Déversement toxique

Robert Laplante
Le bulletin du lundi, L'Action nationale 31 octobre 2005

L’exposition aux produits toxiques peut affecter gravement la santé. Thomas Mulcair, le ministre de l’Environnement du Québec, a montré des signes graves d’intoxication à la politique canadian. Il a eu de fortes bouffées de fièvres coléreuses accompagnées de nausées dionesques. Il mérite toute notre compassion. Le brave combattant provincial commence à comprendre les « gens d’en face », a-t-il laissé entendre à l’Assemblée nationale. (Le Devoir, 27 octobre).

Mais le saturnisme ou quelque autre affliction a probablement déjà fait son œuvre puisque le jugement du pauvre homme semble être resté passablement altéré par l’exposition prolongée à l’esprit délétère de Stéphane-faites-leur-mal-Dion. Il s’est aussitôt empressé de préciser qu’il garde « espoir que l'ensemble du gouvernement du Canada n'est pas pareil que M. Dion et qu'on va réussir ensemble à négocier quelque chose qui respecte le fait que les Québécois en moyenne produisent la moitié des gaz à effet de serre que le reste des Canadiens, que nous avons ensemble déjà consenti des efforts énormes (Journal des débats de l’Assemblée nationale, cité par Vigile 26 octobre)

Exaspéré et sur la défensive, Thomas Mulcair prend la peine de hausser le ton pour tenter d’esquiver les ergots de Jean Lapierre et dire que : « Ce serait extrêmement difficile pour quiconque de me traiter de péquiste » (Le Devoir, 27 octobre). Il attaquera, dit-il. Avec le soutien de Benoît Pelletier, un homme qui a maintes et maintes fois démontré la raideur de son échine, il va, nous assure-t-il, contourner Stéphane Dion et finir par récupérer notre butin. Craignant de perdre la face à la Conférence des Nations Unies sur les changements climatiques qui se tiendra à Montréal à la fin novembre, le ministre provincial veut une entente dans laquelle Ottawa reconnaîtra les efforts déjà réalisés par le Québec pour la réduction des gaz à effet de serre. Il veut obtenir sa part des dix milliards qu’Ottawa va verser pour aider les provinces à réduire leurs émissions. Ottawa ne veut rien entendre de tenir compte des progrès déjà réalisés par le Québec.

Tout entier à sa comptabilité provinciale, le sire Mulcair s’indigne : « Le paradoxe là-dedans, c’est que ce sont les contribuables québécois qui paieraient pour nettoyer l’Alberta. Nos taxes vont aller dans une province qui non seulement a des surplus mais qui n'a pas de dettes. Je ne pense pas que M. Klein a besoin de l’argent des Québécois pour nettoyer son industrie. » (Le Devoir, 27 octobre). Mais c’est de la colère d’opérette. Il ne fera rien pour mettre fin à l’ère des paradoxes. C’est comme ça qu’ils l’aiment leur Canada, les inconditionnels de son parti. Il ne se passera rien.

Et il y aura une entente.

Et pas seulement parce que le petit Dion l’a dit avec condescendance («Ma porte est grand ouverte. On va y arriver, vous allez voir»), mais surtout parce que la logique politicienne l’exige. Ottawa va plastronner à la conférence, il n’y a pas à s’en inquiéter. C’est un État, le Canada, pas une binerie provinciale. Et l’entente va faire une place à un compromis pour le Québec. Une affaire tordue, c’est sûr, inadéquate, mais trop. Mais on va la mettre en scène et ça va se flatter la fierté verte chez les gérants de l’impuissance consentie. Le pauvre Mulcair va la ravaler, sa colère. Il aura l’air ridicule avec ses histoires de « blocus total ». Il va devoir pauser avec Stéphane Dion qui lui fera le coup du beau joueur. Il sait si bien se montrer magnanime pour servir la grandeur canadian.

Les gestionnaires de la bourgade provinciale font du cirque. Ils font semblant ne pas comprendre comment se fait la politique à Ottawa dès lors qu’il s’agit de préparer une campagne électorale où le sort de la majorité se décide dans l’Ouest et en Ontario. Il faut flatter le nationalisme canadian, brandir l’intérêt national et surtout donner le spectacle de tenir le Québec à sa place, bien couché au bout de la laisse fédérale. Il faut attiser la colère provinciale du gouvernement du Québec pour mieux faire la démonstration qu’Ottawa sait y faire. Comme dans le dossier des garderies, un autre bel exemple de l’asymétrie si spécifique qu’elle est convient à toutes les provinces dont il envahit les compétences. Une merveille du fédéralisme lancée au Québec après des années de tiraillement pour finalement lui être consentie à même ses réalisations pour mieux la présenter comme une preuve de grandeur canadian.

L’entente sur l’environnement va suivre un pattern analogue. Elle sera nationale, à n’en pas douter. Si elle comporte un quelconque aménagement pour le Québec ce ne sera qu’à la condition qu’il soit totalement inoffensif et qu’il n’affecte en rien la façon s’organiser à laquelle s’attendent les provinces à séduire. Quand le Canada s’inspire d’une réalisation ou d’une orientation québécoise pour enrichir ses politiques et programmes, il faut d’abord qu’elle soit métabolisée, filtrée et avalisée par la grille d’Ottawa, celle de l’intérêt national. C’est tout le contraire de la reconnaissance, cela s’appelle de la tutelle. On nous la sert généralement dans sa forme le plus pernicieuse : la bienveillance tutélaire, celle qui fait dire à Jean Charest que «nous sommes un peuple libre» parce qu’Ottawa nous fait la bonté de signer des centaines d’ententes administratives même s’il nous nie dans sa constitution et déstabilise délibérément nos finances publiques.

Les défis environnementaux du Québec vont rester prisonniers du simulacre canadian. Les choix que nous pouvons faire en cette matière restent et vont rester entièrement conditionnés par les priorités définies par la majorité qui nous nie et Ottawa restera le maître du jeu pour ce qui est de fixer les modalités essentielles. Il aura toujours l’habilité de laisser l’accessoire en pâture aux politiciens locaux qui se feront accroître de conduire de grandes batailles. Deux clans de gérants d’enclos s’agitent donc sous nos yeux. Il n’y a pas de quoi s’en faire pour Thomas Mulcair, il va s’en remettre – il a frisé l’apoplexie parce qu’il s’est pris à ses propres simagrées.

Le Québec va signer quelque chose. Une patente, une espèce de bordereau pompeux pour accuser réception d’un autre déversement toxique, une entente asymétrique-administrative-pragmatique-qui-fait-la-preuve-que-le-Canada-fonctionne. Et cela sera livré à Montréal à la face du monde.

Et cela continuera de nous empoisonner l’avenir.




Kyoto: le Québec devra faire plus, selon Dion

Louis-Gilles Francoeur
Le Devoir lundi 31 octobre 2005

Il n'est pas question de compensations financières pour des «décisions passées»

La stratégie fédérale de lutte contre les changements climatiques repose sur le postulat suivant: «On va en demander plus à ceux qui peuvent en faire plus.» C'est ainsi que le ministre fédéral de l'Environnement, Stéphane Dion, expliquait au début de la fin de semaine, dans une entrevue accordée au Devoir, une des divergences fondamentales qui opposent présentement les négociateurs fédéraux et québécois dans la mise au point d'une entente fédérale-provinciale sur les changements climatiques.

Le ministre Dion, tout comme son homologue québécois au cours des derniers jours, a refusé de dévoiler la nature des différends qui font achopper cette négociation depuis des mois et qui ont néanmoins conduit le ministre québécois du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Thomas Mulcair, à se lancer dans une attaque frontale contre les positions d'Ottawa. Mais sans dévoiler le coeur du contentieux sur la table.

«Je refuse de négocier sur la place publique», a précisé selon la formule conventionnelle le ministre Dion, qui a tout aussi catégoriquement refusé de commenter la rumeur selon laquelle c'est moins la question des gaz à effet de serre qui paralyserait les travaux que les transferts d'argent entre Ottawa et Québec dans le cadre d'une entente plus globale, comme celle signée avec Terre-Neuve ou l'Ontario, par exemple.

Le ministre Dion précise d'entrée de jeu qu'Ottawa veut que les provinces le secondent dans son plan de réduction des GES, et il souhaite qu'elles adoptent chacune «une stratégie en propre». Mais ces stratégies, précise-t-il aussitôt, doivent s'aligner sur les objectifs sectoriels que le fédéral a assignés aux différents secteurs de l'économie canadienne.

Le Canada, plaide le ministre Dion, n'a pas beaucoup de choix quant aux moyens. S'il répartit l'effort de réduction en fonction des émissions de chaque province, il paralysera un pan complet et parmi les plus actifs de l'économie, la production de pétrole dans l'Ouest, si rentable pour le trésor fédéral. L'Alberta et la Saskatchewan, qui affichent des augmentations de leurs GES de 25 et 30 % respectivement, seraient frappées trop durement, estime le fédéral, par rapport à l'effort qu'on demanderait, par exemple, à l'Ontario et au Québec dont les rejets ont augmenté respectivement de 14 % et de 8 %, précise Stéphane Dion.

Dans cette logique, accorder en plus au Québec des compensations financières pour ses «décisions passées» dans la production d'hydroélectricité serait contreproductif même si, avec un faible taux d'émission de 12 tonnes par habitant, le Québec et sa population importante est la province qui tire à la baisse plus que toute autre la moyenne des émissions au Canada.

Et une telle stratégie, ajoute Stéphane Dion, viderait la caisse aux dépens des actions et programmes qu'il faut mettre en place pour atteindre d'ici à 2012 les objectifs du protocole de Kyoto avec de nouvelles réductions. Les émissions canadiennes dépassent de 24 % le niveau des émissions de 1990. À Kyoto, le Canada s'est engagé à ramener ses émissions à 6 % sous le niveau des émissions de 1990.

«Ce serait une très mauvaise politique de vider la caisse pour récompenser le passé au lieu d'orienter ces fonds vers l'avenir» et des réductions nouvelles, qui ne sont pas déjà acquises.

Ottawa, dit-il, a adopté «une approche qui demande plus à ceux qui peuvent faire plus», et le Québec avec son industrie et sa population importante est du nombre.

«Ceux qui demandent une redistribution de l'argent en fonction des décisions prises dans le passé, ajoute Stéphane Dion en se référant aux crédits que Québec voudrait obtenir pour ses investissements antérieurs en hydroélectricité, proposent une politique qui ne peut pas être efficace, et cela, pour trois raisons. D'abord, parce qu'il est difficile de faire la différence entre une décision d'affaires et une décision prise spécifiquement dans le passé pour réduire les émissions de GES. Ensuite, cela nous imposerait de vider la caisse disponible qu'on réserve pour les actions qui sont essentielles pour obtenir de vraies et nouvelles réductions. En troisième lieu, cela constituerait un très mauvais exemple pour la population canadienne à qui on demande de changer de culture en matière d'utilisation d'énergie afin de changer véritablement le cours des choses.»

Pour le ministre fédéral de l'Environnement, Ottawa entend assigner à chaque secteur industriel, y compris des secteurs qui en ont déjà fait beaucoup, des objectifs supplémentaires de réduction qu'il qualifie toutefois de «raisonnables».

Les «efforts de ceux qui sont en marche», donc en train de réaliser des réductions, seront reconnus dans cette stratégie puisqu'on peut clairement démontrer qu'ils participent à la stratégie canadienne, affirme cependant le ministre.

Ce dernier se dit même prêt à reconnaître les investissements majeurs que le Québec pourrait vouloir réaliser à compter de maintenant dans l'hydroélectricité et dans l'éolien, et cela, même si ces nouveaux apports d'énergie ne déplacent pas des émissions et ne réduisent pas le bilan canadien des GES. Mais, reconnaît le ministre fédéral de l'Environnement, cette énergie nouvelle permettra à l'économie canadienne de poursuivre son essor sans alourdir le bilan des GES, ce qui rejoint les objectifs du plan national de réduction et justifie une aide financière à même les 10 milliards réservés à la mise en place du plan fédéral.

