
Juste pour rire?
André Pratte
La Presse mardi 4 octobre 2005
Quand le docteur Mailloux a fait des remarques racistes, on a assisté à une levée de boucliers. Même chose quand le premier ministre Charest a traité une députée de " chienne " et lorsqu'il a parlé de " la petite madame " Carbonneau. Dans le grand Québec tolérant dont nous sommes si fiers, il n'y a plus aujourd'hui que deux ou trois groupes qu'on peut insulter sans s'attirer les foudres des bien pensants: Jean Charest et ses libéraux, les fédéralistes, les " Anglais ".
Vendredi soir dernier, TVA diffusait un des galas Juste pour rire tenus l'été dernier. On a pu admirer un numéro mettant en vedette l'humoriste François Morency et le cinéaste Pierre Falardeau. Ceux-ci présentent d'abord leur co-animateur: " Voici Kiki le fédéraliste! " C'est un singe.
Falardeau pose une question à l'animal, et le singe ne répondant pas, Morency explique: " Pierre, c'est un fédéraliste, donnes-y de l'argent, y va réagir. "
Scène suivante: " La semaine dernière, nous explique Morency, on a planté un Anglais. Allons voir comment y va. " L'" Anglais "- un mannequin- a la tête plongée dans un pot de terre. Et Falardeau d'arroser, pour ne pas " laisser sécher son Anglais. "
Dernière scène. Morency présente une maquette du parlement d'Ottawa. Une maquette qui a coûté cher, nous dit-on, " car comme pour tout ce qui est fédéral, y'a fallu que quelqu'un en suce une shot pour le bâtir. " Sur ce, Falardeau écrase la maquette à l'aide d'un bloc de béton.
On dira que c'est de l'humour. Mais cet humour sue le mépris à grosses gouttes. Un mépris qui ne vise pas que deux ou trois personnes corrompues, mais tous les fédéralistes, c'est-à-dire au moins la moitié des Québécois.
Pourquoi en faire un plat? Parce que ces blagues de mauvais goût sont profondément insultantes pour des gens dont la seule faute est de s'opposer à la souveraineté du Québec. On sait aussi que c'est une tendance qui s'aggrave. Une semaine plus tôt, les Zapartistes avaient traité les libéraux de Jean Charest de " menteurs, crosseurs, bandits, mafieux, gangsters, corrompus, faux culs et malfrats ", avant d'évoquer la " délicieuse fellation " qu'aurait donnée la ministre Jérôme-Forget au président de Bombardier.
Imaginons une seconde ce qui serait arrivé si les Zaparatistes avaient fait la même blague au sujet de Pauline Marois? Les péquistes, les syndicats et le mouvement féministe auraient dénoncé en choeur une blague de si mauvais goût. Imaginons qu'un groupe d'humoristes de Toronto fasse entrer un singe sur scène en déclarant: " This is Kiki the separatist ". Tout ce que le Québec compte de nationalistes dénoncerait cette attaque raciste. Mais lorsqu'un fédéraliste ou un " Anglais " est attaqué, pas la moindre protestation. Pire, on rit.
Combien y avait-il de fédéralistes au St-Denis l'été dernier, qui ont encaissé ces mauvaises blagues sans mot dire? Ils auraient pu huer, quitter la salle. Mais non: qui oserait s'attaquer au grand patriote Falardeau?
Les leaders souverainistes se taisent eux-aussi, comme ils l'ont fait lorsque des indépendantistes radicaux ont attaqué Michaëlle Jean. Ils ont trop besoin de l'appui de la frange pure et dure du mouvement. Pourtant, s'ils continuent de laisser faire, on finira par penser que dans le fond d'eux-mêmes, ils approuvent cette campagne d'insultes. Ce qui suscitera de profondes inquiétudes sur le genre de pays qu'ils veulent bâtir.

Le prix du gouverneur général
Pierre Falardeau
Le Québécois mardi 4 octobre 2005
« Le drapeau britannique, ce tablier de boucher… »
James Connolly
« La clause de la société distincte
comme je l’ai dit à Clyde Wells…
Ça ne veut strictement rien dire.. »
Bryan Mulroney
« Je parle de millions d’hommes à qui on a
inculqué savamment la peur, le complexe d’infériorité,
le tremblement, l’agenouillement, le désespoir, le larbinisme »
Aimé Césaire
Le prix du gouverneur général, qu’on ne doit surtout pas confondre avec un quelconque prix de consolation, avoisinerait, selon mes camarades du journal, les trente deniers de Judas. Personnellement, je ne comprends pas très bien ces attaques basses et mesquines contre notre nouvelle reine de beauté et son roi des bas prix. Comme si tout cela cachait en fait une immense déception.
Mais vous êtes déçu de quoi exactement? Le propre d’un arriviste étant de vouloir arriver à tout prix, je ne vois pas pourquoi on reprocherait à Sir Lafond d’être enfin arrivé quelque part. On devrait plutôt le féliciter. Depuis le temps qu’il essayait… Partis de rien, ce triste sire et sa dame ont fini par arriver à Ottawa, c’est-à-dire quasiment nulle part. Vice-roi du Canada, c’est pas grand-chose mais enfin, ce n’est pas rien!
Les vendeurs de chars usagés qui écrivent pour Monsieur Paul, à la grosse Presse à Power, affirment, sans rigoler, que la nouvelle gouverneuse générale est une femme très intelligente : pensez donc, elle était journaliste à Radio-Canada. Comme si le fait de lire les nouvelles à la télévision était une preuve d’intelligence. Y’a même un télésouffleur… Suffit simplement de savoir lire! Point à la ligne. Même pas besoin de comprendre ce qu’on raconte. Y’a qu’à savoir articuler. Tout est écrit d’avance par une armée de scripteurs engagés.
Si la madame était si intelligente, me semble que cela se serait su. Y’aurait des livres, des articles, des conférences, des analyses, des citations. Or il n’y a que du vent. Le vide mais avec une jolie tête. En effet, elle est charmante, bien élevée et parle « parisian french » sans accent. Et ça, ça impressionne encore beaucoup les Québécois, cet accent chic et de bon goût. Les colonisés, bourrés de complexes, associent généralement cet accent avec l’intelligence. Des tonnes de personnages assez médiocres, genre le professeur Jean-Pierre Derriennic, ont fait toute leur carrière là-dessus, à l’université, au théâtre ou à la télévision d’État.
