
De l'intimidation
Daniel Laprès, membre fondateur du Réseau canadien pour le libéralisme et la démocratie. Il a été conseiller des ministres des Affaires étrangères Lloyd Axworthy et Bill Graham de 1998 à 2004.
La Presse samedi 1 octobre 2005
Pourquoi les Gilles Duceppe, Jacques Parizeau et Bernard Landry ont-ils accepté d'être associés à une oeuvre haineuse?
Les leaders indépendantistes prétendent souvent qu'eux seuls, contrairement aux fédéralistes, sont de vrais dé mocrates. Mais on peut en douter, du moins à la lumière d'un livre récent, Voler de ses propres ailes, un recueil d'articles du journal Le Québécois, devenu célèbre cet été en tentant de déclencher contre Michaëlle Jean les fureurs des éléments xénophobes et réactionnaires du Canada anglais- les " purs et durs " dévoilant ainsi leurs alliés objectifs.
Voltaire poussa jadis l'exigence d'éthique démocratique jusqu'à affirmer: " Je suis contre votre opinion, mais je me battrai jusqu'à la mort pour que vous puissiez l'exprimer. " Dans cet esprit, est réellement démocrate celui qui s'engage à défendre le droit de chacun à s'exprimer en toute liberté, dont le respect des personnes est une condition essentielle. Or, ce livre démontre que plusieurs parmi l'intelligentsia et les leaders indépendantistes, loin d'assumer cet esprit démocratique, font au contraire preuve d'une troublante complaisance pour une haine qui constitue une atteinte directe à la liberté d'expression, une tentative d'intimidation visant à réduire au silence le point de vue opposé, une peste qui tue l'esprit démocratique.
Qu'on ne se demande pas pourquoi plusieurs citoyens fédéralistes n'osent plus s'exprimer ouvertement au Québec. Pour comprendre, lisez ce livre, où le francophone fédéraliste est décrit comme un " traître ", une " crapule " dédiée à l'" asservissement " du Québec, un " ennemi " que l'on se retient de ne pas " fesser à coups de deux par quatre " ou de " découper à la chain saw " (je n'invente rien: p. 106). Mais en plus, si vous êtes souverainiste, mais plus modéré que les Gardes Bleus du journal Le Québécois, vous serez également conspué.
Ainsi Françoise David- qui ne risque pourtant pas d'être vue drapée dans l'unifolié un 1er juillet, ayant commis le péché, Ô combien mortel, de questionner certains aspects du projet souverainiste, se voit elle aussi grossièrement dénigrée par un Pierre Falardeau. D'ailleurs, la direction du Québécois a pris soin de reproduire l'article, haineux à en glacer le sang, qu'a écrit Falardeau pour célébrer la mort de Claude Ryan, en le faisant suivre d'articles justifiant cette haine contre celui qui fut en 1982 l'homme du " Québec d'abord! " qui vota avec le gouvernement Lévesque contre le rapatriement de la Constitution.
On peut se demander ce que font dans ce bréviaire de l'intolérance haineuse des Gérald Larose, Monique Richard, Hélène Pelletier-Baillargeon, Hélène Pedneault, Jean-Marc Léger et bien d'autres. Mais au fond, c'est leur affaire et ils n'ont qu'à vivre avec, n'ayant jamais aspiré à diriger les destinées du Québec. Mais par contre, que des personnalités politiques comme Gilles Duceppe, Jacques Parizeau et Bernard Landry (qui a signé la postface en évoquant Falardeau en exemple) y soient associés, voilà qui pose problème. On aura beau proférer toutes les horreurs imaginables contre le reste du Canada, je doute de voir un jour deux de ses anciens premiers ministres s'associer à une oeuvre haineuse qui célèbre notamment la mort d'un être humain.
Bernard Landry avait pris l'habitude d'invoquer " le Grand René Lévesque "; outre que, de son vivant, M. Lévesque n'appréciait guère être accablé d'hyperboles du genre, ce qui faisait la " Grandeur " de René Lévesque, c'était qu'il était un démocrate qui savait respecter l'être humain dans ses adversaires, qui avait l'intolérance et le fanatisme en horreur et qui, dégoûté par l'ovation faite à l'un des assassins de Pierre Laporte au congrès du PQ en 1982, secouait sa tête en la tenant à deux mains. Jamais René Lévesque n'aurait signé la postface d'un tel livre.
Dans un message qu'on trouve sur le site Internet de l'ineffable journal, Jacques Parizeau assure que ce dernier " reflète de mieux en mieux la mouvance souverainiste au Québec ". En parcourant ce livre, dont le titre aurait bien pu être " Intolérance et fanatisme pour les nuls ", on constate que ce propos de l'ex-premier ministre n'a rien pour rassurer ceux qui veulent que la démocratie règne dans le Québec d'aujourd'hui et de demain.
Tandis que la campagne à la direction du PQ bat son plein, il serait peut-être utile de demander aux candidats à la succession de M. Landry si, au chapitre de l'éthique démocratique, ils auront la décence de se démarquer radicalement de certains des chefs récents de leur parti, pour plutôt adopter l'attitude d'un René Lévesque.

De la provocation
Pierre-Luc Bégin et Patrick Bourgeois
Journal Le Québécois www.lequbecois.org samedi 1 octobre 2005
Voilà pourquoi La Presse a publié le texte de Daniel Laprès
* NDLR: La moindre des choses serait que la rédaction de La Presse daigne publier notre vigoureuse réplique à l'attaque tout aussi vigoureuse de Daniel Laprès. Si cela ne devait être, nous nous verrions contraints d'inviter les milliers de lecteurs du Québécois à tirer les conclusions qui s'imposeraient ainsi.
De la provocation. Voilà pourquoi La Presse a publié le texte de Daniel Laprès
Québec, le 1er octobre 2005- Non, mais, Le Québécois les dérange vraiment les petits fédéralistes du Québec. Pas pour rien qu’ils se rabattent avec couardise sur leurs courroies de transmission médiatiques pour les défendre, à notre détriment. En plein cœur d’une tourmente affectant la populaire émission de télévision Tout le monde en parle à qui on reproche d’avoir fait elle-même l’actualité en diffusant les propos irresponsables du doc Mailloux, La Presse, qui n’en manque pas une quand il s’agit d’étourderie, a publié ce samedi le compte rendu de lecture de Daniel Laprès qui portait sur un livre publié par les Éditions du Québécois (Voler de ses propres ailes) au début de l’année 2005! En termes de publication se rattachant à l’actualité du moment, on fait beaucoup mieux ! En tout cas, au Québécois, les histoires qui sentent le poisson pourri, on s’en passe. Aussi bien les laisser à La Presse donc.
Fallait donc qu’il y ait urgence en la demeure pour que La Presse estime pertinent de publier le brûlot de Daniel Laprès, lui qui était jusqu’à 2004 à l’emploi de l’ex-ministre des Affaires étrangères, Bill Graham et qui, dans ses fonctions d’attaché, aura coûté pas moins de 15 000 $ en frais de réunion de toutes sortes aux contribuables du Canada et du Québec, et ce, en 2004 seulement. Probable que La Presse ne peut souffrir davantage Le Québécois, lui qui s’évertue - et qui y parvient à fréquence régulière - à déculotter tout ce qu'on trouve de fédéralistes au Québec. Ou à moins que La Presse n’ait eu vent des attaques frontales que prépare Le Québécois contre ce journal dans les prochaines semaines. Si cela devait être, chers scribouilleurs gescaiens, sachez que vous ne nous ralentirez en rien, avec un papier aussi démagogique que celui de Laprès, dans l’offensive qu’on vous réserve chaleureusement, soyez-en assurés.
Mais parlons-en justement du papier de Laprès qui pue le cité-librisme à plein nez. Le petit porte-serviette de ministre aimerait nous faire croire qu’il est grand intellectuel. Pas pour rien qu’il nous cite savamment la prose de Voltaire alors qu’il en appelait à la défense de la liberté d’expression. Pour Laprès, Le Québécois, par ses agissements et attitudes, violerait le principe même de la liberté d’expression, et ce, parce qu’il s’en prend férocement à ceux qu’il considère comme ses « ennemis ». La violence de nos attaques aurait même pour effet de contribuer au mutisme des forces fédéralistes. D’une part, on ne se savait pas si puissants! Et d’autre part, si les fédéralistes se taisent par les temps qui courent, c’est tout simplement parce qu’ils sentent la corruption à plein nez. Ils en sont presque réduits à sortir avec un sac de papier brun sur la tête! C'est dire. L'existence du Québécois se justifie par la nécessité de diffuser enfin des idées au Québec qui représentent dignement plus de 50 % de la population. Mais ça, Laprès, comme ses acolytes, refuse de l'admettre.
Par sa sortie, il faut bien comprendre que le petit Laprès en appelle à rien de moins qu’à la censure du Québécois et des livres que son partenaire privilégié, les Éditions du Québécois, publie. Non, mais faut vraiment être fédéraliste pour parvenir à se contredire dans le même paragraphe. « La peste qui tue l’esprit démocratique » que dénonce Laprès, ce n'est en rien Le Québécois comme il le dit si fièrement, mais ce sont bel et bien les médias fédéralistes du Québec, eux qui entretiennent de bon aloi un perfide déséquilibre dans leur contenu entre les propos fédéralistes et indépendantistes. Et ça dure depuis des décennies maintenant.
Non content de profiter de ce qui demeure du contrôle de l’information exercé par les forces fédéralistes, Daniel Laprès s’insurge parce qu’un journal indépendantiste sort la tête de l’eau et crie à la face des gens sa soif de liberté. Pour les Laprès de ce monde, un modeste journal alternatif tel que Le Québécois, c’est déjà trop. Impératif il est pour lui de revenir au statu quo ante, c’est-à-dire revenir à une époque où les indépendantistes ne pouvaient qu’espérer, pour être entendus, que Gesca daigne les publier. À cela, nous disons Non avec énergie. Nous leur renvoyons leur Non, merci! de 1980 au visage. Jamais les censeurs du type Laprès ne parviendront à nous faire taire. Nous, du Québécois, avons des choses à dire. Et nombreux sont ceux qui veulent nous entendre. Ils devront bien l'accepter un jour ou l'autre...
Dans son papier, Daniel Laprès s’en prend au Québécois en usant d’une stratégie usée à la corde. Pour nous faire passer pour des ayatollahs, des guérilleros de l’indépendance, des terroristes intellectuels, des Quebec’s watch dogs, ou des « Gardes bleus », il sort de son contexte des propos formulés plus souvent qu’autrement par notre chroniqueur Pierre Falardeau. Non, mais, ça vous dérange ou quoi les libres penseurs!?! Falardeau, dans le style qui lui est propre, défend le Québec bec et ongles. À cela, nous disons bravo avec vigueur! Jamais, il n’a fait d’appels à la violence. Tout comme Le Québécois d’ailleurs. Mais Laprès, à l'aide de la démagogie qui n’a de cesse de dégouliner de sa bouche immonde, aimerait bien que les gens croient qu’il en soit ainsi. Comme il aimerait bien, à l’instar de Dany Laferrière, que Le Québécois passe pour un journal raciste parce qu’il a osé -ô crime abjecte- s’en prendre à une traîtresse de première qui ne reconnaît même pas l’existence du peuple québécois, et nous avons nommé la pitoyable Michaëlle Jean! Oh! Pardon! Il est vrai que nous ne pouvons pas employer le mot traître, n’est-ce pas? C’est en tout cas ce que vous nous sommez de cesser de faire, dans votre petit papier publié avec joie par La Presse! Comme si la trahison ne faisait pas partie de notre réalité politique, à nous, Québécois !
Autre tactique à laquelle ont recours abondamment les fédéralistes lorsqu’ils s’en prennent au Québécois, c’est celle qui consiste à mouiller au passage les chefs du mouvement indépendantiste. Dans sa combien ô malhonnête critique du livre Voler de ses propres ailes, Laprès affirme qu’il est révoltant de voir Bernard Landry ou Jacques Parizeau s’associer à pareille entreprise « haineuse ». Si ces deux grands Québécois l’ont fait, cher Laprès, c’est tout simplement parce qu’une fois que les propos que vous avez sciemment retirés de leurs contextes pour les rendre ainsi affolants aux yeux de certains sont replacés dans les textes d’où ils proviennent, ils deviennent du fait même tout à fait acceptables. Tout comme l’est Le Québécois, ne vous en déplaise, à vous et à tous les ennemis de la liberté fabriquée rudement au Québec.
Mais nous comprenons très bien votre conception toute canadienne de la démocratie. Ainsi, selon vous, il faudrait faire taire Pierre Falardeau et lui interdire la liberté d’expression, jeter au fleuve les presses du Québécois et organiser un autodafé avec les copies restantes… Et ce serait nous qui serions antidémocratiques! Une insulte à l’intelligence que votre texte!
Et vive la « démocratie » commanditée à l'aide des enveloppes brunes passées sous la table de Monsieur Laprès et ses ministres fédéraux!

Une figure de propagande
Robert Laplante
BULLETIN DU LUNDI - L'Action nationale 3 octobre 2005
Ainsi donc le trudeauisme a-t-il été réaffirmé avec force cette semaine. Michaëlle Jean en avait des sanglots dans la voix. Après tout, c’était son premier grand geste monarchique. La vice-reine décrète. Alors il valait mieux commencer par le commencement et donner son congé à la réalité en réaffirmant ce qui est un véritable mythe fondateur du Canada moderne.
Il n’y a donc qu’une nation au Canada et toute une nuée de solitudes à faire cohabiter à l’ombre de la figure tutélaire d’Élizabeth II d’Angleterre. On en fond de bonheur. Quel projet exaltant à proposer au Québec de se dissoudre pour mieux exister dans le grand Nous canadian. Même André Pratte a avalé de travers. « Le Canada est un work in progress, un projet noble mais une réalité imparfaite.» ( La Presse, mercredi 28 septembre) a-t-il senti le besoin d’ajouter pour modérer les transports de la nouvelle égérie de la nation. Décrétez, mais décrétez égal, a-t-on compris dans les campagnes.
Les Québécois, qui avaient déjà eu droit aux déclamations snobinardes d’Adrienne Clarkson et à la morgue hautaine et intello de son consort de mari, vont devoir s’habituer à un nouveau style. Le couple Clarkson-Saul donnait dans l’histoire de la civilisation en multipliant les événements et les cocktails pour aider les notables à se hisser à la hauteur des vertus postmodernes qu’est censé incarner le Ca-na-da. Le couple Jean-Lafond nous assénera plutôt l’humanisme bon chic, bon genre en nous chantant les vertus de la tolérance dans le registre et la rhétorique de la croissance personnelle.
Trudeau était vraiment passé maître dans l’art de présenter le Canada comme l’incarnation même de la vertu. Il l’utilisait férocement dès lors qu’il s’agissait de caractériser non seulement le mouvement indépendantiste mais aussi la réalité nationale du Québec. On se rappellera les diatribes sur notre incapacité atavique d’assumer les exigences et les idéaux de la démocratie, une incapacité qui justifiait Ottawa et le Parti libéral du Canada de nous défendre contre nous-mêmes. On se souviendra de sa déclaration à Washington décrétant que notre lutte pour l’indépendance était un «crime contre l’humanité». Il n’a pas ménagé les outrages et pourtant, la nation existe toujours, son aspiration à l’indépendance aussi, plus forte que jamais.
On ne donne pas congé au réel avec la même facilité qu’on lance des justificatifs idéologiques. Trudeau a donné au Canada un arsenal idéologique qui a renouvelé la parure dans laquelle il a drapé son combat de toujours contre notre réalité nationale. Le Canada s’y est retrouvé plus joli, mieux présentable que sous la vieille défroque durhamienne qu’on avait essayé d’atriquer avec de pompeux discours sur les deux solitudes. Le multiculturalisme justifie mieux, oblitère plus efficacement. Michaëlle Jean vient de le redire. Cela conforte toujours le nationalisme canadian que de répéter qu’il n’en est pas un. Le Canada construit la vertu et il s’adonne que cette vertu produit la nation canadian. Il fallait y penser.
La vérité nous sera donc livrée par une figure souriante, télégénique. Une vraie figure vertueuse. Et le gouvernement Martin ne négligera rien pour lui fournir les occasions de rayonner. Comme cela sera rafraîchissant en comparaison des pitreries de Pettigrew. Comme cela fera de la bonne télévision, la vertu en marche, lumineuse dans les lieux communs qui servent à transformer les appels à la tolérance en instruments de conquête.
Cela va être beau à voir, ce petit couple ratissant la bourgade pour préparer les esprits à la prochaine campagne électorale. S’approchant, le verbe mielleux et le ton compatissant, arpentant les symboles de la misère, glosant sur les signes de la détresse, ils nous feront de la pensée positive. Et nous serons d’avance prévenus : ceux qui oseront dénoncer la mascarade subiront l’opprobre. C’est entendu, les millions de solitudes ne veulent rien savoir du tribalisme. Le réconfort monarchique sera seul rassembleur. Et l’on peut d’avance parier que la vice-reine deviendra vite une virtuose du double langage pour ne pas brusquer Saskatoon.
La nomination de Michaëlle Jean vient confirmer la détermination de l’État canadian à mener une guerre idéologique sans merci. Une guerre dirigée contre le Québec mais dont les retombées positives se feront sentir au Canada qui trouve dans les sparages de gouverneur général matière à renforcement identitaire. C’est une des retombées du référendum de 1995. La transformation de la fonction de potiche vieillotte en agent de propagande vient compléter l’arsenal de riposte unitaire que l’État canadian a lancé au lendemain de la Grande Frousse. Elle complète le travail de sape de Patrimoine Canada, elle s’inscrit dans l’effort systématique de façonnement de l’opinion dont le scandale des commandites n’a donné qu’un vague aperçu.
Celle qui combattra les solitudes n’en restera pas moins la gardienne du plus puissant instrument d’enfermement que le Canada ait déployé contre notre peuple : la constitution imposée et illégitime. Michaëlle Jean personnifiera l’ordre canadian dans toute la grandiloquence sentencieuse que lui procure déjà le voisinage de la puissance et du pouvoir. La Gouverneure générale est une figure qui, dit-on à Ottawa, incarne les valeurs de l’État canadian. On aura compris que la légitimité de la négation de notre existence nationale en fait partie.
On aura compris aussi que le droit au bonheur des mercenaires est compatible avec les vertus familiales. Les Québécois, c’est bien connu, font partie de la grande famille canadian.

