Ennuyeuse, mais révélatrice

Jean-Marc Salvet
Le Soleil vendredi 14 octobre 2005

Éditorial - La course à la direction du Parti québécois est ennuyeuse, mais révélatrice. Elle nous en dit long sur les fractures qui traversent cette formation politique. Les coups de gueule des candidats sont comme des lentilles grossissantes.

Cette course est instructive, mais elle n'est pas l'occasion du renouveau espéré au Parti québécois. Elle n'est qu'une répétition de la Saison des idées qu'avait pilotée Bernard Landry sans grand succès.

Mercredi, le débat a glissé de la culture à la langue, du nationalisme civique au nationalisme ethnique. La semaine prochaine, à Québec, les candidats se déchireront sur la souveraineté, sur la sempiternelle date et sur le caractère exécutoire ou non d'un Oui à un éventuel prochain référendum.

Les mêmes camps qu'à la Saison des idées s'affrontent. La différence, cette fois-ci, c'est qu'ils ont des visages. Les "purs et durs" sont représentés par Jean-Claude Saint- André. La gauche traditionaliste, par Pierre Dubuc. Les militants qui se moquent des mesures de justice et d'équité (en les présentant comme des avatars du "politiquement correct") ont Ghislain Lebel comme porte-parole. Ceux qui veulent tout voir à travers le prisme de l'environnement ont Jean Ouimet.

André Boisclair et Pauline Marois symbolisent la continuité, le "réalisme" gouvernemental. Entre eux, c'est une guerre d'image qui fait rage. Gare aux perceptions, cependant ! Pauline Marois a beaucoup plus la cote chez les militants péquistes que ne le laissent croire les sondages menés auprès de la population en général. L'engouement autour d'André Boisclair est fragile.

Louis Bernard et Richard Legendre sont des cas à part. Le premier ne représente que lui-même. De son côté, M. Legendre s'accroche au document sur les finances d'un Québec souverain de son maître à penser, François Legault, comme à un petit catéchisme.

Cette course à la direction ne donne pas lieu à ce beau et grand débat d'idées que plusieurs entrevoyaient naïvement. Ceux qui s'y intéressent entendent les mêmes rengaines que toujours - bien que dans des tonalités parfois différentes.

Comme lors de la Saison des idées, le nouveau souffle n'est pas au rendez-vous. Il faudra repasser.

Malgré tout, cette course - dès lors que les militants ont montré la porte à Bernard Landry - est ce qui pouvait arriver de mieux au Parti québécois. Au soir du 15 novembre, les Québécois et les militants péquistes mesureront enfin le poids réel des courants rivaux qui agitent sans cesse la formation souverainiste. Les porte-étendards des différentes factions devront prendre acte des résultats s'ils veulent agir en démocrates.

JMSalvet@lesoleil.com




Pauline Marois se dit victime de préjugés

Tommy Chouinard
La Presse vendredi 14 octobre 2005

Les Québécois doutent de la capacité d'une femme à prendre les rênes du pouvoir, déplore Pauline Marois.

En entrevue à La Presse, hier, la candidate à la direction du Parti québécois s'est dite victime des " vieux préjugés " à l'endroit des femmes en politique. Ces préjugés minent selon elle sa campagne. " Il y a comme une espèce de doute parfois sur cette capacité d'exercer l'autorité, de prendre une décision, de s'imposer, parce qu'on ne parle pas fort, parce qu'on ne met pas le poing sur la table ", a-t-elle expliqué.

À son avis, les Québécois se disent publiquement " prêts " pour une femme chef de parti ou première ministre, mais " quand joue l'inconscient, ils ont peut-être des doutes ".

" Est-ce qu'elle va être capable de prendre des décisions, (...) de diriger une équipe, d'aller chercher la confiance de ses collègues. Je crois qu'il y a beaucoup de ça ", a-t-elle précisé.

Selon un sondage CROP-La Presse publié en juin, 88 % des Québécois appuient l'idée qu'une femme dirige le Québec. Seulement 4 % s'y opposent.

Pauline Marois considère tout de même que le fait qu'elle soit une femme explique en partie la stagnation de ses appuis dans les sondages. " Il y a de ça parce qu'on ne sait pas à quoi s'attendre du leadership d'une femme. On en a vu très peu l'exercer au niveau politique ", a-t-elle affirmé.

La candidate déplore le " double standard " à l'endroit des femmes qui sont en politique. Elle dit partager, comme plusieurs hommes politiques, l'idée que " le pouvoir est un moyen puissant pour changer la société ", mais elle croit que cette déclaration n'est pas bien vue venant d'une femme.

" Une femme et sa relation au pouvoir, ce n'est pas beau, ce n'est pas aussi acceptable. Une femme ambitieuse, ça n'a pas de bon sens. Un homme ambitieux, c'est correct. C'est toujours le double standard. Le regard qu'on porte sur nous est différent ", a-t-elle lancé.

Pauline Marois n'est pas " sûre " que les Québécois, si elle avait consommé de la cocaïne, lui pardonneraient aussi facilement qu'à André Boisclair, par exemple.

" Je ne renonce pas à convaincre "

Les préjugés à l'égard des femmes sont également présents au sein du Parti québécois, une formation qui s'est pourtant battue pour cette cause, reconnaît-elle. " Ça me déçoit. Mais je ne renonce pas à convaincre. Je sens que le fond de mon parti est bon. Je pense qu'ils vont faire la réflexion et vont arriver à la conclusion que ce que j'ai à offrir est intéressant pour le parti, pour le Québec. "

Pauline Marois a choisi " volontairement " de modifier sa tenue vestimentaire afin d'attirer davantage l'attention sur ses idées. Elle a troqué les foulards aux couleurs vives et les bijoux éclatants contre des tailleurs noirs, gris ou beiges, et des accessoires sobres. " Ils vont peut-être s'occuper plus de m'écouter ", a-t-elle lancé.

" Je ne pensais pas avoir à vivre ça. Mais on assume. On vit avec cette réalité-là ", a-t-elle laissé tomber.

Pauline Marois croit avoir une " autre façon de travailler " que les hommes, en partie parce qu'elle est une femme. " C'est sûr que je préfère expliquer. J'aime beaucoup écouter. Et moi, ça ne me dérange pas qu'on remette en question des points de vue que je pourrais avoir. Après, je prends la distance qu'il faut et je prend mes décisions ", a-t-elle expliqué.

Malgré tout, Pauline Marois se dit " confiante " de remporter la course, constatant un changement qui lui serait favorable depuis deux semaines. " Je sens que c'est en train de faire son chemin et qu'on se demande c'est qui cette femme-là finalement, au-delà de ce qu'elle a l'air, de ce qu'elle porte. "

La candidate reconnaît qu'elle peut ne pas apparaître comme " la nouveauté ", car elle est dans le paysage politique depuis 25 ans. Or, selon elle, " la vraie nouveauté, ce serait d'avoir une femme chef d'État ".

Pauline Marois se considère également " la mieux préparée " pour " bâtir le pays " en raison de ses états de service. " Quand on va se faire opérer, c'est quelque chose de grave et de sérieux, est-ce qu'on n'a pas le goût de prendre le chirurgien, celui qui a fait ses preuves? " s'est-elle demandé.

Affaire Boisclair: Marois se défend

Pauline Marois se défend bien d'avoir alimenté la controverse entourant le passé de consommateur de cocaïne de son rival André Boisclair.

" Je n'ose plus ouvrir la bouche pour parler d'André, parce qu'on m'a accusée de l'avoir dénoncé. Mais je ne savais même pas avant que je lise ça, comme tout le monde, qu'il en prenait. Je suis très prudente ", a-t-elle affirmé.

Pauline Marois assure qu'elle ne savait rien de la consommation de cocaïne d'André Boisclair, même si le député François Gendron a affirmé que " la plupart des collègues étaient au courant des rumeurs ".

Tout ce qu'elle savait, a-t-elle précisé, c'est " qu'il prenait un verre, qu'il avait des partys ".




Boisclair foes pin hopes on second ballot

JOSÉE LEGAULT
The Montréal Gazette 14.10.2005

This week, the Parti Québécois leadership race got its second wind. Despite predictions of André Boisclair's victory, Pauline Marois and Richard Legendre clearly signalled that this race ain't quite over yet. Even Louis Bernard got the support of René Lévesque's widow, Corinne Côté-Lévesque. A biography of Legendre was released. The hastily prepared book won't win the Pulitzer Prize, but it will put his name and smiling face, featured on its cover, in the bookstores.

More than 100 female opinion leaders came out to support Marois. She's getting more media attention. She is benefitting from Boisclair's decision to ignore the media for a while, probably fearing more questions about his pAst useof cocaine.

But Marois is also getting more visibility because more people are starting to wonder why she's lagging behind Boisclair, given she's the most experienced candidate.

Whether or not people think that being a woman in the boys' club of politics has been a handicap for her, what matters for Marois is that more people are talking about her and noticing her experience in a positive way.

As a result, the race is entering a wbole new phase with a different kind of battle. Some would say that Marois and Legendre's renewed will to fight means they're jockeying to finish a good second with Boisclair as the winner: Wrong.

This is the new battle plan: Eat away enought support from Boisclair so that on Nov. 15, he doesn't win on the first ballot. To do this, all the other candidates must get enough total support so they can keep Boisclair from getting a first-ballot majority.

If they do, anything could happen. With PQ members voting by phone and giving their choices for second, third and fourth ballots in advance, the outcome of more than one ballot is unpredictable. Here's why:

Chances are most Péquistes won't pick Boisclair on the first ballot dislike him enough not to make him their second or third choice. Another problem for Boisclair is that a sizeable portion of the 20,000 new members his team claims to have signed- up come from CEGEP and university campuses and from other networks that are not traditionally linked to the PQ.