Le parcours de notre nouvelle majesté par procuration aura donc été sans faille. De femme-tronc à Radio-Cadenas où elle nous racontait le monde chaque soir, à la manière de Passe-Partout comme si on était des demeurés ou des débiles mentaux, elle finira sa carrière comme potiche à Rideau Hall. Une reine de carnaval!
Pour son bonhomme, le carnaval ne fait que continuer. Ce faiseur de films assez quelconques qui se prenait et qui se prend sûrement encore pour un penseur révolutionnaire deviendra vice-roi du Dominion. De philosophe en résidence à l’émission de la grosse Bazzo, il passera directement à la résidence officielle de sa majesté Élizabeth II au Canada. Après la « French Connection », la « Canadian Broadcasting Connection »…
Parlant de royalistes de gauche, il était assez tordant de voir Courtemanche, cet ancien journaliste indépendantiste recyclé dans l’humanitarisme larmoyant, sombrer lui aussi dans le contortionnisme idéologique et, dégoulinant de bons sentiments, prendre la défense de la monarchie constitutionnelle canadienne. On touche là la tragi-comédie que vivent sans fin les « progressistes » version « canadian » : ils se révèlent toujours, quand ça compte vraiment, plus canadiens que progressistes. Comme les intellectuels dits de gauche à McGill University. Dans les moments critiques, ils finissent toujours par rejoindre le camp de la droite canadienne la plus sale.
En concurrence avec les royalistes de gauche dans ce concours de bassesse et d’à-plat-ventrisme face à la couronne britannique, on retrouve les loyalistes de droite de La Presse, grands champions de la courbette pré-payée et du lèche-cul subventionné. À La Presse, agence de relations publiques de Power Corporation qui tente maladroitement de se faire passer pour un journal d’information, nos joyeux stercoraires* montent aux barricades à l’unisson pour défendre les nouveaux clowns de sa gracieuse majesté. Toute cette putasserie de fond de ruelle est un spectacle hautement comique. Des éditorialistes en laisse et des chroniqueurs en solde pleurnichent en chœur, mieux que des Filles de l’Empire, en écrivant leurs petites histoires de princesse pour roman Arlequin. Une façon comme une autre sans doute d’assurer leurs vieux jours au Sénat canadien : au pays des commandites, on sait récompenser les vieux complices.
Non, mais! Vous les avez vus, eux, les professionnels de la délation, les gardiens de la pensée conforme, les donneurs de leçons patentés, baver de plaisir quand ils dénoncent tous ces purédurs qui salissent leur joli paysage médiatique. Sans relâche, ils traquent les purédurs, eux les mollassons en service commandé, les soumis rampants, les gras dur de l’ordre établi. À tout bout de champ, dans leurs éditoriaux à prix réduits, ils ordonnent aux dirigeants du Bloc et du Parti Québécois de mettre à leur place leurs méchants purédurs. Sommés de se mettre au garde-à-vous par ces maîtres-chanteurs du pouvoir fédéral, trop souvent, nos responsables politiques obtempèrent, le petit doigt sur la couture du pantalon. Au grand plaisir de Monsieur Paul et de ses hommes de main, ils obéissent, ils dénoncent à leur tour et se dissocient à la vitesse grand V. Ils finissent par accuser les purédurs de purédurisme.
Je n’ai jamais compris cette manie, car il s’agit bien d’une manie, d’obéir aux ordres de ces commentateurs serviles qui ne cherchent qu’à nous diviser entre nous. Faudrait peut-être un jour mener nos propres politiques et cesser enfin de mener les politiques voulues par nos ennemis. Ouvrez vos lumières, les gars, sinon vous allez finir par attraper des claques sur le museau!
Mais le plus triste pour moi, dans toute cette affaire, ce sont les prises de positions incompréhensibles et inacceptables de quelques camarades haïtiens et africains. Quand j’entends l’ami Laferrière parler de racisme, les bras m’en tombent. Quand j’entends l’ami Lotfi vanter Condoleeza Rice, secrétaire d’État dans le gouvernement de George W. Bush, je me décroche la mâchoire. Et quand je vois René Depestre, cet écrivain révolutionnaire antillais, sauter au plafond et perdre les pédales parce qu’un gouvernement néo-colonialiste corrompu s’est acheté un nouveau roi-nègre, en l’occurrence sa nièce, là c’est la moutarde qui me monte au nez. Je rêve soudain d’un ouragan de coups de pied au cul.
Je comprends parfaitement bien, comme Québécois ayant subi dans ma chair le colonialisme britannique et le néo-colonialisme canadien, qu’un peuple écrasé puisse se chercher des exemples de réussite, des images fortes de lui-même, des héros admirables. Mais pas n’importe quoi quand même! Pas à n’importe quel prix! Pas sur notre dos, en plus. Vous n’allez quand même pas vous péter les bretelles avec un succédané de reine d’Angleterre, ici. Pour nous, la royauté britannique est le symbole le plus grossier de notre oppression, le symbole le plus vulgaire de notre exploitation. D’autres gouverneurs célèbres ont laissé leurs traces sanglantes dans notre histoire. Ça ne vous dit rien le gouverneur Craig? Et Murray et Amherst et Dorchester et Colborne, le « vieux brûlot » de la reine Victoria, surnommé par nos ancêtres Lord Satan? Et toute l’histoire de l’impérialisme britannique en Asie, en Afrique, en Amérique Latine, ça ne vous a rien appris?
On retrouve pourtant partout les mêmes criminels, les mêmes tortionnaires, les mêmes assassins. Ici comme ailleurs. Et vous osez défendre des gens qui cautionnent cet héritage? Et vous osez nous reprocher d’être en colère? Et vous osez nous accuser de racisme? C’est le bout de la marde.
Le coup du roi-nègre, ça ne vous dit rien? Nous, on connaît. On nous a fait le coup mille fois en 245 ans d’oppression. Les colonialistes anglais, français, espagnols, portugais ou américains l’ont fait cent mille fois à travers le monde. Vous n’avez pas encore compris?
Tu devrais pourtant savoir mon cher Dany que la couleur de la peau du roi-nègre n’a rien à voir dans toute cette histoire. Rouge, blanc, jaune, noir, vert ou mauve un roi-nègre reste un roi-nègre. Un roi-nègre, ça ne sert qu’à amuser les colonisés, à les tromper et à les distraire. Ça sert aussi parfois à les diviser. Une belle réussite! Tous les profiteurs de ce régime pourri vont sûrement applaudir à tout rompre tes steppettes intellectuelles.