Separatism: Don't write it off yet
Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, October 3, 2005
Almost unanimous, English Canadian pundits are beside themselves with excitement: Quebec nationalism is dead! Dead, or quasi-dead, since lovely Michaëlle Jean said so.
This was, indeed, the subliminal message brought to English Canada by the new Governor-General, when she was understood to have proclaimed the end of the "two solitudes." It's not necessary to have read Hugh MacLennan's novel (which actually was about Montreal's linguistic and religious divide), to know what the expression means when it's applied to contemporary politics.
Unfortunately for those who believe in fairy tales, Quebec nationalism is livelier than ever. The audience for the new Governor-General's maiden speech was practically devoid of elected officials from Quebec, since the Bloc Québécois -- the party that incarnates Quebec's nationalist sentiment and, for 12 years, has represented a large majority of Quebeckers -- boycotted the ceremony (leader Gilles Duceppe and the party's whip paid a courtesy call, though).
Sovereigntist leaders cautiously abstained from criticizing Michaëlle Jean for accepting the job as the Queen's representative: There's a large Haitian community in Montreal and they want its votes. But they will not be dancing to Ms. Jean's sweet tune. And the latest polls, taken after Ms. Jean's nomination, show that support for sovereignty is climbing, now reaching 50 per cent.
Quebec nationalism is rooted in Canada's history, and one cannot obliterate history, even though the new Governor-General tried her best to do just that. In her speech, she implied that the existence of "two solitudes" was due to nothing more than a string of outdated and narrow grievances, erasing 450 years of history and 40 years of constitutional debates. Moreover, it was a denial of the fundamental duality of Canada, a country that is based on the union of the two founding peoples (the aboriginals were not part of the various arrangements and compromises that built modern Canada).
Listening to the Governor-General, a new immigrant would have wondered why French is an official language in Canada -- and he would have had the impression that Canada has been a British possession for 400 years. Her 25-minute speech was filled with her own personal stories but contained little of the history of the nation. Not a word about Nouvelle France, not even a word about Quebec as the homeland of what remains of the original French-speaking population. The G-G simply alluded to "the men and women" who "crossed the ocean" 400 years ago, without even mentioning where they came from.
Prime Minister Paul Martin wasn't more explicit. His own account of the country's history was contained in a single sentence, in which an unspecified group of "pioneers" were sandwiched between "the aboriginals" and "the immigrants," as if the contributions of the French and British settlers and their descendants had been minimal. It's one thing to recognize the role of our large, diversified immigrant population in redefining Canada in the 20th and 21st centuries, but it's another thing to minimize the role of those who spent 400 years building the foundations of the country.
I wouldn't expect a prime minister, let alone a governor-general, to recognize the "two nation" theory, something that is anathema to English Canadians. But there was no need to revisit history and hide the fact that Canada was also built by the French and their descendants.
Whether one believes in this archaic institution (I certainly don't), the installation of a governor-general is the most solemn event on Parliament Hill. There, words count. The Governor-General lost an opportunity to include in the ceremony the French Canadians as a people with a history of their own.
Ah, but of course, Ms. Jean had to be especially zealous in her embrace of Canada. There had been doubts cast on her (and especially her husband's) commitment to national unity. So perhaps her minders from the Prime Minister's Office told her to insist as much as possible on the themes that would please English Canadians. She certainly did.
lgagnon@lapresse.ca

G-G's actions even more impressive than her words
Norman Spector
The Globe and Mail Monday, October 3, 2005
Governor-General Michaëlle Jean's remarks about the "two solitudes" have attracted considerable attention, but outside Quebec they've been widely misconstrued. Far from declaring the problem resolved, her words were hortatory -- a challenge to bridge the two solitudes, as well as others.
Impeccably bilingual, with work experience on both sides of the linguistic divide, Ms. Jean is among that small group of Canadians who can appreciate the full dimension of the gap. While our values have been converging, we're living in separate worlds. And we've been growing further apart emotionally and culturally over the years.
Inside Quebec, sovereigntists were not so much riled by Ms. Jean's recognition of multiculturalism as by her use of the term "solitude." The prevailing view is that la belle province is a nation -- a French word that presents difficulties for anglo ears. In the Petit Larousse, it can signify ethnic nationalism -- which sovereigntists claim to have abandoned as old-fashioned and retrograde. Alternatively, it can reflect the seat that Canada fills at the UN, and that Quebec does not.
To their shame, nothing in the dictionary has dissuaded either the Prime Minister or the other party leaders from kow-towing to the view that Quebec is a nation anyway. Perhaps, in time, the Governor-General of Canada will come around to that view; in the meantime, she deserves high marks for straight talk.
That said, Michaëlle Jean's actions have been even more impressive than her words. In particular, renouncing her French citizenship on the eve of the installation was a bold statement in a Canada that seems not to have been offended when one of its leading novelists -- Yann Martel -- compared us to a hotel.
To be frank, I've long been ambivalent about dual citizenship. While serving in the Mideast as an ambassador, I found it troubling to have to send young consular officers into potentially dangerous areas to look after people who long ago had chosen another country over Canada. And I had little sympathy for those who had not paid Canadian taxes for most of their working lives but were interested in returning "home" in their waning years.
To be sure, an increasing number of Canadians will work abroad for part of their careers, and many will acquire a second or third passport. I also understand that many immigrants wish to retain their first citizenship after becoming Canadians.
Ms. Jean's situation was very different. No one much cares whether she still carries the Haitian citizenship with which she was born. However, contrary to initial reports, her French citizenship was not acquired automatically upon her marriage. It turned out that she had to make arduous efforts over a three-year period through the French consulate in Montreal.
Some Canadians take the position that citizenship is now mostly about better shopping or shorter airport waits. Others see the oath of citizenship as almost akin to marriage vows. Somewhere in the middle are those, like me, who felt it would be inappropriate for the "de facto head of state" (from which flows the role of commander-in-chief of the armed forces) to send even the slightest signal of divided loyalty.
Unfortunately, we've missed an opportunity to engage this important debate. In part, that's because Ms. Jean's decision to renounce her citizenship caught most Canadians, including the chattering classes, by surprise. Those who'd supported her appointment were already too heavily invested to give her the praise she deserved; those who opposed her citizenship decision likely bit their tongues.
Regrettably, the Prime Minister has not shown any leadership. The day of Ms. Jean's appointment, a smiling Paul Martin seemed to pop up everywhere. After she announced her decision, he was nowhere to be seen or heard.
When the controversy first broke, Scott Reid of the Prime Minister's Office told the Toronto Star that his boss had known about Ms. Jean's dual citizenship and "regarded it as a personal and family matter." One can only wonder what Mr. Martin thinks about the profound statement made by Ms. Jean in renouncing that citizenship.
As the controversy swirled, PMO spokespersons began to suggest that critics were engaging in "McCarthyite" tactics. After Ms. Jean did the right thing, Ottawa-based reporters accepted the officials' reluctance to speak on or off the record, and that was that.
nspector@globeandmail.ca

Lady Mi
Michel Venne
Le Devoir lundi 3 octobre 2005
Le vrai discours de Michaëlle Jean est contenu dans ses armoiries personnelles. L'écu est surmonté d'un coquillage et d'une chaîne brisée rappelant le Marron inconnu d'Albert Mangonès, monument conservé à Port-au-Prince représentant un esclave en fuite qui appelle au soulèvement. Célébration de la liberté, victoire de ses ancêtres contre l'esclavage.
De part et d'autre sont illustrées deux figures féminines incarnant la sagesse, la clairvoyance, la paix et le rôle joué par les femmes en faveur de la justice sociale.
Michaëlle Jean EST cette femme noire émancipée, libre, la preuve que «tous les possibles sont permis en ce pays». Ce qui lui arrive est «une étincelle d'espoir» de liberté et de reconnaissance pour toutes les femmes noires, celles qui ont réussi, mais qu'on célèbre trop peu, et celles qui restent exclues et qui pourraient voir en elle une chance que la lumière éclaire aussi leur vie. À ce titre, elle a déjà réussi.
J'étais, mardi dernier, à Rideau Hall, parmi les invités à la réception offerte par notre Lady Mi nationale, après son installation, en présence de sa famille, ses amis et d'ex-collègues dans une atmosphère chaleureuse et informelle. Il y avait donc, ce jour-là, un séparatiste à Rideau Hall. Honnêtement, je ne crois pas que j'étais le seul. Je ne parle pas ici de son mari Jean-Daniel Lafond qui s'expliquera lui-même de ses écrits et du communiqué annonçant que ni lui ni sa femme n'ont jamais adhéré à un parti ou à l'idéologie souverainiste.
Moi non plus, d'ailleurs, je n'ai jamais adhéré à un parti ou à l'idéologie souverainiste. Au parti pour des raisons professionnelles. À l'idéologie parce qu'à mes yeux la souveraineté du Québec n'est pas une idéologie. C'est un projet, un moyen, un statut, un objectif. La rhétorique ne fait pas mourir les sympathies passées du couple pour un mouvement national enraciné lui aussi dans la liberté, l'espoir et la justice.
Dans les jardins ensoleillés de la résidence officielle de Son Excellence, Madame Jean n'a plus évoqué les «deux solitudes» dont elle souhaitait, quelques heures plus tôt, la disparition.
En nous présentant ses armoiries, elle a plutôt évoqué son souhait de voir disparaître les nombreuses solitudes, élevées ici comme ailleurs sur des préjugés entraînant la haine, la discrimination et l'injustice.
L'institution de gouverneur général est pour elle un instrument pour «améliorer le monde qui nous entoure». Elle sera l'ambassadrice d'un humanisme nécessaire à notre époque, comme Lady Di a épousé efficacement des causes qui ont fait d'elle une princesse adulée.
Elle serait plus crédible, bien entendu, si elle avait été élue plutôt que nommée par un premier ministre aux prises avec l'un des pires scandales de l'histoire politique canadienne. Dans son discours au Sénat, Michaëlle a dit que «jamais il n'avait été aussi urgent d'assurer l'intégrité éthique» du Canada. Il est vrai que les libéraux nous ont entraînés bien bas.
Pour changer le monde, il faut plus que des bons sentiments dont était empreint son discours public. Paul Martin aussi s'élève contre les inégalités. Sauf que, durant la période où il a été ministre des Finances du gouvernement fédéral, la pauvreté s'est accrue au Canada, les inégalités entre riches et pauvres se sont aggravées, la fiscalité est devenue plus régressive, les droits de scolarité universitaires ont augmenté de manière vertigineuse, la médecine à deux vitesses est apparue. Pendant que ses navires baignaient dans les eaux d'un paradis fiscal.
Lady Mi est chef d'État. Il lui reste, je crois, à bien comprendre ce rôle. Les divergences d'interprétation de son discours sur les deux solitudes devraient l'instruire sur l'impact de ses paroles sur la compréhension du pays qu'elle gouverne symboliquement depuis une semaine. Par qui fut-elle encensée? Par ceux qui, au Canada anglais, font leur pain de chaque signe pouvant leur faire croire que l'aspiration nationale des Québécois est sur le point de s'évanouir. Pour eux, la seule façon de mettre fin aux deux solitudes est que l'une des deux s'assimile à l'autre.
Il n'est jamais venu à l'esprit des commentateurs canadiens-anglais que l'appel de Michaëlle pouvait aussi être une critique du multiculturalisme, qu'elle aurait déjà dénoncé publiquement comme une politique qui incite les uns et les autres à «rester chacun dans notre enclos», du moins d'après ce qu'en a rapporté le Canadian Jewish News.
Si Michaëlle veut contribuer à briser les solitudes, elle va devoir expliquer aux Canadiens le vrai sens de la quête de reconnaissance et de liberté qui anime le mouvement souverainiste du Québec. Celui-ci n'est pas fondé sur «l'étroitesse du chacun pour soi». Il est plutôt une manifestation du désir de «s'ouvrir enfin au monde entier», une autre ce ces «aventures singulières» que l'histoire du Canada nous inviterait à vivre.
Comme chef d'État et commandant en chef des armées, Mme Jean doit rester au-dessus de la mêlée partisane. Elle est la gardienne de la Constitution canadienne et pourrait devoir agir comme médiatrice, un jour, lors de négociations sur la sécession du Québec du reste du Canada. La Cour suprême a déclaré le mouvement souverainiste québécois légitime. La Constitution canadienne accepte la sécession d'une province.
Il se peut que la meilleure façon de briser les solitudes soit de leur reconnaître chacune un territoire pour ensuite tisser de nouveaux liens fondés non plus sur «nos blessures et nos différends», mais sur une reconnaissance mutuelle enfin bien comprise.

Era of two solitudes remains, Frulla says
Simon Tuck
The Globe and Mail Monday, October 3, 2005
Heritage Minister rejects assertion made by new G-G talks of referendum
Ottawa ONT - Heritage Minister Liza Frulla says she disagrees with Governor-General Michaëlle Jean's comment that the era of two solitudes in Canada is over, pointing out that another vote on Quebec independence could be held within a few years.
"If you ask me, Liza, is it finished? I'll say 'no,' " Ms. Frulla said on CTV's Question Period. If it was finished, "we wouldn't talk actually about a referendum in 2008," she said.
When she was sworn in last week as Canada's 27th Governor-General, Ms. Jean said the era of two solitudes -- francophone and anglophone -- doesn't reflect today's reality.
"The time of the two solitudes that for too long described the character of this country is past," she said. "The narrow notion of every person for himself does not belong in today's world, which demands that we learn to see beyond our wounds, beyond our differences for the good of all.
"Quite the contrary: We must eliminate the spectre of all the solitudes and promote solidarity among all the citizens who make up the Canada of today."
But Ms. Frulla, one of Prime Minister Paul Martin's key ministers in Quebec, also said she agrees with Ms. Jean in that it's time for Canadians "to stop quibbling" and work more closely together.
Ms. Frulla's comments, however, also reflect those made last week by one of the most visible leaders of Quebec's sovereignty movement.
"Concerning the two solitudes, I think the two solitudes will exist, or are still existing," Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe said.
Bloc MP Richard Marceau said he agrees with Ms. Frulla and called Ms. Jean's speech "the most ultra-federalist speech that we've heard in Ottawa since Pierre Trudeau."
Mr. Marceau said Ms. Jean's speech was not well-received in Quebec, but was the "best speech that [she] could have made" for sovereigntists.
"There's no place for middle-of-the-road Quebeckers who are nationalist but don't recognize themselves in that ultra-federalist speech," the MP said. "It's the best thing for us."
Ms. Jean's officials have said that bridging the divide between the two solitudes will be one of Ms. Jean's key objectives as Governor-General. Her new coat of arms includes the motto Briser Les Solitudes (Breaking Down Solitudes) and features two black mermaids blowing conch shells. The mermaids are supposed to symbolize the role played by women in the pursuit of social justice.
Much of Ms. Jean's speech last week emphasized the importance of looking ahead and trying to achieve social goals.
"We are at a turning point in the history of civilization, and more than ever before, our future rests on those who are forcing us to imagine the world of tomorrow," she said.
The governor-general represents the Queen as head of state in Canada's constitutional monarchy. He or she is commander of the armed forces and holds what are referred to as the great constitutional fire extinguishers.
Ms. Jean became the first governor-general appointed from Quebec in 21 years, since the late Jeanne Sauvé. Although she was born in Saskatchewan, Ms. Sauvé represented Quebec in the House of Commons.
The appointment of Ms. Jean, a former broadcaster in Quebec, was expected to provide a significant boost to Liberal fortunes in her home province. Although Liberals believe they may be able to win a majority in the coming federal election without significant electoral gains in Quebec, that province is again expected to be a key battleground.
The federal Liberals have expressed concern over increasing support for sovereignty and the failing fortunes of Quebec Liberal Premier Jean Charest's government. The party has also been hurt, particularly in Quebec, over the sponsorship scandal.

