
Course à la direction du Parti québécois
Louis Bernard n'a qu'une idée en tête: la souveraineté
Kathleen Lévesque
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 octobre 2005
Le candidat juge que les péquistes se laissent distraire de leur objectif en discutant des autres dossiers
Le Parti québécois s'égare dans les méandres du développement durable, de la culture et des finances publiques alors que la course au leadership devrait être l'occasion de se recentrer sur son projet de souveraineté, estime Louis Bernard.
Candidat dans cette course à la direction du PQ, M. Bernard préférerait que les troupes péquistes abordent des questions fondamentales sur la question nationale, comme les motifs pour faire l'indépendance et la mécanique pour y parvenir. Tout autre dossier détourne l'attention.
«On a la tentation de se contenter de dessiner le pays idéal sans voir qu'il faut se retrousser les manches pour convaincre que le Québec doit se construire. [...] La Saison des idées est finie, mais, dans le parti, on n'a pas compris ça encore. Il suffit de regarder l'organisation des débats; c'est la suite de la Saison des idées. Si on s'en tient à ça, on ne fera pas l'indépendance», a déclaré Louis Bernard lors d'une rencontre éditoriale avec Le Devoir.
L'important est ailleurs, selon M. Bernard. Notamment, il faudrait que les péquistes réfléchissent à l'état de leur parti ainsi que sur les mesures à prendre afin de le dynamiser. M. Bernard dit constater que les troupes sont éreintées par les efforts de quatre décennies et pressées que des plus jeunes prennent la relève. «La fatigue a remplacé la ferveur et c'est peut-être la fidélité qui va nous aider. Mais ce n'est pas le temps de baisser les bras et de passer le flambeau. Il faut se retrousser les manches», croit M. Bernard, qui apparaît comme l'un des candidats les plus pressés de faire aboutir le projet souverainiste.
Pour le mener à bien, M. Bernard estime que le Parti québécois doit faire montre de transparence dans ses intentions en mettant cartes sur table lors des prochaines élections générales. Il veut bien se hisser au pouvoir, mais «pas pour les mauvaises raisons». «Je ne voudrais pas qu'on soit élus pour battre le gouvernement Charest. On ne promettra pas aux Québécois qu'on va régler le problème dans les hôpitaux ou investir en éducation ou faire de meilleures routes. Si on est élus, c'est pour gagner un référendum. Si vous ne voulez pas voter OUI à un référendum, ne votez pas pour nous», a lancé Louis Bernard.
Loin de voir dans cette stratégie une attitude casse-cou, M. Bernard soutient que c'est la meilleure façon d'obtenir une victoire référendaire. Il faut toutefois que la mobilisation des souverainistes se soit faite d'ici le prochain scrutin. Ainsi, le chef ne doit pas faire son entrée à l'Assemblée nationale mais se concentrer sur la préparation à une campagne référendaire. Arrivé au pouvoir, le gouvernement enclencherait dans les trois premiers mois la machine référendaire, bénéficiant ainsi de l'élan de la victoire et de la déprime de la défaite de l'adversaire.
De plus, agir rapidement permettrait à un gouvernement péquiste de ne pas se faire happer par la gestion de l'État, qui est un travail à temps plein. Dans ce contexte, il n'y aurait donc aucune réforme de démarrées. Tous les projecteurs se tourneraient vers le référendum, plaide M. Bernard. Et, chose certaine, ajoute-t-il, il n'y aura aucun doute sur le sens du vote.
Ainsi, Louis Bernard exclut l'idée même que le pouvoir puisse permettre de promouvoir le OUI. «On l'a déjà essayée. Ce n'est pas une bonne gageure», a rappelé celui qui a été conseiller entre autres de René Lévesque et de Jacques Parizeau.
D'ailleurs, qu'importe la décision des membres du PQ le 15 novembre prochain, Louis Bernard entend bien demeurer disponible pour la cause.

Course à la direction du Parti québécois
Le préréférendum
Michel David
Le Devoir samedi 8 et dimanche 9 octobre 2005
Quand Louis Bernard a décidé de se lancer dans la course à la succession de Bernard Landry, tout le monde s'est demandé ce que cet ex-mandarin et ex-banquier de 68 ans venait faire dans cette galère.
Personne ne doute de son désir absolu de voir se réaliser la souveraineté, mais la démarche qu'il propose est si singulière qu'on en arrive à se demander s'il n'est pas davantage motivé, consciemment ou non, par le souci d'éviter un troisième NON.
Dans son esprit, tout ce qui risque de polluer les résultats de ce qu'il appelle l'«élection préréférendaire» doit être éliminé. Le PQ ne devrait donc pas faire campagne sur son projet social-démocrate ni sur le bilan du gouvernement Charest. Un seul enjeu : la souveraineté. «Si vous ne voulez pas voter OUI au référendum, ne votez pas pour nous autres», a-t-il résumé lors de son passage au Devoir, jeudi.
De cette manière, le PQ pourrait aller chercher le vote des adéquistes ou des partisans de l'UFP qui sont souverainistes mais qui trouvent le programme du PQ trop à gauche ou trop à droite, estime M. Bernard.
Il ne tient cependant pas compte des fédéralistes déçus du gouvernement Charest, qui n'auront pas d'autre choix que de voter libéral en se bouchant le nez. Le PLQ ne demande certainement pas mieux que de transformer le prochain scrutin en préréférendum. Il serait même inespéré que le PQ le fasse lui-même.
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La proposition de M. Bernard a l'avantage de donner au camp souverainiste une formidable police d'assurance contre un référendum perdant. Le résultat qu'obtiendrait le PQ constituerait en effet un plafond qu'il serait illusoire de penser défoncer lors du référendum. S'il ne réussissait pas à approcher la barre des 50 % à l'élection, il deviendrait suicidaire de le tenir.
«Je vais avoir l'élan de la victoire et mes adversaires vont avoir la déprime de la défaite», dit-il. C'est exactement le contraire qui s'est produit en 1998. La soirée électorale du PQ, au Centre des congrès de Québec, avait des allures de veillée funèbre. M. Bernard est d'ailleurs le premier à admettre qu'un résultat électoral décevant poserait un très sérieux problème à un gouvernement péquiste.
Le dernier sondage interne du PQ, qui lui accorde 54,6 % des intentions de vote, est certes encourageant. L'explication officielle est que l'effondrement du vote adéquiste traduit l'«effet Boisclair». En réalité, un changement de chef a toujours un effet positif sur la popularité d'un parti politique, mais il est généralement d'une durée limitée, comme l'illustre très bien l'exemple de Jean Charest.
Les électeurs plus jeunes, sur lesquels M. Boisclair fait manifestement bonne impression, ont également la fâcheuse tendance à voter en moins grand nombre que leurs aînés, même s'ils répondent aux sondages.
Il ne faudrait pas négliger les puissants moyens de persuasion que procure le pouvoir, direz-vous. Le scandale des commandites en est sans doute un triste exemple, bien indigne de vertueux souverainistes, mais un exemple quand même.
Le problème est que M. Bernard ne croit pas que le pouvoir comporte d'autre avantage que celui de permettre la tenue d'un référendum. Selon lui, l'exercice du pouvoir ne peut qu'empêcher un gouvernement souverainiste de se consacrer à ce qui constitue sa seule raison d'être, c'est-à-dire réaliser la souveraineté. D'où sa détermination à tenir le référendum dans les mois qui suivraient son avènement.
À l'écouter parler, on ne peut s'empêcher de penser que son long passé de technocrate, à moins que ce ne soit la banque, lui fait voir les choses avec une froideur qui est étrangère à la plupart des militants péquistes. À ses yeux, la «tentation de dessiner le pays idéal», qu'encouragent la plupart des autres candidats, constitue un dangereux égarement, qui ne peut que diviser le vote souverainiste.
Depuis sa création, le PQ a toujours été divisé entre ceux qui perçoivent la souveraineté comme le véhicule d'un projet de société -- on dit aujourd'hui «projet de pays» -- résolument social-démocrate et ceux qui y voient plutôt un instrument qui permettra aux Québécois de choisir entre divers projets. M. Bernard appartient à cette deuxième catégorie, mais le congrès de juin a consacré le triomphe de la première.
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Même un homme comme lui doit parfois sacrifier à la rectitude politique. Le mois dernier, il avait brutalement lancé à André Boisclair, sur les ondes de Télé-Québec, qu'il n'avait pas l'expérience requise pour diriger quoi que ce soit. Malgré l'extrême clarté de ses propos, il soutient aujourd'hui s'être mal exprimé. Même après avoir conseillé des premiers ministres pendant des années, personne n'est à l'abri d'une coche mal taillée.
S'en prendre à M. Boisclair devient un exercice périlleux. Il fallait voir la férocité avec laquelle ses partisans ont répliqué à la dernière chronique de Lysiane Gagnon. Toujours prompt à défendre son maître du jour, Sylvain Simard y a aussitôt vu un complot ourdi par les «élites fédéralistes». Assez curieusement, Jean-Claude Saint-André voyait plutôt en M. Boisclair «l'homme de Gesca». Il faudrait savoir !
Il n'y a plus de règle qui tienne au PQ, sinon celle du plus fort. Il y a un an, Nicole Léger avait été démise de son poste de whip adjoint parce qu'elle avait osé réclamer une course au leadership. Jeudi, le leader adjoint, Stéphane Bédard, a lui aussi manqué au devoir de neutralité que lui impose sa fonction, mais il ne subira aucune sanction.
Ses explications au sujet de l'ambiguïté de la règle sentaient la mauvaise foi à plein nez. En réalité, il se fichait éperdument de ce que pouvaient penser Louise Harel ou Diane Lemieux. De toute évidence, les partisans de M. Boisclair tiennent son élection pour acquise et ne se sentent d'allégeance qu'envers lui. L'ambiance s'annonce joyeuse au sein du caucus péquiste au cours des premières semaines de la session qui s'ouvrira bientôt à l'Assemblée nationale.
mdavid@ldevoir.com