Et je comprends bien, mon cher Mohammed Lotfi, qu’il n’y a pas que le problème québécois dans la vie. Mais, s’il vous plaît, arrête tes remontrances de bonne sœur et tes conseils de missionnaire protestant. Les problèmes d’estime de soi des jeunes québécois noirs, ça aussi ce n’est pas tout dans la vie. Et quand tu leur proposes en exemple Condoleeza Rice, c’est proprement insignifiant. Et pourquoi pas Mobutu, tant qu’à y être? Président du Zaïre, ce n’était pas rien. Et pourquoi pas Bokassa ou le général Eyadéma au Togo? Pensez donc, un général, c’est un bel exemple de réussite.
Cher camarade, la couleur de la peau n’excuse pas tout. Proposer à de jeunes noirs de prendre pour modèle une petite politicienne complice de l’impérialisme américain, c’est scandaleux et indigne d’un homme comme toi. Ce n’est pas ce que m’ont appris W.E. Dubois, Miles Davis, James Baldwin, Mohammed Ali, Rap Brown, Frederic Douglas, Leroi Jones, Huey Newton, Mississipi John Hurt et Malcolm et Martin Luther.
À ta petite reine de pacotille digne des plus mauvais Paris Match, je préfère mille fois Rosa Parks et Angela Davis. Et George Jackson et Aimé Césaire! Frantz Fanon aussi avec Toussaint Louverture, Thomas Sankara, Fela Anikoulapo Kuti, Amilcar Cabral, Tiken Jah Fakoli ou Jerry Rawlings.
Cela me rend immensément triste de voir des hommes que j’aime, d’habitude si intelligents, perdre soudain tout sens critique et toute conscience politique. Aveuglés par une réaction strictement épidermique, ils refusent de comprendre. Comment peut-on défendre ce couple d’intellectuels ambitieux qui décide de nous piler sur la tête pour s’élever dans l’échelle sociale? Comment peut-on défendre ce couple de radio-canadiens prétentieux qui, fort conscient des enjeux politiques actuels, accepte de jouer le jeu du clientélisme ethnique du Parti Libéral du Canada? Comment peut-on défendre ce couple de parasites commandités qui apporte sa caution morale à un gouvernement corrompu jusqu’à l’os?
En s’achetant, à gros prix, des intellectuels obéissants, Paul Martin poursuit le programme des commandites. On est habitué à se faire chier sur la tête mais, un beau jour, tout ça finira par se payer. Il y a un prix du gouverneur général, mais il y aura aussi un prix à payer pour toutes ces saletés.
Mes hommages à votre altesse,
« Donc, camarade, te seront ennemis – de manière haute, lucide et conséquente – non seulement gouverneurs sadiques et banquiers goulus, politiciens lèche-chèques et magistrats aux ordres mais pareillement et au même titre, journalistes fielleux, académiciens goitreux endollardés de sottises, théologiens farfelus, intellectuels jaspineux…
Et n’essaie pas de savoir si ces messieurs sont personnellement bien ou mal intentionnés, s’ils sont personnellement colonialistes ou non, l’essentiel étant que leur très aléatoire bonne foi subjective est sans rapport aucun avec la portée subjective et sociale de la mauvaise besogne qu’ils font de chiens de garde du colonialisme »
Aimé Césaire, Discours sur le colonialisme
* Du latin stercoris : « excrément ». Le stercoraire est un oiseau palmipède que les gens de la Côte-Nord appellent familièrement le « mange-marde ». À rapprocher du poétique « mangeux d’marde » de la langue des prisons qui décrit bien ce genre de collaborateurs à gages.
Je ne voulais pas étaler ma culture comme de la confiture pour vous impressionner, comme le fait si bien Robert Lévesque, mais depuis la mort de Claude Ryan, je surveille mon langage et mes arrières.

Boisclair et la cocaïne: une affaire privée, dit Dumont
Robert Dutrisac
Le Devoir mardi 4 octobre 2005
Québec - Mario Dumont refuse d'attaquer André Boisclair pour sa consommation de cocaïne, une affaire privée, selon le chef de l'Action démocratique du Québec.
«On n'est pas en matière de politique publique. Donc, ce n'est pas dans ses fonctions de ministre», a affirmé Mario Dumont au sujet des aveux d'André Boisclair sur sa consommation passée de cocaïne.
Comme il s'agit de sa vie privée, le candidat à la direction du Parti québécois n'est pas dans l'obligation de répondre à davantage de questions sur le sujet, notamment les questions concernant la période pendant laquelle il a pris de la cocaïne. «Comme n'importe quel autre politicien, on peut décider qu'en matière de vie privée, jusque-là on en parle, puis, à partir de là, on ne donne plus de réponse, ce qu'on ne peut pas faire lorsqu'on parle de la gestion d'un ministère», a-t-il dit. C'est en définitive aux membres du PQ et à la population de juger de la conduite passée de M. Boisclair, croit le chef adéquiste.
C'est plutôt sur son bilan de ministre que M. Dumont attaquerait M. Boisclair. «Comme ministre, il a créé un paquet de problèmes», a-t-il dit, pour les agriculteurs, pour les retraités et pour les petites municipalités.
En ce qui a trait à la cocaïne, M. Dumont a tenu à afficher son ignorance. «Je suis peut-être niaiseux, mais, moi, demain matin, je ne saurais même pas où trouver ça, de la coke», a-t-il dit.

Ma réaction aux réactions à ma réaction sur l'affaire Boisclair...
Louise Caroline Bergeron
Le Devoir mardi 4 octobre 2005
Libre opinion: J'aimerais, dans l'esprit d'un nécessaire dialogue, réagir aux réactions à la lettre que j'ai rédigée sur un coup de coeur et d'un trait et qui fut publiée dans l'édition du 22 septembre du Devoir sous un titre («C'est ma génération que vous attaquez!») qui n'est pas le mien. J'aimerais apporter quelques éclaircissements qui, je l'espère, permettront une autre lecture de ma réaction émotive parfois irréfléchie, mais toutefois pleinement assumée.
