
Lancement de l’opération « Solidarité Raymond Lévesque »
Renseignements : Luce Rodrigue, bureau de Caroline St-Hilaire (450) 928-4288
TRIBUNE LIBRE mardi 25 octobre 2005
LA DÉPUTÉE CAROLINE ST-HILAIRE LANCE LA COLLECTE « SOLIDARITÉ RAYMOND LÉVESQUE »
Longueuil, le 26 octobre 2005 - Dès qu’elle a appris que, pour des raisons politiques, monsieur Raymond Lévesque avait décidé de refuser le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène, la députée bloquiste de Longueuil—Pierre-Boucher, madame Caroline St-Hilaire a communiqué avec l’auteur pour l’informer qu’elle était solidaire de son choix et qu’elle partageait avec monsieur Lévesque les raisons qui l’avaient amené à prendre une telle décision.
Lancement de l’opération « Solidarité Raymond Lévesque »
« J’ai l’honneur de représenter monsieur Lévesque comme députée fédérale et souverainiste de la circonscription de Longueuil—Pierre-Boucher, circonscription où réside Raymond Lévesque. À ce titre, je souhaite que le mouvement souverainiste lui rende hommage qu’il mérite comme poète, chanteur, auteur-compositeur et grand patriote du Québec. C’est pourquoi j’ai contacté hier monsieur Jean Dorion, président général de la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal afin qu’il coordonne avec moi la collecte « Solidarité Raymond Lévesque » dans le but d’amasser l’équivalent de la bourse de 15 000$ à laquelle monsieur Lévesque vient de renoncer » a déclaré Caroline St-Hilaire.
« Raymond Lévesque, qui fut Patriote de l’année de la SSJBM en 1980, n’est pas riche. Il a fait carrière à une époque où nos artistes roulaient encore moins sur l’or qu’aujourd’hui et son handicap lui interdit depuis longtemps toute activité professionnelle. Sa décision de refuser un prix de 15 000 $ n’en a que plus de poids. En plaçant la fidélité à ses convictions avant l’argent et les honneurs factices, Raymond Lévesque vient de se couvrir d’une gloire qui ne se ternira pas », a souligné de son côté le président général de la SSJBM, Jean Dorion.
Informé par lettre de l’intention de la députée hier matin, monsieur Raymond Lévesque s’est dit ému par ce geste de solidarité auquel il ne s’attendait pas. Il a fait savoir à madame St-Hilaire qu’il acceptait avec plaisir qu’elle mette sur pied la collecte « Solidarité Raymond Lévesque ».
Un appel à la générosité des souverainistes et des nationalistes du Québec
Madame St-Hilaire et monsieur Dorion invitent tous les souverainistes et nationalistes du Québec à se montrer généreux en appuyant l’opération « Solidarité Raymond Lévesque » et en faisant parvenir leurs dons à la Société Saint-Jean Baptiste de Montréal au 82, rue Sherbrooke Ouest, Montréal, Qc, H2X 1X3. Les chèques doivent être faits à l’ordre de SSJBM (Solidarité Raymond Lévesque).

La SSJB félicite Raymond Lévesque pour son refus du Prix du Gouverneur général
PC
Le Devoir mardi 25 octobre 2005
Mots clés : Québec (province), Canada (Pays), Souveraineté, Fédéral-provincial, prix du gouverneur général, société saint-jean-baptiste, raymond lévesque
La Société Saint-Jean-Baptiste (SSJB) a félicité hier le chansonnier Raymond Lévesque d'avoir refusé le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène.
«Pour les jeunes, en particulier, ce geste d'un homme de 77 ans est un exemple de fidélité aux principes et un signe d'espoir», affirme le président de la SSJB, Jean Dorion, dans un communiqué.
«En plaçant la fidélité à ses convictions avant l'argent et les honneurs factices, Raymond Lévesque vient de se couvrir d'une gloire qui ne se ternira pas», ajoute M. Dorion.
Par ailleurs, la Fondation des Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène se dit surprise et déçue de la décision de Raymond Lévesque.
La Fondation précise que la candidature de M. Lévesque a été retenue par ses pairs et elle ajoute que le chansonnier mérite pleinement cette récompense.
Raymond Lévesque, auteur notamment de Quand les hommes vivront d'amour, refuse maintenant, pour des questions politiques, le Prix du Gouverneur général pour les arts de la scène, une récompense qu'il avait d'abord acceptée il y a trois semaines à peine.
Il devient le premier artiste des arts de la scène honoré à balayer les lauriers fédéraux, mis en place en 1992. Par contre, depuis un demi-siècle, d'autres créateurs québécois ont déjà refusé un Prix littéraire du Gouverneur général pour des raisons politiques.
L'auteur-compositeur-interprète explique son geste en rappelant de récentes déclarations de Michaëlle Jean. Dans une courte lettre qu'il a envoyée au quotidien Le Devoir, il écrit que, dans son discours inaugural, la nouvelle gouverneure générale a renié l'idée des deux nations au Canada.
Il invoque aussi la position de Mme Jean comme chef des forces armées du Canada, celles-là mêmes qui ont appliqué les mesures de guerre au Québec il y a 35 ans.
Raymond Lévesque ajoute qu'en refusant ce prix il reste fidèle au Québec, à son peuple, à ses lois et à son avenir.

Vivre d'amour
Mario Roy
La Presse mardi 25 octobre 2005
Raymond Lévesque, pionnier de la chanson au Québec, a accepté puis refusé le prix du Gouverneur général. Assortie d'une bourse de 15 000 $, la récompense devait lui être officiellement remise à Rideau Hall, le 4 novembre.
Il y a un mois, le chansonnier a d'abord accepté cet honneur, estimant sa carrière ainsi reconnue par une institution qui, bien que fédérale, " est donc capable de ne pas tenir compte de mes opinions politiques ", avait-il alors constaté.
Lundi, Raymond Lévesque a changé d'idée et annoncé qu'il refuserait le prix. Dans une lettre ouverte, il a expliqué qu'il ne peut s'incliner devant une personne et/ou une institution qui ont " renié l'idée des deux nations ". Qui commandent l'armée, celle-là même qui est intervenue au Québec en octobre 1970. Qui ont cautionné le " vol " du référendum de 1995.
Raymond Lévesque célébrera bientôt les 60 ans d'une carrière qui a culminé avec la création de Quand les hommes vivront d'amour, considérée dans toute la francophonie comme une des grandes chansons du siècle. Qu'il obtienne le prix du Gouverneur général pour les arts de la scène semblait parfaitement indiqué.
La question est: que s'est-il passé, dimanche, pour que l'homme effectue un virage aussi abrupt?
Car, samedi encore, 25 jours après la cérémonie d'installation de Michaëlle Jean au poste de gouverneure générale, Raymond Lévesque signait une lettre, destinée à la publication (et reçue à La Presse, hier), dans laquelle il expliquait les raisons le poussant à... accepter la récompense.
Il y écrit que, " le Canada m'accordant une médaille, je vais la chercher au Canada. On ne m'a pas demandé de renoncer à mes convictions politiques. J'ai trouvé ça très fair play. Mieux que ceux qui m'accusent de trahison ". Rappelant ses états de service au sein de la mouvance indépendantiste, il demande en conclusion, de façon assez pathétique: " Alors, où ça que je suis un traître? "
Lévesque a déjà confié que des amis - des amis! - indépendantistes l'ont qualifié de traître, en effet. Publiquement, Andrée Ferretti l'a accusé - mais avec " pleurs et affection ", a-t-elle heureusement précisé - de se renier à la fin de sa vie...
Nous sommes heureux de constater que quelques-uns veillent au grain. Qu'ils montent jalousement la garde devant le temple de l'orthodoxie nationaliste. Qu'ils n'hésitent pas à ramener à l'ordre - assez brutalement, au besoin - un vieil ami de 77 ans occupé pendant des décennies à chanter la nation, qui n'a pas toujours eu la reconnaissance qu'il aurait méritée, dont la santé n'est pas excellente et qui est très loin de rouler sur l'or.
Mais, bon, il faut ce qu'il faut.
Défendant une grande cause, celle de la construction d'un pays ouvert et fraternel, nul ne saurait s'embarrasser de quelque sentiment humain à l'égard d'un " traître ", n'est-ce pas?
On ne peut vivre que d'amour, en effet.

Lettre ouverte à Raymond Lévesque
Andrée Ferretti
TRIBUNE LIBRE 26 octobre 2005
Bonjour cher monsieur Frappier,
Comme je n'achète jamais La Presse, depuis la campagne référendaire de 1995, c'est sur votre site que je prends parfois connaissance des insanités publiées dans ce journal. Ainsi, aujourd'hui, je viens de lire qu'un certain Mario Roy laisse entendre que j'aurais qualifié Raymond Lévesque de traître. C'est inimaginable.
Je vous envoie donc ici, le texte de ma courte lettre, publiée dans Le Devoir, samedi le premier Octobre, sous le titre "Triste à mourir" et celle, personnelle, envoyée par courriel à Raymond Lévesque, suite à un coup de téléphone qu'il m'a donné, le 19 octobre dernier.
Je vous transfère cette dernière immédiatement.
J'aimerais bien que vous publiiez ces deux lettres qui montrent combien, non seulement, je n'ai jamais pensé que Raymond pouvait trahir, mais combien je l'aime.
Solidairement,
Andrée Ferretti.
***
Bonjour très estimé et très cher Raymond,
D’abord, je vous remercie d’avoir pensé à me téléphoner pour discuter avec moi de votre acceptation d’un des prix du Gouverneur général de cette année.
J’imagine que c’est ma lettre à ce sujet, publiée récemment dans le Devoir, qui vous y a amené.
Vous avez dû remarquer que je ne mettais pas en question votre engagement dans notre lutte pour l’indépendance du Québec. Je crois très sincèrement qu’il est aussi indéfectible que le mien. Et c’est cette conviction qui explique ma peine de vous voir céder à l’ennemi.
Car, cher Raymond, il s’agit bien de cela.
Vous n’avez pas reçu, m’avez-vous dit, toute la reconnaissance que vous méritez du Parti québécois, des syndicats et autres instances politiques et sociales de notre société. C’est sans doute vrai, mais qu’est-ce à côté de la reconnaissance que vous voueront les générations futures, celles qui, grâce à votre engagement, au mien, et à celui de milliers de combattants non « empartisanés » vivront dans un Québec libre.
Cher Raymond, je ne voulais vraiment pas insister, mais je ne peux m’en empêcher, tellement je trouve important, capital, en ce moment difficile de notre lutte, que vous vous posiez en modèle de résistant.
Car, c’est bien ce que nous sommes, vous et moi, des résistants, des personnes qui ne pensent pas notre lutte en termes de pouvoir, mais en vue de la libération de notre nation du joug d’une nation étrangère qui n’a eu cesse depuis près de trois cents ans de prendre tous les moyens de l’écraser.
Bien sûr, si vous refusez le prix, vous serez à la fois acclamé et dénigré, autrement dit, vous serez une fois de plus pris entre l’arbre et l’écorce, mais n’est-ce pas le sort du héros. Vous pouvez, cher Raymond, être en ce moment le héros dont nous avons besoin.
Je vous en prie, de toute la force de ma foi en l’importance du rôle que vous avez joué jusqu’à maintenant, continuez de porter le flambeau de notre cause, de la belle manière qui vous est propre, en étant fier avec humilité.
Pour qu’un jour, les hommes vivent d’amour.
Je vous soutiendrai passionnément, cher Raymond, avec l’ardeur d’une sœur admirative et aimante,
Andrée.
P.S. Je vous envoie, demain, par courrier postal, un exemplaire de mon dernier livre: Écrire pour qu'arrive le grand soir dans lequel vous reconnaîtrez dans mon parcours plusieurs étapes qui ressemblent aux vôtres.
Triste à mourir
Andrée Ferretti
Le Devoir samedi 1er octobre 2005
Lettres: Comment exprimer ma profonde consternation en apprenant que Raymond Lévesque vient d'accepter un des prix du gouverneur général du Canada sans faire honte à son récipiendaire, un homme que j'ai toujours beaucoup estimé et même admiré et aimé pour sa magistrale dénonciation du colonialisme canadien, en des chansons simples et aimantes.
