
RETOUR À LA CASE BOUCHARD
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 17 octobre 2005
Le candidat vedette de la présente course
se dit fier d’avoir procédé à la fermeture des COFI
alors qu’il était, sous le règne de Lucien Bouchard,
ministre de l’Immigration
et des Relations avec les Citoyens.
À l’origine,
les COFI existaient sous la forme de petites écoles
établies en milieu francophone
lesquelles offraient différentes activités
destinées à faire connaître aux participants
le Québec et les Québécois,
à leur donner le goût du français,
à tisser des liens.
Malgré la vive opposition des intervenants
les COFI ont été fermés
au profit de ce que Boisclair qualifie aujourd’hui
de « polyvalente d’immigrants », un édifice du quartier Parc,
qui regroupait plusieurs services dont
la francisation, l’aide à l’emploi,
un laboratoire de langue, un centre de ressources,
un local informatique.
Une fois le projet finalisé,
Boisclair a mis de l’avant, dans l’atteinte du « ground zéro »
le redéploiement des services de francisation
vers les institutions publiques communes
afin de mieux intégrer les immigrants
à la société québécoise.
Une pétition signée par 700 étudiants
réclamant le maintien des cours en COFI
a été remise à André Boisclair
qui s’est empressé de rassurer tout le monde :
« il y a de l’argent quelque part pour la francisation (…)
mais les COFI n’ont plus leur raison d’être »
L’intervention du ministre a donné lieu,
tant à Montréal qu’à Québec et à Sherbrooke,
à des manifestations pour la sauvegarde des COFI
où l’on pouvait entendre :
« Si les COFI sont à terre c’est de la faute à Boisclair ».
Les immigrants ont été parachutés dans les cégeps
et les universités francophones où ils ont formé des ghettos.
La réforme a été un échec.
Lors du débat sur la langue et la culture,
M. Boisclair a clamé haut et fort
qu’il fallait franciser plus d’immigrants,
y aller d’un effort sans précédent.
Il a fait référence au rapport à l’eau de rose de Gérald Larose
et du Conseil de la langue.
Il a parlé de citoyenneté de sol pour tous les immigrants
qu’il imagine disposés à lutter
pour l’identité d’un peuple
qui offre des services multilingues
mais pas ou peu de cours de français
à ses nouveaux arrivants.
De l’avis de Boisclair,
le Parti québécois n’est pas prêt à faire l’indépendance
et son combat, en tant que futur chef,
n’est pas celui de la langue.
« Ce n’est pas la stratégie que je privilégie. »
Ce n’est pas parce qu’on a une belle gueule
qu’on ne risque pas de se la casser.
Lui faudra-t-il
fuir les miroirs…

M. Verrouil, dites-moi...
Mathilde François, Québec
TRIBUNE LIBRE 17 octobre 2005
M. Christian Verrouil
contact@friendship-first.com
Bordeaux, France
Rougi du sang de tant de braves
Ce sol jadis peuplé de preux
Serait-il fait pour des esclaves
Des lâches ou des malheureux ?
Chant patriotique post-1837
(dans le Québec de l'époque)
Re : http://friendship-first.com/
C'est en effectuant une recherche sur la (« grande, la vraie ») chanson française, Jean-Roger Caussimon en particulier, que je me suis retrouvée sur votre site: «Friendship-First»!
Alors voici, M. Verrouil. Je ne ferai ni un ni deux pour vous exprimer de suite mon sentiment.
Je veux bien croire que par mille manières, sur tous les plans et dans toutes les strates de la société française, et ce depuis une bonne quinzaine d'années, que la France s'amuse à régurgiter avec jouissance sa langue et son identité propre, comme si la langue française était chose répugnante et méprisable pour la France même. Oui, je veux bien le croire, et surtout le voir et l'entendre à mon corps et à ma dignité défendant, comme témoin impuissante devant tant de complicité (et de soutien) auprès de tout ce qui est susceptible d'affaiblir, de dénigrer et, à terme, d'anéantir la culture française et/ou d'expression française.
Belgique, Suisse et Afrique comprises...
Mais vraiment, lorsqu'on en est au point de transformer « Les Copains d'abord » - titre d'un film mémorable, qui a donné également celui de l'une des chansons les plus accomplies de l'un des plus français des artistes de France, j'ai bien sûr nommé Georges Brassens - en « Friendship First », c'est, je crois, que l'on a perdu jusqu'à l'ombre de la dignité nationale de soi.
La France d'elle-même n'est plus que l'ombre.
La France sombre, sombre, sombre.
Avec contentement.
Et nul besoin de l'univers anglo-saxon pour s'écraser dans les plus brefs délais au fond du baril des vins de la Bourgogne ou de Bordeaux : les Français y parviennent à merveille. D'eux-mêmes.
L'«ennemi» ne loge pas outre-Manche ou par-delà les Atlantique. Point du tout. L'ennemi de la France dort paisiblement sur les rives du Rhin, de la Garonne, de la Loire, de la Meuse et de la Seine. Dans la «bonne conscience» de soi, celle qui se convainc bien haut - la Dictature comme finalité ultime des démocraties - que les bienfaits de civilisation en passent désormais par l'assujettissement volontaire des peuples à une langue et une culture unique.