So how many of these new members will actually pick up a phone and vote? And should there be more than one ballot, how many of them will know enough about inside PQ politics to pik strategic second or third choice that won't favour Boisclair's opponents?

Who knows what else could happen in the next five week? The anti-Boisclair clans hope for new revelations about his past. But even without that, Marois and Legendre could still increase their support.

Given that there is no charismatic, natural leader of the stature of a Lévesque, a Parizeau or a Bouchard among the nine candidates, there is one crucial quality any candidate who hopes to be elected leader must have if the PQ is to have any chance of winning the election and a referendum.

That is the ability to unite the PQ's factions in view of what"s come. Péquistes must pick a leader who will be open to all factions; one who hasn't burned his bridges with any of them, be it the right or the left, the soft- or the hard-liners.

Boisclair's criticisms of the left wing and hard-line factions make him more vulnerable than the more accommodating Marois or Legendre. But there's still enough time for Boisclair to adopt a more conciliatory attitude.

Marois or Legendre could also succeed in convincing more Péquistes they can better unite the party. If they do, the vote could go for more than one ballot. That's when all predictions would be off.

But until the end of the race, Marois and Legendre will be faced with a handicap that's far less visible but much harder to counter than being a woman in a man's world, or a former tennis pro with little politic experience.

That handicap is the party establishment itself - a product of the Bouchard and Landry eras. Like any establishment, it seeks to protect its control of the party apparatus and its privilege. This one does it by working for Boisclair, who is Landry's favored successor.

Most of Landry's entourage supports Boisclair including bis former chief-of-staff, Lyne-Sylvie Perron. They know that Marois's or Legendre's victory, like any changing of the gumd, would mean the end of their era, the arrival of a new establishment and a different, less confrontational political culture.

That's why facing this force of inertia at the top, Marois's and Legendre's only hope is to persuade enough rank-and-file. members to take them to the second ballot.




Stratégie de développement - Québec met le cap sur la croissance du revenu personnel

Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 14 octobre 2005

Québec -- Le ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation, Claude Béchard, a présenté hier la stratégie économique du gouvernement Charest qui, si elle contient peu de nouvelles mesures, fixe une cible d'augmentation du revenu personnel des Québécois jusqu'en 2010 en misant sur l'initiative de l'entreprise privée.

Depuis 2003, à la faveur d'une réduction des crédits d'impôt aux entreprises et du chambardement à la Société générale de financement (SGF), les libéraux ont réussi à «remettre le gouvernement à sa place dans l'économie», s'est réjoui M. Béchard en dévoilant lors d'une conférence de presse le document de 90 pages intitulé L'Avantage québécois - Stratégie gouvernementale de développement économique.

«C'est la carte routière économique du gouvernement pour les cinq prochaines années», a dit M. Béchard. Le gouvernement s'est fixé comme cible de faire en sorte que le revenu personnel par habitant des Québécois augmente plus rapidement que celui des Canadiens d'ici 2010. En 2004, le revenu personnel moyen a été de 28 373 $ au Québec alors que la moyenne canadienne se situait à 30 125 $.

«C'est un objectif ambitieux», a dit le ministre Béchard. Pourtant, au cours des cinq années précédentes, de 2000 à 2004, le revenu personnel des Québécois avait crû plus rapidement que la moyenne canadienne, soit de 3,54 % par an, contre 3,2 % pour l'ensemble canadien. Au cours de ces cinq années, le Québec a dépassé la moyenne canadienne, sauf à la première année complète du règne libéral, en 2004.

Déjouer les prédictions

Au cabinet de M. Béchard, on a expliqué hier que les économistes prévoient que le Québec traînera la patte entre 2005 et 2010, affichant une croissance du revenu personnel moyen de 3,74 % par an, contre 3,8 % dans le reste du Canada. L'objectif du gouvernement consiste à déjouer les projections des économistes.

Alors que la promesse libérale de baisses d'impôt de un milliard de dollars par année pendant cinq ans s'avère impossible à tenir, les Québécois pourraient compter sur une hausse de leur revenu personnel pour s'enrichir. «On vise toujours à diminuer les impôts des Québécois», a soutenu M. Béchard. Mais si le gouvernement Charest est incapable de remplir cette promesse, c'est qu'«on n'est pas assez riches. On n'a pas assez de revenus au Québec. On joue toujours dans la colonne des dépenses», a dit le ministre.

En 2003, Jean Charest présentait le Québec comme le dernier de classe en Amérique du Nord (52e des États en matière de niveau de vie). À l'opposé, M. Béchard s'est montré fort optimiste hier. «Aujourd'hui, le Québec est une des sociétés les plus riches en Amérique du Nord et dans le monde. Je veux qu'on continue à bâtir là-dessus», a-t-il dit. Dans cinq ans, le Québec doit être «une des économies les plus dynamiques en Amérique du Nord», a-t-il ajouté.

En plus de l'objectif global touchant le niveau de vie des Québécois, le document énumère 28 cibles. Le ministre a dit compter sur le Conseil des partenaires économiques, au sein duquel siègent tous les acteurs économiques, y compris les syndicats, l'Union des producteurs agricoles et des représentants du milieu culturel, pour obtenir des résultats.

Formalités administratives

D'ici 2010, le gouvernement veut réduire de 20 % le coût des formalités administratives imposées aux entreprises. Il souhaite porter de 2,7 à 3 % du produit intérieur brut (PIB) les dépenses en recherche-développement au Québec, qui passeraient de 6,5 milliards en 2002 à 10 milliards en 2010. Pour atteindre cet objectif, le gouvernement crée une nouvelle structure, le Conseil des partenaires de l'innovation, que présidera l'ancien sous-ministre à la Recherche, Camille Limoges.

Pour combler les pénuries de main-d'oeuvre dans le secteur manufacturier, le gouvernement table sur une hausse de 10 % du nombre de diplômés en formation professionnelle et technique. Il veut aussi que se créent 1000 entreprises par an d'ici 2010 tout en augmentant de 25 % le nombre d'entreprises exportatrices.

Création d'emplois

La stratégie gouvernementale ne précise aucune cible pour la création d'emplois et ne fait état d'aucune mesure de nature financière autre que celles qui ont été annoncées dans les budget libéraux précédents, la plus importante étant la baisse graduelle de la taxe sur le capital.

Les milieux d'affaires ont bien réagi hier à l'annonce du ministre. La présidente de la Fédération des chambres de commerce du Québec, Françoise Bertrand, estime que le gouvernement, en jouant un rôle de coordonnateur plutôt que d'entrepreneur, fait bien de laisser au secteur privé le soin de créer la richesse.

À la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, on se réjouit que le gouvernement reconnaisse explicitement que la métropole constitue «la locomotive économique du Québec». Le Conseil du patronat du Québec salue aussi cette stratégie gouvernementale mais prévient que «c'est dans l'action que l'on jugera du sérieux du projet».

Le vice-président, Québec, de la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, Richard Fahey, accueille favorablement l'intention du gouvernement de réduire la paperasse. Il estime toutefois que l'objectif gouvernemental d'accroissement de la richesse n'est pas assez ambitieux. «Il faut dépasser la moyenne canadienne. On a tous les atouts pour aller au-delà de ça», a-t-il dit.

L'opposition

Pour François Legault, porte-parole de l'opposition officielle en matière d'économie, le document rendu public hier est «un ramassis de voeux pieux sans aucun sou». Il ne contient aucune cible de création d'emplois, a-t-il déploré. Or, depuis avril 2003, la moitié des régions du Québec ont subi une perte nette d'emplois, a-t-il signalé, et le Québec dans son ensemble n'a créé que 20 % des nouveaux emplois au Canada.

Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, estime qu'il est difficile de prendre au sérieux des engagements du gouvernement Charest pour 2010 alors que ses promesses des dernières années n'ont pas été tenues. M. Dumont juge que les mesures annoncées sont «extrêmement timides» compte tenu des pertes d'emplois affectant le secteur manufacturier québécois en raison de «la guerre commerciale» qui se joue avec la Chine.




Rééquilibrage

Brigitte Breton
Le Soleil vendredi 14 octobre 2005

Éditorial - De tout pour tous. Voilà ce qui se dégage de la stratégie de développement économique dévoilée hier par le ministre Claude Béchard. Un document qui sert davantage à faire ressortir ce qu'a réalisé le gouvernement Charest depuis son élection, qu'à préciser ce qu'il fera pour favoriser la création d'emplois et pour améliorer le niveau de vie des Québécois.

Le plan du gouvernement était attendu. Les libéraux avaient si souvent dénoncé l'interventionnisme débridé du gouvernement péquiste qu'il pressait de savoir comment ils appliqueraient leur théorie lorsque de grandes entreprises réclameraient l'aide de l'État, que des régions appelleraient au secours et que la concurrence se ferait encore plus vive pour les PME d'ici.

Le gouvernement a mis plus de deux ans à concocter une stratégie, un "cadre intégrateur global", qui peut finalement répondre aux goûts de tous. À ceux opposés à l'interventionnisme étatique, le gouvernement dit, quelle surprise, que c'est le secteur privé qui est le moteur de l'économie québécoise. Tout doit donc être mis en place pour que les entreprises oeuvrent dans un contexte législatif, fiscal et réglementaire favorable à leur développement. Moins de paperasse, moins de taxes et de meilleurs services gouvernementaux pour leur faciliter la tâche.

Ceux qui croient au coup de pouce de l'État pour créer de la richesse constateront de leur côté que le gouvernement est prêt à faire sa part. Sa contribution sera le développement de l'hydroélectricité et de l'énergie éolienne, la construction et l'amélioration des infrastructures de transport, le financement de la recherche, mais aussi, de l'aide financière à certaines entreprises. Ce n'est pas un désengagement total de l'État. Plutôt, un rééquilibrage. Plus de 2,6 milliards $ seront consacrés aux entreprises en 2005-2006.

