Clarté et transparence

Bernard Descôteaux
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

Demain, dimanche 30 octobre, marquera le dixième anniversaire du référendum de 1995. Suivra, deux jours plus tard, le dépôt du rapport de la Commission d'enquête sur le scandale des commandites, qui a justement pour point de départ ce même référendum. La coïncidence de dates, qu'on imagine involontaire, aura pour effet de mettre en relief la dimension politique de ce scandale.

Dans ce rapport, le juge John Gomery devrait se tenir loin de la politique. L'examen qu'il a fait de cette affaire au cours de la dernière année portait sur les aspects administratifs, comme son mandat l'y contraignait. Il ne mettra le pied dans l'arène politique qu'afin de porter des blâmes pour les erreurs commises dans la gestion du programme de commandites. L'ex-premier ministre Jean Chrétien pourra être de ceux qui seront montrés du doigt, mais le magistrat n'osera certainement pas se prononcer sur les motifs qui animaient ce dernier en lançant ce programme.

Ce dixième anniversaire du référendum nous ramène à ces motifs. Dans les heures qui avaient suivi l'annonce des résultats, en 1995, on avait eu une réaction de panique dans la capitale fédérale. Il s'agissait de sauver le Canada. Dès lors, on a opté pour la ligne dure, qui s'est incarnée dans ce qu'on a appelé le plan B. Devant la quasi-victoire du OUI, on aurait pu préférer adopter un plan A, comme dans «apaisement». Cette option était bien sur la table, mais Jean Chrétien l'a chassée de son esprit dès qu'il a appris la démission du premier ministre Jacques Parizeau. C'était le signal que le camp souverainiste était déstabilisé et que les fédéralistes pouvaient reprendre l'initiative.

L'état d'esprit qui a régné à Ottawa dans les jours, puis dans les années qui ont suivi le référendum a été bien résumé par Jean Chrétien lorsqu'il a été amené à justifier le programme de commandites. Il y avait urgence. «Lorsque le toit coule, on fait venir les plombiers», avait-il dit dans son langage imagé. Un de ces plombiers, Charles Guité, a quant à lui parlé de la guerre qu'il fallait mener aux séparatistes.

Le programme de commandites n'était qu'un des éléments de la stratégie alors adoptée. Pendant que le ministre Stéphane Dion menait la charge sur le front de la clarté, les plombiers de Charles Guité avaient mandat de séduire les Québécois. Ceux-ci ont été d'autant moins disposés à tomber dans le piège de campagnes de publicité peu subtiles que le discours provocateur de Stéphane Dion a plutôt eu pour effet de les braquer.

Les millions dépensés l'ont été en pure perte. Cela, le juge Gomery le dira, soulignant que ce sont les publicitaires et certains amis du Parti libéral qui en ont surtout profité. Il ne pourra par contre pas dire que cette stratégie de confrontation n'aura servi qu'à conforter le sentiment souverainiste. Si celui-ci a pu fluctuer selon la conjoncture, l'analyse des sondages des dix dernières années réalisée par les sociologues Gilles Gagné et Simon Langlois montre la persistance de ce sentiment, qui a même gagné des appuis parmi la nouvelle génération d'électeurs qui aura le droit de vote lors d'un éventuel troisième référendum, ce que reconnaît aussi Allan Gregg, président de la maison de sondages Strategic Counsel, non sans avouer son inquiétude.

La perspective d'un troisième référendum est bien réelle. Au Canada anglais, on se rassure, convaincu que l'on est que la Loi sur la clarté agira comme une barrière infranchissable : en effet, à une question claire portant uniquement sur l'accession du Québec à la souveraineté, la réponse ne pourra être que négative.

Du résultat du prochain référendum, personne ne peut être certain. La seule chose qui le soit est que, s'il a bel et bien lieu, les conditions dans lesquelles il se déroulera seront bien différentes de celles de 1995. Le juge Gomery ne pourra pas le dire dans son rapport, à moins de s'éloigner de son mandat, mais il est évident que ce prochain rendez-vous devra être placé non seulement sous le signe de la clarté mais aussi sous celui de la transparence. Les Québécois, connaissant maintenant les tactiques auxquelles Ottawa a eu recours en 1995 et par la suite, n'accepteront pas que le gouvernement fédéral ne respecte pas les règles du jeu référendaire. Par un drôle de retour des choses, on pourra dire que cette transparence, nous la devrons à Jean Chrétien.




Le prochain référendum - Vers le même script ?

Clairandrée Cauchy
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

En dix ans, le contexte politique a évolué au point où la troisième voie est aujourd'hui morte

Il y a dix ans, les Québécois ont rejeté le projet de souveraineté par une infime majorité. Une décennie plus tard, les péquistes commencent à s'agiter, affirmant qu'ils choisissent aujourd'hui le chef qui mènera les troupes à l'indépendance. Mais en quoi un prochain référendum, qui ne pourrait vraisemblablement pas avoir lieu avant 2008 ou 2009, différerait-il du dernier?

Les acteurs politiques ont changé depuis 1995 (et ce n'est pas fini, course à la direction du PQ oblige), un million de nouveaux électeurs se sont ajoutés alors qu'environ 600 000 sont décédés, l'identité canadienne s'est affirmée, l'idée de réouvrir la Constitution ne trouve pas beaucoup de porteur de ballon... Cela étant, un référendum dans un horizon de trois ou quatre ans pourrait bien avoir des airs de déjà vu, à quelques nuances près.

À voir le Bloc québécois ramener sur le tapis le concept du partenariat, évacué des discours des candidats au leadership et du programme du PQ, le flash-back n'en est que plus vif.

«J'ai l'impression que nous allons aboutir à une démarche qui ne sera probablement pas si éloignée de celle de 1995. [...] MM. Parizeau et Bouchard avaient fait les bons choix stratégiques», fait valoir l'ancien ministre des Affaires intergouvernementales Joseph Facal, aujourd'hui professeur invité aux HEC.

M. Facal ne s'empêtre pas trop dans l'actuel programme du PQ, qui prévoit une question simple sur la souveraineté et une déclaration unilatérale au lendemain d'un OUI : «Les péquistes ont toujours été comme cela. Quand on approchera de l'échéance, le pragmatisme va revenir», assure l'ancien politicien, qui dit espérer que les souverainistes arrêtent de se perdre dans «la mécanique et la date du référendum».

Si le scénario risque de se répéter, le contexte a néanmoins évolué. «L'hypothétique troisième voie à laquelle tant de Québécois ont rêvé [...] est aujourd'hui morte. Les Québécois n'ont maintenant plus que deux options : ou ils font un pays, ou ils ne peuvent s'attendre à être traités différemment de la Saskatchewan ou du Manitoba», croit M. Facal, qui offre pour preuve le fait que le PLQ forme «le premier gouvernement de l'histoire moderne qui n'a même pas de plate-forme de revendications constitutionnelles».

L'historien Éric Bédard voit lui aussi une clarification des enjeux autour de deux options : «C'est [la Constitution de] 1982 ou la souveraineté.» Cette troisième voie, fort présente en 1980, était selon lui encore sous-jacente en 1995, que ce soit dans l'offre de partenariat ou dans l'existence d'un courant pro-Meech au Canada anglais.

La principale transformation depuis 1995, selon M. Facal, c'est l'accentuation de la mythologie de Trudeau, désormais vu comme le fondateur du Canada moderne. «Le Canada s'est séparé du Québec !», illustre avec emphase l'ancien porte-parole des Jeunes souverainistes en 1995. «Le Canada a développé son nationalisme, qui tourne autour de l'idée de la Charte, de la tolérance, d'individus aux identités multiples qu'on doit protéger à tout prix. Il n'y a plus d'histoire, plus de communautés.» Ce nationalisme civique canadien s'accompagne de la certitude de combattre «un mal radical, le mal du nationalisme ethnique, du passé, des gens qui, en plus, sont malhonnêtes et posent de mauvaises questions aux gens».