La Dictature comme fin ultime des démocraties.
Bref. Il faut vraiment le faire : un site sur la grande, la vraie, l'authentique, la talentueuse chanson française... qui pervertit l'un des plus grands de la chanson française en foulant aux pieds, littéralement, les mots de celui-ci pour sacrifier à la mode du All English.
Une Mary Ann éclipsera-t-elle bientôt Marianne...
Ce ne serait là que cohérence. Congruence.
M. Verrouil, je ne désire point m'en prendre à vous à titre personnel. La tragédie réside plutôt dans le constat que vos manières sont à l'image de la France tout entière. En bon citoyen français - mais qui pourrait vous en tenir rigueur, n'est-ce pas ? - vous ne faites qu'obtempérer aux diktats suicidaires de la société dans laquelle vous vivez.
Comme si la réflexion, le questionnement, la pensée critique, la pensée personnelle y étaient devenus tabous sinon interdits.
Or tout en espérant que vous saurez pardonner mon verbe, qui n'obéit pas à la rectitude politique de notre temps de collaborationitude à l'insignifiance (le Québec, d'ailleurs, il faut bien le dire aussi, n'y échappe pas complètement non plus), je dois aujourd'hui dire bien franchement que si depuis plusieurs années la tristesse et la consternation m'habitent lorsque je pose le regard sur ce pays (autrefois de moi aimé et admiré) - ce pays de Jeanne, de Moulin et de Charles -, aujourd'hui c'est rien moins que la honte qui me transit jusqu'aux os.
M. Verrouil, dites-moi, y a-t-il encore un Français pour se tenir debout dans cette France qui a su naguère donner le frisson (tout à la fois de l'intelligence, de la magnificence et des droits humains) à l'humanité tout entière ???
Et je signe, cousine des Amériques atrocement déçue et inconsolable de voir votre beau (et noble...?) pays se détruire ainsi de l'intérieur dans la plus extrême des complaisances.

Pour de bon cette fois les grèves sectorielles?
Sylvio Le Blanc, membre du SFPQ, Montréal (Québec)
TRIBUNE LIBRE 17 octobre 2005
La direction du Syndicat de la fonction publique du Québec (SFPQ) a décidé de reprendre les grèves sectorielles et rotatives le 24 octobre si les négociations échouaient jusque-là. Très bien. Mais des membres veulent être sûrs qu’ils ne se feront pas avoir comme la dernière fois par une bande de pâtes molles.
Jusqu’à 900 membres du SFPQ faisaient la grève depuis mai dernier. Puis, tout d’un coup, au début juillet, sans raison valable, la direction du SFPQ décidait de « changer de stratégie » et demandait aux grévistes de rentrer au travail. L’opération était pourtant un franc succès et faisait si mal au gouvernement que, par deux fois, il a tenté d’interdire les grèves par des injonctions, sans succès.
Aujourd’hui, tout les retards qu’avaient occasionnés les grévistes sont pratiquement résorbés. Bref, une grève pour rien, qui aura coûté des centaines de milliers de dollars au SFPQ.
M. Sawyer, des membres veulent savoir ceci : nous assurez-vous que cette fois sera la bonne ? Que les grèves dureront jusqu’au règlement final ? Sinon, cela ne vaut la peine.

Réaction au texte de Pierre Dubuc sur le nationalisme civique d’André Boisclair
Joachim Lambert, La Ligue pour l’indépendance du Québec
TRIBUNE LIBRE 17 octobre 2005
Bonjour monsieur Dubuc, vous avez entièrement raison.
Les nationalistes modernes participent activement à la disparition à moyen et à long terme des Québécois-Français (ceux que je nomme les Frankois). Le prétexte d'ouverture sur le monde sert à tout justifier, y compris la déculpabilisation. L'abolition de toutes les frontières dans tous domaines et partout est un signe des temps et, pour ces individus, un signe d'évolution (?), alors que cela nous précipite sur la pente de l'autodestruction à une vitesse folle. Que la terre soir devenue ou devienne de plus en plus un bol à malaxer les cultures, importe peu. Comme l'a écrit René Marcel Sauvé, la terre n'est pas concave, elle est convexe!
Les XIXe et XXe siècles ont connu la colonisation des nations ethniques européennes, le XXIe siècle est celui de la colonisation multiculturelle et de l'immigration à tout prix ... quitte à ce qu'il n'y ait plus àl ong terme de multiculturalisme parce qu'il n'y aura plus de nations ethniques pour le nourrir! Et malheur à celui qui pense le contraire!
C'est sans doute pourquoi ces fameux pseudo-nationalistes imposteurs, spécialistes du reniement de soi, à la conscience identitaire piétinée, adeptes du nirvana multiculturel, ont mis à l'index l'historien Maurice Séguin ... Pourtant, comme chacun le sait, être à la mode n'a rien à voir avec la vérité salvatrice.