J'aimerais que les lecteurs de ma lettre bien sentie sachent que ni le titre, ni l'illustration, ni l'exergue n'étaient mes choix. Si on me l'avait demandé, j'aurais préféré un titre qui aurait mieux concordé avec le point principal que je voulais transmettre, par exemple celui-ci : «De l'art de savoir ordonner ses priorités.» J'aurais mis cette partie en exergue : «Au lieu de s'inquiéter de quelques lignes de cocaïne, peut-on s'inquiéter de l'état de nos forêts ? De nos rivières ? De l'air, des sols, de nos rapports avec les Innus ?»
Et comme illustration, j'aurais choisi une coupe à blanc, un jeune Innu en train de sniffer de l'essence ou un corridor bondé de salle d'urgence, car voilà bien plus à quoi je pensais lorsque je transcrivais ma façon de penser plutôt qu'à une pseudo guéguerre de générations, à mon avis intenable et commencée par les baby-boomers essayant à tout pris de rester artificiellement jeunes (j'admets que nombre d'entre «nous», trentenaires, ont suivi en cela leur exemple). J'aime bien les Cowboys Fringants, mais je faisais évidemment dans le second degré en disant vouloir leur donner l'Assemblée nationale. Le mot «écoeurantite» n'existe pas plus que les moyens de faire un tel changement de régime parlementaire.
Autre mise au point, mes parents sont nés avant le baby-boom et m'ont transmis des valeurs plutôt issues de l'après-guerre et du souvenir des sacrifices de la dépression que de la Révolution tranquille. Mes enseignants par contre étaient des post-hippies et eux ont contribué à mon instruction, publique et gratuite, et qui aujourd'hui me permet de penser. J'ai une gratitude immense envers cette génération, je me considère redevable pour les avancées majeures qu'elle a fait faire à la société dont je suis maintenant à la fois si fière et si critique.
Si je n'ai d'autre endroit pour vous le dire, j'en profite ici : merci de m'avoir permis de devenir tout ce que je suis. C'est grâce à vous si j'ai de l'ambition et si je n'ai peur de rien (sauf que les pluies acides me tombent sur la tête) !
De la place pour tous
À la personne qui se demande comment ma hargne se traduira en soins envers sa génération lorsqu'elle sera à son tour aînée, je vous rassure tout de suite : nous n'allons pas suivre votre exemple ! Nous allons faire de la place à toutes les générations, à tous les individus. Par exemple : les gens à mobilité réduite, pour cause de poussette ou de fauteuil roulant, auront des ascenseurs dans le métro, auront des transports publics en région, et les aînés auront mieux à faire de leurs journées que de gober des «drogues» légales et débilitantes...
Vous aurez, lorsque vous serez aînés et, comme toujours, grâce à votre poids démographique, chers baby-boomers, une place de choix et en accord avec vos besoins que vous réussissez toujours à mettre en avant, dans la société québécoise. Je m'inquiète davantage de savoir s'il restera quelques miettes pour la génération de mon fils.
J'aimerais aussi ajouter comme nuance que ne confierais pas mon cerveau à un neurochirurgien qui boirait du café pendant ses moments de détente, même si ce n'est pas illégal et que moi j'en bois beaucoup, car le café reste dans l'organisme un certain temps et fait trembler les mains. À bon entendeur...
Enfin, Monsieur Navarro («Du simple réalisme politique», Le Devoir, 28 septembre), avez-vous remarqué qu'après la ZLEA je mentionne les accords bilatéraux ? Savez-vous qu'ils sont pires pour la souveraineté des nations américaines et qu'ils prennent insidieusement et dans l'ignorance de nous tous la place de la bruyante ZLEA ? Et puis vous n'êtes pas au courant des procès secrets au Canada ? Prenez donc des nouvelles d'Adil Charkaoui ou de Mohammad Mahjoub, et on s'en reparlera, si vous voulez.
Que nous soyons collectivement au courant de la cocaïne d'un candidat à la direction d'un parti, mais non des dessous maculés de la justice canadienne, dont nous sommes tous responsables, n'est-ce pas assez pour justifier mon ton et ma colère ? N'est-ce pas là justement ce que je critiquais ardemment dans ma lettre ? CQFD. Solidarité et compassion.

The children's crusade
Don MacPherson
The Gazette (Montreal) October 4, 2005 Tuesday
Andre Boisclair has actively courted the youth vote in his leadership bid, and his efforts appear to have paid off
Andre Boisclair is more than a candidate for the leadership of the Parti Quebecois. And the sovereignty movement might not be the only movement he ends up leading.
His candidacy is also the vehicle for a group of young former student leaders who hope to effect what one of them calls an "awakening" of political involvement on the part of young Quebecers who have been apathetic toward party politics.
In the 2003 provincial election, only about one-quarter of eligible student-age Quebecers bothered to vote, Boisclair's youth campaign coordinator, Bruno Norval, said yesterday.
Something appears to be stirring, however. The most notable aspect of the PQ leadership campaign has been the "Boisclair effect" on CEGEP and university campuses: overflow audiences for the candidate and hundreds of new members signed up to vote in next month's election.
Boisclair's campaign strategy emphasizes campus appearances. He generally sets aside Tuesdays and Thursdays for speeches at CEGEPs and universities at lunchtime, when students are not in class, as well as meetings with local student leaders and media. He intends to visit about two dozen campuses.
And Norval's team has set up local campus organizations to recruit supporters and distribute information, and even held two summertime training camps to instruct recruiters on how to approach fellow students.
Last week, Norval said, Boisclair organizers at a Montreal CEGEP used what they'd learned to calm a group of anarchists who'd come to disrupt an appearance by the candidate.
The appearances benefit Boisclair's campaign in two ways. They attract potential new members for his campus organizations to sign up; Norval estimated that generally, "20 to 30 per cent" of students who hear Boisclair speak join the party.
And the enthusiastic response to Boisclair shows current party members he might be able to get out the youth vote in an election or a referendum.
Norval said young people are attracted to Boisclair for the very reason that older political journalists have criticized him: He doesn't pretend to have all the answers. Instead, Boisclair challenges their sense of responsibility and "invites them to enter into a dialogue, and to contribute their ideas."
Norval said it was such open-mindedness that "blew me away" when he and other former student leaders sought out Boisclair for a meeting shortly after the latter declared his candidacy in June.