La question : voilà ce qui turlupine encore et toujours le Canada anglais. Dans l'éventualité où un nouveau référendum aurait lieu, on préférerait voir resurgir la mouture initiale de la question de Jacques Parizeau sur la souveraineté, sans le partenariat. Et encore : «Même l'idée de souveraineté, ce n'est pas la même chose que celle de l'indépendance. Le Québec est déjà souverain dans des domaines importants. Si on est indépendantiste, il faut le dire», clame dans un français impeccable l'ancien premier ministre ontarien Bob Rae.

«Les règles du jeu ont complètement changé avec la décision de la Cour suprême et la Loi sur la clarté référendaire», poursuit l'ex-politicien, qui présidait jusqu'en septembre dernier le Conseil de l'unité canadienne (CUC). M. Rae croit que la question de 1995 n'aurait même pas mené à l'indépendance, malgré ce que l'ex-premier ministre Jean Chrétien avait laissé entendre dans son discours à la nation en octobre 1995. «Si on pense que créer un nouveau pays et briser le Canada sera facile ou automatique, c'est une utopie totale», s'exclame-t-il.

Ce même avis de la Cour suprême ne pose-t-il pas l'obligation de négocier pour le reste du Canada advenant un OUI ? «Oui sur une question claire, sur la volonté d'une province de se séparer du reste du pays», répond M. Rae, qui s'empresse d'ajouter que «la nécessité de négocier, cela n'a rien à voir avec le résultat de n'importe quelle négociation».

Signe d'une évolution des mentalités, 76 % des Canadiens (72 % dans le reste du Canada à lui seul) seraient favorables à la négociation d'un partenariat avec un Québec indépendant, selon un récent sondage du Strategic Counsel publié dans le Globe and Mail. «On n'a jamais pensé que cela pourrait se produire. On n'a pas vu cela dans les sondages en 1980 et 1995. C'était plutôt le refus de négocier, quoi qu'il arrive», rappelle le politologue Alain G. Gagnon, de la Chaire du Canada en études canadiennes et québécoises de l'UQAM, qui y voit un effet secondaire du renvoi à la Cour suprême. Toujours dans le sondage du Strategic Counsel, une même proportion d'habitants du rest of Canada (ROC), soit 74 %, croit cependant qu'une majorité simple de 50 % plus une voix ne suffirait pas à enclencher la séparation du Québec.

Nombreux sont les observateurs qui prédisent un plus grand engagement du Canada anglais dans une éventuelle campagne référendaire, à l'image du réveil survenu au Canada anglais à la dernière semaine de la campagne de 1995. Interrogé à savoir si des acteurs fédéraux devraient respecter les règles québécoises sur les limites des dépenses référendaires, M. Rae, qui siège toujours au conseil d'administration du CUC, y va d'un laconique «sans commentaire», suivi de l'affirmation suivante : «C'est une folie de continuer avec la mythologie selon laquelle c'est une question qui touche seulement les Québécois et que les autres Canadiens n'ont rien à dire là-dessus.»

M. Rae affirme cependant ne pas sentir d'inquiétude particulière dans le ROC quant à une éventuelle échéance référendaire et juge que les sondages montrant le OUI à un niveau assez élevé sont fort peu représentatifs puisqu'ils portent sur la question de 1995, qu'il juge irrecevable.

Démographie et sondages...

Toutes choses étant égales par ailleurs, les résultats du OUI aux sondages atteignent des sommets si on pose la question de 1995 sur la souveraineté assortie d'une offre de partenariat : 50 % en septembre et 55 % en juillet, selon CROP; 54 % en mai, selon Léger Marketing...

«C'est du jamais vu alors qu'il n'y a pas de mobilisation politique. [...] Le Parti québécois n'est même pas au pouvoir, il y a une lutte fratricide au sein même du PQ», note Alain G. Gagnon.

Outre l'environnement politique, teinté par le scandale des commandites, les chicanes du gouvernement libéral avec Ottawa et le fait qu'un référendum semble encore lointain, les sondages reflètent probablement l'évolution démographique de la dernière décennie.

Un million de jeunes, les enfants des baby-boomers, ont acquis le droit de vote, souligne le sociologue Simon Langlois, de l'Université Laval, dans une récente étude. Ce nombre pourrait s'élever à 1,25 million d'électeurs vers 2008-09. «Les sondages montrent que les nouvelles cohortes seraient portées à être un peu plus souverainistes. Ceux qui avaient 18 ans en 1995 ont voté OUI dans une proportion de 61 %. Maintenant, ce serait même 67 ou 68 %», précise le chercheur. Il souligne par ailleurs qu'en vieillissant, les cohortes tendent à maintenir leurs opinions de 1995 : «Les nouvelles cohortes de retraités sont un peu plus souverainistes que celles d'il y a dix ans.»

«Sans être politiquement correct, il faut aussi parler des décès d'environ 500 000 ou 600 000 personnes», fait observer le sociologue, notant que les deux tiers des électeurs de cette cohorte privilégiaient le NON.

Les intentions de vote des membres de communautés culturelles ont aussi évolué, particulièrement chez les enfants de la loi 101. L'analyse des sondages révèle qu'environ 27 % des citoyens issus de l'immigration se prononcent en faveur du OUI, du moins au sein de la population active. Chez les retraités, cette proportion chute à 15 %. On évalue que seulement 5 % des allophones se sont prononcés pour le OUI en 1995.

Il reste cependant à voir si ces votes se concrétiseraient dans les urnes alors que le contexte serait émotivement chargé, précise M. Langlois.

Si ce portrait démographique semble plutôt favorable au OUI, la perspective d'un autre référendum est encore lointaine. Même une saison est une éternité en politique. D'ici un hypothétique horizon de 2008-09, il y aura une élection à la direction du PQ, des élections fédérales, des élections québécoises, alouette. Une chose est certaine : le débat est loin d'être clos.




Une génération... et demie

Bernard Landry, Ancien premier ministre du Québec et ex-chef du Parti québécois
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

En 1980, quand René Lévesque a courageusement mené le combat référendaire, il était davantage habité par le respect de son engagement à tenir cette consultation que par une quelconque assurance de la gagner. Il savait depuis longtemps que la route démocratique de l'indépendance serait longue. Quand il m'a demandé, en 1969, d'être candidat du Parti québécois, il m'a d'abord dit qu'il ne s'agissait pas d'un parcours pour ambitieux, que le pouvoir était loin et qu'il n'y aurait que très peu d'élus au début. Ce que j'ai par-dessus tout retenu de cette conversation cruciale, c'est ce qu'il a dit de la souveraineté: «Je crois qu'il faudra une génération pour y arriver.»

Aux deux premières élections, la prévision fut exacte, bien que la progression des voix fut impressionnante. Quant à la prise du pouvoir inattendue de 1976, il est clair qu'elle arriva beaucoup plus vite que dans les expectatives de Lévesque. Cette victoire surprit tout le monde, à commencer par le nouveau premier ministre, qui était parfaitement conscient que sa projection générationnelle ne nous plaçait pas en position idéale pour gagner le référendum qui figurait pourtant dans notre programme. C'était tellement clair à ses yeux que même durant son deuxième mandat, il ne crut pas bon d'en tenir un autre, qu'il tenait encore pour prématuré.

Les résultats du référendum de 1995 confirmèrent d'une certaine manière la clairvoyance de Lévesque. Le temps, cette fois, avait fait son oeuvre : une génération s'était écoulée. Ainsi, il ne nous manqua que 50 000 voix, qui ne nous auraient d'ailleurs pas fait défaut si l'adversaire avait eu un niveau éthique égal au nôtre et des moyens matériels comparables.

Optimisme véritable

Notre combat de 1995 s'est donc mené avec une confiance dans la victoire qui grandissait au fur et à mesure du déroulement de la campagne. Ce n'est pas tant que les sondages du début avaient été fulgurants, mais la mobilisation qui s'organisait sur le terrain nous a donné de bons espoirs assez tôt après le déclenchement. Jacques Parizeau et son équipe ont fait un travail exemplaire de sensibilisation et de préparation, que j'aurais par ailleurs préféré un peu plus long, comme je m'en suis ouvert à l'époque...

J'étais bien placé pour développer l'optimisme car on m'avait confié notamment la tâche de mobiliser l'univers, réputé difficile au départ, des gens d'affaires. J'ai commencé, bien entendu, par rencontrer Pierre Péladeau. Notre conversation et surtout ses positions publiques subséquentes m'ont ravi et confirmé qu'il était faux de croire que tout le Québec entrepreneurial était contre nous.