La ciguë du PQ
Michel David
Le Devoir samedi 1 octobre 2005
Ghislain Lebel a dit tout haut ce que les autres candidats craignent tout bas en déclarant au Devoir qu'à moins de nouvelles révélations sur le passé d'André Boisclair, la course à la succession de Bernard Landry est à toutes fins utiles terminée.
L'attaque en piqué de Richard Legendre, lors du débat de mercredi soir dernier, avait toutes les apparences d'un geste désespéré, sinon du baroud d'honneur. Dans l'espace médiatique, M. Legendre a peut-être ravi temporairement à Pauline Marois le statut de deuxième aspirant au titre, mais cela ne fragilise en rien la position du meneur.
La politique est un monde qui réserve bien des surprises, mais le phénomène du «Grand Pardon» provoqué par les révélations sur la consommation de cocaïne de M. Boisclair a fait perdre leurs repères habituels à ceux qui croyaient avoir tout vu.
Il est vrai que l'opinion publique semble parfois avoir des lubies. Entre les élections partielles de juin 2002 et le désastre du discours devant le Canadian Club de Toronto, la possibilité qu'il devienne premier ministre est apparue brièvement, mais on ne doutait pas vraiment que le bon sens finirait par l'emporter. De toute manière, l'ADQ n'était pas un véhicule suffisamment solide, tandis que le PQ est un instrument efficace, qui peut très bien permettre à M. Boisclair de réaliser ses ambitions.
Pour l'heure, ses adversaires s'avouent totalement confondus. Comment réagir de façon articulée à l'irrationnel pur? Selon les règles habituelles, des révélations de cette nature auraient dû être fatales à n'importe quel candidat, moins pour des raisons d'ordre moral qu'à cause du manque de jugement qu'elle traduisent et de l'incalculable risque politique que M. Boisclair fera courir au PQ et au mouvement souverainiste à compter du 16 novembre.
***
Là encore, M. Lebel s'est fait l'écho des inquiétudes de ses adversaires dans son entrevue au Devoir: «Les libéraux vont le ramasser là-dessus. Ils attendent leur heure». Sans parler d'Ottawa, qui possède des moyens d'investigation sans commune mesure avec ceux de la presse.
Les vétérans du PQ observent d'un oeil horrifié cette course vers l'abîme, en se demandant sans trop y croire si les membres du PQ auront, d'ici le 15 novembre, un sursaut de lucidité. Un ancien ministre évoquait même la tragédie de Jonestown, en Guyane, où 913 membres d'une secte, complètement subjugués par un chef dément, s'étaient suicidés en avalant un cocktail à base de cyanure le 18 novembre 1978. À l'en croire, les membres du PQ s'apprêtent à leur tour à avaler la ciguë.
En réalité, personne ne sait ce qu'ils pensent exactement. Aucun sondage n'a encore été effectué auprès des personnes dûment inscrites sur la liste des membres, dont les échantillons pris dans l'ensemble de la population, ou même chez les électeurs péquistes, ne peuvent prétendre refléter l'opinion avec certitude. Il réserverait peut-être de grosses surprises.
La politique est un monde où les rumeurs abondent et, en l'absence de preuves irréfutables, il est impossible de distinguer entre la vérité et la fabulation dans celles qui courent sur les squelettes que M. Boisclair cacherait encore dans ses placards. D'ailleurs, s'ils existent, rien n'assure qu'ils en sortiraient un jour. Bien des épées de Damoclès sont demeurées suspendues à jamais.
La possibilité de les voir surgir au pire moment hante néanmoins bien des esprits. Dimanche dernier, le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, a manifestement voulu sensibiliser les militants péquistes au fait que la consommation de cocaïne était «un acte à connotation criminelle» avant de battre en retraite prudemment. Apparemment, les nombreux députés du Bloc qui ont rejoint le camp Boisclair n'avaient pas beaucoup apprécié les remarques de leur chef.
Au PLQ, il semble que la perspective de voir M. Boisclair devenir chef ait mis fin, au moins temporairement, aux grognements de ceux qui estiment que leurs chances de réélection seraient bien meilleures avec Philippe Couillard.
Même si Paul Martin a démontré qu'il est possible de renverser un premier ministre, ce n'est pas une mince affaire. Les sondages demeurent toujours aussi inquiétants pour les libéraux, mais si la vulnérabilité de M. Boisclair permettait de faire l'économie d'un putsch contre Jean Charest, personne ne s'en plaindrait. Sinon, il sera toujours temps d'y repenser.
***
À moins que des faits nouveaux soient révélés, il est difficile d'imaginer comment la dynamique de la course pourrait changer d'ici le 15 novembre. Si besoin était, la formule retenue pour les débats entre les neuf candidats a très bien démontré ses limites lors des deux premiers affrontements.
Il faut d'ailleurs reconnaître que M. Boisclair a très bien adapté son plan de campagne aux circonstances. Pour chaque thème à débattre, il dévoile trois engagements qui ne sont pas susceptibles de créer une grande controverse, tout en étant suffisamment précis pour qu'il soit en mesure de se défendre de parler pour ne rien dire. Entre les débats, il s'adresse à des auditoires en principe favorables, dans les cégeps ou les universités, dont l'enthousiasme ne fait que confirmer l'impression d'un irrésistible élan.
Qu'elle ait été feinte ou non, sa scène d'indignation devant les journalistes, qui auraient prétendûment porté atteinte à son «intégrité physique», a porté des fruits. Les questions portant sur la cocaïne sont devenues rares et molles.
Pauline Marois est totalement coincée. Durant les débats, elle n'est jamais prise au dépourvu et ses interventions sont au moins aussi substantielles que celles de M. Boisclair. Condamnée à lui témoigner la plus grande courtoisie, sous peine d'être encore accusée de vouloir lui porter un coup bas, elle n'a pourtant droit qu'à quelques lignes perdues au milieu d'articles dont ses adversaires, même les plus marginaux, accaparent les premiers paragraphes.
Au congrès de juin, 76 % des délégués étaient prêts à renouveler leur confiance en un chef âgé de 68 ans. De douze ans sa cadette, Mme Marois est maintenant considérée comme une has been. Trop straight en plus. Elle doit parfois trouver que la politique est une chose bien ingrate.
mdavid@ledevoir.com

Un party qui ne lève pas
Lysiane Gagnon
La Presse samedi 1 octobre 2005
Comme un party que rien n'arrive à faire lever, la campagne au leadership du PQ est si terne qu'au débat de mercredi soir, le seul échange qui a produit un peu d'excitation a été un mini-duel avorté. M. Legendre a accusé M. Boisclair d'avoir mené, à l'Environnement, des politiques défavorables aux agriculteurs, mais la charge s'est piteusement dégonflée lorsque M. Boisclair a fait remarquer à son adversaire que la décision la plus controversée- le moratoire sur les méga-porcheries- en était une du Conseil des ministres dont M. Legendre faisait partie.
On voit mal, pour l'instant, ce qui pourrait pousser les péquistes à choisir M. Legendre comme solution de rechange à Mme Marois et à M. Boisclair. Il a beaucoup moins d'expérience (c'est un euphémisme) que Mme Marois, et beaucoup moins de charisme que M. Boisclair, et jusqu'ici ses prestations publiques n'ont rien fracassé.
On aurait pu s'attendre à ce que les quatre aspirants qui n'ont aucune chance de gagner- les Saint-André, Lebel, Dubuc et Paquette- mettent un peu de piquant dans le débat. Hélas! sauf Ghislain Lebel, qui a son franc-parler, ils se prennent tous très au sérieux, et leurs rares incartades relèvent de la pensée magique. Ainsi M. Saint-André, le " pur et dur " qui déclencherait une guerre civile en multipliant les " gestes de rupture " dès après une victoire électorale, ou Pierre Dubuc, qui rêve d'un TGV liant toutes les villes du Québec et qui souhaite qu'Ottawa fasse main basse sur les revenus pétroliers de l'Alberta (et que dirait-il si le fédéral faisait pareil avec les ressources hydroélectriques du Québec?).
Même les candidats les plus sérieux proposent souvent un peu n'importe quoi. Pauline Marois lance l'idée farfelue d'une alliance préélectorale entre l'ADQ et l'UMP. André Boisclair et Louis Bernard promettent étourdiment l'abolition des droits de scolarité dans les universités, et ce dernier s'engage imprudemment à organiser un référendum sur la souveraineté sitôt après une victoire électorale...
Et si les sondages étaient négatifs, se lancerait-il tête baissée dans cette aventure suicidaire? Même aujourd'hui, alors que l'idée de la souveraineté, assortie d'un beau partenariat rutilant, récolte autour de 50 % d'appuis, il n'y a que 15 % des électeurs (et moins du quart des électeurs péquistes!) qui veulent un référendum.
Bien qu'il ne récolte que des miettes dans les sondages, ce n'est pas sans raison que les médias, instinctivement, ont placé Louis Bernard parmi les " gros " candidats, au même titre que les trois anciens ministres. C'est que M. Bernard, un mandarin unanimement respecté dans la classe politique, les dépasse tous au chapitre de l'expérience et du sérieux.
D'accord, il n'est pas " électable ", il n'a ni l'image ni le charisme, mais c'est quand même lui qui parle le plus " vrai ", peut-être parce qu'il pas d'autre ambition que de faire l'indépendance. Quand il parle, on l'écoute. Il est le seul à avoir mis la pédale douce sur l'idée d'une déclaration unilatérale d'indépendance, le seul à avoir réfléchi à la façon dont il faudrait négocier avec le reste du Canada.
Lors du débat à Télé-Québec, il est le seul à avoir pu dire à M. Boisclair: " André, t'as pas assez d'expérience... " sans avoir l'air arrogant. Le seul, aussi- et cela c'est un record mondial-, à avoir réussi à faire taire Pauline Marois. " Attends ton tour, Pauline! ", dit-il d'autorité à sa collègue alors qu'elle coupait la parole à André Boisclair.
Cette course au leadership a un aspect surréaliste. Tous les candidats (sauf Louis Bernard) disent s'aligner pieusement sur le programme du parti, au moins en ce qui concerne l'accession à la souveraineté... mais ce programme est un objet volant non identifié.
Le programme amendé au congrès de juin n'a pas encore été publié, chose incroyable dans un parti qui a toujours été fort bien organisé au chapitre des communications. On allègue toutes sortes de raisons pour expliquer le retard: révision linguistique, consultation des présidents de comtés... Aucune de ces raisons ne tient la route. Le document n'a même pas cent pages. N'importe quelle bonne petite équipe de rédacteurs pourrait faire le travail de révision en deux ou trois jours.
Il y a quelque chose de louche dans cette affaire. Les autorités du parti ont-elles peur que les résolutions les plus irréalistes ne fassent ombrage aux débats sur le leadership et embarrassent les candidats? Chose certaine, cela ne fait pas sérieux.

Onze questions aux candidats péquistes
Françoise David et François Saillant, porte-parole d'Option citoyenne.
La Presse vendredi 30 septembre 2005
Option citoyenne aimerait savoir comment vous entendez jouer dès maintenant votre rôle de chef de l'Opposition officielle et quelle est votre vision d'un éventuel gouvernement péquiste
Madame, messieurs,
La course à la chefferie du PQ bat son plein. Depuis quelques mois, vous parlez surtout de souveraineté et de dates référendaires. À l'instar de nombreuses personnes, Option citoyenne aimerait maintenant savoir comment vous entendez jouer dès maintenant votre rôle de chef de l'Opposition officielle et quelle est votre vision d'un éventuel gouvernement péquiste. Car, s'il advenait que vous preniez le pouvoir dans quelques années, vous devrez gouverner de quelques mois à quelques années. Voici donc, en vrac, onze questions qui intéressent beaucoup de gens :
1) Le gouvernement Bouchard a baissé les impôts en 2000 ce qui a pour effet de susciter un manque à gagner de 3.5 milliards par année dans les coffres de l'État québécois. Le gouvernement Charest veut poursuivre dans cette voie. Pourtant, les baisses d'impôt profitent bien davantage aux contribuables riches qu'à la collectivité. L'État se prive des revenus nécessaires à la dispensation de services essentiels à toute la population. Vous engagez-vous à ne pas baisser les impôts, à faire en sorte que chacune et chacun paie sa juste part d'impôt, y compris les entreprises, et à considérer des mesures d'écofiscalité permettant à la fois de renflouer les coffres de l'État et d'atteindre un développement viable ?
2) Votre parti, lorsqu'il était au gouvernement, de 1994 à 2003, a indexé partiellement les prestations des personnes assistées sociales, leur a imposé le paiement partiel de leurs médicaments et a opéré de nombreuses coupures ayant pour effet d'appauvrir des personnes déjà pauvres. Si vous êtes élu chef, changerez-vous de cap et comment ?
3) Votre gouvernement imposé tardivement un moratoire sur la prolifération des mégaporcheries et a reculé devant la pression populaire dans le dossier des centrales hydroélectriques sur les rivières du Québec. Or le gouvernement Charest est décidé à construire des centrales hydroélectriques sur certaines des plus belles rivières du Québec. Quelle sera votre attitude dans le dossier de l'eau ? Prioriserez-vous le développement d'une agriculture durable qui nourrisse sainement les citoyens québécois plutôt que d'assouvir la faim des marchés internationaux ?
4) Le gouvernement Charest va de l'avant avec l'implantation d'éoliennes. Les régions exigent la mise en place de coopératives pour la construction et la gestion d'une partie des éoliennes. Plusieurs de nos concitoyens croient même que la société québécoise devrait gérer collectivement cette source d'énergie tout comme nous le faisons pour l'hydroélectricité. Quelle est votre position sur ce sujet et quelle place comptez-vous accorder à l'énergie éolienne dans l'ensemble de la production d'énergie, au Québec ?
5) Le gouvernement Charest veut prolonger l'autoroute 25 à Montréal et construire d'autres autoroutes alors que le Québec est pollué par un air de plus en plus vicié. Le recours intensif au camionnage détruit les routes et pollue l'atmosphère. Quelles mesures concrètes prendrez-vous pour soutenir le développement de transports collectifs et d'autres moyens que le camionnage pour faire le commerce des marchandises ?
6) Les travailleuses et travailleurs québécois sont souvent considérés par des employeurs sans scrupule comme du matériel utilisable n'importe quand, n'importe comment, et jetable à la première occasion. Une personne sur trois occupe un emploi atypique et plusieurs vivent dans la précarité et l'incertitude du lendemain. Si vous êtes élu chef du Parti Québécois, vous engagez-vous à proposer des solutions concrètes pour remédier à cette situation ?
7) Le gouvernement Charest a diminué les montants alloués à la francisation des personnes immigrantes. Vous avez décidé, lorsque vous étiez au pouvoir, de refuser aux nouveaux arrivants la carte d'assurance-maladie dès leur arrivée. Avez-vous l'intention de traiter enfin les personnes réfugiées et immigrantes en citoyens à part entière, en commençant par annuler cette décision malheureuse ?
8) Le présent gouvernement a opéré des fusions d'établissements (hôpitaux, CLSC, CHSLD) qui limitent largement les rôles de services de proximité et d'action communautaire joué par les CLSC depuis 30 ans. Ce gouvernement ne s'oppose pas à l'instauration d'un système d'assurances privées dont profiteront surtout les personnes qui ont les moyens de se payer cette assurance. On assiste à une opération charme pour justifier la présence accrue du privé dans la santé. Pourtant, beaucoup de recherches dans le domaine des politiques sociales, démontrent que le privé n'est une solution acceptable aux problèmes du système de santé, ni du point de vue de l'efficacité, ni de celui de la justice sociale,. Que proposez-vous pour améliorer l'état général de la santé de la population et pour rendre le système de santé plus accessible et efficace ?
9) Depuis la Marche mondiale des femmes en l'an 2000, le mouvement des femmes réclame la mise en place d'une campagne de sensibilisation sur les violences faites aux femmes. Combien faudra-t-il de Nathalie Simard, de filles Hilton, et de femmes tuées par des conjoints ou ex-conjoints pour que cette campagne voie le jour ? Vous engagez-vous à la réclamer ou à la mettre en place si vous deveniez Premier ministre ?
10) Le gouvernement péquiste voulait atteindre le déficit zéro dans les finances publiques. Il l'a fait, entre autres, en opérant des coupes importantes dans le personnel scolaire non enseignant. Il a ainsi abandonné beaucoup d'enfants aux prises avec des difficultés scolaires importantes. La situation ne s'est pas améliorée et le Québec compte encore des milliers d'enfants en détresse, souvent futurs décrocheurs scolaires. Quelles mesures concrètes entendez-vous prendre pour remédier à cette situation ?
11) Alors que votre gouvernement était au pouvoir, il a convoqué des états généraux sur les institutions démocratiques. Un millier de citoyennes et citoyens y ont réclamé un nouveau mode de scrutin faisant une large place à la proportionnelle. Le gouvernement Charest a déposé un avant-projet de loi qui n'est qu'un simulacre de scrutin proportionnel. Votre parti est bien silencieux dans ce dossier. Si vous êtes élu chef, appuierez-vous ces milliers de personnes, au Québec, qui réclament un mode de scrutin plus juste, reflétant réellement les différents courants d'opinion qui ont cours dans notre société ?