Sylvain Simard accuse «les élites fédéralistes» de vouloir déstabiliser Boisclair
Robert Dutrisac
Le Devoir vendredi 7 octobre 2005
Mont-Tremblant - Lors de la dernière journée du caucus présessionnel du Parti québécois, André Boisclair est demeuré le centre d'attention alors que le député de Richelieu, Sylvain Simard, a accusé «les élites fédéralistes» de vouloir déstabiliser le candidat qui domine la course à la direction du parti.
«Certaines élites fédéralistes, notamment certains médias, sont prêts, semble-t-il, à faire n'importe quoi pour déstabiliser André Boisclair», a livré Sylvain Simard, qui s'en prenait à la chronique de Lysiane Gagnon parue hier dans La Presse. Dans son texte, la chroniqueuse a accusé M. Boisclair d'avoir fait de la «fausse représentation» en écrivant dans sa biographie officielle qu'il avait obtenu une maîtrise en administration publique de l'université Harvard.
Le député de Gouin, Nicolas Girard, un supporter de M. Boisclair, a distribué hier des photocopies du diplôme obtenu par M. Boisclair après un an d'études à la John Fitzgerald Kennedy School of Government, affiliée à Harvard. Le document stipule sans équivoque que l'université Harvard a décerné à M. Boisclair «the degree of Master in Public Administration», ce qui se traduit par «le diplôme de maîtrise en administration publique».
Les avocats de M. Boisclair ont par ailleurs fait parvenir hier une mise en demeure à la journaliste Lysiane Gagnon de La Presse, la sommant de se rétracter dès aujourd'hui, à «un endroit aussi en vue que l'article du 6 octobre». On y précise entre autres qu'un diplôme de maîtrise a bel et bien été décerné à M. Boisclair par l'université Harvard et non par une «institution rattachée», comme le stipulait l'article. Les avocats du candidat dénoncent aussi la «remarque tendancieuse» de la chroniqueuse voulant que ce type de diplôme «s'achète».
Selon M. Simard, avec le traitement réservé à M. Boisclair dans cette chronique, on tente «par tous les moyens de mettre le doute sur le personnage d'André Boisclair, qui est en train de devenir au Québec un phénomène politique majeur». «Le charisme de M. Boisclair est en train de réussir à atteindre profondément les Québécois», estime le député qui, évidemment, a choisi son camp dans la course. «Le phénomène risque d'entraîner l'adhésion, comme ç'avait été le cas avec Lucien Bouchard, à l'idée souverainiste», a avancé le supporter.
Derrière des portes closes, les députés péquistes ont pris connaissance du dernier sondage interne que le PQ a effectué en collaboration avec le Bloc québécois. Le sondage a été réalisé auprès de 1000 personnes entre le 21 et le 25 septembre, dans la foulée des aveux de M. Boisclair à propos de sa consommation passée de cocaïne. Les appuis au PQ, en progression depuis juin, s'élèveraient à 54,6 %, soit 4,6 % de plus qu'en août. Stable depuis le début de l'année à l'exception du mois d'avril, où les révélations à la commission Gomery ont nui au score libéral, le PLQ croupit à 30 % et l'insatisfaction à l'endroit du gouvernement Charest se situe à 70 %. C'est l'Action démocratique du Québec, en baisse constante depuis mai, qui perd le plus de points, selon l'enquête du PQ-BQ: le parti de Mario Dumont se retrouverait à seulement 12 %, en baisse de 6 % depuis août. À 55,9 %, l'appui à la souveraineté gagne un point. Selon l'analyse qu'on en fait à l'interne, ce sondage suggère un «effet Boisclair». On fait aussi observer que les 30-35 ans qui étaient passés à l'ADQ reviendraient au parti en raison de la force d'attraction du candidat Boisclair.
Par ailleurs, le nombre de membres en règle du PQ vient de dépasser les 100 000, a appris Le Devoir.
Pour le camp de Richard Legendre, l'heure est aux réflexions stratégiques. Selon nos informations, le sondage que l'organisation a commandé, réalisé la semaine dernière, a jeté une douche froide: il confirme l'avance de M. Boisclair et place M. Legendre loin derrière, en troisième place après Pauline Marois. On cherche désormais à s'assurer d'être bon deuxième.
À l'entrée de la réunion des députés hier, la chef de l'opposition officielle, Louise Harel, s'est montrée mécontente du député de Chicoutimi, Stéphane Bédard. L'élu, qui occupe un poste officiel au sein de la députation, soit celui de leader parlementaire adjoint, s'est permis d'enfreindre une règle, adoptée par le caucus, en annonçant mercredi son appui à M. Boisclair. Selon Mme Harel, M. Bédard a clairement fait fi de la règle qui exigeait sa neutralité dans la course, tout comme celle de la chef, de la présidente du caucus, de la leader, du whip et du whip adjoint.
Devant la presse, M. Bédard s'est expliqué hier en soulignant qu'il ne pensait pas être soumis à cette règle. «La règle ne me semblait pas claire», a-t-il dit, soulignant son «ambiguïté». Il a reconnu qu'il aurait «peut-être» dû parler à Mme Harel et au député de Dubuc et whip adjoint, Jacques Côté, avant de faire son annonce, comme le lui avait suggéré le whip, Michel Morin. Pour sa part, M. Côté, qui maintient sa neutralité, s'est dit surpris de la sortie de son collègue et cachait mal sa déception. Michel Morin s'est réfugié derrière le manque de clarté de la règle. «Je ne vous dis pas que c'était clair comme de l'eau de roche», a-t-il dit, reconnaissant que le caucus «était mal à l'aise» avec l'annonce du député.
Mais le mal est fait: M. Bédard, dont on ne pouvait pas douter de l'allégeance dans cette course - son père Marc-André et son frère Éric font partie de l'organisation de M. Boisclair -, ne peut pas retourner dans le temps. Louise Harel, bien qu'elle promette d'avoir «une conversation amicale» avec son impertinent député, a décidé de passer l'éponge: M. Bédard gardera son poste de leader adjoint et celui de porte-parole en matière de justice. «La question est close», a tranché la chef.
Aux côtés de la leader parlementaire, Diane Lemieux, et de la présidente du caucus, Agnès Maltais, Mme Harel a donné l'assurance que les députés péquistes allaient faire leur travail d'opposition face au gouvernement Charest, «le champion des promesses non tenues». Elle a aussi réclamé que le premier ministre annonce la tenue des trois élections partielles (Outremont, Verchères et Sainte-Marie-Saint-Jacques) au plus tard au début de novembre de façon à ce que l'élection dans Outremont ne se tienne pas entre Noël et le jour de l'An, la limite de temps prévue pour la déclencher.
De son côté, Mme Lemieux a fait valoir que le gouvernement Charest est «embourbé, paralysé et incapable d'agir». On attend toujours sa politique énergétique, celle sur la conciliation travail-famille, les plan régionaux pour la forêt à la suite du rapport Coulombe ainsi que les suites à donner à la décentralisation et au pacte fiscal avec les municipalités, a-t-elle dit, ajoutant que le gouvernement «est pris en flagrant délit de contradiction» en ce qui a trait à ses relations «qui vont mal» avec le gouvernement fédéral.
À l'Assemblée nationale, la députation péquiste relancera notamment les questions de l'alourdissement fiscal et tarifaire affectant les familles, de la révision de la Loi sur la protection de la jeunesse, de l'énergie éolienne, du financement de l'éducation, de la place du Québec sur la scène internationale et du «démantèlement appréhendé» des services de garde en milieu familial, a énuméré Mme Harel.