Quand Jacques Girard, président du Groupe Quebecor, a pris formellement et avec succès la tête du mouvement des gens d'affaires pour le OUI, il est devenu facile d'envisager ce qui se passait dans des milieux plus réceptifs comme le monde syndical, les jeunes et les classes moyennes en général.

Nous avons donc vu monter la vague et, en faisant campagne à Shawinigan, fief de Jean Chrétien, ou à Sherbrooke, celui de Jean Charest, qui seront à la fin parmi les 80 circonscriptions favorables au OUI, nous nous sommes rendu compte que nous étions sur la voie de gagner ce référendum. Nettement, la marée montait déjà assez bien, et même si Lucien Bouchard a joué un rôle déterminant dans cette campagne, il faut se rappeler qu'avant même que Jacques Parizeau ne le nomme négociateur en chef, les chiffres faisaient déjà état d'un fort mouvement ascensionnel.

Je l'ai vu également à l'échelle locale lorsqu'un couple de personnes âgées de ma région, qui étaient plus que réticents lors d'une première rencontre, m'ont annoncé peu après qu'ils allaient voter OUI comme leur fille étudiante en histoire le leur avait fortement recommandé entre-temps. Cet incident m'a d'ailleurs donné l'idée de proposer un vaste système de persuasion de personne à personne qui a été accepté par le conseil des ministres, puis mis en place, et qui a débouché sur une opération de grande envergure visiblement fructueuse.

Des actes déshonorants

Par ailleurs, déjà à ce moment, nous savions que sans violer strictement notre loi référendaire, puisqu'il n'y était pas juridiquement soumis, le gouvernement du Canada n'avait aucun souci d'éthique par rapport à l'esprit de notre législation. L'argent du fédéral coulait à flots. Jacques Parizeau, qui en a parlé le soir du résultat, savait déjà que nos adversaires disposaient de moyens matériels beaucoup plus importants que les nôtres.

Nous avons appris plus tard qu'avaient été violées non seulement l'éthique et la légitimité mais aussi des lois et des règles fédérales. Quand nous avons perdu avec un résultat moins que déshonorant, nous ne savions pas aussi bien qu'aujourd'hui que les moyens employés contre nous par l'État canadien l'étaient. Quand nous avons appris en particulier qu'en accélérant le rythme normal des tribunaux d'immigration dans des dizaines de milliers de cas -- une des ingérences les plus répugnantes qui se puisse faire en démocratie --, il est devenu clair que l'adversaire était d'un cynisme total et pensait que son objectif l'autorisait à tout.

Tout cela était disgracieux et déloyal, mais il était alors difficile, tout en souscrivant au verdict de «l'argent», d'en mesurer complètement les effets. Cela est devenu plus clair à la lumière des questions du Bloc québécois en Chambre, en entendant les témoins à la commission Gomery et enfin à la lecture de l'excellent ouvrage de Robin Philpot, Le Référendum volé.

S'engager au respect

Il ne faudrait pas que ces désolantes constatations restent stériles : de solides mesures préventives doivent être prévues pour la prochaine fois. Dès son arrivée au pouvoir, le Parti québécois, avec l'aide du Bloc, doit donc tenter d'amener, hypothèse par ailleurs improbable, le gouvernement central à s'engager contractuellement, comme il le fait dans le cas d'autres de nos législations, à respecter nos lois référendaires. Faute d'un tel engagement, le Québec doit se doter alors de l'arsenal juridique le plus raffiné possible pour contrer Ottawa s'il était tenté de récidiver.

Nos lois électorales doivent aussi être ajustées pour s'assurer que seuls ceux qui ont le droit de voter puissent le faire. Le tout doit être surveillé par des observateurs internationaux, comme en 1980, quand le directeur de scrutin -- on l'oublie trop souvent -- fit appel à des experts étrangers de haut niveau pour observer le déroulement du vote référendaire.

En effet, la prochaine fois, dans quelques années, le quart de siècle requis par René Lévesque pour arriver à l'indépendance se sera écoulé depuis plus d'une bonne douzaine d'années. Cela ne veut pas dire que la seule mathématique des générations nous donnera la victoire mais, cette fois-ci, elle jouera nettement en notre faveur. Et comme les autres raisons éternelles y sont toujours, sans compter les nouvelles comme le nécessaire contrepoids à la mondialisation, les analyses que nous ferons du prochain référendum seront beaucoup plus simples : une nation se sera dit oui à elle-même.




Garder le Canada

Stéphane Dion, Ministre fédéral de l'Environnement
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

Je sais que plusieurs de mes concitoyens québécois cherchent à renoncer à leur identité canadienne et à entraîner dans ce renoncement le Québec tout entier. Ils sont bien moins nombreux que ne le suggèrent les sondages sur la base de la question confuse du référendum de 1995. Je reste persuadé que la grande majorité des Québécois ne veulent «point de rupture» avec le Canada. Ceux qui la souhaitent, cependant, ont droit à un débat courtois et franc, allant au fond des choses.

Je les invite à examiner les arguments que les leaders du OUI ont présentés en faveur de leur option lors des référendums de 1980 et de 1995.

Ils ont consacré la plus grande partie de leurs efforts de campagne à laisser entendre que l'option du OUI ne correspondait pas strictement à l'indépendance et qu'on pourrait en quelque sorte garder le Canada par la porte d'en arrière. Mais ils ont tout de même avancé quelques arguments en faveur de l'indépendance. Je maintiens qu'avec le recul du temps, ces arguments apparaissent encore plus erronés qu'à l'époque.

Lors du référendum de 1980, les leaders du OUI prédisaient que le maintien au sein du Canada nous vaudrait l'assimilation linguistique et la perte de notre autonomie provinciale. Rien de cela ne s'est produit.

Le fait français est plus vibrant et diversifié que jamais au Québec. Les gouvernements du Canada et du Québec collaborent afin de promouvoir nos expressions artistiques sous toutes leurs formes, ici comme à l'étranger.

Quant à la fameuse perte de notre autonomie provinciale, elle n'est jamais survenue. M. Parizeau reconnaissait lui-même, il y a quelques années, que le Canada est toujours une des fédérations les plus décentralisées qui soient, ce que confirme encore un tout récent rapport de l'OCDE.

De dettes et de frontières

En 1995, les leaders du OUI ont voulu prendre argument de l'endettement public dans lequel le Canada s'enfonçait à l'époque. Ils attribuaient ces déficits inquiétants à de prétendus dysfonctionnements structurels de la fédération canadienne. Seulement dans le domaine de la formation professionnelle, affirmaient-ils, des centaines de millions de dollars étaient gaspillés en chevauchements inutiles. Le slogan en vogue était celui-ci : «Il y a un gouvernement de trop.»

Depuis, nos déficits se sont transformés en équilibre budgétaire, sinon en surplus, et la formation de la main-d'oeuvre a été transférée aux provinces sans que l'on découvre les millions de dollars d'économie annoncés.

Un autre argument avancé pour le camp du OUI en 1995 était celui de la fin des frontières en matière commerciale. C'était une thèse à la mode à l'époque. On annonçait qu'avec la mondialisation, on pouvait ériger des frontières politiques sans encourir de contraintes dans le commerce international.

Au fil des dix dernières années, on a vu cette thèse voler en éclats. Le libre-échange s'est révélé profitable dans l'ensemble mais on connaît mieux ses limites de nos jours. Il ne fera jamais disparaître le protectionnisme des États. Quant à la mondialisation, elle a surtout fait apparaître, depuis dix ans, de nouveaux géants économiques, la Chine et l'Inde, dont la concurrence va pousser le Québec à procéder à des ajustements difficiles dans son économie.

Pendant ce temps, l'émergence économique de ces deux géants apporte de grands bénéfices aux provinces de l'Ouest. La Colombie-Britannique et la Saskatchewan ont relevé leur économie largement par la demande en ressources naturelles du marché asiatique tandis que l'Alberta est plus florissante que jamais. Nos concitoyens de l'Ouest nous aideront à solidifier notre économie, comme nous les avons aidés à d'autres époques. Mais ils ne pourront pas le faire si nous les transformons en étrangers.