Des scandales et des chefs
Carole Beaulieu
L'Actualité, n° Vol: 30 No: 16, 15 octobre 2005
Les électeurs ne cherchent pas la perfection. Ils aiment leurs chefs avec leurs faiblesses... à certaines conditions.
François Mitterrand avait une fille illégitime. Thomas Jefferson - le Thomas Jefferson de la très inspirante Constitution des États-Unis - consommait de l'opium. (À cette époque, ce n'était pas illégal et on en connaissait moins les conséquences nocives qu'aujourd'hui.) Marion Barry a fait de la prison en 1990 pour consommation de crack et a tout de même été réélu maire de Washington quatre ans plus tard. Bill Clinton a menti sur ses aventures extraconjugales. Pourtant, au moment de la mise en accusation visant à le destituer, les sondages lui donnaient un meilleur score que celui dont jouit l'actuel président.
"Sa force, son charisme, ce qu'il apportait à la nation étaient perçus comme plus forts que ses écarts de conduite", dit le professeur Jon Hurwitz, corédacteur en chef de Political Behavior, périodique américain qui se spécialise dans l'analyse psychologique des comportements des politiciens et de leurs électeurs.
La réaction des électeurs à l'égard des scandales est un sujet d'études de plus en plus populaire. La revue de Jon Hurwitz publie fréquemment des recherches sur la question. Avec des conclusions assez constantes: le politicien peut survivre au "scandale" si d'autres traits de sa personnalité, jugés plus cruciaux, sont au rendez-vous. Et ces traits clés se ressemblent un peu partout, que les études aient été menées en Australie, aux États-Unis ou ailleurs: force morale, courage devant l'adversité, honnêteté, compétence, sociabilité, chaleur humaine, naturel, détermination, habileté politique.
Les traits qu'on considérera comme négatifs sont aussi souvent très semblables d'un endroit à l'autre: partout, on tiendra rigueur à un politicien d'être ennuyeux, morose, malhonnête, trop scrupuleux, naïf, maladroit, gaspilleur, inintelligent, sans envergure.
"Si la personne s'explique, donne tous les faits, accepte la responsabilité de ses actes, s'en excuse, paraît forte dans la tempête, elle peut même marquer des points", dit Jon Hurwitz.
Mais cette règle-là n'est pas absolue. Ainsi, selon le professeur, la plupart des journalistes américains en vue savent que les problèmes de toxicomanie du jeune George W. Bush n'étaient pas qu'une question d'alcool, mais aussi de drogues dures. Le président a toujours refusé d'en parler et les journalistes ont cessé de poser des questions. Ceux du Québec ne cesseront pas.
Trop de gens - jeunes, souverainistes, défenseurs des droits des minorités - ont mis en André Boisclair leur espoir d'un pays et d'un changement. Mieux vaut que la crise éclate maintenant plutôt qu'une fois Boisclair au pouvoir.
Il ne faut pas sous-estimer la fibre québécoise, qui aime se croire un peu bum... Ni l'envie de certains des plus vieux du parti de passer le flambeau à l'autre génération. Mais André Boisclair doit répondre à quelques questions de plus. Même si cela lui semble injuste et hypocrite. Même si cela contribuera sans doute à éloigner de la vie politique bien des gens intelligents que cela rebutera. S'il a l'étoffe d'un chef, il survivra. Dans le cas contraire, mieux vaut que ses militants le sachent maintenant.
André Boisclair est le premier homme ouvertement homosexuel qui aspire à devenir premier ministre du Québec. Il aurait dû savoir que ça ne se ferait pas sans mal. Si l'épreuve devait avoir raison de lui, les Québécois auraient alors à choisir entre deux candidats perçus comme "ennuyeux" et suscitant bien peu d'enthousiasme. À ennui égal, on se demande pourquoi ils choisiraient Richard Legendre plutôt que Pauline Marois.
La députée de Taillon a dirigé 11 ministères, certains névralgiques, dont le Conseil du Trésor. Sa nouvelle coupe de cheveux, sa garde-robe plus épurée atténuent l'image de riche dame patronnesse qu'elle a déjà projetée. Mais entre ça et l'électricité qu'a apportée dans la course un André Boisclair faisant du pied à un humoriste sur le plateau d'une émission de télé (comme on a pu le voir à la SRC un dimanche soir de septembre), il y a un monde. Que les électeurs perçoivent bien!
Encore faut-il qu'au-delà de l'électricité il y ait l'étoffe d'un chef.
Dans un cas comme dans l'autre, les chercheurs de Political Behavior auront trouvé un beau sujet d'études.

Better with coke
BENOIT AUBIN
Maclean's October 03, 2005
Why Quebecers love their gay, drug-snorting PQ leadership hopeful
He's got the looks of a matinee idol, a grin that could melt icebergs, and, at 39, in a political formation made up mostly of white-haired veterans, André Boisclair still passes for young. So what better than a little political striptease to sex up his campaign for the Parti Québécois leadership even more? At the onset, he admitted he is gay, and "proud of living in such a tolerant society." Two weeks ago, he went on Tout le monde en parle, the province's hippest talkshow, and admitted to having smoked pot.
Then André Boisclair discovered that playing with fire is a good way to get burned. Reporters began grilling him about his rumoured penchant for booze-fuelled, cocaine-driven all-night revelry. He finally admitted to "youthful errors," adding, "It's all behind me now."
No, it wasn't. Not yet.
First elected in 1989 at 23, Boisclair became a cabinet minister at 30 and was the opposition house leader when he quit in 2004 to go to Harvard. National Assembly reporters seemed to know Boisclair had used coke more recently, when in cabinet. "I don't think anyone had to leak it to us. We'd heard the rumours," a press gallery veteran says. "It's just that nobody felt the urge to hang out in after-hours gay bars to check them out at the time."
Boisclair was soon reminded how much the PQ -- which has turned on the likes of René Lévesque and Lucien Bouchard -- enjoys lunching on a frontrunner. "I have children of my own and I certainly don't want to see cocaine use become trivialized," said leadership candidate Richard Legendre. François Gendron, a veteran PQ minister, twisted the knife: "We had all heard the rumours. If there is anything else we should know, it's up to André to come forward."
By early last week, Boisclair looked frazzled and on the verge of a meltdown. Besieged by reporters, he finally conceded he had "consumed" while in cabinet. He insisted quite vehemently that he is clean now, and always had his wits about him while at work.
And then Boisclair discovered that road kill can indeed get back in the race, and more. A poll by Léger Marketing showed last Wednesday that despite, or perhaps because, of the ordeal, Boisclair's popularity had shot up, and that the eight other candidates in the Nov. 15 leadership race were eating his dust, with former finance minister Pauline Marois a distant second. The public had seen enough of the press hounding the candidate. "It is a very Catholic reflex: the sinner has confessed his sins, and should be forgiven," Yves Dupré, a Montreal communications expert, says. Journalists were dumbfounded; Boisclair's leadership opponents roped in their dogs before the first of seven candidates' debates last week.
Boisclair, described by a former schoolmate as "a Bourassa-style politician, no hard edge, all-options-open kind of guy," was able to pick himself up, and dance through last Wednesday's debate. A few barbs were traded during the tightly scripted exchange, which was confined to discussing public finances, but "personal" questions were banned. Boisclair promised to pay down the debt -- not a hot PQ priority.
Then, after a newspaper report revealed that the overwhelming majority of the 83,000 or so card-carrying PQ members are baby boomers contemplating retirement, or enjoying it already, Boisclair filled a building with 1,600 enthusiastic Université de Montréal students on Thursday, reportedly selling 300 new membership cards. So, Boisclair is shaken, but, apparently, still on his feet. "If he has no other skeleton in his closet, the race is probably over for Marois and the others," a veteran Liberal organizer says. "What we don't know yet is how big an 'if' that is."
Dupré, a veteran political organizer, warns that the Léger poll doesn't mean much in the long run. "People felt instant sympathy for a man on the ropes -- but in a leadership race or an election, people look for a winner, they don't vote for a victim."
Boisclair's burden now is to convince PQ members that a coke-snorting gay man just off the fast track can lead them to their Promised Land.

Une solidarité payante!
Gérard Bérubé
Le Devoir Samedi 1 octobre 2005
Sa contribution à l'économie québécoise est exemplaire avec 106 000 emplois maintenus, créés ou sauvegardés
Le Fonds de solidarité FTQ tient, aujourd'hui, sa 22e assemblée générale annuelle. Le bilan présenté aux 568 383 actionnaires fait ressortir une performance positive pendant cinq semestres consécutifs et un retour des rendements dans les 5 %.
Mais derrière ces chiffres, il y a cet autre résultat, soit ce cumul de quelque 106 000 emplois maintenus, créés ou sauvegardés, que l'on veut faire ressortir. Chez les hauts dirigeants de l'institution, on se dit particulièrement fiers d'une telle contribution à l'économie québécoise d'autant plus qu'elle a été réalisée dans un environnement concurrentiel difficile. L'on rappelle, ici, cette pression exercée par la Chine puis, bientôt, par l'Inde qui vient changer la donne et exacerber un problème de productivité, et ce, au moment où le capital dit de développement a perdu de gros joueurs au Québec.
Dans son allocution coiffée du titre «La solidarité, ça rapporte!» le p.-d.g. du Fonds de solidarité a précisé que le rendement global de 5 % réalisé au cours de l'exercice clos le 31 mai 2005 a été «supérieur à ce que nous avions prévu dans le contexte économique actuel, puisque nous avions évalué que ce rendement serait de 3 à 4 %». Ainsi, d'entrée de jeu, Pierre Genest souligne qu'au-delà d'une conjoncture économique en apparence saine, avec ses taux d'intérêt faibles et de bons taux d'emplois, «la compétition arrive de partout. Déjà que nous éprouvions, au Québec, un retard au chapitre de la productivité, voilà que nos entreprises partenaires doivent conjuguer avec ces nouveaux concurrents et leurs prix qui n'ont rien avoir avec l'expérience déjà vécue. Ça va prendre d'autres ajustements.»
La réflexion est engagée au Fonds. «Nous avons mis sur pied un comité mixte du conseil d'administration, avec pour mandat d'étudier le problème pas seulement en théorie, mais également sur le terrain. Car on ne peut pas toujours s'empêcher d'acheter là-bas, de faire là-bas, de manufacturer là-bas. Ce n'est plus possible.» Pierre Genest laisse cependant le gestionnaire de portefeuille en lui s'exprimer: «On a beau se tenir sur la défensive, dire de la concurrence chinoise qu'elle constitue une menace. Mais elle peut également offrir des occasions, représenter une opportunité. Pensons à ce qui s'est passé avec le libre-échange avec le Mexique.»
Le président du conseil du Fonds de solidarité renchérit. «Il va falloir avoir un débat là-dessus. Au Fonds mais aussi à la FTQ», a martelé Henri Massé. «On a beau demander à nos entreprises de résister, on ne pourra très longtemps éviter d'aller produire là-bas. Mais il y a un moyen, pour nos entreprises, d'investir en Chine et de sauver des emplois au Québec.» Sans le nommer, M. Massé donne l'exemple d'un fabricant de meubles qui n'a pas vu la Chine comme une catastrophe. Qui a plutôt joué la carte chinoise mais en renforçant également sa base québécoise, ce qui lui a permis de rapatrier une centaine d'emplois. L'effet net a été positif pour le Québec. «Mais il n'y a pas beaucoup d'entreprises qui se sont donné la peine de faire une telle réflexion. Regardez le textile, on a déjà perdu quelque 20 000 emplois», a-t-il déploré.
Cette réalité chinoise, en définitive récente, a servi de toile de fond ou constitué la trame d'un exercice financier des plus probants pour le Fonds de solidarité. Au cours de cette période de 12 mois terminée le 31 mai 2005, l'institution a dégagé un bénéfice net de 271 millions, comparativement à 247 millions pour l'exercice 2003-04, qui s'étendait sur 11 mois. Le rendement de 5 % renferme notamment un gain de 12 % réalisé sur le portefeuille d'obligations et d'actions et un rendement brut de 5,7 % dégagé sur les investissements privés (effectués dans des entreprises non cotées en Bourse).
Dans la foulée, la valeur de l'action, en hausse pour une deuxième année consécutive, s'est établie à 22,41 $. Et le rendement annuel moyen réalisé par le Fonds depuis ses débuts est passé à 4,9 %. Un rendement qui, par surcroît, en peut être dissocié des crédits d'impôt offerts au fédéral et à Québec.
Dans le volet régional, le rendement des investissements du réseau, composé de 45 fonds spécialisés, de 87 SOLIDE et de 16 fonds régionaux, a été de 10 % à la fin de leur exercice financier, soit le 31 mars dernier, «alors qu'on s'attendait à ce qu'il soit de l'ordre de 4,5 %. Les fonds régionaux ont investi dans 66 nouveaux projets en 2004-05, dont 49 contenaient de nouvelles entreprises partenaires», souligne M. Genest dans son allocution.
Au total, le Fonds a investi 492 millions dans 73 entreprises durant l'exercice, dépassant de 117 millions ses objectifs fixés en début d'exercice. Cette année, ce sera 400 millions. Au cumul, la juste valeur marchande dans les 2139 entreprises partenaires atteint les 2,5 milliards au 31 mai dernier, ce qui a permis de créer, de maintenir ou de sauvegarder 105 596 emplois.
Trop gros?
Autre chiffre particulièrement révélateur, l'actif net du Fonds de solidarité atteint les 6 milliards, répartis entre 568 3983 actionnaires. Le maximum de souscription autorisé pour l'exercice 2004-05, soit 700 millions, a été rapidement atteint, avec 404 millions provenant des retenues sur le salaire et des prélèvements bancaires automatiques. Cette année, le gouvernement n'a imposé aucune contrainte. Le plafond naturel, venant de cette cible fixant à 60 % la proportion du portefeuille dédiée aux investissements constituant la mission de l'institution, limitera toutefois le total des contributions à 625 millions.
Parlant de «déficit de la norme de 60 %», Pierre Genest estime que l'écart sera réduit progressivement. «Ça va prendre plusieurs années.» Victime de son succès? «Nous sommes rentables. Un rendement de 5 % nous amène 300 millions. Ajoutez les souscriptions de 700 millions, soustrayez les rachats de 256 millions, vous obtenez 750 millions à investir. À 60 %, cela fait 450 millions, auquel il faut ajouter le retard.»
Alors, trop gros le Fonds? «Disons que la notion de plafond a du sens», a reconnu le p.-d.g.. «Mais ce qui serait dangereux, ce serait de ne plus être en croissance.» M. Genest salue, au passage, l'élargissement longtemps attendu des balises d'investissement accordé dans le dernier budget du gouvernement québécois. «Cela fait du bien d'avoir un ministre des Finances [Michel Audet] qui vient des régions. D'avoir un ministre des Finances qui a été au Développement régional et qui a une idée ou un aperçu des difficultés de faire du développement économique régional.»
Les modifications apportées à la loi permettent au Fonds d'élargir ses possibilités d'investissement à des entreprises de plus grande taille. Et d'inclure deux nouveaux types d'investissement à son éventail de choix. Ici, il est question d'investissements liés à l'augmentation de la productivité dans les entreprises québécoises, et d'investissements hors-Québec, dans des entreprises et des fonds privés, comportant d'importantes retombées québécoises. Ces nouvelles mesures font faciliter l'atteinte du 60 %.
«On ne peut être trop gros», a renchéri Henri Massé. «N'oublions pas qu'une bonne partie du portefeuille est constituée de placements que nous ne roulons pas. On ne passe pas notre temps à acheter et à vendre. De plus, accompagner nos entreprises dans leur développement international, ça prend de l'argent. Enfin, et avant l'impact de la Chine, des investissements et réinvestissements importants en technologie ont été effectués afin de combler notre retard de productivité. D'ailleurs, nous avions rattrapé la moyenne canadienne avant que la concurrence chinoise ne se manifeste.»
Beaucoup reste encore à faire. Des investissements massifs devront être faits. Dans les technologies moins énergivores, dans les secteurs de la forêt, du vêtement, du textile, du meuble...
M. Massé insiste: «Les gouvernements, aux deux paliers, devront aider. Par des programmes plus dynamiques, par des mesures incitatives, par des subventions ou des partages du risque. À la FTQ, nous avons déjà réclamé des mesures temporaires, pour trois ans au moins, ce qui nous permettrait au moins de respirer, d'avoir de l'air frais.»
Pierre Genest défend, pour sa part, le fait que sans être à maturité, l'industrie du capital de risque ne se porte pas aussi bien qu'on le voudrait. Il a pointé en direction du repositionnement de la Caisse de dépôt, de la Société générale de financement et d'Innovatech, et rappelé l'augmentation constante de la part de marché du Fonds, qui oscille maintenant autour des 40 %.
«Il y a eu recentrage. Les grandes caisses ne sont plus dans les capitaux de démarrage, de risque ou de développement. Et au Québec, contrairement aux États-Unis ou en Europe, nous n'avons pas encore ces grandes richesses familiales, ces grandes fortunes.»
Mais la SGF revient, la Caisse agit autrement. Et il y a le Mouvement Desjardins, très présent en région, ou encore la Banque de développement du Canada, très active. Sans compter le retour de fonds privés américains, qui se fait depuis peu sous l'action du Fonds de solidarité, que l'on peut voir également multiplier les partenariats avec la Caisse. «Avec 40 % du marché, cela fait de nous un joueur incontournable». Surtout cette taille, et les nouvelles balises, «vont nous permettre d'amener plus d'entreprises à maturité».
Ce qui amène le Fonds sur une autre piste de réflexion. «Il fallait redevenir rentable et redresser le portefeuille. C'est fait. Cela fait deux ans et demi que nous sommes rentables. Il nous faut maintenant regarder en avant, se projeter dans l'avenir, dans les trois à cinq prochaines années.» Un comité réunissant une douzaine de personnes a été mis sur pied afin de faire le point «sur ce que nous sommes, sur ce que nous devrions être dans cinq ans et sur ce qu'il faut faire d'ici là». L'objectif? «Devenir le meilleur partenaire des entreprises. Être un partenaire à valeur ajoutée», a lancé Pierre Genest.