Tout le monde partagera les objectifs fixés par M. Béchard. Un meilleur niveau de vie, une main-d'oeuvre plus qualifiée, une productivité accrue, plus d'investissement, de recherches, d'exportations, et de richesse à redistribuer. Ces cibles sont dans le paysage depuis des années. Les atteindre nécessite cependant une mobilisation collective. Ni le gouvernement ni le secteur privé ne peuvent y arriver seul. Le ministre a donc ressorti le discours de la concertation entre tous les partenaires gouvernementaux, privés et syndicaux. Un discours qui sonne faux dans l'atmosphère de grogne qui règne depuis deux ans. C'est la principale faiblesse de la stratégie libérale : la difficulté, voire l'incapacité, de rallier les troupes autour d'objectifs communs.

BBreton@lesoleil.com




Québec dévoile sa "carte routière" de l'économie
Des "chargés d'affaires" pour les entrepreneurs

Denis Lessard
La Presse vendredi 14 octobre 2005

Québec - Le revenu personnel des Québécois devrait augmenter plus rapidement que celui des Canadiens d'ici 2010, selon la " stratégie " de développement économique rendue publique par le ministre Claude Béchard. Une cible qui est déjà atteinte régulièrement depuis les cinq dernières années.

Avec des moyens techniques impressionnants, le ministre du Développement économique a rendu publique hier la stratégie du gouvernement Charest en matière de développement économique. Essentiellement une série d'objectifs, de résultats que devrait viser le Québec d'ici la fin de la décennie.

Principal objectif: faire en sorte que le revenu personnel par habitant au Québec " augmente plus rapidement que celui des Canadiens en moyenne au cours des cinq prochaines années ".

Or, ce fut le cas quatre fois depuis l'an 2000 et, au cours des 20 dernières années, le Québec a fait mieux que le reste du pays à 12 reprises, indiquent les statistiques du ministère.

Relancé à ce sujet, M. Béchard a paru embarrassé. " L'objectif n'est pas pratiquement atteint... On veut s'assurer que cela va continuer, que ce soit mieux que la moyenne. " Il a même soutenu que l'objectif principal de sa " stratégie " sur la table de travail depuis deux ans pourrait facilement être revu à la hausse. " Si, dans trois ou six mois, on est à ce point sur la bonne voie, je n'ai pas de problème à ce que l'objectif soit modifié en cours de route ", a-t-il dit.

Sans nouvel engagement financier, le document " L'Avantage québécois ", détermine une longue liste d'objectifs pour la fin de la décennie. " Ce n'est pas un budget, c'est la carte routière de l'économie québécoise pour les cinq prochaines années ", explique M. Béchard. " On veut faire du Québec une société plus riche. Il on veut jouer dans la colonne des revenus, plutôt que d'être toujours forcé de sabrer dans les dépenses ", résume-t-il.

Un geste concret: à partir de janvier prochain, les entrepreneurs cesseront de devoir frapper à une multitude de portes dans les ministères et organismes. Les fonctionnaires du ministère du Développement économique deviendront " chargés de projet ", interlocuteur unique d'une entreprise auprès de l'administration publique.

La politique ne fixe pas de barre pour la création d'emplois. La capacité de trouver de la main-d'oeuvre qualifiée pour les emplois existants préoccupe davantage les entrepreneurs, observe M. Béchard. On ne trouve pas non plus de cible pour l'augmentation de la productivité- un écart de 15 % subsiste encore avec les États-Unis.

Le document récupère aussi les objectifs en matière de développement énergétique. D'ici 2015 cette fois, on devrait augmenter de 3500 mégawatts la production d'énergie éolienne et de 3400 mégawatts la production d'hydroélectricité.

Du côté de l'opposition péquiste, on a accueilli froidement " la liste des voeux pieux " du ministre Béchard.

" Le gouvernement Charest n'est plus à l'heure des promesses, mais des actions, et c'est un peu gênant de le voir arriver aujourd'hui avec une liste de promesses ", dit François Legault, critique financier de son parti.

" Il n'y a pas un sou, pas de moyens là-dedans pour atteindre les cibles. On parle de tout sauf de la création d'emplois et on remet à plus tard, d'autres stratégies pour l'investissement, l'énergie, l'industrie aéronautique ", lance l'ancien ministre.

M. Béchard a beau dire que la détermination de cibles constitue une première, des objectifs avaient été fixés au moment du Sommet sur l'emploi du gouvernement Bouchard, relève M. Legault. Quant aux " chargés de projets ", ils existent déjà à Investissements Québec, qui visait précisément à offrir un guichet unique, rappele M. Legault.

Lapidaire, Mario Dumont attaque aussi la crédibilité d'engagements à long terme. " Il est difficile de prendre au sérieux les engagements du gouvernement libéral pour 2010 quand ils n'ont pas respecté ce qu'ils nous ont promis l'an dernier ", dit le chef adéquiste.

QUELQUES CIBLES DE QUÉBEC

Réduire de 20% de plus le coût des formalités administratives imposées aux entreprises d'ici 2010. Faciliter le traitement des dossiers des promoteurs, notamment en réduisant le nombre d'interlocuteurs gouvernementaux avec lesquels ils ont à négocier. Atteindre 3%du PIB en dépenses de recherche d'ici 2010 et se maintenir dans le peloton de tête des pays performants au cours des années subséquentes. À ce taux, les dépenses de R-D passeraient de 6,5 milliards en 2002 à près de 10 milliards en 2010. Faire passer la part des entreprises dans le financement de la R-D de 60%en 2002 à plus de 66%en 2010, soit de 3,9 milliards de dollars à 6,6 milliards. Accroître, d'ici 2010, de 74% à 80%, la proportion de personnes de la population en âge de travailler qui sont titulaires d'un diplôme. Porter le rythme de création nette d'entreprises du Québec à 1 000 entreprises par an en moyenne d'ici 2010. Accroître, d'ici 2015, la capacité de production d'énergie hydroélectrique de 3400 mégawatts en investissant plus de 15 milliards de dollars à cette fin (ce qui représente une augmentation d'environ 10%de la production). Développer la transformation des ressources forestières en visant, d'ici 2010, des investissements supplémentaires de 220 millions dans les deuxième et troisième transformations des produits du bois. Rehausser les initiatives d'exploration minière en visant, d'ici 2010, des investissements de 1 milliard de dollars.




On a la carte routière, mais où sont les clefs?

Sophie Cousineau
La Presse vendredi 14 octobre 2005

L'avantage québécois. C'est ainsi que s'intitule la nouvelle stratégie de développement économique du Québec, dévoilée hier par le ministre Claude Béchard.

La similitude avec le fameux " Alberta Advantage " est frappante, pour ne pas dire flagrante. Le premier ministre Ralph Klein a claironné ce slogan durant sa campagne de réélection l'an dernier. Le site Internet du gouvernement de l'Alberta y consacre toute une section, expliquant avec force arguments pourquoi cette province est l'un des meilleurs endroits où vivre et investir en Amérique du Nord.

Le Québec ne s'est pas inspiré de l'Alberta, affirme pourtant Pierre Choquette, attaché de presse du ministre du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation. Claude Béchard affectionne cette expression depuis longtemps, explique-t-il. La ressemblance ne serait que coïncidence.

Il vaut sans doute mieux ainsi puisque la comparaison n'aurait fait que mettre en relief le désavantage québécois. À défaut de trouver un énorme gisement de pétrole en Gaspésie ou du gaz naturel à Saint-Hyacinthe, le Québec n'a ni les moyens ni les ambitions de l'Alberta. Et c'est ce que confirme platement la stratégie dévoilée hier.

Son " objectif global " est de faire en sorte que la richesse des Québécois, mesurée par le revenu personnel par habitant, augmente plus rapidement que celle des Canadiens en moyenne.

Or, vérification faite auprès de l'Institut de la statistique du Québec, cet objectif est déjà atteint! De 1999 à 2003, la croissance du revenu personnel par habitant au Québec a été supérieure à celle du Canada, et cela, pour chacune de ces cinq années. Avec la faible croissance démographique du Québec, cela se fait presque tout seul...

Il aurait mieux valu viser une croissance économique supérieure à celle du Canada. Mais en plaçant la barre plus haut, le gouvernement Charest aurait couru le risque d'échouer.

Ce grand objectif se double d'actions et de cibles précises à atteindre d'ici 2010. C'est ici que cela se corse.

Pour que le Québec soit plus concurrentiel, par exemple, le gouvernement compte " poursuivre son objectif de réduction du fardeau fiscal des particuliers "! Pourtant, il y a juste deux semaines, le ministre des Finances, Michel Audet, a renié l'engagement des libéraux de baisser les impôts de 1 milliard de dollars par an pendant cinq ans. " On doit tenir compte de la réalité ", affirmait-il.

" L'objectif n'est pas abandonné, a soutenu hier Claude Béchard. On vise toujours à réduire les impôts des contribuables québécois. "

Autre objectif " ambitieux ", réduire l'écart de productivité entre le Québec et les États-Unis, actuellement de 15 %, bien que le ministre Béchard n'ait pu préciser hier dans quelle proportion. La faible productivité (valeur de production par heure travaillée) ralentit la croissance de la province tout en faisant grimper les prix des biens et des services, ce qui affecte directement le niveau de vie des Québécois.

Le grand principe d'action du gouvernement est arrêté. " L'État n'est pas un promoteur. Mais l'État va investir ", dit le ministre Béchard.