"Moi, je suis rentré là-dedans sans préparation"
Nathaëlle Morissette
La Presse vendredi 7 octobre 2005
Dix ans plus tard, Lucien Bouchard admet s'être lancé tête première dans la campagne référendaire de 1995
Près de 10 ans après le second référendum sur la souveraineté, l'ancien premier ministre du Québec, Lucien Bouchard, admet qu'il s'est lancé la tête la première dans la campagne référendaire.
M. Bouchard, chef du Bloc québécois à l'époque, est entré en scène trois semaines avant le vote crucial du 30 octobre 1995. Le premier ministre de l'époque, Jacques Parizeau, dirigeait alors les troupes souverainistes, mais ne parvenait visiblement pas à faire " lever " la campagne du OUI.
L'intervention du chef bloquiste, charismatique et populaire auprès de l'électorat, devenait donc nécessaire aux yeux des stratèges souverainistes. L'arrivée-surprise de Lucien Bouchard, parachuté sur toutes les tribunes en compagnie de M. Parizeau, s'est fait dans la plus grande improvisation, raconte l'homme qui s'est rarement prononcé sur le sujet depuis qu'il a tiré un trait sur la vie politique. " On était au bout, a déclaré hier M. Bouchard en entrevue à La Presse. Moi, je suis rentré là-dedans sans préparation. J'ai atterri là, il restait trois semaines. Je n'avais pas de texte, rien. On y allait. "
" Son arrivée était un peu comme un sauve-qui-peut, mentionne Jean-Herman Guay, politologue à l'Université de Sherbrooke. Ce n'était pas prévu. "
Trou de mémoire
Dix ans plus tard, Lucien Bouchard ne peut évoquer le souvenir de ce moment marquant de l'histoire sans que l'émotion ne lui étrangle la voix. " Ça a été une semaine très éprouvante pour moi. "
Il a d'ailleurs visionné avec ses deux enfants Point de rupture, un documentaire réalisé par Pierre Béliveau et Jacqueline Dubé-Corkery, portant sur les dessous et les événements marquants qui ont précédé le référendum. L'ancien premier ministre a toutefois refusé de participer au reportage. " Je ne me voyais pas me commenter moi-même. Je pensais que je n'avais pas à être là. "
Mais les images diffusées l'ont complètement renversé. Les discours, les bains de foule, les événements publics: plusieurs éléments s'étaient effacés de sa mémoire, confie-t-il. " C'était percutant. Je regardais ce gars-là qui parlait. J'en avais oublié la moitié. Et j'ai revécu tout ça dans une dose concentrée de quelques heures avec mes fils. "
Et le souvenir le plus douloureux? " Évidemment, le crève-coeur de la fin. "

Le populisme fiscal
Alain Dubuc
La Presse vendredi 7 octobre 2005
Après le déséquilibre fiscal, les Canadiens auront droit au populisme fiscal. Il n'y a pas d'autres façons de décrire le projet du gouvernement Martin qui consiste à distribuer une partie de ses surplus budgétaires en promettant une espèce de ristourne aux contribuables.
Ce projet de loi sur la répartition des surplus, déposé hier, ressemble beaucoup à l'initiative du premier ministre albertain Ralph Klein, qui a décidé de faire profiter les citoyens de sa province de l'abondance pétrolière en redistribuant le surplus budgétaire, ce qui donne un chèque de 400 $ à chaque personne, y compris les enfants. Ottawa ne pense toutefois pas à des chèques, mais plutôt à un crédit d'impôt.
L'initiative libérale inscrit dans une loi ce qui était l'un des éléments du second livre rouge électoral du premier ministre Jean Chrétien, qui proposait de répartir l'utilisation des surplus entre trois postes, un tiers pour la réduction de la dette, un tiers pour financer des programmes, et un tiers en baisse d'impôts.
L'idée est attrayante, elle est sans doute rentable sur le plan politique, mais ce concept de ristourne, une forme de fiscalité remarquablement primitive, ne s'attaque pas au fond du problème. Car ce projet de loi ne règle pas l'existence à Ottawa de surplus récurrents et règle encore moins la question du déséquilibre fiscal entre Ottawa et les provinces.
Au risque de paraître simpliste, il faut repartir à zéro en énonçant ce qui devrait être une évidence. La meilleure façon de régler le problème des surplus, c'est de ne pas en faire. Le gouvernement central est certainement capable de développer des mécanismes qui lui éviteront de se tromper dans ses prévisions budgétaires et d'éviter de découvrir à chaque année, qu'au lieu du déficit zéro prévu, il se retrouve avec des surplus de cinq à dix milliards, quitte à faire appel à des ressources extérieures plus objectives.
Et la meilleure façon d'éviter ces surplus, c'est de baisser les impôts. Les finances publiques fédérales ont ceci de particulier que les revenus de l'État croissent plus vite que ses dépenses, ce qui dégage une marge de manoeuvre, année après année. Une réduction claire et nette des impôts rétablirait l'équilibre et imposerait également au gouvernement central une discipline qui lui fait défaut. Dans son projet de loi, rien ne force Ottawa à réduire ses surplus, qui peut au contraire tenter de les maintenir à de hauts niveaux, pour avoir des ristournes à redistribuer, ou pour lancer en cours d'année budgétaire de nouvelles initiatives de dépenses.
Il y a bien sûr un risque. C'est qu'un budget plus serré et sans coussins pourrait laisser le gouvernement canadien démuni s'il survenait une crise. C'est cette prudence qui animait Paul Martin, alors ministre des Finances. Mais dix ans plus tard, il est plus que temps de revoir une mesure de prudence dont la nécessité ne s'est jamais fait sentir. Et surtout, on peut rappeler que si, par malheur, les choses allaient moins bien que prévu, Ottawa pourrait faire ce que presque tous les gouvernements provinciaux sont obligés de faire, c'est-à-dire resserrer les cordons de la bourse en cours d'année pour balancer ses livres. Ça n'a jamais tué personne.
Mais ce qui est le plus troublant, c'est qu'en définissant des règles d'utilisation des surplus, le gouvernement Martin reste maître de ses ressources inutiles, se bâtit une cagnotte et ferme la porte à tout partage fiscal. Une vraie baisse des impôts, nette, claire et permanente, en plus de contraindre Ottawa à une certaine discipline, donnerait une marge de manoeuvre aux provinces qui pourraient choisir d'occuper le champ fiscal délaissé par le gouvernement central. La baisse des impôts fédéraux reste la façon la plus simple de corriger le déséquilibre fiscal, même si elle a le désavantage de favoriser les provinces riches, dont la contribution fiscale est plus élevée.
Plusieurs porte-parole fédéraux ont tourné cette avenue en ridicule en disant que rien n'empêche les provinces d'augmenter leurs impôts maintenant, d'autant plus qu'elles occupent à peu près les mêmes champs fiscaux qu'Ottawa. Ce genre d'argument est franchement irresponsable venant d'un gouvernement central qui a d'importantes responsabilités macro-économiques et qui doit tenir compte de l'effet cumulatif des fiscalités fédérales et provinciales et se préoccuper de l'impact d'un fardeau fiscal excessif sur la croissance et la compétitivité.
Mais le cadeau fédéral ne permet pas ce rééquilibrage sur lequel pourraient compter les provinces, parce qu'il est arbitraire, irrégulier et imprévisible. Au contraire, parce qu'il codifie l'utilisation des surplus fédéraux, il consacre le fait que les provinces ne pourront pas compter sur une marge de manoeuvre additionnelle, et il nous éloigne d'un nouveau pacte fiscal qui répartirait intelligemment les ressources entre les ordres de gouvernements.