Cher Raymond, comme tu l'as toi-même souligné dans ton discours d'acceptation, tu as maintenant 77 ans. Avais-tu tellement besoin d'argent pour ainsi te renier à la fin de ta vie ? Si c'est le cas, tu témoignes ainsi, une fois de plus, du pitoyable manque de reconnaissance du gouvernement québécois et, donc, du peuple québécois pour les défenseurs de ses droits et de sa liberté.
Avec mes pleurs et, malgré tout, l'expression de mon affection.

Insulted Quebec poet rejects G-G's award
Ingrid Peritz
The Globe and Mail Wednesday, October 26, 2005
Separatist icon feels Michaëlle Jean doesn't recognize Québécois as distinct
Montreal PQ - Governor-General Michaëlle Jean has found herself snagged in a fresh controversy in her home province of Quebec after a high-profile sovereigntist announced he would not accept a lifetime achievement award from her.
Raymond Lévesque, a poet and iconic figure in the separatist movement, has refused the Governor-General's Performing Arts Award in part because of comments Ms. Jean made in her maiden speech in September.
While widely lauded by English Canadians, Ms. Jean's call for an end to two solitudes drew some criticism in Quebec, where she was taken to task for not mentioning Canada's French fact and its two founding peoples.
"There are two nations in Canada, and I found it insulting that she doesn't recognize that we're a distinct people," Mr. Lévesque, 77, said yesterday in an interview. "We can remain in Canada, but at least we should be recognized as distinct. I found it very vexing."
Mr. Lévesque also accused Ms. Jean of "betraying" the sovereignty movement, echoing the view of hard-line sovereigntists who insist that Ms. Jean and her husband, Jean-Daniel Lafond, moved in separatist circles and sympathized with their aspirations. Ms. Jean has denied this assertion.
"I'm not going to bow to someone who renounced us as sovereigntists," Mr. Lévesque said.
Mr. Lévesque said he will not accept the $15,000 prize money that comes with the award, which was to be presented to him at Rideau Hall a week from Friday.
It's the first time a Canadian artist has turned down a Governor-General's Performing Arts Award since the prize was created in 1992. The rejection left organizers of next week's ceremony, as well as the Saturday night gala, scrambling.
Mr. Lévesque's decision marks an abrupt change of heart for the blunt-speaking artist, since he had initially said he'd been pleased to receive the award. He was informed about his award in May, and the Governor-General's Performing Arts Awards Foundation announced his name publicly on Sept. 29.
Mr. Lévesque said he was honoured to be recognized by English Canada.
Other winners this year include singer k.d. lang, pianist Oliver Jones and media mogul Moses Znaimer.
But Mr. Lévesque, who has a severe hearing impairment, said he only received word of Ms. Jean's Sept. 27 inaugural speech after he accepted the honour.
And he said he only belatedly understood that Ms. Jean is commander-in-chief of Canada's armed forces, which he holds accountable for carrying out the arrest and detention of hundreds of Quebeckers when the War Measures Act was enacted in 1970.
Mr. Lévesque said he has also become convinced, after reading a new book on the subject, that the federal government misused public funds to "steal" the 1995 sovereignty referendum from the Yes side.
His rejection marks another setback for Canada's new Governor-General, who has struggled to find acceptance in her home province even while winning over fans in the rest of Canada.
Randy Mylyk, Ms. Jean's spokesman, said the Governor-General was disappointed with Mr. Lévesque's decision.
The award foundation was in contact with Rideau Hall late yesterday, trying to figure out how to handle the controversy, only days from the awards ceremony. Members of the foundation say they were taken completely by surprise by Mr. Lévesque's about-face, and are still weighing a possible way to recognize him.
"We are trying to consider an appropriate course of action while at the same time respecting Mr. Lévesque," Sonya Thissen, executive director of the foundation, said yesterday evening. "There are people out there, Canadians out there, who feel he should be recognized."
At the time of Mr. Lévesque's nomination, the foundation praised the poet for his "great social and political conscience" and his "spirit of rebellion."
Mr. Lévesque and Ms. Jean have met, and the meeting was marked by its own controversy. In an interview with Ms. Jean when she was the host of a current-affairs television show in 2000, Mr. Lévesque said that he believed newcomers to Quebec should not have a say in the province's vote on separation.
Yesterday, he repeated that belief.
"We should only let people who understand the situation and have been here long enough the right to vote," he said. "They [newcomers] have a country elsewhere. We don't have a country. Our country is here. They shouldn't meddle in our national question."
While Mr. Lévesque turned down the performing arts award, other Quebec artists with strong nationalist views, including songwriter Gilles Vigneault and playwright Michel Tremblay, have accepted it.
Renowned novelist and separatist Hubert Aquin rejected the Governor-General's Literary Award in 1968, while distinguished intellectual Fernand Dumont accepted the prize that year but gave the money to the separatist Parti Québécois. Poet and songwriter Leonard Cohen rejected it the same year.
Mr. Lévesque was nominated for the prize through an open nomination process. His name was then vetted by a six-member jury of peers, which forwarded it for final approval to a board of directors co-chaired by Canadian actress Monique Mercure and retired broadcasting executive Harold Redekopp.

Le Québécois partage sans équivoque les opinions de Bozo !
Patrick Bourgeois, Pierre-Luc Bégin et René Boulanger,
Le Québécois 26 octobre 2005
Québec, le 26 octobre 2005 - En réaction au communiqué que Le Québécois émettait hier pour saluer le courage de Raymond Lévesque qui refuse le prix empoisonné que le Conseil des Arts du Canada avait demandé à la gouverneure générale, Michaëlle Jean, de lui servir, le chroniqueur Jean-Marc Beaudoin du Nouvelliste y allait aujourd'hui d'un petit texte humoristique (pour commenter le texte : http://lequebecois.actifforum.com/viewtopic.forum?t=64 ).
À ses dires, Le Québécois fait de la récupération politique en appuyant Raymond Lévesque dans sa démarche frondeuse. Pire, Le Québécois souffrirait d'amnésie parce qu'il est possible de l'associer à ceux qui n'ont jamais manqué de condamner les propos indépendantistes que Raymond Lévesque a tenus au fil des ans ! Toujours selon Beaudoin, Le Québécois aurait, comme les autres "séparatistes", reproché à Raymond Lévesque « de faire partie d'une poignée de vieux nostalgiques qui regrettent le bon vieux temps où ça brassait avec le FLQ, le mouvement de contestation étudiante et le RIN ». C'est bien mal connaître Le Québécois !
En effet, il faut savoir, et cela, même Radio-Canada l'a reconnu hier en diffusant un reportage au Point où on identifiait clairement Le Québécois comme le principal fer de lance de la mouvance dure du mouvement indépendantiste, que jamais notre journal ne s'est comporté de façon aussi vile envers un ou l'autre de nos patriotes. En fait, il serait plus juste de dire que Le Québécois s'est plus souvent qu'autrement porté à la défense des indépendantistes qui ne craignaient point de faire face, avec virulence, à nos ennemis fédéralistes. Et trop souvent, il l'a fait seul. Tous se rappelleront que c'est dans Le Québécois que fut publié le brûlot de Pierre Falardeau qui s'en prenait à Claude Ryan, et cela, seulement quelques jours après la mort de ce dernier. C'est également Le Québécois qui a lancé toute la polémique au sujet de la nouvelle gouverneure générale, Michaëlle Jean. Sachant cela, comment un journaliste digne de ce nom peut écrire dans un article que Le Québécois, à l'instar des autres indépendantistes du Québec, « trouvait plus de qualités à Michaëlle Jean qu'à ce "soixantard" figé dans l'idéologie de ses bombes et de ses kidnappeurs ». C'est complètement farfelu et ridicule ! Jamais, nous ne laisserons même sous-entendre d'une façon ou d'une autre qu'une opportuniste comme Michaëlle Jean est plus respectable qu'un grand patriote comme Raymond Lévesque ! Et toujours, nous le clamerons sur toutes les tribunes !
D'ailleurs, parlant du soutien que Le Québécois apporte aux « purs et durs » du mouvement, soulignons que l'on retrouve, dans la dernière édition de ce journal, un texte de l'écrivain Claude Jasmin qui se veut un appel à la réhabilitation des patriotes felquistes (le texte se trouve à cette adresse : http://lequebecois.actifforum.com/viewtopic.forum?t=37 ).En guise de modérés qui condamnent les plus décidés du mouvement comme bon leur semble, on trouve décidément mieux que Le Québécois, c'est l'évidence même.
Ce que tout cela démontre, c'est que peu importe ce que les indépendantistes-désireux-de remporter-enfin-la victoire feront, on tentera toujours de les salir dans les médias du Québec qui ont depuis longtemps prêté serment d'allégeance au Canada et à sa vice-reine, m'dame Michaëlle ! Quand ce n'est pas André Pratte qui dit que Le Québécois, c'est un nid à terroristes intellectuels, c'est Jean-Marc Beaudoin qui affirme, sans preuve aucune, que Le Québécois n'est pas plus courageux que l'ensemble des péquistes et qu'il se permet de condamner sans appel les radicaux indépendantistes. Bref, on nous reproche tout et son contraire. De quoi en perdre son latin !

Du politique chez les Québécois
Luc Côté, Président du Parti québécois de Hull
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Le bien-être l'emportera-t-il sur la liberté politique?
Agora: La course à la chefferie qui se déroule sous nos yeux est, à peu de choses près, la répétition des débats internes qui secouent le PQ depuis sa fondation. La souveraineté faisant consensus (!), les discours sur la méthode d'accession, le débat gauche-droite et celui sur un énième projet de société refont évidemment surface.
On ne peut pas en vouloir aux candidats : il faut bien remplir une course de cinq mois parsemée de visites et de sept débats. Parler toujours d'élection référendaire ou de frasques de jeunesse, ça devient ennuyeux, à la longue. Aussi, dans un parti d'idées où le pouvoir est un moyen et non une fin, il faut bien démontrer qu'on a un peu de vision et de rêve à faire partager, service public oblige.
Bref, la sauce péquiste a toujours du succès, un peu comme les 7584 représentations de Broue, avec à peu près les mêmes acteurs. Sauf que ça sent le réchauffé, même si c'est toujours aussi bon.
Revenir à l'essentiel
Alors qu'on continue au PQ à discuter des mille et un projets de société possibles et impossibles, on oublie de revenir à l'essentiel : l'indépendance du Québec, comme son nom l'indique, est un acte de souveraineté, d'autonomie et d'emprise sur soi-même -- ce qui n'est quand même pas rien !
Si le projet de faire du Québec un pays est un projet avant tout politique, c'est que l'indépendance est non seulement une prise de conscience de soi, de son existence de peuple, de sa différence -- ce que nous savons déjà depuis la Révolution tranquille, si ce n'est avant --, mais l'acte par lequel nous le déclarons au monde [...].
Bref, l'indépendance est la clef de voûte du projet politique du Québec uniquement parce qu'elle lui permettra de s'inscrire de façon officielle et sans contredit dans les «affaires» et les débats qui secouent notre planète et parce qu'elle lui ouvrira, sur la scène internationale, de nouveaux défis politiques que le Québec abordera avec ses qualités et ses défauts, ses capacités et sa vision particulière.
Méprise
Au fond, si le discours souverainiste n'arrive plus à décoller, c'est qu'il y a méprise sur la nature même du concept de «politique» après 40 ans de pouvoir influencé par Mai 68. Au Québec, comme dans le reste de l'Occident, la révolte contre la réalité de la condition humaine a été fortement ancrée. Le syndicalisme et les mouvements de gauche y ont trouvé un appui intéressant et intéressé. Cela a fait avancer le Québec jusqu'au moment où la population a pris l'habitude de remettre sur les épaules du gouvernement, quelle qu'en soit la couleur politique, l'assouvissement de ses moindre besoins.
«Soyez réalistes : demandez l'impossible !», disait le slogan de Mai 68. Avec l'accroissement exponentiel des besoins qu'une société riche et industrialisée permet de créer, la scène politique est devenue un lieu de gestion des besoins, et les campagnes électorales, des surenchères de promesses mirobolantes. Demander l'impossible, c'est intérioriser l'idée voulant qu'aucune demande ne peut être refusée, qu'aucune limite n'est désormais permise.