Déséquilibre fiscal: le mensonge
Alain Dubuc
La Presse samedi 1 octobre 2005
L'existence du déséquilibre fiscal a fourni aux ténors du Parti québécois de solides arguments pour dénoncer les dysfonctionnements du fédéralisme et mettre en valeur leur propre solution. Mais il les a également amenés à affirmer que la récupération de ce surplus donnerait à un Québec souverain une marge de manoeuvre significative. On connaît la formule: l'argent est à Ottawa, les besoins sont à Québec. Il suffit donc d'aller chercher ce magot pour régler nos problèmes.
Déjà, dans cette chronique, j'ai dénoncé les abus de cette démarche, qui amènent à faire croire que cette hypothétique marge de manoeuvre suffirait à tout régler, de la santé à l'éducation, en passant par le règlement des conventions collectives et le développement régional.
Mais il y a un autre vice, plus profond, dans le discours péquiste dominant. L'argent est peut-être à Ottawa, mais le hic, c'est que ce n'est pas le nôtre. Les surplus du fédéral ne proviennent pas du Québec, mais plutôt des trois provinces riches. Et si le Québec choisit l'indépendance, il est hors de question que nous puissions les récupérer. Le déséquilibre fiscal, c'est un concept qui n'a de sens que dans le cadre du fédéralisme.
J'ai montré hier, à partir des comptes économiques, que le fédéral enregistrait, en 2002, un surplus de 6,7 milliards. Mais le Québec, lui, est gagnant et retire 3,3 milliards de plus que ce qu'il verse en impôts. Ce sont l'Alberta, la Colombie-Britannique et surtout l'Ontario, en déficit de 21 milliards, qui financent la marge de manoeuvre fédérale.
Dans une logique canadienne, les provinces peuvent se battre pour mettre la main sur ce surplus, en comptant sur la philosophie de redistribution du fédéralisme. Le Québec, avec le quart de la population, peut réclamer le quart des fonds, quoique nous savons tous que le processus est lourd et le succès pas évident.
Mais ce qui est certainement un non sens, c'est de croire que la meilleure façon de récupérer nos billes serait de faire l'indépendance et de récupérer nos billes. Car ce ne sont pas nos billes. Il n'y a aucune espèce de possibilité qu'un Québec souverain mette la main sur des sommes qui proviennent des impôts des Albertains ou des Ontariens.
La marge de manoeuvre sur laquelle pourrait compter un Québec indépendant n'a rien à voir avec le déséquilibre fiscal et repose sur une toute autre dynamique. Le surplus de 17 milliards sur une période de cinq ans que promet l'étude de François Legault, repose essentiellement sur les économies que permettrait l'élimination des chevauchements, évaluées avec un grand optimisme à 2,7 milliards par année. Mais nulle part, dans ce document, on n'évoque la moindre récupération d'un quelconque surplus.
Est-ce bien clair quand on entend les leaders et les candidats péquistes, qu'il s'agit-là de choses séparées, que le déséquilibre fiscal et les surplus fédéraux n'existent que dans le cadre fédéral, que cet argent ne serait pas accessible après l'indépendance, que la marge de manoeuvre d'un Québec souverain dépend presque uniquement d'une difficile opération de restructuration et d'élimination des chevauchements? Absolument pas. François Legault, André Boisclair, Pauline Marois confondent allègrement les deux.
Commençons par François Legault qui, dans un texte publié la semaine dernière dans La Presse, associe clairement déséquilibre et souveraineté: " Le déséquilibre fiscal démontre le dysfonctionnement du système fédéral. L'argent est à Ottawa et les besoins à Québec. La souveraineté aurait pour effet de corriger ce déséquilibre et d'allouer les ressources fiscales là où les besoins se font sentir. Il s'agirait d'une évolution positive. À moins que l'on ne préfère que le gouvernement fédéral continue à engranger des surplus... "
Le candidat favori, André Boisclair, trace lui aussi un lien direct entre les milliards fédéraux et la souveraineté. " Je ne comprends pas pourquoi nous serions coincés alors que la solution existe: des milliards qui s'accumulent à Ottawa. M. Charest est en train de faire la démonstration que le Québec comme province n'est plus gérable. Il y a une autre voie et elle s'appelle la souveraineté du Québec. "
Madame Pauline Marois n'est pas en reste. " Les difficultés financières du gouvernement du Québec sont réelles. Elles illustrent l'impuissance grandissante qui sera celle de tous les gouvernements du Québec de l'avenir si nous restons dans ce régime. Cette impuissance du gouvernement provincial québécois se traduira de plus en plus par une incapacité à répondre aux besoins réels de nos concitoyens... Et pendant ce temps, Ottawa emmagasine des surplus faramineux qu'il dépense avec une indécente créativité. "
Même discours, même confusion. Elle tient probablement moins à de la malhonnêteté intellectuelle qu'à de la confusion mentale. Dans un climat de course au leadership dominé par la pensée magique, la première victime, c'est la logique des faits.
Adubuc@lapresse.ca

Who dares speak for Canada abroad? We do
Monique Gagnon-Tremblay is Quebec Minister of International Relations and Minister responsible for La Francophonie.
The Globe and Mail Monday, October 3, 2005
On Sept. 14, I laid out Quebec's proposal for its participation in international forums. At the same press conference, I also released a document that summarized Quebec's demands. This is the first time the government of Quebec has provided a detailed written proposal to play a role in Canadian delegations at international organizations.
The work of international organizations in this era of globalization has a direct impact on provincial jurisdictions. The responses of the provinces to the challenges confronting them are, more often than not, their sole responsibility. Their voice has become essential. They must be included in negotiations where decisions that have an impact on them are being made.
Increasingly, discussions take place in forums where only accredited, sovereign nations are admitted but where topics directly affecting the jurisdictions of other entities are debated. UNESCO, where matters of culture, education and identity are discussed, is a prime example, as is the World Health Organization, which deals with health issues, the International Labour Organization, which deals with labour issues, the OECD, which focuses on economic, infrastructure and heritage issues, and the UN Commission for Human Rights. All these forums try to offer solutions that only the provinces can provide since they involve provincial jurisdictions.
Let us make one thing very clear: The federal Parliament does not have exclusive jurisdiction in international relations. The Canadian Constitution is mute on the issue of shared jurisdiction in matters of international relations. Moreover, a ruling in the 1937 Labour Conventions case by the Judicial Committee of the Privy Council in London confirmed that the federal government could not implement international agreements in areas of provincial jurisdiction. Which is why it is essential to include the provinces in all negotiations.
Canada must recognize that the provinces have a role to play on the international stage by establishing a partnership that reflects the true nature of the Canadian federation. Prime Minister Paul Martin, moreover, made an opening in this direction during the last federal election campaign.
What does Quebec want? That, in response to the consensus of Quebec society, the government of Quebec defend its interests itself when its jurisdictions are involved, alongside the Canadian representatives, and according to clear, precise rules.
Quebec's demands can be summarized in five points:
1. Quebec must have access to all information and must be involved in helping plan the Canadian position before any negotiations.
2. Quebec must be a full member of Canadian delegations and must be solely responsible for appointing its own representatives.
3. Quebec must have the right to speak for itself at international forums when topics under its jurisdiction are being discussed.
4. Quebec's right to give its consent before Canada signs or declares that it is bound by a treaty or agreement must be recognized.
5. Quebec must have the right to present its positions at appearances by Canada before the arbitration bodies of international organizations when Quebec or its interests are at stake.
Lastly, insofar as UNESCO is concerned, Quebec wants the mandate of the Canadian Commission for UNESCO amended to give the government of Quebec sole responsibility for consulting Quebec civil society.
Some like to assume that Canada must speak with a single voice on the international stage and that this voice must be that of the federal government. Such an assumption is a misunderstanding of the very nature of the Canadian federation. The voice of Canada is also the voice of the provinces. Does allowing provinces to speak at international forums where topics affecting provincial budgets, standards or legislation are discussed dilute or weaken Canada's voice? Won't Canada's credibility be enhanced? Won't its image and influence be strengthened? Won't the other parties be convinced that its commitments will be respected? The truth of the matter is -- and everyone understands this -- that the visible, measurable effects will end up in the provinces' court.
Quebec's proposal has the merit of being clear, realistic and no threat to the Canadian federation. In fact, it is a logical step given that the rules in today's international context are changing. Canada's international influence depends on the ability of the federal government to adapt to this new environment and to make room for the provinces as full-fledged partners.

Quebec needs place at table
Monique Gagnon-Tremblay
The Gazette (Montreal) October 3, 2005 Monday
International forums; Province must be part of discussions that affect its jurisdiction
In this era of globalization, the work of international organizations has a direct impact on provincial jurisdictions. The provincial voice has become essential and must be included in the negotiations leading to decisions that affect provinces.
Increasingly, discussions take place in forums at which only accredited, sovereign nations are admitted. But the topics discussed at those forums directly affect other jurisdictions.
UNESCO, which deals with matters of culture, education and identity, is a prime example. As well, the World Health Organization, the International Labour Organization, the OECD, which focuses on economic, infrastructure and heritage issues, and the UN Commission for Human Rights all deal with matters that fall within provincial jurisdiction. All these forums try to offer solutions that only the provinces can provide.
Let us make one thing clear: The federal Parliament does not have exclusive jurisdiction in international relations. The Canadian constitution is mute on the issue of shared jurisdiction in matters of international relations. Moreover, a 1937 ruling on labour agreements by the Judicial Committee of the Privy Council in London confirmed the federal government can not implement international agreements in areas of provincial jurisdiction. That's why it is essential to include the provinces in all negotiations.
The federal government must recognize the provinces have a role to play on the international stage by establishing a partnership that reflects the true nature of the Canadian federation. Prime Minister Paul Martin offered changes in this direction during the last federal election campaign.
What does Quebec want? That the Quebec government defend its own interests when its jurisdictions are involved, alongside the Canadian representatives, according to clear, precise rules.
Quebec's demands can be summarized in five points:
Quebec must have access to all information and must be involved in helping plan the Canadian position prior to any negotiations.
Quebec must be a full member of Canadian delegations and must be appoint its own representatives.
Quebec must have the right to speak for itself at international forums when topics under its jurisdiction are being discussed.
Quebec's right to give its consent before Canada signs or declares that it is bound by a treaty or agreement must be recognized.
Quebec must have the right to present its positions at appearances by Canada before the arbitration bodies of international organizations when Quebec or its interests are at stake.
Lastly, insofar as UNESCO is concerned, Quebec wants the rules of the Canadian Commission for UNESCO amended to give the government of Quebec sole responsibility for consulting Quebec civil society.
Some argue that Canada must speak with a single voice on the international stage and that this voice must be that of the federal government. Such an assumption is a misunderstanding of the very nature of the Canadian federation. The voice of Canada is also the voice of the provinces.
Does allowing provinces to speak at international forums where topics affecting provincial budgets, standards or legislation are discussed dilute or weaken Canada's voice? Won't Canada's credibility be enhanced? Won't its image and influence be strengthened? Won't the other parties be convinced that its commitments will be respected? The truth of the matter is - and everyone understands this - that the visible, measurable effects will end up in the provinces' court.
Quebec's proposal has the merit of being clear, realistic and of no threat to the Canadian federation. In fact, it is a logical step given that the rules in today's international context are changing. Canada's international influence depends on the ability of the federal government to adapt to this new environment and to make room for the provinces as full-fledged partners.