A 24-year-old recent graduate in engineering from Montreal's Ecole polytechnique, Norval is a former secretary-general of FEUQ, the Quebec university student federation.
He described himself as "a member of Nicolas Brisson's gang." He was referring to a 30-year-old former FEUQ president who has already made his mark in the PQ as the campaign manager in the party's landmark by-election victory in the Montreal riding of Laurier-Dorion a year ago. By refusing to concede the minority vote to the Liberals, Brisson engineered the first PQ win in a predominantly non-francophone riding, 36 years after the party's founding.
Norval worked under Brisson on that campaign and for Bloc Quebecois candidate Francois Rebello in the federal riding of Outremont in last year's general election.
Brisson is among 13 former student leaders, besides Norval, who have endorsed Boisclair for the PQ leadership. Norval said that since the Outremont campaign, they have been looking for "a personality to incarnate this movement of political awakening (among young people) that we wanted to start."
In Boisclair, they believe they have found him. And their campaign is trying to build on the momentum of the successful protests against bursary cuts earlier this year, which Norval said showed students political involvement could bring positive results.
With just under two weeks left to recruit members to vote in the election, Norval said his campus organizations have directly signed up "nearly 2,000" of the roughly 5,000 students he hopes to recruit, not counting those who have joined independently.
But recruiting is only part of the job. The hardest part might be "awakening" the students so that they actually vote.
dmacpher@thegazette.canwest.com

Le Québec à l'international, un apport original et dynamique
Jean-Marc Blondeau, Dominique Bonifacio, Marcel Cloutier, Ghislain Croft, Roger Langlois, Christian Latortue, Michel Lucier, Léo Paré, Claude Roquet.
Les auteurs sont des anciens représentants du gouvernement québécois dans le monde.
Le Soleil mardi 4 octobre 2005
La doctrine Gérin-Lajoie n'est ni périmée ni dangereuse pour l'unité canadienne
Comme anciens représentants du gouvernement du Québec dans différents postes (délégations générales, délégations, bureaux, etc.) partout dans le monde, et sous plusieurs gouvernements, nous désirons faire part de notre réaction d'étonnement devant les propos du ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, à l'effet que la doctrine Gérin-Lajoie est périmée et dangereuse pour l'unité canadienne, propos qui contredisent les déclarations plus positives de son premier ministre...
Nous tenons à souligner les faits suivants :
1) Rien dans le droit international ne s'oppose à ce qu'un État constitutif d'un État fédéral puisse conclure avec un État tiers des ententes valides en droit. C'est la Constitution de l'État fédéral qui dit si une telle chose est possible. Or, la Constitution canadienne est muette à ce sujet. Le Conseil privé de Londres a déjà affirmé que, dans les domaines de leur compétence, les provinces sont souveraines. Il a de plus statué que le gouvernement fédéral n'a pas la capacité de mettre en oeuvre un accord qu'il contracterait dans un domaine relevant de la compétence des provinces. Il faut une décision positive de chaque province pour qu'un tel accord s'applique sur le territoire canadien.
2) Le principe énoncé il y a 40 ans déjà par le ministre Paul Gérin-Lajoie à l'effet qu'il revient au Québec d'assumer sur le plan international le prolongement de ses compétences internes n'est pas seulement basé sur des arguments juridiques, mais également sur la situation unique du gouvernement du Québec qui, à partir de la Révolution tranquille, a établi avec l'étranger des liens directs de coopération afin de moderniser la seule société majoritairement francophone au Canada et en Amérique. Cette activité internationale du Québec, déjà engagée en 1871 par l'envoi de représentants à Dublin et à Londres, puis à Paris en 1882, s'est aujourd'hui extraordinairement développée, géographiquement et dans tous les domaines, comme en témoignent, par exemple, les succès à l'international de nos entreprises et de nos artistes.
3) Nous estimons que cette activité internationale du Québec, qui s'est toujours inscrite dans le contexte des grandes lignes de la politique étrangère du Canada, n'est pas une menace à l'unité canadienne, mais au contraire un apport original et dynamique dont devrait se réjouir le gouvernement canadien. Malheureusement, cela n'a pas toujours été le cas, que ce soit en ce qui a trait à la présence du Québec à une conférence et dans une organisation internationales, à sa participation à la négociation et à la conclusion d'une entente dans un domaine de sa compétence, à la possibilité pour le premier ministre ou un ministre québécois de rencontrer ou d'accueillir un visiteur étranger, de rencontrer à l'étranger une personnalité politique ou à l'ouverture de représentations du Québec à l'étranger.
C'est pourquoi nous appuyons la position du gouvernement du Québec, telle qu'exprimée par les ministres concernés, Monique Gagnon-Tremblay et Benoît Pelletier, et particulièrement par le premier ministre, Jean Charest, qui annonçait, lors d'un discours à l'ENAP l'an dernier, vouloir pousser plus loin la doctrine Gérin-Lajoie, et sa décision d'entreprendre des négociations à cet effet avec le gouvernement canadien. Nous estimons également que le gouvernement fédéral devrait démontrer dans ces négociations avec le gouvernement québécois une ouverture d'esprit et une compréhension des intérêts canadiens à long terme. Il ne doit pas être question de subordination, mais de rapports égaux et de collaboration entre deux ordres de gouvernement, comme c'est le cas dans d'autres systèmes fédéraux, comme la Belgique, dans le plein respect de la politique étrangère canadienne (sécurité et défense en particulier).

Unesco: Line Beauchamp prendra la parole
PC
Le Soleil mardi 4 octobre 2005
Ottawa - À défaut de s'exprimer strictement au nom du Québec, la ministre québécoise de la Culture, Line Beauchamp, prononcera une partie du discours canadien sur la diversité culturelle à l'UNESCO, dans deux semaines.
"Il est entendu que le Québec sera membre de la délégation canadienne et pourra s'exprimer au nom, bien sûr, du gouvernement du Québec à l'UNESCO", a déclaré Mme Beauchamp à l'issue d'une rencontre préparatoire tenue hier à Ottawa.
Mais dans les faits, Mme Beauchamp prononcera simplement une portion du discours du Canada au cours de la conférence biennale de l'UNESCO (Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture), qui se tient à Paris ce mois-ci. Son homologue ontarienne, Madeleine Meilleur fera de même, tout comme, évidemment, la ministre fédérale du Patrimoine, Liza Frulla.