Espaces francophones
Pierre Allard
Le Droit vendredi 7 octobre 2005
À Ottawa comme partout au Canada, le véritable bilinguisme repose sur la présence d'une société francophone vibrante et d'espaces francophones lui permettant de s'instruire, de travailler et de vivre en français. Le véritable bilinguisme ne vise pas l'apprentissage des deux langues par tous et par toutes, mais bien la capacité pour les francophones (et les anglophones) de s'exprimer dans leur langue de façon normale dans des milieux qui leur sont propres.
Les Franco-Ontariens ont compris cela depuis longtemps en réclamant et en obtenant un réseau d'écoles françaises. On s'était rendu compte que les anciennes écoles bilingues favorisaient l'assimilation des jeunes francophones. Même dans les écoles devenues françaises, la présence d'élèves unilingues anglophones (en immersion) entraînait les jeunes francophones à parler l'anglais. En Ontario, on a donc créé à l'élémentaire, au secondaire et au collégial des espaces où la culture française d'ici peut s'épanouir.
Le malheur, pour les Franco-Ontariens, c'est que ce principe d'homogénéité culturelle se soit arrêté au collégial. Les Acadiens ont complété leur réseau avec la création de l'Université de Moncton, mais il n'existe toujours pas en Ontario d'université de langue française. Les étincelles provoquées par notre rédacteur Denis Gratton dans sa chronique "Speak White " et les commentaires subséquents du vice-recteur aux études de l'Université, Robert Major, auront rougi à cet égard de vieilles braises.
Au-delà de la polémique sur la directive un peu scandaleuse de l'Université, qui avait demandé à ses employés francophones de s'exprimer en anglais entre eux à une foire torontoise, M. Major a raison sur une donnée fondamentale du problème : l'Université d'Ottawa est souvent perçue comme une université de langue française par de nombreux anglophones. Ce qu'il ne dit pas, cependant, c'est qu'elle est depuis encore plus longtemps perçue par les Franco-Ontariens comme "leur" université.
C'était le cas à l'époque où je l'ai fréquentée, dans les années soixante, alors que les francophones y étaient majoritaires. À cette époque, de nombreux Franco-Ontariens, y compris la normalement très prudente ACFO, avaient réclamé la transformation de l'institution de la Côte de Sable en université de langue française. Depuis ce temps, la proportion de francophones a dramatiquement chuté au tiers seulement des effectifs, mais l'Université a conservé sa mission de promotion du français en Ontario. La perception demeure donc d'une institution franco-ontarienne.
La réalité est brutalement différente. L'Université d'Ottawa est devenue au fil des ans une institution où les étudiants anglophones occupent une position dominante et où, malgré de nets progrès dans des facultés telles que la médecine, nombre de francophones doivent toujours étudier partiellement ou entièrement en anglais. Alors que les anciennes 13e années offraient et que La Cité collégiale offre toujours des espaces francophones pour des motifs que tous comprennent, l'Université d'Ottawa oblige les étudiants de langue française, dont plusieurs n'ont que 17 ans, à évoluer dans un milieu bilingue à majorité anglaise. Peut-être n'y a-t-il pas de solution immédiate - peut-on songer éventuellement à un campus de langue française ? - mais le vrai problème est là.
Un peu comme dans la fonction publique fédérale, où les plus récentes statistiques démontrent un rétrécissement outrageux de milieux francophones déjà exigus. Nous apprenions en effet hier qu'à peine 5 % des emplois fédéraux sont des emplois francophones, alors que le quart du pays parle et vit en français. Le français au travail, c'est comme le français à l'école. Sans espace, sans milieu qui lui soit propre, il ne peut s'épanouir. Il sera condamné à s'atrophier. La réalité, dans la fonction publique fédérale, c'est que les francophones doivent connaître l'anglais, alors que la grande majorité des anglophones peuvent demeurer unilingues.
Le bilinguisme que tous s'acharnent à défendre - - avec raison - dans les institutions fédérales et ontariennes ne doit pas se limiter à dispenser des services dans les deux langues officielles. Il doit aussi offrir à la société francophone du Québec, aux communautés de langue française des autres provinces et particulièrement à ceux qui parlent français de la région de la capitale des espaces où ils se reconnaissent et auxquels ils pourront s'identifier.

La privatisation de la SAQ albertaine : un échec !
Poirier, Martin; Petit, Martin
Le Soleil vendredi 7 octobre 2005
Les mythes ont la vie dure. C'est particulièrement vrai pour la privatisation de l'Alberta Liquor Control Board (ALCB), la "SAQ albertaine", présentée depuis 10 ans comme un modèle à suivre pour le Québec. Selon ses défenseurs, les Albertains bénéficieraient de prix plus bas, d'une meilleure sélection en magasin et de revenus plus élevés pour le gouvernement provincial grâce à la privatisation. Ces assertions ne collent pas du tout à la réalité.
Voyons les produits offerts. Selon une étude de l'Institut économique de Montréal (IEDM), l'Alberta offrirait un plus grand nombre de produits qu'au Québec. Pourtant, tous les sondages réalisés sur la sélection de produits démontrent que le nombre de produits offerts en magasins a diminué en Alberta à la suite de la privatisation de l'ALCB. Comment concilier ces deux résultats contradictoires ? L'IEDM utilise le nombre de produits en entrepôt, sans spécifier dans quelle mesure ces produits se retrouvent effectivement en magasin.
En Alberta, depuis la privatisation, tous les produits ont accès à l'entrepôt, qu'il y ait ou non un marché potentiel pour les écouler, alors qu'au Québec des études de marché sont réalisées pour qu'on ne commande pas des produits inutilement. Les coûts d'entreposage ont d'ailleurs augmenté depuis la privatisation en Alberta en raison de ces nombreux produits en inventaire. Pour les consommateurs, le choix diminue parce que les magasins privés se concentrent sur les produits à fort volume et négligent la sélection.
Autre mythe véhiculé par l'IEDM : les Albertains paieraient moins cher la bouteille. Pourtant, les données compilées par Statistique Canada démontrent qu'au moment de la privatisation (janvier-février 1994), les prix des produits ont augmenté de 10 % en un mois seulement. Sur une période de 10 ans à la suite de la privatisation (1993-2002), les prix des produits alcoolisés ont augmenté de 34 % en Alberta contre seulement 16 % au Québec et 18 % dans l'ensemble du Canada.
L'IEDM arrive à une autre conclusion, car elle utilise des chiffres qui ne se comparent pas, des produits spécifiques d'une province à l'autre. Ces prix peuvent varier pour une foule de raisons : structures de marché, mélange de produits, proximité de l'entrepôt d'un fournisseur, ampleur et structure des taxes prélevées, etc. Ainsi, au Québec, la bière est principalement vendue dans les dépanneurs et il se boit plus de vin que dans les autres provinces, toutes proportions gardées. Ces deux facteurs contribuent à augmenter les coûts au Québec pour les magasins de la SAQ (pertes de volumes de ventes pour la bière et service à la clientèle plus important pour le vin), ce qui rend toute comparaison interprovinciale boiteuse. Un service privatisé ne changerait rien à ces réalités. Au contraire, l'expérience albertaine montre qu'on doit s'attendre à une hausse des prix considérable.
Le gouvernement albertain reçoit également beaucoup moins de revenus à la suite de la privatisation de l'ALCB. Alors qu'il aurait dû recevoir 60 % plus de revenus en 2002 qu'en 1992 en raison de la hausse des ventes (en litres) et de la hausse des prix des produits alcoolisés, les revenus gouvernementaux n'ont augmenté que d'un maigre 22 %. Pourquoi ? Pour aider les entrepreneurs en difficulté en raison de la multiplication des points de vente, le gouvernement a consenti cinq baisses de taxes en sept ans. Curieusement, ces baisses de taxes sur les produits alcoolisés n'ont eu aucun impact significatif sur les prix des produits en magasin !
Finalement, les employés ont perdu beaucoup à la suite de la privatisation. Le taux horaire moyen a connu une baisse de 36 % en deux ans seulement. Si on considère également la perte des avantages sociaux, la diminution de la rémunération serait de l'ordre de 50 %. À court terme, l'emploi a considérablement diminué et les ex-employés ont subi un taux de chômage élevé. À long terme, la privatisation a fait apparaître seulement 400 nouveaux emplois, ce qui représente 21 % des nouveaux emplois créés dans le secteur de la vente de produits alcoolisés de 1993 à 2002, le reste étant attribuable à la hausse des volumes de vente. Cette hausse du nombre d'emplois, attribuable à la multiplication des points de vente, est insuffisante pour couvrir la baisse de la rémunération. Autrement dit, les employés travaillent plus d'heures pour une rémunération globale inférieure.
Bref, la privatisation de l'ALCB n'a fait que des perdants, à part quelques gros joueurs qui ont réussi à s'imposer sur le marché et qui commencent à former un oligopole privé à la place de l'ancien monopole public. Qui souhaite vraiment reproduire une telle expérience au Québec ?
*MARTIN POIRIER ET MARTIN PETIT. Les Impacts de la privatisation de la vente des produits de l'alcool en Alberta. Institut de recherche et d'informations socio-économiques, 2003, 102 p. Disponible dans le site de l'IRIS : www.iris-recher che.qc.ca
Chercheurs à l'Institut de recherche et d'information socio-économique (IRIS) et auteurs d'une étude* portant sur les impacts de la privatisation de l'Alberta Liquor Control Board