Pauline se plaint d’un certain sexisme … - Femme ou mauvais calculs ?
Serge Héroux
TRIBUNE LIBRE 17 octobre 2005
Personnellement, il n’y a rien que j’aurais aimé mieux que d’avoir une femme comme première Première Ministre du Québec mais ce ne sera pas le cas. Pourquoi, il y a bien Pauline Marois ? Malgré le fait que je l’apprécie au plus haut point comme personne ainsi que de nombreuses personnes de son entourage, la stagnation de sa popularité est beaucoup plus reliée à de mauvais calculs politiques à répétition qu’à une question d’hormones ou de médias.
Le dernier épisode en liste en est une bonne illustration. Je n’aurais jamais pensé dire ça un jour mais elle aurait dû tirer une leçon en regardant M. Boisclair répondre aux questions sur son homosexualité à son entrée dans la course. Tous savent que c’est un facteur non négligeable dans la course mais en insistant sur le fait que l’ouverture des Québécois compensera largement toute homo phobie, il a clôt le débat. C’est ce que Mme Marois aurait dû faire dès le début.
Si ce mauvais calcul était le seul de sa carrière, je ne dirais pas mais ça semble la règle autant que cet épisode de M. Boisclair semble l’exception. Sans en faire une litanie, on peut quand même prendre quelques exemples récents. Pendant que des élections partielles ont lieu dans 4 comtés, elle fait sa déclaration sur sa volonté de voir Bernard Landry partir durant un conseil national. Pas fort, de nombreux partisans se sont revirés contre elle pour ne plus revenir parce que ce sont eux qui se sont retrouvés avec les répercussions de cette déclaration.
Juste avant cet épisode, elle appuya Nicolas Girard plutôt que Dominique Olivier à l’investiture de Gouin. Encore là, tous savent les liens étroits qui existent entre M. Girard et M. Boisclair surtout qu’il y avait une rumeur qui courait selon laquelle M. Landry attendrait le retour de ce dernier d’Harvard pour partir. Ce qui fût confirmé après les fêtes lors d’un congrès de comté. Encore une fois, elle a manqué une belle occasion voire historique au profit d’un gain à court terme. Erreur qu’elle a avouée au cours d’une assemblée du Réseau d’ici.
Là, je ne parle pas des toilettes d’un ministère, du retrait des activités sportives des écoles, de diminuer le nombre de places disponible en médecine. Elle a même manqué une autre occasion historique en plaçant sous le boisseau l’entente de 1996 avec les étudiants pour revoir le financement des universités. Entente qui a abouti plus tard à la création de 2 facultés de médecine en région par les Libéraux !!!
Je suis très déçu puisque depuis 1985, elle était la personne que je voyais dans ma soupe comme une grande chef. Les 2 dernières décennies m’ont fait revenir sur terre. Madame Marois a de nombreuses qualités pour devenir Première Ministre, elle est humble, affable, intelligente, gentille mais manque cruellement de calculs politiques et se réfugie trop souvent dans des théories plutôt que la loi du bon sens. La gauche théorique n’est pas mieux que la droite théorique. Ça n’a aucun rapport avec le sexisme.
Un jour, il y en aura une femme qui dirigera ce pays que sera le Québec. Quelqu’un qui s’entourera d’une bonne organisation, qui écoutera, qui saura faire preuve de jugement à long terme, qui sera ouvert sur tout le Québec parce que même si on naît à Montréal, on peut être sensible et s’intéresser aux problèmes des agriculteurs par exemple.

INVITATION - Dîner des Patriotes 2005
Benoît Roy, Président du Rassemblement pour un pays souverain
TRIBUNE LIBRE 17 octobre 2005
Le Rassemblement pour un pays souverain est heureux de vous inviter au traditionnel «Dîner des Patriotes» qui aura lieu le dimanche 20 novembre prochain à 13 h, au Centre paroissial Léo Cloutier situé au 2363, Immaculée-Conception dans la ville de Saint-Ours.
Les conférenciers invités, cette année sont l’ex-ministre d’État aux Relations internationales, ex-ministre responsable de la Francophonie, Madame Louise Beaudoin ainsi que l’écrivain, comédien et historien bien connu, Monsieur Jean-Claude Germain.
Le dîner sera servi au coût de 20$ par personne (15$ pour les 12 ans et moins).
Pour la réservation de vos billets ou pour tout autre renseignement, veuillez appeler Madame Suzanne Lambert au (514) 722-2441.

Un Anglo à l’OLF
Sylvio Le Blanc, Montréal (Québec)
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2005
En cachette, le conseil des ministres du gouvernement a nommé au Conseil de la langue française, John E. Trent, l’un des membres fondateurs d’Alliance Québec[1]. Pincez-moi, je rêve!
Imaginez Bill Gates au conseil d’administration de Apple ou Maurice G. Dantec au comité central du Parti communiste canadien (marxiste-léniniste) ou Belinda Stronach au Bloc québécois. Cela vous donne une idée de l’absurdité de l’affaire.
Trent entend défendre les intérêts des anglophones tout en se soumettant à la loi 101. Il me semble, oui.