Pourquoi alors ne pas imposer aux pétrolières de l'Ouest l'obligation d'intégrer dans le prix de vente de leurs produits pétroliers vendus aux Américains le coût des crédits d'émissions qui correspond aux émissions résultant de la production de pétrole pour répondre à leur besoins? Cela pourrait soulager sensiblement le bilan des GES dans l'Ouest et on transmettrait la facture la plus controversée au Canada aux consommateurs américains de ces produits pétroliers au lieu de l'imposer aux contribuables canadiens et aux secteurs industriels des autres provinces, qui refusent de la payer, comme le Québec.

Surpris par l'idée, le ministre Dion lui trouve un certain mérite de prime abord, mais préfère l'évaluer en profondeur avant de se prononcer. L'Europe, qui amorce une renégociation des objectifs de réduction de ses pays membres pour revoir d'ici à 2008 le plan de match commun, cherche elle aussi des moyens concrets pour raffiner à la fois la comptabilité des émissions réelles et rendre du même coup le partage des réductions plus équitable en l'adaptant à la réalité sociale et économique le plus possible.

Stéphane Dion reconnaît sans ambages que la production de pétrole dans l'Ouest canadien est au coeur des problèmes de répartition de l'effort de réduction des GES au Canada. Il en donne lui-même comme exemple le fait que, à peu près partout dans le monde, le relèvement des prix du pétrole a réduit les émissions de GES, «sauf au Canada». Et cette situation, dit-il, s'explique par le fait que l'Ouest a intensifié sa production, et donc ses émissions, pour répondre à la demande croissante des Américains.

Depuis quatre ans, le Québec conteste la répartition proposée par Ottawa, qu'il juge inéquitable parce qu'Ottawa ne demande pas aux «grands émetteurs finaux», principalement les pétrolières et les producteurs d'énergie thermique, de réduire obligatoirement de 36 mégatonnes leurs émissions sur les 270 que le Canada doit effacer de son bilan, soit 13 % de l'effort national alors qu'ils sont responsables de 50 % des émissions.




Au voleur !

Michel David
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

Dix ans après le référendum du 30 octobre 1995, souverainistes et fédéralistes n'en démordent pas: ils sont toujours aussi convaincus que leurs adversaires ont triché et qu'ils récidiveront à la première occasion.

Lors du récent colloque organisé par Le Devoir et The Gazette pour souligner les dix ans du référendum, le ministre de l'Environnement, Thomas Mulcair, est revenu encore une fois sur les 5426 bulletins rejetés dans son comté de Chomedey, dont il fait une véritable obsession, même si l'enquête du juge Alan B. Gold a catégoriquement rejeté l'hypothèse d'un complot ourdi par le camp souverainiste pour fausser les résultats.

Invité au même colloque, Bernard Landry a évoqué le cas des 32 étudiants de l'université Bishop qui ont été condamnés pour avoir voté frauduleusement. La floraison de nouveaux citoyens canadiens pendant les semaines qui ont précédé le référendum est un autre souvenir qui hante le camp souverainiste.

Le livre de Robin Philpot, Le Référendum volé, connaît actuellement un succès boeuf auprès des militants souverainistes. Le scandale des commandites n'a fait que les renforcer dans la certitude que leurs pires soupçons étaient fondés.

Même si elle a été déboutée en Cour supérieure, Alliance Québec poursuit à grands frais sa croisade judiciaire pour faire reconnaître par les tribunaux que le rejet de 86 000 bulletins a favorisé indûment le camp du OUI. Si les souverainistes accusent les fédéralistes d'avoir volé le référendum, ces derniers leur reprochent en retour d'avoir presque volé leur pays.

L'ancien ministre péquiste de la Restructuration dans le gouvernement Parizeau, Richard Le Hir, qui mène une vendetta personnelle contre le camp souverainiste, a récemment joint sa voix à la leur. On en arrive presque à les plaindre de s'être trouvé un tel allié.

Comme par hasard, en cette fin de semaine anniversaire du référendum, le conseil général du PLQ, réuni à Québec, sera saisi d'une résolution présentée par une dizaine d'associations de circonscriptions montréalaises, qui vise à faire modifier certaines dispositions de la Loi sur la consultation populaire.

Alors que la loi électorale prévoit que, dans chaque circonscription, le scrutateur est choisi par le parti qui l'a emporté aux élections précédentes, la Loi sur la consultation populaire prévoit plutôt que le comité national regroupant le plus grand nombre de députés choisit les scrutateurs dans tous les comtés. Dans le cas d'un référendum sur la souveraineté, cela signifie concrètement qu'ils sont choisis par le camp du OUI.

Or c'est le scrutateur qui, en dernier ressort, décide de la validité des bulletins et détermine ceux qui doivent être rejetés. Dans l'esprit des auteurs de la résolution présentée au conseil général, l'amendement proposé «assurerait l'équité et la transparence du processus référendaire».

Il est toujours possible pour le gouvernement d'amender loi sans l'accord de l'opposition, mais la tradition veut qu'en cette matière, il n'agisse qu'avec son accord. Le PQ pourrait très bien lui offrir son concours si les libéraux acceptaient en retour l'émission d'une carte d'électeur obligatoire, comme les souverainistes le réclament en vain depuis des années.

Tous les problèmes ne seraient pas réglés pour autant, mais cela pourrait au moins tempérer l'enthousiasme avec lequel Ottawa a multiplié les nouveaux citoyens à la veille du référendum par l'élimination quasi miraculeuse des délais d'attente habituels. Dans son livre Sortie de secours, Jean-François Lisée avait estimé à 30 617 le nombre de voix additionnelles dont le NON a pu bénéficier en 1995, soit 56 % de sa marge de victoire. Oui, je sais très bien qui est M. Lisée.

Reste le problème du respect des règles relatives au financement des comités nationaux. Il n'y a aucune raison de croire qu'elles seront davantage respectées qu'en 1995, bien au contraire.

Le passage le plus divertissant - et le plus inquiétant - du livre de Robin Philpot est sans doute celui qui relate son entrevue du 24 novembre 2004 avec le vice-président de Power Corporation, John Rae, ancien organisateur de Jean Chrétien et frère aîné de Bob, qui, entre autres responsabilités, assurait le lien entre le comité du NON et le Parti libéral du Canada. Il vaut la peine d'en reproduire quelques extraits.

«M. Philpot: Combien le love-in du 27 octobre 1995 a-t-il coûté? Comment a-t-il été organisé?

M. Rae: Je n'ai pas dépensé un sou. Nous n'avons pas dépensé un sou. Ce n'est pas un rassemblement qui s'est produit à cause de l'argent [...]. C'était de la combustion spontanée, de la conception immaculée.

M. Philpot: Avez-vous déjà entendu parler d'Option Canada, l'organisme créé par le Conseil de l'unité canadienne, qui a reçu 4,8 millions de Patrimoine Canada avant le référendum?

M. Rae: Je ne sais pas de quoi vous parlez. Si ce pays ne peut pas se défendre, nous ne formons pas un pays.

M. Philpot: Est-ce qu'Ottawa devrait respecter les lois du Québec dans un référendum?

M. Rae: Je suis canadien. Je crois qu'il faut défendre mon pays. Quant aux questions techniques dans tout ça, essentiellement, c'est la responsabilité du gouvernement fédéral de veiller sur les intérêts des Canadiens.

M. Philpot: Que pensez-vous du scandale des commandites et de l'argent canalisé vers le Parti libéral du Canada?

M. Rae: Je ne sais pas de quel scandale vous parlez. Quel scandale? Je n'ai jamais entendu de commentaires en ce sens!»

À l'issue du quatrième débat entre les candidats à la course au leadership du Parti québécois, André Boisclair avait demandé au premier ministre Jean Charest s'il allait encore accepter «l'argent sale d'Ottawa» lors du prochain référendum. En ce dixième anniversaire, M. Charest a une belle occasion de répondre à la question.

mdavid@ledevoir.com





le référendum de 1995

La thèse du «vol» est une insulte, dit Charest
«Le Québec est un peuple libre», clame le premier ministre

Antoine Robitaille
Le Devoir lundi 31 octobre 2005

Québec - Que le référendum de 1995 ait été «volé» est une théorie «insultante pour tous les citoyens et citoyennes du Québec qui sont allés voter ce jour-ci, il y a dix ans», a déclaré le premier ministre Jean Charest, hier, dans un point de presse, au terme du conseil général du Parti libéral du Québec.

Il voit dans cette thèse «une des plus grandes insultes à l'intelligence des Québécois» qu'il ait entendues. «Au contraire, je sais que les Québécois ont fait un choix éclairé [en 1995] et qu'il faut respecter ce choix-là», a-t-il indiqué lors d'un point de presse.

Plus tôt, dans son allocution de clôture, il avait déclaré: «Le peuple québécois est un peuple libre.» Ce qui a provoqué une ovation de la part des quelque 800 délégués libéraux présents dans une salle de l'hôtel le Concorde. Il avait tout de suite enchaîné en citant la phrase de Robert Bourassa de juin 1990, au lendemain de l'échec de l'accord constitutionnel du lac Meech: «Quoi qu'on dise, quoi qu'on fasse, le Québec est, aujourd'hui et pour toujours, une société distincte, libre et capable d'assumer son destin et son développement.» Un rappel qu'il destinait à tous «ceux qui continuent à dire que l'on est opprimés», a-t-il expliqué plus tard. Chose certaine, Jean Charest ne veut pas d'un troisième référendum. Se remémorant l'âpre campagne de 1995, empreinte d'une «charge émotive sans commune mesure avec celle des campagnes électorales», il a exprimé son «souhait le plus cher»: que «nous ne vivions plus jamais ces déchirements; que nous n'ayons plus jamais à nous infliger pareilles blessures».

L'argent sale

À deux jours du dépôt du premier rapport Gomery sur le scandale des commandites, le premier ministre a rejeté toutes les questions portant sur «l'argent sale» qui aurait servi à financer des activités du camp du Non, lors du référendum de 1995. «M. Charest, lors d'un prochain référendum, allez-vous accepter l'argent sale d'Ottawa?», avait lancé, il y a deux semaines dans un débat, le candidat à la direction du Parti québécois André Boisclair. Lorsque cette interpellation lui a été rappelée hier, M. Charest a rétorqué: «Dans le cas d'André Boisclair, je vais résister à la tentation de lui répondre. Parce qu'il n'est pas chef du Parti québécois. Et parce que la réponse serait tellement évidente [qu'il est inutile] d'aller plus loin. [...] Je ne vais pas répondre à quelqu'un qui n'occupe pas de poste officiel au Parti québécois.»

Cette question, soulevée à la suite des allégations de l'ancien directeur de la section québécoise du Parti libéral du Canada Benoît Corbeil, au moment de la commission Gomery, fait partie, a affirmé le premier ministre, de «débats que les péquistes essaient d'entretenir». Selon lui, il est plus utile de rappeler que le 30 octobre 1995, presque 94 % des électeurs inscrits sont allés voter. «Et aujourd'hui, il y a quelqu'un qui a le culot d'affirmer à ces personnes-là qu'elles ont été manipulées? [...] À la limite, c'est même un manque de respect envers ceux qui sont allés voter ce jour-là et qui ont voulu s'exprimer.»

Dossier constitutionnel

M. Charest a livré hier un des discours les plus «bourassiens» de sa carrière; ponctué d'expressions comme «défendre les intérêts supérieurs du Québec» et traversé de l'importance de la «spécificité québécoise».

Devrait-on modifier la Constitution du Canada, comme l'a tant souhaité Robert Bourassa, pour que cette spécificité perdure? «Un jour, il faudra bien arriver à cela», a concédé le premier ministre, presque résigné, se gardant bien de fixer quelque échéance précise. «Nous, on a toujours dit que le jour où on serait prêts à une nouvelle ronde de négociations constitutionnelles, on s'y engagerait.»