Le Québec doit se donner un plan B, selon des observateurs
Antoine Robitaille
Le Devoir vendredi 7 octobre 2005
C'est aujourd'hui que le ministre des Affaires étrangères du Canada, Pierre Pettigrew, et la ministre des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, se rencontrent pour discuter de l'épineuse question de la place du Québec sur la scène internationale. Un certain mystère entoure cette réunion puisque la ville et le lieu ont été gardés secrets, de même que l'ordre du jour. Mme Gagnon-Tremblay et le ministre des Affaires intergouvernementales Benoît Pelletier, qui participera à la rencontre, parlent de «négociations» alors que M. Pettigrew et l'autre ministre qui devrait être de la rencontre, Lucienne Robillard, disent qu'il ne s'agit que d'un «échange de bonnes pratiques».
Québec, qui veut éviter que sa participation aux forums internationaux soit à renégocier à chaque occasion et dépende en définitive des personnalités en poste au fédéral, a récemment déposé un document étoffant sa demande. Il y a un an et demi, le ministre Pettigrew s'était engagé auprès de Québec à s'entendre sur une formule fixe en la matière. Benoît Pelletier a rappelé cette semaine que Paul Martin s'était engagé, en mai 2004, à ouvrir la porte «toute grande» au Québec au moins à l'UNESCO.
Plan B
«Le gouvernement Charest devrait d'ores et déjà se donner un plan B», estime le politologue Stéphane Paquin, de l'Université du Québec à Montréal (UQAM), puisqu'il est «fort probable», compte tenu des dernières déclarations de M. Pettigrew, que le fédéral rejette la position du Québec. Spécialiste de la diplomatie des États non souverains, M. Paquin estime que le gouvernement Charest devrait réagir en créant une commission parlementaire permanente sur les relations internationales à l'Assemblée nationale, à l'image de celle qui existe à Ottawa.
Cette commission «aurait pour mandat, entre autres, d'examiner les ententes ou conventions internationales du Canada qui affectent les champs de compétence du Québec, et ce, avant, pendant et après la négociation par le gouvernement fédéral». La Loi sur le ministère des Relations internationales (MRI) prévoit déjà que «tout engagement international important» doit être approuvé par l'Assemblée nationale et que Québec ne peut pas se décréter lié par un engagement fédéral sans l'approbation préalable de son parlement. Pour protéger leurs intérêts, les partenaires internationaux du Canada auraient donc intérêt à exercer une pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il tienne compte des revendications du Québec. Cette commission pourrait même avoir un mandat plus large, y compris l'étude des crédits du MRI, la révision des nominations à l'étranger - souvent politiques - ou encore l'examen des rapports d'organismes publics tel l'Office franco-québécois pour la jeunesse. Un autre politologue, Marc Chevrier, lui aussi de l'UQAM, croit qu'une telle commission permettrait de sortir les questions internationales «du cercle restreint des grands mandarins, des quelques spécialistes de la chose» et de journalistes ne s'intéressant qu'à la seule dispute Québec-Ottawa.
Selon M. Chevrier, qui par le passé a travaillé dans la fonction publique québécoise, «si Ottawa peut se permettre d'attaquer la doctrine Gérin-Lajoie, c'est que les membres de l'appareil libéral fédéral [le PLC] sont persuadés, à tort ou à raison, que les Québécois se désintéressent de ces questions» et que le PLC a plus à gagner dans le reste du Canada en prônant «l'unitarisme» en ces matières. Pierre Pettigrew a d'ailleurs déclaré mercredi que «c'est un mythe de penser qu'il y a seulement le gouvernement du Québec qui reflète les vues des Québécois» car les ministres fédéraux «parlent également au nom des Québécois».
Au bureau de M. Pelletier hier, on refusait d'envisager «des scénarios pessimistes» tout en étant au courant de la proposition Paquin. Quant au critique en matière internationale du Parti québécois, Daniel Turp, il considère l'idée d'une commission «très intéressante». «Mais le vrai plan B dans ce domaine, c'est la souveraineté», a-t-il dit.

Turp dénonce Ottawa et l'attitude de Pettigrew
PC
Le Quotidien vendredi 7 octobre 2005
Mont-Tremblant - "Le ministère canadien des Affaires étrangères et ses faucons ont déteint sur le ministre Pierre Pettigrew", déplore le député péquiste de Mercier, Daniel Turp.
M. Turp a dénoncé jeudi l'attitude "fanatique" du ministre fédéral Pierre Pettigrew qui refuse au Québec le droit de parler en son nom propre sur la scène internationale.
Le député de Mercier est intervenu la veille où deux ministres du gouvernement québécois, Benoît Pelletier et Monique Gagnon-Tremblay, doivent rencontrer les ministres fédéraux Lucienne Robillard et Pierre Pettigrew, pour débattre de la place du Québec sur la scène internationale.
Le député Turp a noté que la nature même de la rencontre suscite des dissensions. Les deux ministres québécois parlent de "négocier une entente" avec leurs homologues fédéraux tandis que ces derniers parlent de "simples échanges" sur le sujet.
M. Turp a rappelé qu'en vertu d'une politique mise de l'avant en 1965 par l'ancien ministre libéral Paul Gérin-Lajoie, le Québec peut défendre ses propres points de vue sur la scène internationale, dans les secteurs qui relèvent de sa compétence.
Or c'est ce droit que nie le gouvernement fédéral de Paul Martin depuis quelques mois.
La situation est d'autant plus préoccupante qu'un organisme des Nations unies, l'Unesco, doit se prononcer le 17 octobre prochain sur un projet de Convention internationale en matière de diversité culturelle, un dossier qui intéresse le Québec au plus haut point.
Qui parlera devant l'Unesco? Un ministre du gouvernement du Québec ou un représentant fédéral? Si c'est un représentant québécois, parlera-t-il de sa propre voix ou devra-t-il lire un discours préparé par Ottawa?
"Le Québec n'a pas à lire un discours du Canada. Il doit parler de sa propre voix", a réclamé jeudi le député Turp.
Pour son collègue péquiste Jonathan Valois, député de Joliette, l'attitude fédérale dans ce dossier découle du fait que le gouvernement Martin ne reconnaît pas l'existence de la nation et du peuple québécois.
Cette reconnaissance est pourtant admise par tous les partis politiques qui siègent à l'Assemblée nationale, y compris par le Parti libéral du Québec, a plaidé M. Valois.

Une querelle évitable
André Pratte
La Presse vendredi 7 octobre 2005
Deux ministres fédéraux et leurs homologues provinciaux se rencontrent aujourd'hui pour amorcer des discussions sur la place du gouvernement du Québec dans les forums internationaux. Le dossier menace de devenir l'objet d'une nouvelle querelle Québec-Ottawa. Pourtant cette dispute n'est ni nécessaire ni inévitable.
Les velléités internationales du gouvernement du Québec ont provoqué une multitude de crisettes au cours des 40 dernières années. C'est pourquoi le gouvernement Charest a proposé au fédéral de conclure une entente globale, de sorte qu'il ne serait plus nécessaire de négocier la place des représentants provinciaux à la veille de chaque rencontre internationale. L'objectif est louable, et le gouvernement fédéral aurait tout avantage à le faire sien.
Cependant, il serait illusoire de s'attendre à une entente à court terme. S'il souhaite vraiment en arriver à un accord plutôt qu'enregistrer des gains politiques à court terme, le gouvernement du Québec doit changer d'approche. En premier lieu, il doit convenir qu'il n'y a nulle urgence. De façon générale, la politique étrangère du Canada sied très bien aux Québécois, dont l'influence en ces matières est d'ailleurs considérable (voir le libre-échange, la guerre en Irak, le protocole de Kyoto). Les provinces, notamment le Québec, pourraient sans doute être appelées à jouer un rôle plus important au sein des délégations canadiennes et prendre la parole dans les forums internationaux en certaines occasions. Toutefois, cela n'arriverait pas dans un avenir rapproché que la Terre continuerait de tourner sans problème.
La proposition du gouvernement québécois comporte cinq volets. Celui qui conférerait à Québec un droit de veto sur les traités ou accords internationaux signés par le Canada est inacceptable d'emblée. Les autres volets devront être balisés avant que le fédéral puisse envisager d'y donner son aval.
Avant tout, le gouvernement Charest doit comprendre que cette question est délicate. Délicate à Ottawa, où la bureaucratie garde jalousement sa compétence en affaires étrangères, qu'elle considère exclusive. Délicate au Canada anglais, où les aspirations québécoises à cet égard heurtent de front le néo-nationalisme canadien. Mettre la pression sur Ottawa aujourd'hui, alors qu'aucun travail de pédagogie n'a été fait auprès de la population canadienne-anglaise, c'est placer le gouvernement minoritaire de Paul Martin dans une position intenable. Le blocage serait alors certain, un blocage dont personne ne sortirait gagnant.
Du côté fédéral aussi il y a de la pédagogie à faire. Jusqu'ici, le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, a tenu un discours ambigu, manifestant parfois de l'ouverture, parfois une fermeté excessive. Quel Pierre Pettigrew se présentera à la table de négociation aujourd'hui? M. Pettigrew doit expliquer au reste du Canada pourquoi dans un régime fédéral moderne, il serait sain que les provinces, notamment le Québec, jouissent d'une influence accrue au sein des délégations canadiennes. Parallèlement, il doit expliquer aux Québécois, de manière à la fois réfléchie et passionnée, pourquoi l'efficacité de la politique étrangère canadienne- politique dont ils sont fiers- impose des limites à la participation des gouvernements provinciaux.