Plusieurs des grands travaux identifiés hier sont connus: investissements de 10 milliards dans les infrastructures de transport d'ici 2010; projets de 20 milliards pour augmenter la production d'électricité d'ici 2015; réduction de la taxe sur le capital, à 0,29 % d'ici 2009. Longue est la liste des courses du gouvernement du Québec.

Les journalistes qui cherchaient hier à savoir par quels moyens le Québec atteindra ces cibles sont restés sur leur faim. Par exemple, pour accroître les dépenses en recherche et en développement, est-ce qu'on rétablira le crédit d'impôt à la R&D qui avait été amputé en 2003?

" Ce n'est pas un budget. C'est la carte routière économique du gouvernement pour les cinq prochaines années ", a expliqué Claude Béchard.

On a peut-être la carte, mais où diable sont passées les clefs de la voiture? Bref, comment s'y rendra-t-on?

Les nouvelles politiques dans l'aérospatiale et dans la pharmaceutique sont inachevées. La nouvelle stratégie d'investissement de la Société générale de Financement (SGF), qui a terminé son régime sec, est élaborée, mais le gouvernement n'a toujours pas avalisé le nouveau plan de développement 2005-2009. Un détail intéressant a filtré: la SGF tentera de convaincre les firmes établies à l'étranger de vanter les mérites du Québec. Elle récompensera financièrement les ingénieurs, avocats ou autres professionnels qui attireront des investisseurs ici, bien que le montant de cette prime ne soit pas encore arrêté.

Au moins, le gouvernement pouvait annoncer hier des gestes précis pour simplifier ses façons de faire. Rien qui exige de l'argent, juste du gros bon sens.

Le gouvernement compte mettre encore plus de formulaires dans le bac à recyclage. Québec compte réduire de 20 % de plus les formalités administratives d'ici 2010. Cet engagement s'ajoute à la promesse de réduire de 20 % les tracasseries faites en 2003, les trois quarts de cet objectif ayant déjà été atteints.

Les sociétés ou entrepreneurs qui montent un projet d'investissement n'auront plus à cogner à toutes les portes du gouvernement. Dès le 1er janvier, ils auront un interlocuteur unique qui se chargera d'aplanir les difficultés qui pourraient surgir dans tous les ministères.

Dans son enthousiasme, hier, le ministre Claude Béchard a même affirmé que ces chargés de projets iraient jusqu'à monter le plan d'affaires des " patenteux " québécois qui ne savent pas trop comment s'y prendre pour commercialiser leurs découvertes et procédés.

Pas convaincue que les fonctionnaires soient les plus qualifiés ou qu'ils aient même le temps d'accomplir ce travail. Mais que les entrepreneurs ne se perdent plus dans le labyrinthe des ministères, c'est déjà un bon début.

Sophie.cousineau@lapresse.ca




De l'inefficacité d'Ottawa - Le déséquilibre fiscal existe, mais d'où proviennent les surplus?

François Legault
La Presse vendredi 14 octobre 2005

C'est avec intérêt que j'ai lu les deux chroniques publiées par Alain Dubuc les 30 septembre et 1er octobre derniers sur le déséquilibre fiscal et la souveraineté du Québec. D'entrée de jeu, j'affirme que le déséquilibre fiscal existe et que le fédéralisme coûte cher aux Québécois. Il ne s'agit en rien d'un " mythe " ni encore moins d'un " mensonge ". Les Québécois paient trop d'impôts à Ottawa, alors que le gouvernement du Québec n'arrive plus à financer les services de base à la population en raison entre autres de la croissance des besoins et des coûts en santé.

Depuis plus de 40 ans, les fédéralistes québécois n'arrivent pas à faire accepter au reste du Canada des réformes politiques et fiscales qui permettraient au Québec d'assumer pleinement son développement. L'écart entre les gestes unilatéraux d'Ottawa et les rêves de Benoît Pelletier s'accroît chaque jour. Tout indique de plus en plus clairement que la seule façon pour le Québec de mettre fin au sous-financement en santé et en éducation est de rapatrier tous ses impôts et de faire ses propres choix. Bref, de devenir un pays souverain.

Tel qu'exposé dans une étude présentée le printemps dernier, les gains financiers de la souveraineté du Québec seraient de l'ordre de 17,1 milliards de dollars sur cinq ans, dont 5,3 milliards de dollars récurrents la cinquième année (1).

Alain Dubuc fonde son argumentation sur les données des Comptes économiques provinciaux. Il doit pourtant savoir que les Comptes économiques ne présentent pas un portrait réel des échanges Ottawa-Québec. La commission Bélanger-Campeau - non partisane - l'a bien établi, de même qu'une étude sur les finances publiques d'un Québec souverain de l'INRS-Urbanisation.

Les chiffres avancés par Alain Dubuc ne sont donc pas fiables. En réalité, les Québécois verseront cette année environ 41,2 milliards de dollars à Ottawa et ne recevront - avant élimination des chevauchements - que 40,7 milliards de dollars en services d'Ottawa. Voilà les vrais chiffres.

Chevauchements administratifs

L'argumentaire d'Alain Dubuc repose sur une fausse prémisse, celle voulant que la marge de manoeuvre d'un Québec souverain dépende uniquement de l'élimination des chevauchements.

N'empêche que les coûts résultant des chevauchements administratifs entre les gouvernements du Québec et d'Ottawa représentent des sommes significatives dont Alain Dubuc ne devrait pas sous-estimer l'importance. Selon une évaluation conservatrice, leur élimination permettrait d'économiser 2,7 milliards de dollars par année. Trouve-t-il efficace le fait qu'Ottawa vienne ajouter à chaque année des programmes qui viennent dédoubler des programmes déjà existants à Québec?

Mais la principale motivation pour faire du Québec un pays est de pouvoir établir nos priorités et faire nos propres choix. Or, dans le cadre fédéral actuel, Ottawa dépense sans compter nos taxes et nos impôts alors que le gouvernement du Québec peine à financer les services de base en santé et en éducation.

Ottawa tente par tous les moyens de berner les citoyens en éliminant ses surplus afin de démontrer que le déséquilibre fiscal n'existe pas. Paul Martin, annonce même, dans un projet de loi portant sur l'utilisation des futurs surplus, la liste des cadeaux à venir.

Le déséquilibre fiscal ne se mesure pas simplement en calculant les surplus du gouvernement fédéral, mais surtout en fonction des impôts et des taxes qu'il perçoit pour assumer ses obligations. Ottawa prélève trop d'impôts et de taxes pour les compétences dont il a la responsabilité, ce qui est à l'origine des abus du pouvoir fédéral de dépenser.

Le Conference Board prévoit qu'au cours des prochaines années, les revenus d'Ottawa augmenteront de 4,4 % par année, alors que les dépenses dans ses champs de compétences ne devraient croître que de 2,2 %. En récupérant du gouvernement fédéral des revenus qui croissent plus rapidement que les dépenses qui y sont associées, les marges de manoeuvre prévues d'un Québec souverain iront en augmentant. Et celles-ci pourront être investies en fonction des priorités des Québécois.

Le déséquilibre fiscal est bien réel. Il amène le gouvernement fédéral à dépenser de façon inefficace, en multipliant les chevauchements, au détriment de nos vraies priorités comme l'éducation et la santé.

Dans le régime fédéral, les Québécois n'en reçoivent pas pour leur argent, mais surtout le Canada dépense mal notre argent. La souveraineté permettrait, entre autres, de mettre fin à ce gaspillage.

(1) L'étude sur les Finances d'un Québec souverain est disponible sur les sites www.francoislegault.org et www.pq.org




Non, de l'Ontario et de l'Alberta

Alain Dubuc
La Presse vendredi 14 octobre 2005

M. Legault,

Si vous aviez lu mes deux chroniques avec attention, vous sauriez que je n'ai jamais qualifié le déséquilibre fiscal de "mythe" et de "mensonge". J'ai au contraire consacré une vingtaine de textes sur cette question depuis deux ans, où j'ai exprimé ma conviction que ce déséquilibre existe, qu'il nuit aux provinces, qu'il affecte la qualité des services, qu'il pervertit le processus politique.

Ce que je dénonçais plutôt, c'est l'utilisation abusive de ce problème réel par votre formation politique, le fait de présenter les surplus d'Ottawa comme des sommes financées par les Québécois, par notre argent, et à laisser croire que la souveraineté permettrait de récupérer cet argent.

Je me permets de citer un extrait d'un texte que vous avez publié dans La Presse, le 22 septembre: " Le déséquilibre fiscal démontre le dysfonctionnement du système fédéral. L'argent est à Ottawa et les besoins à Québec. La souveraineté aurait pour effet de corriger ce déséquilibre et d'allouer les ressources fiscales là où les besoins se font sentir. Il s'agirait d'une évolution positive. À moins que l'on ne préfère que le gouvernement fédéral continue à engranger des surplus... "

Mes textes démontraient de façon très claire qu'on ne peut pas faire le lien que vous faites entre le déséquilibre fiscal et la souveraineté. D'abord parce que le surplus budgétaire d'Ottawa ne provient pas du Québec, il est plutôt financé par les provinces riches. Et si le Québec choisissait l'indépendance, il ne pourrait pas mettre la main sur des sommes provenant de l'Ontario et de l'Alberta. Il perdrait irrémédiablement son accès à ce surplus. La récupération du déséquilibre fiscal est donc un débat qui n'est possible que dans le cadre du fédéralisme. Il perd tout son sens si le Québec choisit la souveraineté.

J'ajoutais, en utilisant votre propre étude, que les gains de la souveraineté que vous évoquez, le fameux 17,1 milliards, proviendrait non pas de la récupération d'un quelconque surplus mais qu'il " repose essentiellement sur les économies que permettrait l'élimination des chevauchements ".