Bref, la politique est devenue le lieu où il est interdit d'interdire. Pas étonnant que des promesses aussi absurdes que celle de Jean Charest -- diminuer les impôts de cinq milliards en cinq ans en même temps qu'augmenter de cinq milliards le budget alloué à la santé -- aient réussi à prendre aussi facilement. Il est désormais possible de dire tout et n'importe quoi en campagne électorale, sauf qu'à la fin de l'année, la réalité nous rattrape et la facture est salée.
C'est dans une telle perspective -- celle d'une certaine «pollution» du politique par le social -- que je pense qu'il nous faille aborder la question de l'indépendance. Ou bien nous restons, comme fiston Tanguy, ce digne successeur des soixante-huitards, bien au chaud dans la maison Canada en nous berçant des illusions selon lesquelles il sera toujours possible de ménager la chèvre et le chou, la question nationale et la question sociale, et que la situation actuelle ne tient qu'à un déséquilibre des forces entre les provinces et le centralisme fédéral, déséquilibre que nous réussirons un jour, peut-être, à résoudre malgré l'évidence de notre infériorité numérique, ou bien nous décidons de nous prendre en main, de prendre la voie de la responsabilité, de devenir indépendants et de bâtir un Québec qui sera fait à notre mesure, selon nos goûts, nos efforts et nos capacités.
Un choix clair
Prendre la première voie commande de faire du surplace en terrain connu -- ce qui peut rassurer ceux qui ont peur du changement --, soit la poursuite des batailles incessantes et futiles imposée par le principe d'une fédération qui s'est toujours voulue, depuis les discussions constitutionnelles des années 1860 jusqu'à nos jours, la plus centralisée possible afin de faire respecter le principe même d'un pacte fédératif qui n'a jamais existé dans les faits.
Prendre cette voie, c'est aussi prendre le Canada tel qu'il est («le magasin général des réformes constitutionnelles est fermé») et ne plus se surprendre que nous prêchions dans le désert avec nos idéaux (nos illusions ?) des peuples fondateurs, du respect coast to coast du fait français et de toutes les revendications traditionnelles du Québec, doctrine Gérin-Lajoie comprise. Faire le choix «Canada», comme un Benoît Pelletier en fait la douloureuse et lassante expérience à chaque jour qui passe, c'est assurer la pérennité des affrontements stériles qui ne font que retarder l'inévitable : la minorisation de l'influence du Québec et du fait français dans l'ensemble canadien.
Par contre, la seconde voie, c'est celle de la liberté, entendue comme ce qui permet l'action responsable et assumée dans le monde. C'est faire le choix de la transparence et de la lucidité, de l'affirmation de ce que les hommes et les femmes politiques n'ont pas le courage de dire : la politique, malgré toutes les pubs de savon qui lui font compétition en promettant mondes et merveilles, reste le lieu de la limite et de l'humilité.
Les ressources du peuple québécois -- financières, mais aussi entendues comme les énergies vitales et humaines qu'un peuple possède pour assurer sa survie et son épanouissement -- sont limitées. On ne peut pas se payer le beurre et l'argent du beurre : on ne peut pas vouloir un maximum de services et payer un minimum d'impôts, tout comme on ne peut pas à la fois vouloir être canadien et penser impunément que le Québec peut avoir une personnalité internationale.
En d'autres mots, le politique, l'art du «vivre ensemble», commande que nous fassions des choix fondamentaux (être ou non un pays) qui soient cohérents, qui servent de base, de tremplin, aux autres débats politiques et sociaux qui animent les sociétés contemporaines.
Le lieu du socle de notre liberté politique de peuple, quoi qu'en disent les désabusés de la politique, est d'une importance capitale : il indique si notre avenir aura le Canada ou le monde comme horizon.

Les personnages en scène
Jacques Rivet, Professeur titulaire au département d'information et de communication de l'Université Laval
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Vues et orientations politiques respectives des candidats à la direction
Agora: La course à la direction du Parti québécois a jusqu'à maintenant donné lieu à quatre débats régionaux, appelés tribunes et composés de périodes, qui ont mis en présence les neuf candidats officiels à Sherbrooke, Montréal, Trois-Rivières et Québec. L'observation directe des discours des candidats, réalisée à titre de membre des auditoires de ces assemblées publiques, a permis de définir des types de propos et de comportements qui témoignent de leurs vues et de leurs orientations politiques respectives.
Les propos de ces prétendants au poste de leader du PQ peuvent être regroupés dans les quatre catégories suivantes : les dénonciations, les accomplissements, les solutions et les panacées.
Propos et intérêt journalistique
Au chapitre des dénonciations, la palme revient d'évidence à Jean-Claude St-André, qui s'en est pris autant à «la stratégie du déséquilibre fiscal» qu'aux agissements des multinationales en territoire québécois. Les candidats dits de gauche tels Pierre Dubuc et Gilbert Paquette ont déploré avec vigueur «le recul du français au Québec». Jean Ouimet s'est scandalisé du fait que, selon ses dires, 95 % des artistes québécois vivent «dans le trou de la pauvreté». Pauline Marois et André Boisclair, quant à eux, ont prononcé très peu de propos dénonciateurs dans leurs interventions.
Louis Bernard a stigmatisé le rôle envahissant que s'est donné Ottawa dans le développement de la culture. Quant à Richard Legendre, il a exprimé à satiété son insatisfaction de voir le gouvernement du Québec aux prises avec un budget de 55 milliards plutôt que de 90 milliards de dollars.
Les accomplissements ont été principalement de deux ordres : ceux relevant d'acte ministériels et ceux attribués à des gestes personnels.
André Boisclair et Pauline Marois ont référé à des politiques gouvernementales auxquelles ils ont pris part en tant que ministres, comme la politique du déficit zéro pour le premier et celle des garderies pour la seconde. Richard Legendre a souligné avec fierté sa réalisation du stade au parc Jarry. Gilbert Paquette a mis en évidence son rôle dans la création d'entreprises liées au développement du logiciel libre. Tous les deux ont présenté ces réalisations comme des exemples de contribution au développement durable au Québec.
Les solutions à des problèmes précis ont été exprimées en abondance par la majorité des candidats, par exemple la création d'un institut national de l'eau dans la Vieille Capitale (André Boisclair). Elles se sont en fait avérées des expressions d'idées neuves ou anciennes que la couverture de presse n'a pas mises en relief. Pourquoi ? Parce que, pour la presse, une idée nouvelle ou ancienne qui n'est pas susceptible de controverse n'existe tout simplement pas.
Il y a eu une exception de taille qui confirme cette règle journalistique : la déclaration d'indépendance prévue dans le programme du PQ après une victoire du OUI au référendum, mesure contestée par Louis Bernard, qui la juge «irréaliste».
La souveraineté
Aucun observateur ou membre des auditoires de ces quatre tribunes ne pourra disputer le fait que la panacée aux contraintes politiques, économiques, sociales et culturelles du Québec est, selon tous les candidats, la souveraineté. Cependant, pour y parvenir, chacun d'eux a mis l'accent sur une panacée instrumentale qui a révélé leur rêve politique personnel.
André Boisclair a eu recours au réalisme positif en proposant que les Québécois soient plus «habiles à vivre avec [leurs] succès». Pauline Marois a fait du rassemblement le but de son action de future leader. Louis Bernard a prôné la rupture tranquille afin que l'indépendance puisse «se faire correctement».
C'est la supposée manne budgétaire qui a séduit Richard Legendre lorsque l'indépendance sera réalisée. Gilbert Paquette n'a pas pu entrevoir l'avenir du Québec sans l'innovation technologique. La syndicalisation est le remède à tous les maux du Québec, de l'avis de Pierre Dubuc.
Jean Ouimet a convié les «citoyens» à pédaler pour le «développement durable» en faisant route vers l'élaboration collective d'un «contrat social». Pour ne pas être en reste, Jean-Claude St-André leur a plutôt commandé de recourir d'urgence à l'action immédiate, tête première, «pour faire l'indépendance». Enfin, Ghislain Lebel a rappelé avec insistance à ses collègues candidats que rien ne peut s'accomplir sans la reconnaissance des erreurs du passé. Les prochains débats devraient se poursuivre sur cette lancée.
Performance oratoire
Par ailleurs, les comportements des candidats ont été définis en fonction de leur performance oratoire respective en mettant l'accent sur leurs déclarations principales lors des diverses périodes des débats. Voici ces comportements, par ordre alphabétique.
- Louis Bernard, le téméraire : les prochaines élections québécoises seront «préréférendaires». «Dès que la souveraineté nous en aura donné les moyens, a-t-il insisté, nous instaurerons un revenu minimum garanti pour tous.» Dans son esprit, la décentralisation des pouvoirs vers les régions est un autre impératif découlant de l'accession du Québec à la souveraineté.
- André Boisclair, le résolu : le candidat en tête dans les sondages s'est engagé à réduire la dette tout en protégeant les programmes sociaux. À Pierre Dubuc qui, à Trois-Rivières, voyait la nécessité de «dire aux gens des différentes communautés culturelles» de prendre part au combat d'un peuple, le peuple québécois, qui veut son droit à l'autodétermination, André Boisclair a ajouté fermement et promptement : «Et ils en font partie, de ce peuple, ils en font partie, de cette nation !»
- Pierre Dubuc, le mobilisateur : «Les travailleurs immigrants ont besoin de se syndiquer», a-t-il constaté à Sherbrooke. Il a également rappelé sa conviction selon laquelle le Parti québécois n'a pas de tâche plus importante que de renouer avec le mouvement syndical et les milieux progressistes «pour gagner les prochaines élections».
- Ghislain Lebel, l'agaçant : à son avis, «le PQ danse mal : un p'tit pas à gauche, un p'tit pas à droite». À la suite de Pauline Marois, qui énumérait une série d'interventions gouvernementales telles le soutien à l'emploi, la transformation des entreprises et l'aide «aux travailleurs», Lebel s'est écrié devant l'auditoire de Montréal : «Mme Marois, vous allez arrêter ça ! Vous allez confondre un jésuite !»
- Richard Legendre, l'appliqué : il a en substance lu le même texte avec grande minutie lors de l'introduction et de la clôture des débats à la façon convenue des rhétoriciens des anciens collèges classiques. Durant les affrontements des trios et des périodes de questions, il l'a presque récité par coeur.
- Pauline Marois, l'avertie : elle a souligné avec insistance avoir dirigé 11 ministères au gouvernement du Québec. Elle a été intarissable pour donner des exemples de ceci ou de cela en vue d'éclairer les auditoires à propos de la pertinence d'instaurer certaines mesures politiques.
- Jean Ouimet, le prévoyant : il a entrevu les «défis planétaires qui nous attendent».
- Gilbert Paquette, l'entreprenant : il a suggéré de canaliser l'épargne des Québécois dans le développement durable «pour les empêcher d'aller à l'étranger».
- Jean-Claude St-André, l'agressant : il s'est constamment lancé à l'assaut «des riches qui ne paient pas leur juste part des impôts».
À Québec, André Boisclair, le meneur, a pourfendu Jean Charest «en tant que simple militant» dans sa conclusion. Et, en moins de temps qu'il n'en faut pour le dire, il s'est retrouvé à agir, de façon peut-être prémonitoire, comme «chef de l'opposition, si vous me faites confiance». L'avenir nous le dira.

Impasse pour les milieux culturels
Pierre MacDuff, Directeur général de la compagnie de théâtre Les Deux Mondes
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Agora: Mercredi 12 octobre dernier. On doit refuser du monde à la salle J.-Antonio-Thomson, à Trois-Rivières, que 1000 personnes remplissent, venues assister au troisième débat des aspirants à la chefferie du Parti québécois et, présume-t-on, entendre parler du thème annoncé.
Comme il s'agit de savoir la place qu'entend accorder à la culture le futur chef de cette formation politique qui aspire à faire du Québec un pays, on anticipe de l'exercice une certaine solennité et on imagine qu'il donnera lieu à de vibrantes déclarations de principes, malgré la formule très stricte qui ne permet guère de développer. [...]
Pour ma part, j'étais prêt à y entendre que le Québec de demain sera culturel ou ne sera pas. Que c'est par sa capacité de se représenter à travers des oeuvres fortes et originales qu'une société s'inscrit dans l'histoire. Que l'art est ce qui nous relie à l'histoire de l'humanité, au reste de l'humanité, à notre propre humanité et à ce qui nous dépasse. Que la culture est le principal véhicule de nos valeurs, à nos yeux et à ceux du reste du monde.