Une commission parlementaire pour nos relations internationales
Robert Comeau; Stéphane Paquin
Le Devoir vendredi 7 octobre 2005
Libre opinion - Le 14 septembre dernier, le gouvernement du Québec a rendu public un document qui précise ses demandes face à Ottawa sur une place pour le Québec dans les «forums» internationaux. Le document mis en avant par le gouvernement du Québec est un complément à la doctrine Gérin-Lajoie. Dans un certain sens, il va même plus loin car il concerne également la présence du gouvernement du Québec dans certaines organisations internationales très clairement politiques comme l'OMC (mais au sein de la délégation canadienne) alors que Paul Gérin-Lajoie, dans son fameux discours de 1965, ne réclamait que «le droit de participer à l'activité de certaines organisations internationales de caractère non politique».
Même si ces demandes sont importantes, elles restent cependant probablement vouées à l'échec car le contexte politique à Ottawa est très défavorable aux Québécois. Alors qu'en janvier 2004 le gouvernement fédéral semblait ouvert à l'idée d'accorder une place aux provinces en matière de relations internationales, les choses ont grandement changé depuis.
En février 2004, Pierre Pettigrew affirmait au Devoir qu'il serait préférable «que les provinces ne soient pas soumises à l'arbitraire d'un ministre capricieux qui, tout à coup, ne ferait pas les négociations de la même manière». Ce ministre capricieux est aujourd'hui Pierre Pettigrew, qui soutient que la «doctrine Gérin-Lajoie est maintenant dépassée».
De la concurrence
L'autre problème provient du ministère des Relations internationales. Sous sa forme actuelle, le MRI est incapable de remplir une telle mission. La réforme mise en avant par le MRI implique que ce dernier ait la capacité de coordonner et d'imposer ses orientations en matière de relations internationales à l'ensemble de la machine gouvernementale.
Or, même si le MRI a un rôle central en la matière, il est également concurrencé par d'autres ministères qui ont une marge de manoeuvre importante lorsqu'il est temps de déterminer, par l'entremise des mécanismes intergouvernementaux, la position du gouvernement fédéral dans certaines négociations et organisations internationales. C'est le cas du ministère du Développement économique, de l'Innovation et de l'Exportation pour l'OMC et les questions de commerce international ou du ministère de l'Éducation pour les questions d'éducation, par exemple. Le MRI n'arrive pas vraiment à coordonner l'ensemble des efforts du gouvernement du Québec.
Puisque les négociations avec Ottawa semblent vouées à l'échec et que la structure gouvernementale québécoise n'est pas adaptée à cette réforme, la question qui se pose maintenant est la suivante: le gouvernement du Québec est-il sérieux sur cet enjeu ou tout cela n'est-il qu'une tactique de marketing politique qui cible les nationalistes mous? Le gouvernement du Québec a-t-il vraiment la volonté politique de réaliser cette réforme capitale?
S'il est sérieux sur cet enjeu très important, il devrait envisager l'idée de mettre sur pied une commission parlementaire permanente à l'Assemblée nationale sur les relations internationales du Québec qui aurait pour mandat, entre autres, d'examiner les ententes ou conventions internationales du Canada qui affectent les champs de compétence du Québec, et ce, avant, pendant et après la négociation par le gouvernement fédéral. Cette commission pourrait déterminer les conditions d'acception par le gouvernement du Québec des traités ou conventions que conclut le gouvernement canadien dans ses champs de compétence.
Rien d'inusité
Cela n'est pas inusité puisque la Loi sur le ministère des Relations internationales prévoit déjà que «tout engagement international important» doit être approuvé par l'Assemblée nationale et que le gouvernement du Québec ne peut se décréter lié par un engagement fédéral sans l'approbation préalable de l'Assemblée nationale.
Ainsi, les partenaires internationaux du Canada seraient contraints d'exercer une pression sur le gouvernement fédéral pour qu'il tienne compte des revendications du Québec. Il en va de leur intérêt puisque, dans le cas contraire, l'accord ne serait pas appliqué au Québec. Cette institution mettrait ainsi une pression considérable sur Ottawa et donnerait un rapport de force favorable au gouvernement du Québec dans ses négociations avec Ottawa.
Cette commission parlementaire pourrait même avoir un mandat plus large et faire l'étude des crédits du ministère des Relations internationales et des nominations politiques à l'étranger - parfois catastrophiques - et examiner les rapports d'organismes publics comme l'Office franco-québécois pour la jeunesse.
Cela permettrait à cette commission de centraliser l'ensemble des questions internationales du Québec et de favoriser une politique internationale plus cohérente. La création de cette commission permettrait également de susciter les débats à l'Assemblée nationale sur les questions internationales qui, malgré les beaux discours, restent négligées.
Il est vrai que cette réforme est importante, mais c'est le prix à payer pour avoir une plus grande cohérence gouvernementale en matière de politique internationale.
Robert Comeau : Professeur titulaire au département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal et titulaire de la chaire Hector-Fabre d'histoire du Québec
Stéphane Paquin : Professeur associé au département d'histoire de l'Université du Québec à Montréal et adjoint au titulaire de la chaire Hector-Fabre en histoire du Québec

Who will speak for Canada abroad?
RICHARD GWYN
The Toronto Star 7.10.2005
No great political expertise is needed to guess that Prime Minister Paul Martin will respond to Quebec's demands for its own voice in foreign affairs with a firm, "No. Non."
A similarly minimal level of political knowledge will be enough to cause any observer to take for granted that Martin's eventual position on the Ottawa-Quebec negotiations on foreign affairs that began this week will be, "Yes. Oui."
With an election looming, Martin won't want to confirm that he repeatedly folds under provincial pressure. Once the election is past, everything changes. This will happen, most particularly because a Quebec provincial election will then lie ahead and to win it federalist premier Jean Charest is going to need all the help he can get.
Except for the details, it's therefore already a done deal.
The change will be considerable. Monique Gagnon-Tremblay, Quebec's minister of international relations - a federalist Liberal remember, and so, as these things go, a moderate - has already staked out the ground that she, and the province, want to occupy.
It's extensive. Quebec must have "access to all information" on all issues that concern it, must be "a full member" of Canadian delegations, must have the right to "speak for itself" on topics that interest the province and must have the right to appear before "arbitration bodies of international organizations" (the World Trade Organization, for example) when "Quebec or its interests are at stake."
Then comes the proposal that really matters. Quebec's "right to give its consent before Canada signs" any treaty or agreement in which its interests are involved, "must be recognized."
Since provincial interests now cover just about every cultural, social and economic topic, other than the Post Office, Quebec is demanding a virtual veto over a range of international affairs.
Gagnon-Tremblay deserves credit for candour.
"Some like to assume that Canada must speak with a single voice on the international stage," she writes. This "is a misunderstanding of the very nature of the Canadian federation," she continues. The world also needs to hear the "voice of the provinces."
Give Gagnon-Tremblay credit also for smarts. The Constitution, she notes, is "mute" on who has jurisdiction over international affairs. Although everyone assumes the opposite, she's quite right. We didn't become a country in 1867. We were a colony of Britain before Confederation. We remained a colony thereafter, for more than half a century. The Fathers of Confederation never talked about international affairs.
Counterarguments to all of this do exist. Former ambassador to Washington Allan Gotlieb, who under Pierre Trudeau fought off Quebec's attempts to get into international affairs in the 1970s, has already expressed them forcefully.
Gotlieb ought to have saved his breath. It's already a done deal because Ottawa is already doing what Gagnon-Tremblay is demanding. It's holding, this week, a closed discussion on international affairs with Quebec alone.
Why a closed meeting on so vital a national topic? Why Quebec alone rather than all the provinces? And why is Ottawa allowing Quebec to set the agenda without having first set out its own position and asked whether Canadians believe we should "speak with a single voice" rather than with a clamorous cacophony?
The answer to those questions, and the reason why what's happening is happening, is that Ottawa basically agrees with Gagnon-Tremblay.
What Ottawa agrees with, although I have no sense it actually understands what it is doing, is the proposition that the federal government no longer represents Canada.
It's not, in other words, our national government. It's a government, stuck up in Ottawa, with certain specific responsibilities - an ever-diminishing number as the provinces take over more and more.
I've long been of the view that Canada is now a post-modern state, the first of its kind in the world, in which few of the old rules about identity and belonging apply.
In a sense, we are also becoming pre-modern. We're going back to medieval Italy, as a collection of city-states. Out of it came the Renaissance and some great cooking, but also a lot of violence and bloodshed. The quality of our cooking is pretty good.
Richard Gwyn's column appears Tuesdays and Fridays. gwynR@sympatico.ca.