Aujourd'hui, quel est le principal argument avancé par les candidats à la direction du Parti québécois, empressés qu'ils sont de tenir un troisième référendum ? Ils ne cessent de le répéter : c'est celui du déséquilibre fiscal. Ce qu'on appelle le débat sur le déséquilibre fiscal est en fait un désaccord normal sur l'utilisation d'un surplus. C'est là un débat que nous envie le monde entier, quand de nombreux pays replongent dans les déficits, à commencer par notre voisin américain, tant au niveau fédéral qu'à celui des États.

Idée fixe

En 1993, tous les gouvernements de notre fédération accumulaient des déficits inquiétants. Depuis, ils gravitent autour de l'équilibre budgétaire. Il y a dix ans, les leaders du OUI nous disaient de sortir du Canada en raison des déficits; maintenant, ils nous y invitent en raison des surplus. Ils n'ont aucune cohérence, sinon celle de leur idée fixe pour la sécession.

Cette idée fixe, ils la nourrissent de modes intellectuelles qu'ils captent au vol. Quand l'adoption du dollar américain et l'«union confédérale à l'européenne» étaient des idées populaires, ils les transformaient en arguments pour la sécession du Québec. Ils les abandonnent quand elles se démodent. Pendant ce temps, le Canada, lui, n'est pas passé de mode. Il existe toujours et nous sert très bien.

La fédération idéale n'existe pas et le pays parfait non plus. Il y aura toujours des désaccords au Canada, des arbitrages difficiles qui entraîneront leur part de frustrations. Mais le tableau d'ensemble est extraordinaire : il est indéniable que nous avons bâti avec les autres Canadiens un pays admirable qui représente pour l'avenir un atout précieux, qu'il nous faut toujours améliorer et transmettre à nos enfants et aux générations futures.




Sovereignty not an if, but a when?

Graeme Hamilton
National Post Saturday, October 29, 2005

Tomorrow is the 10th anniversary of the latest Quebec referendum. In the final part of a three-part series, the National Post examines how things might be different next time.

MONTREAL - It is spring in Quebec City, and there is excitement in the air as Andre Boisclair, the magnetic young separatist Premier, unveils the question that will be asked in the upcoming referendum. "Do you agree that Quebec should become a sovereign country, Yes or No?" The crowd roars, the fleurs-de-lys sway and the stage is set for a constitutional crisis unlike anything Canada has ever experienced.

From today's vantage point, the scene is political fiction, but as incredible as it sounds, Quebec could be plunged back into the tumult of a referendum campaign in a few short years. And with the advent of the federal Clarity Act, the next time might make 1995 look like a picnic.

Fears of a third referendum in the not-too-distant future are stoked by the enduring unpopularity of Jean Charest's Liberal government in Quebec City and persistent support for sovereignty by close to 50% of Quebecers.

Maurice Pinard, a McGill University professor emeritus who is considered the dean of Quebec polling experts, offered a simple piece of advice for federalist leaders about another referendum. "If I were them, I would start planning," he said in an interview, "but I don't know if they're doing anything."

The separatists make no secret of the fact they are getting ready. The Parti Quebecois platform adopted in June calls for a referendum "as soon as possible" within the next PQ mandate.

As the front-runner in the PQ leadership race to be decided on Nov. 15, Mr. Boisclair, 39, is the most likely candidate to be guiding these decisions. He would face enormous pressure to move swiftly, because the PQ has learned that the longer it waits to hold a referendum, the greater the risk of unpopular government decisions undermining support for separation.

Part of Lucien Bouchard's appeal in 1995 stemmed from his past as an opposition leader in Ottawa with no record to attack. Bloc Quebecois leader Gilles Duceppe may not have half of Mr. Bouchard's charisma, but he is respected in Quebec and would be an effective ally in a referendum campaign. The wild card is whether Mr. Bouchard himself would stage a second coming and join a future campaign.

The potential players on the federal side are less clear. Mr. Charest remains the country's most persuasive federalist campaigner, but if he loses the next election, likely to be called within two years, his days in politics could be numbered. The man considered his most likely successor, Philippe Couillard, is a surgeon who has only ever held the Health portfolio. His strength is measured arguments, not stirring speeches.

If there is a next time, much will be different. Shaken by the close result in the last referendum, held 10 years ago tomorrow, the federal government sought direction from the Supreme Court of Canada on the legality of secession. The high court ruled that a unilateral declaration of independence by Quebec would be unconstitutional. But in the event of "a clear majority vote in Quebec on a clear question in favour of secession," the rest of Canada would be obliged to negotiate the country's break-up.

That decision led to the Clarity Act, in which Ottawa spelled out its rules for any future referendum. Within 30 days of the Quebec government's tabling of the referendum question, the House of Commons would pass a resolution on whether the question is clear. If the question is not acceptable, the federal government would refuse to negotiate secession in the event of a Yes vote. Even if Parliament judged the question to be clear, a Yes vote would only trigger negotiations if the House of Commons determined the referendum result represented "a clear expression of a will by a clear majority" that the province should leave Canada.

On paper, it sounds reasonable, but in the real world of Quebec politics, it could be a recipe for constitutional chaos. The consensus view among Quebecers is that Ottawa has no business meddling in the wording of a referendum question or dictating how many votes constitute a clear majority.

"The conditions surrounding the conduct of an eventual referendum must be determined by the Quebec National Assembly. I say that we, Quebec parliamentarians, will allow no other parliament or government to reduce the powers, the authority, the sovereignty and the legitimacy of the National Assembly." That was Jean Charest in 1999, then leader of the provincial Opposition, reacting to the tabling of the Clarity Bill.

Bernard Landry, the former Parti Quebecois leader who intends to remain active in the separatist fight, said in an interview last week that once a simple majority of Quebecers -- 50% plus one -- vote Yes, Quebec will become independent.

"All those governing Quebec, Liberal and Pequiste, say it is up to Quebec to decide if its question is clear or not, to interpret it and to make use of the result," he said. If Ottawa refuses to recognize the question, "we will pay no heed at all," he said.

"The Parti Quebecois will make a formal declaration of independence in the days that will follow a winning referendum."

The wording of the question is important because polls show that the more direct the question, the less support it receives. The Centre for Research and Information on Canada found that 49% of Quebecers polled last month would have voted Yes to a question similar to 1995's, in which sovereignty was linked to an offer of partnership with the rest of Canada. But support dropped to 34% if the question asked whether they wanted Quebec to become "a completely independent country."

Stephane Dion was the architect of the Clarity Act as federal minister of intergovernmental affairs. Now Environment Minister, he accused separatists of playing "Russian roulette with the country" by contemplating another referendum without being assured of a convincing majority. Instead, he said in an interview, they hold focus groups to concoct a winning question.

"In every democracy you need to be clear with the question. Otherwise you will have results that are twisting the will of the population," he said. "Quebecers are as intelligent as other human beings but not more intelligent, and it is well known in political sociology of referenda that the question influences results."

Even simply replacing the word sovereign with independent reduces levels of support.

Asked whether the question, "Do you want Quebec to become a sovereign country?" would be sufficiently clear, Mr. Dion suggested something tougher: "Do you want Quebec to stop being part of Canada and to become an independent country?"

The danger in the federal strategy is that no one knows how Quebecers would react if the House of Commons ruled a question invalid, especially a question as seemingly straightforward as, "Do you want Quebec to become a sovereign country?" Such a move could play into the separatists' hands, kindling indignation in Quebec at Ottawa's interference.

Jean-Francois Lisee, a former advisor to Jacques Parizeau and Lucien Bouchard, sees another potential crisis if the Yes side squeaks out a victory. MPs from outside Quebec would be urged by their constituents to "save the country" and determine that a slim margin of victory is not enough. Facing such a scenario, separatist leaders would feel pressure to declare independence quickly, in violation of the Supreme Court ruling.

"Obviously, if someone considers 50% plus one a clear answer, what would be an unclear answer?" Mr. Dion countered. "The thinner the result, the more confused would be the context, the less likely would the House be to say it's enough to break up the country."