Rencontre avec Monique Gagnon-Tremblay: Pettigrew fait baisser les attentes
Sylvain Larocque
Le Devoir lundi 3 octobre 2005
pc Ottawa - À quelques jours de sa réunion avec son homologue québécoise, Monique Gagnon-Tremblay, le ministre canadien des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, réduit les attentes quant à ce qu'il a à offrir.
Plus d'un an et demi après s'être engagé à le faire, M. Pettigrew rencontrera Mme Tremblay, vendredi à Montréal, afin de discuter de la place du Québec sur la scène internationale. Les ministres québécois et fédéral des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier et Lucienne Robillard, y seront également.
Dans l'entourage du ministre Pettigrew, on refuse toutefois de parler de «négociations», se contentant de qualifier l'exercice d'«échange de meilleures pratiques».
«Nous avons à coopérer, nous pouvons travailler ensemble: on l'a fait dans des dossiers comme ceux des droits de la personne et de la diversité culturelle», a déclaré Pierre Pettigrew en entrevue téléphonique à La Presse canadienne. «Alors on va regarder les meilleures pratiques que nous avons dans nos relations [...] et on va prendre les meilleurs exemples qu'on a de notre coopération avec les gouvernements des provinces, du Québec, et on va essayer de bâtir là-dessus», a-t-il précisé.
Quand il évoque les «bonnes pratiques», M. Pettigrew pense notamment à la possibilité pour le premier ministre Jean Charest de rencontrer des chefs d'État lors de leur passage au Québec. Il promet d'aller plus loin. «Je veux en arriver à mieux travailler avec les provinces, affirme-t-il. Je l'admets: lorsque les provinces veulent travailler sur la scène internationale, le réflexe bureaucratique d'Ottawa est de protéger la juridiction [des Affaires étrangères], qui est fédérale. Mais je veux moderniser nos pratiques.»
Une seule voix
Le hic, c'est que les revendications du gouvernement Charest sont bien plus grandes: Québec voudrait être consulté avant qu'Ottawa signe des traités internationaux et pouvoir exprimer son point de vue auprès de certaines organisations internationales, par exemple l'Organisation des Nations Unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).
Là-dessus, le gouvernement fédéral demeure vague, voire inflexible, même si le ministre Pettigrew se dit sensible à la «voix du Québec». «Le Canada doit parler d'une seule voix, martèle Pierre Pettigrew. Il faut le faire d'une façon qui soit intelligente, articulée et qui reflète bien l'ensemble d'un pays complexe.»
Sur la question des traités, Ottawa pourrait difficilement être plus intraitable. Pierre Pettigrew ne cache pas qu'il a contacté les conservateurs et les néo-démocrates pour s'assurer du rejet du projet de loi C-260, la semaine dernière. Le texte, présenté par le Bloc québécois, aurait contraint le fédéral à consulter les provinces avant de ratifier un traité international touchant aux compétences provinciales.
«Il est clair que le projet de loi ne tenait pas la route: il était pernicieux, soutient M. Pettigrew. [...] On est dans un pays qui doit pouvoir parler d'une voix cohérente et ce projet de loi donnait un droit de veto aux provinces dans le processus de ratification des traités internationaux.»
«Un tel veto aurait permis à l'Alberta d'empêcher le Canada et les Québécois d'adhérer au protocole de Kyoto, prétend-il. Ç'aurait été absolument irresponsable comme façon de procéder. [...] On n'a pas besoin d'un carcan législatif pour bien travailler.»

L'ÉTAT DU QUÉBEC DANS LE MONDE (1)
L'attachement singulier des Québécois aux "services publics"
Les chercheurs de l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP
Le Soleil octobre 2005
Quand on compare l'administration publique du Québec à celle des autres États fédérés ou à des pays occidentaux, comment se situe-t-elle ? Pour y répondre, les chercheurs de l'Observatoire de l'administration publique de l'ENAP poursuivront, au fil des semaines, leurs analyses de la situation, à l'invitation du journal LE SOLEIL. Ils se penchent aujourd'hui sur les services publics en France et en Angleterre.
Les "services publics" n'ont d'autre but, dans le respect de l'intérêt général, que de satisfaire les besoins, anciens ou nouveaux, de la population. Il n'est donc pas étonnant qu'ils soient de plus en plus au coeur du débat politique dans les démocraties. Au Québec, ils continuent de bénéficier d'un préjugé favorable de la part de la communauté dans son ensemble, citoyens, groupes et entreprises. Ainsi n'observe-t-on pas au Québec l'hostilité aux "services publics" ressentie parfois dans les pays limitrophes, partenaires ou concurrents. De ce point de vue, la société québécoise apparaît plus proche des sociétés continentales européennes que de ses voisines. Peut-on se référer aux visions britannique et française qui ont le plus influencé les réflexions institutionnelles et législatives québécoises pour expliquer ce singulier attachement des Québécois à leurs services publics ?
Le poids des mots
En Grande-Bretagne, le terme public services désigne les services associés à l'exercice des fonctions de l'État, produits par l'administration publique et financés par l'impôt. On y trouve par exemple l'éducation, le logement social, la police, la défense, les relations extérieures, la protection de l'environnement et... le recouvrement fiscal. En revanche, les services délivrés à travers un réseau d'infrastructures (chemin de fer, électricité, eau, télécommunications, etc.) sont désignés généralement par le terme public utilities. Bien que massivement privatisés depuis 1980 au Royaume-Uni, ils restent d'"intérêt public" car leur mission est d'offrir au public des services de qualité, moyennant une tarification directe adaptée. Aujourd'hui, la majorité des Britanniques ne se pose plus la question de la propriété, privée ou publique, de ces secteurs d'activité*.
Les citoyens attachent désormais beaucoup plus d'importance aux modalités (normes d'accessibilité, qualité des prestations, tarifs) de ces services ainsi qu'aux pouvoirs des instances chargées de leur régulation. Ces régulateurs (Office of Water Service, Strategic Rail Authority) sont devenus de véritables acteurs publics. Ils attirent l'attention du grand public sur les tarifs et la gestion des entreprises concernées puis décident des conditions de la prestation de services sur la base d'analyses économiques et après la tenue de consultations publiques. Malgré l'absence de tout sensationnalisme, ces débats ont éveillé l'intérêt des médias.
Il existe enfin au Royaume-Uni un sens à caractère institutionnel et éthique de l'expression public service. Il sert à distinguer les organisations et le personnel du secteur public. Il indique une façon de faire, sinon une façon d'être, à laquelle sont tenus tous les détenteurs d'une charge publique, notamment les fonctionnaires de l'État. Les standards élevés du public service ethics font l'objet d'un large consensus.
Un service public démiurge
En France, toutes les composantes de la société (citoyens, entreprises, partis politiques, médias, autorités publiques, fonctionnaires, etc.) emploient l'expression "service public" depuis plus d'un siècle pour désigner les diverses facettes des activités d'intérêt général qui sont, d'une manière ou d'une autre, prises en charge par l'État. La justice, la police, l'éducation, la prévention sanitaire sont donc des services publics, mais également le transport ferroviaire, la fourniture d'électricité, le transport aérien et les télécommunications.
Après le second conflit mondial, les Français ont choisi une voie intermédiaire entre l'économie administrée et le libéralisme. Ce choix reconnaissait les valeurs collectives, l'importance de l'État et l'attachement au concept de "service public." Celui-ci cimente aujourd'hui une coalition des forces sociales jusqu'à transcender les partis politiques, de droite ou de gauche, qui, notamment dans les débats européens, adoptent la même rectitude. Pour autant, cette notion de "service public" embrasse large. Elle amalgame en effet les missions et les finalités des services, mais aussi les structures des organisations, les droits exclusifs, les monopoles, les statuts particuliers du personnel, etc. Cette globalité est parfois source de tensions politiques ou sociales.
Au-delà des trois fondements de l'existence même des services publics français, à savoir l'accès égalitaire et juste aux biens et aux services pour chaque citoyen (lien social), la cohésion de la collectivité (bien commun) et les moyens financiers et organisationnels, il faut mettre en lumière un sous-ensemble que les gestionnaires publics français ont coutume d'appeler "services publics à caractère industriel et commercial."
Ce sont les utilities anglo-saxonnes, c'est-à-dire les activités des réseaux de transport, de communication, d'énergie, etc. Or, ces grands services publics nationaux, traditionnellement confiés, en France, à des entreprises publiques monopolistiques, sont aujourd'hui directement visés par les traités de l'Union européenne, soucieuse, concurrence oblige, de plus de transparence dans la gestion de ces entreprises.
Il existe en effet une sorte de compagnonnage entre les dirigeants de ces entreprises et ceux des ministères. Ils sont interchangeables car issus des mêmes écoles et adeptes du même style opaque de management bureaucratique. Devant le citoyen usager ou à l'entreprise privée (particulièrement les PME) orphelins de tous lieux publics pour s'exprimer, se dresse ainsi un véritable mur du secret administratif. Qui plus est, dans le cas de délégation de ces services publics à des entreprises privées sous contrat, pratiques très répandues à l'échelle locale (eau, assainissement, transport urbain), les citoyens se plaignent d'une confiscation de l'information et de la décision par, cette fois, les dirigeants des entreprises privées partenaires des pouvoirs publics. Ces derniers profitant, semble-t-il, de l'énorme déséquilibre d'expertise entre les grands groupes privés et la majorité des élus locaux des 37 000 communes (municipalités) françaises.
Des usagers décideurs et évaluateurs
Qu'importe la dénomination, "services d'intérêt général", "services publics" ou, plus récemment, "services universels", Britanniques et Français sont sommés de réfléchir à leur régulation, en particulier sous la pression de la construction européenne**. Grand absent jusqu'aux années 80 ou 90 (selon le pays) et l'apparition de certaines obligations qualitatives du service public, le citoyen s'invite à nouveau dans les processus des décisions publiques. Sa présence, timide, dans les conseils de "consommateurs de services" créés à la suite des privatisations des utilities en Grande-Bretagne et, malgré de nombreuses contraintes, auprès des autorités régulatrices des télécommunications en France, marque cependant son retour.
S'agissant de l'évaluation des services aux citoyens, les conceptions britanniques et françaises se différencient nettement. Le gouvernement du Royaume-Uni complète ses mécanismes d'évaluation (tenue du Panel national de la population (2002), audit de la coordination des services ministériels transformés en "agences exécutives", etc.) en les orientant sur la qualité des services rendus et la satisfaction de l'usager. Il est vrai que les citoyens britanniques peuvent s'appuyer sur la Charte du citoyen de 1992. À défaut d'un tel texte, le gouvernement français préfère une évaluation des politiques publiques centrée sur la pertinence des objectifs retenus et l'ampleur des ressources engagées.
Au chapitre des différences entre les deux conceptions qui ont inspiré les services publics québécois, on évoquera pour terminer le rôle des syndicats du secteur public. Traditionnellement, en France, les syndicats se posent en représentants des citoyens devant les décisions gouvernementales. Aspect très positif, cela les oblige à se sensibiliser aux besoins des usagers. Mais le paradoxe, du point de vue anglo-saxon, c'est que les syndicats ont, somme toute, le même intérêt que l'entité administrative qui emploie leurs membres. En Grande-Bretagne, une telle attitude des syndicats (défense et promotion des besoins des usagers) était rare dans le passé. Cette posture, plus fréquente aujourd'hui, suscite un débat de légitimité entre les groupes de citoyens, souvent très structurés, et les syndicats. Cette polémique reprend périodiquement de la vigueur car dans la tradition britannique, les syndicats doivent d'abord défendre les intérêts de leurs mandants, les personnels syndiqués, avant ceux des citoyens.
Le Québec puise aux deux sources
Fort logiquement, le "service public" québécois est nourri des pratiques que nous venons de décrire. On examine ainsi publiquement (en commissions parlementaires ou par d'autres mécanismes officiels de consultation ou de concertation) la finalité des politiques et des programmes publics, la qualité des services publics et leur quantité rendue accessible, l'efficacité et l'efficience de leur mode de production et de prestation, mais également les contrôles qui s'exercent sur ces produits. On relève toutefois que la couverture médiatique reste inégale. Les importants travaux de la Commission sur l'administration publique se déroulent par exemple dans l'indifférence générale.
Centrée sur la qualité des services aux citoyens, la Loi sur l'administration publique est en quelque sorte la charte qui encadre ces processus. Lors de son adoption en 2000, l'Assemblée nationale a prévu que l'évaluation, après cinq ans, de la mise en oeuvre de cette première loi globale sur l'administration publique québécoise ne devrait pas exclusivement relever du pouvoir exécutif. Au cours de l'automne 2005, les parlementaires dresseront donc un bilan exhaustif de sa mise en application.
* Dans ce contexte, certains analystes ont décrit le recours par un gouvernement travailliste aux "contrats de partenariat public-privé" (PPP) comme une néo-étatisation. Dans certains secteurs (entretien des infrastructures ferroviaires, distribution du gaz), les entreprises n'étant pas jugées à la hauteur des exigences d'un service d'intérêt public, cette forme contractuelle de cogestion conforterait la responsabilité de l'État dans le respect de la réglementation.
** Les concepts mis de l'avant par la Commission européenne : "service d'intérêt général", "service d'intérêt économique général" et "service universel", ce dernier visant à garantir un service minimum de la part des services publics marchands soumis à la concurrence, ont été repris dans le projet de Constitution pour tenter de prendre en compte la complexité des réalités nationales. Les Français (et les Hollandais) ont, comme on le sait, rejeté par référendum le texte qui leur était soumis.
Poids financier des services publics*
Grande-Bretagne / France / Québec / Autres pays européens (OCDE) / Moyenne tous pays de l'OCDE
Ratio des dépenses des programmes de services publics / PIB 35,55 % 44,98 % 36,27 % 37,90 % 35,77 %
Ratio des dépenses publiques totales / PIB 38,65 % 49,38 % 44,83 % 43,76 % 41,32 %
Recettes fiscales / PIB 35,80 % 44,30 % 37,90 % 38,82 % 36,30 %
Sources : Ocde, Perspectives Économiques No 75 Et Ministère Des Finances Du Québec Infographie Le Soleil