En attendant, pour lui, le principe de «l'asymétrie», inclus dans l'entente fédérales-provinciales sur la santé de 2004 et dans la très récente entente sur les garderies, signée vendredi, démontre que le fédéralisme peut évoluer dans un sens souhaité par les Québécois, sans même que la constitution ait à être touchée.

M. Charest soutient que, depuis son entrée en poste, le Québec est devenu le leader «au sein de la fédération canadienne», grâce la création du Conseil de la fédération. Il souligne du reste que son gouvernement a conclu 149 ententes avec le gouvernement fédéral «d'une valeur de 12 milliards sur une période de six ans», dont celles sur le financement de la santé en 2004, les congés parentaux, les infrastructures municipales et les garderies.

En outre, la Convention sur la diversité culturelle, adoptée ce mois-ci à Paris, est, aux yeux du premier ministre, «la plus grande victoire de la diplomatie québécoise», «une victoire qui s'est faite en collaboration avec notre partenaire canadien». Ce qui prouve que «tout le monde est gagnant lorsque le Québec parle en son nom».

Toutefois, des iniquités persistent au sein de la fédération, et M. Charest a promis de s'y attaquer. Notamment le déséquilibre fiscal, mais aussi le fait que le fédéral finance insuffisamment l'éducation postscolaire et la difficulté d'en arriver à une entente sur la mise en oeuvre du protocole de Kyoto. «Nous avons raison de réclamer de notre partenaire fédéral qu'il puisse reconnaître nos efforts et de ne pas pénaliser le Québec pour avoir fait les bons choix», a dit le premier ministre en rappelant que le Québec privilégie l'hydroélectricité.

Pelletier

Le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, qui avait préparé la salle pour M. Charest avec un discours emporté sur le fédéralisme asymétrique, estime qu'en 1995 plusieurs Québécois qui ont voté Oui «continuaient de croire au Canada, mais voulaient qu'il y ait un certain nombre de changements au Canada». Or il y en a eu, a-t-il soutenu, sous la forme d'ententes entre le fédéral et le Québec. «Mais les gens souhaitent qu'on aille encore plus loin et qu'on engage vraiment le fédéralisme canadien dans une véritable [...] dynamique de flexibilité.» Pour y arriver, il faudra s'inspirer, a-t-il souligné, non pas de la conception du fédéralisme de Pierre Elliott Trudeau, trop rigide, mais de l'attitude de ce dernier qui, «pendant des années, a travaillé à imposer sa vision et en a finalement fait une vision largement répandue».

Interrogé sur la Cour suprême qui, dans le dossier des congés parentaux, a donné raison à Ottawa en se référant à une interprétation «évolutionniste» du fédéralisme, M. Pelletier a admis qu'en «ce qui concerne l'interprétation judiciaire, il y a aussi un défi». Selon lui, la Cour suprême, «très souvent, revient sur le principe fédératif. Il va falloir qu'elle en fasse une application qui soit beaucoup plus près des intérêts des provinces».

Enfin, malgré les mauvais sondages (69 % d'insatisfaction, selon CROP) et malgré le non-respect de certaines promesses clés (baisser les impôts d'un milliard par année), les délégués du PLQ semblent appuyer leur chef. Les rumeurs de complot possible visant à le remplacer avant les prochaines élections par quelqu'un de plus populaire sont de véritables «légendes urbaines», a fait savoir son entourage hier.




Le meilleur coup de Jean Chrétien

Chantal Hébert
Le Devoir lundi 31 octobre 2005

Dix ans après le dernier référendum, les deux camps sont restés sur leurs positions. Ceux qui ont voté Oui en octobre 1995 n'ont généralement pas changé d'idée, mais les partisans d'alors de l'option canadienne non plus. De façon assez singulière, cela n'empêche ni l'une ni l'autre des deux parties de jurer qu'elle sortirait vainqueur d'un match de revanche.

S'appuyant sur l'expérience de la dernière campagne qui avait vu les appuis du Oui augmenter en cours de route, il s'en trouve pour conclure que la prochaine fois serait inévitablement la bonne pour la souveraineté. Mais c'est oublier qu'à l'échelle des référendums celui de 1995 fait un peu figure d'exception. En règle générale, le Oui a tendance à être à son point le plus fort le jour du déclenchement d'une campagne référendaire pour perdre du terrain par la suite. C'est ainsi que les partisans de l'Accord de Charlottetown en 1992 étaient partis d'un score anticipé de 65 % pour finir perdants au fil d'arrivée.

Dans l'autre camp, on fait fi des sondages qui confirment d'une année à l'autre la force résiduelle du mouvement souverainiste pour argumenter que le score partagé de 1995 était le fruit d'un concours de circonstances. La prochaine fois, affirme-t-on, il n'y aura pas de leader messianique comme Lucien Bouchard à la tête du camp du OUI, et ce dernier devra de surcroît poser une question qui n'ouvrira pas la porte à d'éventuels arrangements avec le Canada.

Sauf que, s'il y avait un troisième référendum, le camp du Oui n'aurait plus à porter le fardeau de la preuve de l'évidence de négociations subséquentes avec le Canada. La Cour suprême n'a-t-elle pas écrit à l'unanimité que, devant un mandat clair, le reste du Canada aurait l'obligation de négocier les conditions de la sécession du Québec?

C'est sur le mandat clair que le bât blesse. Car on peut fort bien gagner une bataille référendaire à l'arraché et perdre la guerre d'une négociation faute d'être suffisamment bien armé pour tenir le coup. Les bonnes conventions collectives négociées sur la foi d'un mandat de grève de 50 % et des poussières sont à peu près inexistantes.

Au mieux, le Oui progresse au compte-gouttes depuis 1995. La démographie n'est pas aussi inexorablement de son côté que certains ténors souverainistes l'imaginent. Sans l'électrochoc de l'échec de Meech, il est douteux que l'appui au Oui aurait atteint le niveau de 1995. Pour arriver à une majorité plus vigoureuse et surtout plus pluraliste, tout indique qu'il faudrait un autre changement de paradigme

Depuis le dernier référendum, un seul événement aurait été susceptible de provoquer ce genre de résultat. Il ne s'est pas produit sur le front des relations-fédérales provinciales où les intempéries récurrentes ont fini par être considérées comme des phénomènes climatiques usuels par les Québécois mais plutôt sur le front international.

Si Jean Chrétien avait décidé d'inscrire le Canada dans la coalition qui a piloté la guerre en Irak, son geste aurait eu toutes les raisons de changer la donne du débat national québécois. Depuis 1995, aucune autre question n'a autant l'heur de faire descendre le Québec dans la rue, aucune de susciter un consensus qui déborde aussi largement du cadre strictement francophone.

Aujourd'hui, la décision de M. Chrétien semble couler de source. Mais à l'époque, c'est plutôt dans la direction opposée que la plupart des observateurs s'attendaient à ce que la balance finisse par pencher. Au début de 2003, ce débat coupait le public canadien en deux. À l'extérieur du Québec, les leaders d'opinion étaient presque tous d'avis que le Canada devait répondre présent à l'administration Bush.

Si Jean Chrétien avait suivi la voie que les élites canadiennes lui traçaient, il aurait certainement pu compter sur l'appui de son rival et successeur appréhendé Paul Martin. Présenté devant le scénario contraire, le dauphin libéral s'était seulement rallié du bout des lèvres à la décision libérale. En matière de relations canado-américaines, le premier ministre actuel ne s'imaginait pas alors qu'il finirait par marcher sur les traces de son prédécesseur et qu'à tourner à son tour le dos au locataire actuel de la Maison-Blanche.

Si le Canada était allé en Irak, on peut se demander si Jean Charest aurait remporté la dernière campagne électorale ou s'il n'aurait pas plutôt payé les pots cassés de la décision fédérale. Joe Clark - qui lui a succédé à la tête du Parti conservateur fédéral - était convaincu qu'en disant non à l'administration Bush Jean Chrétien avait d'abord voulu sauver les billes des libéraux provinciaux.

Ce qui est certain, c'est que la décision ne leur a pas fait de tort. Dans la foulée de cette décision, la cote du PLC est également montée au Québec et l'étoile du Bloc québécois a continué de pâlir. Quand Paul Martin a pris les rênes libérales, il a hérité d'un parti dont les politiques étaient redevenues populaires au Québec après un hiatus de plus de vingt ans.

L'affaire des commandites a ramené le camp du Non à la case départ. Demain, Jean Chrétien sera éclaboussé directement ou par ricochet par le rapport du juge John Gomery. Dans tous les scénarios, tout le monde sait déjà que le programme des commandites aura été son plus mauvais coup.

Depuis son arrivée au pouvoir, Paul Martin vit dans l'ombre de cette affaire. À voir les difficultés qu'il éprouve à la gérer, on peut se demander comment il aurait tiré son épingle du jeu si l'héritage de Jean Chrétien avait aussi inclus la guerre en Irak...

Chantal Hébert est columnist politique au Toronto Star.




1995: Too close to recall

GRAHAM FRASER
Toronto Star Oct. 31, 2005

Ten years ago, on a Sunday night, a cluster of cabinet ministers from English Canada met in a restaurant in Hull, across the river from the Parliament Buildings. It had dawned on them that the Quebec referendum campaign had taken a dramatic turn for the worse for the federal side; there was a distinct possibility that the Yes side would win.

After a long, gloomy conversation, they concluded that Jean Chr*tien, as a prime minister from Quebec, could not represent Canada in negotiations with a Quebec government armed with a Yes vote. That was a week before the Oct. 30 vote, which took place 10 years ago today.

A few days before, on Oct. 20, Chr*tien met up with his nephew, Raymond Chr*tien, then Canada's ambassador to Washington. Stunned, the veteran diplomat realized that he was in uncharted waters.

"We didn't have a Plan B," he says in the new documentary Breaking Point.

"What do I do in a week? What do I tell President Clinton? What's our message?" he recalls asking. "At that time, I can tell you, there was a lot of skating."

For Hubert Gendron, executive producer of Breaking Point, Chr*tien's story was a revelation.

"When we did that interview, we knew there were problems in Ottawa Y but this was to us the smoking gun," he said in an interview. "And he wouldn't repeat it in French."

It is startling to realize how the crisis looked through the eyes of those who were trying to manage it. (Gendron was surprised by how little the participants grasped of what was happening at the time; "It all went by so fast.")

There is a grey zone for most people concerning events that are too recent to have been studied in high school or university, or even explained in books Y and yet distant enough that the details have blurred and faded.

The 1995 referendum fits squarely into that black hole Y with an additional factor that have made it a memory easier to repress than to retain.

It was such a squeaker (if a little more than 27,000 votes out of 4.7 million votes went the other way, the No side would have lost) that both sides were shocked. For Yes voters, the result was so agonizingly close that many were convinced that very soon, they would have another referendum and win. For No voters Y and, overwhelmingly, the rest of Canada Y it was a nightmare best forgotten.

Tonight and tomorrow night Breaking Point, a two-part documentary on CBC and Radio-Canada, tells the extraordinary story of how close the country came to dissolving Y to the enormous astonishment of Jean Chrétien, who until 10 days before the vote was convinced that there was nothing to worry about.

The federalist campaign had been based on economic arguments, and there was no strategy to deal with a surge of emotion. And that surge began on Oct. 7 when Quebec Premier Jacques Parizeau turned over the lead position in the campaign to Bloc Québécois leader Lucien Bouchard.

The result was an explosion of almost religious fervour as Bouchard, who had come back from a near-fatal brush with flesh-eating disease only a few months before, made his mesmerizing appeal for solidarity.

"People thought he was a messiah. People wanted him to bless the Quebec flag! Come on!" Chr*tien says in the documentary. "Even if I'm a pro, I did not anticipate that."

Much of the drama played out in public: Chr*tien's desperate speech to the nation and Bouchard's bitter reply; the flood of emotion from Canadians outside Quebec who went to Montreal by the thousands for the Pro-Canada rally Y and the angry resentment it created in Montreal; and Parizeau's famous remarks on referendum night, when he said that 60 per cent of "nous" (us) had voted Yes Y and that they had lost because of "money and ethnic votes," blowing away years of work to define sovereignty as open and inclusive.