Ou encore qu'être cultivé, curieux, instruit, critique, constitue la seule voie pour échapper au statut de simple consommateur et devenir un citoyen avisé, sensible aux enjeux globaux de l'existence et du monde tel qu'il est et tel qu'il pourrait être. Que le Québec d'aujourd'hui est extraordinairement créateur et inventif, que sa modernité est notamment associée aux arts, que la population du Québec est l'une de celles qui fréquentent le plus les théâtres, que les réalisations des artistes placent le Québec sur la carte du monde comme une société incroyablement dynamique et tournée vers l'avenir.
Je m'attends à tout le moins à ce que plusieurs candidats reprennent certaines des données maintes fois communiquées à la classe politique mais pas toujours saisies à leur juste valeur par la population, selon lesquelles la culture et les communications génèrent au Québec des dépenses d'exploitation de 3,8 milliards de dollars et que leur contribution au PIB est équivalente à celle des secteurs de l'agriculture, des forêts, des mines et des pêches réunis. Que, pour des milliers de personnes dans toutes les régions du Québec, ce secteur d'activité n'est pas qu'un moyen d'expression mais aussi un métier.
Désenchantement
Au terme de cette soirée, c'est le désenchantement. Parce qu'on y a, somme toute, très peu traité de culture. D'ailleurs, a-t-on seulement débattu ? Pour qu'il y ait débat, il doit y avoir idées, et de cela aussi la soirée a été pauvre. La question linguistique, qui fait fondamentalement consensus parmi les candidats en ce qui concerne la place que doit occuper le français, a accaparé presque tout le champ des échanges, lesquels ont assez vite tourné à l'affrontement, parfois de bas étage, entre certains candidats. [...]
Bien entendu, tous les candidats ont repris les allants de soi de circonstance et parfois les lieux communs, par exemple l'impérialisme culturel américain à contrer mais sans trop préciser comment, pour déclarer en des termes divers que le Québec doit beaucoup à ses artistes ou encore que la langue et la culture constituent le fondement du pays ou de son identité.
Certaines réalisations ont pu être nommées, essentiellement par Pauline Marois (le Festival international de la poésie de Trois-Rivières, Félix Leclerc, l'Orchestre symphonique de Montréal, Michel Faubert entendu en Afrique, les Cowboys fringants, le Cirque du Soleil, les succès du théâtre et du cinéma québécois) et André Boisclair (le Festival international de la poésie de Trois-Rivières, le Festival de musique émergente de Rouyn-Noranda, le Mondial des cultures de Drummondville, le Festival du court métrage de Sherbrooke, le Festival en chanson de Petite-Vallée).
Mais pour les autres candidats, à l'exception de Richard Legendre, qui aborde le sujet avec un certain positivisme, la culture est traitée de façon mortifère, comme si tout faisait lamentablement pitié en ce domaine au Québec, et bien évidemment à cause du gouvernement fédéral ! Pour Ghislain Lebel, les Québécois ont honte d'être québécois (parlez pour vous, M. Lebel !). Pour sa part, Louis Bernard affirme sans sourciller que le gouvernement n'est pas responsable de la culture tout en ajoutant du même souffle que le Québec est totalement absent de la scène internationale à cause de la prépondérance du Canada, semblant ignorer qu'aucune société de démographie comparable à celle du Québec n'est à ce point présente partout au monde grâce à ses artistes.
Par ailleurs, la situation des artistes n'a été abordée que par trois candidats. Jean Ouimet, le premier, a rappelé la pauvreté de la quasi-totalité d'entre eux et la nécessité de les en sortir; ce fut là son unique apport à avoir nourri le sujet pendant la soirée, le reste de ses interventions ne portant que sur le développement durable, au point de finir par en discréditer l'idée même. Gilbert Paquette, qui a aussi mentionné l'écart de revenus entre les hommes et les femmes travaillant dans ce domaine, a souligné le peu de moyens consentis au secteur culturel. Pour lui, l'essentiel des efforts publics doit toutefois porter sur la radio et la télé, les seuls capables à ses yeux de diffuser largement la culture auprès de la population. Enfin, M. Legendre a évoqué, sans creuser la question, la précarité des artistes.
Mutisme et voeux pieux
Mais alors que le Québec voit, pour la troisième fois de son histoire en quelques années, les enseignants des écoles publiques priver les élèves de sorties culturelles et menacer l'existence même d'organismes qui ont mis des années à tenter de tisser des liens entre l'école et la culture, aucun des aspirants futur premier ministre n'a eu la maturité politique d'annoncer qu'une telle situation, vertigineuse dans ce qu'elle révèle de la valeur accordée à la culture par le milieu enseignant ou, si on préfère, dans ce qu'elle révèle de l'inculture des syndicats d'enseignants, doit être corrigée en inscrivant la fréquentation des arts dans le cursus scolaire.
En l'état, le message lancé aux milieux concernés est celui-ci : nous ne nous sentons aucune responsabilité, débrouillez-vous ! Il reste à espérer que le débat portant sur l'éducation permettra des prises de position fermes sur ce point.
Les rares engagements ont souvent pris l'allure de voeux pieux, tributaires d'une perception très approximative des véritables enjeux culturels du Québec d'aujourd'hui et de demain. Pour M. Legendre, l'augmentation du budget du ministère de la Culture (alors que c'est le Conseil des arts et des lettres qui soutient la production artistique) s'accompagne d'une décentralisation du financement. Ce faisant, il ne semble pas se rendre compte des dangers de se priver de la vision d'ensemble qui, seule, demeure garante de l'approche qualitative qui doit prévaloir dans le domaine de la culture.
Mme Marois assortit son désir de voir croître les crédits aux arts par celui d'un développement d'une culture de proximité (illustrée par l'exemple discutable de suggérer que les artistes puissent exposer ou se produire dans les bars) et une aide accrue aux jeunes artistes. M. Boisclair, qui, toutes proportions gardées, a le mieux cerné la situation des artistes et des créateurs, a déclaré porter une attention particulière aux conditions qui leur permettront de vivre de leur art et reconnu que les budgets du Conseil des arts et des lettres du Québec et de la SODEC devaient être augmentés : «Mon but est clair : donner à nos créateurs plus de moyens pour créer et diffuser leurs oeuvres au Québec et dans le monde.»
Une vitalité culturelle tenue pour acquise
Ce débat aura illustré ce que les milieux culturels ont constaté depuis 30 ans : pour le Parti québécois, la culture se réduit à la langue, et la vitalité culturelle du Québec est, à tort, tenue pour acquise. Tout comme on juge probablement acquis, à tort là aussi, l'électorat que représentent les artistes et les créateurs du Québec. Si l'action du PQ a été historiquement déterminante en matière de langue, le chapitre de son soutien à la culture reste à écrire. Pourtant, les questions cruciales ne manquent pas.
En plus du boycottage des activités culturelles par le milieu scolaire, il y a la situation monopolistique dans laquelle va bientôt se retrouver Quebecor à l'endroit de l'édition, la nécessaire réévaluation du rôle de l'empire Spectra dans des sphères d'activité où sa compétence n'est nullement avérée pour des projets actuels ou à venir, l'investissement de centaines de millions de dollars que le gouvernement libéral entend consacrer à un casino, à Montréal, en plein quartier défavorisé avec l'aval d'un Cirque du Soleil qu'on va pouvoir ainsi voir à longueur d'année, selon une formule qui fait fureur à Las Vegas, le tout étant présenté à la population comme un apport faramineux en matière de culture.
Il y a pire. Le Parti libéral du Québec, qui n'a jamais passé pour le grand défenseur de la culture mais auquel on doit, entre autres, la création du Conseil des arts et des lettres du Québec et la Loi sur le statut de l'artiste, a été incapable, en trois ans de pouvoir, de tenir le moindre de ses engagements en matière de culture, le premier d'entre eux étant d'accroître le soutien à la création et à la diffusion et de voir à l'amélioration des conditions de vie des artistes et des créateurs.
La ministre Line Beauchamp, elle aussi demeurée muette au sujet du boycottage des activités culturelles par les écoles, a mis une fin abrupte au projet de reconstruction d'une salle pour l'Orchestre symphonique de Montréal et n'a pas su relocaliser les étudiants des conservatoires de musique et d'art dramatique de Montréal.
Depuis trois ans, on aura essentiellement entendu commenter les dossiers culturels par son personnel politique, et elle accepte que la voix du Québec, sur la scène internationale, soit subordonnée à celle du Canada. De mémoire, aucun gouvernement n'a si peu fait au chapitre de la culture après trois ans de pouvoir, au point où on est légitimé de se demander si, au ministère de la Culture et des Communications, il y a un pilote dans l'avion...
Les artistes, les écrivains et les créateurs représentent une force et une voix. Ils doivent la faire entendre, avec force, à une classe politique qui, à l'évidence, a choisi de l'ignorer.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
PUTASSERIE
PIERRE FOGLIA
LA PRESSE samedi 22 octobre 2005
(publié par Jean-Claude Rannaud sur le site du Conseil de la souveraineté)
C’est ce que Bourdieu appelait la gouvernance de droit divin. D'un côté, des élites lucides, raisonnables, informées, qui savent l'urgence de la situation, qui savent qu'il va falloir faire des sacrifices. De l'autre, le peuple ignorant, paresseux, hédoniste, qui vit au-dessus de ses moyens, qui se ment à lui-même.
D'un côté, des élites politiques empêchées de gouverner par les syndicats et les groupes de pression. Des élites qui, au nom de la démocratie (et de l'électoralisme), ne peuvent tout de même pas faire le bonheur du peuple malgré lui. Ou si? Elles peuvent ? Elles doivent ? Elles se tâtent, se faxent, on se fait une bouffe, Lulu ? Et voilà une douzaine de bons apôtres, les uns se réclamant de la science économique, les autres de la science politique, voire de l'humanisme, de l'information et de la culture, voilà 12 apôtres qui se réunissent pour faire le point sur le naufrage annoncé du Québec. À la fin de leurs cogitations, le plus tribun des 12 s'empare du micro et, de sa voix de crucifié, lance un appel à la nation.
Peuple, quel avenir veux-tu pour tes enfants ?
Peut-on être plus pute ?
La putasserie n'est pas le document en lui-même mais sa prétention à la non-partisanerie. Dans toutes ses interventions, M. Lucien Bouchard s'est ingénié à souligner que les 12 venaient d'horizons politiques différents. Séparatistes, fédéralistes, saisis de la même urgence de sauver le pays. M. Bouchard a juste oublié de nous dire que ces 12 apôtres viennent tous de la même religion économique: le néolibéralisme.
On est devant des gens qui, comme M. Charest, comme M. Boisclair, acceptent l'idée que la prospérité d'un pays peut s'édifier sur l'appauvrissement d'une partie de la population. Des gens qui acceptent la pauvreté comme une fatalité structurelle.
Les 12 du document sont de ce credo-là, néolibéral. Y ont le droit. Ils ont juste oublié de convoquer des gens qui ne pensaient pas comme eux. Gens de droite, ils ont juste oublié de demander aux gens de gauche ce qu'ils en pensaient. Je sais, ce n'est plus la mode de parler de droite ou de gauche. N'en parlons pas. Reste que le monde est
divisé au moins en deux, ceux qui font passer le progrès par une réalité tout économique (le marché), et ceux qui font passer la réalité que vivent les citoyens avant le progrès.
Le groupe de M. Bouchard n'était pas obligé d'inviter des représentants syndicaux, ou Françoise David ou Amir Kadir. Mais alors ils devaient signer leur document: groupe de travail pour un Québec néolibéral. Loin de cela, ils se réclament de l'objectivité la plus affranchie et la plus spontanée. Ils se réclament d'une analyse non partisane de l'état des lieux. Et ils affirment cette réalité, LEUR réalité, incontournable. Et je reviens à Bourdieu : ils sont de droit divin. Ils nous disent: les faits sont là, que cela vous plaise ou non. Et ils ajoutent, M. Bouchard l'a presque dit dans ces mots-là à Radio-Canada: ceux qui nous critiqueront ne peuvent être que d'archaïques chiens sales qui ne se soucient pas de l'avenir de leurs enfants.