Ottawa refuse de lancer des négociations sur le rôle international du Québec
SYLVAIN LAROCQUE
PC 9.10.2005
OTTAWA (PC) - Le gouvernement de Paul Martin a refusé, vendredi, d'amorcer des négociations avec Québec sur l'accroissement du rôle international de la province.
Pendant plus de deux heures, vendredi après-midi, les ministres québécois des Relations internationales, Monique Gagnon-Tremblay, et des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, ont rencontré, à Montréal, leurs homologues fédéraux, Pierre Pettigrew et Lucienne Robillard.
Les deux parties ont qualifié la réunion, attendue depuis janvier 2004, de "cordiale" et de "positive", même si rien de concret n'en est ressorti.
"J'aurais aimé qu'on puisse annoncer le début formel de négociations, mais en même temps, j'ai toujours été conscient que ce serait un dossier difficile", a reconnu le ministre Pelletier, en entrevue téléphonique à La Presse Canadienne. "Forcément, c'est un dossier qui en est un de long terme."
Lors de la rencontre, M. Pettigrew s'est contenté de "célébrer les succès" des derniers mois, par exemple la collaboration Ottawa-Québec dans le dossier de la diversité culturelle et la création d'un "secrétariat de défense des intérêts canadiens" à Washington. Il s'est engagé à multiplier les "meilleures pratiques" déjà existantes.
M. Pelletier se félicite néanmoins que la rencontre ait permis aux deux gouvernements de "mieux comprendre" leurs positions respectives, qui demeurent diamétralement opposées.
Québec réclame notamment d'être consulté avant qu'Ottawa signe des traités touchant à ses compétences constitutionnelles et de pouvoir parler de sa propre voix à l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (UNESCO).
Ouverture?
"Je n'ai pas senti d'intransigeance; j'ai senti une ouverture d'esprit", a assuré Benoît Pelletier, en précisant qu'à son avis, les demandes québécoises étaient "pragmatiques, raisonnables et fédéralistes".
Il faut dire qu'à Ottawa, on n'a pas apprécié les sorties récentes de M. Pelletier, qui faisaient pourtant suite à des coups d'éclat de M. Pettigrew. Dans certains cercles libéraux fédéraux, on se demande même si le fougueux ministre québécois est encore fédéraliste.
Conscient de la délicatesse du dossier, Benoît Pelletier n'a d'ailleurs pas voulu, vendredi, mettre trop d'accent sur la revendication qui concerne l'UNESCO.
"Je demeure prudent, parce qu'il y a une certaine résistance, je dois dire, dans le Canada anglais, aux idées que nous émettons et aux demandes que nous formulons, a-t-il admis. Et bien entendu, cette résistance-là n'est pas de nature à me faciliter la tâche."
Les ministres ont tout de même convenu de se rencontrer à nouveau à une date indéterminée.
"Honnêtement, j'espère que lors de nos prochaines discussions, je vais être en mesure de savoir à quoi m'en tenir un peu plus clairement, parce que c'est important", a glissé M. Pelletier.
Mais une chose est sûre: le ministre Pettigrew entend s'assurer que la voix internationale canadienne demeure "claire, cohérente, forte et prestigieuse", ce qui laisse entrevoir bien peu de changements à brève échéance.

Seeking salvation from our G-G
Tony Keller
National Post October 7, 2005
'The remarkable new governor-general," read the headline atop the lead article in The Globe and Mail, the day after Governor-General's Michaelle Jean's installation, "personifies the free and open country Canada wants to be." Am I the only one who found this to be not only a bit rich, but creepy and even Orwellian -- telling us not the news, but how we were supposed to feel about it? Substitute "Republican Party" for "governor-general" and we're in Fox News territory. Your average Canadian journalist would normally see that as a problem.
But the installation of Ms. Jean seems to have caused a large part of the Canadian media to trade cynicism for its opposite: enthusiasm.
Ms. Jean is smart, telegenic and personable. All of which will help her manage a largely ceremonial post: You cut a ribbon, you shake a hand, you smile and make a speech that gingerly avoids straying into politics, and you hope that the office's rarely exercised role in a disputed parliament is not called upon during your watch. Barring such a crisis, for which she has no experience, she'll do fine -- unless she overstretches, and tries to make the job into something more than it was intended to be. Unfortunately, the Martin government and the media frenzy are both urging her in that direction.
It's not her competency that we need worry about. It's the state of the mind of the country over which she presides.
There is apparently a sudden desire to have the governor-general "represent" Canada and "personify" us. It's not clear where this idea came from, or even exactly what it means, but it's apparently now the plan. I'm so glad we were consulted. Does anyone really want this? Other than a few people in the Prime Minister's Office who spend their time on strategies for winning a confidence vote or picking up a few seats in the next election?
Personifying the legal order, embodying the state, symbolizing the constitution, standing above politics: That is what the governor-general and the monarchy have always done. It's a carefully circumscribed job, which is why even the one-half of Canadians who tell pollsters they aren't crazy about the monarchy don't lose any sleep over its existence. It's existence cannot bother them because it barely exists at all.
But is it wise to suddenly start making the position so much bigger and so much more freighted with meaning than it has ever been, by asking the governor-general, a political appointee, to represent Canadians to Canadians, and to somehow personify my culture, my values, my beliefs? If I wanted that, I'd convert to Catholicism. Then I'd have a pope. Canada is a system of political organization; it is not a religion.
We have a governor-general because Canada is a constitutional monarchy, and the genius of our system is that it is almost all constitution, and almost no monarch. The old order that the PMO is apparently eager to brush away understood the G-G's limited, apolitical role: ex-politicos were appointed to fill a ceremonial office that serves a small but necessary constitutional function, able to act as a learned arbiter in the event of a deadlocked Parliament. Period. If Canadians are unhappy with politics, the last way to go about addressing it should be the politicization of an office that is supposed to be above politics.
But we got a very small taste of what we may be in for last week. In the flagship line from her speech, Ms. Jean said words that we English-Canadians have long dreamed of hearing: "The time of the two solitudes that for too long described the character of this country is past." We were told that her signature phrase was part of the future of Canada (or as the Globe often refers to it, like a mantra, or a trademark, The New Canada). But it sounded to me like a very old story -- namely, the long-standing, understandable and, for over 200 years, unsatisfied desire on the part of English Canadians to finally find a way to make the Quebec problem disappear. God knows it would be nice if it could be resolved, and if French-speaking Quebecers would just be comfortable being une province comme les autres. I'm an anglo from Montreal; I'm tired of the two solitudes too. But hoping for something, even hoping hard, is not the same as making it happen.
It is telling of this deep English Canadian desire that we all went nuts over one phrase -- and it is telling of our long-standing predicament that this phrase was delivered not by a politician from Quebec, not by someone who had won over Quebec voters, but by an appointee who has never run for office, and who was under pressure to say something to defuse the firestorm outside Quebec, caused by the perception that she had separatist leanings. To compensate, she threw us one sentence from our revealed fantasies, and we all fell over with joy.
This is not the first time that the press corps has managed to read so much into so little. Maybe it's due to the poverty of our current political discourse. Or maybe it's due to the poverty of the imagination of the national press corps. Stuck in Ottawa, listening to the same old arguments over issues that are anything but sexy -- taxes, health care, the minutae of election finance reform, the overhaul of the federal-provincial transfer payments formula -- our long-suffering media long for something a little more exciting. Maybe we in the audience do too. That does not mean it is necessarily an impulse to be indulged.
It happened after Justin Trudeau eulogized his father at the latter's funeral. His speech, all theatrics and cheap sentimentality, was not even a pale shadow of the great intellect that was his father, but no mind: For one day, Justin Trudeau was, at least according to many of those covering the funeral, a PM in waiting.
A few years earlier, it happened in spades with Kim Campbell. Choosing her was a desperate move by a desperate party, and yet a good part of the small band of people who make up the Canadian journalism fraternity, normally known for their excessive cynicism, for a brief moment decided that in choosing a relatively green person, and a woman to boot, the Progressive Conservatives had somehow captured the mood of the country. The public was apparently fed up with politics as usual, with old men and old ideas. Here was the future. Until a few weeks later, that is, when it was decided that she wasn't anymore.
During the broadcast of Ms. Jean's installation, CTV anchor Lloyd Robertson commented that, "someone said that if Adrienne Clarkson was the Queen, then Michaelle Jean is Lady Di." He meant it as a compliment, but that was only because he seemed to have forgotten how that story went: the House of Windsor tried to juice its image by riding the tiger of celebrity and ended up inside its belly. On an otherwise sunny day, listening to an announcer offer an analogy representing the opposite of what he believed it to mean, to an audience craving a spot of revolution, in a country that cannot learn from a past it doesn't remember, it sounded just a little like the prologue to a tragedy.