Manque de limpidité

Il y a, dans le discours de votre parti, et dans le vôtre, un manque de limpidité qui induit les Québécois en erreur. Je me serais attendu que vous profitiez de cette lettre pour répondre à mon analyse, pour dissiper le malentendu et pour préciser très clairement qu'un Québec souverain ne peut, en aucun cas, mettre la main sur les surplus fédéraux du déséquilibre fiscal.

Mais non. Vous avez choisi de nier l'évidence. Et vous affirmez plutôt que " L'argumentaire d'Alain Dubuc repose sur une fausse prémisse, celle voulant que la marge de manoeuvre d'un Québec souverain dépende uniquement de l'élimination des chevauchements ".

Mais est-ce que vous vous êtes rendu compte, en écrivant votre lettre, que vous vous contredisez, que les chiffres que vous utilisez infirment vos affirmations et qu'ils confirment ce que j'avance?

" En réalité, écrivez-vous, les Québécois verseront cette année environ 41,2 milliards de dollars à Ottawa et ne recevront- avant l'élimination des chevauchements- que 40,7 milliards de dollars en services d'Ottawa. Voilà les vrais chiffres. "

Je ne suis pas comptable comme vous, mais je sais additionner et soustraire. Et cette opération simple me permet de conclure, avec vos chiffres, que les Québécois versent 500 millions de plus à Ottawa qu'ils n'en retirent- pour être bien clairs: 41,2 $- 40,7 $ = 0,5 $. Ce n'est pas un gros surplus, pas du tout dans l'ordre de grandeur du déséquilibre fiscal. Ce n'est pas ce maigre 500 millions qui donnerait au Québec sa marge de manoeuvre.

Et je poursuis, avec votre propre étude- pour précision, à la page 40, au tableau 20. Sur les 17,1 milliards de gains que permettrait la souveraineté sur une période de cinq ans, une somme de 10,7 milliards, soit presque les deux tiers, proviendrait des économies que permettrait l'élimination des chevauchements. Je ne l'ai pas inventé, ce sont vos chiffres. Ce sont ces économies potentielles qui vous donnent l'essentiel de votre marge de manoeuvre.

Pourquoi essayer de le nier, comme vous le faites? Je me permets une hypothèse. Il est politiquement plus facile de faire miroiter des gains qui reposent sur la récupération d'un " moton " qui nous attend, que d'annoncer aux citoyens que les gains de la souveraineté reposeront sur une opération de restructuration très difficile, impossible sans sacrifices et sans mises à pied massives. Et tant que les yeux sont fixés sur le déséquilibre fiscal, l'attention porte moins sur les détails de votre étude, sur les hypothèses parfois fragiles qui vous ont permis d'en arriver à un surplus de 17 milliards.

Adubuc@lapresse.ca




Le monde selon Martin

André Pratte
La Presse vendredi 14 octobre 2005

Éditorial - La première question posée au premier ministre Paul Martin, à l'occasion de sa rencontre d'hier avec les journalistes de La Presse, portait sur les relations (plutôt mauvaises) entre son gouvernement et celui de Jean Charest. Après un début de réponse, M. Martin a tenu à porter la discussion à un autre niveau: " Toutes les décisions de mon gouvernement, a-t-il dit en substance, s'inscrivent dans la nécessité de positionner le Canada pour profiter de l'émergence de la Chine et de l'Inde comme puissances économiques mondiales. "

Paul Martin a une vision de l'évolution du monde qui tranche avec la politique politicienne et les petites chicanes qui monopolisent l'attention des médias. On pourra l'accuser, sans doute en partie avec raison, de trouver dans cette vision un faux-fuyant. Toutefois sur le fond, le premier ministre a raison. La prospérité future du Canada, de même que son indépendance à l'égard du géant américain, dépendent de notre capacité à tisser des liens avec les deux immenses pays qui vont dominer l'économie planétaire au cours des prochaines décennies.

Lorsqu'on lui a rappelé que depuis plusieurs mois, la moitié des Québécois disent aux sondeurs qu'il sont en faveur de la souveraineté du Québec, M. Martin a répondu avec une conviction et une passion qu'on ne lui voit pas souvent afficher, replaçant à nouveau cette question dans le contexte international d'aujourd'hui: " Nous entrons dans un monde de géants, a-t-il expliqué. La Chine, l'Inde, les États-Unis, le Japon, la Russie, l'Europe. C'est à ces géants qu'il faudra tenir tête. Le Canada, grâce à ses ressources naturelles et sa géographie, dispose pour ce faire d'atouts extraordinaires. Pourquoi, comme Québécois, voudrions-nous abandonner cela, nous séparer pour avoir un pays de 8 millions d'habitants? " Voilà un argument fort pertinent, que les Québécois auraient avantage à méditer, et que M. Martin devrait exposer plus souvent.

Paul Martin paraît désormais à l'aise dans ses fonctions, alors qu'on avait l'impression jusqu'à maintenant que le manteau était trop grand pour lui. Il expose des idées claires, maîtrise ses dossiers, et n'évite pas la controverse aussi systématiquement qu'autrefois. On l'a vu la semaine dernière, à New York, alors qu'il a mis en garde les États-Unis contre les conséquences de leur intransigeance dans le dossier du bois d'oeuvre. Il est revenu sur cette question hier, soutenant que " si je froisse quelqu'un parce que je défends le Canada, so be it! " Au sujet des velléités du Québec de prendre une place plus importante sur la scène internationale, M. Martin a aussi exprimé son point de vue d'une manière étonnamment tranchée: " J'appuie M. Pettigrew à 100 %. Le gouvernement fédéral doit consulter les provinces, mais en définitive, le Canada doit parler d'une seule voix. "

M. Martin semble savoir désormais où il va et est en mesure de l'exprimer clairement aux Canadiens. Bravo! Cela ne lui donne pas raison à tout coup. Ainsi, si nous comprenons sa volonté de préserver l'efficacité de la politique étrangère canadienne, nous nous demandons pourquoi il ne serait pas possible de convenir d'une entente-cadre sur la place particulière du Québec dans ce domaine. M. Martin affirmait d'ailleurs l'an dernier: " Le Québec doit pouvoir s'exprimer (dans les forums internationaux) sur les grands sujets qui le touchent de près. La porte doit lui être toute grande ouverte, sans équivoque. Et elle le sera. " Hier, la porte semblait fermée et verrouillée à double tour.

Le premier ministre n'a pas tort de s'opposer à une lecture statique et rigide du partage des compétences entre les ordres de gouvernement au Canada. Tout en s'engageant à respecter les compétences des provinces, il fait une distinction juste entre " les juridictions provinciales et l'intérêt national ". Ainsi, il estime que le développement à travers le pays de services de garde accessibles relève de l'intérêt national, tout en jurant que chaque province pourra se servir de l'argent fédéral à sa manière. Fort bien. Si cela est vrai, pourquoi y a-t-il impasse dans les négociations entre son gouvernement et celui du Québec? Le Québec ayant déjà développé son réseau de garderies, on voit mal quelles conditions Ottawa pourrait bien lui imposer avant de lui verser l'argent promis.

Il est donc réconfortant de voir M. Martin affirmer plus clairement sa vision du monde et du Canada et inscrire l'action de son gouvernement dans cette vision à long terme. Dans plusieurs domaines de la gestion courante cependant, notamment dans les relations entre le fédéral et le gouvernement du Québec, il y a contradiction entre ce que M. Martin dit et ce qu'il fait. Ce sont des contradictions que le premier ministre devra résoudre s'il veut regagner l'appui d'une majorité de Québécois.




Naissance d'un géant

Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 14 octobre 2005

ÉDITORIAL - L'acquisition de Sogides par Quebecor a été reçue comme un coup de tonnerre dans le monde de l'édition québécois, où les inquiétudes s'expriment ouvertement devant la naissance de ce qui sera l'éditeur le plus important et le plus puissant du Québec. Si toutes ces inquiétudes ne sont pas fondées, certaines sont légitimes, et il sera du devoir du nouveau regroupement de préciser ses intentions.

La vente de Sogides était inéluctable. N'ayant personne au sein de sa famille qui puisse prendre sa succession, ce qui est aussi le cas de plusieurs autres éditeurs qui approchent de la retraite, Pierre Lespérance se devait d'assurer la pérennité de l'entreprise fondée par son père il y a 47 ans et qui compte aujourd'hui quelques centaines d'employés et d'auteurs, un imposant catalogue d'oeuvres publiées et un réseau de distribution qui dessert 110 maisons d'édition québécoises et étrangères.

Que ce soit Quebecor qui ait manifesté le plus d'intérêt pour cette transaction s'explique par les synergies qu'il trouvera dans le regroupement de ses activités d'édition et de distribution avec celles de Sogides. Il comptera désormais 14 maisons d'édition et cinq réseaux de distribution. Qu'on qualifie cela de concentration ou de consolidation, le phénomène n'est pas unique au Québec. Partout à travers le monde occidental, on assiste à de tels regroupements d'éditeurs.

Les réactions inquiètes qui ont suivi l'annonce de la transaction s'appuient d'abord sur la taille et la puissance du nouveau groupe, qui pourra par ailleurs compter sur la force de mise en marché de Quebecor Media pat l'entremise de la chaîne de magasins Archambault, les journaux, les magazines et la télévision. Cette transaction ne crée pas un monopole, cela est vrai, car toutes les autres maisons d'édition demeurent, de Boréal à Québec Amérique en passant par XYZ, Leméac, Transcontinental et plusieurs autres. Cependant, pour ce qui est de la taille, la disproportion entre Quebecor et tous les autres éditeurs est telle que les plus fragiles risquent d'éprouver plus de difficultés.