But there was also the manoeuvring behind the scenes. Parizeau, still pleased with himself, recounts what he calls "the great game": his diplomatic strategy to pressure the Americans to support an independent Quebec by winning support from France. The documentarians discovered, thanks to Access To Information, that the Canadian Forces moved 16 F-18 fighter planes from Bagotville to the United States, to make sure that they were not seized by the Quebec government.

Breaking Point is a fascinating and disconcerting glimpse at how close Canada came to rupture.

Graham Fraser covered the 1995 referendum.




Why there'll be another referendum in Quebec

Jeffrey Simpson
The Globe and Mail Saturday, October 29, 2005

A decade after the referendum that nearly broke up Canada, it's amazing how little has changed in Quebec and how much things have changed elsewhere.

Today, although many Canadians would be sad, even distraught, by the departure of Quebec and the breakup of the country, not many people would do anything to prevent it. The rest of Canada has moved on, exhausted by constitutional failures and eager to get on with more tangible matters.

If Quebec decides to stay in Canada, great; if not, the majority opinion outside the province would be to get on with the negotiations. These talks, of course, would not resemble the pipe-dream scenarios of the secessionists.

The hard-liners would be summoned to insist, inter alia, on a Canadian dollar exclusively managed by Canadians, boundary adjustments if demanded by certain groups, a share of the national debt that approximates Quebec's population, border controls as between the U.S. and Canada, and the end of subsidies permitted of states and provinces under NAFTA but not of countries.

There would be no mass rush to Quebec for a rally full of Maple Leaves and professions of affection.

Perhaps that's just as well. Those who attended that last-minute rally a decade ago, and those whose sentiments those rallying expressed, might be surprised to hear that the rally did absolutely no good in changing votes.

Post-referendum academic analyses suggested that the rally helped the secessionists. Some Quebeckers considered the rally a belated gesture at best, an intrusion at worst. The rally made the rest of Canada feel better about itself but did not make Quebeckers feel better about the rest of Canada.

And they still don't. Quebeckers are about as split on whether to remain part of Canada as they were a decade ago. Polls bounce around, depending on the pollster, event and the question. Ask a straightforward question -- Do you want Quebec to separate from Canada? -- and the answer will be No, but not by much. Ask a modulated question about sovereignty with the offer of an economic association, and the answer might be Yes, but not by much.

It wasn't supposed to be this way a decade later. The secessionists were narrowly defeated in the referendum. Quebeckers didn't want another one. The Chrétien government passed the Clarity Act. A Liberal government under that staunch federalist Jean Charest took office in Quebec City. Paul Martin, supposedly quite popular in Quebec, took over in Ottawa. The Bloc Québécois, by its own private admission, contemplated huge losses before the last federal election.

Today, the Bloc dominates federal politics; the Parti Québécois has the Charest government on the run. The existential issue of Quebec's role in Canada remains the subject of endless discourse.

The sponsorship scandal sent a fusillade through federalist forces in Quebec. Mr. Martin has been a bust. Despite his repeated efforts to show "flexibility" toward all provinces, and especially Quebec, the federal Liberals are still seen as centralizers. The provincial Liberals, as is their wont, spend a lot of time caterwauling about the federal government, delegitimizing federalism in the process.

The federal Liberals have no answers for the Bloc. A Bloc vote is utterly risk-free. It won't lead directly to secession. The Bloc as the dominant party means the federal Liberals are always being pushed to consider Quebec issues. If Ottawa doesn't act, the Bloc condemns federalism as insensitive; if Ottawa does act, the Bloc claims all the credit for forcing the issue.

The Bloc/PQ combination, the powerful public-sector unions, elements of the media and social action groups dominate political discourse in Quebec. They are everywhere: on television shows, local radio, regional newspapers, schools, universities. The Bloc, of course, is gleefully using public subsidies paid to federal political parties to spread anti-federalist messages throughout Quebec. Federalists are fewer in number, less present in Quebec society (except boardrooms), and often squabbling among themselves.

A federalist optimist might see this mismatch, examine the secessionists' huge lead in party preference polls and take heart from the fact that secession isn't way ahead in the surveys. After all, it's hard to imagine a less popular federalist duo than Charest/Martin. And the sponsorship scandal's impact won't last forever.

If secessionists with more popular leaders, a big lead in the polls and a gift-wrapped political present called the sponsorship scandal can't drive up support for sovereignty, what would it take?

Secession remains very much alive in Quebec a decade after its narrow defeat. Half the population, then as now, supports some form of it. Proponents operate in a province and country where the possibility of secession can be voted on every so often, whereas those favouring a breakup in other countries are either in jail or allowed one chance every century.

In Canada, a party can keep forcing referendums until such time as a referendum is won, at which point, by their logic, there will never be another. Get the wrong answer and keep fighting; get the right one and end the debate.

With assumptions and practices like that, no wonder there will be another referendum.

jsimpson@globeandmail.ca





Accord bilatéral de 1,125 milliard sur les services de garde:

Québec pourra dépenser l'argent d'Ottawa comme il l'entend

Louise Leduc
La Presse samedi 29 octobre 2005

Le Québec a finalement obtenu beaucoup plus qu'une entente sur les services de garde avec Ottawa.

À quelques mois d'élections fédérales probables, le gouvernement Charest a presque obtenu un chèque en blanc. Il pourra dépenser comme bon lui semble 1,125 milliard en cinq ans, pourvu que cet argent soit consacré au " mieux-être des familles ". Les premiers ministres Paul Martin et Jean Charest, accompagnés chacun de deux ministres, ont fait le voyage à Montréal hier pour la signature officielle d'une entente " concernant l'apprentissage et la garde des jeunes enfants ".

La quatrième page de l'accord confirme bien toute la latitude dont jouira Québec: " Le Québec ayant pour objectif d'augmenter, d'ici le 31 mars 2006, à 200 000 le nombre de places à contribution réduite en services de garde, il pourra affecter les fonds fédéraux fournis en vertu de la présente entente à d'autres objectifs connexes visant le mieux-être des familles. "

Au cours d'un point de presse, Jean Charest a bien fait observer hier que le gouvernement du Québec " n'a pas attendu l'argent fédéral " pour mettre sur pied son système de garde, qui, a-t-il ajouté, " arrive à maturité ".

Ayant donc déjà dans ses coffres l'argent requis pour ses 200 000 places promises, le gouvernement du Québec n'hésitera pas à dépenser en partie le nouveau milliard fédéral dans des domaines aussi éloignés que le logement social.

En aparté, quand La Presse a demandé à M. Charest quel était le lien entre le logement social et les services de garde, il a répondu: " Le logement social, c'est aussi les familles. "

M. Charest a par ailleurs omis de répondre à la question d'un journaliste qui voulait savoir quelle proportion du nouveau milliard irait précisément aux services de garde.

Fédéralisme asymétrique

Des ententes de principe sur les services de garde sont déjà signées avec sept provinces, mais le Québec est la première à avoir décroché une entente définitive.

Au Canada anglais, ça grogne. Ainsi, The Globe and Mail écrivait hier, dans un titre lourd de sous-entendus, que le Québec avait obtenu un special deal qui lui confère une large autonomie.

Au fait, quelle reddition de comptes exige Ottawa? Le gouvernement fédéral saura où va l'argent au même moment que les simples citoyens, par l'habituelle étude des crédits déjà prévue à l'Assemblée nationale, a fait savoir Jean Charest. " C'est une information claire, c'est une information transparente. Dans le fond, le gouvernement fédéral prend acte de ce que nous faisons comme reddition de comptes. "

M. Martin a aussitôt ajouté que le programme qui sous-tend l'entente est bel et bien " un programme national ", mais que les services de garde des autres provinces sont à divers stades de leur implantation, tous loin derrière le Québec, " chef de file au Canada et en Amérique du Nord en la matière ". " Il faut prendre acte du contexte dans lequel se trouve chaque province ", a dit M. Martin.

Hier, en tout cas, entre Québec et Ottawa, c'était le temps d'une paix. Benoît Pelletier, le ministre québécois des Affaires intergouvernementales, était tout sourire. " Cette entente, en plus d'être de nature asymétrique, respecte les compétences exclusives du Québec et les positions exprimées en la matière ", a-t-il dit.

En fin d'après-midi, l'opposition péquiste a signalé au gouvernement Charest qu'il n'avait plus aucune raison de faire des compressions dans les services de garde. " Maintenant que nous recevons du fédéral une partie de l'argent qu'il nous doit, le gouvernement Charest doit s'engager à ne plus procéder à ces compressions. Il doit renoncer à démanteler et à dénaturer les services de garde que les Québécois et les Québécoises se sont donnés ", a dit Camil Bouchard, porte-parole de l'opposition en matière d'emploi, de solidarité sociale et de famille.

M. Bouchard ne s'est pas montré impressionné par ce qu'a obtenu le gouvernement Charest. Pour lui, " l'asymétrie pratiquée par le gouvernement Charest est un trompe-l'oeil. Dans le fond, il ne fait rien d'autre que de faire respecter les champs de compétence du Québec déjà prescrits par la Constitution ".

La présidente de l'Association québécoise des centres de la petite enfance, Hélène Potvin, a pour sa part écrit à Jean Charest pour lui dire que, étant donné l'entente avec Ottawa, " il est maintenant temps de renoncer aux coupes de 50 millions qui menacent la qualité et l'intégrité du réseau tout entier ".




Le bon sens

Jean-Robert Sansfaçon
Le Devoir lundi 31 octobre 2005

ÉDITORIAL - Un accord est finalement intervenu la semaine dernière entre Ottawa et Québec en matière de financement des garderies. Grâce à cet accord, Québec recevra, d'ici à cinq ans, 1,125 milliard qui devra être consacré aux familles. Le gouvernement Martin a donc abandonné son obsession pour les normes nationales tout en forçant Québec à ajouter la totalité de cette somme aux services de garde. Finalement, le bon sens l'aura emporté. Qui s'en plaindra?

Le Québec est un pionnier au pays en matière de services de garde. Il consacre déjà 1,4 milliard par année à ce poste budgétaire. D'ici quelques mois, le réseau atteindra le nombre impressionnant de 200 000 places à 7 $. Il aurait donc été tout à fait ridicule d'exiger du Québec qu'il ajoute encore aux sommes considérables consacrées à ce service. Après tout, même si le réseau est ouvert à tous les enfants, il n'y a que la moitié d'entre eux qui en profitent, et bien d'autres services sont aussi à améliorer pour venir en aide à la famille.

L'entente annoncée vendredi par les premiers ministres du Québec et du Canada est d'une durée de cinq ans, mais, si elle devait se poursuivre, il est dit à l'article 3 que «pour la période postérieure [...] à l'entente, tout financement fédéral en matière d'apprentissage et de garde de jeunes enfants devrait être à long terme, progressif, prévisible et constant». Fort bien. Par contre, il est aussi écrit plus loin que l'entente peut être révoquée par l'une des parties avec une année de préavis. Qu'est-ce à dire? Que Québec devra continuer longtemps à s'occuper des garderies puisqu'une fois créé un tel service ne peut pas disparaître du jour au lendemain, mais que rien n'oblige Ottawa à poursuivre le financement puisque les parties «peuvent mettre un terme à l'entente sans motif et à leur convenance». Curieuse conception de l'engagement à l'égard des enfants dont Ottawa se dit si préoccupé depuis qu'il nage dans les surplus...

Au moment de la rédaction finale du texte, les représentants du Québec ont obtenu qu'on inscrive dans le préambule que «la présente entente, à l'instar de celles conclues avec d'autres provinces, démontre qu'il est possible de convenir d'ententes asymétriques, afin d'atteindre des objectifs réciproques». En effet, il s'agit bien d'asymétrie puisque le programme de garde du Québec est de loin plus avancé que ceux des autres provinces. Mais pourquoi est-ce donc toujours aussi difficile d'en arriver à de tels accords lorsque les compétences des uns et des autres sont aussi clairement inscrites dans la Constitution?