Ce n'est pas vrai, monsieur Bouchard. Il y a une autre réalité possible que celle obligée du néolibéralisme. Une réalité citoyenne. Une voie qui se cherche encore et qui ne sait pas toujours ce qu'elle veut, mais qui sait ce qu'elle ne veut pas: elle ne veut pas perdre l'essentiel du système actuel de protection sociale contre la maladie, le chômage, la vieillesse. Elle veut des garderies à 7 $. Et ce ne sont pas là des demandes frivoles. D'ailleurs, monsieur Bouchard, vous êtes le premier ministre le plus à droite qui ait sévi au Québec depuis Duplessis et, pourtant, ces garderies à 7 piastres, 5 à l'époque, c'est vous. Ça ne doit pas être si frivole que ça.
Vous déplorez que les Québécois sont trop taxés, et je voulais vous dire que je paie moi-même énormément d'impôt mais que cela ne me dérangerait pas d'en payer encore plus. Je veux bien, par exemple, en payer autant qu'un Danois ou un Suédois pour la même protection sociale qu'au Danemark. Saviez-vous que, dans ces deux pays, un chômeur peut recevoir jusqu'à 20 000 euros par année ? Il est vrai que le coût de la vie est plus élevé chez eux, mais quand même, 20 000 euros...
Prenez les Chinois. Françoise David me souffle - et je viens d'aller vérifier dans les archives - que les Chinois vous avaient déjà servi d'épouvantail en 1998 pour déréglementer l'industrie du textile au Québec. En déréglementant, on va sauver des emplois et même en créer 8000 nouveaux, disaient vos gens à l'époque. Vous avez déréglementé. Il ne s'est pas créé un foutu emploi dans le textile (il s'en est perdu des milliers). Et, évidemment, les Chinois sont toujours à nos portes. Cette déréglementation n'a finalement eu pour résultat que de rendre plus misérables encore les conditions de travail des gens du textile.
Votre document évoque des sacrifices nécessaires pour assurer l'avenir de nos enfants. Sauf qu'on a trop d'exemples de sacrifices qui n'ont rien à voir avec l'avenir de nos enfants et tout à voir avec les profits des entreprises.
Votre document, monsieur Bouchard, je l'ai lu tout l'été en France. Mot pour mot. Cessons de nous mentir, braillait cette vieille pute de Kouchner à la une du Monde. Je l'ai entendu chez les italiens aussi, la même morale d'une petite élite qui disait aux travailleurs du mezzogiorno : bougez-vous donc le cul entre deux jobines au noir.
Et comme vous, l'air de dire que c'est la voie unique, la réalité incontournable.
C'est juste pas vrai.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
L'âge de la lucidité
Étienne Lessard, Montréal
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Avant tout, il est intéressant de noter que cette sortie médiatique autour du manifeste Pour un Québec lucide s'insère parfaitement dans une séquence de débats-chocs lancés de toute part au cours des dernières semaines au Québec. Il semble que la mode soit au bruit retentissant de l'alarme. Il y a danger, je crois, de dramatiser la situation sociale et économique au Québec.
Aussi lucide soit cet appel à l'éveil des Québécois, aussi ambiguë semble être la source de tout ce bruit. Les 12 signataires du manifeste sont tous des gens de la génération vieillissante, occupant des fonctions élevées. Leurs revendications concernent les jeunes qui assureront l'avenir du Québec.
Serait-il intéressant d'entendre la jeunesse québécoise (20-40 ans) s'exprimer sur les enjeux de l'avenir de la nation ? Peut-être, puisque cela semble être la mode, devraient-ils eux aussi se former une coalition des «douze» et déposer un texte revendicateur ? Je doute fort qu'on observerait les mêmes expressions béates sur les visages de MM. Charest et Dumont.
Je doute également que les revendications de la jeunesse concernée soient autant diffusées et appuyées par les médias que celles avancées par les Lucien Bouchard, Denise Robert, Robert Lacroix et compagnie.
Pourtant, réexaminons un instant cette évidence : les jeunes d'aujourd'hui dirigeront le Québec de demain. De grands débats sur l'avenir du Québec ont été ouverts lors de la grève des étudiants le printemps dernier. Toutefois, les voix ont été rapidement muselées par les autorités gouvernementales et par les médias.
De ce mouvement vigoureux, il ne reste qu'une tendance in : du débat-choc à la doc Mailloux en passant par Les Voleurs d'enfance et en allant jusqu'au manifeste Pour un Québec lucide. S'il s'agit là d'une refonte de notre vision de société, je déplore qu'elle ne s'exprime publiquement qu'à travers le regard des tenants de l'industrie du showbiz et des gens de la génération déclinante. [...]
Je ne crois pas que les Québécois craignent vraiment le changement, du moins pas les jeunes. N'oublions pas que les jeunes adultes d'aujourd'hui, depuis leur petite enfance, ont reçu en boucle le message qu'ils paieraient pour les «vieux», qu'ils devraient écarter l'idée d'une carrière et qu'ils auraient intérêt à diversifier leurs atouts pour rester debout lors des secousses que l'avenir nous réserve.
Il est donc étonnant que l'éclair de lucidité jaillisse d'une douzaine de têtes grises bien nanties qui, d'ailleurs, reprochent au reste de la population de n'en démontrer guère. De quelle lucidité parle-t-on, au juste ? Celle de gens qui entrevoient avec enthousiasme une retraite toute proche ou celle de gens qui angoissent seulement à l'idée d'y penser ?
Je crois que le véritable changement doit être l'issue d'une profonde réflexion qui ne se fasse pas à la hâte, comme nous y presse celle du groupe de Bouchard, mais qui naisse plutôt d'une population avertie qui voit ses aspirations freinées par l'élite. Réflexion sur l'avenir du Québec, donc, mais également réflexion sur les véritables intentions de Bouchard et de ses alliés lucides.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
Pour un Québec confiant avant tout
Pierre Lauzon, Oka
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Depuis la publication du manifeste Pour un Québec lucide, une très grande partie de la population exprime son désaccord sur les tribunes téléphoniques à la radio ou à la télévision et au moyen de lettres dans les journaux. Serait-ce que le peuple québécois manque de lucidité, fuit ses responsabilités et ne veut être libre que de faire ce qui lui plaît? Ce serait conclure beaucoup trop simplement et beaucoup trop rapidement.
Les Québécois sont au contraire très lucides. Ils sont prêts à reconnaître l'envergure des obstacles à surmonter et ils ne désirent aucunement se cacher la tête dans le sable face aux défis à relever qui en découlent. Ils sont prêts à prendre leurs responsabilités pour faire, individuellement et collectivement, les choix qui s'imposent. Cette lucidité et cette responsabilité, la population québécoise en a fait preuve à plusieurs reprises par le passé et n'hésitera pas à en témoigner année après année pour l'avenir du Québec, non seulement pour ses jeunes mais aussi pour toutes les générations qui en font la richesse profonde.
Un problème de confiance
Le désaccord exprimé parfois maladroitement depuis la publication du manifeste a souvent pour objet de mettre en doute la bonne foi des membres de ce groupe de réflexion, de leur prêter des intentions plus ou moins machiavéliques ou de les catégoriser dans une droite rétrograde.
Ce type d'opposition qui n'avance à rien, qui tue le dialogue, est le symptôme même d'un malaise beaucoup plus grave : le peuple québécois a de moins en moins confiance en ses leaders politiques et économiques. Un sondage encore récent tend à démontrer qu'on leur fait moins confiance qu'aux vendeurs d'automobiles. C'est à la fois désolant et dramatique pour notre avenir car tout peuple a besoin d'avoir confiance en des leaders qui leur transmettent une vision éclairée du chemin à parcourir. [...]
À plusieurs reprises, les Québécois ont été leurrés. Ils n'ont pas eu l'heure juste. Le peuple québécois est en perte très sérieuse de confiance et se cherche désespérément un grand leader qui les respectera profondément, à commencer par le domaine des finances publiques.
Les solutions du manifeste ou de plusieurs autres politiciens et intellectuels sont toujours d'aller piger dans les poches des contribuables. Le profond malaise de la population vient justement du fait qu'elle doute facilement que ce nouvel argent sera bien géré et qu'il servira véritablement à ce pour quoi il est censé être destiné.
Qu'on arrête de camoufler des entrées de revenus pour le gouvernement par le biais de hausses des tarifs d'électricité ou de tout autre type (SAQ, Loto-Québec, permis divers, etc.) ! Si on veut commencer à rembourser sérieusement notre dette publique, cessons de passer par des chemins détournés qui minent profondément la confiance des contribuables. Allons-y directement et imposons une taxe ciblée qui définira véritablement le but visé, comme ce fut le cas avec la taxe sur les cigarettes pour payer la dette du Stade olympique.
Qu'on arrête enfin de montrer du doigt les baby-boomers et les retraités qui se seraient comportés et continueraient de le faire comme des êtres irresponsables. Ça aussi, ça tue le dialogue. En tant que retraité, j'ai beaucoup de difficulté à lire que «le nombre de travailleurs payant des impôts ira en diminuant», comme si mon chèque de retraite n'était pas imposé, comme si je ne payais plus de taxes quand je fais des achats ou consomme des services.
Le Québec d'aujourd'hui ne manque pas de lucidité ou de responsabilité. Le Québec d'aujourd'hui est en déficit profond de sa confiance envers ses élus. Tant que ces leaders actuels ou passés n'auront pas fait un virage très important pour reconquérir la confiance de la population, ils ne pourront pas se permettre de leur faire la leçon et encore moins de leur indiquer des voies à suivre parce que, justement, le peuple n'est pas aveugle.
Le peuple ne demande pas mieux que de leur faire confiance. Toutefois, comme le respect, la confiance se mérite, et il faut y mettre le temps. Il est très tard, messieurs et mesdames les leaders.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
Nous ne vivrons pas comme vous!
Alexandre Motulsky-Falardeau, Étudiant en philosophie à l'Université Laval
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
On parle d'avancement, d'accélération et de développement dans le manifeste Pour un Québec lucide. Mais qui a dit, peut-on me le dire, que le développement passait par l'accélération ou par l'augmentation de la démographie ou par la croissance économique?
En fait, pourquoi devons-nous croître : pour le profits des banques et des entreprises ? Depuis quand, depuis qui, depuis quelle étude scientifique la croissance économique ou démographique est-elle synonyme de bonheur, de développement, d'avancement ? Où, je me le demande bien, est-il prouvé que croître, grandir, est ce vers quoi nous devons tendre, socialement ? [...] La Terre n'est-elle pas déjà peuplée ? Pourquoi devrions-nous nous sentir coupables de ne pas faire plus de 1,58674 (ou je ne sais quoi) enfant ou de ne pas faire de profit cette année ? N'y a-t-il pas de riches dans ce monde d'opulence ?
Où est votre conscience sociale, gens lucides ? On dirait que vous n'avez pas la même lucidité que moi.
Je prône le recul !
Depuis quand la lucidité exige-t-elle d'un citoyen qu'il ait deux voitures [...] ? Depuis quand les citoyens ont-ils besoin d'avoir des maisons de six étages, 32 pièces et huit garages pour les quatre automobiles et leur 1,58674 enfant ? À l'époque féodale, je comprendrais, mais aujourd'hui, non, je ne comprends pas.
Ma génération ne cherche pas le progrès où vous pensez l'avoir trouvé, où vous nous dites qu'il se trouve. On ne veut pas de grosses maisons, de grosses voitures énergivores, de grandes routes, de voitures dans les centres des grandes villes. On veut rétrécir, rapetisser; nous voulons décroître, moins consommer, avoir des transports en commun.
On ne veut pas de votre argent, on n'en veut certainement pas autant que vous, car le progrès, selon nous, ce n'est pas seulement l'avancement, c'est aussi le recul.
Rien à faire de votre prétendue lucidité qui nous permettrait de continuer à avancer dans le mauvais sens. Je prône le recul, M. Bouchard. Vous dites «passéiste»; je vous dis : et pourquoi pas ? Le présent est-il vraiment mieux que le passé ?
Je n'ai pas vécu votre passé, mais vous ne vivez certainement pas dans notre présent. Ce présent, M. Bouchard, c'est celui de la conscience de l'environnement, du refus de la consommation à outrance, de la lutte contre la pauvreté dans le monde, du maintien de la gratuité scolaire. Ce présent, c'est celui des hommes et des femmes qui veulent un monde différent que celui dans lequel nous avons vécu et dans lequel nous vivons encore. Et vous osez nous dire ce qu'il faut faire pour y rester alors que notre plus grand rêve, c'est d'en sortir comme le vôtre était de sortir de la «grande noirceur» !