On ne sait pas ce que la direction du nouveau groupe fera de l'extraordinaire outil de développement de l'édition québécoise qu'il possède désormais, sinon cette évocation plutôt imprécise d'accentuer les efforts de mise en marché du livre québécois en Europe. La question qui vient à l'esprit est celle-ci: quel livre québécois? L'axe privilégié depuis toujours par Quebecor est la culture populaire, le même axe que Sogides avait jadis choisi, dont l'essentiel des activités d'édition était du côté du livre pratique. Les marges y sont beaucoup plus intéressantes que du côté des essais et de la littérature.

Le rendement importera-t-il davantage que la qualité chez Quebecor, comme le craint le président de l'Association nationale des éditeurs de livres, Gaston Bellemare? La réponse à cette question n'est pas forcément oui. Quebecor a étonné au printemps dernier en s'associant à l'événement «Montréal, capitale mondiale du livre» et en lançant une émission littéraire sur les ondes de TVA, émission qui n'existe toujours pas à Radio-Canada. Il appartient à la direction de Quebecor de préciser ses intentions, notamment pour ce qui est du mandat et des moyens qu'auront VLB éditeur et L'Hexagone maintenant qu'ils font partie de cette maison. Quebecor a certainement les moyens de miser sur la qualité. On aimerait être à nouveau étonné.

Les gouvernements, pour leur part, devront être prudents et voir à ce que cette transaction n'affecte pas la diversité de la production culturelle québécoise. Les organismes subventionnaires auront tout particulièrement à s'assurer que soit respecté un juste équilibre dans les orientations des diverses maisons d'édition. L'octroi des subventions demeure un outil efficace à cet égard. Il leur faudra aussi voir à ce que le nouveau groupe, dans ses activités de distribution, traite avec équité tous les éditeurs qu'il aura à desservir. Enfin, le ministère de la Culture devrait commencer à se préoccuper du problème de succession dans les maisons d'édition afin que la transition entre la génération actuelle d'éditeurs et la prochaine se fasse en douceur.




Unintended consequences

George Jonas
National Post October 14, 2005 Friday

There's more to the story, but to tell it in shorthand, 40 years ago Canada's then-prime minister called on three public-affairs intellectuals to participate in the country's public affairs. Until then, Jean Marchand, 47, Gerard Pelletier, 46, and Pierre Elliott Trudeau, 46, had been in the wings. In 1965, Lester B. Pearson invited them to centre stage. The trio of observers, activists and commentators became players.

Pearson's decision to install the "three wise men" (as they came to be known in English Canada; French Canadians referred to them as les trois colombes, or the three doves) was to have profound consequences for the country's political ethos. Whether they were the consequences Pearson foresaw and intended is harder to say.

The three French-Canadians were federalists. Pearson no doubt recruited them at least partly for this reason, for he aimed to defeat Quebec separatism. The three were also socialists, not by formal ties as much as by inclination. Cite Libre, the journal Trudeau had helped to found, was essentially a socialist periodical. The Catholic Workers Confederation of Canada, which Marchand had led during the Asbestos Strike in Quebec, was less Catholic than syndicalist. While Pearson was undoubtedly aware of this, I wouldn't propose that he invited the three wise men aiming to change Canada from a liberal to a social democracy. I'd argue, though, that this turned out to be the result.

Inviting the three wise men ushered in the Trudeau-era. Though looking like "a fish out of water" in the beginning -- as a journalist described him during the leadership campaign of 1968 -- Trudeau soon made the transition from intellectual to politician, becoming the most charismatic public figure of his period, not only in Canada but possibly in the world. His rule lasted for 15 years; his influence on the country's political culture has lasted to this day.

During the Trudeau years, the first domestic argument in Canada was between free enterprise and the interventionist economy, and the second between the unitary and the devolutionary state. Internationally, the main argument was between liberal democracy and totalitarianism.

It's safe to say that in the first and the third of these arguments, Trudeau took the wrong side. The jury is still out on the second one.

Some would argue that Trudeau didn't take the wrong side between liberal democracy and totalitarianism, only the middle ground. This is silly. One cannot take the middle ground between life and death.

Having a soft spot for a Mao or a Castro, as Trudeau did, exceeds ordinary political latitudes. There's a material difference between alternate ways of looking at the world and apologizing for mass murder. If Trudeau had a similar weakness for Nazi-type regimes and rulers, it would have made him a pariah, and rightly so.

The wise men's economic ideas turned out to be a quasi-Keynesian, quasi-Marxist muddle. Trudeau embraced wage and price controls, deficit financing, confiscatory taxation, intrusive social engineering and the National Energy Policy. The last, apart from the harm it did to individuals, created a sense of alienation in Western Canada second only to the separatist sentiment in Quebec.

Les Trois Colombes offered French Canadians the vision of a bilingual, bicultural country in exchange for giving up the dream of an independent Quebec. Their unarticulated but unmistakable suggestion to the francophone elite was that being a big fish in a small pond was a foolish ambition. Why should francophones be satisfied with ruling Quebec, they intimated, when they could be masters in their own house -- which was the whole of Canada?

If Canada was to be a bilingual country with most power concentrated in Ottawa's federal government, in the nature of things it would be francophones who would end up occupying most positions of authority in it. The inclination is always stronger for minorities to learn the language of a majority. Anglos weren't going to be bilingual in significant numbers. Francophones would be, and so rule the land. This part of the three wise men's vision was addressed to the mandarinate in Quebec, actual or aspiring; francophone civil servants, chattering classes and company executives grooming their sons and daughters to be the bureaucrats, politicians, journalists, entrepreneurs and administrators of the next generation.

As a counterweight to Quebec's special status in Confederation, the three wise men advanced multiculturalism. According to this notion, all inhabitants of Canada from any part of the world could retain -- forever, if they wished -- their separate identities and traditions. The whole mosaic would be Canadian, while the constituent bits in it could remain as distinct as they have ever been. But none, not even the Quebecois, would be more distinct than any of the others. Trudeau & Co. cleverly proposed to abolish special status by offering special status to all.

How did it turn out?

The social models the three wise men promoted, admired or apologized for never fulfilled their promise. Communism imploded. Free enterprise outperformed the command economy. Bilingualism didn't do the trick. Non-traditional immigration and multiculturalism may have changed the face of Canada, but did little to either unify or imbue it with a new sense of identity. Today Canada is as much a nation of "two solitudes" as it was in 1945 when Hugh MacLennan coined the term.

If anything, Canadian society became more fragmented than it was before the Trudeau era. Some of the concepts that contributed to Canada's splintering into hostile, self-seeking xenoliths were inspired by the three wise men's ideas, and some evolved as reactions to them, but in either case the result was the same. Multiculturalism, Western alienation, interest group-politics, the gender wars and aboriginal separatism only created an increasing number of solitudes.

The legacy of the three wise men isn't less significant for being ironic. Separatism hasn't been defeated as a political idea in Canada. On the contrary, it has spread from Quebec to points west. It's liberalism that has been defeated. By now, it's been replaced by a culture of statism within the ruling Liberal party. Ideas have consequences, though not necessarily the ones intended.




Who speaks for Canada? We all do

John Ibbitson
The Globe and Mail Friday, October 14, 2005

Last Friday, senior ministers in the federal and Quebec governments met to talk about an increased role for Quebec in Canada's international relations. Discussions were cordial, nothing was decided and both sides agreed to meet again in the not-too-distant future.

The topic has garnered hot denunciations from pundits and editorialists in this and other English-language papers. It also has generated a furious exchange of views between pooh-bahs Allan Gotlieb and Tom Kent over what former Quebec premier Jean Lesage and former prime minister Lester Pearson might have said to each other and to their cabinet colleagues during a similar debate in 1965, as if anyone still cared.

Quebec's demand for a stronger voice in international relations jerks the knees of English-speaking Canadians everywhere. Why bother having a national government if it cannot speak for the nation? What could be more humiliating than for Ottawa to be accompanied at international forums by a Quebec representative who might contradict the Prime Minister or his representative? What would Quebec demand next: the right to secede from a declaration of war?

Unfortunately, the facts of the situation are far removed from the arguments over it. The fact is, Quebec has a point.

The Charest government is putting forward two principal positions: First, when Ottawa negotiates agreements that involve provincial spheres of jurisdiction, Quebec and all other provinces should be consulted.

In practice, this has long been the case. Let us say that there is a global push to eliminate hydrocarbon-based power plants within five years. How could Canada sign on to any such initiative without first consulting those provinces that have coal, oil or natural-gas-fired generating stations? If Ottawa did sign the treaty, while offering no financial help to the provinces, what is the likelihood that the treaty would be implemented?

Quebec is not asking for a provincial veto on foreign agreements, only a formal acknowledgement of what already happens in practice. For its part, the federal government accepts that it would be irresponsible for Ottawa to sign agreements in areas of provincial concern without first securing the co-operation of the provinces, but is reluctant to formalize the existing process.

If this strikes you as a question of emphasis or language more than substance, you're right.

Quebec's second demand is more problematic. It wants the ability to represent its own interests at UNESCO, the United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization. Since UNESCO deals with questions of cultural preservation and since Quebec's experience is unique, goes the argument, Quebec should be able to speak on cultural matters independently of Canada.

This demand will have resonance for some within Quebec, but not for anyone else because it smacks of Canada offering two voices to the world. Whatever our family disagreements might be, the Fleur-de-lis must never be displayed at a table of national representatives. That must remain the sole prerogative of the Maple Leaf.

Ottawa will firmly adhere to that view, at least until after the next federal election. Once the ballots are counted and the rhetoric is cooled, there is every likelihood that Ottawa and the provinces will find common ground on the first demand, and that Ottawa and Quebec will reach an implicit accommodation on the second.