Tant mieux si Québec et Ottawa ont pu s'entendre dans ce dossier. Mais qui niera que c'est grâce à ses excédents budgétaires considérables que le gouvernement Martin peut ainsi jouer au pourvoyeur familial, libre de s'engager quand cela lui plaît et de retirer ses billes si la situation vient à changer? Encore une fois, ne serait-il pas normal que les provinces disposent des ressources dont elles ont besoin pour dispenser les services qui leur sont imposés par la Constitution, sans toujours sentir la présence au-dessus de leur tête de cette épée de Damoclès du financement fédéral? Cette entente intéressante à court terme, une victoire pour le gouvernement Charest, n'est-elle pas une autre preuve de l'existence évidente de ce déséquilibre fiscal qu'Ottawa refuse toujours de reconnaître?




Après «Je suis prêt», «On l'a fait!»

Antoine Robitaille
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

Charest prétend avoir respecté sa promesse de réduire les impôts

Québec - «On l'a fait !», «on le fait !» : c'est en martelant ces deux phrases comme jadis il répétait «Je suis prêt» que le premier ministre Jean Charest a ouvert, hier soir, le Conseil général du Parti libéral du Québec. Il souhaitait ainsi souligner au crayon gras devant les quelque 800 délégués présents à l'hôtel le Concorde, les multiples éléments de son bilan, alors que son gouvernement fait toujours mauvaise figure dans les sondages d'opinion, avec un taux d'insatisfaction de 69%.

Il a mis en relief ses actions dans des dossiers controversés. «On a dit qu'on allait aussi réduire les impôts. Et on le fait. Depuis notre arrivée, nous avons retourné 1,4 milliard aux Québécois, principalement aux familles avec enfants et aux travailleurs à faible revenu», a-t-il déclaré. Il précisa ensuite qu'il «aurait voulu y aller en courant avec enthousiasme», mais qu'il avait dû se résoudre à accepter «de le faire en tenant compte des moyens de l'État et de le faire en marchant. Mais on s'est fixé un objectif et on y va.»

Bien que plusieurs de ses ministres affirment éprouver des difficultés avec leurs homologues fédéraux, M. Charest a mis l'accent sur «149 ententes» que son gouvernement aurait conclu avec le fédéral. «Pour le Parti québécois, c'est une mauvaise nouvelle, car ça fait 149 chicanes de moins », a-t-il lancé, dans une des rares attaques de son discours contre l'opposition. Selon lui, l'entente annoncée hier avec le gouvernement fédéral au sujet du financement des garderies démontre que le fédéralisme fonctionne «quand la volonté politique y est».Par ailleurs, M. Charest a insisté sur les actions de son gouvernement en santé, «sa première priorité», dans laquelle il a affirmé que avoir investi quelque 3 milliards $ depuis son élection. «On a dit qu'on ferait le nouveau CHUM, on le fait», a-t-il martelé.




Le premier ministre transparent

Alain Dubuc
La Presse samedi 29 octobre 2005

Le sondage Crop-La Presse, publié jeudi, a dû être une douche froide pour le premier ministre Jean Charest. Le taux de popularité de son gouvernement reste à ses planchers historiques. À peine 25 % des répondants sont satisfaits ou très satisfaits des libéraux. Depuis un an, après une courte et modeste embellie en août, rien n'y fait, rien ne réussit.

Ce jugement sans appel des citoyens a quelque chose d'injuste. Parce que le gouvernement libéral, depuis un an, et plus particulièrement depuis le printemps dernier, va plutôt bien. Un remaniement ministériel heureux, un budget cohérent, une fermeté bien acceptée dans les négociations du secteur public, des missions à l'étranger qui ont bien fonctionné, une attitude combative face à Ottawa, une gestion compétente, pas de gaffes.

Jean Charest mérite certainement mieux que ce maigre 25 %. Mais la réalité est là, et ce jugement est clair. Et il faut essayer de comprendre ce qu'il signifie. Comment se fait-il que les libéraux soient si impopulaires, que rien de ce qu'ils font ne réussit à percer ce mur de l'insatisfaction et à renverser la tendance? 25 %, c'est l'équivalent politique d'un EEG plat, parce qu'en fait, il n'est pas vraiment possible d'aller plus bas.

Cela se traduit évidemment en intentions de vote. À peine 21 % des Québécois voteraient pour le PLQ, contre 40 % pour le PQ et 17 % pour l'ADQ. Une fois répartis les indécis, assez nombreux, les libéraux, avec 30 % des intentions de vote, seraient littéralement écrasés par les péquistes, qui iraient chercher 47 % des voix.

Et le plus étonnant, c'est que les libéraux se font battre par du vent. Le Parti québécois, si populaire dans les sondages, n'a pas de chef, pas de programme électoral, accaparé par une lutte au leadership qui étale ses divisions. En principe, le succès politique se bâtit d'habitude sur les erreurs et les carences des adversaires. C'est une loi qui ne semble pas jouer dans le cas des libéraux, incapables de capitaliser sur les vulnérabilités du PQ.

On retrouve certainement dans l'appui au PQ le même processus qui a brièvement mené l'ADQ à des sommets, il y a trois ans. Une déception face à la politique qui mène à délaisser les politiciens traditionnels et à leur préférer un concept que l'on peut idéaliser. C'est certainement ce que permet actuellement un parti sans direction.

Mais il y a évidemment plus que cela, quelque chose qui ne colle pas entre les Québécois et M. Charest. On sait un peu pourquoi le gouvernement libéral a sombré dans les sondages assez rapidement après sa victoire du printemps 2003, pris en sandwich entre ceux qui étaient déçus de son impréparation et ceux qui étaient indignés par ses réformes. Mais pourquoi ça ne remonte pas maintenant que le gouvernement est plus compétent et plus modéré?

Je soupçonne qu'une autre mécanique est entrée en jeu, autrement plus assassine. Ce n'est plus de la colère, ce n'est plus de la déception, ce n'est pas non plus une opposition idéologique à ses orientations dites néo-libérales. Au contraire, tous les sondages, sur la santé, sur les négociations du secteur public, indiquent plutôt que l'électorat, de centre droit, est assez à l'aise avec les idées de ce gouvernement.

Il y autre chose de bien pire, et c'est l'indifférence. Le gouvernement libéral et le premier ministre Charest sont en quelque sorte devenus transparents. Bien des gens ont fait une croix sur Jean Charest, ils l'ont écarté de leur univers mental. Il ne choque plus, il ne déçoit plus, il ne plaît plus, il n'est même plus détesté. Il n'est tout simplement plus là.

Quand on est détesté, on peut combattre, on peut convaincre. Mais qu'est-ce qu'on peut faire quand les gens ne vous voient plus, ne vous écoutent plus? C'est bien plus qu'une question d'image. Car la meilleure pub du monde ne donnera pas grand chose si la télé est fermée.

Cette indifférence repose sur quelque chose de profond, sur le fait, je reviens souvent là-dessus, que Jean Charest et son gouvernement n'ont pas occupé le champ du leadership. Jean Charest gère le gouvernement, et il le fait, quoiqu'on en dise, fort correctement, mais il ne dirige pas le Québec. C'est l'absence de leadership que l'on sentait dans la stratégie économique du gouvernement, rendue publique il y a deux semaines, L'Avantage québécois, que j'ai qualifiée de stratégie du manger mou, tant elle est informe et sans direction.

Le gouvernement Charest restera impopulaire- et il restera transparent- tant qu'il n'aura pas donné un sens à sa présence, tant qu'il n'aura pas expliqué aux Québécois pourquoi il est là et où il veut les mener.

Adubuc@lapresse.ca




Leader demandé

Lysiane Gagnon
La Presse samedi 29 octobre 2005

L'impopularité du gouvernement Charest, qui continue d'atteindre des records, comme le révélait hier dans La Presse le dernier sondage CROP, relève presque du phénomène. Car enfin, qu'a-t-il fait pour s'attirer une hostilité aussi tenace?

Voici une tentative partielle d'explication. Je dis bien " partielle ", car il y en a d'autres, le tableau étant évidemment complexe: ce que les gens reprochent à M. Charest, c'est plutôt ce qu'il ne fait pas. C'est l'espèce d'indolence avec laquelle il gouverne, en déléguant systématiquement à d'autres- et à des non-élus par-dessus le marché- les dossiers controversés. Les gens veulent avoir le sentiment qu'il y a un leader à Québec.

M. Charest est à son meilleur à l'extérieur du Québec- à l'étranger ou dans ses négociations avec le fédéral et les provinces. Mais quand il s'agit de dossiers qui ne font pas l'unanimité au Conseil des ministres et qui nécessiteraient une intervention ferme de la part du premier d'entre eux, on a l'impression que le premier ministre est sur la lune. Ce qui fait qu'on ne le voit pratiquement jamais dans un rôle de leadership.

Ce comportement n'est pas nouveau. Dès qu'il a pris la direction du PLQ, en 1998, le premier geste de M. Charest fut de confier à un comité présidé par l'homme d'affaires Charles Sirois le recrutement de candidats de prestige en vue des prochaines élections.

La décision était doublement incongrue. D'une part, c'était lancer le message que seuls des gens du milieu des affaires étaient bienvenus au PLQ. D'autre part, M. Charest se déchargeait ainsi de la toute première tâche d'un chef de parti. Ce n'est que sous la pression directe du chef que des candidats potentiels intéressants acceptent de faire le saut en politique active.

La suite des choses a été un peu de la même eau. Ainsi, bien avant la publication du manifeste des 12 personnalités Pour un Québec lucide, Jean Charest s'était intéressé au problème de la dénatalité et des finances publiques. Mais dans la foulée d'un sommet inter-générationnel, c'est à un comité de gens d'affaires qu'il allait confier la mission de faire des recommandations. Idem pour la définition des grandes orientations économiques du gouvernement: c'est au ministre Béchard et à une équipe de fonctionnaires que la tâche a été déléguée.

Résultat: en l'absence d'un porte-parole identifiable et responsable, capable d'incarner une vision et d'émettre des lignes directrices, tout cela est tombé dans le vide.

Le pire cas d'absence de leadership a été l'affaire du CHUM, un dossier que M. Charest a laissé pourrir pendant des mois.

Dans un premier temps, il a " sous-traité " la réflexion à MM. Mulroney et Johnson, deux anciens premiers ministres sans expertise particulière en la matière. Après que le débat se fut élargi par suite de la présentation du projet de l'Université de Montréal (un projet auquel M. Charest était sympathique mais qui rencontrait de féroces résistances au sein du MSS), le premier ministre renvoyait le dossier à Daniel Johnson, puis, dans un troisième temps, à un autre comité formé de Guy St-Pierre, l'ancien président de SNC-Lavalin et Armand Couture, l'ancien président d'Hydro-Québec. Eux, au moins, s'y connaissaient en matière de grands projets, mais M. Charest a laissé leur rapport se faire enterrer sur les quolibets du ministre Couillard et de tout ce qui grouillait et grenouillait contre le projet de l'UdeM.

Et voici que le même scénario recommence à propos d'un autre projet controversé, celui du déplacement du casino au centre-ville. C'est à Guy Coulombe, l'ancien DG de la ville de Montréal, que Québec délègue la tâche de superviser les travaux du comité interministériel chargé d'étudier la question. Encore une fois, c'est un non-élu qui indiquera la voie à suivre. Non mais sérieusement, y a-t-il un premier ministre dans la salle?

Personne ne veut voir le Québec dirigé par un autocrate. Mais l'électorat aimerait sans doute avoir un leader éclairé, courageux et responsable, capable de faire lui-même les arbitrages entre des intérêts opposés.

Cela nous amène à un autre problème, qui lui aussi relève du leadership. Deux ans et demi après la victoire du PLQ, on n'a pas vu l'ombre de la queue d'un projet basé sur le partenariat public-privé. Le discours sur la modernisation de l'État a accouché d'une souris. Les contribuables sont toujours " les plus taxés en Amérique ". Où est donc ce parti qui promettait du changement?