Vous rêvez que nous vivions aussi confortablement que vous, mais vous ne comprenez donc pas : nous ne voulons pas vivre comme vous avez vécu, nous ne vivrons pas comme vous avez vécu, nous vivons déjà différemment. [...]


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
Le temps d'agir devant des constats connus
Richard Payette, Président et chef de la direction, Raymond Chabot Grant Thornton, ex-membre du conseil d'administration du CIRANO (de novembre 2002 à juin 2005) et ex-président de son comité de vérification (de juin 2003 à mai 2005)
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Le moins qu'on puisse dire, c'est que la récente publication du manifeste Pour un Québec lucide soulève les passions. Quiconque a à coeur le développement du Québec ne peut rester indifférent devant le constat qui est fait. Quiconque s'intéresse à l'avenir du Québec ne peut que conclure qu'il est effectivement temps d'agir. Pourtant, le diagnostic que le manifeste met en lumière est connu depuis un bon moment. Normalement, nous devrions déjà avoir des solutions et, surtout, des résultats.
En février 2001, un constat similaire à celui du manifeste était rendu dans le rapport Bourgogne publié par le Centre interuniversitaire de recherche en analyse des organisations (CIRANO), qui regroupe divers intervenants de l'économie québécoise, dont Raymond Chabot Grant Thornton (RCGT). Intitulé La performance économique du Québec : constats et défis et rédigé par Marcel Boyer, ce rapport établissait que la sous-performance du Québec en matière de croissance, de développement économique et de création d'emplois durait depuis près de 20 ans. Il soulignait notamment que la performance du Québec était nettement inférieure à celle des autres provinces canadiennes et des États-Unis.
Le message y était très clair : «Nous sommes en train de préparer des jours difficiles pour nos enfants. Il est temps de sonner l'alarme. Un coup de barre vigoureux s'impose : le Québec a un urgent besoin d'une véritable nouvelle révolution tranquille et le temps presse.» Le rapport énumérait également les impacts possibles de la sous-performance québécoise : dégradation des services de santé, baisse de la qualité de l'éducation, développement ralenti ou dépérissement des infrastructures, dégradation de l'environnement, etc.
Février 2001, c'était il y a près de cinq ans, et rien ne semble avoir changé. Selon toute vraisemblance, une étude similaire nous amènerait à conclure que la situation relative du Québec a continué de se dégrader. Quant aux impacts potentiels, nous sommes en plein dedans. Ils font partie de la réalité.
Déjà, en 1993...
Ce n'est pas tout. Huit ans avant la publication de ce rapport, en février 1993, mon prédécesseur à la direction de RCGT, Serge Saucier, avait également déclenché le signal d'alarme lors d'une allocution de la Chambre de commerce de Québec intitulée «Cessons de vivre sur le dos de nos enfants». Il y démontrait que le Québec était techniquement en faillite avec une dette publique de 50 milliards de dollars (cette même dette a plus que doublé et atteint aujourd'hui quelque 110 milliards).
Il mentionnait alors que le défi des finances publiques consistait à faire mieux avec moins, qu'il fallait réduire la taille de l'État. Un discours que nous entendons encore aujourd'hui mais qui ne semple pas avoir mené à des résultats concrets.
En définitive, il faut surtout s'étonner que même si le problème est connu et bien documenté depuis longtemps, nous soyons encore en train de tergiverser sur les stratégies à adopter. Les véritables solutions tardent à venir. Plus elles tarderont, plus l'écart entre le Québec et le reste de l'Amérique prendra des dimensions abyssales.
Plus que jamais, il est temps de donner aux personnes qui ont le pouvoir et la capacité d'agir en faveur du développement économique du Québec la marge de manoeuvre dont ils ont besoin pour renverser la vapeur. Il faut de toute urgence procéder à l'allégement du fardeau administratif pour les entreprises.
Le Québec peut encore compter sur l'esprit d'entrepreneurship qui a fait ses heures de gloire et doit continuer à le favoriser dans le cadre de son développement économique. Il s'agit maintenant de véritablement passer à l'action et de prendre des mesures concrètes pour pouvoir pleinement en profiter.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
Un texte utile
William Tetley
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Lettres: Montréal, le 20 octobre 2005 - Le manifeste Pour un Québec lucide, publié le 20 octobre dernier, constitue un texte à la fois impressionnant et utile. Le lecteur peut bien être d'accord avec une bonne partie du contenu de ce document, mais force est de constater qu'il s'adresse avant tout au gouvernement du Québec et à des organismes non gouvernementaux.
La population et les syndicats sont aussi visés expressément par ce manifeste, mais les grandes entreprises n'y sont traitées que de façon très générale. Par exemple, les 12 signataires du document, qui comptent plusieurs chefs du domaine des affaires ainsi que l'ancien président du conseil d'administration de la Banque Royale, ne tiennent pas compte des divers scandales qui ont récemment secoué le monde commercial. En effet, n'est-il pas un peu paradoxal que la veille même de la présentation du manifeste, on ait noté que la Banque Royale avait établi une réserve de 500 millions en rapport avec les litiges intentés à la suite de la faillite de la société Enron ?
Le manifeste se préoccupe en particulier de l'économie mais passe sous silence les problèmes affectant actuellement les deux paliers (public et privé) de notre système de santé, ainsi que le secteur de l'enseignement. Le manifeste constitue certes un excellent point de départ pour amorcer un débat public, mais il reste encore beaucoup plus de choses à dire !


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
Une seconde révolution tranquille ?
Marc Simard
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Lettres: Québec, le 20 octobre 2005 - J'aurais signé avec grand plaisir le manifeste Pour un Québec lucide, rendu public le 19 octobre 2005 par une douzaine de personnalités québécoises. Depuis plusieurs années, je défends des positions de même nature dans mes cours au cégep et à l'université et dans divers textes que les journaux ont publiés. La dette du Québec m'apparaît comme un insupportable fardeau qui ligote les gouvernements et hypothèque l'avenir; le déclin démographique, comme une menace à notre capacité de concurrencer les autres nations et à notre qualité de vie; le gel des frais de scolarité, comme une aberration injuste tant sur le plan social que sur celui du partage des coûts sociaux entre les générations; les bas tarifs de l'hydroélectricité, notre plus grande richesse collective, comme un gaspillage et une occasion manquée de mieux contrôler notre devenir; le trop grand accent mis sur l'impôt sur le revenu au détriment des taxes à la consommation, comme une incitation à la fraude et une prime aux criminels et au monde interlope; l'attitude de blocage systématique des syndicats et des groupes sociaux, comme la principale menace à notre capacité de nous régénérer et de demeurer une société viable.
Je n'hésite pas à comparer ce manifeste à Refus global (1948) alors qu'une poignée d'artistes et d'intellectuels avaient remis en question l'emprise de l'Église catholique sur la société québécoise et le climat étouffant qui régnait sur le Canada français d'alors tout en réclamant davantage de liberté. L'élite en soutane d'alors prônait le repli sur un Québec rural, exclusivement francophone et catholique, et proposait la fermeture au monde comme moyen de préserver notre différence d'avec le monde anglo-saxon environnant. L'élite syndicale et socialisante, autoproclamée «progressiste», idolâtre l'État, méprise la responsabilité individuelle et l'initiative privée, rejette sans étude et sans appel tout projet qui remet en question ses acquis corporatistes et se réfugie dans une pensée magique qui refuse de voir le lien entre la capacité du gouvernement de contribuer au bien commun et la richesse de notre société. Il faut souhaiter que ce texte courageux se révèle un des jalons de la transition du Québec vers une seconde révolution tranquille, axée sur «la lucidité, la responsabilité et la liberté». Cette remise en question d'un statu quo confortable mais illusoire est nécessaire à la préservation d'une société prospère et solidaire, capable de survivre au XXIe siècle.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
La gauche prépare sa réplique - Pour un Québec lucide parodié sur Internet
Caroline Touzin
La Presse mercredi 26 octobre 2005
Les critiques continuent de fuser contre le manifeste Pour un Québec lucide. La gauche québécoise, ralliée par Françoise David, prépare sa réplique. Et hier, des internautes ont mis en ligne un site presque en tous points semblable à celui de Lucien Bouchard. Même graphisme. Même ton grave. Mais leur manifeste a pour titre Pour un Québec morbide.
La démarche est semblable à celle du groupe de pression antipub Adbusters, qui copie des logos d'entreprises et en transforme le message. Ces parodies subversives sont de plus en plus présentes sur le Web.
Le manifeste Pour un Québec morbide n'est pas signé. Contrairement à l'original écrit par 12 personnalités de divers horizons, Lucien Bouchard en tête. Un communiqué a été publié sur le site Internet du Centre des médias alternatifs du Québec, qui renvoie à l'adresse du manifeste: www.pourunquebeclucide.info. Une adresse semblable à celle du manifeste original: www.pourunquebeclucide.com.
La volonté de copier l'original est évidente. Pour un Québec lucide commence par: «Alors que notre avenir est menacé par le déclin démographique et la concurrence mondiale, le Québec ne peut se permettre d'être la république du statu quo.» Pour un Québec morbide a le même genre d'introduction: «Alors que notre avenir est menacé par le regain démagogique et la concupiscence morbide, le Québec ne peut se permettre d'être la république du statu quo néolibéral.»
Copier un site Internet et en transformer le contenu est un outil de plus en plus utilisé par des militants tant au Canada, aux États-Unis qu'en Europe, dit Pierre Trudel, professeur de droit à l'Université de Montréal et spécialiste du cyberespace. Toutefois, l'outil peut se retourner contre eux. Les auteurs du site, que La Presse a tenté de joindre sans succès, pourraient être poursuivis.
«Les tribunaux regardent s'il y a une volonté de tromper le public ou de ridiculiser, par opposition à la volonté d'imiter pour faire rire ou pour critiquer. Ce n'est pas toujours facile de faire la part des choses», explique M. Trudel. Il n'y a pas de jurisprudence en la matière au Canada.
Par ailleurs, un autre manifeste en réponse à celui du groupe de Lucien Bouchard, cette fois «pour un Québec solidaire», devrait être rendu public la semaine prochaine. Il sera signé par des personnalités de la gauche, dont Françoise David, porte-parole d'Option citoyenne. Va-t-il rallier les syndicats qui ont dénoncé les idées proposées par le manifeste Pour un Québec lucide? «On va approcher des gens qui sont sensibles aux valeurs qu'on défend. Des valeurs écologistes, féministes, de justice sociale», répond Mme David.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
Personne n'a le monopole du mot lucide
Michel Sawyer, Président général, Syndicat de la fonction publique du Québec
Le Soleil mercredi 26 octobre 2005
M. Charest a donc mis de côté ses lectures du stratégiste militaire chinois Sun Tzu pour se consacrer à la lecture du manifeste Pour un Québec lucide, rendu public par quelques citoyens inquiets. J'aimerais lui suggérer la lecture d'un autre manifeste rendu public en décembre 2002 et signé par plus de 200 personnes : Appel pour un changement lucide et éclairé. Si le mot progressiste n'a pas à être monopolisé par les syndicats, le mot lucide n'est pas non plus le monopole de personne. Nous aussi voyons clair.
Cet Appel pour un changement lucide et éclairé donna lieu à un colloque, à l'hiver 2003, où l'on fit le constat qu'il y a des façons de voir les défis qui se présentent à nous de façon moins apocalyptique. Des balises pour un nouveau modèle québécois y ont été tracées. Pour un aperçu des débats qui ont eu cours, on peut lire l'ouvrage publié sous la direction de Michel Venne, Justice, démocratie et prospérité. L'avenir du modèle québécois. M. Charest et ses amis citoyens inquiets pourront y lire que le modèle québécois, puisqu'il s'agit bien de cela, ne se résume pas qu'au rôle joué par l'État dans l'économie.
C'est plutôt un ensemble de pratiques sociales, d'initiatives économiques et d'interventions gouvernementales qui contribuent à créer la richesse pour ensuite la redistribuer équitablement, rendre les services publics avec efficacité, protéger les droits des individus et défendre le bien commun.