Même si cette flexibilité est inhabituelle de la part du fédéral, le gouvernement de Jean Charest aspire à bien plus sur la scène internationale. Il revendique le droit de "s'exprimer de sa propre voix au sein des forums internationaux lorsque ses responsabilités sont concernées", selon une proposition dévoilée par la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay.
Vendredi, cette dernière doit d'ailleurs rencontrer à Montréal son homologue fédéral, Pierre Pettigrew, afin de discuter de la place du Québec dans le monde. En mai 2004, le premier ministre Paul Martin avait reconnu le droit du Québec de s'exprimer en propre. "(Le Québec) est un des piliers du fait français dans le monde. Il doit pouvoir s'exprimer sur les sujets qui le touchent de près. La porte doit lui être toute grande ouverte, sans équivoque. Et elle le sera", avait-il promis dans une allocution prononcée à Laval.
Négociations
Pour ce qui est de la "convention sur la protection de la diversité des contenus culturels et des expressions artistiques", tout indique qu'elle sera signée ce mois-ci à Paris, en bonne partie grâce aux efforts du Québec, du Canada et de la France. Une fois adoptée et ratifiée par au moins 30 pays, elle devrait empêcher l'Organisation mondiale du commerce (OMC) de traiter les biens culturels comme les autres produits commerciaux. Les États pourront ainsi continuer de subventionner leurs industries culturelles, une vive préoccupation au Canada. La quasi-totalité des grands pays du monde se sont rangés derrière le projet, y compris la Chine, l'Inde, l'Union européenne, le Brésil, la Russie, le Japon et la Turquie. L'Australie et la Nouvelle-Zélande devraient s'abstenir, de sorte que seuls les États-Unis et Israël risquent de faire bande à part. Le comité exécutif de l'UNESCO a déjà recommandé aux 190 pays membres de signer le traité.
La ministre Beauchamp a admis que le texte de la convention était un "compromis", mais qu'il était "raisonnable" et équilibré".

Un réel succès
Roch Denis, recteur de l'UQAM
La Presse mardi 4 octobre 2005
La mission de Jean Charest en Chine ne correspond pas du tout à l'image qu'en ont donné les médias
Je reviens de la mission du Québec en Chine. Et bien que n'ayant pas tout vu, ni tout entendu de cette mission là-bas, j'en garde l'impression d'un réel succès. Une chose pourtant me frappe depuis mon retour. Bon nombre de personnes à qui je livre ce témoignage positif paraissent s'en surprendre, informées qu'elles sont par les analyses et compte-rendu de presse que cette mission a plutôt mal fonctionné et qu'elle a zigzagué et improvisé maladroitement entre les rendez-vous ratés, les occasions manquées et des résultats qui ne justifient pas l'argent dépensé.
Je ne pense pas que ce soit le cas. Comme tout le monde, j'ai vu le rendez-vous raté du premier ministre Jean Charest avec le vice-premier ministre chinois et je partage l'avis de ceux qui trouvent que c'était une bien mauvaise idée de prévoir le faire arriver en Chine deux heures à peine avant une rencontre d'une telle importance.
Mais on dirait que ce mauvais coup d'envoi est parvenu à occulter tout le reste et que s'est répandue dans l'air, ici, l'humeur maussade d'un échec, comme si nous avions tous fait partie d'une équipe perdante de la Ligue québécoise d'improvisation.
Spectacle impressionnant
Non. Il fallait voir à Shanghai, ce mardi après-midi 27 septembre, cette très grande salle de l'hôtel remplie de petites tables rectangulaires auxquelles les Québécois de tous secteurs accueillaient les visiteurs chinois intéressés. Pas conscrits. Intéressés, les uns par Madelipêche, à côté des autres par les plastiques industriels ou par le bois, l'agriculture, la forêt, les changements climatiques ou le tourisme, et les autres encore par l'offre de programmes universitaires de nos établissements et par nos créneaux d'excellence en recherche.
Tous dans la même salle. C'était impressionnant, et je me disais qu'il aurait été intéressant que la télé ou les journaux montrent cela aux Québécois. Le discours et le plaidoyer du premier ministre pour la diversité culturelle et donc pour la culture et l'éducation qui ne doivent pas être réduits au statut de biens marchands, fut lui aussi un moment fort de cette mission. Devant un auditorium rempli d'étudiants et de professeurs de l'Université des études étrangères de Pékin, un établissement très prestigieux, le premier ministre y a eu un échange de plusieurs minutes avec son auditoire. C'était le Québec qui se présentait ainsi à ceux qui nous accueillaient et mes collègues et moi qui venions d'assister à l'événement avons trouvé qu'il avait été d'une qualité remarquable.
Il y eut aussi les nombreux séminaires sectoriels dont ceux de l'éducation, avec le succès incontestable de celui de Shanghai en particulier. Et puis les déjeuners organisés par la ministre des Relations internationales avec les diplômés des universités québécoises qui vivent et travaillent en Chine. Le discours du premier ministre consacré à l'environnement et au développement responsable devant la direction, les professeurs et les étudiants de l'Académie du leadership exécutif de Chine mérite aussi d'être souligné.
Outre l'éducation, je sais aussi qu'il s'est passé des choses intéressantes du côté de la culture qui n'ont, à ma connaissance, été rapportées nulle part. De même, je dois dire que le soutien offert à notre présence par les fonctionnaires des ministères représentés a été très important et ce, dans des conditions pas toujours faciles.
Suivis nécessaires
Bien sûr, une mission comme celle-là ne peut être profitable que si les suivis nécessaires lui sont assurés. Mais en quatre ou cinq jours de travail et de rencontres nombreuses là-bas, je pense que le Québec peut dire, malgré les faiblesses et les ratés, d'ailleurs pas tous évitables, mission accomplie.
Dans la cour des grands
En arrière-plan des impressions plus négatives entretenues à l'égard de cette mission, il y a peut être ceci: difficile d'imaginer que le petit Québec puisse jouer dans la cour des grands et intéresser vraiment l'immense Chine qui monte. Pourtant, il fallait être sur place pour constater que tout ne relève pas des dissemblances de taille entre les deux sociétés. Loin s'en faut. Le Québec était la première province du Canada à organiser une mission d'une telle ampleur. Et ce n'est pas vrai non plus que nous n'ayons été reçus que par politesse, entre cent rendez-vous plus importants pour les Chinois. Dans aucune des rencontres auxquelles il m'a été donné d'assister, je n'ai eu cette impression.