Changement de ton

Pierre-Paul Noreau
Le Soleil samedi 29 octobre 2005

Éditorial - Jean Charest vient de remporter une importante victoire en signant hier avec Ottawa l'entente sur le financement des services de garde. À nouveau, il a obtenu du surmesure, tout en se soustrayant à la reddition de compte sur l'argent reçu du fédéral. Pour le chef libéral et son équipe, cet accord tombe à point nommé.

Dans le contexte du Conseil général du Parti libéral du Québec (PLQ) qui se déroule en fin de semaine dans la capitale, cette signature évite sans doute à Jean Charest de s'imposer comme le principal sujet des conciliabules stratégiques tenus en marge de ce rassemblement partisan. L'insatisfaction persistante des sondés à l'endroit de son gouvernement va en effet finir par susciter d'importantes démangeaisons à ceux qui évaluent que leur formation n'a aucune raison valable de ne pas faire meilleure figure dans l'estime des Québécois.

Or, les relations fédérales-provinciales qui devraient être un atout dans le jeu libéral donnent plutôt l'impression d'être depuis un long moment un irritant caillou dans la chaussure du gouvernement du Québec. Le retentissant épithète "méprisant" jeté à la figure du ministre fédéral de l'Environnement Stéphane Dion, cette semaine par son homologue Thomas Mulcair en pleine Assemblée nationale est venu démontrer toute l'ampleur de la frustration ressentie à Québec.

En réalité, le coup de sang du ministre-député de Chomedey est peut-être à l'origine du déblocage ayant conduit à l'entente sur les services de garde. Jean Charest et Paul Martin ont en effet jugé à la suite de cet épisode que leur intérêt mutuel était de sonner la fin de la récréation et de forcer la collaboration entre les deux cabinets. De là, un échange direct et franc entre les deux premiers ministres, selon leur entourage.

Paul Martin a fait d'importantes concessions pour assainir le climat et indiquer aux Québécois qu'il ne renonçait pas à les voir l'aider à remporter les élections générales du printemps. L'adjectif "asymétrique" honni par l'orthodoxie fédéraliste canadienne a été réutilisé et Ottawa a aussi accepté que Québec agisse à sa guise avec le milliard de dollars qui sera transféré dans ses coffres pour le financement du programme sur l'apprentissage et la garde des enfants.

Les deux premiers ministres avaient donc raison d'être tout sourire hier en conférence de presse, heureux qu'ils étaient de baigner dans le mielleux propos d'un quartette ministériel pour une fois porté à la louange intergouvernementale.

Mais si la vertu du fédéralisme coopératif est facile à prêcher, l'usage démontre qu'elle est très ardue à mettre en pratique. Paul Martin a à nouveau pris des risques pour répondre aux attentes élevées de Jean Charest. Toute la question est maintenant de savoir si ce nouveau climat peut durer suffisamment longtemps pour leur être réciproquement profitable.

PPNoreau@lesoleil.com




Surprise! It's happy days for Charest

Lysiane Gagnon
The Globe and Mail Monday, October 31, 2005

These days, Jean Charest seems happy as a lark. Not that the embattled Quebec Premier can find comfort in the polls: According to the latest one, done by CROP for La Presse, 69 per cent of Quebeckers are unsatisfied with his government, and his Liberal Party would be roundly defeated by the Parti Québécois if an election were held now. Still, for the first time in his two and a half years in office, Mr. Charest can see the horizon brighten up.

Although it hasn't yet registered on the radar of public opinion, many things might be working for Mr. Charest in the long run, for there are signs the PQ opposition will be running into some trouble.

The PQ leadership campaign, an event that should normally trigger interest in a party, is rather dull -- at least for the general public. Instead of trying to build up public support for the next provincial election, the Péquistes are in a bubble and keep squabbling among themselves about issues that most people don't want to hear about -- like the timing of the next referendum.

Ask anyone about the nine candidates for the leadership, and the standard answer is a sigh and a shrug, followed by the remark that none of them, not even front-runner André Boisclair, is a worthy successor to the likes of René Lévesque, Jacques Parizeau, Lucien Bouchard or Bernard Landry.

So, whoever becomes the next PQ leader, Mr. Charest already knows he will face an easier match than Mr. Landry. (Mr. Landry, taking a leaf from Joe Clark's book, resigned at the party convention in June because his confidence vote, at 76 per cent, was lower than what he expected. He's been regretting his decision ever since.)

At the convention, under the influence of hard-liners, Péquistes threw out the soft concept of sovereignty-association, which used to reassure the voters, in favour of a radical approach that includes a unilateral declaration of independence. Liberals will have a field day with the PQ platform in the next election campaign. Bloc Québécois Leader Gilles Duceppe publicly criticized the new approach and probably will go on doing so.

But if the next leader tries to push for a moderate strategy, then Mr. Parizeau, who still has a huge following in the party, will lead the charge against that leader. Mr. Landry will be around, too -- and the man is impulsive and sharp-tongued, and can hardly hide his contempt for the lesser beings who are vying for his former job.

There's more good news for Mr. Charest: Last weekend, two small leftist parties announced they would merge and run under the banner of sovereignty in the next election. Even though this future party's clout will be limited, it could be a nuisance factor for the PQ in several ridings.

Finally, Mr. Charest had the pleasant surprise last week of seeing 12 prominent personalities -- including Mr. Bouchard and former PQ cabinet minister Joseph Facal -- approve the basic policies of his government.

The group, whose spokesman is Mr. Bouchard himself, published a 10-page centre-right manifesto that calls for various measures similar to Mr. Charest's own plan. The group calls for the end of the "Quebec model" based on state intervention, for more privatization, better teaching of English, and fiscal conservatism. While the group carefully avoids taking sides on the constitutional issue, it says sovereignty cannot solve Quebec's deep problems -- something that is anathema to the sovereigntists, who insist that sovereignty would bring more prosperity.

"This is music to my ears!" Mr. Charest exclaimed when he saw the manifesto.

Now, what a surprising development. Here are yesterday's foes -- the fiery sovereigntist leader and the passionate federalist who fought so hard in the 1995 referendum -- suddenly on the same side, against the PQ and the big public-sector unions. Once upon a time, though, they were both ministers in Brian Mulroney's government, so maybe it's their fundamental conservatism that reunites them. In any case, one thing is sure: Quebec politics is never boring.

lgagnon@lapresse.ca




La «petite reine» noire du Canada est en France

Ludovic Hirtzmann
Le Figaro samedi 29 octobre 2005

Michaëlle Jean, nouvelle gouverneure générale du Canada, entame aujourd'hui une visite de deux jours en France, sa première à l'étranger.

A 48 ans, après une vie consacrée au journalisme, Michaëlle Jean a épousé la monarchie. Le 4 août, le premier ministre canadien Paul Martin a nommé cette mère d'une fillette de 6 ans gouverneure générale du Canada, c'est-à-dire représentante de la reine Elisabeth II, qui est le chef de l'Etat. Michaëlle Jean a fui Haïti et la dictature duvaliériste avec sa famille à l'âge de 11 ans, pour s'installer dans une petite ville du Québec.

Sa maîtrise en littérature comparée lui ouvre progressivement les portes de la télévision de Radio-Canada. Elle y animera plusieurs émissions populaires et présentera des journaux télévisés jusqu'à l'été dernier. Michaëlle Jean est la première femme noire à accéder à la fonction de gouverneur général.

Ce titre est essentiellement honorifique. Lorsqu'elle ne distribuera pas médailles et récompenses dans son palais de Rideau Hall, elle sera l'icône du Canada à l'étranger. En France ce week-end, elle doit notamment se rendre à Juno Beach en Normandie, où a eu lieu le débarquement en 1944.

Chef des armées Michaëlle Jean est le chef des armées et, surtout, elle est devenue la princesse des Haïtiens du Québec. Il n'est pas un chauffeur de taxi originaire de Port-au-Prince qui ne vante les qualités et la beauté de la dernière monarque nord-américaine. «Ma nomination au poste de gouverneure générale du Canada est la preuve que tous les possibles sont permis en ce pays», a rappelé la 27 e gouverneure générale lors de son intronisation le 27 septembre.

Celle qu'un journaliste du quotidien Le Devoir a appelée «la petite reine» a connu tous les honneurs mais ne veut pas oublier ses racines. Son Excellence Michaëlle Jean a promis d'aider tous les Canadiens et plus particulièrement les plus défavorisés. Sa nomination a surpris tant le Québec que le Canada anglais.

Si une partie des Québécois ont été flattés de voir une francophone populaire occuper le poste de gouverneur général, la frange souverainiste de la Belle Province lui a reproché de vendre sa conscience tant au camp fédéraliste qu'à la monarchie. Les Canadiens anglais sont très attachés aux institutions monarchiques. Les Québécois y sont farouchement opposés.

En d'autres temps, Michaëlle Jean a flirté avec les milieux souverainistes. Son mari, le cinéaste français Jean-Daniel Lafond, a lui aussi longtemps embrassé la cause de l'indépendance. Les souverainistes ont hurlé à la trahison et s'époumonent quotidiennement contre la nomination de cette jolie princesse à l'âme vagabonde.

Les Canadiens anglais, eux, ont douté des convictions fédéralistes de leur nouvelle gouverneure générale. Afin de donner des gages de sa loyauté, la représentante de la reine a donc renoncé à sa nationalité française et proclamé publiquement son attachement au Canada. Les Cassandre canadiens, eux, n'en ont cure et n'y auront vu qu'un renoncement supplémentaire.




Être lucide, c'est ouvrir les yeux sur le laisser-aller

Gabriel Ste-Marie
L'aut'courriel n° 153, 31 octobre 2005

Douze personnages viennent de cosigner ce qu’ils nomment un manifeste pour un Québec lucide. Selon ces apôtres du capitalisme sauvage, le Québec se dirige tout droit vers la banqueroute. « D’ici quelques années tout au plus, nos rêves seront brutalement interrompus par des coups sur la porte : les huissiers ! » En posant un faux constat alarmiste, le groupe nous supplie de liquider toute loi qui protège l’environnement et les travailleurs. Pour la simple survie du Québec, la classe moyenne et les pauvres doivent être taxés davantage, et les plus fortunés et les entreprises doivent être moins imposés.

Les lucides souhaitent voir nos tarifs d’électricité augmenter. Il s’agit là d’une proposition systématiquement reprise dans nos médias et fondée sur plusieurs mensonges.

Ils nous disent que le prix de notre électricité ne reflète pas sa juste valeur. Le secteur résidentiel a payé une moyenne de 6,4 ¢ par kilowattheure en 2004 alors qu’il en a coûté 1,9 ¢ à Hydro-Québec pour les produire. Cet écart explique l’impressionnant bénéfice de la société d’État de 2,44 milliards $ l’an dernier. Nos tarifs couvrent plus de trois fois le coût de production de notre électricité. Il serait insensé de les augmenter.

En faisant miroiter l’exemple de l’Alberta et de son pétrole, le groupe nous promet la richesse si on augmente ces tarifs. C’est totalement faux. Si cette province s’est enrichie, c’est parce qu’elle exporte son or noir. Il faut comprendre que nous exportons seulement 8,22 % de notre électricité, principalement dans le nord-est des États-Unis et chez nos provinces voisines. Nous ne pouvons choisir d’augmenter ces tarifs, les prix fluctuent selon l’offre et la demande. L’an dernier, le prix moyen de nos exportations a été de 7,53 ¢ par kilowattheure.

Toute augmentation de tarifs ne peut se faire qu’au Québec. Ceci revient à taxer notre consommation d’électricité, et comme dit le professeur Lauzon, « Il n’y a pas de formule d’imposition plus régressive que de taxer et de tarifier les services publics comme l’électricité, l’éducation et le transport en commun ». Augmenter les tarifs ne crée aucune richesse. Il s’agit d’un transfert d’argent vers le gouvernement. Comme les taxes à la consommation, par exemple la TPS et la TVQ, cette méthode avantage les plus fortunés et désavantage les plus pauvres.