Essais québécois
Enquête sur un vol référendaire
Louis Cornellier
Le Devoir samedi 1 octobre 2005
La thèse selon laquelle le référendum de 1995 aurait été volé par l'establishment fédéraliste canadien ne m'a jamais vraiment convaincu et m'a toujours inspiré un malaise. Je reconnaissais que les forces fédéralistes avaient manqué de fair-play à certains égards, mais je considérais le résultat du vote comme plutôt légitime. Se plaindre, me disais-je, ne rimait à rien. Les souverainistes avaient perdu, de peu et élégamment bien sûr, mais la poursuite de la lutte démocratique valait mieux que les récriminations, en grande partie attribuables à leur compréhensible déception.
L'essai de Robin Philpot intitulé Le Référendum volé vient ébranler ma candeur démocratique. Enquête journalistique d'un genre un peu particulier en ce qu'elle se fonde, entre autres, sur des anecdotes glanées auprès de certains acteurs fédéralistes canadiens de cet épisode dramatique, cet ouvrage fait la preuve que la thèse du référendum volé n'est pas qu'une lubie de souverainiste frustré.
Dans cette affaire, écrit Philpot, le Canada s'est comporté en empire, comme lors du référendum terre-neuvien de 1948: «En cela, il est conséquent avec sa propre histoire. L'État canadien a utilisé tout son appareil, fait peser son pouvoir politique et financier, établi l'union sacrée des partis politiques, exercé la force d'intimidation de sa majorité, sollicité et canalisé l'argent de cette majorité et des grandes entreprises étatiques ou privées relevant de lui dans le but d'asservir une nation, le Québec, et d'assujettir l'Assemblée nationale du Québec.»
Ainsi, au mépris de la Loi sur la consultation populaire québécoise, les entreprises privées canadiennes ont été fortement mises à contribution, malgré ce qu'affirme John Rae, valet de Power Corporation et conseiller de Jean Chrétien. Casper Bloom, par exemple, président du Comité pour l'inscription des électeurs hors Québec, déclare à Philpot que son cabinet d'avocats, Ogilvy Renault, a continué de payer son salaire pendant qu'il se consacrait entièrement à retracer ces potentiels électeurs pour le NON, avec le concours de Postes Canada à Ottawa. Résultat: «Huit fois plus d'électeurs hors Québec ont voté le 30 octobre 1995 que 14 mois auparavant lors des élections québécoises. En effet, le total est de 11 717, ce qui se situe bien en deçà de la cible visée par Casper Bloom et son équipe. Il y a tout de même lieu de se poser des questions sur ces électeurs, dont près de 80 % ont voté NON.»
Que penser, de même, de l'opération mise sur pied par le gouvernement du Canada visant «l'octroi précipité de la citoyenneté canadienne»? Philpot constate: «En comparant le nombre annuel de naturalisations entre 1988 et 1998, qui était en moyenne de 21 733, au nombre de naturalisations pendant les deux années de pointe de 1994 et les 10 premiers mois de 1995, soit l'année de l'élection du Parti québécois et du référendum, Lisée montre que 42 375 personnes ont obtenu le droit de vote prématurément. En effet, il y a eu, en 1994 et 1995 respectivement, 40 500 et 43 850 naturalisations.» Inquiétant, surtout si on ajoute à ce chiffre les 50 000 personnes qui auraient voté sans détenir la carte d'assurance maladie du Québec, un cas beaucoup plus obscur cependant. Alliance Québec, au nom du camp du NON, en réplique à ces accusations, a lancé une poursuite contre le directeur général des élections du Québec, en prétextant le grand nombre de bulletins rejetés dans certaines circonscriptions. Un écran de fumée au financement occulte, selon Philpot.
Le mal nommé love-in
«J'ai toujours rejeté l'idée selon laquelle la question de la séparation du Québec puisse être décidée seulement par le peuple du Québec», écrit Brian Tobin, le Capitaine Canada, dans un aveu aux fondements démocratiques douteux. Il semble, en tout cas, ne pas être le seul à partager ce point de vue si on se fie au comportement de John Honderich, alors directeur du Toronto Star et ami d'Alain Dubuc, lors du référendum de 1995. «C'est quand même fort comme journalisme, se scandalise Philpot: The Toronto Star offre aux Cris du Québec une page de publicité gratuite dans le premier cahier de son journal du samedi [le 28 octobre 1995], qui propose la partition du Québec, et le lendemain il en fait un éditorial où il prétend que ce sont les Cris du Québec qui tirent des coups de semonce.»
Le même Honderich, d'ailleurs, nolisera dix autobus pour faire le voyage à Montréal afin de participer à ce que Philpot qualifie de «si mal nommé love-in». Tobin, pour sa part, dans le même but, sollicitera avec succès les plus grosses compagnies de transport canadiennes, au mépris le plus évident, encore une fois, de la loi référendaire québécoise. Ces gestes illégaux, en vertu de notre législation, ne seront jamais sanctionnés puisque «le 9 octobre 1997, la Cour suprême du Canada a invalidé des pans entiers de la Loi sur la consultation populaire». Édifiant! Surtout quand on ajoute à ce tableau de la guérilla fédéraliste postréférendaire le scandale des commandites et les aveux de Sheila Copps selon lesquels la mission du ministère du Patrimoine canadien est moins de soutenir les arts que de «bâtir le Canada». «Nous créons les programmes, eux, ils suivent l'argent!», déclare-t-elle à Philpot.
Vol, donc, il y aurait bel et bien eu, conclut l'essayiste, mais il ne suffit pas de s'en scandaliser. Il faut en tirer des leçons pour la prochaine fois. Leçon de volonté, bien sûr, mais aussi leçon de stratégie. Philpot suggère, entre autres, d'instaurer une carte d'électeur, de préparer le terrain pour une reconnaissance internationale élargie d'un Québec souverain et aussi de «se soustraire systématiquement et fermement à l'application de la Constitution canadienne de 1982».
Ses preuves sur le vol référendaire de 1995 sont peut-être anecdotiques, écrit-il un peu trop modestement, «mais comme le dit si bien Jane Jacobs, seules les anecdotes sont les véritables preuves parce qu'elles sont fondées sur des histoires vraies». Un chapitre de cet ouvrage, d'ailleurs, est consacré au témoignage de Jacobs, 89 ans, une des rares voix intellectuelles du Canada anglais à avoir flirté avec les souverainistes.
En septembre, Robin Philpot, lui-même Canadien anglais d'origine devenu Québécois en 1974, n'avait pas apprécié que je qualifie son ouvrage de pamphlet dans ma chronique de la rentrée. Il avait raison. Le Référendum volé est bel et bien une enquête, en partie anecdotique, mais toujours
percutante.
louiscornellier@parroinfo.net
LE RÉFÉRENDUM VOLÉ
Robin Philpot
Les Intouchables
Montréal, 2005, 208 pages

9 octobre 1970 - Un manifeste de 1,400 mots
Le Devoir samedi 1 octobre 2005
Le FLQ veut un Québec libre et uni, purgé de 'sa clique de requins voraces' Un manifeste politique du Front de libération du Québec en appelle à la révolution de tous les ouvriers québécois pour 'remplacer une société d'esclaves par une société libre...'
'Le Front de libération du Québec veut l'indépendance totale des Québécois, réunis dans une société libre et purgée à jamais de sa clique de requins voraces, les 'big boss' patronneux et leurs valets qui ont fait du Québec leur chasse gardée de cheap labor et de l'exploitation sans scrupules.'
Ce manifeste était cité dans les communiqués publiés par le FLQ depuis le rapt de M. James Richard Cross.
Parmi les conditions de sa libération posées par le FLQ, la publication du document, dans la presse et sur les ondes, figurait en première place.
Long de 1,400 mots, en français, le manifeste attaque pratiquement toutes les institutions existantes au Québec: l'Eglise, le gouvernement, les politiciens, le système judiciaire, les financiers, les hommes d'affaires, les grandes compagnies et leurs propriétaires anglophones et les établissements éducatifs.
Le texte est imprimé avec l'en-tête du FLQ, et, en exergue, le mot Manifeste. La première page porte en surimpression un dessin représentant un patriote de l'ère coloniale brandissant un fusil.
'Le Front de libération du Québec n'est pas un mouvement d'agression, mais la réponse à une agression, celle organisée par la haute finance par l'entremise de marionnettes des gouvernements fédéral et provincial, le show de la Brinks, le bill 63, la carte électorale, la taxe dite de 'progrès social', Power Corporation, l'assurance-médecins, les gars de Lapalme.'
Le document déclare qu'à un moment donné, les membres du FLQ avaient songé à soutenir le Parti québécois de M. René Lévesque. Le PQ prône un Québec indépendant lié par une union économique avec le reste du Canada.
A la suite de la victoire du Parti libéral aux élections provinciales du 29 avril dernier, le Parti québécois a remporté sept sièges sur 108 à l'Assemblée nationale.
'Nous avons cru un moment qu'il valait la peine de canaliser nos énergies, nos impatiences comme le dit si bien René Lévesque, dans le Parti québécois, mais la victoire libérale montre bien que ce qu'on appelle démocratie au Québec est en fait et depuis toujours la 'démocracy' des riches.
'La victoire du Parti libéral en ce sens n'est en fait que la victoire des faiseurs d'élections Simard-Cotroni. En conséquence, le parlementarisme britannique, c'est bien fini et le Front de libération du Québec ne se laissera jamais distraire par les miettes électorales que les capitalistes anglo-saxons lancent dans la basse-cour québécoise tous les quatre ans.' [...]
Affirmant alors qu'il est las des promesses d'emploi et de prospérité, le FLQ les rejette parce que: '... nous serons toujours les serviteurs assidus et les lèche-bottes des big-shot, tant qu'il y aura des Westmount, des Town of Mount-Royal, des Hampstead, des Outremont, tous ces véritables châteaux forts de la haute finance de la rue St-Jacques et Wall Street, tant que nous tous, Québécois, n'aurons pas chassé par tous les moyens, y compris la dynamite et les armes, ces big boss de l'économie et de la politique, prêts à toutes les bassesses, pour mieux nous fourrer.'
Pour le Front, les Québécois vivent dans une société terrorisée par la haute finance, les gouvernements et l'Eglise catholique: 'Nous sommes de plus en plus nombreux à connaître et à subir cette société terroriste et le jour s'en vient où tous les Westmount du Québec disparaîtront de la carte.
'Travailleurs de la production, des mines et des forêts, travailleurs des services, enseignants et étudiants, chômeurs, prenez ce qui vous appartient, votre travail, votre détermination et votre liberté. Et vous, les travailleurs de la General Electric, c'est vous qui faites fonctionner vos usines; vous seuls êtes capables de produire; sans vous, General Electric n'est rien.
'Travailleurs du Québec, [...] faites vous-mêmes votre révolution dans vos quartiers, dans vos milieux de travail. Et si vous ne le faites pas vous-mêmes, d'autres usurpateurs technocrates et autres viendront remplacer la poignée de fumeurs de cigares que nous connaissons maintenant et tout sera à refaire. Vous seuls êtes capables de bâtir une société libre.
'Il nous faut lutter, non plus un à un, mais en s'unissant, jusqu'à la victoire, avec tous les moyens que l'on possède comme l'ont fait les patriotes de 1837-1838, ceux que votre Sainte Mère l'Eglise s'est empressée d'excommunier pour mieux se vendre aux intérêts britanniques.'
Et le Manifeste du FLQ conclut: 'Notre lutte ne peut être que victorieuse. On ne tient pas longtemps dans la misère et le mépris un peuple en réveil.'

Diversité culturelle: dernière ligne droite à l'UNESCO: La confiance règne à Québec comme à Ottawa
Alec Castonguay
Le Devoir lundi 3 octobre 2005
Ottawa - L'offensive diplomatique américaine aura été d'une rare agressivité, particulièrement cet été, mais tout indique que cette tentative de torpiller le traité international sur la diversité culturelle sera un échec. Alors que s'ouvre aujourd'hui à Paris, au siège de l'UNESCO, la grande conférence qui réunit tous les deux ans les 190 pays membres de cette branche de l'ONU, les délégations du Canada et du Québec, appuyées par tout le gratin culturel du pays, ont bon espoir de faire adopter le texte final d'ici à trois semaines. Il s'agirait alors d'un important pas en avant pour soustraire l'industrie culturelle aux diktats de l'OMC et à l'intransigeance des accords commerciaux qui se multiplient. Ottawa et Québec pourraient alors ouvrir la première des deux bouteilles de champagne qui dorment au frais.
C'est donc le coup de départ final, la dernière ligne droite, après deux ans d'intenses négociations et de jeux de coulisses serrés. Le bloc de pays mené par le Canada, le Québec et la France est en voie de réaliser un objectif ambitieux qui semblait très lointain il y a à peine deux ans: donner à la culture un statut différent sur la scène mondiale, quitte à isoler les États-Unis et certains de leurs alliés, farouchement opposés à ce que les produits et services culturels ne soient plus considérés comme une simple marchandise, mais plutôt un domaine avec un caractère identitaire et social très fort.
Concrètement, cela veut dire que les pays signataires auront le droit d'élaborer une politique culturelle musclée avec, à la clé, des subventions, quotas et crédits d'impôt destinés à l'industrie culturelle, et ce, même si l'OMC décide du contraire. Car le traité sur la diversité culturelle ne sera pas subordonné aux autres accords commerciaux. Il sera aussi possible de mettre en oeuvre des mesures pour ralentir le rouleau compresseur des États-Unis en matière de biens et services culturels, eux qui exportent pour 80 milliards de dollars par année dans ce domaine. Le 20 octobre au plus tard, soit à la fin de la Conférence générale, il sera possible de savoir si cet audacieux pari aura passé l'étape de l'adoption du traité, qui doit être signé par 127 des 190 pays membres pour voir le jour.
Pour l'heure, la confiance est de mise, tant à Québec qu'à Ottawa. «Nous sommes d'un optimisme prudent, parce que le travail diplomatique n'est pas terminé, souligne au Devoir Line Beauchamp, ministre de la Culture et des Communications du Québec. Mais les signaux qu'on reçoit nous montrent un bloc de pays très important qui appuie le traité. C'est très encourageant.»
Les signaux positifs proviennent en partie du conseil exécutif de l'UNESCO, qui a recommandé jeudi dernier aux 190 pays membres, par 53 voix contre une (les États-Unis), d'adopter le traité sur la diversité culturelle lors de la conférence générale. «Rendu là, il s'agit d'aller chercher le plus grand nombre de pays possible, soutient Liza Frulla, ministre du Patrimoine canadien. Il faut être ferme et dire clairement qu'on ne veut pas rouvrir le texte. Il faut un dernier effort de lobbying, parce que ce n'est pas fini tant que ce n'est pas fini.»
Autre élément qui pointe en direction de l'adoption du traité, c'est le fait que trois pays indécis ont rejoint les rangs du bloc Canada-Québec-France cet été, à savoir le Chili, l'Argentine et la Turquie, ce qui porte le nombre de pays en faveur de la convention à 130 sur 190. Si ce bloc, qui regroupe notamment les poids lourds que sont l'Union européenne, la Russie, la Chine, l'Inde et le Brésil, garde le cap, c'est déjà suffisant pour que le traité passe la rampe. Seuls cinq pays y sont totalement opposés, soit les États-Unis, le Japon, l'Australie, la Nouvelle-Zélande et Israël, alors que les 55 autres pays, qui n'ont pas participé aux discussions et aux âpres négociations, ne sont toujours pas alignés.
Dans la société civile, les groupes d'artistes qui mènent la bataille sur le terrain sont eux aussi très confiants. «Ça sent bon», confie Robert Pilon, qui est vice-président exécutif de la Coalition pour la diversité culturelle, un organisme sans but lucratif canadien qui chapeaute 30 autres coalitions du même type dans autant de pays. Il était à Paris lors des négociations en juin dernier et a participé activement aux discussions, tant officielles que dans les corridors. «Il faut rester prudent, parce que les Américains peuvent tenter une manoeuvre de dernière minute, mais je suis très confiant, dit-il. Ça serait étonnant que le résultat soit complètement différent. Je pense bien que ça va passer.»
Réunion à Ottawa aujourd'hui
Mais pour ne pas prendre de risques, une réunion en haut lieu se déroule aujourd'hui à Ottawa, afin de peaufiner le plan d'attaque final et même de préparer l'après-signature du traité, alors que la campagne de ratification par les différents parlements prendra le devant de la scène. La ministre fédérale Liza Frulla et son homologue du Québec, Line Beauchamp, seront de cette rencontre, tout comme les ministres de la culture ou des représentants des gouvernements de l'Ontario, du Nouveau-Brunswick, du Manitoba, du Nunavut, de Terre-Neuve et de l'Alberta. Sans compter la très influente Coalition pour la diversité culturelle, avec à sa tête Robert Pilon et l'acteur Pierre Curzi.
Liza Frulla, qui sera à Paris dès le 13 octobre pour promouvoir la position canadienne en compagnie de Line Beauchamp, affirme que cette rencontre vise à «s'assurer que le texte qui sera livré au nom du Canada plaise à tout le monde». «On veut aussi clairement envoyer un message à l'UNESCO et montrer que le Canada est uni derrière ce traité», poursuit Line Beauchamp. La rencontre servira également de levier pour accentuer la pression sur le Conseil des ministres à Ottawa, puisque toutes les personnes présentes désirent que le Canada soit le premier pays à ratifier officiellement le traité, une fois les 127 signatures nécessaires apposées au bas de la convention.
Car, pour que ce traité ne termine pas son existence au «cimetière des nombreuses conventions qui ont vu le jour sans jamais entrer en vigueur, faute de ratifications suffisantes», comme le souligne Robert Pilon, au moins 30 pays doivent entériner l'accord avec un vote officiel de leur parlement. Or, au Canada, le système de ratification des traités internationaux est l'un des plus simples du monde, puisqu'il suffit au Conseil des ministres de se prononcer, sans obligation d'aller devant le Parlement. «La ratification, c'est fondamentale, sinon, ça reste juste un bout de papier, dit Robert Pilon. Et le Canada doit être le premier à le faire pour donner l'élan aux autres.»
Avec 127 signatures de pays en poche le 20 octobre, Ottawa et Québec pourront ouvrir leur première bouteille de champagne, pour fêter un combat mené à bout de bras sur la scène internationale depuis deux ans. Encore cet été, Robert Pilon, Liza Frulla et Line Beauchamp ont sillonné la planète pour solidifier les appuis. La victoire sera donc importante. Mais à la Coalition pour la diversité culturelle, on en est déjà à l'étape suivante, celle de la ratification. C'est la deuxième bouteille de champagne.
«Quand 30 pays auront ratifié l'accord, je vais ouvrir une demi-bouteille de champagne, parce que le traité aura force de loi internationale. Mais c'est sûr que, pour ouvrir l'autre demi-bouteille, je voudrais que 50 ou 60 pays, et même plus, ratifient le traité», dit Robert Pilon.