Absolutely, and to repeat, Canada must speak with one voice before the world. But Canada is, itself, a gaggle of voices, even at the federal level. Send the minister of natural resources to a climate-change conference, and Canada will have one position on lowering carbon-dioxide levels. Send the environment minister to the next conference, and Canada's position will dramatically change.

The Quebec government is right -- if self-interested -- in promoting a formal mechanism for federal-provincial consultation on international questions, provided the provinces renounce any claim over a veto. That's just the kind of federation we are.

jibbitson@globeandmail.ca





Paul Martin en entrevue à La Presse

S'asseoir avec les provinces, oui; signer des chèques en blanc, non

Toupin, Gilles; Bellavance, Joël-Denis
La Presse vendredi 14 octobre 2005

Le premier ministre, Paul Martin, en a assez des jérémiades des provinces sur l'ingérence du gouvernement fédéral dans leurs champs de compétence.

M. Martin affirme qu'il respectera toujours les champs de compétence des provinces, mais il faudra que ces dernières reconnaissent que le cloisonnement de ces champs de compétence n'est pas réaliste dans le monde d'aujourd'hui.

Dans le dossier du financement du réseau des garderies, par exemple, un domaine de la compétence des provinces, le premier ministre souhaite que le Québec accepte de rendre des comptes selon des repères nationaux. " Parce qu'on veut, dit-il, que le leadership du Québec dans ce domaine soit reconnu. "

" Je n'ai aucune intention de faire de l'ingérence dans les domaines des provinces, insiste le premier ministre, mais il faut reconnaître qu'il y a des aspects nationaux qui peuvent influencer, qui doivent influencer des choses qui sont dans les domaines des provinces. Les garderies, par exemple, c'est très important pour la capacité d'un enfant à se développer. Alors c'est certes une question de juridiction provinciale, mais c'est aussi une question d'intérêt national. "

Qu'il s'agisse aussi de la bagarre autour du déséquilibre fiscal, de celle de la place du Québec sur la scène internationale ou encore de celle autour du financement des municipalités, le chef du gouvernement est certes prêt à s'asseoir avec les provinces, mais pas uniquement dans le but de signer des chèques en blanc.

Exaspéré

" Je ne suis pas prêt, précise-t-il, à avoir des rencontres simplement pour que les provinces viennent chialer pendant un jour pour demander de l'argent, demander encore de l'argent et refuser de parler des problèmes et des solutions. "

Encore gravement irrité par sa rencontre avec les provinces en septembre 2004 sur le financement de la santé, le premier ministre ne veut plus refaire ce genre d'exercice dans les mêmes conditions. M. Martin ne digère pas notamment que les quatre premiers ministres des provinces de l'Atlantique l'aient sommé, avant-hier, de leur verser sans condition huit milliards de dollars pour régler leurs problèmes de financement en éducation. " Si au moins, lance-t-il avec exaspération, ils m'avaient dit: il y a des problèmes en éducation; est-ce qu'on peut travailler ensemble? "

Le chef du gouvernement maintient par ailleurs qu'il ne cherche en aucune façon à dire aux provinces comment gérer leur système de santé ou leur réseau de garderies. " Dans le cas des garderies, dit-il, chaque province va aborder la question d'une façon différente parce qu'on a reconnu que le problème des garderies en Nouvelle-Écosse est différent du problème des garderies en Colombie-Britannique. " Cette façon de voir les choses, dit-il, démontre très bien qu'il comprend et accepte la fameuse notion " d'asymétrie " entre les provinces. " Mais je ne veux pas, ajoute-t-il, que cette asymétrie soit vide de sens. "

La place du Québec

Dans le dossier de la place du Québec sur la scène internationale, le premier ministre a affirmé qu'il appuyait " à 100 % " la position de son ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, à ce sujet. Certes, il entend consulter les provinces sur les dossiers qui les touchent, mais il n'est pas question de donner au Québec l'espace qu'il réclame dans les grands forums internationaux. " Est-ce que le Canada peut se permettre de parler sur la scène internationale avec plusieurs voix? demande-t-il. La réponse est non. "

M. Martin a terminé l'entrevue à La Presse hier en exprimant sa conviction, malgré les sondages actuels, que les Québécois ne se sépareront pas du Canada. Les États-Unis, la Chine, l'Inde et le Japon sont en train de devenir des " géants ", a-t-il expliqué. " Voilà le monde dans lequel on va vivre (...) Nous ferons partie d'un monde de géants et il faut tenir tête à ce monde-là. Et vous allez dire à mes enfants que ça ne vaut pas la peine de le faire et qu'on va se diviser et devenir un pays de huit millions et on va se priver de tout cela? Jamais les Québécois ne vont accepter cela. "





Paul Martin en entrevue à La Presse

Et au diable les provinces

Vincent Marissal
La Presse vendredi 14 octobre 2005

En s'assoyant à la longue table d'une luxueuse salle de réunion de La Presse où l'attendait une équipe de journalistes, hier matin, Paul Martin a réclamé un café. L'ixième café, pour cet incorrigible caféinomane.

" Honnêtement, je bois n'importe quoi, c'est mon problème, j'aime le café, même le café qui n'est pas bon ", s'est presque excusé le premier ministre.

Il y a de vilaines habitudes que l'on ne change pas. Comme le café, même si Paul Martin essaye de passer au décaf depuis quelque temps. Ou comme cette irrépressible réflexe centralisateur chez tout premier ministre libéral, même si Paul Martin s'est risqué l'an dernier à un peu d'asymétrie. Pourtant, comme pour sa consommation abusive de café, Paul Martin avait promis de changer la façon de faire avec les provinces.

Relations fédérales-provinciales

À peine servi le premier café, donc, la question des relations fédérales-provinciales s'est naturellement imposée dans cette rencontre. Faut dire qu'il y a deux ans, au moment où Paul Martin s'apprêtait à s'asseoir sur le trône de Jean Chrétien, il avait fait de la décentralisation l'une de ses priorités. Ottawa et les provinces, disait alors le futur premier ministre, doivent réapprendre à travailler ensemble.

À peine élu chef du Parti libéral, il avait convoqué les premiers ministres des provinces à une réunion en marge du match de la Coupe Grey, à Regina, et il leur avait même proposé de tenir une rencontre fédérale-provinciale formelle une fois par année. La lune de miel aura été de courte durée. Près de deux ans et une éreintante rencontre sur la santé plus tard, les sentiments de Paul Martin à l'égard des provinces se sont passablement refroidis. Après avoir fait de longs détours pour se distancer des politiques de Jean Chrétien au cours des deux dernières années, M. Martin, comme tous ses prédécesseurs à la tête du Parti libéral, est revenu au bon vieux fédéralisme paternaliste.

M. Martin avait pourtant fait une ouverture sincère, avec de bons résultats, en septembre 2004 quand il a négocié avec les 10 provinces une entente de financement à long terme de la Santé. Mais l'exercice, qui s'est transformé en un marathon nocturne de négociation, a épuisé Paul Martin dans tous les sens du terme. D'abord, il a eu l'impression de subir un hold-up de la part des provinces, qui ont profité du climat dramatique pour séquestrer le premier ministre jusqu'à ce qu'il plie. Ensuite, M. Martin s'est fait reprocher par son caucus d'avoir cédé aux caprices du Québec en lui accordant l'asymétrie.

Le " chialage " des provinces

Alors, quand vous lui parlez aujourd'hui d'une nouvelle rencontre fedérale-provinciale, sur l'éducation cette fois, il ne dit pas non, mais il n'est visiblement pas enchanté par l'idée. " Les provinces disent: Ottawa doit nous verser huit milliards pour l'Éducation, mais est-ce qu'elles peuvent venir s'asseoir pour parler des vrais problèmes au lieu de juste venir pour une journée de chialage à Ottawa? "

Comme Jean Chrétien, Paul Martin est en train de devenir allergique à ses collègues des provinces. Et comme Jean Chrétien, il se défend bien de piétiner les champs de compétence provinciales. Ça tombait bien mal pour M. Martin parce que l'on apprenait justement hier matin, à la une de La Presse, que son gouvernement cherche à passer par-dessus la tête des provinces pour parler directement aux villes. Ça tombait mal aussi pour M. Martin parce que son gouvernement a déposé la semaine dernière un projet de loi pour disposer de ses futurs surplus budgétaires sans rien prévoir de plus pour les provinces tout en permettant à Ottawa de créer de nouveaux programmes dans les champs de celles-ci. Ça tombait mal, enfin, parce que le transfert des fonds fédéraux à Québec pour les garderies traîne en longueur parce qu'Ottawa veut imposer des conditions.

Difficile, dans les circonstances, de parler de fédéralisme flexible, mais Paul Martin avait une réponse toute prête: " Il faut reconnaître qu'il y a des aspects nationaux qui doivent influencer des choses dans les domaines des provinces ", avance-t-il.

Les garderies, donc, relèvent des provinces, reconnaît M. Martin, mais sont aussi d'intérêt national, notamment parce qu'elles accueillent des immigrants et des autochtones, deux champs de compétence fédérale. " La cohésion, conclut M. Martin, est de responsabilité fédérale. " Voilà qui ouvre toute grande une nouvelle porte vers l'envahissement des compétences provinciales. Si c'est vrai pour les garderies, ce serait vrai aussi pour l'école primaire, secondaire, pour les universités, pour le réseau de santé, pour le marché du travail, bref, il n'y a plus de compétence exclusive qui tienne.

Ce qui cloche dans ce raisonnement, c'est que Paul Martin admet, d'autre part, que les provinces ont l'expertise et qu'elles s'acquittent très bien de leurs responsabilités.

Alors, qu'est-ce que le fédéral fait dans les garderies? Pourquoi n'envoie-t-il pas tout simplement le chèque aux provinces? Pour la cohésion sociale?