Il importe maintenant de regarder les choses en perspective, de miser sur ce que nous savons faire de mieux, de faire des choix et de s'organiser. C'est ce que je tire de ma participation à cette mission 2005 du Québec en Chine. Et cela n'implique d'aucune façon que nous cautionnions la répression des droits et libertés dont sont victimes tant d'opposants et de femmes de ce pays. Il faut au contraire les exposer et les stigmatiser pour ce qu'ils sont.


Conférence sur le système québécois de médiation
Des juges de partout sont curieux de l'initiative de la juge Otis
PC
Le Devoir lundi 3 octobre 2005
Le programme de médiation judiciaire conçu et mis en place par la juge Louise Otis, de la Cour d'appel du Québec, a acquis au fil des ans une telle notoriété internationale que des juges d'un peu partout dans le monde vont venir passer cinq jours à Montréal, à compter d'aujourd'hui, pour recevoir ses enseignements et ceux de son équipe.
Organisé d'abord à la demande du Conseil de l'Europe, le séminaire de formation en question a suscité tellement d'intérêt qu'on a dû ouvrir plus largement les portes. Finalement pas moins de 70 juges et responsables de la formation des juges, en provenance de 22 pays, dont 15 juges canadiens-anglais, participeront à la Conférence internationale d'échange et de développement d'un système de médiation judiciaire intégré.
Malgré les mille et une tâches à accomplir pour tout ce beau monde, la juge Otis n'est pas peu fière. «Le Conseil d'Europe ne va pas à l'extérieur. Il reste en Europe. La formation des ambassadeurs, des magistrats, des diplomates, des cours de hautes juridictions se font sur le territoire européen. C'est exceptionnel qu'il vienne en Amérique et amène son monde pour une session de formation», a indiqué la magistrate dans une récente interview.
Outre les juges québécois, qui ont développé une expérience en médiation judiciaire civile, commerciale, familiale et en facilitation pénale et criminelle, des professeurs de l'Université de Sherbrooke seront mis à contribution. La juge Otis leur doit beaucoup.
«En 1997, quand j'ai lancé le programme, je me voyais seule au monde. Je connaissais ça, négocier. J'avais négocié des conventions collectives toute ma vie, mais j'avais besoin d'aide pour amarrer la philosophie du droit, pour porter le programme. Je me suis tournée vers l'Université de Sherbrooke qui avait créé un programme de règlement des différends. Louis Marquis, doyen de la faculté de droit, est devenu mon complice», a-t-elle indiqué.
Un système intégré
Il faut dire que la juge a conçu un programme qui fait l'envie de plusieurs. «Il s'agit d'un des rares systèmes de justice intégré et hybride au monde. Entre vous et moi, c'est le seul. Je dis l'un des rares, par pure prudence», a-t-elle dit.
Le système en question est intégré dans le sens où toutes les cours (du Québec, supérieure et d'appel) et les divers tribunaux administratifs au Québec (comme la Régie du logement ou la Commission des lésions professionnelles) disposent d'un système de médiation par juge. Il est hybride en ce que les gens ont le choix entre la justice décisionnelle (où un juge tranche) et la justice médiationnelle (où un juge amène les parties à régler leur litige).
«Ça ne coûte rien. C'est un choix sans risque. Si la justice médiationnelle ne fonctionne pas, il reste la justice décisionnelle», avance-t-elle, toujours prête à convaincre.
«Tout citoyen a la possibilité, avant d'aller engager des sommes considérables dans la justice contradictoire, d'essayer de régler en recourant à la médiation, si l'autre partie y consent. C'est un système volontaire», a-t-elle fait remarquer.
D'abord expérimenté en Cour d'appel du Québec, en 1997, le programme de médiation judiciaire a émigré en Cour supérieure, en Cour du Québec, au Tribunal administratif du Québec, les portes d'entrée principales du système de justice. Bon an mal an, en Cour supérieure, 700 dossiers vont en médiation. Le litige est réglé dans 75 % des cas. Le même pourcentage de succès se retrouve en Cour d'appel où il se fait quelque 150 médiations annuellement.
Me Otis est convaincue que le rythme de croisière n'est pas du tout atteint. Elle est très flattée de la tournure des événements. «Cette formation, c'est l'aboutissement. On vient nous voir au Québec», a-t-elle commenté.

The Prime Minister did good
Andrew Cardozo
The Hill Times, October 3rd, 2005
What is remarkable is that it was an appointment by Prime Minister Paul Martin, based on his gut instinct, something he should evidently do more of. No?
Michaëlle Jean's selection for the post of Governor General was greeted with surprise, but reasonably good press back in early August. And then her separatist friends struck and struck hard. As she was taught, there is a tradition for the GG (or GG designates) not to enter the fray, even when they are the subject of it. As the weeks passed, the coverage got silly including broadsides against her husband Jean-Daniel Lafond, for not wearing a tie to that announcement on a hot summer's day.
So it was a welcome change for her long-time admirers, to see the coverage of the installation extraordinarily positive with much hope and optimism for her tenure as head of state.
Of course, there is the fairy tale aspect, her life story and the destiny that came calling.
What is remarkable is that it was an appointment by Prime Minister Paul Martin based on his gut instinct, something he should evidently do more of. Like most francophones he was obviously familiar with her and recognized her stature in Quebec. She is lesser known among anglophones, despite having hosted Rough Cuts on CBC television in English. I thought it passing strange that more than the odd anglophone opinion writer took pride in saying they had never heard of her as if to prove the choice was odd. Guess what? Francophones hadn't heard of Adrienne Clarkson when she was appointed either, although she certainly made a point of getting known during her term. And what about Ray Hnatyshyn and Ed Schreyer--they were hardly known in Quebec before--and after their terms. The two solitudes, no?
Perhaps Jean recognized that one solitude knew her well while the other barely did. What a revolutionary notion to talk of ending these two solitudes?
It is interesting that Jean used those words, after all it was Hugh MacLellan, McGill University professor, who won the Governor General's Award for fiction 60 years ago for his famous 1945 work, Two Solitudes, which, through a love story, explored the separateness of English and French Canadians.