Un autre mythe sur la tarification de l’électricité est qu’un prix plus élevé diminuerait le gaspillage. Aucune étude n’a réussi à démontrer ce raisonnement qui ne s’applique pas dans ce cas-ci. Option Consommateur a montré que 87% de notre consommation d’électricité ne peut être diminuée et que la sensibilisation est beaucoup plus efficace que les augmentations de tarifs.

Les lucides se réfèrent à Alban D’Amours, le président du Mouvement Desjardins, pour proposer que cette hausse serve à diminuer notre dette. Ces individus issus de milieux aisés font preuve d’une incroyable lâcheté pour demander que la dette soit remboursée au moyen d’une taxe régressive.

Dans le même esprit, les douze capitalistes demandent une forte augmentation des droits de scolarité au cégep et à l’université. Dans leur monde idéal, l’éducation supérieure serait réservée aux plus fortunés. Une récente étude de Statistique Canada démontre que suite aux augmentations spectaculaires des frais de scolarité en Ontario, par exemple les frais en médecine ont quadruplé, les nouveaux étudiants ontariens proviennent de milieux socioéconomiques plus fortunés. Toujours selon l’étude, « Dans les provinces comme le Québec et la Colombie-Britannique, où les frais de scolarité ont été gelés pendant cette période, on n’a pas observé de variation des tendances en matière d’inscriptions selon les antécédents socioéconomiques. »

Choisir de taxer l’éducation supérieure revient à discriminer les individus à partir de leur rang social. C’est incompatible avec une société qui cherche à offrir des chances égales à tous pour réussir. C’est pourquoi la moitié des pays de l’Union Européenne, comme l’Irlande, n’exigent aucun droit de scolarité, et la majorité des autres, comme la France, exigent des frais symboliques. Plutôt que se comparer aux États-Unis, nos lucides devraient se tourner vers l’Europe, où davantage de pays ont compris que la loi de la jungle n’est pas la clé du bien-être.

Toujours dans le secteur de l’éducation post-secondaire, ces intellectuels proposent un régime de remboursement des prêts étudiants proportionnel au revenu. Ainsi, les diplômés ayant eu recours aux prêts et gagnant un gros salaire rembourseraient une portion des prêts de ceux qui font moins d’argent. Ce concept a été développé par le père du néolibéralisme, Milton Friedman. L’application de cette méthode en Australie a mené à des coûts d’administration démesurés, rendant le concept caduque.

Dans la même logique que les tarifications des services publics, les douze lucides souhaitent « une réforme majeure de la taxation » pour le Québec. Le groupe veut diminuer l’impôt sur le revenu et augmenter la taxe à la consommation. En faisant abstraction des fraudes, évasions fiscales et autres passes-passes comptables, le taux d’imposition sur le revenu augmente avec la richesse. Avec la taxe à la consommation, le taux est toujours le même, peu importe le revenu. Leur réforme vise uniquement à faire payer davantage la classe moyenne et les moins fortunés, tout en désengageant les plus aisés, d’autant plus que la taxe à la consommation ne touche aucunement les placements ou la spéculation boursière.

Ce genre de politique est vicieux, surtout pour les 40% des contribuables qui ne paient pas d’impôt parce qu’ils sont trop pauvres. Le groupe lucide voudrait voir le gouvernement abandonner son objectif premier, soit redistribuer la richesse.

Pour justifier leur proposition, les douze capitalistes affirment que les pays socio-démocrates ont davantage recours à la taxe sur la consommation que nous. C’est vrai, mais ils ont aussi davantage recours à l’impôt sur le revenu que nous. Par exemple, l’impôt sur le revenu de la Suède représente 18,3 % de son Produit intérieur brut (PIB), alors que c’est moins de 15,6 % au Canada. Sa taxe à la consommation représente 13,2 % de son PIB, contre 8,7% au Canada.

Les idôlatreurs de la loi du plus fort demandent aux travailleurs de laisser tomber leurs acquis sociaux. « La concurrence mondiale étant ce qu’elle est, il serait suicidaire de refuser de se défaire des rigidités qui minent notre compétitivité. » À les écouter, il faudrait abaisser nos standards aux conditions des travailleurs de l’Inde ou de la Chine. Évidemment, ils s’excluent du groupe! Enfin, nos lucides demandent qu’on démantèle l’État et qu’on le laisse au privé, entre autre via les partenariats publics-privés.

Les signataires du manifeste affirment que le vieillissement de la population diminuera notre productivité. Or, Gaétan Breton et Amir Khadir ont justement démontré dans l’aut’journal du mois de septembre que la productivité n’est plus liée au nombre de travailleurs. Les lucides clament qu’il faut rembourser la dette, même si les agences de cotations internationales ultra-capitalistes comme Standard and Poor’s et Moody’s n’y voient aucun intérêt. De plus, le groupe s’inquiète de la concurrence asiatique et veut qu’on faut abaisse nos conditions sociales pour les concurrencer.

Ceux qui s’autoproclament lucides martèlent sans cesse les mots responsabilité et liberté, tel un slogan. En fait, ils exigent la responsabilité des travailleurs, alors qu’ils souhaitent la liberté pour les entreprises de faire ce qu’elles veulent.




Manifestes

Michel Venne
Le Devoir lundi 31 octobre 2005

Au lieu de susciter un débat, le Manifeste pour un Québec lucide a plutôt contribué à cristalliser les opinions contradictoires. C'est dommage. Salué par les uns, décrié par les autres, le document n'a ouvert aucun dialogue. Ceux qui appuyaient les mesures qui y sont énoncées ont applaudi et ceux qui étaient contre le sont encore plus aujourd'hui. L'accueil que lui a réservé le premier ministre Jean Charest, dont le gouvernement suscite une insatisfaction record, n'a fait qu'accentuer l'effet. Un contre-manifeste «pour un Québec solidaire» sera publié cette semaine sous la gouverne d'Amir Khadir et de Françoise David. Les deux camps sont face à face.

Le ton du document est l'une des causes de son effet. Car il y aurait ceux qui sont lucides et tous les autres, aveuglés par nos succès récents. Le Québec serait engoncé dans la torpeur et l'inertie. Ceux qui «osent sortir des sentiers battus» seraient chaque fois cloués au pilori. On parle d'Inquisition. Les Québécois offriraient un «refus global au changement». Nous travaillerions trop peu et prendrions notre retraite trop tôt. Et bientôt, les huissiers seront à notre porte. En conférence de presse, l'économiste Pierre Fortin a mentionné que le vieillissement de la population mettrait le Québec «à feu et à sang». C'est le retour à la Grande Noirceur qui nous guette. En lisant ces lignes, on peut se demander sur quelles forces le Québec peut alors s'appuyer pour «opérer le changement radical» qui serait nécessaire. Nous semblons n'avoir que des faiblesses.

Les «sonnettes d'alarme» doivent retentir, selon les auteurs, dans tous les milieux. Mais au chapitre des coupables, le groupe ne recense qu'un acteur: les «grands syndicats, qui ont monopolisé le label progressiste pour mieux s'opposer aux changements qu'impose la nouvelle donne». Ceux-ci se limiteraient trop souvent à «une protection à courte vue des intérêts de leurs membres». Non seulement le jugement est hâtif, mais il stigmatise un seul des acteurs-clés de la société québécoise. Les choix faits par les hauts fonctionnaires, la grande bureaucratie, les entreprises transnationales, les élus locaux ne seraient-ils nullement en cause?

Cet appel à la lucidité est si ferme, si noir, si désespéré dans son indignation, appelant un virage si radical, que les propositions soumises à la réflexion auraient dû nous surprendre, nous faire sortir des sentiers battus, justement. Et c'est sans doute une autre raison pour laquelle le manifeste ne provoque pas le dialogue espéré: les propositions qu'il contient ont toutes un air de déjà vu. Comme si jamais elles n'avaient été débattues. D'ailleurs, elles ne sont pas formulées comme des propositions, mais comme des évidences «qui s'imposent d'elles-mêmes». Si elles s'imposent d'elles-mêmes, pourquoi en débattre? Au fait, pourquoi n'ont-elles pas déjà été appliquées?

Le cas de la dette est intéressant. Le sujet a maintes fois été discuté. En 1996, la Commission sur la fiscalité et le financement des services publics, créée par Lucien Bouchard et présidée par Alban D'Amours (celui-là même qui aujourd'hui propose d'augmenter les tarifs d'électricité pour rembourser la dette) avait rejeté l'idée de créer un Fonds de remboursement de la dette. À l'époque (il y a neuf ans à peine), le consensus voulait que si on mettait fin aux déficits budgétaires chroniques du gouvernement, le poids de la dette diminuerait de lui-même dans l'économie. Cela semblait satisfaire tout le monde. Si les auteurs de cette politique croient aujourd'hui qu'il faille aller plus loin et, comme le réclament des groupes de jeunes, réduire la dette, est-ce une raison pour accuser le Québec entier de «dormir au gaz»? Encore faudrait-il que le Québec ait les moyens de le faire. Et s'il en avait les moyens, la réduction de la dette devrait-elle être sa priorité? Ça aussi, ça se discute.

La proposition d'augmenter les tarifs d'électricité est une autre piste présentée comme devant aller de soi. Pourtant, en 1998, le gouvernement de M. Bouchard avait imposé par décret un gel tarifaire dont la société d'État vient tout juste d'être libérée.

Les douze affirment que la lucidité devrait aussi nous conduire au dégel des droits de scolarité universitaires. Le gel serait «une politique qui va à l'encontre du bon sens et de toutes les études menées sur la question». Si le gel n'a pas de sens, pourquoi le Parti québécois a-t-il fait campagne en sa faveur en 1998 et le Parti libéral en 2003? Et pourquoi plusieurs pays européens imposent-ils des droits de scolarité inférieurs à ceux en vigueur chez nous et même dans certains cas la gratuité scolaire? Il s'agit d'une question de choix de société. Les études sont utiles mais, fussent-elles unanimes (elles ne le sont pas), ne peuvent remplacer la démocratie. Les douze n'invitent pas au débat. Ici, ils martèlent leur vérité.

Un débat public sain n'est possible que si l'invitation au dialogue est réelle, si les conclusions ne sont pas écrites à l'avance et si l'argument massue tient sur autre chose que le gros bon sens. Il faut aussi du leadership, ce dont manque le Québec aujourd'hui. Mais le leadership n'est pas l'art d'imposer ses vues. C'est l'art de cerner les problèmes dans leur juste dimension, de réunir les acteurs concernés dans le dialogue, de faire apparaître les meilleures solutions compatibles avec les préférences de la société et d'avoir ensuite le génie de les appliquer.




Une note de 96,8 % pour Duceppe

Hélène Buzzetti
Le Devoir lundi 31 octobre 2005

Un taux de confiance inégalé dans notre histoire politique récente

Le chef du Bloc québécois Gilles Duceppe est parvenu au faîte de sa gloire ce week-end, à Montréal, au congrès bisannuel de son parti. Soumis à un vote de confiance, il a obtenu le plus haut niveau de confiance de ses 735 délégués qu'un chef politique, tout parti confondu, a reçu dans l'histoire récente, avec un score de 96,8 % d'appuis. Une marque de confiance qui l'a ému au point de lui arracher quelques larmes.

Cette popularité est douce au coeur de M. Duceppe, lui qui avait obtenu 84,4 % en 2003 parce qu'il était contesté par certains députés et que la survie de son parti était mise en doute avec l'arrivée imminente de Paul Martin. Le congrès précédent, il avait récolté l'appui de 87,3 % de ses militants.

Des quatre chefs politiques fédéraux en poste, M. Duceppe est donc celui qui a le plus haut taux de confiance de sa machine. Autant le conservateur Stephen Harper que le libéral Paul Martin ont obtenu une note de 88 % ce printemps à leurs congrès respectifs. Le chef néo-démocrate Jack Layton fera face à ses militants pour la première fois au printemps prochain. Rappelons qu'un récent sondage faisait de Gilles Duceppe le chef politique le plus populaire au Canada, avec un score de 68 %!