Bien sûr, le Québec fait face à de nouveaux défis, mais ce que nous voulons entendre ce n'est pas une fois de plus des appels à la discipline et au serrage de ceintures pour atteindre des déficits zéro. Nous voulons entendre des solutions pour que s'articule le dynamisme de la société civile, le rôle régulateur de l'État et les réalités du marché. Nous ne voulons pas limiter le débat actuel sur le modèle québécois aux questions budgétaires ou aux taux d'imposition des particuliers. Nous voulons que l'État québécois continue de poursuivre des objectifs de solidarité, de justice sociale et de démocratie. Il en résultera peut-être un modèle moins performant, d'un strict point de vue économique, qu'un modèle exclusivement régulé par les forces du marché mais aussi moins producteur d'inégalités. Nous avons déjà connu ce monde proposé par ces citoyens inquiets, où le développement économique était laissé à la loi du libre marché. Il a conduit à la marginalisation économique des Québécois avant les années 1960. Et aujourd'hui, nous connaissons déjà largement les effets du retour de ce modèle importé des États-Unis basé sur la loi du plus fort.
Nos citoyens inquiets brandissent deux épouvantails : le déclin démographique et la concurrence mondiale pour mieux faire passer leur modèle du tout au marché. Nous ne sommes pas dupes. D'abord, le phénomène du déclin démographique est causé par deux facteurs conjoncturels, le baby-boom et la dénatalité. S'ils provoqueront à court terme une pression sur les finances de l'État, nous devons prendre en compte certains facteurs atténuants. D'abord, comme le font remarquer plusieurs experts, ces retraités disposent de fonds de pension et d'autre part, demeureront plus longtemps sur le marché du travail que ceux qui les ont précédés. De plus, rappelons-nous que le régime des rentes du Québec a assuré l'équilibre du régime jusqu'en 2050 en augmentant les cotisations au cours des années 1990.
Par ailleurs, toujours selon certains experts, si ces personnes âgées auront besoin de beaucoup de services, elles seront suivies par des cohortes plus petites qui auront des demandes moindres. Il suffira donc d'éviter de tout mettre dans les infrastructures et d'établir des structures administratives rigides. Enfin, parmi les solutions envisagées pour faire face à la demande accrue en soins de santé, au cours des prochaines années, des débats restent à faire sur les différentes options périodiquement proposées.
Quant à la dette publique, sans vouloir se lancer dans un débat d'experts, un fait demeure, son poids relatif diminue depuis les dernières années. Depuis 1997, la diminution des intérêts a permis au gouvernement de dégager une marge de manoeuvre de 2,7 milliards $. Il est vrai que la dette a grossi, mais pendant que nous avons consacré 7 milliards $ par année à son remboursement, les recettes augmentaient de leur côté de 11 milliards $.
Concernant le phénomène de la concurrence accrue en provenance des pays asiatiques, nous sommes d'accord qu'il faudra poursuivre les investissements dans la recherche et développement et dans la formation de la main-d'oeuvre, raison de plus pour affirmer que c'est justement le mauvais moment pour prôner le désengagement de l'État. D'autre part, nous sommes parfaitement conscients de la nécessité d'en venir à une mondialisation plus humaine. Il faudra bien qu'un jour les conditions de travail s'améliorent dans des pays comme l'Inde et la Chine car, si à court terme, nous bénéficions de leurs piètres conditions de travail en tant que consommateur, à plus long terme, nous en souffrons en tant que travailleur et citoyen.
Le Syndicat de la fonction publique du Québec fait déjà partie de l'Internationale des services publics (ISP) parce que justement nous sommes conscients de la nécessité d'agir globalement. Bref, nous croyons donc davantage en un modèle québécois, capable de s'adapter à ces nouvelles réalités et où l'État joue encore un rôle, qu'à la résignation devant le modèle anglo-américain qui nous entoure.
Je veux également m'inscrire en faux contre l'affirmation que l'action syndicale dans le secteur public se limiterait à une protection à courte vue des intérêts de nos membres. Depuis l'élection de l'actuel gouvernement, les attaques que nous subissons sont telles que nos batailles passent obligatoirement par la défense des services publics. Si nous nous opposons à la tarification des services publics, ce n'est tout de même pas pour nos membres, mais bien pour le public ! Nous sommes toujours disposés à la concertation, comme nous l'avons démontré à maintes reprises, mais c'est l'intransigeance du gouvernement actuel qui nous accule au pied du mur.
Enfin, nos citoyens inquiets nous reprochent "une méfiance malsaine à l'égard du secteur privé". Si nous exprimons des réserves par rapport aux partenariats public-privé, c'est bien parce qu'on ne nous a pas fait la démonstration que l'entreprise privée peut faire mieux pour rendre des services publics abordables, équitables et de qualité. Le modèle pouvait peut-être paraître attirant à l'origine, mais il y a maintenant trop d'exemples de dérapages auxquels cette pratique a mené en Grande-Bretagne, au Canada, aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
En ce qui nous concerne, l'invitation des signataires du manifeste Pour un Québec lucide à participer au débat tombe à plat, car nous croyons qu'il était déjà engagé avant même les élections d'avril 2003. Si les Québécois ont cloué au pilori les représentants de ce point de vue, ce n'est pas parce qu'ils n'ont pas pris le temps de l'étudier, mais bien plutôt parce qu'ils refusent cette approche déshumanisante de la vie en société.


Le débat autour du manifeste Pour un Québec lucide
"Toé," tais-toé"
Alain Dubuc
La Presse mercredi 26 octobre 2005
Il est fascinant, et désolant, de voir comment a été reçu Pour un Québec lucide, le manifeste signé par Lucien Bouchard et ses acolytes. Cet accueil illustre parfaitement la nature du mal québécois et les causes de l'immobilisme qui nous afflige.
En principe, un texte comme celui-là, que l'on peut définir comme un pavé dans la mare, devrait susciter un débat, avec des partisans et des adversaires, avec des désaccords, soit sur le diagnostic, soit sur le pessimisme de la démarche, soit sur la nature des solutions, soit sur les valeurs qu'elles véhiculent. C'est ce qu'on appellerait un débat d'idées.
Mais au Québec, il n'y a pas de place pour les débats d'idées. Au lieu de discuter et de critiquer, on condamne. Les réactions au manifeste ressemblent à s'y méprendre au " Toé, tais-toé! " du regretté Maurice Duplessis, où les menaces et le rappel à l'ordre suffisaient à faire taire ceux qui s'écartaient du droit chemin.
Les grands prêtres ont changé, les dogmes ne sont plus les mêmes, mais le dogmatisme, lui, rappelle étrangement celui qui a étouffé le Québec pendant si longtemps, avec ses professions de foi, ses condamnations, ses inquisiteurs, qui s'acharneront sur ceux qui cherchent à critiquer l'ordre établi et remettre en cause le modèle qui tient maintenant lieu de religion d'État.
Je dois avouer que je prends de façon assez personnelle les attaques que subissent les auteurs de ce manifeste, parce que les idées exprimées dans ce texte sont les mêmes que celles que je défends depuis des années, sur le déclin du Québec, son impasse fiscale, le côté contre-productif de certains choix, comme le gel des frais des scolarité ou celui des tarifs d'électricité.
Dans un premier temps, ce texte, même si il est sombre, même s'il appelle à des virages et à des efforts, a spontanément été bien accueilli par M. et Mme Tout-le-monde, pas fous, qui savent bien que tout ne tourne pas rond et qu'il faudra un jour faire quelque chose.
Mais cette réaction initiale a vite été étouffée quand est venue la condamnation quasi-unanime de ceux qui contrôlent les débats publics au Québec, occupent les scènes, monopolisent les micros: les professionnels de la réaction, toujours les mêmes, issus surtout d'une mouvance syndicalo-populaire qui, grâce à l'appui complaisant des médias, peut compter sur une visibilité dépassant largement son poids réel dans la société. Qui ont voulu tuer dans l'oeuf les idées du manifeste avec des procédés qui s'inspirent d'une logique totalitaire.
D'abord, l'insulte. Plutôt que de s'attaquer aux idées, on a tiré sur les messagers, on a critiqué Lucien Bouchard, de façon parfois odieuse, on a spéculé sur ses motivations, on a cherché un quelconque complot dans la démarche. Y a-t-il quelque chose de scandaleux à ce que Lucien Bouchard se soit entouré de quelques personnes pour sensibiliser les citoyens à un problème qui le préoccupe? Quelqu'un qui a été premier ministre cinq ans, qui a été élu et aimé des électeurs, a gagné le droit de se prononcer sur des sujets d'intérêt public, surtout s'il le fait en dehors du débat partisan. Et surtout quand on sait que M. Bouchard a été l'auteur de la seule réforme publique majeure du dernier quart de siècle, le déficit zéro.
Ensuite, la stigmatisation, marquer les idées au fer rouge pour les priver de leur légitimité. Au Québec, la chose est assez facile. Il suffit de coller l'étiquette de néo-libéral à une idée ou un projet pour le tuer dans l'oeuf. Bien sûr, une bonne dose d'ignorance peut aider. Parce que le vrai néo-libéralisme, le refus de l'État et le dogme du marché, comme celui de Mme Thatcher, est à mille lieues de la pensée de M. Bouchard et de ses amis. Le manifeste s'inscrit en fait dans un courant de centre-droite, proche de celui des gouvernements Mulroney, à Ottawa, ou Bouchard, à Québec, un conservatisme fiscal qui ne remet pas en cause la légitimité de l'État. Traiter de néo-libéraux des gens qui proposent un régime de revenu minimum garanti est tout à fait loufoque.
Enfin, l'amalgame. Si les auteurs du manifeste sont néo-libéraux, c'est donc qu'ils veulent tout détruire, faire table rase de nos acquis et de notre filet de sécurité sociale, abandonner les principes de solidarité. Ce n'est pas dans leur texte? Pas grave! Et c'est là qu'on sombre dans le procès d'intention.
Au Québec, la pensée unique n'est pas là où l'on pense. Ce n'est certainement pas celle de la droite, marginale et rapidement ramenée à l'ordre. La vraie pensée unique, c'est plutôt celle de cette gauche institutionnelle, qui incarne les forces du statu quo et qui impose son orthodoxie au débat public.

Le coup de coeur de Paul Martin
Jean-Claude Hébert, Avocat
Le Devoir mercredi 26 octobre 2005
Libre opinion: Les petits enfants du Canada seraient-ils des babioles politiques? «Ils sont de compétence et de juridiction provinciale, ils sont de l'intérêt national», d'affirmer Paul Martin, le coeur en bandoulière. Le premier ministre parle avec l'autorité sentencieuse d'un faiseur de clichés en campagne électorale.
Lancée à la cantonade, la grande séduction fédérale pour la petite enfance serait justifiée par un concept assimilateur et coercitif : l'intérêt national. La proximité d'une élection fédérale révèle plutôt l'intérêt électoral d'une formation politique envers les bénéficiaires du système de garderies, tous des électeurs.
Si la Cour suprême devait à terme être saisie de la chicane fédérale-provinciale à propos des garderies, l'intérêt national pourrait-il justifier une intrusion fédérale dans un domaine de compétence provinciale ?
Rien n'est moins sûr. À la suite du récent jugement de la plus haute cour du pays, favorable à Ottawa (sur l'inclusion des prestations de maternité dans le régime fédéral d'assurance-chômage), certains diront que la Cour suprême -- comme la tour de Pise -- penche toujours du même côté. L'auteur de cette métaphore, l'ancien premier ministre québécois Maurice Duplessis, était en son temps un politicien aussi astucieux que Paul Martin.
Répondre aux réalités nouvelles
Dans le renvoi sur certaines dispositions de la Loi sur l'assurance-chômage, la Cour suprême constate que rares sont les cas où toutes les matières dont traite une loi relèvent entièrement d'une seule rubrique de compétence. Fréquentes sont donc les contestations portant sur le partage des pouvoirs. Pour déterminer une rubrique de compétence, la cour adopte une approche évolutive de façon à ce que le pacte confédératif puisse répondre aux réalités nouvelles. Notre Constitution est comparée à un arbre vivant.