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[1] Le Devoir, «D’Alliance Québec à l’OLF», le mercredi 12 octobre 2005, p. A 3. Dépêche de la Presse Canadienne.

L'ÉLECTION DÉCISIONNELLE de Claude Bariteau
René Marcel Sauvé, géographe, spécialisé en géopolitique et auteur de
Géopolitique et avenir du Québec. (Guérin)
TRIBUNE LIBRE 18 octobre 2005
Quitter le monde de l'imaginaire pour fonder le Québec
Claude Bariteau, Le Devoir mardi 18 octobre 2005
En pratique, élection décisionnelle veut dire que toute personne qui vote
pour le Parti Québécois s'est déjà mis d'accord avec une prise de position
publiquement exposée par le Parti, avant l'élection, en toutes lettres dans
tous ses communiqués officiels, sans équivoque aucune. Cette prise de
position s'exprime comme suit:
VOUS VOTEZ POUR LE PARTI QUÉBÉCOIS.
PAR CE VOTE, VOUS DÉCIDEZ CE QUI SUIT`:
1. Vous reconaissez le Québec comme le foyer national d'un peuple
dont vous faites partie ou dont vous avez décidé de faire partie.
2. Vous reconnaissez le Québec comme un État, naturel et légitime,
à qui vous accordez toute votre loyauté. Vous ne reconnaissez pas
le Québec comme une province, un espace inféodé à un pouvoir
unitaire et arbitraire artificiellement constitué à Ottawa pour
servir les
intérêts et les fins d'une oligarchie. Votre décision s'appuie sur
les
statuts naturels des peuples, des Nations et des États.
3. Vous ne reconnaissez pas le gouvernement fédéral à Ottawa comme
votre État légitime, peu importent les pouvoirs qu'il puisse
maintenir
pour inféoder le Québec et vous inféoder par le fait même.
4. Vous appuyez l'État du Québec dans sa démarche pour
se défaire de l'État centralisateur, unitaire, arbitraire et
illégitime d'Ottawa.
5. Vous vous rendez compte qu'il existe deux États au Québec: l'État
naturel
du Québec avec sa capitale nationale, Québec, fondée en
1608, et l'État impérial, unitaire et inutile d'Ottawa, fondé en
1867
au service d'une oligarchie qui se maitient en place depuis ce
temps. Entre ces deux États, il y en a un
de trop et il faut l'éliminer. Certes, on pourrait garder le seul
État d'Ottawa,
mais comme l'expérience l'a prouvé au cours des 198 dernières
années,
cet État serait au service de l'Ontario et de l'Oligarchie de Bay
Street,
non au service du Québec, qui y serait encore plus inféodé qu'il ne
l'est maintenant. Donc, l'État centralisateur d'Ottawa doit être
éliminé,
complètement éliminé. Les demi-mesures ne valent rien.
Il n'y a pas à y revenir. Si vous avez pris une autre décision que celle que
nous venons d'articuler sans ambiguïté, alors votez pour un autre parti.
Cette décision initiale prise, les référendum qui suivront porteront sur la
Constitution à donner au Québec et d'autres problèmes connexes.
Voilà ce à quoi veut en venir Claude Bariteau dans son appréciation du
contexte et son appréhension des situations à venir, selon sa perspective
d'anthropologue.
Cette position est analogue à celle de la géopolitique et des principes qui
gouvernent la stratégie d'État. Ce qui diffère, c'est l'appréciation du
contexte.
En géopolitique, cette appréciation se fonde sur les jeux d'intérêts, de
rapports de forces et de nécessités liées à l'effectivité des États comme
tels. De plus, la géopolitique se préoccupe des statuts territoriaux de
fait (de facto) et de droit (de jure), de même que les principes universaux
qui régissent toute stratégie d'État.
Les éléments de base qui appuient l'appréciation géopolitique comprennent:
1. Le Québec est le foyer national d'un peuple, par continuité et par
filiation. Il est inutile pour Ottawa de dépenser des milliards pour
essayer de prouver le contraire parce que la preuve est déjà inscrite dans
la géographie, l'histoire, l'anthropologie et la sociologie.
2. Le Québec est une Nation par le fait d'une osmose territoriale réussie au
terme de 400 ans de travail et d'investissements, travail qui comprend
l'exploration, le défrichement, la mise en valeur et le développement d'un
territoire difficile sur le plan géographique, mais naturellement protégé
par ses obstacles. Le succès de cette ormose est présent dans l'aménagement
du territoire du Québec et les expansions tentaculaires de l'État et de la
Nation du Québec à partir de la région noyau des basses terres du Saint
Laurent vers les régions adjacentes des Laurentides et des Appalaches et de
là vers les régions plus périphériques et éloignées.