Rarely has one appointment had so much good press from so many media, English and French, reporter, columnist and headline writer. She got the speech right by touching a number of important themes but centrally calling for an end to the solitudes, focusing on unity--using the French term, "solidarity". Even some of the crustiest Parliament Hill watchers, Andrew Coyne and Don Martin to name a couple, fawned over her. When they fawn, Paul Martin can afford to have a good night's sleep--he got this one right.
Ironically, because of all the carping about her alleged sovereigntist leanings and her French (dual) citizenship, her performance was so much more revered, bringing new meaning to the term, grace under pressure. And then there was Marie-Eden the envy of every parent who has had a six-year-old--so natural, well behaved and cute as a button.
Jean's life story, combined with what she said has also brought a new sense of pride to immigrants. She is the Governor General, and guess what, it's okay for her to talk about her immigrant experience. Having batted down the naysayers in a most charming yet definitive manner she has made being an immigrant chic. Really cool. Really hot. Deeply Canadian.
Montreal MP Eleni Bakopanons said as an immigrant women, (a term she seemed surprised to use on herself, but suddenly comfortable with) she was really proud of what Michaëlle Jean represented. While she has known Jean for some years, she exclaimed, "she did us proud at the inauguration."
Toronto Liberal MP Yasmin Ratansi, said Jean was the face of the future of Canada. "When people around the world see her, they will learn how we live with each other." She was pleased that the new head of state had overcome her skeptics stressing that Martin had made a "fantastic appointment."
Ontario Conservative MP Peter Van Loan was moved by her installation speech. He said it caused him to reflect on the hardships that his own grandparents and mother had faced in fleeing oppression in Estonia. "It is so rare to have a public official talk about freedom, one of the defining values of Canada." And now even Paul Cellucci is singing her praises on the freedom issue.
Toronto Liberal Maria Minna took a long term view saying that her appointment, the second non-white person to occupy the high post, "extends the commitment of the government to pursue further the integration of all Canadians. Adrienne Clarkson wasn't a one-off appointment, and then we return to old patterns." She added that we still have to work at the bigger picture, employment equity throughout the system, suggesting that Jean's appointment brings "new momentum and pressure for the system to change."
While no one has ever received a 71 per cent approval rating in Quebec, the Bloc Québécois has some serious rethinking to do on its snub strategy.
There will be slips along the way, and they will get magnified. But what's great to observe is that her gracefulness is infectious. Even some of her critics of past weeks were graceful enough to say they were wrong. That attitude can only be good for Canada.

Rex Murphy
Globe and Mail Saturday, October 1, 2005
I hope it's not awkward to bring this up, but the office of the Governor-General is a ceremonial post.
It's useful to remember this, if for no other reason than to scatter the cloud of incense hanging over the installation of Michaëlle Jean this week. The jaded cynics of the national press corps went into full rhapsody mode, with reviews of her speech that whizzed past being merely complimentary and only stopped at reverential because, I suppose, there was no higher place to go.
My Globe and Mail colleague John Ibbitson came as close to producing a swoon in print as, outside the delicate prose of the romance novelists, it is possible to do. Of Michaëlle Jean he wrote: “She is the becoming Canada,” a tribute made more plangent by being set of against the “old faces [and] old men” of those who hold real office in this country, and one of whom — old face notwithstanding — actually appointed her.
Over at the National Post, the remorseless logician Andrew Coyne, who a few weeks back greeted the appointment of Ms. Jean with as blistering a denunciation as I can recall, started his piece with a surrender notice. “You are my Commander-in-Chief,” was the least fervent whisper of his billet-doux.
All that was missing from some of the commentary was the accompaniment of the Hallelujah Chorus. Lawrence Martin, in The Globe on Thursday, essentially positioned Ms. Jean, so late of two citizenships, as a new Joan of Arc of federalism.
Her arrival on the scene would topple the separatist dream, “turning the André Boisclairs of the world into ghosts.” (PQ leadership candidate Mr. Boisclair is widely seen in Quebec as separatism's new star.) Her speech, according to Mr. Martin, buried all the controversies that attended her appointment, even the one with her dressmaker. It's a rare speech that quiets the haberdashery wars.
This is the kind of unleashed adulation that is normally on display only in the backyard of MuchMusic when Jessica Simpson or Shania Twain pay a visit to the teenagers, and recalls nothing so much in the political world as the ancient swell of Trudeaumania.
And lest it be forgotten in the sunrise glow of Michaëlle Jean's installation, every other major speech she gives from now on she will give as a figurehead. The voice will be hers. The words will be those of the prime minister who has dictated them. It is called The Speech from the Throne, only in deference to the chair she occupies, not the authority of the sitter.
Some of the response to our new Governor-General is easy to account for. She has immense and genuine charm. She is attractive and intelligent. As a good friend of mine from Newfoundland once said of another impressive woman — and this is high compliment — “there are no flies on her, and if there are, they're paying rent.”
Another reason is simple contrast. The real, as opposed to ceremonial, leadership of this country is woebegone and mediocre. There is something very saddening in the recollection, during the leaders' debate in the last election, of just how many, in the press and the public, thought that the separatist leader Gilles Duceppe was the best performer.
Mr. Duceppe is no Cicero; that he could be thought to have outshone Paul Martin, Stephen Harper and Jack Layton speaks more to the dreariness of their presentations than to the sparkle of his.
The citizens of this country have a very lively and enduring suspicion that it is one of the most favoured and fortunate nations on the Earth. But they will have to stagger their brains to remember an occasion within the past 20 years or so when either of our national leaders gave some memorable and convincing articulation of why it should be considered so.
The new Governor-General's speech was astonishing not in its content. In fact, in terms of one of its major themes — that the time of the “two solitudes” is past — it was seriously off-key and anachronistic. To dismiss the concept of two solitudes would have been a great line in a speech by a governor-general 30 years ago. But the concept, like the phrase, is a pure museum piece.
So it wasn't the speech itself. It was the spectacle of someone, finally, at the level of national leadership at least attempting to give voice to the worth of the country, and doing so with some confidence and conviction, that dazzled spectators and commentators alike.
In the week of David Dingwall, the year of Gomery and sponsorship, the decade of no real opposition politics, even one note of something that spoke to themes larger that “gotcha” politics, partisan frenzy and the daily horrors of Question Period took on an aura of substance and nobility by default.
Make no mistake. Her Excellency gave a good speech. But it was made so much better by all the other speeches that our real leaders have not given.