Separation anxiety

Editorial
The Ottawa Citizen October 29, 2005

When the sun rose on Quebec on Oct. 31, 1995, separatists awoke to a movement in disarray. All the signs and leaflets promising a richer, brighter world for Quebecers who voted for independence were now just litter.

The separatists had lost the referendum by a heartbreakingly slim margin the night before. Parti Quebecois premier Jacques Parizeau was about to resign, having allowed the uglier face of Quebec nationalism to poke through the film of civility that Lucien Bouchard had placed over it during his last-weeks intervention.

Federalists breathed deeply. Troops weren't needed in the streets of Montreal. No prime minister from Quebec would represent English Canada in sovereignty negotiations. The dollar would not collapse. The night before, all had seemed possible.

Nobody was more relieved than Jean Chretien, even though he was widely blamed for the anemic No campaign that nearly lost the country. In the last panicky days, the then-prime minister had promised Quebecers recognition as a distinct society and something like a veto on constitutional amendments.

But during the post-vote hangover, support for sovereignty dropped and there was no new round of constitution talks.

That didn't mean Mr. Chretien wasn't busy. He conceived of two approaches to the problem of Quebec separatism: A) He found a fierce Quebec intellectual and resolute federalist named Stephane Dion, named him the new minister of intergovernmental affairs, and set him to work on the federal Clarity Act; and B) he dispatched his public works minister, David Dingwall, to start promoting the federalist brand in Quebec, which in practice would mean flooding the province with money for the ostensible purpose of sponsoring public events.

In the end, the two tracks corroborated the results of political experiments conducted by prime ministers Pierre Trudeau and Brian Mulroney: Appeasing separatists (the Dingwall track) doesn't work; challenging them (the Dion track) does.

Mr. Trudeau publicly exposed the small-mindedness of separatists. He stood up to a riot at a St-Jean-Baptiste Day rally on the eve of an election and sent soldiers in to handle the October Crisis. And he led federalists to a 60-40 victory in the 1980 referendum.

Mr. Mulroney, conversely, put Lucien Bouchard and other nationalists in his cabinet and tried twice to remake the Constitution to fulfill Quebec's demands.

The result? Mr. Mulroney inadvertently helped create the Bloc Quebecois.

Mr. Chretien's Clarity Act followed the muscular Trudeau model. It defined the terms under which the federal government would even sit down to discuss separation with Quebec, specifically, only after a clear majority of Quebecers voted for separation in response to a clear question. All the while, Mr. Dion fired off open letters to separatist leaders, using crisp and simple logic to dismantle their rhetoric.

Meantime, Mr. Dingwall and his successor Alfonso Gagliano spent a lot of money to increase the number of Maple Leaf flags on display in Quebec. But soon the carpetbaggers came and the program disintegrated into a swill of kickbacks and corruption, the extent of which will become clear when Justice John Gomery reports this week. The program was designed to win Quebec's affection but it earned only its contempt.

We fear that Prime Minister Paul Martin's orientation vis a vis separatism leans more toward the Mulroney model of appeasement than the Trudeau and Chretien models of zero tolerance. Mr. Martin appointed a founder of the Bloc Quebecois, Jean Lapierre, to represent Quebec in the cabinet and has distributed federal money to the provinces as if he had an infinite supply. But again, Quebec separatists cannot be co-opted, and attempts to do so with money only create disgust in the rest of Quebec.

According to the most recent polls, Quebecers' support for sovereignty stands at 49 per cent. The Parti Quebecois seems likely to win the next election, probably under the leadership of Andre Boisclair, a stylish young Harvard graduate who represents, he hopes, a rebirth in the separatist movement.

Mr. Boisclair is unstained by the tar of negativity -- the resentment, parochialism, nativism -- that afflicts the PQ's old guard. This new generation of separatists cleverly market an independent Quebec not as the final battle in a long defensive war but as the next logical step in the province's evolution, no more revolutionary than Canada's patriation of its Constitution in 1982. Mr. Bouchard, who still wields enormous influence, has signalled his support for Mr. Boisclair's modernism by signing his name to a "manifesto for a clear-eyed Quebec" that calls for smaller government, balanced budgets and an education system that teaches English.

Ten years after the last referendum, the clouds are gathering. Mr. Martin has only a little time to learn his predecessors' lessons before the storm arrives.




Canada's virtues will sell in Quebec

Editorial
The Toronto Star October 29, 2005

Unlike his predecessor, Prime Minister Paul Martin has not had to face a national unity crisis on his watch. Despite Canada's near-death experience in the 1995 Quebec referendum, sovereignists emerged too discredited and deflated to launch another wrenchingly divisive rematch.

Yet on the 10th anniversary tomorrow of a vote that saw Quebecers opt for Canada by a heart-stopping 50.6 per cent margin, the sovereignty movement is stirring anew. The Parti Québécois is about to choose a new leader, hoping to oust Premier Jean Charest's unpopular Liberals by 2008 in a "referendum election," then declare independence. And polls put support for "soft" separatism at a worrisome 49 per cent.

While Jean Chrétien's discredited sponsorship program planted Canadian flags across Quebec, it failed to quash the separatist threat.

Faced with this failure of symbolism to sway hearts, Martin hopes to convert minds at least, by tapping into the pro-Canada sentiment that still runs deep in Quebec and by promoting the practical virtues of Canadian unity and "co-operative federalism."

"Together, united, Canada is much greater than the sum of its parts," he reminded Quebecers during a major speech in September on the global challenges facing our country. In June, he stressed "Quebec plays a key role within Canada" by shaping the national consensus on issues like the Kyoto pact to protect the environment, and missile defence.

And Canada, with a current population of 32 million and rich resources, faces a "tough" time competing with the likes of China and India, Martin told the Montreal Gazette recently. How would Quebec fare with 8 million people, an aging workforce and a smaller resource base?

Unlike Chrétien, who was faulted for "sleepwalking" in 1995, Martin seems to grasp the desirability of making the case for Canada before a crisis looms. Yet even so, his defence of national unity has been a subtext in wider-ranging speeches. In the coming months, Martin and his Quebec caucus must work harder to drive home Canada's worth, and challenge the PQ myth that Quebecers would be better going it alone.

There's good reason to think Quebecers would be receptive.

Quebecers benefit from being Canadians. A poll done for the Centre for Research and Information on Canada shows that two out of three Quebecers feel they benefit from Canada's international reputation, from the Charter of Rights and Freedoms, from federal financing for social programs and from Ottawa's efforts to curb terrorism. Quebecers already know that Canada is a good deal. Martin only has to challenge those who would mock the country and run it down. On a positive note, Martin can also make the case that Quebecers have more in common with the rest of Canada, in terms of social values and aspirations, than they do with the United States or any other country.

Quebecers profit from federalism. The PQ myth that Quebec would do better economically on its own does not stand up to serious scrutiny. Canada has outperformed Quebec in every major indicator over the past decade, the Conference Board of Canada reports. For all of Canada, real gross domestic product growth averaged 3.3 per cent from 1995 to 2004, compared with Quebec's 2.9 per cent. Canada's total job growth at 2 per cent also leads Quebec's 1.8 per cent. Canada's population growth of 1 per cent was twice Quebec's. And total Canadian disposable income has grown by 4.1 per cent per year, compared with Quebec's 3.6 per cent.

Canada is not a drag on Quebec; it is a safety net.

How would Quebec have been better off, without the $45 billion in federal equalization payments it has received since 1995?

While Martin must sell Quebecers primarily a positive message about Canada, he has a duty to warn that a break would decouple them from Canada's relative prosperity and economies of scale in underwriting social services and other priorities. It would saddle them with crippling debt, and end equalization. People and capital might flee. Our currency could depreciate. Interest rates might rise. The province might have to raise taxes and slash government jobs and services, triggering recession, or worse. Martin must challenge the myth that a break would be risk-free.

Canada accepts Quebec's uniqueness. While sovereignists claim Canadians are unresponsive to Quebecers' interests, that is not so. In 1995, Parliament recognized Quebec is a "distinct society" in its language, culture and civil code, and promised that Ottawa will "be guided by this reality." A year later, Ottawa gave Quebec and other provinces and regions the veto over constitutional change that nationalists had long sought.