Cette réussite procède des facteurs de continuité présents dans le
territoire, la géographie étant le premier élément de continuité des
Nations. Elle émane de la filiation initiale des colons de Nouvelle France
et de leurs descendants, qui se sont peu à peu identifiés au Québec en dépit
des efforts multipliés des United Empire Loyalists et des Orangistes
d'Amérique Britannique du Nord pour les déphaser et les fossiliser. Les
habitants du Québec se sont originellement identifiés comme Canadiens, mais
cette identité leur a été usurpée pour devenir un piège pour mieux les
soumettre au pouvoir centralisateur, unitaire et arbitraire d'Ottawa. D'où
la naissance de l'identité Québécoise, plus conforme à la réalité et au
réel, à partir de la Révolution tranquille qui débuta en 1960.
3. Le Québec est un État naturel comme conséquence de tout ce qui précède.
La continuité, la filiation, l'osmose territoriale et les symbioses
réalisées entre la région noyau et les régions adjacentes, auxquels s'ajoute
la création d'institutions originales
par et pour les Québécois, y compris leur propre Parlement et leurs propres
ministères sont les composantes de l'État du Québec, lequel État existe bel
et bien de fait (de facto) et de droit (de jure). L'État centralisateur
d'Ottawa est un État arbitraire au service d'une oligarchie et de son
brandon politique.
LES PRINCIPES
Un principe se rapporte au réel, non au virtuel. Un principe est l'élément
intangible du réel, ce par quoi l'intention se fait acte. Un principe n'est
pas une théorie et ne doit pas être confondu avec une idéologie non plus. Un
principe est relationnel en ce sens qu'il transcende le rationnel.
Les principes suivants sont des universaux qui gouvernent toute stratégie
d'État digne de ce nom:
1. Appréciation rigoureuse, compétente, correcte et objective du contexte et
de la situation. Ce principe est le point de départ du discernement qui
permet de trouver les solutions qui conviennent à un problème d'envergure.
Sa mise en pratique exige de la Présence. Or, la mise en pratique de ce
principe fondamental est inhibée par le fait que deux États se superposent
et s'opposent au Québec.
2. Détermination et maintien d'objectifs praticables et réalisables en
termes de temps et d'espace. C'est l'agir qui se concrétise. La mise en
pratique de ce principe est inhibée par le fait que deux États se
superposent et s'opposent au Québec.
3. Maintien du moral. Le moral est comme le courant électrique qui fait
fonctionner un système complexe. À défaut, les meilleurs systèmes ne
fonctionnent pas.
Le moral humain est semblable,quoiqu'intangible et difficile à saisir.
Démoralisée, une population cesse de fonctionner. Elle paralyse. La présence
au Québec de deux États qui s'opposent ne peut aider le moral de personne.
4. Concentration de l'effort dans l'espace et dans le temps. Nul ne dispose
de tous les moyens et toutes les énergies. Nous sommes tous limités dans
l'action, souvent dans les projets les plus légitimes et les plus louables.
D'où nécessité de décider où, quand et comment on va concentrer l'effort
pour régler un problème d'envergure comme ceux qui confrontent l'État.
Lorsque deux États s'opposent sur un territoire qui ne peut en accomoder un
seul, la mise en pratique de ce principe devient presqu'impossible.
5. Économie de l'effort. Corollaire du principe de concentration de
l'effort, l'économie de l'effort exige une emploi judicieux des moyens
disponibles. Il s'agit d'accomplir davantage avec une économie de moyens et
d'efforts. L'État n'a pas le choix. Ce principe s'oppose au gaspillage des
ressources qui ruine l'État et la population qui en dépend. C'est ce qui
arrive au Québec, confronté à deux États qui s'opposent. C'est une erreur
stratégique grave de tout évaluer en termes d'argent versé dans un projet,
alors que ni le contexte, ni la situation ne sont clairement perçus, ni les
objectifs clairement définis. Cette erreur est présente au Québec, où deux
États se confrontent sans complémentarité.
6. Simplicité. Très difficile d'être simple. Plus facile d'être simpliste.
La simplicité est complètement dans la Présence, qui signifie esprit de
présence et présence d'esprit. Impossible lorsqu'on est confronté à deux
États superposés et opposés qui compliquent les relations et l'agir.Un des
deux États doit disparaître.
7. Souplesse, ou flexibilité. Ce principe signifie qu'il faut s'adapter à
des imprévus et des conditions changeantes sans perdre de vue l'objectit ni
le plan initial. Il ne peut y avoir de souplesse lorsque deux États opposés
compliquent la vie à tout le monde.
8. Sécurité. Ce principe signifie que toute vie est exposée à l'adversité et
à l'arbitraire et qu'il est nécessaire de prendre ses précautions en
conséquence afin de gérer l'arbitraire et en prendre le contrôle.
Autrement, on devient un pion dans les combinaisons des autres. Impossible
de mettre ce principe en pratique dans les conditions actuelles, alors que
l'État arbitraire d'Ottawa est en position de force parce qu'il détient un
contrôle quasi absolu sur la fiscalité et les communications, de plus,
travaille à augmenter son contrôle afin de mieux inféoder les provinces,
destinées en partant aux statuts d'États naturels, de fait et de droit. La
présence au Québec d'un seul État, l'État du Québec, au service de tous les
Québécois, s'impose impérieusement et permettra de mettre en pratique le
principe de sécurité sans compromettre les autres principes, notamment le
maintien du moral, la concentration et l'économie de l'effort.
