraire : il y a trop de principes dans cette convention ! Pour les Américains, culture et économie sont synonymes et il leur est insupportable que la convention énonce spécifiquement que «les activités, biens et services culturels ont une double nature, économique et culturelle, parce qu'ils sont porteurs d'identités, de valeurs et de sens et qu'ils ne doivent donc pas être traités comme ayant exclusivement une valeur commerciale». Or, si des pays, en mai, ont exprimé des réserves sur certains articles de la convention, seuls les Américains ont dénoncé l'approche de la «double nature».
Cette position isolée, qui discrédite le concept même de la convention plutôt que de seulement remettre en question certaines de ses modalités, rend donc hautement improbable sa victoire ces jours prochains. D'autant que l'actuelle offensive américaine, aussi forte soit-elle, ne prend personne par surprise tant chacun savait depuis longtemps que les Américains feraient tout pour retarder le vote de cet automne.
En fait, la véritable bataille est déjà ailleurs. L'adoption de la convention, geste qui relèvera d'un mouvement collectif à l'Unesco, est inévitable. Mais sa ratification par chacun des États sera compliquée par le lobby individuel que mèneront les Américains. Le Québec et le Canada, farouches partisans de la convention, ne sont pas près de se croiser les bras.
jboileau@ledevoir.ca