What remains to do today? Martin, flush with federal cash, must do more to address concerns that Quebec and other provinces have too many responsibilities and insufficient resources. That would strengthen the hand of the Charest Liberals against the PQ in the next election.

Most Quebecers don't want independence. Barely one out of three would vote Yes to independence pure and simple. The nearly one out of two who favour "sovereignty/partnership" operate under the rosy assumption that political and economic ties would continue as before with the rest of the country. That is what the PQ duplicitously promised in 1995, knowing they could not deliver. Martin must debunk that myth.

Most Quebecers insist on clarity. Many sovereignists would be content to declare independence on a simple majority vote on a fuzzy question. But Quebecers themselves would balk at that. The federal Clarity Act of 2000, building on a historic 1998 Supreme Court ruling that unilateral secession by Quebec would be unlawful, bars Ottawa from agreeing to secession talks unless two conditions are fulfilled: Quebecers must say Yes to a clear question: Do you want Quebec to become an independent country? or something like it. And the Yes must carry by a clear majority, not by a wafer thin margin. Despite the uproar the Clarity Act caused when it was passed, most Quebecers agree with its principles.

A Strategic Counsel poll found 66 per cent favour a clear question. And 85 per cent feel the sovereignists must win 60 per cent support or more. A 50-per-cent-plus-1 mandate on a fuzzy question won't be credible.

A decade ago, in the run-up to the referendum, the Star argued on this page that Canada was too good to throw away, and that Canadians cherish Quebec as a vital part of our national dream, and our family. That must be the forceful, consistent message today, before the next storm looms.





Selon un sondage CROP-La Presse

Boisclair l'emporterait dès le premier tour

Tommy Chouinard
La Presse dimanche 30 octobre 2005

Au moment où les candidats de l'aile gauche du Parti québécois envisagent de se ranger derrière Pauline Marois, un sondage CROP-La Presse révèle que même un ralliement de tous les autres aspirants serait insuffisant pour permettre à la députée de Taillon de devancer André Boisclair.

À moins d'un revirement, M. Boisclair se dirige en effet vers une victoire dès le premier tour de scrutin le 15 novembre, selon ce coup de sonde réalisé entre le 12 et le 26 octobre auprès de 1008 Québécois.

Près de la moitié des Québécois jugent qu'André Boisclair serait le chef avec lequel « le Parti québécois aurait le plus de chances de remporter les prochaines élections ».

Il s'agit d'un gain de deux points de pourcentage par rapport au mois de septembre. Chez les électeurs péquistes, la domination d'André Boisclair est toujours aussi significative, avec 59 % des appuis.

Les révélations entourant son passé de consommateur de cocaïne ne semblent pas nuire à sa campagne. Quatre Québécois sur 10 pensent même que ses frasques ne réduisent aucunement ses chances de devenir premier ministre.

Ces résultats tombent alors qu'il ne reste plus que deux semaines et des poussières à la course à la direction. « Il faudrait qu'André Boisclair fasse une erreur majeure ou rate complètement la fin de sa campagne » pour que la direction du PQ lui échappe, estime Claude Gauthier, vice-président de CROP.

À 48 %, André Boisclair obtient un appui plus de deux fois supérieur à celui de Pauline Marois, qui stagne toujours à 20 % dans la faveur populaire. L'appui qu'elle a reçu de 111 femmes connues, provenant de divers horizons, n'a pas eu l'effet escompté auprès de l'électorat.

Richard Legendre conserve sa troisième position avec 5 %. Quatre candidats recueillent 1 % chacun: Louis Bernard, Pierre Dubuc, Jean Ouimet et Gilbert Paquette. Ghislain Lebel et Jean-Claude St-André ne récoltent que des miettes: 1 % à eux deux.

Dans l'éventualité d'un ralliement de tous ces candidats, Pauline Marois peut ainsi espérer réduire l'écart, mais non devancer le meneur. Elle obtiendrait 10 % de plus, mais son retard serait toujours de 18 %. Pour dépasser le favori, il lui faudrait à la fois l'appui des indécis (19 %) et celui des Québécois qui n'optent pour aucun candidat (3 %), une éventualité hautement improbable.

Chez les électeurs péquistes, Pauline Marois gagne tout de même deux points de pourcentage par rapport au mois dernier et récolte 23 %. Richard Legendre se retrouve à 4 %, alors que les autres candidats réunis ont 3 %.

Là encore, un ralliement ne permettrait pas à Pauline Marois de dépasser André Boisclair, qui détient déjà plus de la majorité des appuis (59 %). Sa capacité de réaliser des gains importants est d'autant plus réduite que seulement 9 % des électeurs péquistes se disent indécis. « La tendance qui se dessine depuis le départ est très difficile à renverser », constate Claude Gauthier.

La semaine dernière, Jean Ouimet a confié à La Presse qu'il songeait à se rallier à Pauline Marois. Le SPQ-Libre doit décider le 4 novembre si son candidat, Pierre Dubuc, se rangera derrière la députée de Taillon.

Une question d'image

Si Pauline Marois ne parvient pas à devancer André Boisclair, c'est davantage en raison de son image que parce qu'elle est une femme, révèle le sondage CROP-La Presse. Près du tiers des Québécois considèrent que l'image de Pauline Marois explique le fait que, jusqu'à maintenant, « elle n'a pas réussi à se classer au premier rang dans les préférences des Québécois ».

« Les gens l'ont décrite comme une personne distante, froide et snob », explique Claude Gauthier.

Seize pour cent des Québécois croient que le fait qu'elle soit une femme explique la stagnation de ses appuis. Les femmes (20 %) sont plus nombreuses que les hommes (12 %) à invoquer cette raison.

Fait surprenant, alors que Pauline Marois fait valoir ses états de service depuis le début de la campagne, les Québécois jugent que c'est plutôt André Boisclair qui est le candidat « le plus compétent ». Trente et un pour cent pensent ainsi, alors que 25 % préfèrent Pauline Marois. Chez les électeurs péquistes, l'écart entre les deux candidats se creuse en faveur d'André Boisclair.

Autre résultat significatif, 38 % des Québécois et la moitié des électeurs péquistes pensent qu'André Boisclair est « le plus apte à devenir premier ministre du Québec ». Ils sont deux fois moins nombreux à choisir Pauline Marois, celle qui a pourtant été vice-première ministre ainsi que ministre des Finances, de l'Éducation et de la Santé.

Le candidat « le plus apte à réaliser la souveraineté » est, encore une fois, André Boisclair, selon 31 % des Québécois et 46 % des péquistes. Il est également considéré comme le candidat « le plus intègre » et « le plus inspirant ».

Les Québécois font peu de cas de la consommation passée de cocaïne de M. Boisclair, selon le sondage CROP-La Presse: 39 % des Québécois et 40 % des électeurs péquistes estiment que ses aveux à ce sujet n'auront pas du tout d'impact sur « ses chances de devenir un jour premier ministre ».

Deux fois moins de Québécois (18 %) et d'électeurs péquistes (15 %) croient que sa consommation passée de cocaïne aura « beaucoup » d'impact.

« Pour M. et Mme Tout-le-Monde, ce n'est pas la fin du monde. Ça dérange une partie des gens, mais les deux tiers disent que ça n'a que peu ou pas du tout d'impact », souligne Claude Gauthier.




L'affaire Boisclair

Pierre Vadeboncoeur
Le Devoir vendredi 21 octobre 2005

Lettres: Le débat plus ou moins feutré qui a cours entre les aspirants à la direction du PQ a pour effet paradoxal de masquer une évidence: M. Boisclair ne doit pas être élu à la direction du PQ.

Cette évidence disparaît derrière les prudences multiples qui enveloppent, on le comprend, cette question embarrassante sur un collègue, un copartisan et un concurrent. Embarrassante, sans doute, mais capitale.

Curieusement, donc, le problème causé par la candidature de M. Boisclair échappe à la discussion alors que c'est, et de loin, pour l'heure et pour l'avenir, le principal. Michel David, dans un article fort lucide qu'il publiait dans Le Devoir du 2 octobre, parlait «de l'incalculable risque que M. Boisclair fera courir au PQ et au mouvement souverainiste à compter du 16 novembre».