9. Surprise. Corollaire au principe de sécurité, la surprise consiste à
placer convenablement l'adversaire devant le fait accompli. Or ce fait est
déja accompli. Le Québec est déjà le foyer national d'un peuple et l'assise
de son État naturel et optimal, celui qui existe et subsiste, non par
arbitraire, mais par continuité et filiation. Ce fait accompli, il faut que
le Québec l'impose à la face du monde et devant le pouvoir arbitraire
d'Ottawa.
10. Coopération. Principe cardinal dans la conduite des affaires de l'État,
le principe de coopération ne peut être mis en pratique lorsque l'adversité
est présente et active, sous la forme d'un État dominant, arbitraire et
unitaire, qui impose sa loi et son agenda à l'État naturel du Québec. Un de
ces deux États est appelé à tomber et c'est ce que tous les Québécois
doivent prévoir et assumer avant que la catastrophe arrive.
11. Coordination. La coordination n'est jamais acquise, ni automatique.
Comme la coopération. C'est pourquoi il est nécessaire de l'élever au niveau
d'un principe.
La coordination est nécessaire, possible et réalisable lorsqu'une population
occupant un milieu géographique tel le Québec ne possède qu'un seul État, le
sien
propre, voué à l'intérêt général. Elle n'est pas possible lorsque deux États
se confrontent.
12. Administration et logistique. Principe de base et de départ de tout le
reste.
Ce principe est faussé en partant parce qu'au Québec,deux États se
confrontent. La confusion va durer tant qu'un des deux États ne s'effacera
pas et laissera l'autre prendre charge des affaires, toutes les affaires.
L'État qui s'effacera, qui doit s'effacer et qui va s'effacer, bon gré mal
gré, c'est Ottawa, dont personne n'a réellement besoin dans les conditions
actuelles et à venir, à travers tout cet espace continental qu'on appelle
Canada. Toutes les provinces possèdent ce qu'il leur faut pour s'assumer en
tant qu'États et le Québec doit prendre l'initiative, parce que sa
progression naturelle vers le statut d'État est la plus ancienne et la plus
expérimentée.
Voilà la perspective géopolitique, fondée sur les principes de la stratégie
d'État. Elle est complémentaire à la perspective anthropologique exposée par
M. Claude Bariteau.

C’EST D’ABORD À L’UQAM D’HONORER PIERRE BOURGAULT
Christian Gagnon, Président régional Parti Québécois de Montréal-Centre
TRIBUNE LIBRE 19 octobre 2005
Compte tenu de la grandeur de l’homme, le fait qu’aucun lieu à ce jour n’ait encore été baptisé à la mémoire de Pierre Bourgault tient davantage de l’affront que de l’oubli. Mais que faire ? Ou plutôt, qui devrait-il le faire ? Personne ne s’imagine sérieusement que c’est le gouvernement de Jean Charest qui fera entrer le nom de Pierre Bourgault dans notre toponymie. À Montréal, quel que soit le résultat des élections du 6 novembre, le futur maire risque de ménager l’importante portion fédéraliste de l’électorat de la métropole en suggérant un site qui n’ait pas du tout l’envergure convenant au tribun électrisant, au leader d’opinion dominant et au mobilisateur foudroyant que fut Pierre Bourgault. Rappelons-nous la controverse du boulevard René-Lévesque. Quel tollé ! Et pensons à la rue Pauline-Julien, petit bout de bitume isolé où personne ne passe jamais, et qui est supposé préserver de l’oubli celle qui personnifia la passion et l’engagement. Quel triste contraste !
Reste l’UQAM, où Bourgault a enseigné. Cette université qui, jadis, honora Judith Jasmin, Hubert Aquin, Thérèse Casgrain et Athanase David, a laissé passer de belles occasions d’inspirer ses futurs diplômés en donnant à ses pavillons les noms de personnalités ayant marqué notre histoire. Parmi ses trente-deux pavillons, quinze portent de façon très générique le nom des départements qu’ils abritent. Neuf autres sont banalement désignés par leur adresse ou le nom de la rue où ils sont situés.
Un cas notoire est celui du pavillon Président-Kennedy, logeant notamment les départements des sciences de la Terre et de l'atmosphère, de mathématiques et d'informatique. À deux reprises durant sa construction, les militants péquistes de Montréal-Centre ont tenté d’éviter que ce pavillon ne porte le nom d’un politicien américain fort respectable mais déjà largement honoré à Montréal et sans lien aucun avec quelque domaine scientifique que ce soit, au Québec ou ailleurs. À la suite de la cérémonie de première pelletée de terre, le Conseil national de septembre 1996 avait adopté unanimement une proposition demandant au gouvernement de faire les représentations nécessaires auprès de l’UQAM afin que le nom d'une personnalité scientifique québécoise soit donné à ce pavillon. Le Conseil national récidiva en février 1998, peu après l'inauguration du pavillon sous le nom de Président-Kennedy, qu’on espérait temporaire. À l’époque, l’UQAM s’était toujours retranchée derrière son autonomie pour ignorer ces appels. Mais sept longues années plus tard, elle vient tout juste de donner à l’ensemble des sept pavillons du quadrilatère le nom très judicieux de Complexe des sciences UQAM-Pierre-Dansereau.