Train à haute vitesse Montréal-New York
Un train en retard
Bernard Descôteaux
Le Devoir vendredi 7 octobre 2005
ÉDITORIAL - C'était en 1975. Exclusivité du Devoir: le maire Jean Drapeau veut un train à haute vitesse reliant Montréal à New York. Il fait valoir que cette liaison ferroviaire permettrait de déplacer une partie de la clientèle des aéroports de la Nouvelle-Angleterre qui souffrent d'engorgement vers celui de Mirabel, sur le point d'être inauguré. Jamais à court d'idées, il propose du même souffle d'amarrer dans le port de Montréal le paquebot Le France transformé en casino. On viendrait en train depuis New York pour jouer au casino.
Si Québec et Ottawa ont eu tôt fait de dire non au maire de Montréal, l'idée qu'il lançait alors ne manque jamais de resurgir épisodiquement. Plus tôt cette semaine, le premier ministre Jean Charest et le gouverneur de l'État de New York, George Pataki, l'ont reprise à leur compte, manifestant l'enthousiasme propre à ceux qui n'auront pas à acquitter une facture qui sera de l'ordre de plusieurs milliards de dollars.
Décrite comme un rêve par M. Charest, il y a peu de doute que l'idée restera à ce niveau en ce qui concerne le gouvernement canadien. À Ottawa, on n'a tout simplement pas d'argent pour des projets de train, qu'ils soient à petite, moyenne ou haute vitesse. On y est toujours en retard d'un train. Ceux de Via Rail sont des tortillards innommables comparativement aux trains européens, mais il n'est pas question d'investir. C'est comme si on voulait que ce mode de transport meure d'asphyxie lente.
Les chances de M. Charest d'intéresser son homologue fédéral à un projet conjoint avec les États-Unis sont d'autant moins bonnes qu'avant de privilégier un axe nord-sud, un gouvernement canadien voudra renforcer le lien est-ouest à l'intérieur du Canada, politique d'unité nationale oblige. Mais même là, il ne faut pas en attendre beaucoup d'Ottawa.
Le gouvernement du premier ministre Paul Martin, qui ne manque pourtant pas d'argent, semble y croire moins que les autres. Une de ses premières décisions en prenant la succession de Jean Chrétien a été d'abandonner le projet de rénovation du corridor Québec-Windsor que venait d'approuver le ministère des Transports. Le projet était plutôt modeste mais aurait permis aux trains de rouler à 200 km/h. Le coût, soit trois milliards, aurait été réparti sur plusieurs années.
À l'heure de Kyoto et de la montée des prix du pétrole, investir dans un système ferroviaire de transport des passagers devrait pourtant s'imposer. On ne reprochera donc pas à Jean Charest de vouloir partir en croisade à ce sujet, non plus de revenir à ce vieux rêve de Jean Drapeau, qui a peut-être plus de chances de se réaliser que le projet de TGV Québec-Windsor, ne serait-ce qu'en raison du bassin démographique beaucoup plus considérable qui serait rejoint par une liaison Montréal-New York.
bdescoteaux@ledevoir.ca

Train à haute vitesse Montréal-New York
Le ministre Lapierre ne ferme la porte ni au train ni à Lacolle
Laurier Cloutier
La Presse vendredi 7 octobre 2005
Le ministre fédéral des Transports, Jean Lapierre, ne ferme pas la porte au financement du train à haute vitesse (THV) Montréal-New York.
" C'est une merveilleuse nouvelle " que le gouverneur George E. Pataki veuille construire le THV Montréal-New York dont 90 % des 600 kilomètres de voies ferrées se trouveront en territoire américain, a déclaré M. Lapierre. " Si les États-Unis veulent financer 95 % de ce THV, le Canada est prêt à regarder le financement du 5 % restant. "
Selon la dernière étude des ministères des Transports de l'État de New York et du Québec, en 2004, la partie américaine du THV coûterait au moins 4 milliards de dollars, ce qui laisserait une facture de 200 millions au Canada. Le ministre Lapierre serait prêt à la ramasser. " Il est disposé à l'envisager ", a expliqué sa porte-parole, Irène Marcheterre.
Les présidents des chambres de commerce de Plattsburgh et du Québec, Garry Douglas et Françoise Bertrand, ont souligné à La Presse Affaires hier les progrès réalisés par le projet de train THV, au troisième sommet Québec-New York, mercredi dernier.
L'étude qualifiait de coûteux l'éventuel THV, quoique efficace (réduction du temps de parcours de 10 à quatre heures), mais le gouverneur Pataki et le premier ministre Jean Charest refusaient, dès l'an dernier, de repousser sa réalisation aux calendes grecques. Cette semaine, le THV n'était plus pour eux un rêve à long terme mais un projet à concrétiser à court terme, ont expliqué Françoise Bertrand et Garry Douglas.
" MM. Charest et Pataki ont décidé de relancer le projet de THV, a ajouté Garry Douglas. À la fin de son mandat, l'an prochain, George Pataki veut laisser le THV en héritage. Il pourrait être ensuite le candidat républicain à la présidence des États-Unis. Le THV revient à l'ordre du jour, grâce à des engagements au plus haut niveau. "
Jean Charest a évoqué 2008 ou 2009 comme date de mise en chantier des voies, des ponts et des gares de ce THV. Entre-temps, des progrès graduels sont attendus, selon M. Douglas. Quant à l'affluence nécessaire pour un THV, " c'est sûr que le potentiel est là, avec le coût actuel du pétrole, aux dépens de l'avion et de l'auto ", selon Garry Douglas.
" Beaucoup de gens d'affaires vont à New York, ne serait ce que pour voir les analystes financiers. Ils prendraient le THV, comme ils le font d'ailleurs déjà pour aller à Toronto, a renchéri Françoise Bertrand. George Pataki est bien placé pour convaincre le président George Bush " qui a trouvé 10 milliards US pour le transport en commun.
Avec le succès du train Acela de Bombardier, exploité par Amtrak dans le corridor Washington-Boston-New York, et l'autre projet entre Québec et Windsor, " Montréal se retrouverait au centre " d'un réseau ferroviaire nord-américain avec son THV jusqu'à New York, a souligné Françoise Bertrand.
Malgré ses coûts élevés, un THV peut se justifier sur une distance de moins de 600 kilomètres et d'un temps de parcours de moins de 3,5 à 4 heures, selon Gilles Roucolle, vice-président des consultants nord-américains Mercer. Un THV peut alors battre l'avion et l'auto. Dans le cas du THV Montréal-New York, on en est à la limite, tout comme pour le trajet Montréal-Toronto. Contrairement à l'Europe, où les trains sont devenus si populaires, il faut cependant bâtir progressivement leur marché en Amérique du Nord, croit Gilles Roucolle.
Par ailleurs, le ministre Lapierre ne ferme pas la porte au financement de travaux pour améliorer le fonctionnement du poste douanier de Champlain, au sud de Lacolle.
Les États-Unis ont mis en chantier en août dernier, des travaux de 100 millions US qui seront terminés en 2008. Du côté canadien, Ottawa a investi jusqu'ici 8,75 millions sur l'autoroute A-15 qui se rend au poste de Lacolle et le gouvernement va regarder ce qu'il faut faire encore, a ajouté Mme Marcheterre.
Jean Lapierre s'est dit " sensible " aux derniers arguments de la Fédération des chambres de commerce du Québec, selon elle.

Train à haute vitesse Montréal-New York
La région de Québec exige son tronçon
Lise Fournier
Le Soleil vendredi 7 octobre 2005
Si les Montréalais se réjouissent de la relance du projet d'un train rapide entre la métropole et New York, les gens d'affaires de la région de Québec exigent pour leur part d'être connectés au réseau. La Chambre de commerce de Québec (CCQ) qui défend depuis 25 ans l'idée d'un train rapide à partir de la rive nord du Saint-Laurent a rappelé, hier, au premier ministre Jean Charest que ce lien était vital pour l'avenir économique de la grande région de Québec, du Bas-Saint-Laurent et du Saguenay-Lac-Saint-Jean. "On ne veut pas être oubliés", ont-ils fait valoir dans un communiqué.
C'est dans le cadre du troisième sommet Québec-New York que le projet de train à haute vitesse a refait surface en début de semaine. Le gouverneur de l'État de New York, George Pataki, ayant manifesté l'intention d'obtenir rapidement de Washington les crédits nécessaires à sa réalisation, le premier ministre Jean Charest s'est vite rallié au projet même s'il doit lui aussi trouver du financement. Malgré plusieurs points à être négociés, les deux hommes ont néanmoins fixé le début des travaux à 2008.
Contexte propice
Alain Kirouac, directeur de la Chambre de commerce de Québec, pense que le contexte actuel est propice à la réalisation d'un tel projet. "Si vous considérez le prix de l'essence, l'engagement du Canada envers les accords de Kyoto, la congestion de l'autoroute 20, l'arrivée d'un train haute vitesse, dit-il, réduirait les problèmes de pollution, la facture d'entretien du réseau routier en plus de fournir un moyen de transport rapide et efficace à toute la population."
Selon les prévisions, le train à haute vitesse permettrait de relier Montréal et New York en quatre heures et probablement Montréal et Québec en 60 minutes.
C'est du moins l'espoir que nourrit le président de la Chambre de commerce des entrepreneurs de Québec, M. Gilbert Samson, qui avance que le train favoriserait du même coup la compétitivité des entreprises de la région, l'afflux de touristes et le déplacement des gens d'affaires.
La lien New York-Montréal coûterait près de 5 milliards $, dont 100 millions $ pour la partie québécoise du trajet.
LFournier@lesoleil.com