C'est noble, mais la raison est plus terre à terre. Cela s'appelle le besoin de visibilité, une autre mauvaise habitude tenace à Ottawa.

Vincent.marissal@lapresse.ca




Entr'acte: Next lone U.S. dissent: Cultural diversity pact

Alan Riding, The New York Times
International Herald Tribune WEDNESDAY, OCTOBER 12, 2005

PARIS - As the United States sets about trying to repair its battered international image by stepping up its "public diplomacy" abroad, is it willing to risk total isolation at Unesco in order to combat a perceived threat to Hollywood's freedom to show its movies around the globe?

The final answer will come next week, but the outcome seems foretold: everything suggests that the United States will be the only country in the 191-member United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization to vote against a new convention on cultural diversity.

In fact, on three procedural votes related to the convention, the United States has already stood alone: its position was successively defeated by 54 votes to 1, by 53 votes to 1 and by 158 votes to 1.

So what is wrong with cultural diversity?

Well, here diplomatic mirror games begin. In the language of Unesco, "cultural diversity" is not what outsiders might imagine it to mean. That is, rather than promoting, say, ethnic traditions, minority languages or integration of immigrants, it has become the buzz phrase for opposition to cultural homogeneity à l'américaine.

In Washington's view, then, this version of "cultural diversity" poses a danger. It believes that the proposed convention not only empowers governments to control culture, but it also authorizes protectionist measures that could restrict American audio-visual exports, notably Hollywood movies and television programs, worth tens of billions of dollars annually.

The problem is that the rest of the world disagrees - and the "rest" includes the 25-nation European Union, which currently has Britain as its president. The European Union sees no danger to artistic freedom or freedom of expression and it notes that countries are already authorized to use subsidies and quotas to bolster their movie, television and radio sectors.

Last-minute efforts to avoid a one-against-all clash are continuing at Unesco's Paris headquarters and in foreign capitals. Uncomfortable to be at loggerheads with the United States, Britain has insisted that the convention promotes the free flow of ideas and information and has urged Washington to accept the existing draft.

Secretary of State Condoleezza Rice, on the other hand, has written to member governments expressing "deep concern" about the convention, calling for postponement of its adoption and warning that it "will only undermine Unesco's image and sow confusion and conflict rather than cooperation."

So far, neither side has given ground.

Of course, in one sense, another negative American vote next week will change little. The convention will be adopted and, once ratified by 30 countries, it will go into effect. The United States will not sign it and, as with the Kyoto Protocol climate treaty and the treaty creating the International Criminal Court, will likely remain a critical - and perhaps obstructionist - outsider.

Conversely, once in effect, the Convention on the Protection and Promotion of the Diversity of Cultural Expressions may have little impact on what is already a globalized market for cultural products, one in which India's Bollywood, Japanese animation movies and Brazilian and Mexican television soap operas have a place alongside Hollywood blockbusters.

Nonetheless, this increasingly bitter dispute has left political bruises that may come to haunt both future international trade talks and the American role in Unesco.

In 1984, followed by Britain and Singapore, the United States walked out of Unesco to protest its promotion of a so-called new world information order, viewed as a threat to press freedom. Then, two years ago, in an unexpected nod to multilateralism, the Bush administration ended the American boycott, apparently persuaded that Unesco had mended its ways.

As soon as Washington returned to its seat here in 2003, however, it was confronted with a draft declaration on cultural diversity. And, to the surprise of many, after some changes were negotiated, the United States endorsed this declaration. But when Unesco's general conference then decided to prepare a binding convention on cultural diversity, American doubts began to grow.

For Washington, it seemed to augur a fresh battle in a simmering war that began a decade ago. At the time, led by France, the European Union obtained a so-called cultural exception to a trade liberalization accord known as the Uruguay Round. Under this exception, countries could use subsidies and quotas to protect their audio-visual industries against outside competition.

The United States rightly interpreted the exception to be aimed at Hollywood and other exporters of American popular culture and it responded by adding the free flow of cultural products to a score of bilateral trade agreements. The declaration on cultural diversity was then devised as a way of reaffirming the exception in anticipation of new international trade talks.

As contemplated by its original sponsors, France and Canada, however, the convention on cultural diversity was designed to be more far-reaching. Arguing that cultural expressions should not be treated like, say, toothpaste or steel, they aspired to remove all cultural issues from the World Trade Organization and place them under the protective aegis of Unesco.

This spring, the United States concluded that it could not accept the draft. Further, then as now, it viewed the convention as part of a broader strategy by the European Union to muddy the issues to be tackled in upcoming trade talks. To forestall this, it wants multiple clarification that commitments made under the convention should be "consistent with international obligations."

American lobbying had some effect. The final draft dwells extensively on broad principles, but it notes that the convention cannot modify "rights and obligations of the parties under any other treaties to which they are parties." While the convention also lacks power to impose solutions to disputes, however, Washington believes the treaty language is still too open to misinterpretation.

The key question now is whether, finding itself isolated, the United States will retaliate by, say, cutting its budget contribution, which represents 22 percent of Unesco's budget. As it happens, Unesco is not without friends in Washington, where its educational programs enjoy support. But congressional critics of the United Nations - and opponents of the American return to Unesco - may feel vindicated.

At Unesco's headquarters, though, another question is posed. Does this convention merit the political damage it has caused? Today, some of its original supporters concede that it will be little more than a monument to good intentions. In fact, it could even be argued that the convention needs American opposition: without it, there might be little reason to proclaim victory over "cultural globalization."

E-mail: pagetwo@iht.com




Avec les PPP, l'Etat refourgue ses chantiers au privé

Cédric Mathiot
Libération vendredi 14 octobre 2005

Le Premier ministre doit annoncer une dizaine de partenariats public-privé.

Après trois ans de teasing, les PPP débarquent enfin. PPP, comme partenariats public-privé, marotte de la droite depuis 2002, appelés à devenir les supplétifs du gouvernement dans la grande bataille pour la croissance. Dominique de Villepin doit annoncer aujourd'hui, dans le cadre d'un comité interministériel d'aménagement du territoire (CIADT), une dizaine de projets de PPP, sur la trentaine qu'il avait demandé à ses ministres de lui fournir. L'idée des PPP, c'est de confier à un investisseur privé (cador du BTP ou pur financier) un «paquet» comprenant la conception, la construction, l'entretien (voire des services annexes comme la blanchisserie ou la restauration) d'un bâtiment ou d'une infrastructure publique pendant une longue période (vingt-cinq ou trente ans). A compter de la livraison, l'Etat commence à rémunérer le partenaire sous forme de loyer étalé pendant la durée du contrat. Ou comment répondre aux besoins d'équipements publics en s'appuyant sur des fonds privés.

«Idées nouvelles.» Ce nouvel outil de commande publique nous vient d'outre-Manche, Blair ayant fait des PPP un axe majeur de sa politique. La France a déjà eu recours à de tels financements, notamment pour les programmes pénitentiaires. Mais il s'agit désormais de les généraliser : d'où la salve de lois sectorielles (défense, santé, justice, police et secteur ferroviaire) depuis 2002, et surtout l'ordonnance générale de 2004. Parmi les projets dans l'air figurent la ligne du TGV Rhin-Rhône, un des trois projets ferroviaires que doit évoquer Villepin aujourd'hui, mais aussi un lot de prisons ou la réfection du CHU de Caen... Vu des ministères, les PPP apparaît d'abord comme un formidable outil de relance en période de vaches maigres. Le ministre des Transports, Dominique Perben, l'a redit cette semaine : «J'en attends beaucoup en termes d'efficacité, d'idées nouvelles, de maîtrise des coûts et des délais.»

De fait, les PPP court-circuite certaines contraintes budgétaires (en différant et en étalant les paiements), et permet de contourner la règle imposée par le traité de Maastricht d'une dette publique inférieure à 60 % du PIB. Via les PPP, les Etats peuvent s'équiper en endettant... le privé. Fastoche. Une «dette hors bilan» d'ailleurs dénoncée par l'opposition. Les pro-PPP y voient eux un outil de réforme d'un Etat piètre maître d'ouvrage et fort imprévoyant sur la maintenance de son patrimoine. Claude Martinand, patron de l'Institut de gestion délégué, groupe de lobbying pro-PPP, cite une étude de la Cour des comptes anglaise selon laquelle 70 % des marchés gérés par le public subissent des dérives financières contre 15 % dans le cadre de PPP. La raison en serait simple, selon Martinand : «Le privé a besoin de faire vite et bien, parce qu'à la différence de l'Etat, s'il dérape, c'est pour sa pomme.»

Activisme. Le partage des risques établit ainsi que l'investisseur est responsable de tout couac dans la construction ou la maintenance. Certes, répondent les opposants, mais ce risque a un prix qu'on retrouve dans la facture. Les PPP, ce sera in fine «plus cher» avait assuré Arnaud Montebourg lors des débats parlementaires.

Ces arguments, l'opposition les a serinés pendant trois ans, jusqu'au Conseil d'Etat et au Conseil constitutionnel. Un activisme qui a contribué à la mise en place d'un encadrement strict.

Obstacles. De fait, un projet de PPP devra passer par la case de «l'évaluation préalable», qui devra certifier que la collectivité y gagne par rapport aux procédures classiques ­ ce qui «est improuvable» dénonce Jean-Pierre Sueur, sénateur socialiste à la pointe de la fronde. Mais surtout, le Conseil constitutionnel a établi des conditions drastiques (lire ci-contre), reprises par l'ordonnance de 2004, et qui laissent planer quelques incertitudes juridiques. Ces obstacles expliquent la grande méfiance des collectivités locales à sauter le pas. D'où l'objectif de l'annonce de Villepin : lancer la machine et persuader les collectivités d'embrayer.