Excluons donc ces pavillons, ceux portant les noms de généreux mécènes (Joseph-Alexandre DeSève et Pierre-Péladeau) et celui de l’ancien journal La Patrie. Ajoutons le futur pavillon de l’«Îlot Voyageur» et le projet d’Institut Santé et société. L’UQAM compte donc vingt-et-un pavillons ne demandant qu’à recevoir un nom plus inspirant.

DE L’INUTILITÉ DE LA DÉMARCHE RÉFÉRENDAIRE POUR QUE LE QUÉBEC DEVIENNE ENFIN UN PAYS
Éric Tremblay, Avocat et fervent indépendantiste
TRIBUNE LIBRE 19 octobre 2005
Nulle part au sein du corps juridique dessiné par le droit international il n’est fait mention de la nécessité pour un peuple de procéder par référendum à son autodétermination. Une fois cette vérité bien comprise, les Québécois, surtout les membres du PQ ainsi que les neuf candidats à la chefferie de notre parti, doivent saisir l’occasion historique qui se présente actuellement pour en finir avec l’étapisme suicidaire.
Selon les plus récents sondages, le goût de la souveraineté est partagée par plus de 52% des Québécois, alors que la stratégie référendaire n’obtient qu’à peine 15% de la faveur populaire. Devant ce constat important, comment expliquer l’acharnement maladif des prétendants au poste de chef de notre parti à vouloir absolument tenir un référendum sur notre devenir national, alors que la majorité de nos concitoyens semble comprendre que cette stratégie s’avère suicidaire? Connaissant l’ampleur des moyens douteux et la rigidité des carcans légaux adoptés par les autorités centralisatrices d’Ottawa et leurs sous-fifres provinciaux, tels l’adoption de la loi C-20 et l’arsenal politico-médiatico-financier, dont ils se serviront pour encore une fois nous voler notre liberté en violation des principes démocratiques élémentaires, comment expliquer une telle naïveté de la part de nos coureurs actuels?
De plus, les Québécois veulent un discours renouvelé. Pourquoi ne pas leur proposer un mode d’accession à l’indépendance, non seulement démocratique, mais sûr, rassembleur et gagnant?
Lors de la fondation du PQ grâce à l’alliance du RIN et du MSA, le regretté Pierre Bourgault et ses acolytes avaient fondamentalement raison lorsqu’ils proposaient la stratégie de l’élection référendaire décisionnelle comme mode de concrétisation du pays du Québec. Depuis plus de trente ans, et après deux échecs dévastateurs de l’option référendaire de Lévesque, les neuf candidats de la présente course au leadership du PQ sont toujours malheureusement atteints de la « référendite aigüe ». Bien que M. St-André soit celui qui en souffre le moins.
Les Québécois ne veulent plus d’un rendez-vous référendaire sur la question nationale, car trop risqué et trop dépressif advenant un nouvel échec, ou pire, un deuxième vol qualifié de la part des acteurs canadiens. Ils ont raison, nos chefs potentiels devraient les écouter.
Nous les entendons déjà débattre ce soir lors de la tribune de Québec, du caractère consultatif ou décisionnel du prochain référendum et du moment jugé propice à la déclaration d’indépendance, croyant naïvement que cette voie s’avère la seule démocratique, alors que les forces fédéralistes d’Ottawa et les représentants des provinces canadiennes refuseront légalement de reconnaître quelque force ou caractère contraignant que ce soit au résultat référendaire. Quelle tristesse!
Soyons donc lucides et courageux! Proposons clairement aux Québécois de se prononcer sur notre futur politique lors de la prochaine élection québécoise qui sera décisionnelle. Rien ne vaut la droiture et la transparence. S’ils votent en faveur de la Coalition des forces souverainistes (voir le texte « RÉFLEXION STRATÉGIQUE » publié le 14 octobre sur Vigile), alors nos représentants, possédant l’autorité morale nécessaire, auront le devoir démocratique de déclarer au monde entier que le Québec est un pays indépendant et souverain, déclaration enchâssée dans une constitution provisoire en attente de l’adoption d’une constitution permanente à la suite de consultations populaires, voulant contribuer pleinement et librement au concert des nations et à l’amélioration de la vie de l’ensemble de l’humanité.

Merci, monsieur Landry
Nestor Turcotte, Matane
TRIBUNE LIBRE 19 octobre 2005
Le bulletin de nouvelles rapporte, - en ce mardi 18 octobre 2005 - des propos fort judicieux sur de la consommation de cocaïne de l’ancien ministre péquiste André Boisclair.