Tel est justement le sujet qu'on n'aborde pas. À elle seule, cette question équilibre pourtant toutes les autres. Elle reste néanmoins sous le boisseau, ou à peu près.

Il ne s'agit pas pour autant de juger M. Boisclair. Le problème n'est pas d'ordre moral mais politique. On peut estimer la personne pour ses qualités personnelles ou politiques, mais il est urgent de s'aviser que, pour le poste en question, M. Boisclair est malheureusement beaucoup trop vulnérable aux attaques, et cela, on l'a dit, est évidemment très risqué. D'avance, les libéraux se bidonnent. Rien ne leur conviendrait sans doute davantage que son élection.

Ses concurrents ne peuvent pas sonner l'alarme. Cela, on le comprend très bien. Une intervention de leur part serait des plus délicates et pourrait être mal reçue. Ils sont coincés, comme le laisse entendre Michel David à propos de Mme Marois. Mais l'opinion dans le parti, elle, pourrait réagir, avoir un sursaut de lucidité, comme l'évoque le journaliste.

Le problème soulevé par M. Boisclair avec cette histoire de cocaïne est du jamais vu. Ce problème tranche sur les questions dont il peut s'agir pour l'élection d'un chef de parti. L'affaire n'est pas le genre de choses dont on puisse disposer en se contentant de discuter d'autres sujets comme si celui-là n'existait pas. N'oubliez pas d'ailleurs que le PQ est un parti dont tout l'establishment canadien veut se débarrasser, gens d'affaires, tous les partis au Canada sauf le Bloc, gouvernements, avec l'appui officieux des intérêts d'outre-frontière.

M. Landry, s'il avait connu l'histoire, l'aurait jugée «extrêmement grave», déclare-t-il. Par conséquent, aujourd'hui qu'on le connaît, du moins en partie, on peut la tenir pour très inquiétante. Ce n'est pas l'espèce d'atout qui convient pour aspirer à diriger un parti et un État puissamment contestés. C'est triste, et on peut compatir, mais c'est ainsi.




Québec actuel - S'ouvrir au monde
« Il y a bien, qu'on le veuille ou non, un État du Québec »

Guylaine Boucher
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

De la conquête à la Révolution tranquille, le Québec a franchi diverses étapes vers son affirmation. Pour Guy Lachapelle, professeur titulaire à l'université Concordia, plus de 50 ans après Refus global, le Québec s'apprête à entrer dans une autre phase d'émancipation, celle de l'ouverture sur le monde.

Professeur de science politique, Guy Lachapelle a fait du Québec son principal champ d'études. Observateur privilégié de son évolution, lorsqu'on l'interroge sur les défis auxquels l'État québécois devra faire face au XXIe siècle, son regard se porte outre-frontières. C'est que, affirme-t-il, si «les années 40 et 50 ont été celles de la survivance, la Révolution tranquille a permis au Québec de prendre sa place et de structurer son État. Il faut maintenant aller plus loin. Il faut avoir des projets englobants. Il faut se tourner vers l'international et chercher à y consolider notre place».

Si Guy Lachapelle insiste tant sur l'importance pour le Québec de se tourner vers le monde, c'est que, selon lui, seuls les pays qui prendront le virage mondial influenceront le présent siècle. «La rapidité à laquelle les choses changent à l'échelle mondiale force les États modernes à jouer du coude pour faire leur place. Les nouveaux enjeux que la mondialisation impose amènent la création de nouvelles coalitions, des coalitions qui dépassent les frontières des États pour couvrir des régions entières du globe. Seules les nations fortes, qui vont réfléchir sur les questions internationales et qui n'auront pas peur de prendre position, seront capables de tirer leur épingle du jeu. Si le Québec veut préserver sa culture et sa langue, il lui faut impérativement prendre part au mouvement.»

Avec ou sans Ottawa ?

Encore doit-il faire entendre sa voix propre. Jusqu'à présent, fédéralisme oblige, le Québec n'a que très rarement pu affirmer son leadership sur la scène mondiale. Guy Lachapelle en convient, mais refuse d'y voir une raison de baisser les bras. «Bien que le Québec soit un État subétatique, il y a bien, qu'on le veuille ou non, un État du Québec; et son agenda international est très différent de celui du Canada. Le gouvernement fédéral est actuellement un frein majeur à l'ouverture du Québec sur le monde et il continuera de l'être tant et aussi longtemps qu'il n'y aura pas une réforme en profondeur du fédéralisme. Comme ce n'est pas demain la veille que tout cela risque de se faire, le Québec ne doit pas compter sur le Canada anglais pour se définir. Il doit penser par lui-même, développer ses propres positions et se chercher des alliés ailleurs.»

Les dossiers de la diversité culturelle et du développement économique sont, pour le professeur de Concordia, d'excellents exemples du rayonnement que peut avoir le Québec lorsqu'il se prend en main. «Si, dans nos relations commerciales, nous avions attendu d'avoir l'aval d'Ottawa pour tisser des liens, nous n'en serions pas à faire des missions économiques en Chine. Nous avons pris des initiatives et tout cela s'est avéré payant. Il n'en va pas autrement dans les autres domaines. Le leadership du Québec dans la question de la diversité culturelle et les gains qui y ont été obtenus le démontrent. Nous avons joué le jeu du fédéralisme depuis des décennies, il est maintenant temps de développer nos propres stratégies.»

Des répercussions internes

L'ouverture planétaire réclamée par Guy Lachapelle n'est toutefois pas, de son point de vue, un prétexte pour négliger les défis d'ordre plus interne. À son avis, il est en fait impossible de penser prendre le train de la mondialisation des concepts sans, au passage, voir changer les choses sur son propre terrain. L'éducation, la culture, l'immigration et l'environnement sont quelques-uns des secteurs d'activité qui pourraient, selon lui, être touchés. C'est que, précise-t-il, «être présents à l'échelle mondiale, c'est aussi faire en sorte que de plus en plus d'étudiants, de chercheurs et de professeurs fassent des séjours à l'étranger. Qu'ils aillent y diffuser leurs connaissances ou se nourrir de celles des autres. C'est envisager de former des gens pour un marché mondial plutôt que local, et trouver les bons créneaux de formation pour les jeunes afin d'être concurrentiels».

Dans un même ordre d'idée, nous devons aussi, à son avis, être prêts à relever le défi de l'immigration et, par ricochet, de l'identité culturelle. À ce sujet, il faut, insiste-t-il, «que les immigrants puissent s'intégrer à la société francophone, qu'ils apprennent la langue commune qui est le français. On ne peut pas y échapper et il ne s'agit pas d'un impératif politique, mais social. La langue est un des principaux outils de définition de nos institutions, que ce soit en éducation, en politique ou dans les médias. C'est fondamental».

Même la question démographique pourrait, du point de vue de Guy Lachapelle, être influencée par l'ouverture du Québec sur le monde. «D'autres États dans le monde, que ce soit le Japon ou l'Allemagne, font aussi face à un important vieillissement de la population. Ils cherchent actuellement des moyens d'intégrer ou de réintégrer au marché du travail des gens qui, autrement, seraient à la retraite. Être plus présents à l'échelle mondiale, c'est éventuellement être influencés par ces approches et philosophies.»

Ambitieux programme ? Guy Lachapelle, lui, se montre optimiste. Une condition s'impose toutefois selon lui pour réussir le virage, celle de pouvoir compter sur l'engagement de toute la collectivité. «La Révolution tranquille ne s'est pas uniquement faite avec le gouvernement Lesage. Elle s'est bâtie avec des entrepreneurs, des citoyens qui ont accepté de prendre part aux changements et même de les initier. Tout le monde nourrit en ce moment l'impression que nous sommes dans une période de transition, que nous nous dirigeons vers autre chose. Pour franchir le pas, il faut que des gens se lèvent et prennent le leadership. Nous avons besoin de visionnaires. Nous en manquons en fait cruellement. À mon sens, les Québécois pourraient être les Vénitiens du prochain millénaire. C'est une simple question de culture et de reconnaissance.»