À titre de comparaison, les meilleurs scores récents de popularité avaient été obtenus par Jean Chrétien (91 % en 1994, après son arrivée au pouvoir) et Jacques Parizeau au Parti québécois (92 % en 1991). Lucien Bouchard n'a jamais fait l'objet d'un vote de confiance alors qu'il était au Bloc. Il avait toutefois obtenu un désastreux résultat de 76,7 % en 1996 au PQ, l'amenant à réfléchir à son avenir.

M. Duceppe, ému par une telle marque de confiance, pleurait de joie sur le parquet du congrès hier matin. Entouré de plusieurs de ses députés qui l'embrassaient, il a lancé des mercis à ses militants. «Merci tout le monde. Ça me va droit au coeur. Difficile de s'exprimer après cela, mais je vais tout faire pour être à la hauteur de la confiance que vous me témoignez. C'est ensemble qu'on a construit ça. C'est ensemble qu'on va continuer. Et c'est ensemble qu'on va se donner un pays. Je vous remercie infiniment.»

Invité à expliquer un tel résultat (qui signifie qu'à peine une vingtaine de personnes ont voté contre lui), M. Duceppe a rappelé qu'il faisait plusieurs tournées du Québec chaque année. «Mon père [Jean Duceppe] jouait le rôle du commis voyageur. Je suis un peu le commis voyageur de la politique.»

Le Bloc québécois a profité de son congrès pour dévoiler sa pré-campagne électorale misant sur le scandale des commandites. Une résolution d'urgence a été adoptée à l'unanimité par les militants demandant à l'aile parlementaire bloquiste de réclamer du Parti libéral le remboursement de 5,4 millions de dollars «d'argent sale des commandites». Le Parti libéral a créé en mai dernier une fiducie dotée de 750 000 $ pour rembourser le trésor public s'il était prouvé que le Parti libéral s'est servi du programme des commandites pour se financer.

Le congrès s'est déroulé par ailleurs sans histoire. Les militants, invités à imaginer ce que ferait un Québec devenu pays des compétences relevant pour l'instant du gouvernement fédéral, n'étaient pas divisés. Affaires étrangères, immigration, ils partageaient pour la plupart les idées proposées par le parti.

Débat sur l'armée

Même le débat sur l'armée québécoise n'a pas fait de vagues en commission. Seule une série de résolutions visant à qualifier l'armée québécoise de «garde nationale» a été battue. Les tenants de cette modification voulaient envoyer le message que l'armée québécoise était avant tout pacifiste. «La différence, c'est qu'on ne s'intégrerait pas à l'OTAN, à NORAD. C'était ça qui était l'esprit», explique Richard Nadeau, de Gatineau. «C'était d'avoir une armée qui n'a pas les mains liées aux superpuissances.»

Ces propos ont été battus en brèche par les militants. Oui, une éventuelle armée québécoise devrait faire partie de ces organisations internationales afin de prendre part aux interventions multilatérales. «On vit dans un monde où la sécurité est de plus en plus difficile, a lancé la militante montréalaise Maria Mourani. On doit mettre nos culottes.»

Toutefois, les militants ont contredit leur chef sur un point, en décidant qu'un Québec souverain devrait aussi se doter de navires de guerre et de sous-marins. «On n'a pas de cadeau à faire au Canada, a lancé le député sortant Stéphane Bergeron. La séparation des actifs nous donnera droit à quatre frégates, un destroyer, un sous-marin, un ravitailleur et quatre navires de surveillance côtières.» Pourtant, cette semaine, le chef Gilles Duceppe disait en entrevue avec Le Devoir que «fournir des sous-marins nucléaires, c'est pas ce qui nous aiderait ben ben».

Les candidats au leadership péquistes, qui sont venus serrer des mains ce week-end, étaient d'accord avec la nécessité d'avoir une armée québécoise. «C'est normal qu'un pays ait une armée qui va avoir des actions de paix, qui va s'occuper de sécurité civile et qui va participer aux grandes institutions de défense du monde démocratique dans lequel nous vivons [OTAN, NORAD]», a déclaré Pauline Marois.

«Le Québec est un puissant réservoir de paix», a pour sa part déclaré André Boisclair. «Nous ne sommes pas un peuple belliqueux. Nous sommes un peuple de missionnaires.» Louis Bernard a quant à lui parlé d'une perspective «raisonnable». «Il n'y a pas d'État sans forces armées», croit-il.

M. Duceppe a tourné en ridicule les députés québécois libéraux qui avaient commencé à reprocher au Bloc québécois ses rêves de «douteuses conquêtes militaires». «Ça ne veut pas dire que vous déclencherez la guerre parce que nous avez une armée. C'est quand la dernière fois que le Canada a déclenché la guerre?», a rappelé M. Duceppe.

M. Duceppe a insisté sur la nécessité d'une armée professionnelle et n'a pas eu peur de rappeler à l'ordre ses militants qui s'y opposent en se disant pacifistes. «Je disais aux militants qui avaient ces arguments-là: "Êtes-vous en train de me dire que, lors du génocide au Rwanda, vous n'auriez pas été fiers d'avoir des militaires québécois pour empêcher le génocide?" Ils me répondent "Oui, oui, c'est ce qu'on devrait faire." Ben le monde n'ira pas là bénévolement en se disant: "Qu'est-ce que je pourrais bien faire ce matin? M'en va aller acheter un casque aux surplus de l'armée rétablir la paix au Rwanda." C'est peut-être pas une bonne idée.»




Thanks for nothing

Toronto Star Oct. 31, 2005

Jean Chretien has always insisted that it was the narrow defeat of the separatists a little more than 10 years ago in the second Quebec referendum that prompted him to develop the sponsorship program.

His brilliant idea? To fly the Canadian flag and display the Canadian logo prominently in Quebec in order to help keep Canada united.

Tomorrow, Judge John Gomery will release the findings of his inquiry into the sponsorship scandal in which hundreds of millions of our tax dollars went AWOL.

Today, let's remind ourselves of the sheer stupidity of the key argument Chretien has always made in attempting to justify the sponsorship mess.

That is that, as he himself famously described it a few years ago, while a few million dollars may have been stolen, it was worth it to keep Canada united.

Similarly, Prime Minister Paul Martin continues to argue today that despite the Liberal political corruption exposed by Adscam the Liberals are the only party capable of keeping Canada together.

When these two start babbling like this, no matter how much they don't like each other, we're reminded of the old story of two kids who murder their parents and then ask the court for mercy because they're orphans.

First, who was it who almost lost the country in 1995 because he initially took the Quebec referendum far too lightly? That's right. Chretien.

Second, who launched the sponsorship program at the very time separatist fires in Quebec were dying down after two failed referendum attempts? That's right. Chretien.

Third, who, after launching the program, according to his testimony before Gomery, left it up to others to make sure it was achieving the desired goals? That's right. Chretien.

Fourth, what disastrously run federal program almost single-handedly revived the political fortunes of the separatist Bloc Quebecois? That's right. Adscam.

Finally, what's the split between sovereignist and federalist supporters today in Quebec, compared to 1995?

Well, 10 years ago the "No" side defeated the "Yes" side by a margin of 50.6% to 49.4%. Meanwhile, a Strategic Council poll released last week showed if the same question was asked in Quebec today, 48% would vote "Yes" compared to 47% voting "No," with 5% undecided.

So how can the Liberals possibly claim to be the only party that can keep Canada united, when it's their own actions that keep tearing us apart?




Duceppe won't let scandal die

GRAHAM FRASER
Le Devoir samedi 29 octobre 2005

MONTREAL—Gilles Duceppe remembers the sponsorship scandal, and he doesn't want Quebecers to forget it.

The Bloc Québécois leader launched a pre-campaign yesterday using the provincial slogan "Je me souviens" — "I remember" — to remind Quebec voters of the scandal.

The pre-campaign will be a concerted effort across Quebec to remind voters of every infuriating detail that emerged from Judge John Gomery's inquiry into the sponsorship program. The golf balls, the ties, the triple-billing for a single report and the Christmas decorations — all paid for by sponsorship funds and revealed in embarrassing detail by the inquiry — are mocked in ads, commercials and a video.

Next week, following tomorrow's publication of the Gomery Commission's report, Duceppe and the other Bloc MPs will tour Quebec, stressing the corruption, cronyism and camouflage that Duceppe says was revealed.

Duceppe, who received an overwhelming vote of confidence of 96.8 per cent at a convention of Bloc Québécois members yesterday, told reporters he never discusses strategy publicly but suggested they shouldn't bet on the slogan being used during the election campaign.

It was an indication the Bloc does not intend to bring down the Liberal government this fall.

A fall campaign would be particularly inconvenient for the Bloc, whose members have been active in the PQ leadership campaign.

Duceppe told the convention that former prime minister Jean Chrétien and Prime Minister Paul Martin bear responsibility for the sponsorship program — Chrétien because he headed the government, and Martin because he was finance minister, vice-president of Treasury Board, and number two in the government.

"They didn't know. They don't remember. They've lost their memories," said Duceppe, who was greeted with cheers and applause. "We are going to have a campaign which will refresh their memories."

Duceppe said the federal government wanted to crush Quebec's aspirations with the sponsorship program.

"Quebecers are indignant. They feel betrayed by these anti-democratic practices," he said. "The time has come for everyone to say `I remember.'"

The slogan "Je me souviens" is on every Quebec licence plate, and Bloc House Leader Michel Gauthier quipped that even Liberal MP Denis Coderre will be publicizing the Bloc's position every time he drives his car.

From Nov. 7, the Bloc is running ads in every Quebec newspaper with the "Je me souviens" slogan and illustrations of a golf ball ("...the most expensive golf balls in the world"), a photocopier ("... three copies of the same report for $1.6 million") a tie ("... $55,000 in ties"), and an ornament ("... 67,800 in Christmas decorations").





Scandal pivotal to Bloc strategy

Weapon vs. Liberals in election campaign

WILLIAM MARSDEN
The Gazette October 31, 2005

Quebec's motto, "Je me souviens," took on new significance yesterday as Bloc Quebecois leader Gilles Duceppe promised to make sure Quebecers never forget Liberal Party corruption and the sponsorship scandal.

In a speech to about 700 delegates attending the Bloc's national conference at the Universite de Montreal, he promised the corruption message will play a major role in the party's campaign strategy heading into the next federal election - thereby turning every licence plate in Quebec into a campaign poster.

Duceppe referred to tomorrow's release of the Gomery commission report on the sponsorship scandal as a day of reckoning, when "the Liberals of Paul Martin will have to face up to the judgment of the people."

Duceppe vowed the Bloc will "do whatever is possible to assure that every Quebecer remembers" Prime Minister Martin and former prime minister Jean Chretien were equally responsible for creating a climate of "patronage and corruption to the benefit of the Liberals."

"With the sponsorship scandal, the federal government wanted to crush the aspirations of Quebec," he said. "We saw the federal Liberals swimming in corruption. Quebecers were furious and were betrayed by this anti-democratic practice. The time has come to tell them, 'Me, I remember.' "

Linking Martin to the architect of the sponsorship scandal, Duceppe said: "Paul Martin, a friend of Alfonso Gagliano, and the other Liberals supported this (sponsorship) program."

Duceppe spoke in front of a backdrop of four huge posters that served as reminders of corrupt sponsorship practices.

One poster, for example, showed a large Christmas ball and said: "Je me souviens, Mm. Martin et Chretien, de $67,000 pour les boules de Noel."

Delegates also were entertained with a music video called Je Me Souviens that mocked the sponsorship scandal and repeated the testimony of numerous witnesses who, under examination at the Gomery inquiry, responded: "I don't remember" - Je ne me souviens pas.

The conference itself carried the motto "Imaginer le Quebec souverain," and Bloc leaders reaffirmed their commitment to creating a sovereign Quebec.

After delegates awarded Duceppe a 97-per-cent vote of confidence in his leadership, he promised to work in the next referendum to establish a new country.

Later, in a news conference, he again stated a new Quebec will have its own army, but he refused to reveal how much that will cost.

wmarsden@thegazette.canwest.com