La Catalogne s'affirme face à Madrid
Barcelone : de notre envoyé spécial Patrick Bèle
LE FIGARO 1 octobre 2005
ESPAGNE - Le Parlement de Barcelone a adopté hier un projet de nouveau statut pour la Catalogne, qui renforcerait grandement l'autonomie de la région
«La Catalogne est une nation» : la phrase figure dans le préambule du nouveau statut que le Parlement catalan a approuvé à une écrasante majorité (120 voix sur 135), hier en séance plénière. Après maintes hésitations, les nationalistes de la CIU ont voté avec les trois partis de gauche au pouvoir à Barcelone. Seul le Parti populaire (PP) a voté non. Ce projet est le résultat de plus de vingt mois de tractations. Il réforme le statut de 1979, élaboré lors du retour de la démocratie en Espagne. Le projet doit maintenant être approuvé à la majorité simple aux Cortes à Madrid, qui peut l'amender, et revenir pour être soumis à référendum en Catalogne.
Si le processus d'adoption va jusqu'à son terme, le texte renforcera considérablement l'autonomie de la Catalogne. Le fisc catalan devra alors collecter l'ensemble des impôts et en reverser une quote-part à Madrid. Les transferts de responsabilités de Madrid à la Generalitat catalane concernent un grand nombre de domaines : pouvoirs de police, politique migratoire, prisons, relations avec Bruxelles, etc.
L'autosatisfaction dominait hier au Parlement catalan. Les députés d'ERC (gauche nationaliste) ironisaient : «Nous avons pris les clés de la Letamendi (l'hôtel des impôts de Barcelone).» Ceux de la CIU (droite nationaliste) avaient l'imagination plus alimentaire : «Madrid se réservait le gâteau, maintenant c'est nous qui le garderons.» Les orateurs de chaque parti rivalisaient d'éloquence, à la tribune, sur un registre lyrique : «Nous voulons une Espagne fraternelle et fédérale, dans le respect de la pluralité et de la liberté», déclarait Maria del Madre, députée du Parti socialiste catalan. «Ce statut permet la reconnaissance de la plurinationalité de l'Espagne», affirmait Joan Saura, du parti de la gauche écologiste ICV.
Josep Pique, chef du Parti populaire catalan, n'a pas réussi à refroidir l'ambiance en rappelant que le texte comprenait de nombreux points dont la constitutionnalité était contestable. A Madrid, le nouveau statut est loin de soulever le même enthousiasme, que ce soit à la présidence du gouvernement socialiste de José Luis Rodriguez Zapatero, au Parti socialiste (PSOE) ou au Parti populaire (opposition). «Tout le monde est conscient que ce texte ne pourra être approuvé par le Parlement espagnol sans de profondes modifications», affirmait une source gouvernementale en soulevant «l'énorme préoccupation» que suscite le texte concocté à Barcelone. Le groupe socialiste au Parlement se préparerait à présenter des «dizaines d'amendements» pour rendre le statut compatible avec la Constitution. Tentant de calmer le jeu, Maria Teresa Fernandez de la Vega, «numéro deux» du gouvernement espagnol, a estimé que «nous sommes dans un processus normal de réforme d'un statut régional qui mérite d'écouter, de respecter et de négocier, mais en aucun cas de réformer la Constitution espagnole». Le chef du Parti populaire (PP), Mariano Rajoy, a déclaré que le statut se situait en rupture avec «l'esprit de la transition démocratique et de la Constitution de 1978». Il a solennellement appelé les députés socialistes à s'associer aux députés PP pour s'opposer au texte quand il sera examiné au Parlement espagnol. «Je n'attends rien du président du gouvernement (Zapatero), explique-t-il, mais j'espère que le bon sens des députés du PESOE empêchera ce qui peut être mortel pour la Catalogne et pour l'Espagne.»
Le Parti populaire a estimé hier que ce statut équivalait à une réforme de la Constitution et devait être examiné comme tel par les Cortes.
La Conférence épiscopale espagnole (CEE), autorité respectée en Espagne, s'est, elle aussi, prononcée contre le nouveau statut. L'article 21, affirmant la laïcité de l'enseignement public, indispose l'Eglise. Cette disposition prohibe l'enseignement religieux pendant les heures d'enseignement dans les écoles publiques. «Nous sommes en total désaccord avec cette disposition», a martelé le porte-parole des évêques, Juan Antonio Martinez Camino.
Mais rien ne pouvait, hier, entamer l'optimisme du président socialiste de la Generalitat de Catalogne, Pasqual Maragall. Il a souhaité «bon vent à la nouvelle Catalogne» et salué «l'esprit de dialogue de tous» avant d'entonner l'hymne catalan avec l'ensemble des parlementaires.

Un Lac Meech en Espagne
François Brousseau, chroniqueur et affectateur responsable de l'information internationale à la radio de Radio-Canada.
Le Devoir lundi 3 octobre 2005
«La Catalogne est une nation.» C'est autour de cette déclaration fondamentale - évidence pour les uns, sacrilège pour les autres - que la politique en Espagne va se jouer, au cours des prochaines semaines...
Il est regrettable que l'attention des médias québécois soit à peu près nulle sur ce qui se passe, en Espagne, entre le pouvoir central et les nations autonomes de ce pays. Non seulement les similitudes y abondent avec la relation Québec-Canada, mais Madrid, le Pays basque et la Catalogne sont peut-être, à l'étranger, les endroits où l'on suit le mieux, et avec le plus de compétence, les aléas de la politique québéco-canadienne...
En 2003 et 2004, le président du Pays basque, le nationaliste modéré Juan José Ibarretxe - aucun rapport avec les terroristes de l'ETA - avait présenté et défendu un plan qui visait à donner aux Basques un statut d'«État libre associé» avec l'Espagne et l'Europe. Ce texte se référait explicitement au concept de «souveraineté-association» du Parti québécois. Ibarretxe lui-même a déclaré plus d'une fois que les nationalistes québécois représentaient pour lui une inspiration.
Idem pour la Catalogne, dont les lois linguistiques des années 80 avaient été précédées d'une étude intensive de la loi 101, avec envoi de délégations, copieux rapports et grosse couverture de presse...
Encore tout récemment, en 2003, en plein débat sur le «plan Ibarretxe», le grand quotidien El País publiait une longue série d'articles factuels, étonnamment détaillés, sur le Québec et le Canada, destinés à éclairer le débat espagnol. Chose qu'on n'a pas vue depuis fort longtemps dans des quotidiens américains ou français...
Depuis la défaite, en mars 2004, du Parti populaire (post-franquiste) de José María Aznar, aux mains des socialistes du PSOE de José Luis Zapatero, la discussion a repris sur «l'Espagne plurinationale».
La droite, au pouvoir de 1996 à 2004 à Madrid, était dogmatiquement hostile à toute discussion sur la décentralisation. Elle estimait que les dispositions de 1979-1983 sur les «autonomies» - c'est ainsi qu'on appelle, en Espagne, les provinces ou États constitutifs - allaient déjà trop loin à son goût...
Ce qui ne veut pas dire que le gouvernement Zapatero soit décentralisateur à tout crin... Par exemple, après son adoption par le Parlement basque, le «plan Ibarretxe» s'est heurté, en février 2005, à un veto du pouvoir central de Madrid, même passé aux mains de la gauche.
Vendredi à Barcelone, les partis politiques ont voté, à la quasi-unanimité, un texte fondamental - une espèce de Constitution catalane - qui vise à redéfinir la relation entre la Catalogne et l'Espagne, pays de facto «fédéral»... mais sans le nom.
Il y est question, dès le préambule, d'une «nation» catalane, ouverte sur le monde et exerçant en toute liberté son droit à l'autodétermination... Mais aussi, de thèmes étrangement familiers comme le partage des compétences (la Catalogne réclame un rapatriement des pouvoirs judiciaires), les taxes et impôts (Barcelone veut percevoir la totalité des impôts, quitte à en remettre une partie au pouvoir central), la laïcisation totale de l'État (non achevée en Espagne), etc.
Dans les domaines de l'éducation, de l'aménagement linguistique et des relations internationales, la Catalogne jouit déjà de larges pouvoirs, dans certains cas égaux ou supérieurs à ceux d'une province canadienne. Mais, apparemment, ça ne suffit pas...
Lors du débat de vendredi, le leader de la Gauche républicaine (parti indépendantiste, partenaire minoritaire de la coalition au pouvoir dominée par le Parti socialiste catalan) a lancé: «La Catalogne n'est pas une autonomie parmi d'autres! La Catalogne est une nation! Vive la Catalogne libre!»
Mais le consensus des derniers jours à Barcelone n'est pas majoritairement séparatiste; il serait plutôt en faveur d'une super-autonomie. Remarquable est le ralliement, à cette Magna Carta catalane, de tous les députés (ils sont 135) y compris ceux de l'opposition, à l'exception des 15 du Parti populaire de droite... Ce même parti dont le grand frère «pan-espagnol» avait été chassé du pouvoir à Madrid, en mars 2004.
Tout cela a permis au quotidien El País, de tendance éditoriale plutôt centralisatrice - mais réputé équitable dans son traitement des autonomies - d'écrire non sans une pointe paternaliste: «La famille catalane se réunit enfin.» Allusion aux fréquentes querelles entre nationalistes... Ce week-end, des journaux barcelonais comme La Vanguardia, nationaliste modéré, ou El Periódico de Catalunya, plus autonomiste, semblaient tous au diapason, saluant «un moment historique pour la Catalogne».
La grande inconnue reste l'accueil qui sera réservé à ce grand projet par Madrid. Zapatero, dont la réaction initiale a été modérée, devra affronter son aile centralisatrice. Quant à l'opposition du Parti populaire, elle est claire: «Ce projet est un affront, une folie! Tel quel, il signifie la fin du pays et le triomphe des séparatistes», a lancé, depuis sa retraite politique, l'ancien premier ministre Aznar.
Air connu, disions-nous... Et maintenant, peut-être un bon Lac Meech à l'espagnole?

Mission Québec en Chine: L'heure des bilans pour les entreprises
Daphnée Dion-Viens
Le Soleil samedi 1 octobre 2005
NDLR - La mission économique du premier ministre Jean Charest en Chine a pris fin cette semaine. Parmi la centaine de représentants du milieu des affaires qui y ont participé, une vingtaine provenait des régions de la capitale et de l'Est du Québec. LE SOLEIL a joint le plus grand nombre possible d'entreprises et d'institutions de son territoire afin de faire le bilan de ce périple. Tour d'horizon de ce qu'elles ont récolté.
Quelques ententes, beaucoup d'espoir, mais peu de retombées économiques concrètes : voilà ce que rapportent les entreprises de la région de leur séjour en Chine. Sans oublier une meilleure compréhension du marché chinois et des opportunités qu'il peut représenter pour le Québec.
S'il s'agissait d'un premier séjour pour certains participants, plusieurs n'en étaient pas à leur premier contact avec ce pays de 1,3 milliard d'habitants. C'est pour ces entrepreneurs que la mission a été la plus fructueuse.
C'est le cas de la firme Norbati, spécialisée dans le domaine du bâtiment. Sa participation à Mission Québec lui a permis d'accélérer la conclusion d'une entente qui était en négociation depuis un an : la réalisation d'une étude, pour le compte du ministère chinois de la Construction, afin de développer un modèle de résidence pour personnes âgées.
"C'est un projet qui a beaucoup de potentiel, parce que les besoins sont énormes. Si notre modèle est accepté, il permettra d'introduire en Chine nos technologies québécoises. Les possibilités d'exportation de ressources sont excellentes", a affirmé le président de Norbati, Trân Triêu Quân, joint plus tôt cette semaine par LE SOLEIL à Shangai. La firme basée à Sainte-Foy est la seule qui a été mandatée par le gouvernement chinois pour proposer un tel modèle de bâtiment.
Pour Madelipêche, une entreprise de transformation du poisson, les choses se sont déroulées beaucoup plus rapidement. Une entente visant la création d'un coentreprise a été conclue à Shangai en... deux jours. Il faut dire que l'entreprise était déjà présente en Chine, où elle fait la transformation du loup marin depuis 2003.
Ce partenariat avec China National Agricultural Developement Group (CNADG) permettra à Madelipêche d'assurer l'approvisionnement de son usine des Îles-de-la-Madeleine et d'avoir accès au marché asiatique. Les produits de la CNADG seront quant à eux distribués en Amérique du Nord. "Tout s'est déroulé au-delà de nos espérances", a indiqué Paul Boudreau, directeur de Madelipêche.
Prospection
Mais les participants qui reviennent avec des contrats en poche sont rares. Dans la majorité des cas, la mission a plutôt permis aux entreprises de la région d'entreprendre des démarches exploratoires et de démarrer de nouveaux projets.
Ubisoft, par exemple, veut mettre sur pied un campus de formation en jeux vidéo en Chine, à l'image de celui qui existe déjà au Québec. "On est sur la bonne voie", explique Martin Carrier, vice-président communications et affaires corporatives d'Ubisoft Canada, qui a rencontré plusieurs représentants d'universités chinoises. "Les besoins en formation sont très grands et un tel campus peut contribuer à notre croissance", ajoute-t-il. Le projet pourrait se concrétiser dès l'an prochain, selon Ubisoft.
Pour IPL, fabricant de plastique de Chaudière-Appalaches, il s'agissait de continuer les démarche déjà amorcées. L'entreprise lorgne depuis quelques années du côté de la Chine afin de diminuer ses coûts de production. Des moules de plastique y ont été réalisés pour IPL, mais il reste à en accroître la qualité.
C'est ce à quoi travaille Luc Métivier, membre du comité exécutif d'IPL : "La Chine représente un potentiel énorme. Elle peut nous permettre d'augmenter nos ventes sans pour autant fermer nos usines au Québec", estime-t-il.
Comprendre le marché chinois
La mission a aussi été l'occasion pour d'autres entreprises comme Aliments Asta (de Saint-Alexandre de Kamouraska) ou Spécialité hydraulique Côte-Nord de rencontrer des clients potentiels et de se familiariser avec une nouvelle réalité économique.
Car il reste encore beaucoup à faire. "Les entrepreneurs québécois ne connaissent pas assez bien le marché de la Chine", estime le chercheur chinois Tony Zhang. Depuis 1997, M. Zhang travaille pour Forintek, un institut de recherche sur les produits du bois, afin de faire le pont entre la Chine et l'industrie leurs fruits cette semaine puisque le ministre du Développement économique, Claude Béchard, a signé un accord de principe visant à ouvrir de nouveaux marchés pour le bois québécois à Shangai Forintek a aussi été impliquée dans le développement d'une maison hybride, faite de béton et de bois, qui a été conçue spécifiquement pour le marché chinois. Elle a été inaugurée mardi dernier dans la métropole économique.
Mais peu importe la récolte, les participants s'entendent sur un point : l'importance de telles missions gouvernementales. Elle aura par exemple permis à M. Trân, qui en est à sa cinquième visite en Chine, d'obtenir des rencontres auprès de hauts représentants du gouvernement auxquels il n'aurait pas eu accès autrement. "Ici, tout passe par le gouvernement. Alors d'y venir accompagné du premier ministre, ça fait une énorme différence", dit-il. La dernière mission du gouvernement québécois en Chine était celle de Lucien Bouchard en 1997.
Mais il faut aussi être réaliste, ajoute le président de Norbati. "On ne peut pas espérer conclure de grandes ententes si on n'y a pas travaillé d'abord. C'est du travail à long terme et la Chine est déjà très courtisée."
Avec une croissance annuelle de son PIB de 9 %, la Chine est la deuxième puissance économique mondiale derrière les États-Unis.
DDViens@lesoleil.com
NORBATI CONSULTANTS TRÂN & ASSOCIÉS
Firme basée à Québec spécialisée dans le domaine des normes du bâtiment
- Nature de l'entente : réalisation d'une étude en vue de développer un modèle de résidence pour personnes âgées.
- Partenaire : ministère chinois de la Construction
- Échéance : de 9 à 12 mois
- Retombées potentielles : si le modèle est accepté, possibilité d'exportation de ressources québécoises (comme le bois pré-usiné, par exemple).
- Nombre d'employés de la firme : 10
- Liens avec le marché chinois : Norbati a démarré ses démarches de prospection en Chine en 1999. Le ministère de la Construction est le premier client chinois de la firme.
MADELIPÊCHE
Entreprise de transformation du poisson basée aux Îles-de-la-Madeleine
- Nature de l'entente : entente d'intention en vue de la création d'une coentreprise
- Partenaire : China National Agricultural Development Group, la plus grosse entreprise chinoise dans le domaine des pêches
- Échéance : 3 mois pour la réalisation du plan d'affaires
- Retombées potentielles : ouverture sur le marché asiatique qui permettra de créer plusieurs nouveaux emplois au Québec
- Nombre d'employés de l'entreprise : 75
- Liens avec le marché chinois : Madelipêche a vendu une flotte de bateaux de pêche en 1999 à un client chinois. Elle fait la transformation du loup-marin en Chine depuis 2003. Cette entente est la première pour Madelipêche dans le domaine de la transformation du poisson.