Collaboratrice du Devoir




«Le Québec, une nation dominée»

Francois SERGENT
Libération samedi 29 octobre 2005

Bernard Landry, ex-président du Parti québécois, dix ans après l'échec du référendum sur l'indépendance

Il y a dix ans, le référendum sur l'indépendance du Québec échouait à 1 % près, avec une participation record de 94 %. Bernard Landry, 68 ans, ex-Premier ministre de la province et président du Parti québécois (indépendantiste) jusqu'à cet été, ne renonce pas au combat de sa vie.

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Pensez-vous vraiment que le Québec sera indépendant dans trois à quatre ans ?

C'est ce que je pense. Parce que l'argumentation souverainiste développée depuis les années 60 est solide, fondée sur des réalités. Une nation doit être libre, elle doit contrôler son destin. Il est imprudent de laisser son destin à la majorité d'une autre nation, même si celle-ci n'est pas hostile.

Pourquoi un troisième référendum serait-il le bon après deux échecs ?

Les peuples évoluent lentement, surtout s'ils choisissent un cheminement strictement démocratique. Il faut parler, convaincre. Le mouvement indépendantiste était marginal dans les années 60. En 1980, il avait l'appui de 40 % des électeurs et en 1995 de 50 %. Il était difficile pour les Québécois des générations antérieures de quitter le Canada, parce que dans leur esprit ils avaient fondé ce pays. Ils se décrivaient comme des Canadiens français, les autres c'étaient des Anglais. Ce changement culturel a pris plusieurs générations. On ne change pas de nom, d'identité comme cela.

Souverainistes, ça fait moins peur qu'indépendantistes ?

Le mot n'est pas employé ici dans le même contexte qu'en France. Pour moi, il est synonyme d'indépendance nationale, mais en parlant de souverainisme on veut marquer que l'indépendance se fera dans l'interdépendance. Comme la France, qui a choisi de remettre une partie de ses compétences dans un espace plus vaste mais reste une nation, membre des Nations unies. On compare parfois l'Europe à l'espace canadien, mais ce n'est pas la même chose : 3 % de vos impôts vont à l'Europe, pour moi c'est la moitié qui va à Ottawa. C'est ça une nation dominée par une autre.

Est-il normal de faire des référendums jusqu'à ce qu'on gagne ?

La démocratie, c'est la démocratie. Terre-Neuve a voté trois fois avant de devenir une province, l'Irlande deux fois avant de dire oui à Maastricht.

Vous ne vous sentez pas du tout Canadien ?

Pas du tout. Je n'ai pas d'animosité non plus. Si je voulais brasser le passé, la période coloniale, je pourrais en avoir. Je me sens Québécois, sans ressentiment. Nos frères issus de l'immigration deviennent aussi Québécois. Quand ils arrivent, ils ignorent tout du Québec. Ils sont reconnaissants au Canada qui les a accueillis. Mais, au fur à mesure qu'ils vivent au Québec, ils comprennent le mouvement souverainiste. En 1995, des allophones avaient voté oui. De 15 à 20 %. Aujourd'hui, on est à 35 %. Suivant leur histoire, les immigrés d'origine latine par exemple, les Maghrébins, les Africains, on est à 50 %. Chez les Québécois immigrés de France, c'est presque 100 % d'adhésion au Québec.

Pour vous, le référendum a été volé, il y a dix ans ?

Le gouvernement canadien s'est déshonoré. Le Québec a des lois et traditions démocratiques très strictes. Notamment sur le financement des partis et des campagnes. Les dépenses sont transparentes et d'un montant limité, mais le gouvernement fédéral a dépensé des millions de dollars qui ont déséquilibré la campagne. Il a aussi accéléré les procédures d'immigration pour des raisons purement politiques (donnant la citoyenneté et le droit de vote à des immigrés réputés antisouverainistes, ndlr), alors que c'est une grande responsabilité d'accorder la citoyenneté.

Cette idée souverainiste est-elle conciliable avec des projets économiques ou politiques autres qu'indépendantistes ?

On a concilié les deux. On a fait mentir la formule. Avec nous, le Québec s'est transformé en économie de haute technologie, à haute valeur ajoutée. Avant, on exportait des lingots d'aluminium, du minerai de fer, du bois. Aujourd'hui, on exporte des médicaments, des avions, des ordinateurs, des effets spéciaux. Il y a plus de travailleurs dans l'aérospatiale à Montréal qu'à Toulouse.

Si ça marche aussi bien, pourquoi quitter le Canada ?

Ça marcherait mieux. Cela dit, les indépendances nationales ne sont pas des questions matérielles. Si on disait à Jacques Chirac «je te garantis 10 % de richesses en plus si ton pays devient un Land allemand», que répondrait-il ?

Qu'attendez-vous de la France dans cette marche à l'indépendance ?

La France nous a toujours accompagnés d'une façon impeccable. «Sans ingérence, sans indifférence», comme on dit. Mais ce n'est pas la France qui fera l'indépendance pour nous. Quand même, je me souviens qu'en 1995 un sondage avait été organisé en France sur la souveraineté du Québec et le oui avait gagné.




Vers un troisième référendum?

Francois SERGENT
Libération samedi 29 octobre 2005

L'opinion québécoise semble plus favorable à l'indépendance que jamais

Le Québec se prend à rêver. Fleur de lys contre feuille d'érable. Dix ans après la défaite du référendum sur l'indépendance du 30 octobre 1995, la province se rêve pays. Il y a une décennie, par la peau des dents, comme on dit au Québec, à peine 1 % d'écart, la province avait refusé la sécession et le Canada était resté entier. Peut-être pas pour longtemps.

Sondages. «Ils vont recommencer», titrait, réprobateur, le week-end dernier, The Gazette, le quotidien anglophone et procanadien de Montréal. On n'en est pas tout à fait là, mais la conjonction astrale est favorable comme elle ne l'a jamais été en dix ans. Les sondages dans ce pays au nationalisme cyclothymique montrent depuis quelques mois une majorité stable pour le oui de 50/51 %. Après être passé par des abysses de 35 % d'opinions favorables, dans un pays de 7 millions d'habitants, dont 80 % de francophones. Le parti au pouvoir au Québec, les libéraux fédéralistes, est très impopulaire et le gouvernement canadien est englué dans une série de scandales. Ottawa a illégalement dépensé des millions de dollars pour lutter par la corruption contre la fibre souverainiste de ces maudits Québécois.

Le Parti québécois ­ indépendantiste ­, dans l'opposition, sent le vent gonfler ses voiles après de dures années. Il reprend espoir de revenir au pouvoir à la prochaine législature, vers 2006 (date précise au choix du Premier ministre). Et promet d'organiser dans la foulée un nouveau référendum après les échecs de 1980 (60 % de non) et de 1995. Les péquistes se disent certains de le gagner cette fois-ci (lire ci-dessus).

La semaine dernière, un colloque, organisé par The Gazette, le Devoir, le quotidien souverainiste, et l'université de Montréal, à l'occasion du dixième anniversaire du référendum, ont cherché à comprendre les raisons de cette lutte aussi longue qu'infructueuse. Le proverbial manque de confiance des Québécois, leur attachement au Canada les ont-ils empêchés d'avoir un passeport et un siège à l'ONU ? Au colloque, un ministre fédéraliste du gouvernement québécois actuel, Robert Pelletier, fier d'être Québécois et Canadien, disait ainsi : «Ça fait l'affaire des Québécois, cette double allégeance.»

Non-francophones. Pourtant, le Canada n'est guère reconnaissant à la province. Mille fois, le Québec a demandé un renouvellement du lien fédéral qui prenne en compte son statut distinct. Sans grande réussite. Comme si le Canada, de plus en plus centralisé, n'avait rien compris aux frustrations des Québécois. Reste à convaincre les fortes minorités non francophones de la province, les Anglais (10 % de la population), à peu près irrécupérables, et surtout les nouveaux immigrés, les «communautés culturelles», comme on dit correctement ici (10 % aussi). Ceux-ci se voient avant tout comme Canadiens et sont peu intéressés par le souverainisme. En 1995, le chef péquiste Jacques Parizeau avait mis l'échec sur le compte du vote ethnique et de l'argent. Des mots odieux qui continuent de hanter le Québec, qui se veut une société modèle et multiculturelle.