Rédactrice de l'opinion unanime de la Cour, la juge Marie Deschamps reconnaît candidement la dimension politique de l'analyse judiciaire : «Il est délicat de fixer les limites à l'évolution de la compétence constitutionnelle en se fondant sur la structure du Canada. Cette notion fait souvent appel à la conception qu'un tribunal donné peut se faire du fédéralisme. Les repères du fédéralisme peuvent varier d'un juge à l'autre et reposent sur des notions politiques plutôt que juridiques.»
Et la juge Deschamps d'enchaîner, «[l]e maintien de l'équilibre entre les pouvoirs fédéral et provinciaux relève avant tout des gouvernements». En cas de débat judiciaire, les juges disposent d'une marge de manoeuvre créative : «[E]n ce domaine, le sens des mots utilisés peut être adapté à la réalité moderne dans le respect de la séparation des pouvoirs exécutifs, législatifs et judiciaires». Le message est clair. Mieux vaut pour les élus négocier entre eux les problèmes de juridiction et de partenariat fédéral-provincial, sinon les juges jouissent d'une certaine marge de manoeuvre.
Pas de carte blanche
Cela dit, aussi imaginatifs soient-ils, les juges n'ont pas carte blanche. Ils sont liés par les écrits de la Constitution et, dans une certaine mesure, par les précédent judiciaires. Dans le dossier des garderies, le gouvernement fédéral ne peut lier ses prétentions à une rubrique précise lui conférant la compétence d'adopter une loi sur le sujet. Voilà pourquoi Paul Martin brandit le concept imprécis d'intérêt national pour justifier l'intrusion fédérale.
En 1976, la Cour suprême fut saisie d'un renvoi relatif à une loi anti-inflation adoptée par le Parlement canadien. Cette loi avait pour objet de contrôler les prix et les salaires afin de juguler l'inflation. La cour a majoritairement confirmé la validité de cette loi sur la base d'un pouvoir d'exception. En effet, le Parlement fédéral peut légiférer «pour la paix, l'ordre et le bon gouvernement du Canada».
Cette compétence fédérale, d'ajouter la cour, ne peut être élargie de façon à envahir un champ de compétence provinciale, sauf si une loi vise «à conjurer une véritable situation d'urgence». Jugeant sur pièces, la Cour suprême avait conclu que la finalité de la Loi anti-inflation était de contrer une «situation d'urgence créée par des circonstances très exceptionnelles».
Revenons au coup de coeur de Paul Martin pour la petite enfance. Dans une perspective purement politique, en dépit d'un contexte pré-électoral, son attachement pour les petits enfants du pays peut fort bien être sincère. Ou, peut-être cherche-t-il simplement à faire du bruit pour imposer le silence à l'autre. Toutefois, il est téméraire de brandir la matraque de l'intérêt national pour intimider le gouvernement québécois au jeu de la négociation. Dans une perspective judiciaire, si la Cour suprême devait une nouvelle fois jouer à l'arbitre, la tour de Pise pourrait, cette fois-là, pencher de l'autre côté !

What not to do next time
PAUL WELLS
Macleans October 26, 2005
A decade after the Quebec referendum, three recent books in French offer guidance on the mistakes made in 1995
Has it really been a decade since the votes were counted? Indeed it has: Oct. 30, 1995. Yet the Quebec sovereignty referendum resists our best attempts to tuck it into the neat cubbyhole of memory. In so many ways, the campaign of 1995 is still going on. Jacques Parizeau likened the events leading up to his big night to the periods of a hockey game. It finished in a tie. The overtime period refuses to end.
In Ottawa, the grim highlight of November will be the release of Justice John Gomery's report into the worst excesses that occurred on Jean Chrétien's watch in the aftermath of 1995's near-defeat. In Quebec, the month will reach a peak of sorts with the announcement, on Nov. 15, of the Parti Québécois' new leader, the third since Parizeau quit and, if the winner is the prickly young boulevardier André Boisclair, the first in the party's history who didn't belong to its founding generation.
The national political parties -- and all of us with them -- feel trapped in an electoral Groundhog Day. The whole country is stuck in a deadlock whose defining characteristic is the national parties' inability to win a few dozen Quebec seats from the Bloc Québécois. When it comes to winning Quebecers' hearts, or even their self-interest, today's federal leaders are at a chronic loss for good ideas. This is not ideal, given the unpopularity of Jean Charest's government and the unnerving tendency of poll respondents in Quebec to reply that if asked the same question today, they would vote Yes in roughly the same proportion as a decade ago.
Given all that, it's worth examining the tea leaves of 1995 yet again for fresh lessons. Three recent books, published only in French and barely noticed outside Quebec, offer handy guidance.
The third volume of Pierre Duchesne's epic Parizeau biography, Jacques Parizeau Tome III: Le régent, 1985-1995, reminds us who the real driving force of 1995 was: Parizeau, who managed to carry out his referendum despite the repeated objections of all his allies. Among the most stubborn skeptics was Lucien Bouchard, whom everyone remembers as the darling of the 1995 campaign but who certainly would never have launched it if the choice had been his. "Improvised politics is improvisation," Parizeau told Duchesne in 2000. "So if you're elected with a program, you carry it out. The polls say we're losing, that we're headed for a wall? Then we knock the wall down!" And Bouchard? "Lucien Bouchard has the reflexes of a loser," Parizeau says.
Charisma is no substitute for force of character. Even today Bouchard gets too much credit (or blame) for two good weeks of campaigning, and Parizeau not enough for getting the movement to a point where Bouchard could strike. The members of political parties are forever looking past bulldogs in search of swans. The weakness of Bouchard and Bernard Landry when each took over the PQ leadership was not that they were unlovely, but that they were not daring. Fortunately for Canada, the PQ is no closer to learning this lesson than most parties. It is preparing to choose between Boisclair and the energetic panderer Pauline Marois, both of whom were among the PQ's foot-draggers a decade ago.
There is another candidate who shares both Parizeau's unshakable certainty and his grasp of secession's complexity, which the leading lights of the sovereignist movement prefer to ignore. This candidate is losing badly.
Louis Bernard emerges as a key Parizeau ally in Duchesne's book. He was a senior mandarin in René Lévesque's government before the 1980 referendum. Parizeau called upon him again, as secretary general to the government -- and, Duchesne reveals, to execute two crucial secret projects. In late 1993, Bernard's mandate was to figure out how to deliver on Parizeau's desire to hold a referendum as soon as possible after an election. In early 1995, he helped define the possible economic relations between Canada and a seceding Quebec.
You'd think the PQ would look long and hard at a man Jacques Parizeau trusted to do his heavy lifting. Secession is hard. It triggers questions of constitutionality and international law that have nothing to do with ordinary public administration. Parizeau was nearly the only serious theorist of secession his party ever had. Bernard is another. But he is a clumsy public performer who has taken to criticizing his party, albeit with considerable accuracy, for its sloppy thinking. Péquistes would rather succumb to the dubious charms of two professional flatterers, Boisclair and Marois.
Still, it would be easier to take comfort from the losing battle for seriousness in the PQ campaign if the federalist side had not shown itself to be perfectly capable of shooting itself in the foot too. Any federalist willing to learn from failure would do worse than to examine two other recent books.
Mario Cardinal's Point de rupture (Breaking Point) is drawn from the research and interviews conducted by CBC and Radio-Canada teams for the English- and French-language public broadcasters' recent four-hour miniseries about the referendum.
The strength in Cardinal's book comes from the exhaustive reporting. But the author, a former Radio-Canada ombudsman, is almost too non-partisan. Readers are left to draw their own conclusions. To say the least, the same can't be said for Robin Philpot's Le référendum volé (The Stolen Referendum). Philpot was born in Thunder Bay, Ont., and his first language is English, but he has been an articulate advocate of Quebec sovereignty for many years. Philpot believes Canada stole the 1995 federalist victory. Federalists who wade through Le référendum volé will find a screed written by a man who believes Canada contemptible. Yet there's also in Philpot an element of Michael Moore's cleverness. Philpot interviewed several leading federalists -- Sheila Copps, Brian Tobin, John Rae -- in English, coaxing them into admissions they would never have made if they had realized their interviewer was a separatist.
Philpot's specific beef is that by intervening in the 1995 referendum, Canadians outside Quebec violated the international right of peoples -- the Québécois people, in this instance -- to self-determination. I'm quite certain he's misstating international law on this point, but that's pretty much what he would expect from the likes of me.
And yet. The array of techniques Philpot lists -- speeding the citizenship process for immigrants, getting out the vote of every Quebecer who'd recently left, massively subsidizing the Oct. 27 "love-in" rally at Place du Canada in Montreal -- is widely known. And much of it is indeed hard to square with the Quebec referendum law's spending limits. What's most striking about Philpot's thesis, though, is his fundamental assumption: that other Canadians are so alien to Quebec that they have no right to interfere in Quebec's decision.
Mind you, as Cardinal's book reminds us, right up to the panicky final days, that was also the central assumption of the No campaign. "It was difficult to see, in the configuration of the campaign, what could have been the contribution of people from outside," Jean Charest says in Point de rupture. "It had to be a matter among Quebecers because it concerned Quebecers. If we had given Quebecers the impression that outsiders were trying to direct their choice, I think it would have had the opposite effect." Pierre-Claude Nolin, a senior Tory senator, emerges in Cardinal's book as an enforcer of among-Quebecers-because-it-concerned-Quebecers orthodoxy.
The leader of the No campaign was the province's opposition Liberal leader, Daniel Johnson. It is amazing to watch, in the run-up to the referendum, how diligently he keeps his own tent as small as possible -- even as Parizeau is going to extravagant lengths to broaden the sovereignist coalition. Parizeau hires a brilliant journalist, Jean-François Lisée, who warns he will be a Yes man but not a yes-man: "You can expect me to tell you every day that you must broaden the coalition, that you can't win alone." Lisée is as good as his word, and Parizeau is an avid student, inviting other parties, labour unions, artists, women's groups and others into his coalition. It is never easy, but his determination never flags.
Meanwhile, Johnson can't stop whining about all these weirdos who want to help him defend Canada. Anglo-rights types. Non-Quebecers. Jean Chrétien. Ick. "That's the real difficulty for the No leader, to be head of a coalition of people who are all over the non-sovereignist landscape."
In fact, the real difficulty for the No leader was that while he was running the show and keeping out the undesirables, the No blew a 10-point lead on its way to falling seven points behind the Yes. In the last week of the campaign, Chrétien and Tobin and the rest simply ignored Daniel Johnson. During interviews with voters in Montreal before Lucien Bouchard became the Yes campaign front man, I learned that the No camp's official discourse -- an endless neo-brutalist harangue from men in suits about the dangers and cost of secession -- was already turning voters off. The Bouchard effect wasn't magic. It was the direct result of the No camp's hectoring, approved by Quebecers for Quebecers.
What is more important, both for what followed 1995 and what must come next, is that it is simply unnatural and wrong to pretend a Quebec referendum has nothing to do with the rest of us. At one point, Philpot asks a Toronto interviewee how he'd feel if the United States interfered in an important Canadian referendum. He betrays a chronic weakness of sovereignists, forgetting that they aren't sovereign yet.
Here's a more apt question: how would Robin Philpot or Pierre-Claude Nolin react if the rest of Canada held a referendum campaign on whether to eject Quebec from Confederation -- and then told Quebecers they mustn't fuss, because this matter needs to be settled outside Quebec, by non-Quebecers?
So much of what happened during and after the last week of the referendum campaign was driven by the frustration of people who were told the future of their country -- the word "Canada" appeared in the referendum question, after all -- wasn't their business. Some things were perfectly legitimate, like Jean Chrétien's televised address to the nation. Some were debatable, like the corporate subsidized travel to Montreal for the Oct. 27 rally. And some were contemptible, as Justice Gomery will report. This belief that neighbours cannot talk to neighbours drove too much of the Chrétien unity strategy under a rock, and it turns out that nasty creatures breed under rocks.
Here are three simple principles for next time, then, if there is to be a next time. A "should" and two "musts." First, federalists should appeal to hope and history, not just fear and money. Quebec has accomplished great things in a great country. It is all right to say so.
That's the "should." But the federalist campaign must be out in the open. A simple rule of thumb: federalists must do nothing they wouldn't want to read about on the front page of Le Devoir. And the federalist camp must extend beyond the confines of Quebec. First because the Internet has changed the nature of public discourse. Second because it's right: this is our country too.
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