L’ancien Premier ministre Bernard Landry affirme ne pas avoir été informé de «l’erreur de jeunesse» de son ancien ministre, mais si une histoire pareille lui était venue aux oreilles, alors qu’il occupait le fauteuil de Premier ministre, il aurait immédiatement déclenché une enquête. «Cela aurait été une chose extrêmement grave pour moi» (...) J'aurais fait faire une enquête sur les circonstances, sur la façon, sur la manière, sur la fréquence de ceci et de cela (...) il aurait fallu que je m'informe des faits et j'aurais jugé d'après les faits», a-t-il expliqué, sans donner plus de détails.
Merci, monsieur Landry de cette précision. On l’attendait depuis longtemps. On sait maintenant une chose sur l’affaire Boisclair : comme Premier ministre, Bernard Landry ne savait rien de cette affaire et il n’en avez jamais été mis au courant. Mais, le prédécesseur de monsieur Landry, Lucien Bouchard, savait-il quelque chose, lui, sur le comportement exceptionnel de son jeune ministre? Et s’il le savait, qu’a-t-il fait à cette époque et s’il n’a rien fait, pourrait-il nous dire ce qu’il aurait fait, s’il avait décidé, en sachant la gravité de la chose, de faire quelque chose?
Cette histoire n’est sans doute pas close. De la bouche même de monsieur Landry, l’affaire Boisclair est jugée par lui comme étant sérieuse. Même jugée comme «extrêmement grave». Mais pourquoi monsieur Landry ne désavoue-t-il pas immédiatement son ancien ministre puisque Boisclair a déjà avoué avoir consommé cette drogue illégale? C’est le prochain pas à faire, monsieur Landry. Et si vous le faites, vous aurez un autre «merci» de ma part.

MAUVAIS CALCUL
Caroline Moreno
TRIBUNE LIBRE 19 octobre 2005
Les chiffres du Conseil du Trésor
indiquent que le nombre de postes occasionnels
entre 2002 et 2004
bien qu’il se soit accru
dans le domaine de la santé
a, dans le secteur public,
diminué de 16 000 à 12 000.
.
Il n’en demeure pas moins
qu’il existe, au sein de la fonction publique québécoise,
des travailleurs occasionnels qui ne bénéficient
d’aucune sécurité d’emploi,
d’aucun avantages sociaux,
et ce
après parfois plus de quinze ans de service.
La précarité d’emploi est-elle plus rentable pour l’État
que la permanence ?
Les fonctionnaires contractuels travaillent
à temps plein ou à temps partiel.
La durée de leur contrat peut varier d’une journée à un an.
La fin d’un contrat ne signifie pas forcément le début d’un autre.
Les « fonfons » du gouvernement peuvent se retrouver
de longues périodes de temps sans travail.
Comment, dans ces conditions, prévoir
l’achat d’une maison, d’une auto ?
Comment cotiser dans un régime d’épargne retraite, d’épargne études,
s’abonner au théâtre, fonder une famille ?
Comment faire rouler l’économie ?
Planifier ses vieux jours ?
À tout prendre,
ne s’agit-il pas là
de simples économies de bouts de chandelles
qui finiront par coûter plus
qu’elles ne font épargner ?

De « la mise au rancart du passé canadien-français »
Russel Bouchard, Historien
TRIBUNE LIBRE 19 octobre 2005
Chicoutimi, le 13 octobre 2005 - « Le Québec a-t-il perdu la mémoire ? », demande à voix haute l'historien Gérard Bouchard, dans Le Devoir de ce jour. « En se réformant, écrit-il encore, la discipline s'est coupée du sens de l'histoire, elle se tient en retrait des remous de l'actuel et de la politique ». Ce qui le pousse finalement à plaider vertement en faveur des Canadiens français, et à se demander, un doigt accusateur pointé vers ses élites nationalistes et les historiens du Québec : « Où sont les relents d'ethnicisme, les motifs d'empêchement, l'illégitimité ? »
Ce brasse méninge qui semble sortir tout droit du langage des habitants de la Tour de Babel, mérite une brève réplique. Ne serait- ce que pour dire à ce monsieur qu'il y en a encore, dans ce coin de pays, qui peuvent penser autrement et sans lui ! N'est-ce pas ce même auteur, en effet, qui publiait, le 24 mars 1999, dans le même journal, un brûlot idéologique sidérant, où il recommandait justement aux Canadiens français, d'aller, « tous ensemble », « jeter les souches au prochain feu de la Saint-Jean » ? Une proposition, on ne peut plus lourde de sens, où l'auteur de « La Nation québécoise au futur et au passé », conviait alors avec beaucoup d'avant, la « nation civique franco-québécoise » et ses élites, trépanées de leur
mémoire canadienne-française, à abandonner toute référence à leur mémoire ethnique. Un jour la nation
civique, comme projet d'avenir, l'autre jour c'est l'appel à la nation ethnique, y-t-il quelqu'un d'assez sensé dans cette auditoire pour me sortir de ce mauvais rêve ?!
Décidément, il n'y a vraiment qu'au Québec où il est possible de tenir un langage si contradictoire sans être questionné par ses pairs, et d'avoir, en sus, les antennes les plus à la mode pour le propager...
